Le théâtre populaire yiddish en Europe de l’est (1876-1939)
Résumés
Le théâtre yiddish est né à la fin du XIXe siècle de la volonté de quelques-uns de créer un théâtre en yiddish pour un public yiddichophone. Avrom Goldfaden est ainsi désigné comme étant le père du théâtre yiddish : le premier spectacle a lieu en octobre 1876 en Roumanie. À partir de cette date, il ne cessa de se développer et de se propager, aussi bien en Europe de l’est qu’en Amérique. De nombreuses troupes voient le jour et une abondante littérature dramatique est créée. Ce théâtre est un théâtre populaire, la langue yiddish étant, au contraire de l’hébreu, la langue du peuple ; c’est un théâtre festif et participatif ou, en d’autres termes, un théâtre du jeu mêlant musique, chant et danse. La lecture des textes ne peut être séparée de l’examen de l’événement dans sa totalité. L’événement spectaculaire est d’ailleurs inscrit dans les textes-mêmes : la présence de personnages de fantômes, de personnages métathéâtraux comme un metteur en scène ou un écrivain de théâtre, l’intégration de formes spectaculaires populaires au sein même des pièces de théâtre, etc., font du théâtre yiddish un théâtre de la reconnaissance où le quatrième mur n’est pas de mise. Théâtre poétique et ludique, le théâtre yiddish est un théâtre au présent. En effet, le théâtre est le lieu où le peuple et les acteurs se réunissent afin de vivre ensemble un moment de plaisir et de ressentir des émotions collectives.
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Mots-clés :
yiddish, populaire, Avrom Goldfaden, théâtre du jeu, métathéâtralité, fantôme, chanson, dansePlan
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- 1 Jean Baumgarten, Le Yiddish, Paris, Presses Universitaires de France, 1990, p. 4. Baumgarten précis (...)
- 2 Avec toutes les restrictions et précisions qu’il faudrait apporter à cette affirmation, sans contes (...)
- 3 Par exemple, sur le théâtre yiddish à Montréal, on pourra consulter : Jean-Marc Larrue, Le Théâtre (...)
1Juxtaposer sur une même ligne les mots « yiddish » et « populaire » paraîtra, pour qui connaît un tant soit peu la culture juive, une tautologie. En effet, le yiddish demeura pendant des siècles la langue vernaculaire du peuple juif d’Europe, occidentale et orientale. Si l’hébreu, l’autre langue des Juifs, n’était connu que d’une minorité lettrée et « éduquée », « à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, on dénombrait environ 12 millions de yiddichophones dans le monde »1. Le yiddish, sans essentialisation abusive, serait donc une langue populaire2. Langue populaire par excellence, pourrait-on dire, le yiddish ne pouvait accoucher que d’un théâtre populaire. C’est donc à ce théâtre que cet article s’intéressera. Cependant, réduire des centaines, voire des milliers de pièces de théâtre et de multiples expériences pratiques de théâtre yiddish (de plus, en de nombreuses parties du monde3), à l’expression « le théâtre yiddish » n’a pas plus de sens que d’évoquer, par exemple, « le théâtre français » dans son expansion spatiale et temporelle.
- 4 Pour une définition de cette notion, nous renvoyons à Florence Dupont, L’Orateur sans visage. Essai (...)
- 5 Aristide Domenico, « Postface » in Théâtre Yiddish, Paris, L’Arche, 1989, p. 186.
2Le théâtre yiddish est alors examiné ici selon deux entrées analytiques : la première historico-anthropologique – nous rappellerons les conditions d’apparition de la pratique théâtrale en langue yiddish ; la seconde spécifiquement théâtrale – il s’agira d’aborder les pièces de théâtre écrites et/ou jouées en yiddish à l’aide de critères relevant de l’analyse des textes et des spectacles. Il apparaîtra ainsi qu’en tant que théâtre populaire, le théâtre yiddish, du moins une grande partie de sa production, ne se comprend qu’à la lumière du fonctionnement propre des « théâtres du jeu »4, en raison notamment de l’usage de formes de métathéâtralité, de la présence de personnages de fantômes, de l’importance de la danse et du chant dans le dispositif spectaculaire, etc. Nous rappellerons d’ailleurs que, globalement, les représentations de théâtre en yiddish étaient des moments de joie et de fête populaire. Les témoignages datant des années 1920-1930 indiquent « des réunions théâtrales dans des lieux exigus, parfois des étables, où des foules bigarrées assistaient, entassées, à des représentations débordantes de jubilation partagée. Dans ces manifestations où régnait une joyeuse anarchie, la salle tout entière, scène et public réunis, devenait alors théâtre et ce théâtre était la représentation de la société juive elle-même, dans une mise en scène spontanée »5.
3Enfin, pour clore ces propos introductifs, notons qu’il s’agira ici de poser les premières pierres d’une recherche sur cet objet quasiment inexploré (en France) que constitue le théâtre yiddish, étonnamment oublié par l’histoire, ou plus précisément, par les études universitaires et notamment par les études théâtrales.
Le théâtre yiddish : un théâtre en langue populaire
4Avant de traiter du théâtre yiddish, un bref rappel des principales caractéristiques de la langue yiddish, de son évolution et de son importance dans la vie culturelle des Juifs d’Europe de l’est et orientale, puis dans de nombreuses parties du monde, s’impose.
Le yiddish : une langue vernaculaire et populaire
- 6 Nous renvoyons à l’ouvrage de Jean Baumgarten, Le Yiddish, Paris, PUF, 1990, dont nous reprenons ic (...)
- 7 Et même avant : « La littérature yiddish joua, durant l’époque comprise entre le Moyen Âge et le XV (...)
- 8 Ibid., p. 36.
5L’histoire de la langue yiddish, ses origines, ses mutations, ses caractéristiques font encore débat chez les spécialistes6. C’est en comparant ses usages à ceux de l’autre langue juive, l’hébreu, qu’il est possible de saisir à quel point le yiddish se développe, notamment à partir de la Renaissance7, comme une langue populaire, c’est-à-dire comme un moyen de communication et de transmission de la culture juive (textes canoniques de la tradition, cultuels, moraux etc.), une langue à laquelle une grande partie de la communauté juive n’avait guère accès auparavant, ses préceptes étant rédigés en hébreu, langue que seules les personnes « à l’étude » pouvaient comprendre. Jean Baumgarten indique, par exemple, que « l’impression d’ouvrages populaires va modifier les moyens d’accès au savoir et remettre en cause le monopole culturel des lettrés sur l’écrit »8.
6Un double mouvement se met ainsi en place : d’une part, l’emploi du yiddish est nécessaire pour continuer à transmettre les préceptes de la vie juive au peuple et, d’autre part, il y a une volonté affirmée du peuple de se réapproprier cette culture juive, jusqu’alors confinée aux mains d’une élite, et de la faire évoluer.
- 9 Ainsi, « le premier journal yiddish (et polonais) fut Der Beobahter an der Weyhsel (« L’observateur (...)
- 10 Ibid.
7Deux périodes se distinguent globalement : jusqu’à la Renaissance, le but demeure la transmission des textes religieux et, à partir du XVIIIe siècle, le mouvement de la Haskala, qui correspond peu ou prou aux Lumières françaises, va contribuer au développement de nouvelles formes d’écrits (romans populaires, journaux9, revues etc.), et de préoccupations inédites, essentiellement sur le thème de l’émancipation. Par exemple, le yiddish fut essentiel au mouvement juif ouvrier pour diffuser ses idées : « Certains responsables du mouvement ouvrier juif durent l’apprendre pour être compris des ouvriers qui, eux, ne connaissaient que cette langue. »10
- 11 Sur la période contemporaine, nous renvoyons à Jean Baumgarten, Le Yiddish, op. cit.
8Bref, le yiddish peut être considéré comme la langue populaire des Juifs d’Europe, puis du monde. Il connut un développement considérable, tant au niveau du nombre croissant de yiddichophones que de la production écrite, tout du moins jusqu’à la période de rupture que constitue la Seconde Guerre mondiale11.
Un théâtre créé par et pour le peuple yiddichophone
- 12 Cf. Nahma Sandrow, Vagabond Stars. A world history of Yiddish theater, Syracuse University Press, 1 (...)
9C’est dans ces conditions que le théâtre en langue yiddish émergea. Rappelons que le théâtre fut proscrit de la vie juive jusqu’à une période tardive, du fait notamment d’une opposition farouche des autorités religieuses ; seuls les Purimshpil (« Jeux de Pourim »), célébrant différents épisodes de la Bible, étant autorisés12. Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle pour que se développe une littérature dramatique, sans pour autant que les pièces ne soient jouées. Donc, si la littérature dramatique en langue yiddish se développe concomitamment à la profusion asymptotique de la production écrite en yiddish, notamment à partir de la Haskala, ce n’est que tardivement qu’un théâtre joué en yiddish pour un public en grande partie yiddichophone éclot. En effet, à l’exception de quelques expériences isolées, le théâtre yiddish en tant que pratique ne vit le jour qu’à la fin du XIXe siècle, précisément en 1876, à l’initiative d’Avrom Goldfaden (1840-1908), considéré comme le « père du théâtre yiddish ».
- 13 Cf. Béatrice Picon-Vallin, Le Théâtre juif soviétique pendant les années vingt, Lausanne, La Cité-L (...)
10Il n’est pas question ici d’analyser les raisons de cette « naissance » tardive, d’autres s’y sont employés avec rigueur13, mais de se focaliser sur ce moment original de production d’un spectacle de théâtre en langue yiddish, moment crucial s’il en est puisque, à partir de ces soirées inaugurales d’octobre 1876, un nombre important de troupes de théâtre yiddish virent le jour et essaimèrent dans toute l’Europe orientale et occidentale, puis dans de nombreuses parties du monde, notamment aux États-Unis dès les années 1880.
Avrom Goldfaden14 : un théâtre populaire et spectaculaire
- 14 Pour une brève biographie d’Avrom Goldfaden, cf. URL : http://www.akadem.org/photos/contextuels/654 (...)
- 15 S’il n’existe plus de production littéraire de théâtre yiddish, de nombreuses troupes amateurs et q (...)
11Comment Avrom Goldfaden, destiné au rabbinat, changea-t-il de voie et devint-il l’initiateur de cette formidable expérience qui fut et qui est encore15 celle du théâtre yiddish ? Qu’est-ce qui a conduit à la fondation d’un théâtre en langue yiddish ?
1876, Iasi, Roumanie : et le théâtre yiddish fut !
- 16 Cf. Nahma Sandrow, Vagabond Stars. A world history of Yiddish theater, op. cit., p. 41.
- 17 L’expression « Broder singers » est devenue une sorte d’appellation générique désignant des chanteu (...)
12Différentes légendes entourent la création par Avrom Goldfaden de la première troupe de théâtre yiddish16. Retenons ce qui leur est commun et qui suffit à comprendre quel type de théâtre émergea en 1876 à Iasi en Roumanie. C’est là que Goldfaden se rendit, après s’être essayé à l’enseignement à Zhytomyr, ce qui ne lui suffisait pas pour subsister, à la vente de chapeaux à Odessa, ville qu’il dut fuir pour cause de dettes, et à la création de différents journaux yiddish. C’est alors à Iasi qu’il rencontra un chanteur de cabaret du nom d’Israël Grodner. Ce dernier est ce qu’on appelle en yiddish un « Broder singers »17, du nom de deux frères qui, dans les années 1850, officiaient dans les cabarets de Brody, en Galicie orientale.
- 18 Ibid., p. 42. Nous soulignons.
- 19 Nous devons ces informations à Alexandre Messer, URL : http://www.akadem.org/sommaire/themes/liturg (...)
- 20 Cette guerre (1877-1878) oppose d’un côté la Turquie et, de l’autre, l’Empire Russe, la Roumanie, l (...)
13Si les versions diffèrent, c’est bien de la rencontre d’un chanteur populaire et d’un poète qu’émergea l’idée d’un théâtre en langue yiddish. On raconte aussi que quand Goldfaden a voulu créer un journal yiddish à Iasi, un ami à lui, du nom de Librescu, lui dit : « Pourquoi avez-vous besoin d’un journal yiddish ? Il y a déjà un journal Yiddish en Roumanie et le rédacteur en chef meurt de faim sept fois par jour. Si vous lancez un nouveau journal, vous serez deux à mourir de faim. Écoutez-moi : les Juifs ont besoin d’un théâtre – c’est ça que vous devez faire. […] Faites-le et nous aurons un théâtre comme les autres gens en ont un. »18 C’est donc bien d’une « nécessité » populaire, d’un manque culturel, d’une inexistence avérée que naquirent le premier spectacle de théâtre yiddish et un embryon de troupe, composé de Grodner et de son assistant Goldstein. Ainsi, au mois d’octobre 1876, Goldfaden les fait jouer dans ce qui est considéré comme le premier spectacle de théâtre yiddish. Sans texte écrit, Goldfaden raconte uniquement la trame aux comédiens en leur indiquant ce qu’ils doivent faire à tel ou tel moment de l’histoire : s’embrasser, se chamailler, chanter, danser etc., nous savons également que Grodner devait jouer le rôle d’une femme et Goldstein celui d’un hassidique19. Le succès est immédiat mais, comme ils jouent dans un jardin et qu’il commence à faire froid, ils se déplacent au nord de la Roumanie, à Botoşani, où ils pensent louer un théâtre. La guerre russo-turc éclate alors, la mobilisation est générale en Roumanie20 et pour ne pas être mobilisés la plupart des Roumains se cachent, désertant ainsi les salles de théâtre !
14Une fois que les choses se sont un peu calmées, ils peuvent enfin jouer. Goldfaden a l’idée de puiser les thèmes de ses pièces dans l’actualité, il écrit : Le Recrutement. Ils jouent cette pièce, puis, à cause de mauvaises conditions météorologiques, ils migrent vers Galati, toujours en Roumanie, où ils continuent à donner différentes pièces. Une première actrice rejoint alors la troupe, Sara-Sophie Segal, elle a 16 ans et elle est mariée à Goldstein afin que ses parents acceptent qu’elle rejoigne la troupe, elle deviendra célèbre aux États-Unis sous le nom de Sara-Sophie Goldstein-Karp.
- 21 Nous renvoyons ici, par exemple, à l’étude complète de Béatrice Picon-Vallin sur le théâtre Juif so (...)
15Suite à des ennuis financiers, la troupe décide de se rendre à Bucarest où elle s’agrandit et où elle finit par connaître le succès. En effet, de nombreux Juifs s’y trouvent, ils travaillent pour approvisionner l’armée Russe qui a établi son quartier général dans cette ville. Après avoir fini leur travail, ces Juifs se divertissent au théâtre yiddish qui est plein tous les soirs. Deux autres troupes se forment, encouragées par le succès de Goldfaden. L’activité théâtrale yiddish ne cessera de se développer jusqu’à la Seconde Guerre mondiale21.
16Après la guerre russo-turque qui vide Bucarest, et donc le théâtre, de ses Juifs, la troupe de Goldfaden composée alors de quarante-deux personnes, est demandée par le beau-père de ce dernier et déménage en Russie, à Odessa. Un riche marchand lui prête de l’argent afin de financer le voyage.
- 22 Nahma Sandrow, Vagabond Stars. A world history of Yiddish theater, op. cit., p. 43. Nous traduisons
- 23 Alexandre Messer, http://www.akadem.org/sommaire/themes/liturgie/8/3/module_1088.php, op. cit. Noto (...)
17Il n’est pas nécessaire d’aller plus avant dans la description de l’évolution du théâtre yiddish. Nahma Sandrow et Alexandre Messer nous permettent de conclure cette rapide histoire de la naissance du théâtre yiddish, en insistant sur la persévérance d’Avrom Goldfaden : « Il concevait, écrivait, dirigeait, produisait, promouvait les pièces […]. Il façonne le répertoire et le style de jeu, et même le style de vie qui caractérisera le théâtre yiddish à partir de là et dans toutes les parties du monde »22, « son plus grand mérite a été de créer le public pour ce théâtre, tout se développe à partir de lui »23.
Un théâtre de la reconnaissance et de la fête
18On l’a rapidement évoqué, les pièces de Goldfaden – et de nombreuses pièces écrites et jouées après lui, verrons-nous plus loin – sont composées de textes, mais également de chansons et de danses. Si Goldfaden est un « créateur » comme le rappelle Nahma Sandrow, il puise cependant son inspiration dans de nombreuses sources, généralement des airs d’opéra ou des chansons du répertoire des Broder singers, parfois dans des chansons écrites par lui-même dans le passé. Pour les danses, il arrive qu’elles soient des imitations, souvent des parodies, des danses hassidiques. Le théâtre est donc construit, fabriqué à partir de la culture commune. On pourrait citer aussi les légendes et contes repris toute ou partie dans certaines pièces de théâtre : par exemple, la Babe Yachne, la fameuse sorcière, version juive de la Baba Yaga slave de laquelle Goldfaden tire une de ses pièces les plus connues, La Sorcière, et dont Itsik Manger s’inspirera pour composer Le Jeu de Hotsmakh. Ces sources extérieures sont reconnaissables par le public yiddichophone et permettent l’établissement d’une connivence entre les acteurs et les spectateurs. Un lien se crée entre la scène et la salle, activé par la reconnaissance et le partage d’éléments culturels, yiddish ou pas, repris in extenso ou réélaborés par les dramaturges.
- 24 Nahma Sandrow, Vagabond Stars. A world history of Yiddish theater, op. cit., p. 132-163.
- 25 Pensons ici au mélodrame brillamment réhabilité par Jean-Marie Thomasseau, cf. Jean-Marie Thomassea (...)
- 26 Malgré leur singularité qu’il ne faut jamais omettre de rappeler, la généralisation et la catégoris (...)
- 27 Jean-Pierre Sarrazac, Critique du théâtre. De l’utopie au désenchantement, Belfort, Circé, 2000, p. (...)
19Si le théâtre yiddish peut globalement se définir comme un miroir de la vie juive, on peut le ranger dans la catégorie des théâtres de la représentation, c’est-à-dire des théâtres qui reproduisent d’une façon ou d’une autre une réalité extra-théâtrale, l’inclusion de chants et de danses introduit un aspect incontestablement festif et populaire. Ce qui permet de le penser aussi comme un théâtre où le spectacle, c’est-à-dire la performance en tant que telle, prime – tout du moins sur une partie de la production du théâtre yiddish – sur l’aspect littéraire et sur les soi-disant enjeux politiques qu’il pourrait contenir et exploiter. Les critiques, parfois acerbes, d’une partie du monde intellectuel juif face à ce plaisir populaire ne font que confirmer cette hypothèse. En effet, en réaction à ce primo-théâtre yiddish va se créer un théâtre intellectuel et aux qualités littéraires sans doute exemplaires. Jacob Gordin24 en sera le porte-drapeau. Nous retrouvons ici l’opposition séculaire entre un théâtre considéré comme littéraire et qui, à la limite, pourrait se passer de spectacle, et un théâtre taxé d’infra-littéraire25. Le théâtre Yiddish populaire fait partie de ces types de théâtre, comme le théâtre romain, le théâtre élisabéthain ou encore des théâtres non occidentaux comme le théâtre nô ou le kathakali, qui sont des théâtres chantés et dansés pour lesquels le texte – même lorsqu’il est conséquent – ne constitue pas le centre à partir duquel la représentation s’organise. Dans ces théâtres « du jeu », pour reprendre l’expression aujourd’hui consacrée, il n’existe pas de hiérarchie entre les différents composants du spectacle. Ce qui leur est commun26, c’est précisément le spectacle, la rencontre entre les acteurs-danseurs-chanteurs, ou ce que nous pourrions appeler – certes de façon anachronique – les « performeurs », et le public. On est pourtant loin de ce théâtre que visaient Barthes et Dort, pour ne prendre qu’un exemple, pour lesquels, comme le rappelle Jean-Pierre Sarrazac, il y avait « volonté, surtout, en dégageant le théâtre de son identité littéraire abstraite et intemporelle, de lui redonner prise sur le monde, sur le réel »27.
- 28 Nous renvoyons ici à l’abondante littérature sur le sujet et en particulier aux ouvrages récents su (...)
- 29 Béatrice Picon-Vallin, Le Théâtre juif soviétique pendant les années vingt, op. cit., p. 69.
20Il n’est pas question, dans le cas des théâtres du jeu, et donc du théâtre en yiddish, de théâtre populaire tel qu’il a pu être envisagé dans le champ théâtral français depuis plus d’un siècle maintenant28. En effet, c’est l’événement en soi et pour soi, par et pour la communauté qui y participe, et non pas le « contenu » de ce qui est représenté ou l’acte politique de rendre financièrement accessible le théâtre qui fait des théâtres évoqués ici des théâtres « populaires ». Béatrice Picon-Vallin cite ainsi le programme de la mise en scène de l’adaptation de La Sorcière de Goldfaden par le théâtre juif en langue yiddish de Moscou, le Goset : « Nous voulons déclencher la gaieté, nous voulons seulement que les gens s’amusent, parce que nous voilà libérés du Tsar et de la soupe nationale, nous rions ensemble parce que nous sommes heureux de notre vie nouvelle. Nous rions de ce vieux théâtre yiddish. Notre jeunesse, notre jeu et nos chansons sont les armes de notre lutte future »29. Ici, le plaisir naît de la mise en spectacle d’un certain folklore juif fait de chant et de danse au sein même des pièces de théâtre.
Sources populaires et détournement spectaculaire
21S’établit alors entre la scène et la salle un rapport de complicité par le partage de ce patrimoine commun. Mais le théâtre yiddish ne s’en tient pas à une simple inclusion de folklore populaire ; comme souvent dans les théâtres du jeu, ses auteurs théâtralisent le théâtre, pourrait-on dire, et introduisent systématiquement une dimension métathéâtrale à leur texte. Le fait spectaculaire est redoublé par l’annonce de sa réalisation.
22Ainsi, les textes de théâtre yiddish – ceux auxquels nous référons ici en tout cas – abondent d’éléments métathéâtraux ; ce qui montre bien une rupture avec un strict théâtre de la représentation et, partant, une accointance certaine avec les théâtres du jeu dans l’établissement performatif du lien entre la scène et la salle. Nous prendrons quelques exemples dans l’immense répertoire du théâtre yiddish. Il ne s’agira donc pas d’être exhaustif, mais d’initier une réflexion analytique sur ce théâtre, trop peu exploré et dont les quelques études se limitent souvent aux aspects politiques des pièces. Si celles-ci sont évidemment des reflets de la vie juive et de potentielles sources d’inspiration pour des interprétations historiques ou politiques et si ces aspects ont sans nul doute présidé à leur écriture, il n’en reste pas moins que les auteurs indiquent constamment que le spectacle est en train de se faire. Les textes ne peuvent pas alors se limiter à de simples interprétations par rapport au monde extra-théâtral.
« Vous êtes au théâtre »
- 30 Pour consulter les textes des pièces citées ici, nous renvoyons aux deux seuls volumes de pièces de (...)
23L’intrusion de personnages tels qu’un directeur de théâtre et un metteur en scène dans La Nuit sur le vieux marché de Peretz, d’un orchestre et de marionnettes dans Jacob Jacobson de Zeitlin ou encore d’un amuseur et de musiciens dans Enchaîné devant le temple de Peretz30 sont de nature à rappeler aux spectateurs leur présence au théâtre.
24Par exemple, lit-on dans Jacob Jacobson, « Sur un écran d’argent, des marionnettes apparaissent. Les silhouettes arrivent, débitent rapidement leur texte puis s’éloignent » ; le ton dérisoire du texte qui est attribué aux quinze marionnettes se succédant rompt avec toute possibilité d’interprétation sérieuse :
Première marionnette. Je suis Caïn. Il faut trucider son frère Abel et aller dormir. Bâille. Qu’est-ce que j’ai contre Abel ? Rien. Je suis Caïn, et je dois nécessairement occire mon frère Abel. C’est comme ça. Ma vie et mon destin sont un plagiat. Disparaît.
[…]
Troisième marionnette. De Noé jusqu’à moi, il y a quelque distance, mais qu’y puis-je ? L’auteur veut que moi, le roi Salomon, j’apparaisse immédiatement après Noé. Je crois que l’auteur fait cela parce qu’il ne peut décemment répéter toute l’histoire de la Bible. Cela serait ennuyeux et prendrait trop de temps. Les auteurs d’aujourd’hui n’ont pas de temps à perdre.
25S’ensuivent les interventions de onze autres marionnettes, de Socrate à Jules César en passant par Einstein et Mussolini, la quinzième marionnette étant la figure de l’auteur lui-même :
Quinzième et dernière marionnette. Et moi, auteur répugnant, je m’empare de tout cela et en fais, la peste m’étouffe, une pièce de théâtre. Par cette pièce, j’aspire à devenir célèbre, et si ce n’est célèbre, tout du moins célébricule […]. (192)
26Le texte, inutile à la progression narrative du reste de la pièce, n’est-il pas prétexte à introduire une connivence avec le public ? La présence de marionnettes pose, en outre, la question de la mise en scène : comment introduire ce spectacle de marionnettes à l’intérieur de la pièce et quel type d’esthétique donner à ces marionnettes ? Comment sont-elles manipulées ? C’est bien à un spectacle de marionnettes que sont conviés ici les spectateurs à l’acte IV de cette pièce qui a vu d’ailleurs se succéder d’autres types de spectacle, comme les chants et la danse des Esprits des eaux du début de l’acte II. Ajoutons que le personnage principal féminin (Lucy Jacobson) est une ancienne chanteuse d’opérette « en quête de spectacle » qui demande au poète Guignardélus de lui écrire une œuvre. En parallèle à la narration qui sous-tend Jacob Jacobson, se tisse une seconde histoire, métathéâtrale et spectaculaire, une histoire dans laquelle les spectateurs sont directement inclus.
- 31 Cf. Pierre Katuszewski, Ceci n’est pas un fantôme. Essai sur les personnages de fantômes dans les t (...)
27Le procédé est comparable dans La Nuit sur le vieux marché. Le metteur en scène et le directeur du théâtre, accompagnés ensuite du poète et d’un annonceur interviennent dans le prologue de la pièce. Un tel type de prologue, métathéâtral, rappelle les prologues du théâtre romain, par exemple, qui étaient destinés à « créer » le public et à installer la théâtralité, c’est-à-dire à identifier le décor et les rôles des acteurs et à annoncer l’histoire à venir aux spectateurs31. Ici, les interventions de ces deux personnages sont clairement destinées à enclencher le spectacle, à produire un espace de passage entre la réalité extra-théâtrale des spectateurs et le temps du spectacle. L’annonceur s’adresse ainsi directement au public :
L’annonceur. La place d’un vieux marché ! voici l’hôtel de ville. Celui-ci s’éclaire. Dans des niches sur la façade, diverses statues : vieux seigneurs, prêtres dévots et pensifs, et, tout en haut sur la tour de l’horloge qui d’ailleurs est arrêtée, vous remarquerez un évêque […]. (74)
28Les dernières répliques du prologue, quant à elles, marquent la transition avec le début du spectacle :
Metteur en scène, montrant le voyageur. Il dort…
L’annonceur. Comme drapé dans un voile de brume – que ne peut-il pas se produire sur une scène !
Le directeur. Portons-le ensemble ! Ils l’emportent dans les coulisses.
Le poète, pris d’une inspiration. C’est-à-dire que j’ai vu un de ses rêves et c’est cela que nous allons jouer. (77)
29Une fois bien installés dans leur fauteuil et prêts à pénétrer dans un monde différent de celui de leur quotidien, les spectateurs assistent à des pièces, certes construites autour d’une narration, mais souvent interrompues par des numéros spectaculaires – des chants, des danses ou, dans Jacob Jacobson par un spectacle de marionnettes – et des adresses directes au public. Dans Le Jeu de Hotsmakh, le public est lui-même mis en scène (acte III, tableau 2) : la scène se passe dans « un grand café », et après que Mirelè, un des personnages principaux, a chanté, une réplique indique :
Le public. Une chanson ! encore une chanson !
Les fantômes : exploitation spectaculaire de croyances populaires
30Une autre façon, pour les dramaturges yiddish, de créer un lien entre la scène et la salle et de proposer des spectacles en rupture avec le monde extra-théâtral, consiste en l’inclusion de personnages de fantômes, directement issus des croyances populaires. Ces fantômes ne sont cependant pas destinés à refléter des croyances et à proposer un discours moral, religieux ou symbolique sur la mort ou l’au-delà, mais à énoncer des répliques dans lesquelles un vocabulaire propre au spectacle est intégré.
- 32 Cf. Édouard Gourevitch, « La mort chez les Hassidim », in Daniel Tollet (sous la dir. de), La Mort (...)
31Dans La Nuit sur le vieux marché, des morts – dont les fameux Broder singers – « commencent à se répandre hors du cimetière » au début de l’acte III. Leurs premières répliques correspondent aux croyances juives, ici hassidiques, en matière de fantômes32. Ainsi, ils commencent à ânonner des prières, puis, ils se plaignent d’avoir été mal enterrés, mais les prières se résument à quelques phrases vite interrompues et les plaintes sont rapidement expédiées :
- 33 Début de la prière du matin à la synagogue (N.D.T.).
- 34 Début de la bénédiction du peuple par les prêtres (N.D.T.).
Un mort. « Heureux qui s’est assis dans Ta maison… »33
Un mort, psalmodiant. « Veha-Ka Ha Nim Ve Ho-Am… »34
[…]
Des mortes. – Moi, on ne m’a pas recouverte du voile !
Moi, on ne m’a pas lissé les sourcils !
A-t-on le droit d’agir ainsi ?
32Les morts ne sont donc pas revenus pour prier, comme cela peut-être le cas dans le monde extra-théâtral et aucune réponse n’est donnée à leurs plaintes. En revanche, quand des enfants morts commencent à chanter et à danser, un Bouffon dit aux musiciens :
Le Bouffon. Danser ? Est-ce le mot que je veux dire ? Aux musiciens. Hé camarades, ho les amis ! les gosses veulent danser ! et quand les gosses veulent danser, faut que ça danse ! Allez tambour, violon, cymbales, basson ! Il y a bal dans la rue !
33C’est alors qu’une morte répond avec humour :
La femme morte de froid. Vite une danse ! Je suis gelée !
34Les morts n’ont qu’une seule fonction : dire qu’ils sont morts et inviter au spectacle.
35Dans Jacob Jacobson, « les esprits des eaux », que nous avons déjà évoqués et qui ne cessent de danser et de chanter, accueillent dans leur « Éden », Lucy, cantatrice, la femme morte de Jacob Jacobson ; ne sachant pas où elle est, elle dit :
Lucy. Je vois, ça doit être une sorte d’opéra, non ? Il y aura de beaux décors, non ? J’aurai un beau rôle, bien sûr ? Tente de chanter. Peuh, on perd tout son colorature ici ! De l’eau, de l’eau et aucune résonance.
Vieil esprit des eaux. Les eaux ne sont pas faites pour les chants des hommes mais pour les chants des Esprits.
Sansenoï. Tu chanteras dans l’Éden.
Lucy. Oui, mais qui applaudira ?
36La métathéâtralité explicite des fantômes théâtraux yiddish invite à repenser la fonction du théâtre « à texte » et en particulier sa supposée fonction didactique universelle. Ainsi, si certains auteurs ou metteurs en scène font le choix d’inscrire leur production dans un tel champ esthétique comme, par exemple, Piscator avec son théâtre documentaire ou, plus proche de nous, Augusto Boal avec son théâtre de l’opprimé, ou encore Edward Bond avec son théâtre de la justice, d’autres formes occidentales de théâtre existent, comme une partie du théâtre yiddish, et se situent dans un champ esthétique autre, celui du spectacle et de la performance. Si certains auteurs incluent du chant, de la danse et d’autres types de spectacles dans leurs pièces et si les fantômes, issus des croyances populaires, en redemandent, n’est-ce pas pour faire du moment de la représentation un temps de relâche, un moment de plaisir, un événement populaire ?
Conclusion
- 35 Aristide Domenico, « Postface », in Aristide Domenico (sous la dir. de), Théâtre yiddish, I et II, (...)
- 36 Pour une définition de cette discipline, cf. Claude Calame, Florence Dupont, Bernard Lortat-Jacob, (...)
37« Mais ce n’est ni à la critique du hassidisme, ni à sa dénonciation que se livrent les deux auteurs. Leurs pièces fourmillent d’emprunts à la tradition, au folklore, à des récits hassidiques (Le Dibouk est lui-même, à l’origine, la transcription d’une vieille légende). Mais les distorsions et les détournements sont nombreux, et les “hérésies” et les transformations : Peretz et An-Ski ne sont décidément pas des orthodoxes d’un folklorisme méticuleux. Fins connaisseurs du hassidisme et passionnés par toutes les formes de la création populaire, la tradition, pour eux, les anciens rites, les vieilles croyances et superstitions, les légendes et les récits ne sont pas le sanctuaire où sont consignées les traces momifiées de l’histoire du peuple. Ils sont, au contraire, la matière inépuisable de toute création artistique sans cesse renouvelée. Le Dibouk et La Nuit sur le vieux marché ne sont pas des morceaux de folklore aux couleurs exotiques qui restitueraient une vie passée, ce sont des œuvres pétries dans cette vieille matière dont les poètes ont su faire création totalement nouvelle. »35 Cette citation résume bien le projet développé dans ces pages : tenter une approche méticuleuse du théâtre yiddish à l’aide d’outils empruntés à cette discipline renouvelée que constitue l’ethnopoétique36. Ce faisant, on s’aperçoit que le théâtre yiddish est un objet complexe – non uniquement littéraire – et que le réinscrire dans le contexte qui fut le sien permet d’en découvrir le potentiel spectaculaire et de ramener à la lumière une pratique théâtrale multiple reléguée dans les bas-fonds de l’histoire littéraire.
38En nous focalisant sur les conditions d’émergence de ce théâtre et sur les premières expériences de représentation, nous avons considéré que la présence d’éléments culturels extra-théâtraux, de chants et de danses sont autant d’invitations à considérer ces textes comme des matériaux spectaculaires, des prétextes pour le jeu. Né d’un désir populaire, ce théâtre peut ainsi être redécouvert sous ce jour ludique et prendre place dans la lignée des théâtres populaires et du jeu.
Notes
1 Jean Baumgarten, Le Yiddish, Paris, Presses Universitaires de France, 1990, p. 4. Baumgarten précise que « c’était alors la première langue juive parlée. En 1948, ce ne sont plus que 5 à 6 millions qui la parlent », ibid.
2 Avec toutes les restrictions et précisions qu’il faudrait apporter à cette affirmation, sans conteste abusive. Nous renvoyons pour cela à ibid., et à Miriam Weinstein, Yiddish. Mots d’un peuple, peuple de mots, Paris, Autrement, 2003.
3 Par exemple, sur le théâtre yiddish à Montréal, on pourra consulter : Jean-Marc Larrue, Le Théâtre Yiddish à Montréal, Montréal, Éditions JEU, 1996.
4 Pour une définition de cette notion, nous renvoyons à Florence Dupont, L’Orateur sans visage. Essai sur l’acteur romain et son masque, Paris, PUF, 2000, p. 1-11.
5 Aristide Domenico, « Postface » in Théâtre Yiddish, Paris, L’Arche, 1989, p. 186.
6 Nous renvoyons à l’ouvrage de Jean Baumgarten, Le Yiddish, Paris, PUF, 1990, dont nous reprenons ici les principales conclusions.
7 Et même avant : « La littérature yiddish joua, durant l’époque comprise entre le Moyen Âge et le XVIIIe siècle, un rôle décisif dans l’éducation et la transmission de la tradition juive parmi le peuple », ibid., p. 35. À partir de la Renaissance, l’invention de l’imprimerie permettra une diffusion considérable des écrits en yiddish (littérature, journaux, revues etc.).
8 Ibid., p. 36.
9 Ainsi, « le premier journal yiddish (et polonais) fut Der Beobahter an der Weyhsel (« L’observateur de la Vistule »), un hebdomadaire paru à Varsovie en 1823-1824 », Henri Minczeles, Une histoire des Juifs de Pologne, Paris, La Découverte, 2011 [2006], p. 173.
10 Ibid.
11 Sur la période contemporaine, nous renvoyons à Jean Baumgarten, Le Yiddish, op. cit.
12 Cf. Nahma Sandrow, Vagabond Stars. A world history of Yiddish theater, Syracuse University Press, 1996 [1977], p. 1-20.
13 Cf. Béatrice Picon-Vallin, Le Théâtre juif soviétique pendant les années vingt, Lausanne, La Cité-L’Âge d’Homme, 1973, p. 31-37 et Alexandre Messer dans ses conférences au centre Akadem, cf. URL : http://www.akadem.org/sommaire/themes/liturgie/8/3/module_1088.php. Consulté le 9 janvier 2012.
14 Pour une brève biographie d’Avrom Goldfaden, cf. URL : http://www.akadem.org/photos/contextuels/654_Golfaden_3.pdf. Consulté le 9 janvier 2012.
15 S’il n’existe plus de production littéraire de théâtre yiddish, de nombreuses troupes amateurs et quelques troupes professionnelles travaillent encore aujourd’hui et des festivals de théâtre yiddish ont lieu régulièrement.
16 Cf. Nahma Sandrow, Vagabond Stars. A world history of Yiddish theater, op. cit., p. 41.
17 L’expression « Broder singers » est devenue une sorte d’appellation générique désignant des chanteurs populaires ou, autrement dit, des chansonniers de cabaret.
18 Ibid., p. 42. Nous soulignons.
19 Nous devons ces informations à Alexandre Messer, URL : http://www.akadem.org/sommaire/themes/liturgie/8/3/module_1088.php. Consulté le 9 janvier 2012.
20 Cette guerre (1877-1878) oppose d’un côté la Turquie et, de l’autre, l’Empire Russe, la Roumanie, la Serbie et le Monténégro.
21 Nous renvoyons ici, par exemple, à l’étude complète de Béatrice Picon-Vallin sur le théâtre Juif soviétique et en particulier sur les parties consacrées au Goset, le théâtre juif de chambre de Moscou en yiddish, Béatrice Picon-Vallin, Le Théâtre juif soviétique pendant les années vingt, Lausanne, La Cité-L’Âge d’Homme, 1973.
22 Nahma Sandrow, Vagabond Stars. A world history of Yiddish theater, op. cit., p. 43. Nous traduisons.
23 Alexandre Messer, http://www.akadem.org/sommaire/themes/liturgie/8/3/module_1088.php, op. cit. Notons que dans les années 1900 et 1910, ses pièces sont jouées dans tous les théâtres de l’East Side new-yorkais, haut lieu du théâtre yiddish.
24 Nahma Sandrow, Vagabond Stars. A world history of Yiddish theater, op. cit., p. 132-163.
25 Pensons ici au mélodrame brillamment réhabilité par Jean-Marie Thomasseau, cf. Jean-Marie Thomasseau, Le Mélodrame, Paris, PUF, 1984.
26 Malgré leur singularité qu’il ne faut jamais omettre de rappeler, la généralisation et la catégorisation à outrance étant des déformations « critiques » trop souvent éprouvées.
27 Jean-Pierre Sarrazac, Critique du théâtre. De l’utopie au désenchantement, Belfort, Circé, 2000, p. 64.
28 Nous renvoyons ici à l’abondante littérature sur le sujet et en particulier aux ouvrages récents suivants : Marion Denizot (sous la dir. de), Théâtre populaire et représentation du peuple, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2010 ; Marco Consolini, Théâtre Populaire, 1953-1964 – Histoire d’une revue engagée, Caen, IMEC, 2000, etc.
29 Béatrice Picon-Vallin, Le Théâtre juif soviétique pendant les années vingt, op. cit., p. 69.
30 Pour consulter les textes des pièces citées ici, nous renvoyons aux deux seuls volumes de pièces de théâtre yiddish traduites en français à ce jour : Aristide Domenico (sous la dir. de), Théâtre yiddish, I et II, Paris, L’Arche, 1989, 1993.
31 Cf. Pierre Katuszewski, Ceci n’est pas un fantôme. Essai sur les personnages de fantômes dans les théâtres antique et contemporain, Paris, Kimé, 2011, p. 17-50.
32 Cf. Édouard Gourevitch, « La mort chez les Hassidim », in Daniel Tollet (sous la dir. de), La Mort et ses représentations dans le judaïsme, Paris, Honoré Champion, 2000, p. 71-75.
33 Début de la prière du matin à la synagogue (N.D.T.).
34 Début de la bénédiction du peuple par les prêtres (N.D.T.).
35 Aristide Domenico, « Postface », in Aristide Domenico (sous la dir. de), Théâtre yiddish, I et II, op. cit., p. 204.
36 Pour une définition de cette discipline, cf. Claude Calame, Florence Dupont, Bernard Lortat-Jacob, Maria Manca, La Voix actée. Pour une nouvelle ethnopoétique, Paris, Kimé, 2010, p. 7-20.
Haut de pagePour citer cet article
Référence papier
Pierre Katuszewski, « Le théâtre populaire yiddish en Europe de l’est (1876-1939) », Horizons/Théâtre, 1 | 2012, 136-150.
Référence électronique
Pierre Katuszewski, « Le théâtre populaire yiddish en Europe de l’est (1876-1939) », Horizons/Théâtre [En ligne], 1 | 2012, mis en ligne le 12 avril 2022, consulté le 11 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/ht/2278 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ht.2278
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