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Dossier monographique

Le musée Reina Sofía et Jaume Plensa : une esthétique de la transparence

The Reina Sofía and Jaume Plensa Museum: an aesthetic of transparency
El museo Reina Sofía y Jaume Plensa: una estética de la transparencia
Martine Heredia

Résumés

Selon une volonté d’ouverture sur le monde et dans un souci de développer l’idéal d’accès démocratique à la culture, le Musée Reina Sofía de Madrid a réalisé le détachement du site à une autre échelle et dans un autre espace, ouvert à tous ; l’objectif est de transformer et de prolonger la relation entre l’art, le lieu et son ancrage dans l’espace urbain. C’est dans l’édifice tout en verre du Palacio de Cristal, au cœur du parc du Retiro, que s’organisent ces échanges ; dans ce lieu aussi, que le sculpteur catalan Jaume Plensa (Barcelone, 1955) crée en 2018, une sculpture monumentale creuse, intitulée Invisibles, qui reprend le thème de la transparence. Ainsi, nous analyserons comment le musée et le sculpteur engagent la problématique de l’espace dans une dynamique qui vise à reconsidérer le dedans-dehors, tout comme à redéfinir la perception, donnant ainsi au concept de transparence un contenu actif et interactif et non pas un simple contenu de transparence visuelle.

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Texte intégral

1Par opposition au secret et à la domination du pouvoir absolutiste, l’idéal de transparence qui a surgi avec le siècle des Lumières était central au projet démocratique et déterminait alors un nouveau mode de relations entre les citoyens et l’État. Éclairer devait permettre de dissoudre l’écran d’obscurité, qui faisait obstacle à la visibilité des choses et des vérités, et devenait un acte de connaissance et un acte d’affranchissement, tant au niveau individuel que collectif. Dans la seconde moitié du xviiiᵉ siècle, les milieux éclairés revendiquèrent une ouverture publique des collections royales et princières ; ainsi naquirent les musées comme espace public des arts et du savoir, dont l’ambition était de diffuser la connaissance, de vaincre l’ignorance et d’œuvrer pour le progrès humain. Le musée ne servait plus seulement à entreposer des œuvres d’art, mais contribuait à la formation du goût et du plaisir. Les architectes se prirent à inventer de nouvelles formes et de nouvelles organisations spatiales pour faire du musée un monument public inscrit dans l’espace urbain. L’idéal révolutionnaire des origines, fondé sur la démocratisation et la transparence, s’est prolongé chez les avant-gardes du début du xxᵉ siècle ; celles-ci ont fait du verre un des instruments privilégiés d’une utopie fondée sur l’idée d’une transparence des rapports politiques et sociaux. L’architecture du verre devient alors la métaphore des relations harmonieuses entre les hommes et la cité. La croyance moderniste en la possibilité de transformation de la vie par l’architecture et l’urbanisme s’est ainsi transmise aux musées, déterminant leur forme actuelle.

2À Madrid, le Musée National Centre d’Art Reina Sofía est un exemple de cette évolution, marquée par une volonté d’ouverture sur le monde. Cependant, nous verrons comment, afin de développer l’idéal d’accès démocratique à la culture, le Reina Sofía a réfléchi à des stratégies par rapport à l’ex situ, autrement dit le détachement du site à une autre échelle et dans un autre espace, ouvert à tous ; l’objectif est de transformer et de prolonger la relation entre l’art, le lieu et son ancrage dans l’espace urbain. C’est dans l’édifice tout en verre du Palacio de Cristal, au cœur du parc du Retiro, que s’organisent ces échanges ; dans ce lieu aussi, que le sculpteur catalan Jaume Plensa (Barcelone, 1955), connu pour ses installations dans les espaces publics, crée en 2018, une sculpture monumentale creuse, qui reprend le thème de la transparence. Renvoyant à la prise en compte du site, l’in situ à son tour confère à l’œuvre une présence dans la ville. Ainsi, nous analyserons comment le musée et le sculpteur engagent la problématique de l’espace dans une dynamique qui vise à reconsidérer le dedans-dehors, tout comme à redéfinir la perception, donnant ainsi au concept de transparence un contenu actif et interactif et non pas un simple contenu de transparence visuelle. Car, selon l’intitulé de ce dossier « Le Musée : voir et faire voir autrement », si le voir renvoie à l’acte interprétatif du contemplateur, la question du faire voir met bien l’accent sur la mise en visibilité. Le autrement implique, quant à lui, un changement d’angle de l’exposition ainsi qu’un changement de position de l’observateur sur ce qu’il voit, dont le but est de construire un nouveau sens.

Les nouveaux fondements de l’architecture muséale

3Tout au long de son histoire, l’architecture a été associée à la solidité, à la massivité de ses volumes. Les constructions gothiques en voûtes d’ogive ont permis d’alléger considérablement la masse pour laisser entrer, à travers les vitraux de la cathédrale, une lumière unique, céleste. Alors que l’architecture romane donne l’impression d’un bastion impénétrable de l’extérieur et seulement intelligible de l’intérieur, le gothique classique permet que la lumière physique, élément porteur de transparence, élève le fidèle vers la luminosité divine, établissant une communion qui n’a plus d’obstacles. Des siècles plus tard, les musées représentent les versions profanes de ces temples de lumière. Pendant de nombreuses années, les bâtiments aux proportions grandioses, aux volumes massifs et souvent aveugles, étaient issus de l’architecture palatiale ; un vestibule et un escalier imposants conduisaient à une succession de galeries qui s’articulaient à partir d’une rotonde centrale formant une sorte de temple laïque. Ces proportions monumentales maintenaient les musées dans une atmosphère sacrée.

  • 1 Bourdieu, Pierre et Darbel, Alain, L’Amour de l’art, Paris, éd. de Minuit, 1966.

4Les nouveaux musées — et en particulier les musées d’art contemporain —, par leur parti pris architectural d’utilisation du verre et de la transparence, passent du statut de sanctuaires patrimoniaux, réservés à une élite, à celui d’une institution ouverte sur le monde. Dès les années trente, les réflexions pionnières apparaissent avec des architectes, tel que Le Corbusier, qui remettaient en cause les principes du musée traditionnel. Ils proposent alors des solutions plus fluides, plus sobres, caractérisées par la transparence et une ouverture sur l’extérieur et le paysage. Le parti pris esthétique de nudité et de pureté géométrique rompait délibérément avec toute forme de monumentalité classique pour laisser la place à une enveloppe architecturale au service des œuvres d’art, destinée à favoriser la confrontation directe et immédiate entre celles-ci et le public. Suivant cette volonté de rendre visibles le mieux possible les œuvres exposées, la tendance consiste à privilégier la transparence pour maîtriser la lumière naturelle. Dépassant la conception du musée comme patrimoine, cette nouvelle génération de musées cherche à établir une proximité sensuelle avec le citadin. Par ailleurs, ces propositions esthétiques se doublent d’un projet social en transformant le musée en un lieu d’activités et d’échanges. Les musées sont conçus comme un espace public — plus accueillant, ouvert à tous — et didactique, rappelant d’ailleurs les principes de la Révolution Française. Si l’on doit parler d’utopie du musée — utopie car Bourdieu montrera, dans L’Amour de l’Art1, que les barrières de l’accès à tous à la culture ne sont pas matérielles —, c’est que la transparence véhicule par-là l’idéal d’un accès démocratique à la culture en intégrant celle-ci à la vie de la cité, en faisant de l’institution un espace public des arts et du savoir.

Le musée Reina Sofía : de l’ancien hôpital au centre d’art contemporain

5Le musée Reina Sofía synthétise à lui-seul cette évolution de l’architecture vers la transparence, en juxtaposant deux bâtiments et deux styles différents. Le bâtiment principal est un bel exemple de la reconversion d’un édifice historique en grand centre culturel, puis en musée d’art contemporain. Fusionnant le baroque italien et la tradition de l’Escurial, son architecture massive et austère emplit l’espace dans sa dimension horizontale et s’ancre dans la terre. L’extension au bâtiment principal mise sur la transparence et s’élève vers le ciel.

6Le projet est parti de l’édifice central — l’ancien hôpital de San Carlos —, construit sous le règne de Philippe II qui, au xviᵉ siècle, centralise à cet endroit tous les hôpitaux de la ville. Puis ce sera Ferdinand VI qui décidera la construction d’un nouvel hôpital sous la direction d’architectes célèbres tels que José de Hermosilla, Juan de Villanueva, et enfin de Francesco Sabatini, à la demande de Charles III, à la fin du xviiiᵉ siècle. Alors que Hermosilla avait privilégié la fonctionnalité, Franscisco Sabatini, italien éclairé au service de la Maison Royale, inscrit la construction du nouveau projet de l’hôpital dans le cadre de la politique d’embellissement, que développe à cette époque Charles III, et qui est concomitante à des réalisations telles que les Promenades du Prado ou la Porte de Alcalá. Beaucoup plus ambitieux que le projet précédent, celui de Sabatini emphatise celui-ci pour en faire un grand palais baroque, tourné vers la ville, avec une façade de 165 mètres située dans la rue de Atocha et une volonté d’affirmer son importance dans le tissu urbain. Tout au long de l’histoire, particulièrement au xviiiᵉ siècle et après l’invasion française, la décadence de l’hôpital n’a fait que croître jusqu’à sa quasi-disparition. C’est en 1986 que l’on ouvrit le Centre d’Art Reina Sofía, en utilisant les deux premiers niveaux de l’ancien hôpital comme salles d’expositions temporaires. L’édifice commença à accueillir les activités du centre d’art pour devenir, quelques années plus tard, en 1990, le Musée actuel. Deux ans auparavant, l’architecte Antonio Vázquez de Castro, en collaboration avec le britannique Ian Ritchie, intervint sur l’édifice Sabatini en y ajoutant trois tours d’ascenseurs en verre et acier. Cette intervention sera le prélude à la transformation du Centro de Arte en l’actuel Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía où sera transféré le Guernica de Picasso. C’est également le premier exemple d’architecture high tech apparaissant avec les projets de l’année 1992 qui marqua la modernisation de l’Espagne. On inaugurera, entre autres, l’Exposition Universelle de Séville, le sommet ibéro-américain de Madrid, la conférence de paix au Moyen-Orient et les Jeux olympiques de Barcelone.

7En 2002, un projet d’extension du musée Reina Sofía est confié à l’architecte français Jean Nouvel qui revendique l’inverse de la construction Sabatini et ouvre le champ visuel. À la forme massive, ancrée dans le sol, du bâtiment d’origine, il oppose une forme tendue vers le ciel, aérienne et déstructurée, dont les murs en verre jouent avec l’idée d’invisibilité afin d’effacer la frontière entre le dedans-dehors. Le musée Sabatini étend son territoire grâce à l’extension, conçue comme une aile ; au sens propre, parce qu’elle prolonge le corps principal à l’ouest ; au sens figuré, puisque l’édifice accueille, sous une toiture profilée comme un aileron, un nouvel espace triangulaire. Dans le projet d’extension baptisé « À l’ombre du Reina Sofía », le toit déborde en auvent protecteur qui couvre toute la parcelle et les trottoirs qui l’entourent. Le mouvement est matérialisé par sa forme et sa couleur brillante rouge brique ; à la fois opaque et transparent, le toit est perforé pour laisser voir le ciel. En obligeant à lever le regard, il aspire à élever l’esprit. Il agit comme un miroir qui reflète les images inversées du bâtiment Sabatini, des arbres, autant que du visiteur lui-même.

  • 2 Nouvel, Jean, “La arquitectura y el mundo virtual”, in Jean Nouvel, Museo Nacional Reina Sofía, Mad (...)

8En adoptant un plan façade fait de transparence, l’extension inverse le processus d’origine et devient la nouvelle façade qui, contrairement au musée Sabatini, aligne l’édifice avec la rue et génère ainsi une image urbaine. Le musée regarde, cette fois-ci, vers le sud et la ville, et non plus vers le Paseo du Prado. Dans cette partie à l’arrière du bâtiment Sabatini et face au quartier d’Atocha, s’élève alors un quartier des arts et du savoir, un lieu de la connaissance sous forme d’architecture, comme si celle-ci s’était dématérialisée. Jean Nouvel déclare lui-même que l’inscription de toute architecture contemporaine dans un site construit préexistant ne sera pleinement réussie que si elle contribue à valoriser ce qui l’entoure et si, en retour, elle tire sa valorisation de son entourage immédiat2. Il lui adjoint un bâtiment qui s’élève vers le ciel, sorte de contrepoint au premier, composé de trois nouveaux bâtiments dont une bibliothèque, un espace pour les expositions temporaires en connexion directe avec le musée-mère, et un espace pour les rencontres — auditorium, salle du protocole, bar restaurant — qui s’organisent autour d’une cour. Les murs pleins ont cédé la place aux parois de verre, nombreuses cloisons de verre, propres à démultiplier les reflets, murs invisibles qui laissent transparaître le visible et permettent aux espaces de s’interpénétrer. En jouant sur la transparence du verre et la verticalité, l’extension du Reina Sofía incarne par là-même un « espace public » des arts et de la culture.

9Mais là où, de son côté, le Centre Georges-Pompidou à Paris a réussi le dialogue avec les visiteurs grâce à l’espace ouvert de son agora moderne, il semble que le Reina Sofía n’ait pas réalisé ce pari. La place conçue devant le bâtiment Jean Nouvel, au lieu d’être pleinement un espace public, se referme au sens propre, puisqu’elle est tributaire des horaires d’ouverture du musée et, au sens figuré, parce que le visiteur se trouve encerclé par les murs de verre, la bibliothèque et la cafétéria. Ainsi, la conception de cet espace comme semi-public ne réussit pas sa fonction d’agora que les visiteurs ne peuvent s’approprier ; de plus, il barre l’accès au dialogue avec le quartier populaire d’Atocha dont on sent pourtant, de la part de l’architecte, la volonté de rapprochement entre les habitations et le Musée à travers le rouge de la toiture de l’édifice, censé renvoyer à la couleur originelle des tuiles des maisons du quartier. C’est pourquoi, on peut expliquer que les instances du musée, conscientes de ce problème d’accès à la transparence et à une certaine communion avec le public, aient eu besoin de prolonger le musée hors les murs, au cœur du Parc El Retiro qui s’inscrit dans le passé architectural de la ville.

Le Palacio de Cristal : dialogue entre l’art, la nature et le public

10En choisissant comme nouvel espace d’expositions le Palacio de Cristal3 — bâtiment qui fait de la transparence son identité —, l’institution marque non seulement un désir de démocratisation de l’art par son accès entièrement libre, mais aussi une volonté de dialogue entre l’art, la nature et le public. L’espace muséal ne s’adresse plus seulement au visiteur de musée, mais au flâneur, et contribue à délivrer le sens du monde de la ville. Sa structure faite de verre et de métal d’une part et le vide de son espace intérieur d’autre part, rendent sensibles l’idée, développée par l’historien Colin Rowe, de transparence littérale, issue de la propriété inhérente au matériau du verre, et celle de transparence phénoménale qui renvoie à la qualité particulière du mode d’organisation de l’espace4. La transparence impliquant la perception simultanée de différents espaces, l’architecture du Palacio de Cristal rend manifeste l’appropriation du paysage depuis l’intérieur et la compréhension de l’espace intérieur depuis l’extérieur, tout en favorisant la circulation entre les œuvres artistiques.

  • 5 Benjamin, Walter, Paris, capitale du ⅹıⅹᵉ siècle, [1982], Paris, éd. du Cerf, 2002, p. 180.
  • 6 Ibid.

11Dès le milieu du xixᵉ siècle, l’architecture de verre et de métal devient un style de construction, caractéristique de la révolution industrielle, qui sera popularisé par les galeries commerciales, les marchés couverts et les grands pavillons des expositions universelles. En 1851, fut organisée la première Exposition Universelle à Londres, dans le but de montrer les grandes innovations technologiques de l’époque, mais surtout la supériorité industrielle et technique du Royaume-Uni d’alors. Pour accueillir cet événement international, on construisit le Crystal Palace, énorme édifice fait de verre enchâssé dans une structure de fonte, deux matériaux qui faisaient à peine leur apparition dans le domaine architectural. Situé à Hyde Park, il fut l’œuvre d’un paysagiste, Joseph Paxton, qui le conçut comme une énorme serre, présentant les merveilles de l’ère victorienne. À son sujet, Walter Benjamin a souligné que, « […] c’est un jardinier qui a parlé d’abord et pas seulement un architecte attentif à l’organisation de l’espace […]5 » ; en intégrant dans sa construction en verre les ormes de cette partie de Hyde Park, Paxton donna à son Palais de Cristal, nous dit Benjamin, une valeur architecturale bien plus élevée6.

12À la fin du xixᵉ siècle, l’Espagne, menacée par l’effondrement de son empire colonial, s’efforce de faire connaître les Philippines, une ses dernières colonies et, pour cela, se lance dans un ambitieux projet de grande exposition pour faire étalage de ses matières premières et de ses ressources naturelles. Ainsi, en 1887, à l’occasion de l’Exposition des îles des Philippines, fut édifié le Palacio de Cristal, conçu par Ricardo Velázquez Bosco comme une gigantesque serre, pour exposer les plantes et fleurs exotiques philippines. S’inspirant du Crystal Palace de Joseph Paxton, le Palacio de Cristal, structure de verre et de métal, est construit sur un plan en forme de croix grecque, avec une nef centrale et trois autres latérales — comme une cathédrale — couronnées par une coupole en verre mesurant vingt-deux mètres de hauteur. Il se situe, lui aussi, dans un parc emblématique, au cœur de Madrid, le parc du Retiro, qui lui sert de toile de fond naturelle. Le fait est qu’avec sa végétation, la serre a rassemblé, en tant que symbole du jardin d’Eden, les utopies sociales du xixᵉ siècle. Le verre, au lieu de séparer le passant de son objet, devient alors la membrane qui l’enveloppe et le met dans une situation de rapport immédiat, supprimant le caractère intouchable de la marchandise.

13Un siècle plus tard, tel semble être l’effet produit par le nouvel usage attribué à l’espace d’exposition du Palacio de Cristal à Madrid qui, dès 1990, héberge des projets et installations d’artistes contemporains. Les œuvres d’art sont rendues par là-même accessibles, parce qu’elles ne sont plus derrière le verre, mais sous le verre, en même temps que le visiteur, dans une relation désacralisante et égalitaire qui incite à l’interaction et au rêve.

Jaume Plensa : la transparence dans la transparence

14En 2018, le musée du Reina Sofia demande au sculpteur catalan Jaume Plensa d’intervenir dans cette annexe muséale. Tenant compte des caractéristiques de l’édifice et de l’espace environnant — principes mêmes de l’œuvre in situ —, l’artiste se fixe le pari audacieux de remplir le vide de l’espace architectural du Palacio de Cristal avec des sculptures transparentes et évidées, dépourvues de leur masse, qu’il intitule Invisibles.

Fig. 1. — Jaume Plensa, Invisibles, 2018, acier inoxydable 3 éléments : 650 x 400 x 500 cm

Fig. 1. — Jaume Plensa, Invisibles, 2018, acier inoxydable 3 éléments : 650 x 400 x 500 cm

Vue de l’exposition: Jaume Plensa. Invisibles, Palacio de Cristal, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid, Espagne 2018.

Photo: Luís Asín © Plensa Studio Barcelona. Courtesy Galerie Lelong & Co.

15Il s’agit de trois têtes géantes de jeunes femmes auxquelles il manque le corps, mais pas l’identité (elles se nomment Laura, Anna et Rui Rui). Les yeux clos, le doigt posé sur les lèvres, elles incitent au silence — le silence qui partage avec le vide le même schème de l’absence —, non pas pour intimer de se taire, mais pour inviter à entrer dans l’inconnu, dans un monde qui demande concentration, réflexion, afin de chercher à vaincre l’« apparence » des choses et rendre possible une autre perception.

Fig. 2. — Jaume Plensa, Invisibles, 2018, acier inoxydable 3 éléments : 650 x 400 x 500 cm

Fig. 2. — Jaume Plensa, Invisibles, 2018, acier inoxydable 3 éléments : 650 x 400 x 500 cm

Vue de l’exposition: Jaume Plensa. Invisibles, Palacio de Cristal, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid, Espagne 2018

Photo : Luís Asín © Plensa Studio Barcelona. Courtesy Galerie Lelong & Co.

16On connaît l’importance du motif de la tête en tant que forme dans l’histoire de la sculpture ; ici, Jaume Plensa redéfinit une tradition et la réinvente. Réalisées en maille d’acier, les formes ont été préalablement travaillées par l’artiste sur ordinateur, pour pouvoir en confectionner les moules et aboutir à des volumes vidés de leur masse. Au lieu d’un volume compact, Plensa réussit l’exploit de laisser pénétrer le regard à travers la matière rendue transparente par le quadrillage des fils d’acier et par la lumière qui la traverse. L’invisibilité évoquée par le titre de l’œuvre représente le formidable pari de dématérialiser la sculpture, qui communément se conçoit comme pleine et solide, et de faire du vide ce qui la définit. Libérées du traditionnel socle, ces figures humaines incomplètes sont suspendues au-dessus du sol, comme flottant dans l’espace, et se terminent par des faisceaux de tiges d’acier. Alors qu’il est ce qui nous relie à la terre, le corps a perdu son poids, il a disparu et n’est plus qu’une trace, absence mais néanmoins présence. Si sa pesanteur est ressentie comme un fardeau, grâce à l’art l’être devient plus léger, s’éloigne de la terre et s’envole. Jouant sur les courbes et les lignes droites, sur le concave et le convexe de cet ensemble monumental disposé en triangle, Jaume Plensa fait de la transparence et de l’invisible l’essence même de son installation qui entre en résonance avec la structure du bâtiment. En les accrochant à la coupole du Palacio de Cristal, comme des mobiles susceptibles de bouger au moindre souffle, l’artiste leur donne un mouvement ascendant qui est comme un souvenir de la nef gothique et pose la question de savoir comment exprimer l’immatériel avec des éléments matériels. Moment suspendu de l’art, où s’entremêlent les problématiques du bas et du haut, du lourd et du léger, entre pesanteur et apesanteur, à la recherche d’un point permettant une projection vers un ailleurs et vers l’élévation de l’esprit ; il souligne ainsi l’apparent paradoxe complémentaire entre le visible et l’invisible dans une construction qui met en tension abstraction et figuration.

  • 7 Plensa, Jaume, Declaraciones. Invisibles, Madrid, El Retiro, 22/12/2018, youtu.be/LFBnqXR7Hjw, cons (...)
  • 8 Ibid.
  • 9 Hernández, Sónia, Entrevista: «Jaume Plensa: me gustaría que la exposición generara silencio», La V (...)
  • 10 Merleau-Ponty, Maurice, Phénoménologie de la perception, [1945], Paris, Gallimard, coll. Tel, 2006, (...)

17Quand il déclare que le Palacio de Cristal a été le lieu idéal pour « pouvoir développer l’idée de l’invisibilité et de la transparence7 », Jaume Plensa y inclut l’environnement, dans lequel se trouve implanté l’édifice, comme partie intégrante de l’œuvre. Connu pour ses installations dans les espaces publics, l’artiste catalan travaille au cœur même de la cité ou de la nature, souvent dans le but de se libérer des contraintes des musées et rendre l’œuvre accessible à tous, à toute heure du jour ou de la nuit. Ses œuvres gigantesques sont une expérience liée au monde réel, car l’art est conçu en lien avec la communauté, avec le souci de relier les êtres humains à leur environnement. L’espace singulier créé par la transparence du Palacio de Cristal lui offre la possibilité d’interpénétration entre la nature, l’œuvre et le public, en laissant entrer l’extérieur à l’intérieur et voir l’intérieur de l’extérieur ; configuration idéale que choisit Jaume Plensa pour donner sa version sculpturale de la relation dynamique entre le dehors-dedans. Par l’introduction de la dimension du temps comme élément déterminant, ce qui se joue ici est une redéfinition de la perception. En effet, l’osmose est telle que, de jour, les sculptures sont presque imperceptibles de l’extérieur ; on ne les voit pas, on les devine, leur présence absente se confondant avec la lumière extérieure et le vide qui habite l’intérieur du bâtiment. De nuit, entre dix-huit heures, moment de fermeture du Palacio de Cristal, et vingt-deux heures, celui du Parc du Retiro, le Palais de verre apparaît comme une structure lumineuse semblable à une vitrine posée au milieu de la nature. Selon un processus de présentation, il devient l’écrin géant de l’œuvre d’art, comme ces cloches de verre qui isolent les reliques des églises, et offre au public une nouvelle perspective. Mais c’est surtout aussi, explique l’artiste, un moyen de maintenir le Musée ouvert de façon permanente au public8. En faisant sortir la sculpture de l’atelier, Jaume Plensa, non seulement questionne les rapports de l’œuvre in situ mais, en même temps, remet en cause le Musée traditionnel dans sa relation avec l’espace urbain. La mise en abîme de la transparence dans la transparence rejoint ainsi l’idéal architectural de démocratisation de l’art et la volonté d’une interaction entre l’art, la nature et le public. C’est pourquoi, pour Jaume Plensa, habitué à exposer ses sculptures à l’air libre, l’art a « tant de force dans l’espace public, parce qu’il y a une relation de l’individu, c’est-à-dire l’artiste, avec une communauté »9, une relation de réciprocité entre objet et spectateur. La perception devient alors communication ou communion. Elle renvoie, écrit Merleau-Ponty dans la Phénoménologie de la perception, à la position d’un monde et d’un système de l’expérience où mon corps et les phénomènes sont rigoureusement liés : « […] le système de l’expérience est vécu par moi d’un certain point de vue, je n’en suis pas le spectateur, j’y suis partie et c’est mon inhérence à ce point de vue qui rend possible à la fois la finitude de ma perception et son ouverture au monde total comme horizon de la perception10 ».

  • 11 Heidegger, Martin, « La chose », in Essais et conférences, Paris, éd. T.E.L., Gallimard, 1958, (tra (...)

18Et de fait, selon un subtil jeu visuel entre apparition et disparition, les trois têtes monumentales sont comme des épiphanies qui interrogent le lieu, qui invitent à reconsidérer la notion d’espace, à prendre conscience qu’il n’existe pas un seul espace. D’abord, il y a celui de l’œuvre ; la sculpture engendre son propre espace dans et autour d’elle, en même temps qu’elle est engendrée par lui. En effet, la question essentielle que pose la sculpture de Jaume Plensa, dans cette extension transparente du Musée Reina Sofía, est de savoir comment le vide organise les formes et transforme l’espace. Que la forme soit architecturale ou qu’elle soit sculpturale, sa force ne réside pas dans la masse, mais dans son absence. Si la transparence de l’architecture fait oublier la matière pour mieux révéler l’art au sein de l’espace public, celle de la sculpture montre que, pour s’en libérer, Jaume Plensa opère dans le sens d’une dématérialisation. Le quadrillage des fils d’acier libère la sculpture de la masse et de la pesanteur ; l’évidement de la masse donne lieu à un espace convexe, occupant l’espace d’exposition, qui délimite un espace concave accueillant la pénétration et le vide. La transparence apparaît alors comme un état d’allègement de la matière. L’artiste fait éclater la forme pleine et fermée, au profit d’une œuvre légère, ouverte et spatiale. Cette structure permet de délimiter ou d’enfermer ce qu’il tente de capturer et qui n’est autre que l’énergie spatiale. Les perforations, les trous dans la matière, sont indispensables pour travailler à partir de l’espace et non de la matière. Ainsi, de même que, selon la métaphore employée par Heidegger, lorsque le potier façonne le vide grâce à l’argile, il donne forme au vide — autrement dit, ce qui fait du récipient une chose ne réside pas dans la matière qui le constitue, mais dans le vide qu’il contient11 —, de même, Jaume Plensa travaille avec un vide réel et les différents plans entre lesquels l’air et le regard peuvent circuler. La trouée de la matière, le creux et le vide qui l’entourent sont autant d’éléments qui constituent la sculpture. L’espace même devient volume. Quand Jaume Plensa libère l’intérieur, c’est pour que le regard puisse mieux le traverser, circuler et créer un mouvement interne, ce qui implique l’idée de l’inclusion, de la projection de l’observateur dans l’objet observé. Si l’artiste choisit la transparence, c’est pour renvoyer à une réflexion sur la perception et sur la visibilité d’un volume intérieur, afin d’interroger le rôle et la place du spectateur. Ainsi, le visiteur est invité à percevoir un espace qui, dans la conception classique, est généralement occulté, à s’interroger sur l’opposition entre dehors/dedans, sur le non-vu et le non-dit, sur le paraître et l’apparaître. La sculpture n’est plus dans un espace immobile qui la sépare du spectateur et qui n’est traversé que par son regard frontal. Suivant un processus qui va du statique au dynamique, elle est aussi un moyen de construire et matérialiser des espaces, susceptibles d’être pénétrés par le regard et les déplacements du spectateur. En passant autour et entre les tiges d’acier, le corps du visiteur se substitue au corps absent de ces figures humaines qui l’enveloppent comme une atmosphère l’impliquant de façon physique et émotionnelle. Cette ouverture ajoute à l’expérience une dimension de l’espace vécu où le corps est lié au phénomène.

Fig. 3. — Jaume Plensa, Invisibles, 2018, acier inoxydable 3 éléments : 650 x 400 x 500 cm

Fig. 3. — Jaume Plensa, Invisibles, 2018, acier inoxydable 3 éléments : 650 x 400 x 500 cm

Vue de l’exposition: Jaume Plensa. Invisibles, Palacio de Cristal, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid, Espagne 2018

Photo: Luís Asín © Plensa Studio Barcelona. Courtesy Galerie Lelong & Co.

  • 12 Heidegger, Martin, “El Arte y el Espacio” (Die Kunst und der Raum), [1969] in Kosme María de Baraña (...)
  • 13 Heidegger, Martin, « Bâtir, habiter, penser », in Essais et conférences, op. cit., p. 184.

19« Nous sommes nous-mêmes espace, nous sommes faits d’espace et faisons espace12 », dit Heidegger dans L’Art et L’Espace. L’œuvre se réalise en tant qu’événement et s’actualise dans l’expérience d’une rencontre où le spectateur, l’objet d’art et le lieu sont interactifs. Il en est de même pour le Musée. Dans le célèbre article « Bâtir, habiter, penser », Heidegger explique qu’il faut penser le bâtir à partir de l’être de l’habiter, parce que dans les bâtiments réside le rapport du lieu et de l’espace, mais aussi la relation du lieu à l’homme qui s’arrête en lui13. Par conséquent, penser le Musée c’est aussi le faire, à partir du construire qui trouve son essence dans cette possibilité de créer des lieux où l’être s’ouvre au monde.

20En somme, Jaume Plensa a une conception de l’espace relationnel très heideggérienne, celle d’un homme qui construit son existence au monde ; s’il sollicite le corps du spectateur soit en le faisant participer, soit en l’invitant à se déplacer autour de l’œuvre, soit en la traversant, c’est parce que l’œuvre d’art s’habite également et qu’il conçoit la spatialité comme une création des êtres et non comme des êtres stabilisés dans l’espace matériel. Le Palacio de Cristal offre à l’artiste la formidable opportunité de briser les codes traditionnels de la sculpture et du musée ; il peut ainsi proposer au spectateur une expérimentation physique et nouvelle de l’espace, en même temps qu’une prise de conscience de celui-ci. En renversant les échelles, en brouillant les limites entre le dehors et le dedans, Jaume Plensa perturbe les habitudes perceptives et incite à une nouvelle lecture de l’espace, de son organisation et de son sens. Il offre au visiteur la possibilité d’habiter l’espace en poète, c’est-à-dire de se construire pleinement grâce à la création, grâce à l’art, de relire l’espace muséal à partir de sa manière de l’habiter qui le conduira vers un lâcher-prise et une compréhension de soi. La sculpture de Jaume Plensa invite ainsi le regardeur à remettre en question ce qui fait la lourdeur des choses, de son quotidien, manière de rappeler que plus l’esprit est pesant, moins il est libre. Derrière cette conception de l’espace et de l’art, il y a sans doute de la part de Jaume Plensa, l’intention de révéler de nouvelles façons de comprendre le monde, de questionner l’être au monde de l’homme moderne et de faire naître une sensibilité nouvelle.

Bibliographie

21Benjamin, Walter, Paris, capitale du xixᵉ siècle, [1982], Paris, éd. du Cerf, 2002.

22Bourdieu, Pierre et Darbel, Alain, L’Amour de l’art, Paris, éd. de Minuit, 1966.

23Heidegger, Martin, « La chose », in Essais et conférences, Paris, éd. T.E.L., Gallimard, 1958, (traduction André Préau).

24Heidegger, Martin, « Bâtir, habiter, penser », in Essais et conférences.

25Heidegger, Martin, “El Arte y el Espacio” (Die Kunst und der Raum), [1969] in Kosme María de Barañano, Husserl-Heidegger-Chillida, el concepto de espacio en la filosofía y la plástica del siglo xx, Leioa, Universidad del País Vasco, 1990.

26Hernández, Sónia, Entrevista: «Jaume Plensa: me gustaría que la exposición generara silencio», La Vanguardia, 11/11/2018, www.lavanguardia.com/cultura/culturas/20181111/452794783516/jaume-plensa-exposicion-silencio.html, consulté le 11/11/2018.

27Merleau-Ponty, Maurice, Phénoménologie de la perception, [1945], Paris, Gallimard, coll. Tel, 2006.

28Nouvel, Jean, “La arquitectura y el mundo virtual”, in Jean Nouvel, Museo Nacional Reina Sofía, Madrid, 9 de diciembre de 2002, Centre Georges-Pompidou, éd. Aldeasa.

29Plensa, Jaume, Declaraciones. Invisibles, Madrid, El Retiro, 22/12/2018, youtu.be/LFBnqXR7Hjw, consulté le 20/01/2021.

30Rowe, Colin, Slutsky, Robert, Transparence réelle et virtuelle, [1963], Paris, éd. du Demi-cercle, 1992.

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Notes

1 Bourdieu, Pierre et Darbel, Alain, L’Amour de l’art, Paris, éd. de Minuit, 1966.

2 Nouvel, Jean, “La arquitectura y el mundo virtual”, in Jean Nouvel, Museo Nacional Reina Sofía, Madrid, 9 de diciembre de 2002, Centre Georges-Pompidou, éd. Aldeasa, p. 50.

3 El Palacio de Cristal del Retiro, Madrid : Palacio de Cristal | Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía (museoreinasofia.es)

4 Rowe, Colin, Slutsky, Robert, Transparence réelle et virtuelle, [1963], Paris, éd. du Demi-cercle, 1992.

5 Benjamin, Walter, Paris, capitale du ⅹıⅹᵉ siècle, [1982], Paris, éd. du Cerf, 2002, p. 180.

6 Ibid.

7 Plensa, Jaume, Declaraciones. Invisibles, Madrid, El Retiro, 22/12/2018, youtu.be/LFBnqXR7Hjw, consulté le 20/01/2021.

8 Ibid.

9 Hernández, Sónia, Entrevista: «Jaume Plensa: me gustaría que la exposición generara silencio», La Vanguardia, 11/11/2018, www.lavanguardia.com/cultura/culturas/20181111/452794783516/jaume-plensa-exposicion-silencio.html, consulté le 11/11/2018.

10 Merleau-Ponty, Maurice, Phénoménologie de la perception, [1945], Paris, Gallimard, coll. Tel, 2006, p. 357.

11 Heidegger, Martin, « La chose », in Essais et conférences, Paris, éd. T.E.L., Gallimard, 1958, (traduction André Préau), p. 196.

12 Heidegger, Martin, “El Arte y el Espacio” (Die Kunst und der Raum), [1969] in Kosme María de Barañano, Husserl-Heidegger-Chillida, el concepto de espacio en la filosofía y la plástica del siglo xx, Leioa, Universidad del País Vasco, 1990, p. 41.

13 Heidegger, Martin, « Bâtir, habiter, penser », in Essais et conférences, op. cit., p. 184.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. — Jaume Plensa, Invisibles, 2018, acier inoxydable 3 éléments : 650 x 400 x 500 cm
Légende Vue de l’exposition: Jaume Plensa. Invisibles, Palacio de Cristal, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid, Espagne 2018.
Crédits Photo: Luís Asín © Plensa Studio Barcelona. Courtesy Galerie Lelong & Co.
URL http://journals.openedition.org/iberical/docannexe/image/2703/img-1.png
Fichier image/png, 1,9M
Titre Fig. 2. — Jaume Plensa, Invisibles, 2018, acier inoxydable 3 éléments : 650 x 400 x 500 cm
Légende Vue de l’exposition: Jaume Plensa. Invisibles, Palacio de Cristal, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid, Espagne 2018
Crédits Photo : Luís Asín © Plensa Studio Barcelona. Courtesy Galerie Lelong & Co.
URL http://journals.openedition.org/iberical/docannexe/image/2703/img-2.png
Fichier image/png, 43M
Titre Fig. 3. — Jaume Plensa, Invisibles, 2018, acier inoxydable 3 éléments : 650 x 400 x 500 cm
Légende Vue de l’exposition: Jaume Plensa. Invisibles, Palacio de Cristal, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid, Espagne 2018
Crédits Photo: Luís Asín © Plensa Studio Barcelona. Courtesy Galerie Lelong & Co.
URL http://journals.openedition.org/iberical/docannexe/image/2703/img-3.png
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Pour citer cet article

Référence électronique

Martine Heredia, « Le musée Reina Sofía et Jaume Plensa : une esthétique de la transparence »Iberic@l [En ligne], 25 | 2024, mis en ligne le 01 juin 2024, consulté le 07 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/iberical/2703 ; DOI : https://doi.org/10.4000/13aek

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Auteur

Martine Heredia

CPGE Reims

Sorbonne Université — CRIMIC EA 2561

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