Navigation – Plan du site

AccueilNuméros27Le Panama, trait de (dés)union en...L’inscription spatiale de la Comp...

Le Panama, trait de (dés)union entre le Nord et le Sud

L’inscription spatiale de la Compagnie universelle du canal de Panama : une présence contestée ? (1881-1889)

The Spatial Inscription of the Universal Interoceanic Canal Company: A Contested Presence? (1881-1889)
La inscripción espacial de la Compañía Universal del Canal de Panamá : ¿una presencia contestada? (1881-1889)
Samuel Poyard

Résumés

Entre 1881 et 1889, la Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama réalise d’importants travaux dans l’isthme. Occultée en France par le « scandale » qui éclate suite à la faillite de la Compagnie, cette phase française de construction du canal de Panama est localement perçue comme irénique, par opposition à la présence états-unienne. En s’appuyant sur les archives de la Compagnie, ainsi que celles de la presse locale, cet article montre cependant que l’implantation du chantier transforme la route transisthmique, de Colón à Panamá, et suscite des réactions très diverses parmi les habitants. L’entreprise devient propriétaire d’un vaste domaine foncier, déploie de nombreux chantiers d’excavation et construit des habitations pour accueillir plusieurs milliers d’ouvriers. Elle s’appuie sur la coopération d’hommes politiques et/ou entrepreneurs, favorables à la construction d’une telle infrastructure globale dans la région, pour qui les travaux représentent une opportunité économique. Mais elle est également contestée. L’acquisition des terres, les dégâts causés par les travaux et la création de « campements », dont la sécurité est assurée par le personnel de la Compagnie, provoquent des conflits. Certaines protestations accusent l’entreprise française de mépriser la souveraineté colombienne et l’assimilent à une occupation étrangère.

Haut de page

Texte intégral

  • 1 Il était alors le représentant de la Société civile internationale du canal interocéanique par lis (...)

1Au cours de l’année 1880, Ferdinand de Lesseps crée la Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama. Celle-ci doit construire, puis exploiter, un canal dans l’isthme, à l’époque partie intégrante de la République de Colombie. L’entreprise détient ainsi une concession du gouvernement colombien, négociée deux ans plus tôt par Lucien Napoléon Bonaparte Wyse1.

2Les premiers techniciens arrivent dans la région à partir de janvier 1881 pour commencer les travaux. Le chantier se déploie rapidement du port de Panamá à celui de Colón, le long de la route transisthmique. Confrontée à diverses difficultés, la Compagnie ne parvient cependant plus à attirer les investisseurs et elle est mise en liquidation en janvier 1889. Cinq mois plus tard, la construction du canal est totalement interrompue dans la région.

3En France, le scandale politico-financier qui éclate à la suite de cette faillite a retenu l’attention (Bouvier J., 1964 ; Mollier J.Y., 1991). Cette perspective conduit toutefois à marginaliser l’installation d’un vaste chantier dans l’isthme. Comparé à celui de Suez [1859-1869] (Montel N., 1998), ou aux travaux dirigés par les États-Unis au Panama [1904-1914] (Greene J., 2009 ; Lasso M., 2019 ; Florès-Villalobos J., 2023), la « période française » de construction est assez méconnue (Mack G., 1994 ; Lemaitre E., 1971 ; McCullough D., 1977 ; Jos J., 2004 ; de Banville M., 2021 ; López Cerezo J.A., 2014 ; Marcilhacy D., 2023 ; Mollier J.Y., 2025). Localement, elle est aujourd’hui perçue positivement : la présence française aurait été plus respectueuse des différentes populations de la région et moins conflictuelle que celle des États-Uniens (Figueroa Navarro A., 1978, 1980). Ce contraste s’explique par la contestation des Panaméens tout au long du XXe siècle de la concession à perpétuité dont ont bénéficié les États-Unis, de 1903 à 1977, pour exploiter un canal interocéanique et contrôler souverainement une vaste zone autour de celui-ci, où régnait une forte ségrégation raciale.

4Cette vision irénique de la « période française » doit toutefois être interrogée. Le lancement des travaux engendre de nombreuses transformations et pose des problèmes sociaux, juridiques et politiques. La lecture des archives, notamment celles de l’entreprise française, conservées à College Park en périphérie de Washington D.C., montrent que les tensions et les conflits sont nombreux. Il existe déjà des dissensions avec les autorités politiques des localités de la route transisthmique que les États-Unis vont ensuite supprimer pour faciliter leur administration (Lasso M., 2019 : 119).

5Cet article analyse ainsi les réactions que suscite l’implantation du chantier de la Compagnie universelle parmi les habitants de l’isthme et les relations très diverses que ces derniers entretiennent avec les représentants de cette entreprise.

6Une telle étude souhaite contribuer à écrire une histoire située de la mondialisation (Singaravélou P., 2021 ; Carminati L., 2023). Du XVIe siècle à nos jours, la route transisthmique se recompose à plusieurs reprises, en fonction de l’intensité des circulations dont elle est le support. Au XIXe siècle, la généralisation de la vapeur bouleverse profondément ce territoire, comme d’autres villes portuaires et leurs arrière-pays (Bosa M. S., 2014 ; Darwin J., 2020). La construction du chemin de fer par une compagnie états-unienne [1849-1855], concomitante de la ruée vers l’or, remodèle géographiquement, démographiquement et socialement ce territoire (McGuiness A., 2008). L’usage de cette route décroit cependant au cours des années 1870. Puis, l’installation d’un vaste chantier par la Compagnie universelle à partir de 1881 ouvre une nouvelle période de recompositions.

7La Compagnie apparait comme une grande entreprise étrangère, riche et puissante. L’établissement d’un siège administratif au centre de la ville de Panamá, dans l’ancien Grand hôtel, en est un symbole.

Figure 1. Le siège de la Compagnie universelle dans la ville de Panamá (14 juillet 1882)

Figure 1. Le siège de la Compagnie universelle dans la ville de Panamá (14 juillet 1882)

Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la photographie, VH-389-PET FOL, Source gallica.bnf.fr / BnF.

8Surtout, elle est autorisée à prendre possession d’un territoire de 200 mètres de large de chaque côté du tracé « pour le service du canal » – 8 kilomètres seront octroyés aux États-Unis en 1903, avec les mêmes droits que s’ils étaient souverain – et elle aménage l’espace pour accueillir les travaux. En périphérie de Panamá, des infrastructures de santé sont installées sur le cerro Ancón, tandis qu’un nouveau port commence à être construit à la Boca, située à l’entrée du futur canal. Sur la façade atlantique, un quartier, baptisé « Christophe Colomb », est établi sur un terre-plein à l’est de la ville de Colón. Tout au long de la route transisthmique, à proximité du chemin de fer, l’entreprise française acquiert des terrains. Des déboisements sont effectués pour implanter de multiples chantiers. La Compagnie érige des « campements » qui peuvent être constitués d’ateliers, de bureaux, d’une poste, d’une cantine et de différents types de logements pour le personnel.

Figure 2. Plan de la ligne de construction du canal interocéanique

Figure 2. Plan de la ligne de construction du canal interocéanique

Carte réalisée à partir d’un plan des chantiers publié dans un supplément du Bulletin du Canal interocéanique daté du 1er août 1885.

Bibliothèque nationale de France, département des Cartes et plans, GE D-365. Source gallica.bnf.fr / BnF.

Figure 3. Plans des installations de la Compagnie universelle à Colón et Bahia-Soldado en 1883

Figure 3. Plans des installations de la Compagnie universelle à Colón et Bahia-Soldado en 1883

Plans publiés dans un supplément du Bulletin du Canal interocéanique daté du 18 juillet 1883.

Bibliothèque nationale de France, département des Cartes et plans, GE D-152. Source gallica.bnf.fr / BnF.

9Elle fait venir des milliers d’ouvriers ; l’entreprise et ses principaux sous-traitants emploient jusqu’à 19 000 personnes (Gorgas W. C., 1906). Les travaux attirent également des migrants, notamment des femmes, qui fournissent divers services autour des chantiers pour se nourrir, se vêtir, ou se divertir. Les localités situées entre Panamá et Colón sont donc transformées, et les représentants de l’entreprise deviennent des acteurs essentiels de cet espace transisthmique (directeur des travaux dans l’isthme, ingénieurs, chefs de section, chefs de campements).

10L’inscription spatiale de la Compagnie universelle et les transformations qu’elle provoque sont diversement vécues par des habitants aux profils très variés : commerçants et entrepreneurs, établis depuis plus ou moins longtemps dans l’isthme, parfois multipropriétaires, pouvant aussi disposer d’un capital politique ; travailleurs et travailleuses établis en périphérie des villes de Colón ou Panamá ; cultivateurs, propriétaires ou non, petits commerçants, simples résidents, qui vivent le long de la route transisthmique. Certains sont venus s’y installer depuis le début des travaux. L’importance de la capacité d’action des uns et des autres face à la Compagnie diverge.

11Les acteurs politiques et économiques locaux soutiennent les travaux et coopèrent avec l’entreprise française. D’autres habitants s’accommodent de la présence de la Compagnie et cherchent à en tirer profit. Mais ce type de processus d’aménagement du territoire suscite des conflits, pour la possession et/ou l’usage de l’espace (Gauchet T., 2021). D’autant qu’au cours du XIXe siècle, la propriété privée conçue comme un droit exclusif de posséder s’impose. Toutefois, elle se heurte à d’autres « manières de s’approprier » (Demélas M.D. et N. Vivier, 2003 ; Guignard D., 2017 ; Blaufarb R., 2016). Par ailleurs, l’implantation d’une entreprise étrangère, et la domination qu’elle exerce sur plusieurs portions de territoires, suscitent aussi des tensions : cela peut mettre en jeu certains attributs de la souveraineté nationale, que des résidents estiment bafouée (Piquet C., 2002). Au cours des années 1880, il existe ainsi des protestations dans l’isthme de Panama, que ce soit à propos des terres dont la Compagnie prend le contrôle ou des agissements de ses agents. Les contestations prennent des formes variées : réclamations individuelles ou collectives envoyées à l’entreprise, adresse aux pouvoirs publics, articles critiques dans les journaux.

  • 2 Discours de l’ingénieur Louis Simonin. Congrès international d’études du canal interocéanique. Comp (...)

12Les promoteurs d’un canal interocéanique le présentent comme un moyen d’abattre une barrière naturelle qui s’oppose au commerce et à « la fusion des intérêts généraux de l’humanité », dont ils considèrent être les meilleurs agents2. Au-delà de ce discours téléologique autour de la nécessaire mise en réseau du globe, observer les rapports entre la Compagnie et les habitants de l’isthme permet de saisir les interactions plurielles ou « frictions » (Tsing A.L., 2005), et les transformations locales que suscite l’implantation matérielle d’un tel chantier. Les acteurs de la route transisthmique apparaissent alors comme des protagonistes de cette histoire de la construction d’une infrastructure globale, qui vivent et perçoivent inégalement cette seconde mondialisation.

13Il s’agit ainsi d’interroger la diversité des réactions des habitants face à l’inscription spatiale de la Compagnie universelle, tout au long de la route de Colón à Panamá.

14Après avoir détaillé le soutien des élites locales à l’installation de la Compagnie universelle, les tensions et conflits que produit l’emprise de l’entreprise sur les terres seront analysés. Enfin, il convient d’observer comment la présence de l’entreprise française est parfois vécue comme l’imposition d’une autorité étrangère, au mépris des lois colombiennes et de la souveraineté nationale.

Les élites locales : des soutiens incontournables de la Compagnie universelle

15La Compagnie universelle est soutenue dans l’isthme de Panama par les élites politiques et économiques de Colón et Panamá. Pour ses promoteurs colombiens, l’ouverture d’un tel canal doit profiter à l’humanité, mais aussi permettre de mieux intégrer le pays aux échanges mondiaux. Ils partagent l’idéal d’un monde interconnecté, qui serait favorable au commerce et à la pacification du monde. Localement, l’ambition de convertir le Panama en un nœud commercial mondial existe tout au long du XIXe, et la construction d’une telle infrastructure doit redynamiser l’économie de la région. Les dirigeants de l’État de Panama, puis du Département de Panama après la réforme constitutionnelle de 1886, cherchent ainsi à faciliter le succès de l’entreprise française. Pour certains propriétaires ou entrepreneurs sa présence représente une belle opportunité économique.

16Les débuts du chantier suscitent ainsi beaucoup d’enthousiasme dans l’isthme. Les journaux panaméens rapportent que Ferdinand de Lesseps est accueilli triomphalement au mois de janvier 1880. Un article du journal libéral El Cronista affirme :

  • 3 De nombreux numéros de ce journal peuvent être consultés à la Biblioteca Nacional de Colombia (BNC) (...)

En la celebración de las fiestas públicas en honor de este grande hombre, el pueblo panameño ha manifestado no poco entusiasmo. Todo ha sido orden i armonía [sic]3.

  • 4 Il s’agit bien de Pedro Prestán, accusé en 1885 d’avoir incendié la ville de Colón et qui fut pendu (...)
  • 5 Sur ces événements, lire les numéros du journal Star and Herald datés des 01, 03, 17, 20 et 28 janv (...)

17Une commission spéciale a été chargée de préparer sa réception. Le président de celle-ci, J.A. Céspedes, lui souhaite la bienvenue à son arrivée à Colón le 30 décembre 1879, suivi de M. Andreve et M. Prestán4, représentants de l’assemblée de l’État. Plusieurs réceptions sont organisées dont deux bals, à Panamá, puis à Colón. De nombreux hommes politiques et/ou entrepreneurs, ainsi que leurs femmes sont présents lors de ces événements : c’est le cas de Dámaso Cervera qui entre alors en fonction comme nouveau président de l’État, de B. Correoso, de M. A. Guerrero, de J. A. Arango, ou des commerçants H. Schubert et J.B. Poylo5.

18Un an plus tard, dans un poème intitulé Del canal, José María Alemán, homme politique et écrivain panaméen, ironise sur les grandes espérances que provoque le lancement des travaux de construction du canal.

No más miseria y pobreza, / ni godo ni liberal : / por montones la riqueza / recogerá cada cual / cuando concluya el canal […] Pues todos piensan, a una, / hacer un gran capital, / con buena dicha y fortuna, / por la industria comercial, / cuando comience el canal (Alemán J.M., 1882).

  • 6 Voir les éditions du journal Star and Herald datées des 19, 22 et 24 février 1886.

19Lors de sa seconde visite, en février 1886, Ferdinand de Lesseps est à nouveau reçu avec de grands honneurs. Un arc de triomphe est érigé sur la place de la cathédrale, un autre près de la gare et un obélisque sur la Plaza de Santa Ana. Lors d’une cérémonie, huit chars défilent (Industrie, Amérique, Europe, Asie, Afrique, Commerce, Ville de Panamá et Agriculture) en présence des autorités politiques et ecclésiastiques. Dans le discours qu’il lui adresse, Pablo Arosemena, qui a occupé de multiples fonctions politiques au Panama et au niveau fédéral, qualifie Lesseps de « génie ». Représentant de la corporation des ouvriers et artisans de Panamá, Guillermo Andreve affirme que les habitants et les étrangers le soutiennent « animados de un sentimiento commun : ver engrandecida y próspera esta tierra »6.

Figure 4. Réception de Ferdinand de Lesseps sur la place de la cathédrale en 1886

Figure 4. Réception de Ferdinand de Lesseps sur la place de la cathédrale en 1886

Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la photographie, VH-389-PET FOL. Source gallica.bnf.fr / BnF.

  • 7 Le président de la République de Colombie indique aussi souhaiter que « siempre reine la mejor armo (...)
  • 8 Ibid., 6 février 1882.
  • 9 Ibid., boîte 71, 2-C-X4/1884-1886, 19 décembre 1883.
  • 10 Ibid., boîte 6, dossier 1-B-X11.

20Comme l’illustre l’accueil qu’ils réservent à Ferdinand de Lesseps, les personnalités panaméennes qui dirigent l’État de Panama souhaitent soutenir l’installation de la Compagnie, tout en faisant respecter les lois7. En février 1882, le secrétaire du gouvernement de l’État de Panama, José María Vives Léon, adresse une note au Gouverneur du District Capital et du Département, dans laquelle il explique que les dispositions légales doivent se concilier avec la protection dont a besoin l’entreprise pour construire le canal8. Le pouvoir exécutif correspond constamment avec les plus hauts responsables de la Compagnie dans l’isthme. En décembre 1883, le gouverneur de Panama effectue par exemple une tournée d’inspection, avec l’agent du domaine de la Compagnie, M. Lewis9. Parallèlement, les dirigeants panaméens sollicitent régulièrement la compagnie pour obtenir divers services : un plan, le diagnostic d’un ingénieur, le prêt d’un bateau, l’échange de titres à New York, etc.10.

  • 11 Dépêche du 12 mars 1886, The National Archives à Londres [TNA], FO289/30, folio 6.
  • 12 En 1889, lorsque les travaux sont arrêtés, une dépêche du consulat des États-Unis évoque une dépres (...)

21Ces hommes sont également satisfaits de voir l’activité économique de la région stimulée par l’arrivée de nombreux travailleurs et l’argent dépensé dans l’isthme par la Compagnie universelle. En mars 1886, le consul britannique, Claude Mallet, note que le commerce et l’industrie ont largement progressé au cours des dernières années dans l’État de Panama en raison des travaux du canal11. La grande majorité des produits sont importés, mais certaines denrées viennent de la région12. Les activités bancaires et le prix des loyers sont en forte hausse (de Molinari G., 1887, 114 ; Camacho Roldán S., 1890, 304). Le sociologue panaméen Alfredo Figueroa Navarro insiste sur l’enrichissement de certaines familles de Panamá grâce à la location de leurs biens immobiliers (Figueroa Navarro A., 1978, p 350).

  • 13 Voir les protestations contre l’entreprise Arango, NACP, GRFCC, boîte 176, 18-A-X1/ part1, folios 1 (...)
  • 14 Voir le contrat n°131 signé entre J.A. Cespedes et le directeur des travaux Jules Dingler, le 26 ja (...)
  • 15 Concernant Amador Guerrero : Ibid., boîte 93, dossier 9-B-X3 ; et à propos du contrat avec Buenaven (...)

22D’autre part, la majorité des contrats que passe l’entreprise sont obtenus par des personnes venues spécialement dans l’isthme pour les travaux, mais cela n’est pas systématique. Certaines personnalités locales font des affaires avec la Compagnie. Au cours des premières années, l’entreprise sous-traite à José Agustín Arango le déboisement de certaines portions du tracé du canal13. José A. Céspedes, qui a accueilli Ferdinand de Lesseps, et occupe la fonction de préfet de Colón au cours de l’année 1886, signe un contrat pour recruter des travailleurs en Jamaïque14. En 1884, Amador Guerrero remporte une adjudication pour fournir 75 mules ou mulets. Un des principaux hommes politiques locaux durant la seconde moitié du XIXe, Buenaventura Correoso, est de son côté choisi pour approvisionner les écuries de la Compagnie en fourrages15.

  • 16 Le contrat passé entre L.N.B. Wyse et Eustorjio Salgar, ministre de l’Intérieur et des Relations ex (...)
  • 17 Ces constats sont dans le rapport rédigé par le premier agent du Domaine de la Compagnie, Arthur Ha (...)

23Celui-ci revendique également des terres situées à trois endroits sur le tracé du futur canal, et comme d’autres propriétaires, il reçoit des indemnités de la part de l’entreprise. La loi de concession octroie aux bâtisseurs du canal une bande de terre de 200 mètres de large de chaque côté du tracé, mais si les terrains sont tout ou en partie de propriété particulière, le texte indique que l’entreprise devra payer une indemnisation (article 1)16. Les agents de la Compagnie constatent rapidement qu’il y a peu de terres vacantes sur le tracé envisagé pour construire l’infrastructure. Et le choix est fait de payer pour indemniser les propriétaires afin d’éviter une procédure judiciaire jugée longue17.

  • 18 Pour ce paragraphe, voir l’état des terrains achetés au 31 décembre 1884. NACP, GRFCC, boîte 192, 1 (...)

24Au-delà du cas de Buenaventura Correoso, plusieurs figures de la vie politique et économique de l’isthme de la seconde moitié du siècle apparaissent parmi les personnes qui reçoivent une compensation18. Mateo Iturralde, qui a occupé diverses charges politiques et a représenté l’État panaméen au sénat colombien en 1857 et 1867, est indemnisé. C’est aussi le cas des héritiers de Blas Arosemena Quesada, le frère de l’homme politique et penseur Justo Arosemena, qui avait été associé à une commission d’exploration états-unienne pour ouvrir une voie d’eau en 1870. Les commerçants Nicanor de Obarrio ou les frères Hurtado touchent aussi de l’argent de l’entreprise française, tout comme la femme de Ran Runnels, commerçant et hôtelier, qui avait été à la tête d’une équipe chargée de la sécurité lors de la construction du chemin de fer.

  • 19 Lettre d’Alphonse Pinart, qui évoque des « cases », datée du 25 juin 1883, Ibid., boîte 192, 18-A-X (...)
  • 20 Ibid., boîte 188, 18-A-X19, non daté.

25Parallèlement, la Compagnie rachète des villages entiers. Dès 1882, Armand Reclus alors agent supérieur de l’entreprise, informe le secrétaire général de l’État de Panama que l’entreprise a des accords à Emperador avec tous ceux qui se disent propriétaires des terres (Molina Castillo M. J., 2022 : 105). Un certain nombre de maisons à la Culebra sont rachetées au cours de l’année 188319. Les personnes qui parviennent à se faire reconnaitre comme possédants obtiennent une petite somme d’argent. Un document mentionne « le village de la Boca qui se composait d’environ 60 ranchos » pour lequel une somme totale de 1 200 pesos a été dépensée pour les 33 propriétaires20.

  • 21 El Cronista, 9 août 1884, BNC, microfilm MFBN-12.

26Avec le soutien des autorités et en se mettant d’accord avec ceux qui revendiquent d’importantes propriétés sur le tracé du futur canal, l’entreprise française acquiert peu à peu un vaste domaine foncier : il est établi en 1890 qu’elle contrôle 15 013,85 hectares. C’est loin des 43 000 hectares revendiqués à l’époque par la Panama Rail Road Company, et des 143 200 hectares de la Zone du canal, qui se trouveront après 1903 sous l’autorité des États-Unis. Mais, dès 1884, un court article d’El Cronista affirme que la Compagnie universelle continue d’acheter des terres et qu’elle possèdera bientôt la moitié du territoire entre Colón et Panamá21. Au-delà des grands propriétaires, cette emprise sur les terres suscite dès lors des tensions et des conflits avec certains habitants de la route transisthmique.

Une emprise sur les terres, source de conflits

27Les premiers responsables de la Compagnie présents dans l’isthme s’aperçoivent donc dès 1881 que la majorité des terres entre Panamá et Colón ne sont pas disponibles ou inoccupées. Certaines personnes disposent d’actes de propriété, d’autres s’en revendiquent propriétaires, et divers usages, en particulier agricoles, en sont faits à certains endroits. Plusieurs conceptions de la « propriété » existent et justifient les demandes d’indemnité financière à l’entreprise française.

  • 22 On peut considérer qu’il y a un « conflit » à partir du moment où l’engagement d’un des protagonist (...)

28La prise de possession des terrains par la Compagnie universelle, le déploiement des installations pour le chantier, ainsi que les travaux en eux-mêmes qui font régulièrement des dégâts, suscitent donc des conflits22. L’entreprise et certains cultivateurs, ayant des usages contradictoires des terres et des fleuves, s’opposent. Des habitants profitent également des circonstances et cherchent à toucher une compensation d’une Compagnie perçue comme riche et puissante. Ses responsables essaient de règlementer l’installation sur le domaine foncier de l’entreprise, mais ils éprouvent des difficultés à contrôler concrètement leurs terrains.

  • 23 Jugement du 17 mai 1883. Ibid., boîte 187, 18-A-X12.
  • 24 Arthur Harel écrit en février 1881« (…) les propriétés ne sont fixées que par des limites de conven (...)
  • 25 NACP, GRFCC, boîte 192, 18-A-X48.

29Lors de l’acquisition des terres situées sur le tracé du futur canal, quelques personnes ne parviennent pas à se mettre d’accord sur le montant d’une indemnité avec la Compagnie et obligent celle-ci à entamer une procédure judiciaire. En 1883, l’entreprise obtient ainsi l’expropriation des héritiers de Manuel Tejada sur les terres de Mamei et Culo Seco23. Toutefois, le principal problème auquel se heurtent les dirigeants de la Compagnie est l’absence d’un état précis des propriétés dans l’isthme24. L’entreprise est amenée à demander aux gens de venir eux-mêmes déclarer quelles sont les terres qui leur appartiennent. Et certains titres de propriétés suscitent des doutes : près de Colón, la Compagnie achète 3 hectares de terres au commerçant et éleveur Tomás Rodney Cowan, mais verse seulement la moitié de la somme en attendant qu’un titre régulier lui soit fourni25.

  • 26 Ibid., boîte 23, 1-G-X7.
  • 27 La vente de terrains à Gatún par les Correoso stipule que le village est réservé, ce qui mécontente (...)
  • 28 El Cronista, 9 août 1884, BNC, microfilm MFBN-12.

30Certaines personnes sont soupçonnées de ne pas détenir les terres qu’elles cèdent. Les frères Hurtado sont ainsi accusés d’avoir vendu des terres pour lesquelles ils sont en litige avec la Panama Rail Road Company, et d’autres, appartenant au gouvernement colombien26. En janvier 1882, les vecinos de Gatún se réunissent à l’église paroissiale pour protester contre les prétentions de Buenaventura Correoso sur les terres du village27. La Compagnie négocie d’abord avec les principales personnalités qui revendiquent la propriété. Un article d’El Cronista dénonce ainsi « la raison du plus fort » qui l’emporte28. Ces contestations montrent que la propriété entendue comme un droit exclusif de posséder, avec pour corollaire ici un territoire identifié et borné qui tend à s’imposer au cours du siècle, est mal assurée. D’autant que beaucoup des terres de la route transisthmique étaient considérées comme « baldías », c’est-à-dire « vacantes », jusqu’au milieu du siècle, avant la construction du chemin de fer.

  • 29 NACP, GRFCC, boîte 200, 18-C-X2/part2. Sur sa qualité de négociant : Star and Herald, 10 avril 1885

31Dans ce contexte, des conceptions concurrentes de la propriété privée existent. Autour de Mindi, Salvador Arcia, « négociant » de cette localité, formule diverses réclamations à la Compagnie29. Il affirme notamment qu’un campement de l’entreprise a été installé dans un « desmonte » qu’il a fait, un lieu qu’il dit occuper « desde hace mucho tiempo » – depuis beaucoup de temps. En fait, Salvador Arcia n’a pas de titre de propriété clair pour l’ensemble des terrains sur lesquels il revendique des droits. Il est locataire sur certaines terres et a mis en valeur certaines terres vacantes. À propos de l’une de ses revendications, un représentant de la Compagnie explique en décembre 1886, que les terres appartiennent bien au Gouvernement colombien et donc que l’entreprise ne doit lui verser une indemnité que pour la valeur qu’il a donné à un pâturage qu’il a établi sur un peu plus de cinq hectares.

  • 30 Archivo Nacional de Panamá, fonds Periodo Colombiano, tome 2813, folios 16-17, 13 janvier 1887.
  • 31 NACP, GRFCC, boîte 189, 18-A-X25/part3, « dossier Rafael Sanchez »

32Au-delà de l’acquisition des terres pour y installer le chantier, les travaux eux-mêmes suscitent des conflits d’usage. À proximité de Gatún, les travaux bouleversent l’organisation économique. Des habitants du village protestent, sans succès, devant la justice contre l’occupation par la Compagnie de la rive du Chagres où se trouve la gare de chemin de fer, en face de laquelle ils avaient établi un ponton en bois pour faciliter leur commerce de fruits30. Et une cinquantaine de personnes qui résident le long du Rio Gatuncillo adressent une protestation au Président de l’Etat de Panama en février 1884 à propos de la construction d’un barrage, associé à l’emploi d’une drague, qui compromet leur unique source de revenus : la culture de la banane31.

  • 32 Par exemple la visite de M. Cabarrus à Buena Vista en octobre 1883, Ibid., boîte 176, 18-A-X1/part1 (...)
  • 33 Document intitulé « Tarifs d’indemnité » Ibid., boîte 192, 18-A-X53, non daté.

33Les dommages causés par les travaux sont un problème récurrent : il existe dans les archives d’innombrables réclamations concernant des plantations qui ont été abîmées. Face à ce type de plainte, une procédure est mise en place pour indemniser l’habitant concerné à l’amiable, en évitant une procédure judiciaire, et ce afin de poursuivre rapidement la construction. Un agent du service du domaine ou un chef de section est ainsi chargé d’aller estimer les dommages32. Peu à peu, un barème d’indemnité est fixé par l’entreprise en fonction du type de plantation abîmée33.

  • 34 La personne indemnisée est M. Pinedo. Sur cette affaire : lettre du 11 mars 1886, Ibid., boîte 188, (...)

34Pour les habitants, y compris ceux arrivés récemment, obtenir une compensation de l’entreprise française peut apparaitre comme une aubaine. En mars 1886, le chef de section Courtin écrit que suite au versement d’une indemnité exigée pour établir une décharge nécessaire aux travaux de dérivation de l’Obispo « on se met à défricher toutes les vallées avoisinantes du canal sur sa rive gauche » en espérant toucher de l’argent34. Pour la majorité des réclamations, l’indemnisation financière par la Compagnie met fin au conflit. Ces plaintes peuvent donc être aussi une forme ritualisée de conflit permettant d’obtenir de l’argent d’une Compagnie perçue comme riche et puissante.

  • 35 Journal Star and Herald, 19 juin 1883.

35Les responsables de l’entreprise française dans l’isthme cherchent à éviter le versement de telles indemnités. Ils réglementent l’installation sur le domaine de la Compagnie universelle. En juin 1883, il est clairement énoncé que « toute personne ayant des maisons, ranchos, cultures, pâturages… doit avoir une autorisation ou un bail émanant du service du Domaine35 ». La Compagnie perçoit ainsi un loyer des commerçants et des habitants. Elle inclut dans les contrats que les locataires doivent quitter les lieux, après un mois de préavis, si l’entreprise a besoin du terrain. Lors de l’achat du village de Paraíso il est précisé :

  • 36 NACP, RG185, boîte 192, dossier 18-A-X54, non daté.

Ceux qui s’établiront sur le terrain de la Compagnie qui leur sera indiqué n’auront rien à craindre, les autres s’établissant en dehors et sans autorisation seront expulsés sans indemnité si la Compagnie vient à avoir besoin du terrain par eux choisi.
Les individus établis sur les terrains de la Compagnie ne paieront aucune redevance pendant six mois ; à partir de ce temps ils paieront proportionnellement à la surface occupée par eux
36.

36Dans certains endroits, les résidents doivent ainsi se soumettre aux nouvelles règles instituées par la Compagnie.

  • 37 Circulaire n°55, 20 août 1886, Ibid., boîte 71, dossier 2-C-X4/1884-1886.
  • 38 Le 1er signataire Faustino S. Mina apparait dans une archive comme Regidor du barrio de Calidonia e (...)
  • 39 « Parece increíble que en una Nación como la nuestra no se oiga la queja de un pueblo entero, queja (...)

37L’entreprise éprouve cependant des difficultés à contrôler les propriétés acquises. Le 20 octobre 1886, une circulaire du directeur des travaux, Fernand Nouailhac-Pioch, déplore les multiples demandes d’indemnités et rappelle que les terrains ne doivent pas être occupés sans la signature d’un contrat37. In situ, les limites du domaine de l’entreprise sont parfois floues. Et certains habitants contestent vivement l’emprise de la Compagnie sur les terres. Des résidents des quartiers de San Miguel, Caranganal, Pueblo Nuevo y Santa Cruz, en périphérie de Panamá, refusent de payer leur loyer à l’entreprise française. La Compagnie universelle les assigne en justice en 1888 et ils impriment alors un texte de protestation, intitulé « Hasta cuando esperamos », signé par 84 personnes38. M. Julio, chargé de recouvrir les loyers pour l’entreprise, affirme que les habitants lui ont dit qu’ils attaqueraient à main armée ceux qui viendraient accomplir la résolution dictée par le 2e Juge Civil et détruire plusieurs maisons qu’il a ordonné de quitter. L’argument des contestataires illustre les tensions autour de la notion de propriété puisque, dans leur texte, ces habitants affirment être présents dans leurs ranchos depuis une douzaine d’années. Ils contestent donc les droits de la Compagnie sur ces terrains et réclament l’intervention du Gouvernement face à l’entreprise française. D’après eux, les pouvoirs publics doivent œuvrer en faveur du peuple, plutôt que favoriser une Compagnie privée étrangère39.

La Compagnie universelle contre la souveraineté colombienne ?

38Comme dans cette pétition, les autorités à l’échelle de l’isthme sont parfois jugées complices de la Compagnie ou assujetties à celle-ci. Mais l’entreprise est surtout accusée de mépriser la souveraineté colombienne, en particulier sur les terres qui lui appartiennent. L’insistance des hauts responsables de l’entreprise française à défendre leurs pouvoirs et certains de leurs travailleurs peut être perçue comme une ingérence. D’autre part, les agissements des représentants de la Compagnie sur le terrain sont régulièrement dénoncés par de simples résidents, ainsi que par les représentants de l’État (alcaldes, regidores, policiers) situés dans les localités de la route transisthmique. Ils ont en effet l’impression que les campements et les zones de travaux sont soustraites aux lois du pays. La Compagnie universelle est alors assimilée à un pouvoir étranger établi en Colombie.

  • 40 Ibid., boîte 2, 1-B-X3/part 3, 19 mars 1888.

39L’entreprise française est publiquement accusée de s’approprier une partie des terres panaméennes, qui formeraient de véritables enclaves extraterritoriales ou coloniales. Une feuille imprimée, intitulée ¿Qué es Colombia ?, estime ainsi que Colón est divisée entre plusieurs nations étrangères. La présence états-unienne au Nord de la ville est dénoncée et les auteurs s’interrogent : le « quartier de Christophe Colomb est-il français ou colombien40 » ? La situation de la ville est comparée à celle de Shanghai partagée entre de multiples concessions : des territoires sous contrôle étranger où ne s’appliquent pas les lois locales.

40Mais c’est le long de la ligne de construction que les tensions sont les plus fortes entre les représentants de l’entreprise et les habitants ou les représentants locaux de l’État. La pétition des résidents de la périphérie de Panamá dénonce :

Si abusos y atropellos se cometen aquí, muchos y mayores se cometen en la línea, en esos campamentos en que nadie puede pasar adelante es decir, que si no es de la policía de la Compañía, “concretándonos á esta” ninguna otra que no sea aquella, puede ejercer sus funciones en aquellos territorios colombianos.

  • 41 Ibid, boîte 2, 1-B-X4/part 2, 20 octobre 1884.

41Les campements de la Compagnie sont en effet gardés par des watchmen qui sont sous l’autorité directe du chef de campement et d’un chef de section, à la tête d’une portion du chantier. Ces représentants de l’entreprise sont régulièrement accusés de ne pas respecter les lois colombiennes, ainsi que les autorités locales. Ils sont perçus comme des forces de l’ordre concurrentes. Le 20 octobre 1884, l’alcalde de Gorgona, Cipriano Tejada, déclare que l’opinion publique de son district s’oppose aux agissements des chefs de sections de la Compagnie qui ont établi des « cepos » où ils punissent « sévèrement » les citoyens, sans tenir compte de la législation officielle, et qui se moquent des agents du Gouvernement présents dans ces territoires41.

  • 42 Voir La Estrella de Panamá, 9 mai 1885, et la Gaceta Judicial, organo oficial de la Corte Suprema d (...)

42À l’échelle locale, des antagonismes importants existent. Dans la nuit du 3 au 4 mai 1885, des soldats colombiens tuent 18 travailleurs jamaïcains et en blessent 20 autres, à la Culebra, après qu’une partie de leur détachement a été arrêtée près du campement, puis désarmée, par des gardiens de l’entreprise en début de soirée. Or, plusieurs témoins affirment qu’une ou plusieurs personnes ont conduit les militaires vers ce lieu dans l’espoir qu’ils les vengent des watchmen. Des habitants du village, munis d’armes blanches, auraient également participé à la tuerie dans la nuit42.

  • 43 NACP, RG185, boîte 2, 1-B-X3/part1, 14 mars 1883.

43Ces conflits sont accentués par les différences d’origine géographique, de langue, de religion, de couleur de peau ou encore de statut. Cela renforce l’impression des agents de l’État ou des résidents qu’un pouvoir étranger impose ses règles et ses hommes, au mépris des lois locales. En mars 1883, un policier de Bajo-Obispo accuse les gardiens de la Compagnie, tous Martiniquais selon lui, de vouloir revêtir un caractère officiel et d’être sans cesse menaçant envers ceux qui parlent espagnol43. Les paroles et actions de ces watchmen sont régulièrement citées comme sources d’incidents : ils s’identifient à la Compagnie, et surtout, c’est de leur fonction qu’ils tirent leur position d’autorité, d’où leur zèle. Leurs agissements sur le terrain, tout comme ceux des chefs de section ou de campement, peuvent ainsi différer de ce que prônent les dirigeants de la Compagnie.

  • 44 El Cronista, 20 septembre 1884, BNC, microfilm MFBN-12.

44Les hauts responsables de l’entreprise dans l’isthme affirment en effet respecter la souveraineté et la législation colombienne. La loi de concession ne crée pas d’enclaves extraterritoriales. Ils échangent cependant beaucoup avec les autorités politiques, aux moyens financiers limités, et attirent vivement leur attention pour défendre leurs travailleurs ou faciliter l’avancement du chantier. Ceci peut être perçu par les habitants comme des ingérences. En 1884, le chef du service des immeubles, M. Tripier, s’insurge que son cocher ait été conduit au poste de police et sa voiture immobilisée alors qu’il avait payé l’amende réglementaire. Suite à ses protestations, le policier est sanctionné par l’administration. Un article publié dans El Cronista en conclut que le Panama serait devenu une « insula Barataria de los franceses del Canal, ayudados por algunos ingratos hijos de la patria que venderían hasta por un sueldo44 ».

  • 45 Circulaire n°28 de M. Hutin, 10 juillet 1885, NACP, RG185, boîte 2, 1-B-X3/part3.
  • 46 Rapport de janvier 1887, Ibid., boîte 230, 30-H-X1/part2.

45Surtout, les dirigeants de l’État de Panama et de la Compagnie essaient de se mettre d’accord à propos de la gestion du maintien de l’ordre. La création d’une force de police officiellement financée par la Compagnie a échoué, mais en réalité certains agents sont tout de même payés par l’entreprise. En 1882, José María Vives Léon a par ailleurs considéré que lorsqu’un travailleur de la Compagnie est arrêté, ou si la police entre dans une propriété de l’entreprise, comme les campements, le chef de section doit être prévenu. Les responsables français rappellent régulièrement ce texte qui figure également dans une circulaire de l’entreprise45. Cette procédure, qui avait été jugée conforme à la loi, est finalement abandonnée à la fin de l’année 1886, sans que cela ne mette fin aux conflits à propos du droit de la police à entrer dans les campements46.

  • 47 Sur l’affaire Thomas Johnes, Ibid., boîte 2, 1-B-X4/part4.
  • 48 Lettre du 14 décembre 1885, Ibid.

46Cette coopération est une des causes des tensions dans les localités de la route transisthmique ; les différents protagonistes s’accusant mutuellement de ne pas respecter les procédures. En janvier 1886, le regidor du pueblo de Matachin accuse un vigile de la Compagnie, Thomas Johnes, d’avoir battu un homme sur une « plate-forme ferroviaire » du chantier et d’avoir tenté de le tuer47. Le chef de section français dément cette version et ne comprend pas pourquoi il n’a pas été informé de l’arrestation d’un ouvrier dans une propriété de la Compagnie. L’alcalde du village voisin de Gorgona demande alors au secrétaire du Gouvernement de Panama si les campements sont bien sous la juridiction de l’autorité colombienne, comme cela devrait être le cas. Cette question est qualifiée « d’absurde et ridicule » par Philippe Bunau-Varilla, alors directeur des travaux. Il demande toutefois à Miguel Montoya, Chef Civil et Militaire à Panama, de libérer Thomas Johnes. Et quelques semaines plus tôt, Philippe Bunau-Varilla expliquait dans une lettre confidentielle aux chefs de section, qu’il avait convenu avec Miguel Montoya que les alcaldes qui s’opposent à la Compagnie seront remplacés et qu’il attend leurs plaintes48. C’est cette volonté de s’immiscer dans les affaires politiques et administratives de l’isthme qui est donc dénoncée par certains habitants.

Conclusion

47Entre 1881 et 1889, le lancement des travaux pour la construction d’un canal interocéanique par la Compagnie universelle transforme profondément la route transisthmique. Les interactions avec les habitants que suscite l’inscription spatiale de l’entreprise sont multiples et ambivalentes.

48Les élites locales des villes de Panamá et Colón soutiennent la construction de cette infrastructure à vocation mondiale, d’autant que l’ouverture du chantier dynamise les activités immobilières, bancaires, agricoles et commerciales. Même si les échanges sont parfois tendus, les autorités politiques coopèrent avec les responsables de la Compagnie.

  • 49 Archivo General de la Nación, Bogotá, MRE, transferencia 9, tome 24, folio 88, 22 février 1893.

49En 1890, les dirigeants de l’isthme réclament d’ailleurs la prorogation de la concession demandée par les liquidateurs de la Compagnie universelle. Puis, interrogées par le pouvoir central sur la position des Panaméens concernant une nouvelle prorogation en 1893, la chambre de commerce et l’assemblée municipale de Panamá se prononcent en faveur de celle-ci. Mais d’autres habitants, qui revendiquent parler au nom d’un « peuple panaméen », critiquent ces institutions. Dans au moins deux imprimés, ils refusent que les Français héritent d’une nouvelle prorogation sans que le contenu de la concession ne soit révisé et réclament que le « peuple panaméen » soit plus largement consulté, par exemple au moyen d’un « plébiscite »49. Une telle consultation n’est pas organisée par les principales instances panaméennes et les autorités colombiennes prorogent la concession.

50Ces réactions illustrent cependant le fait qu’une partie de la population, mais aussi les autorités des localités situées le long de la ligne de construction, considèrent la présence de la Compagnie universelle comme une forme d’occupation étrangère. L’acquisition de nombreuses terres engendre des conflits, d’autant que plusieurs conceptions de la propriété perdurent. Surtout, la Compagnie est accusée de ne pas respecter la souveraineté colombienne à l’intérieur de ses terres, notamment dans ses « campements ». En citant la situation de Shanghai, un imprimé les compare aux concessions étrangères en Chine. Cela conduit à réfléchir au statut du territoire que s’approprie l’entreprise française. La Compagnie se soumet bien à la législation locale et ses propriétés ne sont pas des enclaves extraterritoriales. Il n’empêche que certains agents sur le terrain peuvent avoir des discours et des pratiques qui se rapprochent de ce mode d’administration. Les échanges et réclamations permanentes auprès des dirigeants de l’isthme sont aussi vécus comme une ingérence, avec la volonté d’exercer un pouvoir politique sur les territoires du chantier du canal.

Haut de page

Bibliographie

Alemán, José María, « Del Canal », Crepúsculos de la tarde, Bogotá, Imprenta de Colunje i Vallarino, 1882.

Archives du Ministère des Affaires étrangères, La Courneuve, 474PAAP/2, folios 7-13, 28 février 1881.

Archivo General de la Nación, Bogot a, Ministerio de Relaciones Exteriores, transferencia 9, tome 24, folio 88, 22 février 1893.

Archivo Nacional de Panamá, Panamá, fonds Periodo Colombiano, tome 2813, folios 16-17, 13 janvier 1887.

de Banville, Marc, Canal Français. L’aventure illustrée des Français au Panama, Panamá, Canal Valley, 2012.

Blaufarb, Rafe, The Great Demarcation: The French Revolution and the Invention of Modern Property, Oxford, Oxford University Press, 2016.

Bosa, Miguel Suárez, Atlantic ports and the first Globalisation c. 1850-1930, Londres, Palgrave Macmillan, 2014.

Bouvier, Jean, Les deux scandales de Panama, Paris, Gallimard-Julliard, coll. « Archives », 1964.

Camacho Roldán, Salvador, Notas de viaje. Colombia y Estados Unidos de América, Bogotá, Librería colombiana, Camacho Roldán & Tamayo, 1890.

Carminati, Lucia, Seeking Bread and Fortune in Port Said. Labor Migration and the Making of the Suez Canal, 1859-1906, Oakland, University of California Press, 2023.

Congrès international d’études du canal interocéanique. Compte-rendu des séances, Paris, É. Martinet, 1879.

Darwin, John, Unlocking the world. Port cities and globalization in the age of steam 1830-1930, Londres, Allen Lane, 2020.

Demélas, Marie-Danielle, et Nadine Vivier (dir.), Les propriétés collectives face aux attaques libérales (1750-1914) : Europe occidentale et Amérique latine, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2003.

Figueroa Navarro, Alfredo, Dominio y sociedad en el Panamá colombiano : 1821-1903 escrutinio sociológico, Panamá, Impr. Panamá, 1978.

Figueroa Navarro, Alfredo, « Visión de Panamá durante la Epoca del canal francés », Revista Lotería, n° 292, juillet 1980.

Florès-Villalobos, Joan, The Silver Women: How Black Women’s Labor Made the Panama Canal, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2023.

Gaceta Judicial, organo oficial de la Corte Suprema de Justicia, 11 mai 1887, n° 11, https://cortesuprema.gov.co/corte/wp-content/uploads/subpage/GJ/Gaceta%20Judicial/GJ%20I%20n.%200001-0052%20(1887).pdf (consulté le 12 septembre 2022).

Gauchet, Thomas, Le canal de Göta. Projet technique et pouvoirs en Europe du Nord (1790-1832), Paris, Presses des Mines, 2021.

Gorgas, William C., Number of employees and deaths from various diseases among employees of the French canal companies, by months and years, from January 1881 to April 1904, Washington D.C., Government Printing Office, 1906.

Guignard, Didier (éd.), Propriété et société en Algérie contemporaine. Quelles approches ?, Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans, 2017.

Jos, Joseph, Guadeloupéens et Martiniquais au canal de Panama. Histoire d’une émigration, Paris, L’Harmattan, 2004.

Journal El Cronista, Panama, 1880 à 1889, Biblioteca Nacional de Colombia, Bogotá, microfilm MFBN-11 (4 janvier 1880) ; et MFBN-12 (9 août et 20 septembre 1884).

Journal La Estrella de Panamá, Panama, dans Readex, Latin American Newspapers Série 1 (9 mai 1885).

Journal Star and Herald, Panama, 1880 à 1889, Readex, Latin American Newspapers Série 1 (1, 3, 17, 20 et 28 janvier 1880 ; 19 juin 1883 ; 4 mars 1882 ; 10 avril 1885 ; 19, 22 et 24 février 1886).

Lasso, Marixa, Erased. The Untold Story of the Panama Canal, Harvard, Harvard University Press, 2019.

Lemaitre, Eduardo, Panamá y su separación de Colombia, Bogotá, Biblioteca Banco Popular, 1971. 

López Cerezo, José Antonio, El canal de Panamá : Una perspectiva histórica y social, Madrid, Los Libros de la Catarata, 2014.

Mack, Gerstle, The land divided: A history of the Panama Canal and other isthmian canal project, New-York, Alfred A Knopf, 1944.

Marcilhacy, David, El istmo de Panamá, un puente entre Europa y las Américas (1879-1936), Neuilly, Atlande, 2023.

McCullough, David, The Path Between the Seas: The Creation of the Panama Canal, 1870-1914, New York, Simon and Schuster, 1977.

McGuiness, Aims, Path of Empire: Panama and the California Gold Rush, Cornell, Cornell University Press, 2008.

Molina Castillo, Mario José, Conspiración y República en Panamá : La conjura de 3 y 5 de noviembre de 1903, Panamá, Novo Art S.A., 2022.

de Molinari, Gustave, À Panama : listhme de Panama, la Martinique, Haïti : lettres adressées au « Journal des débats », Paris, Guillaumin, 1887.

Mollier, Jean-Yves, Le scandale de Panama, Paris, Fayard, 1991.

Mollier, Jean-Yves, Panama, un canal pour mémoire, Paris, Flammarion, 2025.

Montel, Nathalie, Le chantier du canal de Suez (1859-1869). Une histoire des pratiques techniques, Paris, Presses de l’École nationale des Ponts et Chaussées, 1998.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 59, Despatches from United States consuls in Panama, 1823-1906, Microfilm 139, Roll 20, dépêche du 11 mars 1889.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 2, dossier 1-B-X3/part1, 14 mars 1883.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 2, dossier 1-B-X3/part3, 19 mars 1888.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 2, dossier 1-B-X4/part2, 20 octobre 1884.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 2, dossier 1-B-X4/part3: 6 février 1882; 17 mars 1883; circulaire n° 28 du 10 juillet 1885.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 2, boîte 2, 1-B-X4/part4, notamment une lettre du 14 décembre 1885.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 6, dossier 1-B-X11.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 23, dossier 1-G-X7.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 71, 2-C-X4/1884-1886, 19 décembre 1883, et circulaire n° 55 datée du 20 août 1886.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 93, dossier 9-B-X

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 119, 9-B-X71

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 131, dossier 9-B-X99/part2.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 176, 18-A-X1/part1, folios 146, 337, 399.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 176, 18-A-X1/part4, dépêche 28 décembre 1886, n° 344.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 187, 18-A-X12, jugement du 17 mai 1883.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 188, 18-A-X19.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 189, 18-A-X25/part3, dossier Rafael Sanchez.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 192, 18-A-X45, 25 juin 1883.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 192, 18-A-X48, 31 décembre 1884.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 192, 18-A-X53, « Tarifs d’indemnité », non daté.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 192, 18-A-X54.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 200, 18-C-X2/part2.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 210, dossier 24-B-X1/1883, contrat 26 janvier 1885.

National Archives and Records Administration, College Park, Maryland, Record Group 185, General Records of the French Canal Companies, PI-153-1, boîte 230, 30-H-X1/part2, rapport de Janvier 1887.

Piquet, Caroline, « La Compagnie universelle du canal maritime de Suez en Égypte  : concession rime-t-elle avec colonisation ou modernisation  ? », dans Entreprises et histoire, 2002, n° 31, 4, p 38‑53.

Singaravélou, Pierre, Tianjin cosmopolis : une autre histoire de la mondialisation, Paris, Seuil, 2017.

The National Archives, Londres, FO289/30, dépêche du 12 mars 1886, folio 6.

Tsing, Anna Lowenhaupt, Friction: an Ethnography of Global Connection, Princeton, Princeton University Press, 2005.

Haut de page

Notes

1 Il était alors le représentant de la Société civile internationale du canal interocéanique par listhme du Darien, créée en 1876 pour financer plusieurs explorations. Cette première entreprise a ensuite vendu la concession obtenue à la Compagnie universelle.

2 Discours de l’ingénieur Louis Simonin. Congrès international d’études du canal interocéanique. Compte-rendu des séances, Paris, É. Martinet, 1879, p 163.

3 De nombreux numéros de ce journal peuvent être consultés à la Biblioteca Nacional de Colombia (BNC) à Bogotá. El Cronista, 4 janvier 1880, microfilm MFBN-11.

4 Il s’agit bien de Pedro Prestán, accusé en 1885 d’avoir incendié la ville de Colón et qui fut pendu. Il avait été élu l’année précédente à l’assemblée de l’État de Panama, voir le journal Star and Herald daté du 31 octobre 1879.

5 Sur ces événements, lire les numéros du journal Star and Herald datés des 01, 03, 17, 20 et 28 janvier 1880. Le général Buenaventura Correoso est une figure majeure du libéralisme dans l’isthme au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. Il est élu à plusieurs reprises président de l’État du Panama. José Agustín Arango et Manuel Amador Guerrero jouent un rôle central lors de l’indépendance du Panama le 3 novembre 1903 : le premier est membre de la Junte provisoire de gouvernement ; le second, qui avait déjà été élu président de l’État du Panama en 1867, devient le premier président de la nouvelle République du Panama.

6 Voir les éditions du journal Star and Herald datées des 19, 22 et 24 février 1886.

7 Le président de la République de Colombie indique aussi souhaiter que « siempre reine la mejor armonía entre los poderes públicos de Colombia y la Compañia Universal del Canal Interocéanico, a la cual le prestará todo el apoyo que las circunstancias hagan necesario, de acuerdo con las leyes vigentes y los contratos realizados ». Lettre du secrétariat du Gouvernement de Panama à Charles de Lesseps, 17 mars 1883, National Archives and Records Administration à College Park, Maryland [NACP], RG 185, General Records of the French Canal Companies [GRFCC], PI-153-1, boîte 2, dossier 1-B-X4/partie 3.

8 Ibid., 6 février 1882.

9 Ibid., boîte 71, 2-C-X4/1884-1886, 19 décembre 1883.

10 Ibid., boîte 6, dossier 1-B-X11.

11 Dépêche du 12 mars 1886, The National Archives à Londres [TNA], FO289/30, folio 6.

12 En 1889, lorsque les travaux sont arrêtés, une dépêche du consulat des États-Unis évoque une dépression après une période de prospérité qui concerne tout le Département et même d’autres parties de la République ; le prix du bétail aurait baissé de moitié. Dépêche du 11 mars 1889, NACP, RG59, Despatches from United States consuls in Panama, 1823-1906, M139, R20.

13 Voir les protestations contre l’entreprise Arango, NACP, GRFCC, boîte 176, 18-A-X1/ part1, folios 146 et 399.

14 Voir le contrat n°131 signé entre J.A. Cespedes et le directeur des travaux Jules Dingler, le 26 janvier 1885. Il prévoit l’acheminement de 4 000 travailleurs. Finalement, il fait acheminer 871 hommes. Ibid., boîte 210, dossier 24-B-X1/1883 pour le contrat et boîte 131, dossier 9-B-X99/partie 2 pour le résultat.

15 Concernant Amador Guerrero : Ibid., boîte 93, dossier 9-B-X3 ; et à propos du contrat avec Buenaventura Corresoso : boîte 119, 9-B-X71.

16 Le contrat passé entre L.N.B. Wyse et Eustorjio Salgar, ministre de l’Intérieur et des Relations extérieures, ainsi que la loi votée au parlement, peuvent être lus sur le site du Ministère de la Justice colombien : https://www.suin-juriscol.gov.co/viewDocument.asp?id=1585033. Consulté le 25/11/2024.

17 Ces constats sont dans le rapport rédigé par le premier agent du Domaine de la Compagnie, Arthur Harel, le 28 février 1881. Archives du Ministère des Affaires étrangères à La Courneuve [AMAE-LC], 474PAAP/2, folios 7-13.

18 Pour ce paragraphe, voir l’état des terrains achetés au 31 décembre 1884. NACP, GRFCC, boîte 192, 18-A-X48.

19 Lettre d’Alphonse Pinart, qui évoque des « cases », datée du 25 juin 1883, Ibid., boîte 192, 18-A-X45.

20 Ibid., boîte 188, 18-A-X19, non daté.

21 El Cronista, 9 août 1884, BNC, microfilm MFBN-12.

22 On peut considérer qu’il y a un « conflit » à partir du moment où l’engagement d’un des protagonistes est clair : publicisation ou médiatisation de l’affaire, recours en justice…

23 Jugement du 17 mai 1883. Ibid., boîte 187, 18-A-X12.

24 Arthur Harel écrit en février 1881« (…) les propriétés ne sont fixées que par des limites de convention telles que arbres, sites, etc… et l’on ne connait guère la capacité, le Gouvernement n’ayant pas fait faire de cadastre », MAE-LC, 474PAAP/2, folios 7-13.

25 NACP, GRFCC, boîte 192, 18-A-X48.

26 Ibid., boîte 23, 1-G-X7.

27 La vente de terrains à Gatún par les Correoso stipule que le village est réservé, ce qui mécontente les habitants. Voir le journal Star and Herald, 4 mars 1882.

28 El Cronista, 9 août 1884, BNC, microfilm MFBN-12.

29 NACP, GRFCC, boîte 200, 18-C-X2/part2. Sur sa qualité de négociant : Star and Herald, 10 avril 1885.

30 Archivo Nacional de Panamá, fonds Periodo Colombiano, tome 2813, folios 16-17, 13 janvier 1887.

31 NACP, GRFCC, boîte 189, 18-A-X25/part3, « dossier Rafael Sanchez »

32 Par exemple la visite de M. Cabarrus à Buena Vista en octobre 1883, Ibid., boîte 176, 18-A-X1/part1, folio 337, 1er octobre.

33 Document intitulé « Tarifs d’indemnité » Ibid., boîte 192, 18-A-X53, non daté.

34 La personne indemnisée est M. Pinedo. Sur cette affaire : lettre du 11 mars 1886, Ibid., boîte 188, 18-A-X19. Ensuite des personnes qui sont situées sur les terres de M. Pinedo demandent aussi des indemnités, ce que refuse la Compagnie, boîte 176, 18-A-X1/part4, dépêche 28 décembre 1886, n°344.

35 Journal Star and Herald, 19 juin 1883.

36 NACP, RG185, boîte 192, dossier 18-A-X54, non daté.

37 Circulaire n°55, 20 août 1886, Ibid., boîte 71, dossier 2-C-X4/1884-1886.

38 Le 1er signataire Faustino S. Mina apparait dans une archive comme Regidor du barrio de Calidonia en septembre 1884. Ibid., boîte 188, 18-A-X19, 25 janvier 1888.

39 « Parece increíble que en una Nación como la nuestra no se oiga la queja de un pueblo entero, queja justa y que debe mirarse con gran interés por nuestro Gobierno, pues vemos todos los días cuales son las tendencias de la Compañía de Canal de Panamá », Ibid.

40 Ibid., boîte 2, 1-B-X3/part 3, 19 mars 1888.

41 Ibid, boîte 2, 1-B-X4/part 2, 20 octobre 1884.

42 Voir La Estrella de Panamá, 9 mai 1885, et la Gaceta Judicial, organo oficial de la Corte Suprema de Justicia, 11 mai 1887, n°11, https://cortesuprema.gov.co/corte/wp-content/uploads/subpage/GJ/Gaceta%20Judicial/GJ%20I%20n.%200001-0052%20(1887).pdf (consulté le 12 septembre 2022)

43 NACP, RG185, boîte 2, 1-B-X3/part1, 14 mars 1883.

44 El Cronista, 20 septembre 1884, BNC, microfilm MFBN-12.

45 Circulaire n°28 de M. Hutin, 10 juillet 1885, NACP, RG185, boîte 2, 1-B-X3/part3.

46 Rapport de janvier 1887, Ibid., boîte 230, 30-H-X1/part2.

47 Sur l’affaire Thomas Johnes, Ibid., boîte 2, 1-B-X4/part4.

48 Lettre du 14 décembre 1885, Ibid.

49 Archivo General de la Nación, Bogotá, MRE, transferencia 9, tome 24, folio 88, 22 février 1893.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Figure 1. Le siège de la Compagnie universelle dans la ville de Panamá (14 juillet 1882)
Crédits Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la photographie, VH-389-PET FOL, Source gallica.bnf.fr / BnF.
URL http://journals.openedition.org/ideas/docannexe/image/24804/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 116k
Titre Figure 2. Plan de la ligne de construction du canal interocéanique
Légende Carte réalisée à partir d’un plan des chantiers publié dans un supplément du Bulletin du Canal interocéanique daté du 1er août 1885.
URL http://journals.openedition.org/ideas/docannexe/image/24804/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 171k
Titre Figure 3. Plans des installations de la Compagnie universelle à Colón et Bahia-Soldado en 1883
Légende Plans publiés dans un supplément du Bulletin du Canal interocéanique daté du 18 juillet 1883.
URL http://journals.openedition.org/ideas/docannexe/image/24804/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 318k
Titre Figure 4. Réception de Ferdinand de Lesseps sur la place de la cathédrale en 1886
Crédits Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la photographie, VH-389-PET FOL. Source gallica.bnf.fr / BnF.
URL http://journals.openedition.org/ideas/docannexe/image/24804/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 19k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Samuel Poyard, « L’inscription spatiale de la Compagnie universelle du canal de Panama : une présence contestée ? (1881-1889) »IdeAs [En ligne], 27 | 2026, mis en ligne le 01 mars 2026, consulté le 13 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/ideas/24804 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15uhv

Haut de page

Auteur

Samuel Poyard

Professeur agrégé d’histoire-géographie, doctorant en histoire à l’EHESS sous la direction de Clément Thibaud, rattaché au laboratoire Mondes Américains (UMR 8168 Mondes Américains - CERMA) et chercheur associé du Centro de Investigaciones Históricas, Antropológicas y Culturales - AIP de Panamá. Il a été un des conseillers du Museo del Canal Interoceánico de Panamá pour la rénovation de la salle « Construyendo el Canal de Panamá ».
samuel.poyard[at]ehess.fr

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search