Le dénouement de l’histoire passionnée des amants de Qing zhen ji 情貞紀 (Chronique d'un loyal amour)
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- 1 Voir Épingle de femme sous le bonnet viril : Chronique d’un loyal amour, André Lévy (trad.), Paris (...)
- 2 Ibidem, p. 17.
- 3 Pour traduire ce chapitre, nous nous sommes procurés une copie d’une ancienne édition datée de l’èr (...)
1En offrant au public français tout un pan méconnu de la littérature chinoise en langue vulgaire, André Lévy est devenu l’une des sommités françaises de la traduction des œuvres en langue chinoise. C’est d’ailleurs grâce à l’une de ses traductions que j’ai pu découvrir une infime goutte de l’océan que représentent les relations sexuelles entre hommes dans la Chine ancienne et, qui a, par voie de conséquence, littéralement bouleversé ma vie : depuis lors, mes recherches académiques s’articulent autour de cette thématique.
Confortablement installé dans le métro shanghaien — debout écrasé au milieu d’une marée humaine — je découvrais l’histoire d’amour entre deux jeunes lettrés grâce à la traduction d’André Lévy intitulée Épingle de femme sous le bonnet viril : Chronique d’un loyal amour1. J’étais transporté dans un ailleurs si plaisant que j’en achevais la lecture d’une traite. Enfin… pas tout à fait ! Comme le fait remarquer le traducteur dans son « Avertissement » : « La nouvelle que nous avons traduite était inachevée dans l’exemplaire dont nous disposions. Nous donnons, entre crochets, un résumé de la partie manquante en fin d’ouvrage. »2 Qu’elle ne fut pas ma déception de ne pouvoir me délecter de ces dernières pages. Un sentiment d’inachevé s’emparait alors de moi, lequel se perpétua durant de longs mois. Lorsque je pris connaissance de la thématique du numéro 14 de la revue en ligne Impressions d’Extrême-Orient, je repensai d’emblée à ce sentiment et à ce qu’avaient pu ressentir d’autres lecteurs face à cette traduction inachevée. Aussi, pour rendre hommage à André Lévy, il m’a semblé à propos de reprendre et de compléter le dernier chapitre de sa traduction3, achevant ainsi ce qu’il avait initié il y a près de vingt-cinq ans.
- 4 Ce nom de plume a également été utilisé pour signer Yichun xiangzhi 宜春香質 (Essences parfumées approp (...)
- 5 Voir Épingle de femme sous le bonnet viril, op. cit., p. 81.
- 6 Les commentaires interlinéaires étant nombreux et parfois peu limpides, nous avons préféré ne pas l (...)
2Signé du pseudonyme de Zui Xihu yinyue zhuren 醉西湖心月主人 (Maître ivre Cœur de Lune du lac de l’Ouest)4, ce texte est la première histoire d’une collection de nouvelles érotiques écrites en langue vulgaire (tongsu yanqing xiaoshuo ji 通俗艷情小説集) à la fin de la dynastie Ming 明 (1368-1644) intitulée Bian’er chai 弁而钗 (Épingle sous le bonnet). Publié par la maison d’édition Bigeng shanfang 筆耕山房, ce recueil est composé de quatre histoires divisées en cinq chapitres (hui 回) : « Qing zhen ji » 情貞紀 (Chronique d'un loyal amour), « Qing xia ji » 情俠紀 (Chronique d'un chevaleresque amour), « Qing lie ji » 情烈紀 (Chronique d'un sacrificiel amour) et « Qing qi ji » 情奇紀 (Chronique d'un extraordinaire amour). Aussi, en traduisant presque entièrement la première nouvelle, André Lévy offrait au lecteur français un succulent prélude de l’œuvre, auquel j’ai voulu mettre la dernière main.
Outre l’absence de la fin du dernier chapitre, des mots, des phrases ou des passages entiers sont omis dans la traduction d’André Lévy. Certains le sont à dessein, notamment les poèmes où Feng Xiang déclare son amour, que le traducteur signale du reste de manière suivante : « C’est ainsi qu’il composa une suite au dieu de l’amour Erlang pour exhaler les sentiments qui l’oppressaient, quatre poèmes à chanter assortis d’une coda, dont nous ferons grâce au lecteur pressé. »5 D’autres sont absents de la traduction pour des raisons moins évidentes. En voici quelques exemples : dans les premières lignes du chapitre, quelques caractères n’apparaissent pas : « Dao. Tian hu. He shi ji zhi ci ji ye » 道。天乎。何使幾至此極也。 (« Il s’interrogea : "Est-ce la volonté du ciel ? Pourquoi me faire souffrir à ce point ?" ») ; la lettre de Zhao Wangsun est raccourcie en français ; après la lecture de la lettre, des détails sont coupés : « Tao xie jiu fan yu ta chile. Ba ta qiantou zuo de quzi » 討些酒飯與他喫了。把他前頭做的曲子。 (« Il fit venir alcool et nourriture et dîna avec Xiaoyan, dîner au cours duquel il lui remit sa lettre de réponse accompagnée d'un poème à chanter. ») ; au moment de leur séparation, Feng Xiang lui promet de le venger des quatre personnes qui ont détruit leur amour — Dong Ersheng, Shui Zhifan, Zhang Kuang et Du Ji —, or deux d’entre eux ne sont pas mentionnés.
Il est malgré tout difficile de savoir si ces omissions étaient voulues ou non : peut-être ces passages étaient-ils illisibles dans la photocopie utilisée par André Lévy, ou du moins quelques caractères, ce qui rendait la traduction complexe voire impossible, à moins d’inventer.
Dans ma traduction, je me suis attaché à rester proche du texte6, en essayant tant bien que mal de tout traduire et ce, tout en restant détaché de la traduction d’André Lévy. Toutefois, lors de la comparaison des deux traductions, j’ai à plusieurs reprises modifié la mienne en reprenant les propositions que j’avais jugées pertinentes. C’était aussi une manière de rendre hommage à son travail en disséminant de-ci de-là l’empreinte de mon prédécesseur.
- 7 Traditionnellement les Chinois portent deux prénoms : un prénom de naissance (ming 名) et un prénom (...)
3Avant d’entamer la lecture du dernier chapitre, il m’a semblé nécessaire de résumer les évènements survenus auparavant. L’histoire conte donc qu’à Jiangdu 江都, dans la préfecture de Yangzhou 揚州, vit Zhao Wangsun 趙王孫 (Zhao l’Héritier) un beau et jeune étudiant appelé7 Zijian 子簡 (Fils Rigoureux). À l’âge de quinze ans, il fait déjà montre d’une exemplarité remarquable dans ses études, sans oublier que ses charmes ne laissent pas indifférent les personnes qu’il côtoie. Afin de se défaire de deux camarades importuns, Dong Ersheng 東耳生 (Dong le Nouveau) et Shui Zhifan 水之藩 (Shui la Palissade), Zhao Wangsun décide de se rendre au Temple des Viornes à Grosses Têtes (Qionghua guan 瓊花觀) pour suivre les cours d’un maître dont il a entendu parler, Qin Chunyuan 秦春元 (Maître Qin). Un jour, tandis que le maître et certains de ses disciples se rendent aux examens saisonniers (ji kao 季考), le palanquin d’un académicien (Hanlin 翰林) passa devant eux. En une fraction de seconde, l’académicien, Feng Xiang 風翔 (Feng le Voltigeur) appelé Motian 摩天 (Frotter le Ciel), amateur de garçons (nanfeng 南風), se retrouve subjugué par la beauté de Zhao Wangsun. Il enquête sur son identité et décide de revêtir le costume d’étudiant afin de se rapprocher de lui. À son arrivée au temple, l’académicien prétend être Tu Biji 凃必濟 (Tu le Nécessiteux) appelé Yuzhi 遇之 (Rencontré en chemin). L’académicien déploie tout son talent, impressionnant ainsi le plus grand nombre sans pour autant parvenir à se rapprocher intimement du jeune homme. Un soir, tandis qu’ils sont ensemble, Feng Xiang ose quelques paroles d’amour qui provoquent le départ de l’être désiré. Épuisé par une nuit d’insomnie, l’académicien tombe malade. En apprenant la nouvelle, Zhao se précipite à son chevet et promet de prendre soin de son ami à jamais. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, l’académicien retrouve ses forces mais feint d’être encore faible : il parvient ainsi à dépuceler le jouvenceau. Pendant trois mois, les deux hommes vivent le parfait amour. Malheureusement, deux condisciples suspicieux, Du Ji 妒忌 (Du le Jaloux) et Zhang Kuang 張狂 (Zhang le Fou), parviennent à les surprendre un soir. Les amants n’ont d’autres choix que de se séparer. En rentrant chez lui, Zhao Wangsun est accosté par les deux gêneurs qui réclament les mêmes faveurs que l’académicien. Il refuse sans ambages et les menace d’une épée. Zhang Kuang et Du Ji se vengent en racontant tout aux autres disciples et en informant même Dong Ersheng et Shui Zhifan. Ces derniers préviennent ensuite le père de Zhao, lequel fait rentrer son fils sur-le-champ.
Feng Motian agit secrètement dans l’ombre et Zhao Wangsun intègre l’Académie Impériale
4L'histoire nous a conté que l'académicien flânait dans le jardin pour égayer sa mélancolie. Un vent glacial soufflait sur son visage et glaçait l’ensemble de ses os. Repensant à Zhao Wangsun et à l'affection des jours passés, il s'affligea et laissa couler ses larmes. Il s’interrogea : « Est-ce la volonté du ciel ? Pourquoi me faire souffrir à ce point ? » Il composa alors une série de poèmes à chanter, le premier sur l'air de « La divinité Erlang », afin de retranscrire l'état de son amour.
- 8 L’expression « tao yuan » 桃源 (« la source des pêchers ») est une référence au pays imaginaire décri (...)
Sur l’air de « La divinité Erlang »
À grandes peines, se promener et apercevoir les nuages rougeâtres qui barrent la route des retrouvailles. Observer la lointaine source des pêchers8 : où chercher les matins printaniers ? Pensées affectueuses infinies que seul le cœur embrasse. Lorsque l'âme est passionnée, on s’abandonne à l’amour derrière les rideaux. La lecture du Sutra de la sincérité rend le cœur anxieux. Il s'en est allé et, sans nouvelles, comment retenir ses pleurs ?
- 9 Xue Tao 薛濤 (768–831) est une célèbre courtisane mais également poétesse de la dynastie des Tang. Su (...)
Sur l’air de « La Réunion des immortels »
Éloignés comme si le ciel azur nous séparait. En regardant attentivement au loin, ses manières gracieuses se figent dans le flou et mes oreilles semblent entendre les plaintes amoureuses de la séparation. Après les avoir entendus plusieurs fois, se moquer de soi-même. Esprits troublés et cœurs fatigués, deviner les pensées affectueuses des corps émaciés. Déchirer le papier sur lequel écrivait Xue Tao9 : qu'il est pénible de lire ses poèmes déchirants.
Sur l’air du « Loriot jaune »
Tourner en rond, sans cesse plus déprimé. Appuyé à la fenêtre rustique, ne pas oser regarder au loin. Que les cimes sont mélancoliques : froncer les sourcils à s’en dénaturer le visage. Paresseux à n'en plus composer de vers ni même à consulter les Classiques. Au gré du vent, les larmes brillantes s'échouent sur le vêtement. Sans nouvelles de lui, comment l'amour intense des personnes comme moi ne peut-il pas causer du souci à mon cœur ?
- 10 L’expression « Yanping jian he » 延平劍合 (« la réunion des lames de Yanping ») évoque la réunion après (...)
Sur l’air du « Chaton saute à terre ».
Le vent est violent et la pluie torrentielle. Qu'est-ce qui mérite d’être détruit ainsi ? Les extrémités des branches entrelacées sont désunies, les fleurs jalouses négligent les belles fleurs. Se lamenter : quand les lames de Yanping10 pourront se réunir et permettront aux bons amis de se retrouver ?
- 11 Les caractères jingxiao 獍梟 renvoient à deux animaux mythiques, le premier ressemblant au tigre et à (...)
Coda
L'intimité et l'amour mutuels sont circonscrits par les orifices du cœur. Larmes silencieuses et ressentiments contenus, contraints de se séparer. Quand viendra l'heure de la vengeance, les fils ingrats11 se verront couper la tête et arracher le cœur.
- 12 « Une référence officieuse courante au chef ou à l'instructeur principal d'une école publique ». Vo (...)
- 13 Référence à Pan Yue 潘岳 (247–300), parangon de la beauté et de l’élégance masculines.
5Ne parlons plus l’amour de l'académicien ni de sa haine envers Zhang Kuang et Du Ji pour nous intéresser à Maître Qin qui revenait au temple. En apprenant l'affaire, il convoqua les deux disciples dans la salle principale et les réprimanda avec sévérité : « Vous n’êtes que des êtres méprisables, cruels et sans cœur ! Que vous ont-ils fait pour mériter ça ? Vous avez ruiné leur réputation, blessé leur bonté naturelle et entaché notre image. Vous ne perdez rien pour attendre ! Sans oublier qu’on pourra dire que je vous ai aidé à leur faire du mal. Vous n'êtes que des bêtes à l'initiative de combats fratricides. Désormais je ne m'occuperai plus de vous, attendant que le Ciel vous rétribue pour vos actes. Rangez vos affaires et rentrez chez vous. Si vous tardez trop, j'irais voir le maître d’école12 pour l'informer de l'histoire et il sera trop tard pour m'en vouloir. Allez, ouste, déguerpissez ! » Humiliés, les deux adolescents n'avaient plus qu’à plier bagage et partir. Maître Qin se rendit au Jardin de l'est réconforter l'académicien qui en fut très touché. Puis il porta ses pas chez les Zhao pour visiter son disciple à qui il apprit que les incapables Du et Zhang avaient été expulsés avant de dissiper les soupçons du père. Zhao Wangsun en fut ravi. Le soir même, il dit en secret à son valet Xiaoyan : « Maintenant que ces deux vauriens sont partis, tu peux aisément aller lui rendre visite.
— En effet, d’autant qu’il est certain qu’il pense à vous ! » répondit le valet.
Le lendemain, Zhao Wangsun écrivit une lettre et un quatrain qu'il remit à Xiaoyan pour le lui porter. L'académicien l'interrogea : « Comment va ton maître ? Je crains que son amour n'ait émacié son beau visage de Pan An13.
— L'estomac noué par l'inquiétude, chaque jour qui passe lui semble être une année. Ce que vous pensez tous les deux n’a nul besoin d'être exprimé pour être compris. À maintes reprises, mon maître aurait voulu m'envoyer à vous mais appréhendait les deux vauriens. Par chance, Maître Qin vient tout juste de les chasser, ce qui lui retire une belle épine du pied ! Pour autant, il ignore quand il aura la possibilité de vous revoir. » répondit Xiaoyan.
Il lui transmit alors la missive. L'académicien soupira, ouvrit la lettre et lut :
Malgré l’amour intense qui nous anime, nous n’avons pu nous faire nos adieux en personne : même un homme insensible ne pourrait retenir ses larmes. Maintenant que les deux gredins sont partis, mon cœur est enchanté. Or nos cœurs sont proches et nos corps éloignés : je ne puis m'envoler auprès de vous et mes larmes disent ma tristesse. Je ne saurais formuler le nombre de fois où j'ai perdu l'esprit. Mon amour m’émeut, aussi, je ne pourrais écrire davantage de mots d’amour. Je te prie de pardonner ma plume et mon encre de ne pouvoir les exprimer. Mes pensées me rendent malade et je ne supporte pas de les chanter. Face à la volonté du Ciel, que faire ? Les pensées pèsent plus que les mots : dès lors pourquoi exposer mon amour profond ? J'ajoute un quatrain où j'y consigne mes pensées affectueuses :
- 14 Le singe solitaire est un symbole d'amour et de solitude. Sans doute une allusion à l’un des vers d (...)
Assis seul chez moi, mes pensées semblent me brûler.
Sous la voie lactée oscillante, les larmes coulent telle la source Yin.
Mes pensées affectueuses sont sans limite mais ô combien pénibles à exprimer.
Seule la plainte du gibbon solitaire14 m’effraie.
Mon cher Yuzhi qui m’aime.
En ce jour, ton jeune frère Zhao Wangsun te salue, les larmes aux yeux.
- 15 C’est à cet endroit que prend fin la traduction d’André Lévy qui la compléta d’un résumé fourni pag (...)
6Une fois la lecture achevée, il dit à Xiaoyan : « L'amour de ton maître est si profond que même la mort ne me ferait rien regretter.
— Mon maître me charge de vous dire d'être patient. Dès qu'il aura un peu de temps, il viendra à votre rencontre. Par ailleurs, il vous demande de ne pas penser à lui.
— J'attendrai de le revoir pour décider où aller. » répliqua l’académicien.
Il fit venir alcool et nourriture et dîna avec Xiaoyan, dîner au cours duquel il lui remit sa lettre de réponse accompagnée d'un poème à chanter. Xiaoyan récupéra la missive et la remit à son destinataire. Zhao Wangsun ne put s'empêcher de demander si l'académicien allait bien car, étant donné qu’il ne pouvait rendre visite à son amant, seul Xiaoyan lui permettait d'avoir des nouvelles.
Au cours de la première décade du douzième mois lunaire, le commissaire provincial de l’éducation annonça que la date de l’examen de la sous-préfecture se déroulerait le seize. Le père de Zhao Wangsun envoya son fils s’inscrire. Chose faite, il se rendit au Temple des Viornes à Grosses Têtes remercier Maître Qin d'être venu en personne expliquer la situation à son père. Au passage, il en profita pour visiter l’académicien au Jardin de l’est. Ce dernier, en le voyant, éprouva une joie mêlée de tristesse. « J'avais prévu de te dire plein de choses mais maintenant que nous nous sommes retrouvés, je ne sais que dire » avoua Zhao Wangsun. L’académicien demanda : « Comment se fait-il que tu aies pu venir me voir ?
— Tu n’es pas au courant ? Le commissaire provincial vient d'annoncer que l'examen de la sous-préfecture aurait lieu le seize : toute la ville est en émoi. Et comme je suis allé m'inscrire, j'en ai profité pour visiter mon aîné. Toutefois, il est préférable que je sois reçu à l'examen, faute de quoi, mon père me le reprochera. Ce n'est certes pas grand-chose mais nous ne pourrons plus demeurer ensemble comme avant » acheva-t-il en pleurs. Apprenant l'ouverture de l'examen, l'académicien fut partagé entre effroi et joie : terrifié à l'idée de quitter son amant, heureux de pouvoir lui venir en aide. L’académicien déclara : « Je reçois ton affection et même en divisant mon corps en cent parties, je ne pourrais t’exprimer ma reconnaissance : je ne puis compter que sur mon cœur pour cela. Concernant l'examen, même si je ne peux t'aider, je suppose que tu finiras naturellement premier. Cela fait un moment que je souhaite faire mes bagages et partir, mais sachant que je ne pourrais te revoir, j'ai finalement préféré rester ici. Maintenant que je t'ai vu, je dois me mettre en route sur-le-champ. Dans deux ans, à la troisième lune, nous nous retrouverons à Pékin.
— Comment pourrais-je me trouver à Pékin ? » l’interrogea le jeune Zhao. L'académicien le rassura : « Tu verras, mes paroles se vérifieront dans le futur. Pense plutôt à ce que tu me diras le jour où nous serons réunis. » Il acheva et se leva pour prendre congé. En larmes, Zhao Wangsun lâcha : « Nous venons à peine de nous retrouver que déjà tu parles de partir au loin. Cela me brise le cœur !
— Sache que nous nous retrouverons donc ne sois pas triste. Puis je te vengerai de Dong Ersheng, de Shui Zhifan, de Zhang Kuang et de Du Ji. » le consola l'académicien.
Comprenant que les deux hommes allaient se séparer, les trois valets que sont Defang, Deyun et Xiaoyan se retirèrent à l’entrée du jardin15.
- 16 Sans doute une référence à un poème de Du Fu 杜甫 intitulé « Song Hanlin Zhang sima Nanhai le bei » 送 (...)
- 17 Un jardin de Suzhou.
- 18 Un mur d’écran qui se dresse généralement à l'entrée de la cour traditionnelle chinoise.
- 19 La seconde partie de l’examen qui permet de déterminer les lauréats.
- 20 L’ancien nom de Yangzhou 揚州.
- 21 Baimen 白门, littéralement « Porte Blanche », est un autre nom de Nankin.
7L'académicien fixait Zhao Wangsun duquel il ne pouvait se séparer sans peine et demanda : « Quand nous serons séparés, est-ce que tu penseras à moi ?
— Comment pourrait-il en être autrement quand un jour est aussi long que trois automnes ! » s’exclama Zhao Wangsun. L'académicien poursuivit : « Dans ce cas, je pourrais mourir neuf fois que je n'aurais aucun regret. » Il enlaça le jeune homme et compléta : « Notre séparation nous a déjà causé bien de la tristesse et voilà que nous devons encore nous éloigner. Dans de telles circonstances, je souhaite me montrer fort, aussi, je te serai reconnaissant de pardonner ma dureté. » Consentant aux adieux, Zhao Wangsun acheva en disant : « À cause des interdictions formelles de ma famille, tes entrailles se sont de nombreuses fois nouées : je ne pourrais compter mes crimes même en m'arrachant tous les cheveux. Notre séparation est précipitée et je m’en veux de ne pouvoir te suivre, aussi, comment oserai-je refuser de partager ta couche une dernière fois ? » Ils ôtèrent leurs habits pour coucher ensemble. Leur plaisir fut limité à cause de leur séparation imminente à tel point qu’ils ne purent pleinement profiter. L'académicien voulut prendre congé : « Nous nous reverrons dans deux ans, soit en sûr, je ne saurais te tromper. L'examen est proche, il te faut prendre soin de toi et m'oublier. Cela fait un moment que tu es ici, je crains que ton père s'en aperçoive et se mette à nouveau en colère. Rentre vite et sache que je n'aurais de cesse de penser à toi. »
Éploré, Zhao Wangsun ne put souffler mot et l’académicien, lui aussi en pleurs, acheva sur ces mots : « C'est inévitable ! Si je ne pars pas, je ne pourrai t'aider. Ton examen est d'une extrême importance. Tu ne peux te permettre d'échouer car tu souffriras à la fois les moqueries de tes camarades sans oublier le mépris de tes parents. Une fois que je serai parti, l'examen occupera toutes tes pensées. Le jour de nos retrouvailles, aucun de nous n'aura à avoir honte de sa situation et nous aurons été à la hauteur des espérances de l'autre. Une dernière chose : si tu es reçu à l'examen, tu devras comparaître à une cérémonie. À ce moment-là, souviens toi de cette phrase "Atteindre ses supérieurs à l’aide d’une composition littéraire"16. En aucun cas, tu ne dois l'oublier ! » L'académicien s'inclina pour lui faire ses adieux, la voix quasiment étouffée par ses sanglots. Ils étaient en train de se réconforter l'un l'autre quand les trois valets revinrent, lesquels virent leurs maîtres extrêmement affligés. Ils annoncèrent le départ et tous versèrent des larmes. Deyun et Defang recommandèrent à Zhao Wangsun de prendre soin de lui et Xiaoyan conseilla à Feng Xiang de ne pas laisser son amour porter atteinte à sa santé avant d’ajouter : « Nous sommes là depuis un bon moment, je crains que votre père n'envoie quelqu'un vous chercher, ce qui ne ferait qu'attiser sa colère. Rentrons vite ! » Troublé et en larmes, Zhao Wangsun demanda : « Restons encore un moment ! » L'académicien craignant que son amour passionné ne lui cause du tort, mentit : « Puisque tu ne peux te résoudre à me quitter, je vais rester quelques jours de plus. J'attendrai la fin de l'examen de la préfecture et en fonction de la situation, je partirai. Tu peux rentrer étudier l'esprit tranquille. » Le jouvenceau inclina la tête et renouvela ses adieux. Calmé, il quitta l'académicien. Le cas de dire : Des yeux larmoyants observant des yeux larmoyants, un cœur brisé raccompagnant un cœur brisé. À peine éloigné qu'il regarde en arrière à plusieurs reprises, ô combien triste et plaintif.
Après avoir raccompagné Zhao Wangsun, Feng Xiang retourna dans sa demeure et ordonna à ses valets de préparer ses valises. Puis il prit congé de Maître Qin en ces termes : « Cela fait longtemps que j'ai quitté mes parents et je souhaite leur rendre visite. Mon départ étant imminent, j'ai tenu à vous faire mes adieux. » Maître Qin n'en avait pas très envie mais sachant que son voyage était déjà planifié, il ne put le retenir et déclara : « Alors que nous passions de bons moments ensemble, vous m'annoncez soudainement votre départ. Quel dommage ! Mais puisque vous rentrez dans votre province pour vos parents, je n'ose vous retenir. » Maître Qin fit apporter de l’alcool qu’il lui donna pour le voyage puis ajouta : « Que votre éminente personne eut été victime d'injustice m'a profondément contrarié. D'ailleurs, je vous prie de m'en excuser. »
— Je vous remercie de ne pas m'avoir rejeté, de m'avoir accepté comme disciple et de m'avoir donné votre affection dévouée ainsi que votre enseignement minutieux. Toutefois l'étudiant que je suis ne peut comprendre ce dernier, ce qui déçoit les attentes de votre instruction bénéfique » répondit l'académicien. Après avoir descendu plusieurs verres, il se leva et prit congé. Dans le cœur de tout un chacun, l'académicien était différent, raison pour laquelle ils l'accompagnèrent tous à la porte du temple.
L'académicien quitta le Temple des Viornes à Grosses Têtes et se rendit au Jardin de la famille Gu17. Feng Cheng et les autres vinrent l'accueillir et tous se prosternèrent. Ils lui demandèrent : « Maître, cela fait bien longtemps que vous êtes partis et nous étions inquiets. Nous avons toutefois obéi à vos ordres et n'avons pas osé vous rendre visite. Comment vous portez-vous ? » L'académicien répondit puis ordonna : « Préparez le palanquin, demain, je dois me rendre dans le district de Jiangdu. »
Le lendemain, après avoir pris soin d'envoyer sa carte de visite, il arriva à destination. Le magistrat, qui avait été reçu la même année que l'académicien, se dépêcha de l'inviter à entrer à l'arrière du bâtiment principal. Il lui dit : « Cher camarade ! Vous arrivez à point nommé ! Nous sommes en pleine période d’examen et nous n'avons aucun correcteur ! Vous êtes talentueux, aussi aidez-moi à sélectionner deux bons disciples qui susciteront l’admiration des lettrés.
— Je suis à votre service mais je crains que mon talent ne puisse assumer une telle responsabilité et de décevoir votre confiance. » objecta l’académicien. Le magistrat répondit : « En tant que commissaire provincial à l’éducation du pays, pourquoi faire preuve d'autant de modestie ? » L’académicien le remercia et s’installa dans la résidence administrative.
Quelques jours plus tard, la session d'examen débuta. Le magistrat et l'académicien échangèrent sur le sujet d'examen avant de se rendre à la cour des censeurs où se déroulait l'épreuve.
Le soir même, les copies furent toutes amenées dans le bâtiment arrière, lequel fut scellé durant leur correction. L'un en face de l'autre, les deux hommes lisaient les copies. Vint la copie de Zhao Wangsun et l'académicien en fit l'éloge : « Mais quel génie ! Comment un jeune homme peut écrire de la sorte ? Je crains qu'une tierce personne ne l'ait écrite à sa place. » Le magistrat récupéra la copie, la lut et confirma : « C'est en effet une très bonne composition. » L'académicien entoura de nombreux passages qu’il annota avant de déclarer : « C'est le style de l'Académie impériale, rien à voir avec une composition d'un étudiant. Si jamais c'est sa manière de rédiger, il risque d’atteindre notre niveau sous peu. Demain, il faudrait le faire venir pour un entretien. Si c'est un imposteur, punissez-le sévèrement pour mettre en garde les futurs étudiants. Arrêtez ensuite son aîné ou son maître qui s’est fait passer pour lui. Si cette copie est de lui, regardez-le d'un autre œil et traitez-le en dérogeant aux règles habituelles.
— Cher camarade, vous avez raison. Demain nous aurons tiré au clair cette histoire » conclut le magistrat. L'académicien regarda ensuite les copies de Dong Ersheng et Shui Zhifan, lesquelles étaient incohérentes. Il barrait à tout va et dit au magistrat : « Ces compositions n'ont aucun sens ! Faites venir leur auteur demain pour l'entretien. Ils se moquent clairement des fonctionnaires. Faites afficher ces copies sur le mur d'esprit18 afin d'avertir les futurs étudiants. Et n'oubliez pas de les punir ainsi que leur père et leur maître afin d'éviter que ces illettrés viennent nous importuner lors de la promulgation des nouveaux lauréats. »
Le lendemain, le magistrat se rendit au tribunal et rédigea une assignation qui disait : « Zhao Wangsun est prestement convoqué à venir passer la seconde évaluation19 au tribunal afin de déterminer le premier lauréat. » Il ordonna en outre à un homme de main : « Faites le venir sur-le-champ, je l'attends pour l'examen. » L'homme partit à toute vitesse. Il donna ensuite l'ordre d'afficher les copies de Shui Zhifan et de Dong Ersheng afin que chacun puisse les lire et ainsi leur faire honte avant d’envoyer quelqu'un arrêter les deux adolescents, leur père et leur maître. Simplement parce qu'ils avaient causés du tort à Zhao Wangsun en le faisant rompre avec l’académicien, ce dernier tirait profit de ses fonctions à des fins personnelles pour se venger en les humiliant et en ruinant la famille des deux adolescents.
Le cas de dire : Tous les actes commis par le passé doivent se payer un jour ou l'autre !
Or donc, le père de Zhao Wangsun recevait Maître Qin chez lui pour regarder la copie de son fils, quand soudain le fonctionnaire arriva et cria : « Monsieur Zhao, toutes mes félicitations !
— Quel est l'heureux événement ? » demanda le père Zhao.
Le fonctionnaire lui remit l'assignation ce qui l’enchanta. Maître Qin ordonna à Zhao Wangsun de s’habiller et commanda un palanquin. Après avoir récompensé le fonctionnaire dépêché, père et maître accompagnèrent le jeune homme au tribunal pour la seconde évaluation. Xiaoyan leur emboîta le pas en ayant pris soin de récupérer pinceau et pierre à encre.
Au même moment, Dong Ersheng, Shui Zhifan ainsi que leur père et leur maître arrivèrent devant le tribunal, les uns attachés aux autres. Surpris, le père Zhao, qui les connaissait bien, leur demanda ce qu’il s’était passé. Les deux autres pères répondirent : « Nos fils sont dénués de talent et depuis tout ce temps ils nous ont dupés. » Désignant le mur d’esprit, ils ajoutèrent : « En écrivant de tels torchons, ils n'ont que ce qu'ils méritent ! Cependant, ils nous ont également mis en difficulté. » Ils demandèrent alors au père Zhao : « Pourquoi êtes-vous venus ? » Le fonctionnaire prit la parole : « Son fils, lequel n'est en rien comparable aux vôtres, a été convoqué pour passer un second examen et déterminer s’il mérite la première place de la session. »
À ce moment-là, le magistrat n'avait pas encore levé l'audience et tous les inscrits entrèrent dans le tribunal. Le père Zhao regarda son fils puis ceux des autres, lesquels étaient d'anciens camarades de Zhao Wangsun. Il repensa à ce qu’il s'était passé l'autre jour et dit : « Ces deux brutes n'ont que ce qu'ils méritent ! » Le plaisir qui l'animait était sans limites.
Zhao Wangsun rencontra le magistrat et une fois les sujets annoncés, l'adolescent rédigea en un éclair trois compositions qu'il lui présenta. Le maître de séance les parcourut et remarqua que malgré sa jeunesse, son écriture était soignée. Après une pluie d'éloges, il consentit à faire de lui le premier lauréat de la session et lui demanda de rentrer chez lui étudier avec soin. Terrifiés, Dong Ersheng et Shui Zhifan s’agenouillèrent au sol et déclarèrent avec regret : « Ce jour-là, si nous ne lui avions pas causé du tort, il lui aurait été facile de parler en notre faveur maintenant qu'il est un homme céleste. » Zhao Wangsun remercia le magistrat, lequel le raccompagna jusqu'au seuil du tribunal.
À l’extérieur, Zhao Wangsun railla ses deux anciens camarades : « Vous attendez là pour passer la seconde évaluation peut-être ? Moi, je m'en vais ! Prenez votre temps ! » Une honte infinie s’empara d’eux sans qu’ils puissent trouver où se cacher.
Le père Zhao et Maître Qin accueillirent le jeune lauréat. Ils reparlèrent de l'affaire avec enthousiasme : au loin ils aperçurent Shui Zhifan et Dong Ersheng recevoir vingt coups de bâton. Ils écopèrent en outre d'une amende de cinquante taëls chacun pour réparer les murs de la ville. Là où les uns étaient joyeux, les autres souffraient : Shui Zhifan et Dong Ersheng subissaient la rancune de leurs parents et le mépris de leurs amis. Zhao Wangsun quitta le tribunal. Son père avait fait venir un palanquin où son fils s'assit pour rentrer et lui dit qu’il avait travaillé dur pour en arriver là. Même Xiaoyan était heureux. Zhao Wangsun se dirigea vers sa chambre d'étude et dit à Xiaoyan : « Mérite et gloire me semblent maintenant assurés. Toutefois, je n'ai eu aucune nouvelle de Monsieur Tu, ce qui me rend inquiet.
— Les examens sont plus importants, ne pensez donc pas à lui. Il sera toujours plus raisonnable de le faire une fois que vous aurez obtenu mérite et gloire. » répondit Xiaoyan, ce que son maître confirma.
Que ce soit à l'examen du district, de la préfecture ou encore du collège, le jeune Zhao obtint la première place : il put ainsi poursuivre les examens mandarinaux. Ceux qui venaient pour s'attirer ses bonnes grâces en lui proposant d'épouser leur fille ou pour étudier à ses côtés, essuyaient tous un refus catégorique. Peu de temps après, il participa à l'examen provincial d'automne. Dans la salle d'examen, il repensa à la recommandation de Feng Xiang et écrivit « Atteindre ses supérieurs à l’aide d’une composition littéraire » à la fin de sa copie : il fut ainsi déclaré premier lauréat de l’examen. Au même moment, Zhang Kuang et Du Ji, dont la conduite morale laissait à désirer, finirent tous deux dans la sixième classe. Une excellente nouvelle en soit ! Maître Qin envoya quelqu’un chez lui pour récupérer un viatique : en compagnie de Zhao Wangsun, il quitta Guangling20 pour se rendre à la capitale. Dès lors, la relation maître et disciple n’était plus la même.
Nous ne dirons rien sur leur trajet. Arrivés à Pékin, ils cherchèrent où séjourner. Cette année-là, le maître de cérémonie n'était autre que Feng Xiang. Après trois épreuves, Zhao Wangsun finit lauréat. Maître Qin fut également reçu. Le lendemain, ils se rendirent de concert pour remercier le Maître de session : Feng Xiang les accueillit en descendant de son siège. Lorsque Zhao Wangsun leva les yeux pour l'observer, il fut si surpris qu'il perdît tous ses moyens. Yeux écarquillés et bouche béante, Maître Qin était stupéfait. L'entrevue terminée, il convia Zhao Wangsun à rester manger. Une fois assis, l'académicien demanda : « Mon cher ami connaîtrait-il Yuzhi ?
— C'est un bon ami. Le connaissez-vous ? » avoua Zhao Wangsun en rougissant. Le maître de cérémonie répondit : « Auriez-vous oublié votre rendez-vous avec lui à Pékin ? »
— C'était un secret entre nous, comment êtes-vous au courant ? Me permettez-vous de vous demander où il se trouve actuellement ? » Il l'avait parfaitement reconnu mais n'osait l'avouer. Feng Xiang avoua : « Il faut que tu saches que le Yuzhi d'autrefois s'appelle dorénavant Feng Xiang. » Zhao Wangsun se prosterna à terre et le remercia : « Autrefois frère juré, tu es aujourd'hui mon professeur bienveillant. Je te suis aussi reconnaissant que celui qui m'a donné la vie. Mais j'ignore pour quelles raisons tu es venu à Yangzhou. » L'académicien lui révéla l'origine de leur rencontre et de son changement de nom. Zhao Wangsun comprit ensuite que leur rendez-vous n'était pas un mensonge. Il retourna auprès de Maître Qin à qui il rapporta tout. Ce dernier déclara : « Heureusement que je ne l’ai jamais traité sans égard ! »
À l'examen de la cour, Zhao Wangsun fut reçu dans la deuxième classe et Maître Qin dans la troisième. L'Empereur accorda à Zhao Wangsun de rentrer se marier. Avec pour entremetteur le magistrat, il épousa la fille de l'académicien. Une fois marié, il obtient un poste. Sa politique bienfaisante fut reconnue et il fut promu agent exécutif du bureau d’évaluation. Plus tard, l’académicien s’opposa à un homme d’influence. Condamné à la décapitation, personne n'osa intercéder en sa faveur. Le jeune Zhao qui ne craignait ni le pouvoir ni la colère des puissants, sanglota de douleurs dans sa manche. Il conta l'injustice dont était victime l'académicien à l'Empereur en lui adressant sept suppliques. Finalement l’académicien fut innocenté. Les deux abandonnèrent ensuite leur carrière mandarinale pour se retirer avec leur famille à Nankin21, liés par une amitié qui se perpétuera de génération en génération.
Document annexe
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Bian’er chai 弁而钗 , « Qing zhen ji » 情貞紀 , chap. 5 (texte source) (application/pdf – 177k)
Notes
1 Voir Épingle de femme sous le bonnet viril : Chronique d’un loyal amour, André Lévy (trad.), Paris : Mercure de France, 1997, 85 p.
2 Ibidem, p. 17.
3 Pour traduire ce chapitre, nous nous sommes procurés une copie d’une ancienne édition datée de l’ère Chongzhen 崇禎 (1628-1644), conservée à la Bibliothèque du Musée du Palais National de Taipei (Taipei gugong tushuguan 臺北國立故宮博物院圖書館) à Taïwan. Nous avons également consulté les deux éditions modernes suivantes : Zui Xihu xinyue zhuren 醉西湖心月主人, Bian er chai 弁而釵 (Épingle sous le bonnet), Chan Hing-ho 陳慶浩, Wang Qiugui 王秋桂 (eds), Taipei : Taiwan daying baike, coll. « Siwuxie huibao 思無邪匯寶 », vol. 6, 2000, 344 p. ; Zui Xihu xinyue zhuren 醉西湖心月主人, « Bian er chai » 弁而釵 », in Hou Zhongyi 侯忠義 (éd), Mingdai xiaoshuo ji kan 明代小説輯刊 (Collections de xiaoshuo de la dynastie Ming). Chengdu : Bashu shushe, 2e série, 2e volume, 1995, pp. 757-962. Un immense merci à Zhang Jie 張傑, bibliothécaire de recherche dans le département des livres anciens de la Bibliothèque Nationale de Chine (中国国家图书馆古籍馆), pour ses explications et son aide ô combien inestimable.
4 Ce nom de plume a également été utilisé pour signer Yichun xiangzhi 宜春香質 (Essences parfumées appropriées au printemps) dont j’ai déjà traduit un bref extrait dans le précédent numéro. Voir Pierrick Rivet, « Les manigances d’un disciple pour se délecter de son maître », Impressions d’Extrême-Orient [En ligne], 13 | 2021, mis en ligne le 19 décembre 2021 à l’URL : http://journals.openedition.org/ideo/2184.
5 Voir Épingle de femme sous le bonnet viril, op. cit., p. 81.
6 Les commentaires interlinéaires étant nombreux et parfois peu limpides, nous avons préféré ne pas les incorporer à la traduction.
7 Traditionnellement les Chinois portent deux prénoms : un prénom de naissance (ming 名) et un prénom social (zi 字).
8 L’expression « tao yuan » 桃源 (« la source des pêchers ») est une référence au pays imaginaire décrit dans le Tao hua yuan ji 桃花源記 (Récit de la Source des fleurs de pêchers). Pour une traduction française du récit, voir Tao Yuan-ming, Œuvres complètes, Paul Jacob (trad.). Paris : Gallimard, coll. « Connaissance de l’Orient », 1990, pp. 245-247.
9 Xue Tao 薛濤 (768–831) est une célèbre courtisane mais également poétesse de la dynastie des Tang. Sur les nombreux poèmes qu’elle composa, la nostalgie d’amour est un thème récurrent, qui sied si bien aux sentiments ressentis par Feng Xiang. À la fin de sa vie, Xue Yao inventa un très beau papier pour poètes qui porte son nom. Voir André Lévy, « Xue Tao », in A. Lévy (ed.), Dictionnaire de littérature chinoise. Paris : PUF, coll. « Quadrige », (1994) 2000, pp. 358-359. Voir également Robert Van Gulik, La vie sexuelle dans la Chine ancienne, Louis Évrard (trad.). Paris : Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1971, pp. 225-226.
10 L’expression « Yanping jian he » 延平劍合 (« la réunion des lames de Yanping ») évoque la réunion après une longue séparation. Elle fait en effet référence à l’histoire des épées Longquan 龍泉 et Tai’e 太阿 qui, sous la dynastie des Jin 晉 (265–420), furent découvertes par Zhang Hua 張華 (232–300) et Lei Huan 雷煥 (265–334). L’un comme l’autre conservèrent une épée. À leur mort, les épées séparées se retrouvèrent dans un point d’eau à Yanpin où elles se transformèrent en deux dragons.
11 Les caractères jingxiao 獍梟 renvoient à deux animaux mythiques, le premier ressemblant au tigre et à la panthère et le second à un hibou. Ce mot est une métaphore pour les fils ingrats puisque à la naissance, cet oiseau dévorerait sa mère et ce félin son père.
12 « Une référence officieuse courante au chef ou à l'instructeur principal d'une école publique ». Voir Charles Hucker O, A Dictionary of Official Titles in Imperial China. Stanford : Stanford University Press, 1985, p. 253.
13 Référence à Pan Yue 潘岳 (247–300), parangon de la beauté et de l’élégance masculines.
14 Le singe solitaire est un symbole d'amour et de solitude. Sans doute une allusion à l’un des vers du poème intitulé « Zaofa baidicheng » 早發白帝城 (Départ matinal de la ville de Baidi) du célèbre poète Li Bai 李白 (701-762).
15 C’est à cet endroit que prend fin la traduction d’André Lévy qui la compléta d’un résumé fourni page 86 d’Épingle de femme sous le bonnet viril, op. cit., laissant ainsi de côté un peu moins de deux tiers du texte complet.
16 Sans doute une référence à un poème de Du Fu 杜甫 intitulé « Song Hanlin Zhang sima Nanhai le bei » 送翰林張司馬南海勒碑 (Raccompagner le haut fonctionnaire Zhang de l'Académie Hanlin s’en allant graver une stèle dans le district Nanhai) et tout particulièrement au vers suivant : « Wenzhang luo shangtai » 文章落上台. Le luo 落 a été remplacé par da 達, caractère un peu plus vulgaire et donc à la portée d’un plus grand nombre.
17 Un jardin de Suzhou.
18 Un mur d’écran qui se dresse généralement à l'entrée de la cour traditionnelle chinoise.
19 La seconde partie de l’examen qui permet de déterminer les lauréats.
20 L’ancien nom de Yangzhou 揚州.
21 Baimen 白门, littéralement « Porte Blanche », est un autre nom de Nankin.
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Référence électronique
Pierrick Rivet, « Le dénouement de l’histoire passionnée des amants de Qing zhen ji 情貞紀 (Chronique d'un loyal amour) », Impressions d’Extrême-Orient [En ligne], 14 | 2022, mis en ligne le 30 juin 2022, consulté le 17 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/ideo/2538 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ideo.2538
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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
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