OFFERGELD, Thilo, Reges pueri. Das Königtum Minderjähriger im frühen Mittelalter
Texte intégral
1La somme publiée par T.O. sous le beau titre de Reges pueri emprunté à Hincmar de Reims est un travail solide qui constitue une contribution remarquable à l’étude de la royauté durant le haut moyen âge. L’ouvrage est ouvert par un chapitre consacré aux généralités d’ordre juridique, à un status questionis sur l’âge (ou plutôt : les âges) de la majorité, sur le statut des mineurs et, plus particulièrement, celui des rois mineurs. Viennent ensuite plusieurs chapitres, où les rois-enfants défilent par ordre chronologique : peuples germaniques du temps des migrations barbares, Carolingiens (parmi lesquels, surnom oblige, Louis l’Enfant se taille la part du lion ; il est vrai que son règne s’avère un moment privilégié pour l’étude des enjeux de pouvoir que représente le contrôle, ou plutôt le conseil, d’un roi mineur, comme le montre la thèse de Geneviève Bührer-Thierry, Evêques et pouvoir dans le royaume de Germanie. Les Églises de Bavière et de Souabe, 876-973, Paris, 1997, dont l’auteur n’a apparemment pas connaissance – saluons néanmoins au passage l’ampleur de sa bibliographie), et, après un saut de plusieurs générations, Otton III. Un dernier chapitre offre une incursion jusqu’aux temps qui suivent (minorité d’Henri IV et Staufen). Une conclusion étoffée offre une remarquable synthèse de cette profusion d’enquêtes ponctuelles.
2L’auteur montre que l’étude des rois-enfants offre une grille d’analyse de la royauté et de ses rapports avec l’aristocratie. Le contraste est ici grand entre les Mérovingiens et leurs contemporains. Alors que les dynasties royales ne parviennent pas à s’établir durablement chez les Wisigoths ou les Lombards, la stabilité de la famille mérovingienne autorise l’avènement des héritiers mineurs, jusqu’à ce que les troubles politiques viennent modifier la donne, mais seulement quant à la portée politique de la promotion de mineurs par les membres de l’aristocratie : ces derniers se servent désormais de l’institution royale à leurs propres fins. Mutatis mutandis, le scénario se reproduit sous les derniers Carolingiens, alors que Pépin le Bref et Charlemagne étaient assez puissants pour faire accepter leurs fils comme rois de leur vivant, ce qui devait aussi contribuer à asseoir la continuité de la dynastie. Ces destins parallèles auraient peut-être justifié l’étude conjointe de ces deux familles « franques ». L’originalité du Xe s. réside en ce que seul l’aîné succède au pouvoir de son père. Ce qui devient alors un automatisme explique la victoire d’Otton III sur Henri le Querelleur, mais la dégradation de la situation politique du temps d’Henri IV montre que le succès du gouvernement sous un roi mineur dépend d’un équilibre toujours fragile entre le souverain et l’aristocratie.
3Bien que, selon l’adage biblique, le peuple dont le roi est un enfant soit censé être à plaindre, cette thèse montre éloquemment que la minorité des rois fut pleinement assumée : on n’hésitait pas à montrer le roi sous le jour d’un enfant, bien qu’il eût la pleine capacité juridique. C’est un des mérites de ce travail, et non des moindres, de montrer que le bajulus, dont on fait parfois un régent, n’était pas celui qui gouvernait au nom du roi mineur, mais simplement celui qui le conseillait.
4Philippe DEPREUX
Pour citer cet article
Référence électronique
Philippe Depreux, « OFFERGELD, Thilo, Reges pueri. Das Königtum Minderjähriger im frühen Mittelalter », Revue de l'IFHA [En ligne], Date de recension, mis en ligne le 01 janvier 2002, consulté le 09 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/ifha/1171 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ifha.1171
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