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2022

Bénédicte Savoy, Afrikas Kampf um seine Kunst : Geschichte einer postkolonialen Niederlage.

Constance Jame
Référence(s) :

Bénédicte Savoy, Afrikas Kampf um seine Kunst : Geschichte einer postkolonialen Niederlage, München : C.H.Beck, 2021, 256 p., 24 €.

Afrikas Kampf um seine Kunst. Geschichte einer postkolonialen Niederlage.
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Texte intégral

1Dévoiler un débat oublié

2En 2017 le directeur de la Stiftung Preußischer Kulturbesitz déclarait que s’intéresser à « la provenance des collections ethnographiques est un thème relativement nouveau » (p. 9). Dans son ouvrage, l’historienne de l’art Bénédicte Savoy déconstruit chapitre après chapitre cette affirmation. Co-auteure avec Felwine Sarr du Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain (2018), demandé par le Président Emmanuel Macron, B. Savoy explique dans son introduction que l’idée de cet ouvrage a germé lors des recherches entamées à produire ce rapport. Cherchant des lettres de demandes de restitutions aux musées européens dans les archives, F. Sarr et elle-même ont découvert un pan de l’histoire oubliée. Décortiquant vingt années d’archives son ouvrage, somme de ces recherches, montre comment le débat et les combats actuels concernant les restitutions ne font que se répéter. Se focalisant sur la période de 1965 à 1985, elle démontre alors par l’appuis d’articles de journaux, de discours, de lettres, d’expositions, de conférences que dès les années 60, après les indépendances, des États africains ont fait des demandes de restitutions de leur patrimoine auprès des pays européens.

3En janvier 1965 le journaliste béninois Paulin Joachim dans un article publié dans le journal africain francophone Bingo demandait avec fougue aux pays Européens et aux États-Unis de rendre « l’art nègre ». « Il est une bataille qu’il nous faudra vaillamment livrer sur tous les fronts de l’Europe et de l’Amérique (…) : la bataille de la récupération de nos œuvres d’art disséminées à travers le monde » (Joachim Paul, « Rendez-nous l’art nègre », Bingo, n°144, Janvier 1965, p.7). B. Savoy ouvre son livre sur cet événement, qui pour elle correspond à la première demande générale de restitution des biens culturels à l’Afrique.

4La première demande officielle par un représentant d’un gouvernement africain, elle, eut lieu quelques années plus tard en 1972. L’archéologue, Ekpo Eyos, qui jouera un rôle important au cours des années 70 et 80, au nom du Nigéria, entame une requête de prêts de longue durée de certains objets provenant du royaume du Bénin se trouvant en Allemagne de l’Ouest. La réponse à cette réclamation sera négative.

5Le débat sur les restitutions sur la scène internationale commencerait en 1973 avec le discours du dictateur du Zaïre Mobutu Sese Seko devant les Nations Unis dénonçant le pillage systématique des richesses artistiques du continent africain et leur appropriation par les pays riches. Il réclamait le retour de ce patrimoine afin de permettre la transmission de l’histoire de leurs pays à leurs enfants. À la suite de ce discours, une résolution fut prise par l’ONU en faveur de ces restitutions. B. Savoy souligne qu’aucune voix contre ne s’éleva et que les pays ne s’exprimant pas étaient majoritairement les anciens colonisateurs. Cette intervention eut pour conséquence l’extension du débat non seulement à l’international mais sur la scène publique par la voie de la presse.

6Tout en dressant un tableau de l’évolution des demandes, de l’article d’un journaliste dans un journal africain à une exposition internationale itinérante Treasures of Ancient Nigeria, Legacy of 2000 Years curatée par E. Eyo, B. Savoy s’intéresse aux réactions en Allemagne de l’Ouest. Bien qu’ayant été, par rapport au Royaume-Uni, les Pays-Bas ou la France, un acteur moindre, et ce d’autant plus après la défaite de la Première Guerre Mondiale, l’Allemagne de l’Ouest fit face dans les années 70 à des demandes de restitutions.

7B. Savoy se questionne au début de son ouvrage sur si l’on peut « attribuer les mécanismes historiques de l'oubli, du renoncement et de la dissimulation à des personnes et des institutions ? » (p. 9). Ses recherches archivistiques prouvent que oui. Elle décrypte la lutte assidue en Allemagne de l’Ouest pour justifier leur refus de répondre à ces demandes. Ce combat fut mené par un groupe d’hommes, âgés, et directeurs d’important musées allemands : Friedrich Kußmaul, directeur du Linden Museum de Stuttgart ; Hans-Georg Wormit, président de la Preußen Stiftung ; Stephan Waetzoldt, directeur général des Staatlichen Museen de Berlin ; Hermann Auer, président de la section allemande de l’ICOM.

8Les pays africains ne furent pas les seuls à réclamer des objets. En 1980 le Sri Lanka demanda aux musées de Berlin Ouest de leur restituer 16 masques. En interne, la Stiftung Preußischer Kulturbesitz notifia son refus du fait que « ces masques ne devraient pas avoir d'importance pour « l'identité » du peuple du Sri Lanka » (p. 148). F. Kußmaul, l’un des protagonistes les plus pugnaces, écrivit même au ministère de la Recherche et de l’Art du Baden-Württemberg (Ministerium für Wissenschaft und Kunst) pour faire part de l’absurdité de cette demande. Cet exemple atteste de la politique défensive et véhémente voire mensongère de ces acteurs des musées pour empêcher la mise en place de restitutions et étouffer le débat sur la scène publique.

9Parmi les raisons données par F. Kußmaul pour rejeter les restitutions, certaines sont similaires à celles énoncées aujourd’hui : l’absence de musées modernes pour conserver les objets ; ce patrimoine appartient à celui universel ; l’absence de droit concernant les restitutions.

10Bien que rares, certaines voix européennes s’élevèrent pour soutenir ces demandes. Herbert Ganslmayr, directeur de l’Übersee-Museum à Brême fut l’un d’entre eux. Avec le journaliste Gert von Paczensky ils publièrent en 1984 Nofrete will nach Hause (Nefertiti veut rentrer à la maison). Ganslwayr fut soutenu par la ministre d’État au ministère des Affaires étrangères, Hildegard Hamm-Brücher. Elle déclara notamment après la conférence mondiale sur la politique culturelle à Mexico en 1982 que la question des restitutions deviendrait un thème central des relations culturelles dans les prochaines années (p. 176). Il n’en fut rien.

11L’ouvrage se termine en 1985 sur la revendication par le parti Die Grünen à la suite de la réouverture du Linden-Museums de Stuttgart : « Gebt zurück, was uns nicht zusteht » (Rendez, ce qui ne nous appartient pas) (p. 196). Cet appel n’aura aucune conséquence, étouffé par F. Kußmaul.

12Peu-à-peu les requêtes s’essoufflèrent tout comme les voix s’élevant pour les soutenir. Comment ce désintérêt peut-il s’expliquer ? L’appétence du lecteur n’est pas comblée. B. Savoy fait le constat de l’extinction des demandes, mais ne présentent pas d’hypothèses sur leur raison. Il serait intéressant de creuser pour comprendre comment ce débat s’est éteint pour finalement tomber dans l’oubli. Le livre de B. Savoy à travers l’exemple détaillé de l’Allemagne de l’Ouest révèle seulement les mécanismes mis en place d’un côté pour le contrer de l’autre côté pour le défendre. Cet ouvrage est toutefois un témoignage essentiel pour délier les mémoires. Il incite à se plonger dans les archives d’autres pays, qu’à plusieurs reprises l’auteure mentionne tels la Belgique ou le Royaume-Uni. Ses recherches et analyses attestent de la nécessité de ne pas commettre les mêmes erreurs par l’utilisation de lois et de décrets comme défense face aux requêtes de restitutions du patrimoine.

13P. Joachim en 1965 avait déjà devancé les arguments avancés parfois aujourd’hui contre ce retour des œuvres notamment par les conservateurs de musées : « nous avons pillé pour préserver les productions artistiques du monde noir contre les vers, les termites, contre la fumée des cases. Les Africains nous doivent au contraire une gratitude infinie (…). Ils nous doivent la survivance de leur art traditionnel ». 

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Pour citer cet article

Référence électronique

Constance Jame, « Bénédicte Savoy, Afrikas Kampf um seine Kunst : Geschichte einer postkolonialen Niederlage. », Revue de l'IFHA [En ligne], Date de recension, mis en ligne le 21 septembre 2022, consulté le 06 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ifha/11735 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ifha.11735

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Auteur

Constance Jame

Universität Heidelberg

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Droits d’auteur

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