Aleida Assmann, Die Wiedererfindung der Nation.
Aleida ASSMANN, Die Wiedererfindung der Nation. Warum wir sie fürchten und warum wir sie brauchen, C.H.Beck, München, 2020, 334 p., 18 €.
Texte intégral
1Bien qu’émérite depuis plusieurs années, Aleida Assmann, professeure à Constance, est caractérisée par son intérêt aux nouvelles évolutions de la recherche et de l’opinion publique. Lectrice ouverte aux publications qui les expriment, elle a publié il y a trois ans un essai intéressant sur la „redécouverte de la nation“.
2L’observation par laquelle elle commence remarque que le rapport à la nation est ambivalent : d’un côté le fait que la nation en Europe est démythifiée et que les Etats occidentaux sont bien plutôt préoccupés par une même modernisation (une observation qui s’appuie sur deux livres d’Ulrike Guérot et Robert Menasse); et de l’autre côté, le fait que l’Union Européenne prend soin d’assurer la protection des Etats nationaux.
3Confrontée à la remontée de l’idée de nation, en particulier dans l’Allemagne réunifée, Aleida Assmann propose une analyse des notions inséparables de nation et identité et plaide à juste titre en faveur de leur déconstruction analytique. D’où son analyse des narratifs des nations qui insiste sur la pluralité des identités, sur leur évolutivité et plus encore sur le fait que les identités nationales ont bien souvent un caractère sacré. Le théoricien berlinois du droit d’Etat Alexander Thiele joue en la matière un rôle essentiel en soulignant que „l’idée nationale a depuis toujours un certain caractère sacré“, tandis qu’elle fait remarquer à juste titre comment l’Allemagne réunifiée est confrontée à la nécessité d’une nouvelle définition de son identité nationale.
4Une identité dont elle analyse ensuite les différentes dimensions, civiles et militantes, en critiquant la conception exclusive de Carl Schmitt selon laquelle une nation ne peut se définir que par opposition à ses ennemis, et recommandant à l’inverse de suivre l’exemple de l’écrivain autrichien Stefan Zweig qui argumente en faveur d’une „désintoxication de la nation“. La question que se pose Aleida Assmann est la suivante : comment élaborer un „sens commun“ qui ne soit ni exclusif, ni hostile, la nation étant une construction plurielle, et non une identité exclusive. Avec, pour conclure, quelques remarques pertinentes sur la façon dont la crise du covid à ses débuts a contribué à un renforcement des identités nationales (y compris dans la méfiance à l’égard des nations voisines définies comme étrangères).
5Un essai stimulant, donc, qui s’appuie avant tout sur les livres d’intellectuels occidentaux, avant tout allemands et anglo-saxons, et les fait découvrir, tels, en plus de ceux qui ont été déjà évoqués, Alon Confino (un historien culturel israélien), Francis Fukuyama (un spécialiste de sciencees politiques américain), Hans Joas (un sociologue et philosophe social allemand), Frank-Walter Steinmeier (le président de l’Allemagne), Max Weber ou encore Andreas Wimmer (un spécialiste de sciences sociales). Elle évoque par ailleurs deux personnalités historiques pour lesquelles l’identité nationale a été essentielle, à savoir d’un côté Napoléon Ier et de l’autre Hitler.
6L’artiste Christian Boltanski, l’historien Pierre Nora (dont les „lieux de mémoire“ proposent une approche au second degré de la nation française) et François Jullien (philosophe et sinologue pour qui il n’y a pas d’identité culturelle), sont également trois personnalités françaises auxquelles Aleida Assmann fait également référence. Elle n’évoque cependant ni Ernst Renan („Qu’est-ce qu’une nation“, 1882), ni Ferdinand Braudel („L’identité de la France“, 2000), ni non plus la somme de Pascal Ory „Qu’est-ce qu’une nation“ parue la même année que son livre. Foncièrement occidentale, elle ne fait pas non plus la moindre allusion aux pays d’Europe centrale et orientale pour lesquels pourtant, à commencer par la Pologne, l’identité nationale est essentielle.
7Se définissant elle-même comme „porteuse de la paix“, l’auteure a besoin de ne pas se contenter d’approches analytiques. Elle porte de ce fait également des jugements de valeur - d’où le sous-titre de son essai: pourquoi nous craignons la nation et en même temps en avons besoin. Une question se pose néanmoins aujourd’hui: garderait-elle les même affirmations si son livre avait paru non pas en 2020, mais après le début de la guerre de la Russie de Poutine contre l’Ukraine ? Personnellement je suis sûr qu’elle aurait une conception plus positive de la nation.
8Bien écrit et souvent stimulant, l’essai d’Aleida Assmann retient l’intérêt des lecteurs – même si la limite de ses références occidentales (au sens étroit du terme) a néanmoins pour conséquence que pour les lecteurs français, il risque d’être moins original qu’il ne le paraît.
Pour citer cet article
Référence électronique
Etienne François, « Aleida Assmann, Die Wiedererfindung der Nation. », Revue de l'IFHA [En ligne], Date de recension, mis en ligne le 17 janvier 2023, consulté le 09 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ifha/11949 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ifha.11949
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