SCHILP, Thomas, Norm und Wirklichkeit religiöser Frauengemeinschaften im Frühmittelalter. Die Institutio sanctimonialium Aquisgranensis des Jahres 816 und die Problematik der Verfassung von Frauenkommunitäten
Texte intégral
1Le livre que Th.S. a tiré de sa thèse d’habilitation (Université de Duisbourg, 1984) dénonce une carence bibliographique et prévient contre un systématisme de mauvais aloi concernant les communautés de femmes pendant le haut Moyen-Âge. L’auteur revient en effet de nombreuses fois sur le déséquilibre qui existe entre les communautés d’hommes et de femmes. On peut le constater ne serait-ce qu’en comptant les manuscrits de l’Institutio sanctimonialium et de l’Institutio canonicorum (ceux de la seconde sont sept à huit fois plus nombreux que ceux de la première, cf. p. 103), ou en dénombrant les chapitres que contiennent ces deux textes normatifs: l’Institutio sanctimonialium est beaucoup plus courte (p. 129). Cette donnée documentaire se répercute sur les travaux historiographiques (exposés en un »état de la recherche« d’une vingtaine de pages): à quelques exceptions près, les communautés de femmes font figure de parent pauvre. L’auteur justifie le nombre restreint d’exemples sur lesquels il se fonde pour le peu d’études de qualité dont il dispose: il se livre par conséquent à une analyse fondée essentiellement sur la lettre de l’Institutio sanctimonialium et juge de son application d’après seulement quelques communautés, sises principalement dans le quart Nord-Est de l’Empire carolingien. Est-ce à dire que l’Institutio sanctimonialium soit un document bâclé ou d’un intérêt secondaire? Les explications fournies par Th.S. sont d’un autre ordre. Son analyse montre qu’à la différence des communautés d’hommes, que l’empereur força à choisir entre le statut de moines ou celui de chanoines, une certaine souplesse prévalait quant à l’application, d’une norme unique dans les communautés de femmes: il s’avère parfois bien difficile de trancher s’il s’agit de moniales ou de chanoinesse (à cet égard, Th.S., tout en reconnaissant l’importance des travaux de J. SEMMLER, en ébranle certains). Des communautés »réformées« sous Louis le Pieux semblent par ailleurs avoir changé de statut au cours du siècle suivant, comme ce fut apparemment le cas à Remiremont. La question de la propriété personnelle tenait une place essentielle, en raison du rôle politique et social de certains établissements dont les membres de la noblesse assuraient l’existence et le rayonnement. Par conséquent, il semblerait que l’Institutio sanctimonialium soit le résultat d’un compromis entre les partisans de la réforme et les (autres) représentants du haut clergé et de l’aristocratie. De nombreuses questions restent ouvertes, par exemple à propos de l’identité de l’auteur (si tant est qu’il n’y en eût qu’un). Th.S. souligne l’influence de Chrodegang de Metz et l’intérêt que les pères du concile de Châlon (813) manifestèrent pour les communautés de femmes: comme d’autres, il montre ainsi que la réforme menée par Louis le Pieux au début de son règne était une œuvre de longue haleine en rien inopinée. Il faudrait pouvoir poursuivre l’enquête dans les diverses communautés et approfondir certaines questions à l’aide d’exemples précis. À n’en point douter, on serait conforté dans l’impression que donne l’approche analytique de l’auteur (p. 59-99) et sa réflexion sur la manière dont il convient d’apprécier ce texte en le comparant à d’autres documents et en cherchant à traquer les applications qu’on en fit (p. 100-207): on constaterait une variété des usages et certaines adaptations de la norme propres à faire frémir les Pères réunis en 1059 au Latran, que l’auteur évoque au début de son étude. S’il illustre une fois de plus le décalage qui peut exister entre l’idéal de la réalité, ce livre s’avère surtout un vigoureux plaidoyer pour une approche du haut Moyen-Âge affranchie de toute idée préconçue fondée sur des réalités ultérieures, permettant par exemple aux sanctimoniales de cette haute époque de ne pas se révéler toutes sous le même jour.
2Philippe DEPREUX
Pour citer cet article
Référence électronique
Philippe Depreux, « SCHILP, Thomas, Norm und Wirklichkeit religiöser Frauengemeinschaften im Frühmittelalter. Die Institutio sanctimonialium Aquisgranensis des Jahres 816 und die Problematik der Verfassung von Frauenkommunitäten », Revue de l'IFHA [En ligne], Date de recension, mis en ligne le 01 janvier 1999, consulté le 07 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/ifha/1375 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ifha.1375
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