Laudage, Johannes, Die Salier. Das erste deutsche Königshaus
Texte intégral
1Avec ce petit volume de l’excellente collection « Wissen », l’équivalent allemand du « Que sais-je ? », J.L., professeur à l’université de Düsseldorf décédé au début de l’année 2008, signe une synthèse remarquable sur l’Empire au XIe s., de l’avènement de Conrad II (1024) au règlement de la Querelle des Investitures et à la mort d’Henri V (1125). Il s’agit d’un livre combinant l’exposé d’une trame événementielle classique et des observations fondées sur une analyse renouvelée des sources, en phase avec la bibliographie la plus récente, alors même que le sous-titre semble annoncer des préoccupations d’un autre âge (en introduction, l’auteur explique son choix de mettre en exergue l’identité allemande de la maison salienne en se fondant sur la genèse, à son époque, du mythe d’un destin politique commun jadis scellé par l’alliance avec Jules César de peuples partageant une même communauté linguistique, dont témoigne l’auteur du chant en l’honneur de l’archevêque de Cologne, Anno II [« Annolied »], alors que la manière dont Grégoire VII appelait Henri IV « roi des Allemands » exprimait avant tout que l’attitude du candidat à l’Empire n’était pas celle d’un digne « roi des Romains »). L’ouvrage est conçu comme une succession de portraits biographiques, dont les caractéristiques sont mises en évidence de manière thématique, en se fondant généralement sur une source narrative particulière (tels les Gesta Chuonradi composés par Wipon ou la Vita Heinrici quarti) : habileté politique pour le règne de Conrad II ; souci de promouvoir la réforme de l’Église au prix de certaines maladresses politiques en ce qui concerne Henri III ; destin de souverain contrarié faisant la part belle à une approche psychologique pour Henri IV ; inadaptation d’Henri V aux changements profonds de la société. La moitié du volume est consacrée à Henri IV, non seulement parce que les péripéties de son règne se prêtent à un récit riche en anecdotes emblématiques (la réconciliation avec l’Église du pénitent transi de Canossa et le repas qui s’ensuivit constituent bien évidemment un épisode de choix), mais parce que la dure conquête du pouvoir par ce jeune roi pris en otage par les prélats, sa contestation à l’âge adulte par une bonne partie de l’aristocratie en raison de sa politique d’affirmation de l’autorité royale (qu’étaye la construction de forteresses à l’origine de la guerre de Saxe) et de son refus de renoncer à ses prérogatives en matière d’investitures ecclésiastiques et, enfin, ses efforts pour se maintenir au pouvoir (et leur échec) sont révélateurs de la modification des rapports institutionnels et des mentalités dans la deuxième moitié du XIe s., qui reconfigurent l’Occident pour plusieurs siècles. La lecture de cette synthèse sur les empereurs saliens peut être recommandée à quiconque souhaite s’informer rapidement sur l’essentiel, tout en bénéficiant d’une introduction aux sources de l’époque (écrites et iconographiques), relues d’un œil averti et curieux tout à la fois.
2Philippe Depreux (Université de Limoges)
Pour citer cet article
Référence électronique
Philippe Depreux, « Laudage, Johannes, Die Salier. Das erste deutsche Königshaus », Revue de l'IFHA [En ligne], Date de recension, mis en ligne le 01 janvier 2008, consulté le 14 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/ifha/1649 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ifha.1649
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