HOCHMUTH, Christian, RAU, Susanne, Machträume der frühneuzeitlichen Stadt
Texte intégral
1De Tobolsk à Boston, de Brescia à Stettin, les plans et vues perspectives de villes qui illustrent l’ouvrage introduisent le lecteur à une très vaste aire géographique ; et la plus grande réussite du livre est sans doute d’unifier de manière convaincante une multitude de situations locales en une démarche qui, pour éclairer le fonctionnement de l’institution urbaine, cherche l’expression de celle-ci davantage dans les conflits que dans les codes.
2La cohérence du volume est triple. C’est d’abord celle d’un travail éditorial : issu d’un colloque tenu en 2004, le livre, par son double index (onomastique et géographique) et les résumés anglais qu’il offre, est homogène et maniable. Mais c’est aussi, puisque celui-ci s’articule sur un programme de recherches mené depuis près de dix ans à Dresde, celle d’un projet de longue haleine. L’ouvrage a enfin une forte coloration générationnelle : les contributeurs sont majoritairement jeunes docteurs, ou sur le point de le devenir.
3C.H. et S.R proposent d’abord une introduction programmatique faisant la part belle à l’importation de questionnements ethnologiques et sociologiques contemporains, que présente ensuite K.-S. REHBERG. Le mouvement général de l’ouvrage est ensuite aisément perceptible : il est celui d’une concentration du regard. À la ville prise dans son ensemble succèdent des espaces urbains, puis des quartiers, et enfin des lieux – et le lecteur se surprendra à perdre, au fil des illustrations, le regard englobant qui était d’abord le sien, et à fouiller dans les détails de telle ou telle gravure avec un appétit renouvelé.
4La ville est d’abord dépeinte comme objet d’un pouvoir planificateur ou ordonnateur : cité idéale et restée largement virtuelle à Wolfenbüttel (B. UPPENKAMP [voir le c. r. de son ouvrage Das Pentagon von Wolfenbüttel, in : BullMHFA, 42, 2006, p. 399-400]), commune figure du salut dans la toute nouvelle Boston (B. HERZOGENRATH), ou au contraire ville insoumise, qu’il faut, pour la policer, diviser et fractionner (Lille et Paris étudiées par C. DENYS et G. SÄLTER). Ce n’est pourtant pas uniquement dans la totalité de la ville, mais dans quelques-uns de ses espaces – centraux comme les lieux d’élection du conseil qu’observe, en Thuringe, A. DIENER-STAECKLING, ou périphériques comme les espaces citadins « hors les murs » de Cologne et de Francfort-sur-le-Main étudiés par A. KRISCHER – que se définissent les institutions urbaines. Les conflits entre la ville, avec sa diversité intrinsèque, et les activités qui la dominent, qu’il s’agisse d’une université à Helmstedt (M. FÜSSEL) ou d’une garnison à Stettin (M. LORENZ), montrent alors de manière saisissante la constitution de compromis permettant à une communauté de fonctionner.
5L’idée d’une homogénéité de l’espace urbain est définitivement mise à mal par l’analyse de logiques de quartiers. Que celles-ci soient ecclésiastiques (G. ANDENNA sur les villes de la Lombardie médiévale), politiques (A. THIELE sur l’établissement d’une société de cour à Halle), ou confessionnelles (S. ROHDEWALD sur la communauté juive de Polack, dans le grand-duché de Lituanie), elles imposent une diversité des « espaces vécus » de la cité.
6C’est enfin le choc de ces différentes sphères en des lieux précis – mairie de Leipzig (Th. WEBER), auberges de Cologne (G. SCHWERHOFF), fraternités de Cologne et Venise (R. VON MALLINCKRODT) ou cathédrale de Tobolsk en Sibérie (Ch. WITZENRATH) – qu’abordent les dernières contributions de l’ouvrage. On y voit se nouer les thématiques développées jusqu’alors ; et si aucune conclusion ne vient reprendre celles-ci, c’est sans doute que l’ouvrage est moins à lire comme un bilan que comme un rapport d’étape. C’est donc au chercheur que l’ouvrage s’adresse, et c’est lui qu’il invite à profiter de cheminements toujours encore en cours – avec l’exigence, mais aussi l’irremplaçable plaisir qui accompagne le parcours de sentiers qui ne sont pas rebattus.
7Vincent DEMONT (Lycée Honoré-de-Balzac, Mitry-Mory)
Pour citer cet article
Référence électronique
Vincent Demont, « HOCHMUTH, Christian, RAU, Susanne, Machträume der frühneuzeitlichen Stadt », Revue de l'IFHA [En ligne], Date de recension, mis en ligne le 01 janvier 2007, consulté le 17 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ifha/603 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ifha.603
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