Roeck, Bernd, Ketzer, Künstler und Dämonen. Die Welten des Goldschmieds David Altenstetter. Eine Geschichte aus der Renaissance
Texte intégral
1« Libre pour ce qui touche à la religion » : les mots que prononce l’orfèvre David Altenstetter, alors qu’il vient d’être dénoncé et arrêté, sont au cœur de l’ouvrage ici présenté. Né moins d’une décennie avant la paix d’Augsbourg, mort un an avant le début de la guerre de Trente Ans, l’artisan permet en effet à B.R. d’établir et de présenter la complexité et l’indifférenciation persistante des identités confessionnelles dans une Allemagne urbaine marquée par la Réforme, mais pas encore déchirée par les guerres de religion.
2Né vers 1547 à Colmar, Altenstetter quitte la ville vers 1565, dix ans avant que celle-ci ne passe à la Réforme. À 26 ans, il se marie et devient bourgeois à Augsbourg. Le succès l’y attend : il n’a pas la trentaine qu’il fait déjà partie du quart le plus riche de la population ; dans les années 1590, l’orfèvre – désormais spécialisé dans l’émaillerie – compte parmi ses clients la municipalité et les Fugger, occupe au sein de sa corporation les charges les plus éminentes, loue un jardin et fréquente l’élite intellectuelle de la ville. En 1598, on constate qu’il refuse de s’inscrire dans les pratiques religieuses collectives et on le soupçonne d’être anabaptiste. Mais ni l’arrestation, ni l’enquête, ni même sa proclamation de liberté religieuse, ne brisent la carrière de l’artisan : en 1610, il devient orfèvre privilégié à la cour impériale, et on le voit faire partie, en 1615, des artisans augsbourgeois qui contribuent au fameux « cabinet poméranien » livré au comte Philippe II de Poméranie-Stettin.
3Bien qu’organisé par la vie de l’artisan, l’ouvrage n’est pas à proprement parler une biographie : les lacunes de la documentation, qui n’a de réelle consistance qu’au moment du procès, placent au cœur du propos les nombreuses digressions de l’auteur. Se succèdent ainsi, par chapitres d’une dizaine à une quinzaine de pages, des aperçus sur les relations entre corporations augsbourgeoises, la Prague de Rodolphe II, le grotesque italien ou encore les différents courants de la Réforme… Le récit biographique devient alors un « voyage dans la Renaissance » – comme l’annonce d’ailleurs le sous-titre de la page de garde. La plume très libre – mais jamais romanesque – de B.R. double de plus le voyage dans le temps d’une peinture du scientifique au travail, depuis l’ouverture des archives jusqu’à la rêverie sur celles-ci, de la « présence perdue » des morts aux réflexions sur l’historien « nécromancien » voire « cannibale ». Entreprise de vulgarisation atypique – et saluée par les plus grands titres de la presse d’outre-Rhin – l’ouvrage laisse néanmoins le recenseur songeur : comme si B.R., historien reconnu, avait choisi de présenter son métier en évitant soigneusement de faire de l’histoire…
4Vincent Demont (Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense)
Pour citer cet article
Référence électronique
Vincent Demont, « Roeck, Bernd, Ketzer, Künstler und Dämonen. Die Welten des Goldschmieds David Altenstetter. Eine Geschichte aus der Renaissance », Revue de l'IFHA [En ligne], Date de recension, mis en ligne le 01 janvier 2011, consulté le 13 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ifha/6663 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ifha.6663
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