Sturm, Beate, « Wat ich schuldig war ». Privatkredit im frühneuzeitlichen Hannover (1550-1750)
Texte intégral
1Au regard de la question posée par la présente thèse – les pratiques du crédit urbain du XVIe au XVIIIe siècle – le laboratoire choisi semble bien modeste : Hanovre, ville moyenne d’Allemagne du Nord, ne compte jamais plus de 10 000 habitants à l’époque moderne, et, bien qu’elle soit résidence princière, son activité économique n’a rien de remarquable. L’exclusion du champ de l’étude des techniques du grand commerce et des prêts entre institutions indique que cette modestie est délibérée : c’est la banalité du prêt, son importance dans l’ordinaire urbain, et la permanence de son usage, qui sont au cœur des recherches menées par B.S. Pourtant, tous les résultats sont présentés à l’aune des historiographies allemande, anglo-saxonne ou française : si le prisme adopté a un caractère volontairement local, l’auteur n’oublie pas qu’il doit servir à éclairer des interrogations dont l’enjeu est d’ampleur européenne.
2Le plan s’attache alors à multiplier les perspectives. L’analyse des normes juridiques en matière de crédit privé, qui s’avèrent fort lâches au niveau impérial et beaucoup plus serrées au niveau de chaque territoire, justifie le caractère local de l’étude. La saisie quantitative de la pratique du crédit à Hanovre, bien que discutable au regard du caractère aléatoire des sources, montre l’importante monétarisation des relations économiques dans la ville ; elle dévoile tout à la fois l’importance des prêts interpersonnels et le rôle des institutions corporatives ou municipales pour limiter le recours à des créanciers étrangers. Ce sont ensuite toutes les étapes du crédit, de la négociation de l’emprunt à son remboursement, en passant par la fixation des taux d’intérêt ou par le choix entre accord oral et contrat écrit, qui sont examinées par la reconstruction de pratiques idéal-typiques. Par des études de cas (rendues incontournables par le caractère rare et incertain de la livraison documentaire) B.S. décrit ensuite l’administration individuelle des dettes et créances et son contrôle par les instances municipales. La question du crédit est alors placée au niveau de l’individu, et liée aux problèmes de réputation et de confiance – puis, corollaire de ceux-ci, aux conflits nés du non-remboursement des dettes, ce qui ouvre sur un questionnement particulièrement précis et pertinent sur la question du choix du juge et de la procédure. Les motivations et l’intérêt du créancier, qui ouvrent sur une appréciation par l’auteur de la pratique sociale du crédit, sont enfin l’objet d’un chapitre conclusif à la dimension interprétative pleinement assumée.
3Au cœur de cette construction, il y a en fait une difficulté qui peut ne pas être évidente au lecteur français, mais sur laquelle bute rapidement toute exploration des échanges économiques dans l’espace germanique à l’époque moderne – la quasi-absence de sources notariales. B.S. a donc dû faire avec une documentation d’origine essentiellement judiciaire, c’est-à-dire extraordinairement éclatée. L’organisation thématique donnée à son travail cache donc une progression méthodologique qui s’attache à contourner ce problème, sinon à le résoudre : de la saisie statistique, l’auteur passe à la reconstruction de situations modèles, à l’étude de cas signifiants puis à l’interprétation des résultats obtenus. Dépaysé peut-être, le lecteur français ne sera pourtant jamais égaré : le triple index (des noms, des lieux et des institutions), les nombreux graphes et tableaux, et plus encore la clarté et la fermeté de l’ensemble et du détail de l’argumentation, autorisent un maniement aisé de cet ouvrage. Il ne fait donc guère de doutes que celui-ci soit appelé à devenir une étude de cas classique sur la question.
4Vincent Demont (université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense)
Pour citer cet article
Référence électronique
Vincent Demont, « Sturm, Beate, « Wat ich schuldig war ». Privatkredit im frühneuzeitlichen Hannover (1550-1750) », Revue de l'IFHA [En ligne], Date de recension, mis en ligne le 01 janvier 2011, consulté le 15 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ifha/6667 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ifha.6667
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