JÄCKEL, Dirk, Der Herrscher als Löwe. Ursprung und Gebrauch eines politischen Symbols im Früh- und Hochmittelalter
Texte intégral
1Indéniablement le lion est un animal familier en Occident. C’est une telle évidence dans l’univers symbolique médiéval qu’aucune étude approfondie ne lui avait été consacrée jusqu’ici : le livre de D.J. est donc d’emblée essentiel.
2Symboles de pouvoir, les lions apparaissent dans les enluminures aux côtés des princes, au pied de leurs gisants ou sur leurs trônes. Plusieurs dirigeants ont emprunté le surnom de lion, les plus célèbres étant Richard Cœur de Lion (mort en 1199) et Henri XII duc de Bavière dit le Lion (mort en 1180). Ce dernier est un des rares à avoir imposé lui-même ce surnom jusque sur ses pièces de monnaie : DUX HENRICUS LEO. Si l’on rappelle que la monnaie est au Moyen Âge un des plus efficaces moyens de propagande politique, le surnom de lion prend toute son importance. Le projet de l’auteur est d’étudier ce phénomène, qui a émergé au XIIe s. dans l’Occident latin, et de chercher à la fois son origine et son interprétation. Or, à côté du surnom de lion, le plus souvent attribué à un dirigeant par la postérité depuis l’Antiquité et tout autour du bassin méditerranéen, des princes ont été comparés à des lions dans les œuvres auliques. S’appuyant donc sur un corpus de sources très étendu (y compris iconographiques), couvrant non seulement la période médiévale mais également l’Antiquité, incluant les domaines byzantin et arabo-musulman inévitables sur ce sujet, D.J. nous emmène finalement bien au-delà de ce que le titre du livre suggère. Celui-ci aurait pu s’intituler Der Löwe als Herrscher, « le lion comme souverain », car c’est bien dans l’analyse des occurrences nombreuses du lion dans les civilisations européennes et méditerranéennes des XIIe-XIIIe s. qu’il offre les pages essentielles. D.J. met alors à contribution sa formation en théologie catholique, en civilisation islamique et orientale. S’il oublie un peu vite l’importance de la Bible dans la transmission à l’Occident de l’image apparemment si familière du lion, et ce bien avant le XIIe s., il rappelle avec justesse que le lion, comme la plupart des animaux symboliques du Moyen Âge (D. Sperber), est ambivalent : gardien de la paix et de la justice, combattant des impies et des païens ou dirigeant cruel. Il explique également comment la banalisation de la figure léonine au XIVe s., en l’occurrence motif animalier très fréquent en héraldique, fait passer de mode le surnom de lion chez les princes.
3Compte tenu de l’ampleur de l’enquête (facilitée en partie par la numérisation des sources), certaines faiblesses n’ont pu être évitées (quelques lacunes bibliographiques notamment françaises et anglaises : F. de la Brétèque, F. Chatillon, J. Voisenet, C. Hicks, M. Pastoureau…). On peut regretter que les sources hagiographiques n’aient pas davantage été sollicitées. De même, l’héraldique est trop rapidement abordée.
4Par ses qualités de présentation (index de noms propres, chapitrage serré), ce travail donne un livre remarquable d’érudition et un outil de référence tant pour les historiens que pour les historiens d’art.
5Fabrice GUIZARD-DUCHAMP (Université de Valenciennes
6et du Hainaut-Cambrésis)
Pour citer cet article
Référence électronique
Fabrice Guizard-Duchamp, « JÄCKEL, Dirk, Der Herrscher als Löwe. Ursprung und Gebrauch eines politischen Symbols im Früh- und Hochmittelalter », Revue de l'IFHA [En ligne], Date de recension, mis en ligne le 01 janvier 2006, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ifha/710 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ifha.710
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