Michael Hochedlinger, Österreichische Archivgeschichte. Vom Spätmittelalter bis zum Ende des Papierzeitalters
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Index chronologique :
EpochenübergreifendIndex thématique :
Politische Geschichte, Kulturgeschichte, Historiographie/Methodologie, Lehrbücher/ Einführungen/ HilfsmittelTexte intégral
1En ambitionnant de produire une histoire des archives autrichiennes, l’archiviste viennois Michael Hochedlinger s’est ici attelé à un travail inédit qui dépasse de loin les anciennes études des principaux dépôts d’archives autrichiens. À l’orée de l’ère numérique, cet ouvrage se justifie comme une large rétrospective de la constitution, de la conservation et de l’utilisation d’un legs documentaire exceptionnel, autrement dit comme une histoire globale des archives, présentées comme un paradigme de l’histoire « autrichienne » – Autriche est à prendre ici à la mesure du patrimoine plastique de la Maison d’Autriche – tant leur histoire touche à celle de l’État, du politique comme de la société. Un « lieu de mémoire » en quelque sorte – auquel l’auteur préfère l’expression « lieu de nostalgie » –, dont les enjeux historiques et identitaires sont particulièrement forts car ils ravivent par leur ampleur et l’étendue des espaces conservés la grandeur passée de la « petite république autrichienne » en en faisant une Archivgroßmacht.
2L’approche est tout autant celle de l’historien que du technicien et entend réconcilier archivistique et histoire des archives. C’est sans doute là l’apport majeur de cet ouvrage, qui fait de l’archive bien plus qu’un support essentiel de la recherche historique, aussi complexe soit-il du fait des questions de conservation comme de traitement et d’exploitation : un objet d’histoire à part entière, analysé ici sous toutes ses facettes. Ce parti-pris oblige paradoxalement l’auteur à organiser son ouvrage de façon fort compartimentée en privilégiant dans un premier temps les archives produites par l’État habsbourgeois puis autrichien, ainsi que les nombreux fonds provinciaux (en Autriche, mais aussi dans les autres couronnes de la monarchie avant 1918) avant d’aborder dans un deuxième temps les « autres types » d’archives (ecclésiastiques, municipales, privées, universitaires et scientifiques, économiques, parlementaires et partisanes, médiatiques). Une troisième partie opte pour une approche transversale plus originale en étudiant la figure de l’archiviste, l’archive pour elle-même et ses exploitations. Une riche iconographie et une bibliographie sélective accompagnent le propos dont la présentation, toujours soignée chez Bohlau/Oldenbourg (sous-titres et synthèses de paragraphe), en fait un réel outil de travail, même s’il ne s’avère pas toujours très maniable. En effet, le choix de l’articulation des informations, le souci de traiter simultanément des différents fonds et le souci de l’auteur d’éviter les redites obligent parfois à des va-et-vient fastidieux. Une chronologie synthétique aurait sans doute facilité la compréhension de l’évolution institutionnelle des archives.
3Au-delà de l’histoire, nécessairement fastidieuse, de la constitution des fonds, les points forts de l’ouvrage sont plutôt à chercher dans la mise en lumière des processus d’utilisation politique, voire patriotique des archives. Qu’il s’agisse des réformes de l’administration des fonds documentaires, des multiples projets architecturaux ou de la tutelle politique fréquemment exercée sur les archivistes (notamment pendant le néo-absolutisme et la période nazie), les archives autrichiennes conservent constamment leur statut de « trésor national » et revêtent un rôle culturel fédérateur, source de « patriotisme commun à tout l’Empire (Gesamtstaat) ». De ce fait, l’État a largement stimulé – et parfois orienté – la recherche historique, dotant les archives d’outils de diffusion modernes (périodiques, sociétés savantes, instituts universitaires). À travers l’histoire des archives, c’est donc aussi l’histoire des sciences historiques autrichiennes qui se dessine, avec ses figures de proue comme Grillparzer, Arneth ou Bittner.
4Particulièrement novatrice est l’approche des enjeux culturels et techniques des archives. L’auteur se livre d’ailleurs a une histoire technique et architecturale des archives fort opportune car elle met bien en lumière les évolutions des méthodes de conservation (voire de sauvetage) et la nécessité renouvelée du monumental comme gage de l’importance accordée à ce « trésor national », entre rénovations ambitieuses par nécessité de conserver des bâtiments emblématiques (notamment à Vienne), architectures futuristes et réemploi de friches industrielles (le Gasometer pour les archives municipales et provinciales de Vienne). Les pratiques de la recherche et de la publication y sont largement analysées, tout comme la mise en valeur du patrimoine archivistique.
5M. Hochedlinger délivre en somme une histoire qui se veut globale. Par-delà l’étude détaillée qui procure d’utiles indications aux chercheurs, cet ouvrage offre ainsi un nouveau point de vue sur l’histoire (ou les histoires) autrichienne(s).
Pour citer cet article
Référence électronique
Eric Hassler, « Michael Hochedlinger, Österreichische Archivgeschichte. Vom Spätmittelalter bis zum Ende des Papierzeitalters », Revue de l'IFHA [En ligne], Date de recension, mis en ligne le 13 décembre 2013, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ifha/7554 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ifha.7554
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