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AccueilLibrairie / RecensionsDate de recension2005FISCHER, Norbert, Geschichte des ...

2005

FISCHER, Norbert, Geschichte des Todes in der Neuzeit

Jean-Luc Le Cam
Norbert FISCHER, Geschichte des Todes in der Neuzeit, Erfurt : Sutton, 2001, 126 p., 17,90 €.
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Texte intégral

1L’auteur, qui a soutenu une thèse sur l’histoire du cimetière en Allemagne et s’est particulièrement intéressé au développement de la crémation à l’âge industriel, nous propose ici une petite synthèse des travaux sur la mort à l’âge moderne et contemporain. Il s’agit selon lui de présenter dans ce livre « les lignes structurelles » des évolutions du rapport à la mort en Allemagne depuis l’époque de la Réforme, ce à partir des « lieux de la mort » : cimetières, pierres tombales, halles funéraires, crématoires etc. Avec le changement des cérémonies funéraires, ils témoignent des différentes attitudes face à la mort. L’auteur interroge aussi la littérature et l’art en tant que sources, qui nous parlent également de la mort et du souvenir.

2L’histoire du rapport avec la mort à l’époque moderne et contemporaine est l’histoire de son désenchantement (Entzauberung) : individualisation, sécularisation, technicisation, professionnalisation en sont les mots-clés.

3Au début de la période, le protestantisme change les rapports entre les vivants et les morts : pour la première fois, on abandonne le cimetière autour de l’église pour le transférer aux portes de la ville ; sermons funèbres et inscriptions tombales valorisent la vie temporelle de l’individu. Sous les Lumières triomphe en outre un discours hygiéniste aux dépens des traditions de l’Église, une pensée rationnelle essaie de s’imposer au traitement de la mort. Les premières Leichenhallen apparaissent, l’on se met à discuter ouvertement du suicide et le corps mort est placé au centre de l’intérêt scientifique.

4Dans le XIXe s. bourgeois, les cimetières se développent comme lieux de représentation de la société urbaine. Les efforts paysagers accompagnent le culte des belles pierres tombales. Des peintres célèbres comme Caspar David Friedrich les fixent sur leur toile. La mort devient un point de fuite du romantisme, raison et sentiment se livrent alors un combat autour du processus funéraire. Au temps de l’Empire allemand, les cimetières, parcs ou forêts se haussent au statut d’œuvres d’art.

5De façon sous-jacente cependant progresse rapidement le désenchantement, avec l’apparition de la crémation à l’époque de l’industrialisation. Une toute petite minorité de la bourgeoisie, laïque, croyant au progrès et socialement engagée, mena contre l’Église le combat pour la construction de centres de crémation. Cette technicisation marqua la césure la plus significative de ces siècles dans le rapport à la mort. Le centre réel de la crémation reste jusqu’à aujourd’hui un lieu tabou pour la société. De même, les entreprises de pompe funèbre apparues dans la seconde moitié du XIXe s. font de la mort un secteur commercial.

6Le XXe s. vit la mort guerrière par millions et le génocide. La mort technicisée trouva dans les fours crématoires des camps de concentration son apogée cynique. Comment trouver une nouvelle façon d’exprimer le deuil qui soit à la mesure de cette souffrance, c’est ce que l’on cherche encore à travers différents projets de monument. La société postindustrielle produit de nouveaux lieux de souvenir comme la pelouse anonyme du souvenir ou la page souvenir sur l’Internet, mais aussi ces croix au bord de la route, qui montrent que notre société ne refoule pas autant la mort et le deuil qu’on veut parfois le dire. Quant à la page Internet, elle reprend certaines des fonctions de l’ancienne inscription funéraire en passant en revue la vie du défunt et ses succès, et en l’illustrant de photos comme sur les anciennes tombes catholiques. Ce qui fait dire à l’auteur en conclusion que les relations entre les vivants et les morts changent encore une fois de nos jours, comme au temps de la Réforme.

7Ce livre constitue au total une bonne synthèse sur le sujet, puisant largement dans la bibliographie existante, notes à l’appui. Pour l’histoire des cimetières proprement dite, on lui préfèrera toutefois l’ouvrage collectif dirigé par R. Sörries (auquel N.F. a d’ailleurs participé) dont il est rendu compte ci-dessous, et qui redresse quelques-unes de ses erreurs, héritées d’une historiographie plus ancienne (notamment sur le passage du cimetière médiéval au Gottesacker protestant). Même si la perspective est élargie dans cette synthèse, ce qui fait son intérêt, on doit bien constater que l’auteur a trop souvent tendance à limiter ici aussi son regard aux lieux de la disparition des corps et aux monuments érigés en leur souvenir, ce qui nous paraît quelque peu réducteur au regard du titre de l’ouvrage. En parlant de technicisation de la mort, Ariès songeait au mourir à l’hôpital, N.F. se focalise quant à lui sur la crémation. Il recourt un peu facilement aux simplifications idéaltypiques abusives (on passe de la mort « éclairée » au deuil « bourgeois », l’uniformité du cimetière militaire devient l’illustration parfaite de la volonté rationalisatrice de la réforme des cimetières) et a tendance à sur-représenter les cas les plus extrêmes ou les plus avancés : l’externalisation de quelques cimetières ou l’apparition de pages du souvenir sur l’Internet sont en effet des phénomènes intéressants, annonciateurs de mutations culturelles, mais il conviendrait de les replacer à leur juste proportion dans une échelle mesurée des pratiques.

8Jean-Luc LE CAM (Université de Bretagne Occidentale, Brest)

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Pour citer cet article

Référence électronique

Jean-Luc Le Cam, « FISCHER, Norbert, Geschichte des Todes in der Neuzeit », Revue de l'IFHA [En ligne], Date de recension, mis en ligne le 01 janvier 2005, consulté le 12 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ifha/785 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ifha.785

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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