POECK, Dietrich W., Rituale der Ratswahl. Zeichen und Zeremoniell der Ratssetzung in Europa (12.-18. Jahrhundert)
Texte intégral
1Il est des sujets dont on aimerait avoir eu soi-même l’idée. Celui-ci en fait à coup sûr partie : étudier les rituels et les significations des élections consulaires dans les villes européennes entre le Moyen Âge et les Temps Modernes, comme l’indique le sous-titre de l’ouvrage, Signes et cérémoniel de la formation des Conseils urbains en Europe (XIIe-XVIIIe s.). L’étude est bien de son temps, car elle profite de la féconde rencontre entre histoire urbaine, histoire politique et anthropologie des rituels afin d’écrire une véritable sémiotique des élections communales dans l’Occident prémoderne. L’analyse procède en effet comme une véritable grammaire chargée de décrypter les signes d’une langue institutionnelle et symbolique complexe : emploi du temps, ordre de la phrase municipale, sujets et verbes, discours et représentations. Mais l’analyse ne brille pas seulement par la méthode, car elle conjugue avec une rare efficacité les périodes et les terrains d’observation, depuis la mise en place des premières communes jusqu’aux Sénats urbains baroques, depuis le Sud de la France jusqu’aux confins de la Saxe, de la Prusse et de la Pologne, sans oublier une incursion en Angleterre (Bristol et Londres). L’absence de l’Italie des communes et revendiquée : c’est bien sûr un sujet en soi, même si la conclusion pouvait ne pas s’interdire de comparer et de poser la question des modèles, de leur origine, de leur circulation. Ici, comme dans tant d’autres domaines (économie, littérature, art), la péninsule fait-elle figure d’avant-garde, diffuse-t-elle ses procédés et sa culture du municipe consulaire à travers toute l’Europe, du Sud au Nord ?
2Il n’en demeure pas moins que la somme de D.P. est appelée à faire longtemps référence. Elle s’impose en effet par l’ampleur des cas rassemblés : quelque 65 villes sont ainsi décortiquées, tantôt sous l’angle du calendrier des élections au Conseil, tantôt sous celui des lieux, ou bien dans la perspective des rituels employés, des patrons invoqués, des processions menées, ou encore dans celle des salles décorées et du mobilier confectionné pour l’occasion. Un riche dossier iconographique vient compléter l’analyse. Les lignes de force qui ressortent de l’enquête font apparaître deux caractéristiques et fonctions essentielles des manières et rituels de désignation et d’élection au Conseil dans les villes : la souplesse pour s’adapter au contexte politique et institutionnel changeant, la stabilité pour répondre à l’idéologie d’ordre, de paix et de droit affichée par la communauté et ses dirigeants, y compris et peut-être surtout en période de conflits soit avec le seigneur de la ville, soit entre les gouvernants et les gouvernés.
3L’élection au Conseil est une véritable mise en scène qui, comme pour les papes, les évêques et les rois, ne laisse rien au hasard. D’abord le choix du lieu de l’élection, de sa proclamation (par la cloche et par le cri) et du trajet du défilé des anciens et des nouveaux conseillers montre la permanence de l’ancrage de la ville dans une sacralité au besoin remodelée à son profit, tout en préservant la signification juridique du serment fondateur et du pacte restauré. La fixation du jour ensuite indique une large préférence accordée à la saint Jean-Baptiste, la saint Jean et le jour de l’intronisation de saint Pierre (Cathedra Petri, 22 février), un calendrier relayé par les références puissantes au Saint-Esprit et aux Apôtres (ne serait-ce qu’à travers le nombre de conseillers, presque toujours 12 ou 24). De la sorte, la ville entend mobiliser à son profit une partie de la symbolique apostolique pour créer, à travers son Conseil, l’image d’une sorte de Jérusalem politique. C’est dire si les procédures de désignation et d’élection consulaires revêtent en ville un caractère fondamental de légitimation du pouvoir, chaque année refondée et reconfirmée par la conformité d’exécution des rituels. Un programme iconographique placé sur les murs des Hôtels des Conseils et porté par les commandes de mobilier en bois (les sièges), de manuscrits, de codes juridiques, de cloches, de bannières, de sceaux, de retables ou de fresques (les œuvres musicales suivront au XVIe s.) vient encore souligner cette union du sacré et du politique au profit de la transformation du Conseil en autorité et en corps. Les villes n’ont donc pas été écartées, loin s’en faut, du vaste mouvement qui voit le pouvoir chercher sa souveraineté dans les signes dont la valeur commune crée la communauté.
4Pierre MONNET (École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris)
Pour citer cet article
Référence électronique
Pierre Monnet, « POECK, Dietrich W., Rituale der Ratswahl. Zeichen und Zeremoniell der Ratssetzung in Europa (12.-18. Jahrhundert) », Revue de l'IFHA [En ligne], Date de recension, mis en ligne le 01 janvier 2005, consulté le 06 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ifha/797 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ifha.797
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