PADBERG, Lutz E. von, Die Inszenierung religiöser Konfrontationen. Theorie und Praxis der Missionspredigt im früheren Mittelalter
Texte intégral
1La présente étude sur la « mise en scène » (on reconnaîtra ici un terme cher à G. Althoff, dont les travaux sont toutefois passés sous silence dans la bibliographie) des confrontations religieuses que suppose la prédication missionnaire au cours du haut Moyen Âge constitue une synthèse d’autant plus difficile à écrire que son objet même nous échappe par nature : les paroles prononcées pour convaincre les « païens », vraisemblablement plus sensibles à telle pression sociale qu’à telle subtilité théologique, n’ont pas été couchées par écrit (on s’étonne toutefois du fait que certaines sources ne figurent pas dans la liste des documents exploités : si, par exemple, le corpus italien des XIV homélies du IXe siècle, éd. P. Mercier, Paris : Éditions du Cerf [Sources chrétiennes, 161], 1970, ne relève pas de l’histoire missionnaire, il n’en offre pas moins un rare témoignage de la simplicité de la prédication au tout-venant). Il s’avère difficile de mettre en évidence la spécificité de cette prédication, à laquelle il ne semble pas que les missionnaires aient été particulièrement formés. Ce qui ne signifie pas que leurs expéditions ne furent pas préparées avec soin. Ainsi, L.v.P. analyse en détail les préalables à l’envoi d’une mission, avant de concentrer son étude (en plus de 200 p.) sur les diverses formes de prédication et leurs divers acteurs, parfois confrontés à une hostilité résolue, mais bénéficiant parfois de certains soutiens, et pour qui le succès se traduisit soit par la palme du martyre, soit par l’adhésion de leurs auditeurs et spectateurs. Car, à l’instar du prophète Élie défiant les prêtres de Baal et de saint Martin (curieusement presque absent de ce livre, alors qu’on sait combien l’œuvre de Sulpice Sévère a marqué la production hagiographique ultérieure) renversant l’arbre des païens en faisant le signe de la croix, le missionnaire se doit de prêcher d’exemple, en démontrant la splendeur et la puissance du Dieu des chrétiens (alors même qu’il peut occasionnellement être en proie à la peur). De fait, les sources nous renseignent plutôt sur l’action des missionnaires, c’est-à-dire sur une forme particulière de prédication : celle par les actes, probablement plus « parlante » et plus efficace que l’argumentation théologique. La teneur de la prédication (ce qu’on peut reconstituer des arguments avancés, en paroles ou en gestes) est donc au centre de ce livre, les aspects théoriques et les enjeux politiques n’étant évoqués qu’ensuite. Pourtant, l’impact de cette prédication fut éminemment politique, au sens le plus général du terme, puisqu’elle bouleversa les rapports entre les peuples et infléchit sensiblement les pratiques sociales, tout en contribuant pour une bonne part à la codification des langues vernaculaires. En ce sens, l’étude de la prédication missionnaire, pour laquelle ce livre dû à l’un des meilleurs connaisseurs de la question constitue à n’en point douter un ouvrage de référence, s’avère une contribution d’importance à l’histoire générale de l’Occident.
2Philippe DEPREUX (MHFA)
Pour citer cet article
Référence électronique
Philippe Depreux, « PADBERG, Lutz E. von, Die Inszenierung religiöser Konfrontationen. Theorie und Praxis der Missionspredigt im früheren Mittelalter », Revue de l'IFHA [En ligne], Date de recension, mis en ligne le 01 janvier 2004, consulté le 07 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/ifha/994 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ifha.994
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