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Dossier thématique - Meta, Matrix, Mater

De la matrice mariale à la matrice du Père

Le motif de la mandorle comme lieu de filiation au xvisiècle en Italie centrale
From the Marian Matrix to the Paternal Matrix: The Motif of the Mandorla as a Place of Filiation in 16th century Central Italy
Clémence Legoux

Résumés

Cet article a pour objectif d’analyser la représentation de la matrice par la mandorle et l’adaptation d’une formule iconographique propre à la Vierge à Dieu le Père. En complément du travail de Jérôme Baschet sur le sujet du sein divin, il s’agit d’analyser les Vierges qui portent devant leur ventre un médaillon christique. Cette représentation de la Vierge enceinte rendant visible « le fruit de ses entrailles » est réutilisée pour Dieu le Père portant la Vierge dans son sein, et ce alors même que les représentations du Sein d’Abraham périclitent. La mandorle devient alors une métaphore visuelle de la matrice divine, évoquant à la fois le lieu divin eschatologique que les fidèles chrétiens souhaitent rejoindre après leur mort, et le lieu divin dans lequel la création est formée. Ce lieu d’origine et de fin, mis en place à travers les représentations de l’Assomption et de l’Immaculée Conception usent des tissus et de la mandorle pour manifester différentes définitions du mot « sein », attribué tant à l’homme qu’à la femme dans la Bible.

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Texte intégral

  • 1 L’utilisation des caractéristiques anatomiques féminines pour parler de Dieu le Père n’est pas prop (...)
  • 2 Les questionnements autour de la conception de la Vierge Marie occupent les théologiens depuis le i (...)
  • 3 Voir sur ces questions : Egon Verheyen, « An Iconographic Note on Altdorfer's Visitation in the Cle (...)

1L’art italien des xve et xvie siècles cherche à travers différentes solutions iconographiques l’outil permettant de représenter le lieu matriciel, d’une part chez les femmes – dans les représentations de la Vierge – mais aussi chez Dieu. Dans ce contexte, la mandorle acquiert la fonction iconographique de contenir et de protéger celui ou celle qui est en train de venir à la vie. L'objectif de notre étude est de comprendre comment l’utilisation de la mandorle matricielle pour la Vierge a pu donner naissance à la représentation de la matrice de Dieu créateur1. Il est alors essentiel de rappeler que le débat sur la Conception de la Vierge2 – concernant particulièrement la question du privilège marial de l’exemption du péché originel – participe à l’émergence de cette représentation du sein divin : afin de mieux appréhender la signification de la mandorle3 dans les œuvres du centre de l’Italie au xvie siècle, il faut les confronter à l’exégèse biblique dont les artistes tirent leurs références. Penser la matrice, les entrailles et l’utérus dans la Bible c’est se tourner en premier lieu vers la femme, car c’est elle que la nature a pourvu de ce bagage anatomique. Toutefois une étude approfondie du champ lexical de la « matrice » – avec des termes tels que « entrailles », « sein », « utérus » – ouvre la question de son attribution à Dieu. Le terme « matrice » est inhérent au concept de filiation, charnelle comme spirituelle, thèmes chers aux théologiens de la fin du Moyen Âge et du début de la Renaissance.

  • 4 Jérôme Baschet, Le Sein du Père, Abraham et la paternité dans l’Occident médiéval, Paris, Gallimard (...)

2Dans certaines œuvres italiennes, on se passe de la mandorle et de la représentation de l’Enfant : la mandorle est suggérée par un motif textile, les plis de la robe mariale formant une cavité souvent oblongue comme la mandorle qu’elle remplace. Il est intéressant dans ces cas, de comparer ces images avec les représentations du sein d’Abraham ou du sein du Père qui mobilisent le motif textile pour exprimer la filiation entre les élus et Abraham ou le Christ et le Père4. Dans les Assomptions de la fin du Moyen Âge, c’est la Vierge qui est désormais incluse dans une mandorle. Il s’agit d’étudier ici le cas où la mandorle matricielle est attribuée à Dieu le Père. Cet article vise alors à analyser la construction figurative de ce lieu, au carrefour entre le symbolisme et l’analogie, entre plis textiles et formes géométriques pour tenter de comprendre le processus d’emprunt d’un motif féminin, la mandorle-matricielle, pour figurer une réalité divine : les entrailles du Père.

Une question de vocabulaire : sein, utérus, entrailles

  • 5 Ibid., p. 207-212.
  • 6 Ibid., p. 208. Voir aussi François Bœspflug, « Dieu en Mère ? Féminité et maternité de la figur (...)

3L’étymologie du mot « entrailles » et ses occurrences dans la Bible constituent le point de départ de cette étude. Jérôme Baschet parle de la signification du terme latin « sinus » et de son histoire étymologique5. Son étude de la langue latine permet de conclure que « sinus » peut être traduit par « sur les genoux », « dans les bras », ou « contre la poitrine6 ». Il explique que les représentations d’un homme avec un tissu entre les mains a très souvent permis d’évoquer l’inclusion corporelle inhérente au terme « sinus » car ce terme peut aussi signifier « creux » ou « pli ». Nous souhaitons adjoindre à ses hypothèses l’analyse des occurrences hébraïques et grecques des termes évoquant les entrailles humaines dans la Bible, car elle permet d’entrevoir leur dimension genrée.

  • 7 Nous parlerons ici des entrailles, « re-hem » en hébreu au singulier et « rahamim » au pluriel, san (...)
  • 8 Gn 43, 30. Il y a 38 occurrences bibliques de ce terme, nous compléterons donc ici avec les plus ca (...)
  • 9 Par exemple dans le verset suivant : « C’est toi qui m’as tiré du ventre ». Voir Jb 10, 18, Jb 24, (...)
  • 10 Jb 3, 11.
  • 11 « Yhwh est un Dieu dont l’amour et la miséricorde sont comparables au “sentiment qu’une mère a pour (...)
  • 12 Jr 31, 20.
  • 13 On compte pour ce terme une trentaine d’occurrences, par exemple Jon. 2, 1 : « Alors le Seigneur dé (...)
  • 14 Que ce soit l’utérus d’une mère ou la matrice de Dieu.
  • 15 F. Bœspflug, « Dieu en mère », art. cit., p35.
  • 16 Toutefois la mention de « parentalité indéterminée » ne nous semble pas adaptée car l’indéterminati (...)

4Considérons alors les très nombreuses occurrences du terme « entrailles7 » dans l’Ancien Testament. Le terme « rahahim » (רַחֲמִים) signifie la compassion, les sentiments d’amour, présents dans la Genèse : « Ému jusqu’aux entrailles à la vue de son frère, il se hâta de chercher un endroit pour pleurer. Il gagna la chambre privée. Là, il pleura8 ». Nous trouvons également un terme issu de la même racine qui désigne le sein maternel, l’utérus : « re’ḥem » (מֵרֶ֣חֶ)9. Il est présent dans de très nombreux passages du Livre de Job : « Pourquoi ne suis-je pas mort dans le ventre de ma mère ? Pourquoi n’ai-je pas expiré au sortir de ses entrailles ? 10 ». Mais ce terme sert aussi à évoquer les entrailles en tant que lieu de l’origine de toute filiation, le « sein maternel » de Dieu11, comme cela est exprimé dans le Livre de Jérémie : « Aussi mes entrailles sont émues en sa faveur : J’aurai pitié de lui, dit l’Éternel12 ». Contrairement à d’autres termes comme « me’eh » (מֵעֶה), qui fait référence seulement au ventre ou aux intestins, c’est-à-dire à des organes13, le terme hébreu « re’ḥem » comporte donc une signification multiple, à la fois physique et émotionnelle, liée au lieu matriciel dont découle la filiation14. Dans l’Ancien Testament, l’insistance est davantage portée sur les sentiments et les émotions qui naissent de la filiation que sur la différence des organes féminins et masculins. François Bœspflug dit à ce propos qu’il serait « plus équitable et moins arbitraire de faire de la “session dans le sein de…” un trait, non de paternité ou de maternité, mais de parentalité indéterminée (ou si l’on préfère, pour celui qui siège, de filialité)15 ». Cette lecture est parfaitement transposable à la mention du « sein » ou des « entrailles » dans l’Ancien Testament16.

  • 17  On trouve six occurrences de « κόλπον » : Lc 6, 38 ; Lc 16, 22 ; Lc 16, 23 ; Jn 1, 18 ; Ac 27, 39 (...)
  • 18 On trouve sept occurrences de « κοιλία » : Mt 19, 12 ; Lc 1, 15 ; Lc 1, 42 ; Jn 7, 38 ; Ac 3, 2 ; (...)
  • 19 G. W. H. Lampe (éd.), A Patristic Greek Lexicon, Oxford, Oxford University Press, 1961, p. 765, « κ (...)
  • 20 Anatole. Bailly, Dictionnaire grec-français, Paris, Hachette, 1895., p. 1151, « κόλπος ».
  • 21 G. W. H. Lampe (éd.), A Patristic, op. cit., p. 765, « κόλπος ».
  • 22 « Le pauvre mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d’Abraham » (Lc 16, 22).
  • 23 « Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fai (...)
  • 24 « Un des disciples, celui que Jésus aimait, était couché sur le sein de Jésus » (Jn 13, 23).
  • 25 « Lorsque le jour fut venu, ils ne reconnurent point la terre ; mais, ayant aperçu un golfe avec un (...)
  • 26 J. Baschet, Le Sein du Père, op. cit., p208.
  • 27 François Bœspflug dit qu’« il le porte comme un kangourou son petit dans poche ventrale ». F. Bœspf (...)
  • 28 Lorsqu’il parle de la Vierge comme lieu, Georges Didi-Huberman soulève d’une autre manière la quest (...)
  • 29 G. W. H. Lampe (éd.), A Patristic, op. cit., p. 765, « κοιλανσις ».
  • 30 « Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère ; il y en a qui le sont devenus pa (...)
  • 31 « Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le s (...)
  • 32 Lc 11, 27.
  • 33 Lc 1, 42.
  • 34 Nous avons utilisé la Vulgate pour ces références.
  • 35 Lc 1, 42 ; Lc 11, 27 ; Jn 7, 38.
  • 36 Mt 19, 12 ; Lc 1, 15 ; Ac 3, 2 ; Ac 14, 8, Gal 1, 15.
  • 37 J. Baschet, Le Sein du Père, op. cit., p. 206.
  • 38 Selon lui, le sens latin classique contenait à l’origine une désignation des organes génitaux fémin (...)
  • 39 Ibid., p. 297.
  • 40 Ibid., p. 207.

5Dans le Nouveau Testament, deux termes grecs possédant la même racine ont retenu notre attention : « κόλπος17 » et « κοιλία18 ». Leur contexte d’utilisation est tout à fait explicite. Le terme « κόλπος » signifie « le ventre19 » mais aussi « le pli d’un vêtement20 » ou « creux, renfoncement, gouffre21 ». On le trouve dans le Nouveau Testament pour parler du sein d’Abraham22, du sein de Dieu le Père23, du sein de Jésus24, ou d’un golfe avec une plage25. Il est donc question dans les trois premiers cas de parler d’un renfoncement, d’une cavité creusée toujours attribuée à une personnalité masculine. Dans ces cas, Jérôme Baschet fait le rapprochement avec l’expression « être in sinu » qui « consiste à “être dedans avec le corps”, sans être littéralement dans le corps, mais sans non plus interdire l’écho d’une telle inclusion26 ». Nous nous permettrons de parler ici de « sein marsupial27 » car il s’agit d’accorder à un homme une poche de type utérine lui permettant d’englober corporellement un être28. Le terme « κοιλία » quant à lui représente une cavité du ventre ou de l’estomac, voire de la partie du ventre des animaux où se développe le fœtus29. La composante organique est beaucoup plus présente dans ce terme utilisé dès lors qu’il est question de la grossesse et de la naissance30, notamment dans les questionnements de Nicodème à propos de la seconde naissance31 ou dans l’exclamation de la femme « Heureux le sein qui t’a porté32 ». C’est aussi ce terme que prononce Élisabeth lorsqu’elle se réjouit de voir la Vierge arriver chez elle lors de la Visitation : « Elle s’écria d’une voix forte : “Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni”33 ». La traduction latine de la Bible34 a souvent traduit « κοιλία » par « ventre35 » ou par « utero matris36 » affirmant alors la dimension féminine du terme. D’autre part, l’étude de Jérôme Baschet sur le sein du Père est une référence pour comprendre comment, dans l’art, est représenté le « κόλπος » traduit dans la Vulgate par sinus. Selon l’auteur, ce terme comporte l’idée d’intériorité et de courbure37, telle une poche marsupiale qui ne fait que très peu référence au sens anatomique38, et qui est toujours lié à un homme. Il écrit : le « sinus désigne principalement une intériorité euphémisée : l’espace intérieur que les membres et la poitrine font à l’extérieur du corps39 ». La « κοιλία », qui apparaît sept fois dans la Bible40, trouve lui aussi sa transcription picturale et cela d’autant plus que la richesse des locutions spatiales ainsi que des métaphores locatives présentes dans la Bible apparaît avec bien plus de force encore dans les œuvres d’art que dans l’exégèse.

  • 41 À travers l’exemple de la Trinité et du rapport du Fils au Père, François Bœspflug a rappelé que «  (...)
  • 42 Nous signalons aussi à ce propos une œuvre mise en lumière dans l’étude de Maxime Deurbergue sur l’ (...)
  • 43 G. W. H. Lampe (éd.), A Patristic, op. cit., p. 765, « κόλπος ».

6Il est alors possible d’envisager qu’il existe un terme pour parler du sein masculin et un autre pour évoquer le sein féminin (l’utérus, le ventre, les entrailles…) dans le Nouveau Testament. C’est pour cela qu’il nous parait nécessaire de regarder avec plus d’attention la manière dont ont été figurées les entrailles bibliques, ce qu’elles représentent et comment elles instaurent une relation de proximité ou d’englobement avec la personne qu’elles contiennent41. Dès lors, nous pouvons observer que la mandorle peut représenter le « κοιλία » dans certaines œuvres mariales. Les Vierges au manteau avec une mandorle sur le ventre (ou dans le ventre) (Fig. 1) en sont l’illustration la plus pertinente42. Ne manquons pas tout de même de préciser que les distinctions étymologiques ne sont pas toujours présentes à l’esprit de l’artiste et que l’usage de tissus pour former une mandorle est courante. Telle est l’analyse que dresse François Bœspflug d’un Trône de grâce conservé à Fribourg : « l’ample ovale du manteau écarté, dont les pans se rejoignent sur les genoux de la statue, forme intentionnellement une sorte de mandorle autour du corps du Crucifié et se creuse comme une niche pour l’abriter43 ». Deux seins seraient réunis dans une même œuvre : celui du Père créé grâce au manteau et celui de la mère évoqué par la forme de l’ouverture.

7Ces considérations lexicales faites, il convient de s’appuyer sur les termes étudiés pour comprendre comment le ventre de la Vierge et la mandorle sont étroitement liés.

La matrice virginale : mandorle ou tissus – un lieu qui contient

  • 44 Dans le livre de l’Exode, il est question de la construction du sanctuaire et de la construction du (...)
  • 45 Albert le Grand, Opus insigne de laudibus beate marie virginis. alias Mariale appellatu[m], De sanc (...)
  • 46 Jn 1, 14.
  • 47 Ex 25-27.
  • 48 Canticum Canticorum, Patrologie latine, 206, 84, cité dans S. Lojkine, « De l’allégorie à la scène  (...)
  • 49 Ex 33, 7.
  • 50 La Madonna del Parto de Piero della Francesca datant de 1459 et conservée au Musée de Monterchi, en (...)

8Cette liaison entre ventre virginal et mandorle permettant de visualiser le « κοιλία » est particulièrement sensible dans les représentations de la Vierge au manteau. Dans ces œuvres tissu et mandorle s’imbriquent pour renforcer cette visualisation et affirmer la capacité spatiale et habitable du corps de la Vierge. Or les Pères de l’Église ont proposé un rapprochement typologique entre la Vierge et l’Arche d’alliance. Effectivement, la Vierge, qui porte en elle le Christ, porte le signe de la Nouvelle Alliance que Dieu veut construire avec son peuple tout comme le tabernacle vétérotestamentaire abritait les signes de l’Ancienne Alliance44. Albert le Grand, déclare à ce propos : « Le tabernacle est la même chose que cette cité, c’est-à-dire la Vierge dans laquelle le Très-haut est venu s’armer des armes de notre mortalité. C’est ce tabernacle que le Très-haut a sanctifié45 ». Cette comparaison a pour fondement un verset de l’évangile selon saint Jean : « Et le Verbe s’est fait chair, et il a dressé sa tente (ἐσκήνωσεν) parmi nous46 ». Il est important d’insister ici sur une caractéristique de cette comparaison qui prend un sens tout particulier à ce moment de l’étude. Dans le texte de l’Exode relatant les impératifs de la construction du sanctuaire, les lieux sont encastrés les uns dans les autres ; emboîtement de lieux qui excluent, chacun, une catégorie de personnes, et cela du parvis jusqu’au Saint des saints, espace réservé au seul Grand Prêtre. La tente du sanctuaire devait être faite de peaux de bête assemblées les unes aux autres47. Cette tente qui permet de protéger le lieu de demeure divine est à mettre en relation avec le placenta et ses membres, la chair de la Vierge, le nouveau tabernacle physique du Christ en la Vierge. Cette hypothèse est étayée par le commentaire du Cantique des Cantiques fait par Jean Algrin au xiiie siècle. Dans ce texte, il prête à la Vierge ces paroles : « de même que les peaux ont contenu l’arche symbolique, de même moi dans mes entrailles c’est l’arche véritable que j’ai contenue, c’est-à-dire le Christ, dont la chair est symbolisée par l’arche48 ». C’est pourquoi, il est possible d’établir un parallèle entre le tabernacle de l’Exode aussi appelé « tente de la Rencontre49 » et la Vierge dont le corps est le lieu de la rencontre entre l’homme et Dieu. Or, dans certaines représentations de Vierges de Miséricorde dont les mandorles se placent au niveau de l’ouverture du manteau, ou juste en dessous (Fig. 1), le corps de la Vierge peut être compris comme un enchâssement symbolique de lieux, grâce à son manteau, et aux différents textiles qui l’habillent et à la tente qui l’abrite50, mais aussi grâce à son enveloppe corporelle et à la délimitation de l’espace utérin, lieu le plus resserré et le plus protégé, qui se trouve bien souvent mis en exergue par la mandorle.

Figure 1

Figure 1

Vierge parturiente, xvsiècle, Livre de dévotion, Bibliothèque municipale de Lyon, ms. 168, f. 216.

© BM Lyon

  • 51 Jean-Claude Schmitt rappelle aussi que lorsque la mandorle est présente seule dans les livres de dé (...)
  • 52 J. Baschet, Le Sein du Père, op. cit., p. 203-204.
  • 53 L’utérus de la Vierge a aussi été comparé à l’autel des églises. D’autres ont associé l’utérus virg (...)
  • 54 « In tabernaculo uteri Mariae moratus est Christus novem mensibus; in tabernaculo fidei Ecclesiae u (...)
  • 55 Jn 3, 3-5.
  • 56 « Ecce uterus matris Ecclesiae, ecce ut te pariat, atque in lucem fidei producat, laborat in gemitu (...)
  • 57 Harriet Sonne de Torrens, « Fovea peccati et uterus ecclesiae. The Symbiotic Nature of female sexua (...)
  • 58 « Troisième distinction de la conception selon Alexandre Neckham, avant celle-ci il y a la concepti (...)
  • 59 Ibid.
  • 60 Cité dans Léo Steinberg, La sexualité du Christ dans l’art de la Renaissance et son refoulement mod (...)
  • 61 Voir aussi à ce propos Jure Mikuz, Le sang et le lait dans l’imaginaire médiéval, Maison d’édition (...)

9Celle-ci représente symboliquement l’utérus de la Vierge qui contient le Christ51. Le manteau de la Vierge couvre les fidèles et affirme alors la capacité symbolique du vêtement à protéger et à réunir. Les habits de la Vierge en tant que la prolongation de son corps52 lui permettent d’abriter les fidèles au plus près de son sein – et non pas dans son utérus, lieu christique par excellence. Elle reçoit ces derniers dans son kolpos, sa poche protectrice. Par ailleurs, il s’agit de rapprocher le tabernacle, lieu dans lequel sont entreposées les hosties consacrées, et l’utérus de la Vierge dans lequel vit le Christ53. Isaac da Stella propose une analogie similaire au xiie siècle en considérant que « le Christ est resté dans le tabernacle utérin de Marie pendant neuf mois ; il demeurera pour toujours et à jamais dans le tabernacle de la foi de l’Église jusqu’à la fin du monde, dans la connaissance et l’amour de l’âme fidèle »54. Établir un rapprochement entre la Vierge et une église permet donc, d’une part, d’assimiler l’utérus marial au tabernacle, chacun de ces lieux abritant le Christ (sous l’apparence du pain dans le tabernacle), et, d’autre part, d’évoquer les fonts baptismaux et le rapport entre le baptême et la naissance. Dans son évangile, saint Jean établit le rapport suivant : « si un homme ne naît pas d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu55 ». Les fonts baptismaux sont le lieu architectural et concret de cette nouvelle naissance, autrement appelés « uterus ecclesiae » par saint Augustin56 ou par Zeno de Vérone quand il compare les fonts au ventre de la Mère-Église57. Autant dire qu’il est question ici véritablement de la conceptio spiritualis58, c’est-à-dire de la conception spirituelle dans le sein de la Mère-Église, qui se produit « au moment de la renaissance dans les eaux du baptême59 ». Théodore de Mopsueste écrit pour sa part que « dans le baptême, l’eau devient un sein pour celui qui naît60 ». Ainsi la cuve dont s’extirpe le fidèle afin de « renaître de l’eau et de l’esprit61 » représente-t-elle la matrice de l’Église.

  • 62 1 Cor. 12, 27. Saint Ambroise dans un commentaire du Cantique des Cantiques, à propos de cette rela (...)
  • 63 Car l’utérus de la Vierge est clos avant, après et pendant l’accouchement, comme l’a proclamé le Co (...)
  • 64 J. Baschet, Le Sein du Père, op. cit., p. 181.
  • 65 Dominique Donadieu-Rigault, « Les ordres religieux et le manteau de Marie », Cahiers de Recherches (...)

10Dans certaines œuvres italiennes de la fin du xive et du début du xve siècle, la Vierge au manteau est assortie d’une mandorle contenant le Christ, le vêtement marial permet d’abriter ceux qui sont passés par le baptême et qui sont devenus fils de Dieu à la suite du Christ. Comme l’explique saint Paul dans la lettre aux Corinthiens, ces fidèles forment le corps du Christ : « Or, vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps62 ». Sans qu’ils ne soient incorporés à l’utérus de la Vierge ou qu’ils y entrent63, les hommes bénéficient de la possibilité d’être au plus près du sein maternel, d’être incorporés à son corps de manière symbolique à travers le même type de représentations qui voient Abraham inclure les âmes dans son sein par un tissu. Le manteau marial manifeste « l’incorporation et l’appartenance communautaire64 ». La zone délimitée par le manteau est une extension du corps de la Vierge ou de Dieu, un « tissu corporéisé65 », permettant d’adopter les fidèles qui s’y trouvent. La relation filiale est alors mise en valeur et établie à partir du Christ contenu dans la mandorle nucléale.

L’Assomption justifiée par l’Incarnation

11De manière à première vue anecdotique, c’est aussi dans les représentations de l’Assomption que nous trouvons des traces de ces mandorles utérines dans les textiles matriciels.

  • 66 Ce dogme a été ratifié par l’Église catholique par la constitution apostolique Munificentissimus De (...)
  • 67 Hans Belting, Image et culte, Paris, Cerf, 2007, p. 51.
  • 68 Ibid.
  • 69 Philippe Verdier, Le Couronnement de la Vierge. Les origines et les premiers développements d’un th (...)
  • 70 « Quae suscepit illum in utero, suscepitur ab illo in regno », Isaac da Stella, Opera Omnia, Sermo (...)
  • 71 P. Verdier, Le Couronnement, op. cit., p. 25.

12Si le dogme de l’Assomption n’a été ratifié que très tardivement au regard de l’histoire de sa représentation dans l’art66, cet épisode a été justifié très tôt dans les débats théologiques grâce à l’Incarnation du Fils de Dieu en Marie. Jean Damascène disserte à propos de la capacité de la Vierge à être Mère de Dieu, et il relie l’exemplarité de sa maternité humaine, élevée « au-dessus des normes terrestres par sa virginité67 », à sa mort tout aussi remarquable par sa « montée corporelle au ciel68 ». Ce rapprochement reparaîtra dans la littérature occidentale, notamment dans le cadre de l’explication de la double « processio69 » : descente du Verbe dans le sein de la Vierge et montée de celle-ci vers l’union théophanique. Isaac da Stella écrit à ce propos : « Celle qui l’a reçu dans le sein est reçue par lui dans le royaume70 ». Philippe Verdier rappelle à cet égard que dans les sermons du Pseudo-Augustin datant de la fin du xie siècle, la justification de l’Assomption du corps de la Vierge se fait grâce à sa maternité virginale : « Le privilège de l’assomption de la Vierge est la conséquence de la descente du Christ, qui prit chair dans son corps71 ».

  • 72 Le Maître du Triptyque Beffi peint dans les années 1390-1410 un triptyque dans lequel le panneau ce (...)
  • 73 Comme nous pouvons le voir dans l’Assomption de Bernardo Daddi conservé à la cathédrale de Prato et (...)
  • 74 T. Martone, « La Madonna del Parto, op. cit., p. 122. Voir aussi Hélène Papastavrou, Recherche icon (...)

13Dans l’art italien, la proximité entre ces deux épisodes est assez subtile et inhabituelle. Elle peut s’opérer par la juxtaposition des événements liés à la naissance du Christ et de ceux qui ont succédé à la mort de la Vierge72, ou bien par un rappel de la grossesse de la Vierge dans les Assomptions du fait du renflement de son ventre ou de la présence d’un livre sur son giron73, livre qui est pour les Pères de l’Église la traduction de la présence même du Christ, du Logos74.

  • 75 Paul Hills explique qu’il s’agit d’une évolution du geste de la prière qui consistait dans l’église (...)

14Dans l’Assomption de Pinturicchio dans la Cappella Basso della Rovere à Santa Maria del Popolo (Fig. 2a et Fig. 2b), les plis et la couleur de la robe de la Vierge au niveau de son ventre ne sont pas accidentels, ils sont porteurs d’une symbolique matricielle. Les doigts de la Vierge se touchent au niveau des extrémités mais ses paumes ne se rejoignent pas, créant une forme triangulaire autour de son ventre, faisant ainsi référence de manière implicite à la Trinité. Elles peuvent aussi renvoyer à la forme d’un toit et ainsi construire un petit édifice autour de cette zone abdominale, tel un petit tabernacle signifié par la position des mains75. À l’intérieur de cet édifice feint, sa robe rose se laisse apercevoir dessinant à la hauteur de son ventre des cercles de plus en plus clairs à mesure que l’on se rapproche du centre. Elle donne ainsi l’impression qu’une forme ovale est dessinée entre ses mains, telle une mandorle.

Figure 2a

Figure 2a

Pinturicchio (attr.), Assomption de la Vierge, 1484-1492, fresque, Capella Basso della Rovere, Santa Maria del Popolo, Rome.

© Clémence Legoux

Figure 2b

Figure 2b

Détail de la fig. 2a.

© Clémence Legoux

  • 76 Ces deux œuvres ont également été endommagées par l’incendie du 2 avril 1525 puis remplacées par le (...)
  • 77 Ex 2, 1-10.
  • 78 Mt 2, 16-18.
  • 79 Heinrich Pfeiffer, La Chapelle Sixtine révélée, l’iconographie complète, Paris, Hazan, 2007, p. (...)
  • 80 Pfeiffer soutient que le thème de l’Immaculée Conception, cher au pape Sixte IV, a dû exercer une i (...)
  • 81 J. Baschet, Le Sein du Père, op. cit., p. 187.

15Le phénomène est encore souligné dans un dessin réalisé par un disciple de l’école de Pérugin en prenant pour sujet l’Assomption de Pérugin dans la chapelle Sixtine (Fig. 3) avant que celle-ci ne soit endommagée puis remplacée par le Jugement Dernier de Michel-Ange. La Vie du Christ se déployait sur la partie gauche tandis que celle de Moïse prenait place sur la partie droite. L’Assomption était donc entourée de la Naissance du Christ (à sa droite) et de Moïse sauvé des eaux (à sa gauche)76. L’épisode de l’Ancien Testament qui relate le sauvetage de Moïse dans son panier par la fille du Pharaon77 était un passage préfigurant le massacre des Innocents78, épisode emblématique d’une protection divine en faveur d’une personne. Le panier en osier qui protège Moïse est de surcroît une préfiguration typologique de la Vierge79. Au regard de la cohérence générale du programme de la Sixtine, la position de l’Assomption avant le cycle christique qui se déroule sur la gauche avec la Naissance du Christ et avant le cycle vétérotestamentaire se déployant sur le mur de droite avec l’épisode de Moïse sauvé des eaux, ne peut être fortuite80. Elle démontre que le privilège de la montée au ciel de la Vierge, corps et âme, est justifié par l’Incarnation du Fils prévue avant le début des temps. C’est pourquoi il est pertinent de porter notre attention sur les vêtements de la Vierge et notamment sur la robe qui passe juste devant son ventre. Celle-ci fait explicitement référence aux tissus matriciels et rappelle ainsi l’origine du privilège marial de l’Assomption. Comme le suggère Jérôme Baschet, « [il] sera donc utile de garder en mémoire cette vocation des motifs textiles à suggérer le mystère d’une réalité supérieure et la relation avec les choses sacrées »81. Plusieurs Vierges à l’Enfant de la fin du xvsiècle montrent une réminiscence de la mandorle ou de tissus matriciels (textiles portant des connotations charnelles).

Figure 3

Figure 3

Pérugin, Assomption de la Vierge, pointe de métal, 277 x 210 mm, dessin de la fresque de la chapelle Sixtine avant destruction, Vienne, Albertina, inv. 4861.

Image libre de droit.

16Dans la Madone et le Christ en trône de Nicola di Maestro Antonio (Fig. 4), l’Enfant semble sortir de la robe de la Vierge. Son pied gauche est à l’intérieur du pli du tissu tandis que la fente de la robe renvoie à la forme d’une mandorle à l’intérieur du manteau ouvert. Ainsi, si le tissu du Sein d’Abraham signifiait une intériorité relative, ici le tissu et ses plis ne laissent pas de doute quant à une intériorité absolue.

Figure 4

Figure 4

Nicola di Maestro Antonio (?) (précédemment attribué à Carlo Crivelli), Vierge et Christ en trône, 1475-1490, tempera et or sur bois, 141 x 59,4 cm, Metropolitan Museum of Art, New York.

Image libre de droit.

17La réminiscence de la mandorle dans les plis qui couvrent le ventre de la Vierge en train d’être élevée du sol est utilisée par les artistes pour justifier ses privilèges tout au long du xve siècle. C’est une manière de faire référence aux tissus matriciels qui ont abrité le Christ et qui justifient la montée au ciel du corps et de l’âme de la Vierge.

  • 82 Jn 1, 18.

18Au xvie siècle, une transposition iconographique s’opère : le motif de la mandorle ne sert plus seulement à signifier l’Incarnation dans le corps virginal, la Vierge étant à son tour enclose dans une mandorle tenue par Dieu le Père. Dans l’évangile selon saint Jean, il est dit que le Christ est dans le sein du Père : « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître »82. Mais la question se pose alors de savoir comment le Christ peut être à la fois dans le sein du Père et dans celui de sa Mère, autrement dit comment la matrice terrestre (maternelle) et la matrice céleste (paternelle) du Christ, peuvent se superposer au sein d’un même ensemble. Pour comprendre comment l’utilisation de la mandorle utérine de la Vierge a pu donner naissance à la représentation de la matrice de Dieu créateur, nous analyserons les relations entre Dieu le Père et la Vierge, dans le contexte des débats sur la Conception de cette dernière, qui participent à l’émergence de la représentation du sein divin.

  • 83 Reprenant alors le schéma iconographique de l’Ascension.
  • 84 Le Couronnement de la Vierge est aussi un épisode secondaire développé à partir du xive siècle au s (...)
  • 85 Cette œuvre est aujourd’hui conservée à Pise.
  • 86 La Vierge Platytera est une représentation de la Vierge avec un médaillon faisant figurer le Christ (...)
  • 87 Jean Damascène, Homélie sur la Nativité de la bienheureuse Vierge Marie, pars 2, 27-28, Sources Chr (...)
  • 88 Dans la Bible il est dit que « le salaire du péché c’est la mort » (Rm 6, 23) donc comme la Vierge (...)
  • 89 Col 2, 12.
  • 90 Col 3, 3.
  • 91 Hans Von Balthasar, « Eschatologie », dans Yves-Claude Gélébart (dir.), Questions théologiques auj (...)

19L’Assomption est une nouvelle naissance de la Vierge dans le sein du Père, car elle se rapporte à la fois à la sortie du monde terrestre et à l’entrée dans le Royaume céleste. Or, après avoir été longuement figurée comme une Dormition en insistant davantage sur la partie terrestre de la scène, au xve siècle, l’épisode de l’Assomption se développe dans la partie supérieure, céleste83. Ce n’est, dès lors, plus le Christ qui descend chercher l’âme de la Vierge mais le corps et l’âme de la Vierge qui montent grâce à la puissance de « transition » de la mandorle. La Dormition de la Vierge devient alors un épisode secondaire au regard de la montée au Ciel qui en vient à occuper la majeure partie des scènes de l’Assomption84. Le schéma iconographique de ces scènes reprend celui des Ascensions, c’est alors la Vierge et non plus le Christ qui est contenue dans une mandorle portée par des anges, et amenée au Ciel. De plus, un autre changement iconographique se met en place au début du xive siècle, il s’agit de la Vierge dans une mandorle surmontée par un Dieu christomorphique en buste. Le premier exemple de ce type se trouve à Pise, dans une fresque datée de la première moitié du xive siècle (aujourd’hui détruite) attribuée à Stefano Fiorentino (1301-1350). Turino Vanni (1375-1400), à la fin du Trecento, peint une Assomption reprenant ce schéma85. La mandorle de la Vierge est surmontée d’une représentation de Dieu dont les deux mains tiennent la mandorle comme s’il s’agissait d’un cadre pour tenir la Vierge, tandis que des anges la soutiennent en partie basse. La composition de la mandorle est tout à fait comparable à celle peinte par Paolo Veneziano dans la Vierge du Signe de 1325-1340 conservée à Venise86. Dans cette œuvre, l’artiste figure grâce au médaillon étoilé les entrailles de la Vierge qui ont contenu l’univers de manière miraculeuse lorsqu’elle a accueilli le Christ en son sein : « Entrailles qui avez porté un ciel vivant, plus vaste que l’immensité des cieux87 ». Le parallèle entre les Vierges Platytera et les Assomptions permet de comprendre que Dieu n’accueille pas seulement la Vierge « à ses côtés » comme il est dit dans les textes mais il l’accueille en son sein. L’Assomption devient alors une inclusion de la Vierge en Dieu, la mort signifiant un retour direct aux entrailles du Père, sans que son corps marial ne soit soumis à la corruption, dans la lignée de sa conception sans péché88. Dans les textes bibliques, lorsqu’il est question d’une vie avec Dieu (après la mort), l’expression « en lui » est souvent utilisée : « ayant été ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui, par la foi en la puissance de Dieu, qui l’a ressuscité des morts »89, « car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu90 ». Dieu n’accueille pas seulement la Vierge « à ses côtés », il l’accueille en son sein. Hans Von Balthasar (théologien du xxsiècle) fait de cette inclusion le but ultime du chrétien : c’est Dieu qui est la « fin dernière de sa créature. Il est le Ciel pour qui Le gagne, l’Enfer pour qui Le perd, [...] Il est Celui pour qui meurt tout mortel et par qui il ressuscite pour Lui, en Lui91 ».

  • 92 Nombreuses sont les représentations de Lazare dans un lange tenu par Abraham, préfigurant alors le (...)

20Force est donc de constater que si les artistes se sont souvent tournés vers l’utilisation des tissus pour représenter l’inclusion dans le sein de Dieu92, ils utilisent aussi la mandorle comme motif esquissant une analogie visuelle avec les entrailles divines. Il n’est alors plus question de créer une poche utérine artificielle comme c’était le cas avec les tissus, mais bien de figurer le lieu de l’origine et du terme de la vie du chrétien.

De l’Assomption à la Conception de la Vierge : genèse d’un motif immaculiste, la mandorle comme matrice du Père

  • 93 À la suite de Duns Scot les franciscains pensent que la Vierge a été protégée de la tache originell (...)

21Les éléments préalablement mis en exergue à savoir : la mandorle comme matrice virginale et la mandorle comme matrice du Père, sont réutilisés par un élève de Pinturicchio (ou par Pinturicchio lui-même) dans une œuvre appelée la Conception de la Vierge et conservée au Nationalmuseum de Stockholm (Fig. 5a). Cette œuvre, datant du début du xvie siècle, se trouve sur la couverture en cuir d’un codex. Au revers se trouvait un Christ couronné d’épines et une représentation de saint François recevant les stigmates. Le commanditaire devait sans doute être franciscain, donc défenseur de l’immaculisme, ou proche de cet ordre et de ce courant93.

Figure 5a

Figure 5a

École de Pinturicchio, Conception de la Vierge, v. 1510, tempera et huile sur bois, 33,5 x 21 cm, Stockholm, Nationalmuseum, NM 2067.

© Stockholm, Nationalmuseum

  • 94 La bordure de la mandorle n’est plus visible dans la partie basse, seul son rayonnement est visible

22Dans cette Conception de la Vierge, Marie est placée dans une mandorle au fond doré composée d’une bordure angélique puis d’une bordure foncée parsemée de taches dorées. Des rayons entourent la mandorle ainsi que les différentes personnes présentes dans l’image. Sous les mains jointes de la Vierge se trouve une deuxième mandorle orangée dans laquelle se tient L’Enfant. Il est nu, tient une sphère de la main gauche et fait un geste de bénédiction de la main droite. Sous ses pieds, tout comme sous ceux de la Vierge se trouvent quelques nuages épars. Une colombe, représentant le Saint Esprit, écarte les ailes et semble posée sur l’auréole presque invisible de la Vierge à l’aplomb de la tête de cette dernière. Sur la pointe supérieure de la mandorle se trouve le visage grave de Dieu le Père dont les cheveux s’étalent sur la bordure noire. Ce visage est lui-même inscrit dans un médaillon circulaire doré parsemé de rayons rouges. Un autre détail significatif est que le Père la tient avec les mains des deux côtés – ses doigts sont d’ailleurs visibles (Fig. 5b). Cette mandorle pénètre donc l’espace divin du médaillon et est plantée dans le sol en sa partie inférieure94.

Figure 5b

Figure 5b

Détail de la fig. 5a.

© Stockholm, Nationalmuseum

23Sur la page opposée, se trouve un texte (Fig. 5c) qui peut être ainsi traduit :

  • 95 Le texte original est le suivant : « senpre p(ro) patre et figlio et sp(irit)u s(an)cto. In creato (...)

Toujours dans le Père,
le Fils et le Saint-Esprit,
incréé, immense et infini,
la Mère de Jésus,
sous le manteau de la Trinité,
établit son Fils ;
avant que le Verbe saint créât le monde,
les anges l’honorèrent dans les hauts Lieux.
Avant que le monde fût créé,
le Fils dans la Mère était incarné95.

Figure 5c

Figure 5c

Détail de la fig. 5a.

© Stockholm, Nationalmuseum

24Cette œuvre compile donc et reprend à son compte différentes solutions évoquées précédemment pour faire naître une représentation sans pareille de l’Immaculée Conception. Attardons-nous tout d’abord sur les emprunts de cette œuvre au répertoire marial pour ensuite comprendre ce qu’elle a d’unique dans la représentation du sein du Père.

  • 96 Pour parler de cela, Emma Simi Varanelli écrit : « une Vierge extraordinaire – enfermée comme une p (...)

25La Vierge se tient debout, ses mains se rejoignent au-dessus de l’Enfant dans sa mandorle. Celle-ci se dessine sur le buste de la Vierge et s’insère dans les plis de son manteau. La mère du Christ ne maintient plus son manteau ouvert comme dans de nombreuses Vierges au manteau. Cette disposition rappelle la Vierge de l’Assomption de Pinturicchio à Santa Maria del Popolo (Fig. 2). Le Christ dans la mandorle se tient à l’endroit même où les vêtements de la Vierge évoquaient les tissus charnels et matriciels dans lesquels il a pris corps. L’artiste utilise le modèle de mandorle de Pérugin à fond doré qui symbolise la présence de Dieu, présence irradiante dans l’univers. Les bordures foncées sont ici enrichies d’étoiles alors que celles de Pérugin étaient juste de couleur foncée. Enfin, il ajoute aux solutions péruginesques les doigts de Dieu (Fig. 5a). La mandorle fait alors office d’entrailles, ou tout du moins de corps du Père. Là où le texte parle d’un manteau, l’artiste choisit le motif de la mandorle. En ce qui concerne le contenant du Christ, vêtement et mandorle s’imbriquent afin que la représentation du « Fils dans la Mère incarné » soit visible. Cela s’opère grâce à cette mandorle orangée qui semble naître entre les deux mains jointes de la Vierge. Force est donc de constater que si la Vierge contient le Christ dans l’utérus symbolique qu’est la mandorle, elle est elle-même contenue dans l’utérus du Père représenté par la mandorle dorée bordée d’anges96.

  • 97 Par exemple : « il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ (...)
  • 98 Le Christ a une place centrale dans l’œuvre, il est entre la sphère terrestre et la sphère céleste, (...)
  • 99 « Mediatrix est, ut sibi pariter et subjectis salutem obtineat, suscipiat gratiam, sicut scriptum e (...)

26D’autre part, cette mandorle est entrée dans l’espace du Père, mais elle est aussi plantée dans le sol, telle une zone intermédiaire entre la sphère céleste et la sphère terrestre. Or le Christ, comme la Vierge, est souvent qualifié de médiateur97. La réconciliation entre humain et divin qu’il incarne98 se fait dans le sein de la Vierge, lui permettant à elle aussi, et de manière subordonnée au Christ, d'être déclarée médiatrice, ainsi que saint Bernard le répète dans ses sermons : « Elle est notre médiatrice, c’est par elle que nous avons reçu votre miséricorde, ô mon Dieu99 ». La forme de la mandorle, zone commune à deux cercles qui s’imbriquent, et sa place entre Dieu le Père et la terre, confirment la fonction médiatrice de ceux qui l’occupent.

  • 100 François Bœspflug, Dieu et ses images, une histoire de l’Éternel dans l’art, Paris, Bayard Edition (...)
  • 101 Nous avons aussi rappelé qu’il s’agissait de former un petit temple avec ses mains. Ces deux signif (...)
  • 102 Dal Pozzolo avait déjà signalé que dans l’Assomption de Lorenzo Lotto il ne s’agissait pas à propre (...)
  • 103 Séverine Lepape, « L’arbre de Jessé : une image de l’Immaculée Conception ? », Médiévales, n°57, 20 (...)
  • 104 « Le Seigneur m’a faite pour lui, principe de son action, première de ses œuvres, depuis toujours. (...)
  • 105 Voir l’analyse de ce sermon par Poiré retranscrit dans l’ouvrage sur la Gloire de Frédéric Cousinié (...)
  • 106 « Ma poiché è tutta bella e senza macchia la madre dell’Unigenito, la signora dei Cieli, la imperat (...)
  • 107 Duns Scot réfute le principe de la sanctification de la Vierge au moment de sa conception dans l’ut (...)
  • 108 Bien que le temps soit de l’ordre de la création et non soumis au Créateur lui-même. Comme l’écrit (...)

27Il n’en demeure pas moins que la position originale de la Vierge entre les trois personnes de la Trinité est un parti pris audacieux. En effet, les discussions sur le statut de la Mère du Christ ont été si vives au début de la Renaissance que des théologiens ont mis en garde contre la trop grande place accordée à la Vierge. Le danger de cette prévalence était la croyance en une certaine « quaternité mariolâtre », c’est-à-dire le fait d’adorer la Vierge et aussi de la représenter de la même manière que les autres personnes de la Trinité100. Or, dans l’œuvre qui nous occupe, la Vierge a le visage tourné vers le bas, elle baisse les yeux contrairement au Père et au Fils qui regardent en face d’eux. Elle abaisse donc son regard en signe d’humilité et de soumission à la volonté divine. Ses mains forment un triangle au-dessus de l’Enfant, signe foncièrement trinitaire, comme c’était le cas dans la fresque de Pinturrichio à Santa Maria del Popolo (Fig. 2)101. Enfin, contrairement aux œuvres représentant l’Assomption ou la Madonna del Parto, celle-ci n’est pas narrative, mais purement conceptuelle102. Il s’agit d’y montrer la conception éternelle de la Vierge purissima dans le dessein de Dieu alors que les artistes avaient, au préalable, choisi de représenter la conception terrestre de la Vierge par la Rencontre à la Porte dorée ou bien sa lignée terrestre et spirituelle à travers des iconographies telles que l’Arbre de Jessé103. Les partisans de l’Immaculée Conception se réfèrent, entre autres textes, aux Proverbes, chapitre 8, dans lequel il est question de la Sagesse présente depuis toute éternité. Ils font alors l’analogie entre la Sagesse et la Vierge, toutes deux conçues avant toute création104. Dans l’œuvre qui nous intéresse le paysage est d’une grande sobriété car, en dehors d’une fine bande de collines rocheuses qui prend place dans sa partie basse, aucun élément naturel ne vient orner le panorama. Pareille représentation d’une terre qui n’a pas été travaillée par l’homme peut être une allusion à la Vierge Marie. La mandorle occupe à elle seule les trois quarts de l’œuvre, suggérant qu’elle est l’espace principal, le lieu d’origine. Ce lieu apparaît comme l’idée première d’où sortent les rayons de lumière et, dans cette idée première, la Vierge Mère du Christ est déjà présente. Nous pourrions aussi comparer cet agencement à l’aube : saint Bernardin de Sienne fait d’ailleurs une comparaison entre la conception immaculée de la Vierge et le « Soleil levant » de même qu’il assimile la conception du Fils en la Vierge au « vray midi de nostre Soleil mystique105 ». Il est d’autant plus pertinent pour un artiste actif à Rome d’utiliser la mandorle de l’Assomption afin d’évoquer la conception éternelle de la Vierge dans l’esprit du Père si l’on considère la fortune de ces analogies en Italie centrale. Dans son Orazione, Francesco della Rovere, le futur Sixte IV, estime que la Vierge peut être exaltée sur le trône de la Trinité dans sa Conception et dans son Assomption106. Il est donc pertinent pour l’artiste d’utiliser la mandorle de l’Assomption afin d’évoquer la conception éternelle de la Vierge dans le dessein du Père. Dans le débat sur la conception de la Vierge, il faut noter l’argument des partisans de la doctrine de l’Immaculée Conception : la prévision des mérites du Christ comme raison de l’exemption de la Vierge du péché originel107. L’Incarnation, bien qu’étant un événement postérieur dans l’histoire, est antérieure dans la pensée divine108. C’est donc pour cela que la référence à l’Incarnation, comme donnée causale de l’Immaculée Conception, vient parfaire ces représentations.

  • 109 E. Simi Varanelli, Maria l’Immacolata, op. cit., p. 21. François Bœspflug attribue à Melchio Cano ( (...)

28Cette Conception de la Vierge n’est pas une œuvre qui raconte un épisode biblique lié à la Vie de la Vierge, mais bien plutôt une œuvre qui expose une réalité théologique, le principe éternel de Dieu. C’est alors, comme l’exprime Emma Simi Varanelli, une représentation qui fait office de véritable lieu théologique, elle écrit : « opere d’arte come veri luoghi teologici109 ». C’est aussi une consécration de l’utilisation de la mandorle comme lieu de la conception – d’où provient la filiation – et d’une matrice qui donne forme. La mandorle n’est pas une simple forme qui contient une figure, comme l’a rappelé Georges Didi-Huberman :

  • 110 Georges Didi-Huberman, « La dissemblance des figures selon Fra Angelico », Mélanges de l’école fran (...)

Les figures, les formes, ne se contentent pas d’habiter un lieu : elles sont produites par lui. Ainsi Albert le Grand nomme-t-il le lieu un “principe actif d’engendrement” : locus est generationis principium activium ; c’est bien plus qu’un espace entendu au sens usuel, topographique ; c’est un pouvoir de morphogénèse, une “vertu” capable de fabriquer, d’être efficace, structurante110.

29Cette étude s’est donc ouverte sur le constat d’une expression genrée du sein dans la Bible, qui se transcrit visuellement par des textiles ou par des mandorles dans les œuvres italiennes du xvie siècle. Ce sont en premier lieu les représentations de la Vierge qui ont suscité l’emploi de mandorles matricielles à hauteur de son ventre, venant justifier les privilèges mariaux. Les textiles ont eux aussi permis d’inclure les fidèles au corps virginal. Puis c’est aux représentations du Père d’adopter ces deux motifs afin de manifester le lieu matriciel, origine de toute filiation.

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Notes

1 L’utilisation des caractéristiques anatomiques féminines pour parler de Dieu le Père n’est pas propre aux xve et xvie siècles, Caroline Walker Bynum dresse une étude des écrits médiévaux évoquant ce sujet. Voir Caroline Walker Bynum, « Jesus as Mother and Abbot as Mother. Some Themes in Twelfth-Century Cistercian Writing », The Harvard Theological Review, 1977, vol. 70, no 3/4, p. 257-284.

2 Les questionnements autour de la conception de la Vierge Marie occupent les théologiens depuis le ivsiècle. Ils prennent plus d’ampleur en Irlande durant le xiie et le xiiie siècle autour des écrits du franciscain Jean Duns Scot (1265/66-1308). Les dominicains « maculistes » et les franciscains « immaculistes », s’opposent sur ces questions. Le pape Sixte iv pondère les débats en 1483 avec la bulle Grave nimis, qui interdit aux partisans ou aux adversaires de la théorie de la Conception de la Vierge de dénoncer comme hérétiques l’une ou l’autre des attitudes. Il interdit de taxer de faute grave la croyance en l’Immaculée Conception. Ce n’est qu’en 1854 que l’Immaculée conception est érigée comme dogme. Voir Emma Simi Varanelli, Maria l’Immacolata, la rappresentazione nel Medioevo. Et macula non est in te, Roma, De Luca Editori d’Arte, 2008, p. 222. Voir aussi Martina Wehrli-Johns, « L’Immaculée Conception après le concile de Bâle dans les provinces dominicaines et franciscaines de Teutonie et de Saxe : débats et iconographie », L’Atelier du Centre de recherches historiques, [En ligne], vol. 10, 2012, mis en ligne le 11 mars 2012, consulté le 07 mars 2023. URL : http://journals.openedition.org/acrh/4280.

3 Voir sur ces questions : Egon Verheyen, « An Iconographic Note on Altdorfer's Visitation in the Cleveland Museum of Art », The Art Bulletin, Vol. 46, n° 4, 1964, p. 536-539. Et aussi, sur la question de la représentation de l’intériorité du corps de la Vierge : Sarah Elliott Novacich, « Transparent Mary: Visible Interiors and the Maternal Body in the Middle Ages », The Journal of English and Germanic Philology, vol. 116, no 4, 2017, p. 464–490.

4 Jérôme Baschet, Le Sein du Père, Abraham et la paternité dans l’Occident médiéval, Paris, Gallimard, 2000.

5 Ibid., p. 207-212.

6 Ibid., p. 208. Voir aussi François Bœspflug, « Dieu en Mère ? Féminité et maternité de la figure de Dieu le Père dans l’art médiéval d’Occident (xiexve siècle) », Revue des Sciences Religieuses, vol. 83, 2009, p. 23-49, n. 41.

7 Nous parlerons ici des entrailles, « re-hem » en hébreu au singulier et « rahamim » au pluriel, sans pour autant oublier que les traducteurs ont pu bien souvent préférer traduire ce terme par « sein » ou « ventre ».

8 Gn 43, 30. Il y a 38 occurrences bibliques de ce terme, nous compléterons donc ici avec les plus caractéristiques : « La femme dont le fils était le vivant dit au roi, car ses entrailles étaient émues au sujet de son fils » (1 R 3, 26) ; « Regarde et vois, depuis le ciel, depuis ton palais saint et splendide : où sont donc ton ardeur et ta vaillance, l’émoi de tes entrailles ? Tes tendresses pour moi ont-elles été contenues ? » (Is 63, 15).

9 Par exemple dans le verset suivant : « C’est toi qui m’as tiré du ventre ». Voir Jb 10, 18, Jb 24, 20.

10 Jb 3, 11.

11 « Yhwh est un Dieu dont l’amour et la miséricorde sont comparables au “sentiment qu’une mère a pour ce qui sort de son re’hem, de sa matrice” », Henri Meschonnic, Les Noms, traduction de l’Exode, Paris, Desclée de Brouwer, 2003, p. 342.

12 Jr 31, 20.

13 On compte pour ce terme une trentaine d’occurrences, par exemple Jon. 2, 1 : « Alors le Seigneur dépêcha un grand poisson pour engloutir Jonas. Et Jonas demeura dans les entrailles du poisson, trois jours et trois nuits » ; « Il me dit : “Fils d’homme, nourris-toi et remplis tes entrailles de ce rouleau que je te donne”. Je le mangeai, et dans ma bouche il fut doux comme le miel. » Ez 3, 3.

14 Que ce soit l’utérus d’une mère ou la matrice de Dieu.

15 F. Bœspflug, « Dieu en mère », art. cit., p35.

16 Toutefois la mention de « parentalité indéterminée » ne nous semble pas adaptée car l’indétermination est une négation des pôles masculin et féminin alors même que la Bible dit que Dieu assume par analogie ces pôles. En effet dans la Genèse il est écrit : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Gn 1, 27).

17  On trouve six occurrences de « κόλπον » : Lc 6, 38 ; Lc 16, 22 ; Lc 16, 23 ; Jn 1, 18 ; Ac 27, 39 ; Jn 13, 23.

18 On trouve sept occurrences de « κοιλία » : Mt 19, 12 ; Lc 1, 15 ; Lc 1, 42 ; Jn 7, 38 ; Ac 3, 2 ; Ac 14, 8 ; Gal 1, 15.

19 G. W. H. Lampe (éd.), A Patristic Greek Lexicon, Oxford, Oxford University Press, 1961, p. 765, « κόλπος ».

20 Anatole. Bailly, Dictionnaire grec-français, Paris, Hachette, 1895., p. 1151, « κόλπος ».

21 G. W. H. Lampe (éd.), A Patristic, op. cit., p. 765, « κόλπος ».

22 « Le pauvre mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d’Abraham » (Lc 16, 22).

23 « Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître » (Jn 1, 18).

24 « Un des disciples, celui que Jésus aimait, était couché sur le sein de Jésus » (Jn 13, 23).

25 « Lorsque le jour fut venu, ils ne reconnurent point la terre ; mais, ayant aperçu un golfe avec une plage, ils résolurent d’y pousser le navire, s’ils le pouvaient » (Ac 27, 39).

26 J. Baschet, Le Sein du Père, op. cit., p208.

27 François Bœspflug dit qu’« il le porte comme un kangourou son petit dans poche ventrale ». F. Bœspflug, « Dieu en Mère », art. cit., p. 38.

28 Lorsqu’il parle de la Vierge comme lieu, Georges Didi-Huberman soulève d’une autre manière la question des entrailles : « Voilà pourquoi nous devons ici parler de repli : parce que repli est un mot du vêtement (quelque chose qui a lieu dans les dessus), mais aussi un mot des entrailles (la forme informe du dedans), et enfin un mot des limites – puisque faire un repli, en couture, c’est plier un bord, une ou plusieurs fois donc déplacer le bord, faire varier sa localisation », Georges Didi-Huberman, Fra Angelico, Dissemblance et figuration, Paris, Flammarion, 2015, p. 230.

29 G. W. H. Lampe (éd.), A Patristic, op. cit., p. 765, « κοιλανσις ».

30 « Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère ; il y en a qui le sont devenus par les hommes ; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne » (Mt 19, 12).

31 « Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître » (Jn 3, 4).

32 Lc 11, 27.

33 Lc 1, 42.

34 Nous avons utilisé la Vulgate pour ces références.

35 Lc 1, 42 ; Lc 11, 27 ; Jn 7, 38.

36 Mt 19, 12 ; Lc 1, 15 ; Ac 3, 2 ; Ac 14, 8, Gal 1, 15.

37 J. Baschet, Le Sein du Père, op. cit., p. 206.

38 Selon lui, le sens latin classique contenait à l’origine une désignation des organes génitaux féminins mais il fut peu développé au Moyen Âge. Il conclut en disant « la signification la plus développée exclut la désignation de l’intérieur du corps. Il s’agit, du moins dans un latin classique, d’un sens anatomique précis qui désigne l’espace compris entre la poitrine et les bras ouverts en avant », ibid., p. 207.

39 Ibid., p. 297.

40 Ibid., p. 207.

41 À travers l’exemple de la Trinité et du rapport du Fils au Père, François Bœspflug a rappelé que « les images de la Trinité n’ont fait que développer les semences de métaphores spatiales que la conceptualité théologique a tendance à gommer : ek (« sortant de »), en (« situé dans »), pros (« situé auprès de »), en kolpoi (« dans le sein de »), etc. ». Voir François Bœspflug, « L’art chrétien comme lieu théologique », Revue théologique, vol. 131, 1999, p. 392.

42 Nous signalons aussi à ce propos une œuvre mise en lumière dans l’étude de Maxime Deurbergue sur l’art espagnol. Il s’agit d’un retable de l’Immaculée Conception de Nicolau Falcó datant de 1500-1501, qui présente au centre d’un ensemble de saynètes et de prophètes, une mandorle vide faite d’une bordure angélique, qui servait d’ostensoir et pourrait être comparée à l’image de l’Incarnation dans le sein virginal dans l’analyse qu’en propose Maxime Deurbergue. La mandorle est un résumé sémantique de l’utérus virginal autour duquel se déploie la Vie de la Vierge : « the retable itself is the Virgin ». Maxime Deurbergue, Visual Liturgy. Altarpiece Painting and Valencian Culture (1442-1519), Turnhout, Brepols, 2013, p. 228-233.

43 G. W. H. Lampe (éd.), A Patristic, op. cit., p. 765, « κόλπος ».

44 Dans le livre de l’Exode, il est question de la construction du sanctuaire et de la construction du Saint des Saints dans lequel est conservé l’arche de l’Alliance. Cette arche est un « coffre » dans lequel sont déposées un reste de manne, la verge d’Aaron et les tables de l’Alliance. Voir Ex 27-35.

45 Albert le Grand, Opus insigne de laudibus beate marie virginis. alias Mariale appellatu[m], De sanctificatione marie. Cité dans Stéphane Lojkine, « De l’allégorie à la scène : la Vierge-Tabernacle », dans Brigitte Pérez-Jean et Patricia Eichel-Lojkine (dir.), L’allégorie de l’Antiquité à la Renaissance, Paris, Honoré Champion, 2004, p. 517.

46 Jn 1, 14.

47 Ex 25-27.

48 Canticum Canticorum, Patrologie latine, 206, 84, cité dans S. Lojkine, « De l’allégorie à la scène », art. cit., 2004, p. 517.

49 Ex 33, 7.

50 La Madonna del Parto de Piero della Francesca datant de 1459 et conservée au Musée de Monterchi, en est un exemple probant.

51 Jean-Claude Schmitt rappelle aussi que lorsque la mandorle est présente seule dans les livres de dévotion elle évoque le sexe féminin et son importance dans la symbolique de la mère-Église qui engendre les fidèles à la suite du Christ. Voir Jean-Claude Schmitt, Les images médiévales. La figure et le corps, Paris, Gallimard, 2023, p. 191.

52 J. Baschet, Le Sein du Père, op. cit., p. 203-204.

53 L’utérus de la Vierge a aussi été comparé à l’autel des églises. D’autres ont associé l’utérus virginal au Saint-Sépulcre, montrant alors le lien symbolique entre Résurrection et Incarnation. Voir Éric Palazzo, « Marie et l’élaboration d’un espace ecclésial haut au Moyen Âge », dans Dominique Iogna-Prat, Éric Palazzo et Daniel Russo (dir.), Marie, le culte de la Vierge dans la société médiévale, Paris, Beauchesne, 1996, p. 320.

54 « In tabernaculo uteri Mariae moratus est Christus novem mensibus; in tabernaculo fidei Ecclesiae usque ad consummationem saeculi, in cognitione et dilectione fideli animae in saecula saeculorum morabitur », Isaac da Stella, Opera, op. cit., p. 1865.

55 Jn 3, 3-5.

56 « Ecce uterus matris Ecclesiae, ecce ut te pariat, atque in lucem fidei producat, laborat in gemitu suo. Nolite verstra impatientia viscera materna concutere, et partus vestri januas angustare » (« Voici le sein de la mère Église, voici qu’elle peut te mettre au monde et faire jaillir la lumière de la foi, travaillant dans son gémissement. Ne laissez pas votre impatience secouer les entrailles de la mère, et une partie de vous rétrécir les portes »), Augustin, Opera Omnia, Sermo CCXVI, Jean-Paul Migne (éd.), Paris, Garnier, collection Patrologia Latina 38, 1863, p. 1086.

57 Harriet Sonne de Torrens, « Fovea peccati et uterus ecclesiae. The Symbiotic Nature of female sexuality on Medieval Baptismal Fonts », Christine Joynes et Christopher Rowland (dir.), From the Margins II. Women of the New Testament and Their Afterlives, Sheffield, Sheffield Phoenix Press Ltd, 2009, p. 334-361, ici p. 337.

58 « Troisième distinction de la conception selon Alexandre Neckham, avant celle-ci il y a la conception seminum, qui correspond à l’acte sexuel ; il y a la conceptio naturarum, qui correspond à l’animation et il y a enfin la conceptio spiritualis ». Voir Marielle Lamy, L’Immaculée conception, étapes et enjeux d’une controverse au Moyen Âge (xiie-xve siècles), Paris, Collection des Études Augustiniennes, 2000, p. 128.

59 Ibid.

60 Cité dans Léo Steinberg, La sexualité du Christ dans l’art de la Renaissance et son refoulement moderne, Paris, Gallimard, 1987, p. 164.

61 Voir aussi à ce propos Jure Mikuz, Le sang et le lait dans l’imaginaire médiéval, Maison d’édition du Centre de Recherches Oto Luthar, Ljubljana, Zalozba ZRC, 2013, p. 65.

62 1 Cor. 12, 27. Saint Ambroise dans un commentaire du Cantique des Cantiques, à propos de cette relation entre le Christ venu en la Vierge et les fidèles comme corps du Christ, disait : « Dans l’utérus le plus pur de Marie, on a semé un seul grain de blé mais on l’appelle un jardin de blé parce que tous les élus étaient inclus dans le grain choisi », Judith Glatzer Wechsler, « A Change on the Iconography of the Song of Songes in 12th and 13th Century Latin Bible », dans Michael Fishbane et Paul Flohr, Texts and Responses. Studies Presented to Nahum N. Glater on the Occasion of His Seventieth Birthday by His Students, Leyde, Brill, 1975, p. 73-93, p. 88.

63 Car l’utérus de la Vierge est clos avant, après et pendant l’accouchement, comme l’a proclamé le Concile de Latran. Voir Thomas Martone, « La Madonna del Parto di Piero della Francesca e la sua iconografia », dans Stefano Casciu (dir.), Piero della Francesca La Madonna del Parto. Restauro e iconografia, catalogue de l’exposition, Biblioteca comunale di Monterchi (Monterchi), Venise, Marsilio, 1993, p. 103-119, p. 103 ; Heinrich Denzinger, Symboles et définitions de la foi catholique, Paris, Cerf, 1996, p. 110, §125, 226, §500.

64 J. Baschet, Le Sein du Père, op. cit., p. 181.

65 Dominique Donadieu-Rigault, « Les ordres religieux et le manteau de Marie », Cahiers de Recherches Médiévales, n°8, 2001, p. 107-134.

66 Ce dogme a été ratifié par l’Église catholique par la constitution apostolique Munificentissimus Deus de Pie XII en 1950.

67 Hans Belting, Image et culte, Paris, Cerf, 2007, p. 51.

68 Ibid.

69 Philippe Verdier, Le Couronnement de la Vierge. Les origines et les premiers développements d’un thème iconographique, Paris, Vrin, 1980, p. 25.

70 « Quae suscepit illum in utero, suscepitur ab illo in regno », Isaac da Stella, Opera Omnia, Sermo LIII, Jean-Paul Migne (éd.), Paris, Garnier, collection Patrologia Latina 194, p. 1872, traduction de l’auteur.

71 P. Verdier, Le Couronnement, op. cit., p. 25.

72 Le Maître du Triptyque Beffi peint dans les années 1390-1410 un triptyque dans lequel le panneau central de la Vierge à l’Enfant côtoie celui de la Nativité à gauche et celui de la Dormition/Couronnement à droite. Ce triptyque est conservé au Musée National d’Abruzzo à l’Aquila.

73 Comme nous pouvons le voir dans l’Assomption de Bernardo Daddi conservé à la cathédrale de Prato et datée de 1380.

74 T. Martone, « La Madonna del Parto, op. cit., p. 122. Voir aussi Hélène Papastavrou, Recherche iconographique dans l’art byzantin et occidental du XIe au XVe siècle l’Annonciation, Venise, Institut hellénique d’études byzantines et post-byzantines de Venise, 2007, p. 228. Hubert Damisch, Un souvenir d’enfance par Piero della Francesca, Paris, Éditions du Seuil, 1997, p. 45-46.

75 Paul Hills explique qu’il s’agit d’une évolution du geste de la prière qui consistait dans l’église occidentale du xiiie siècle à tenir ses deux mains paumes jointes. Mais il signale que Bellini a modifié cette gestuelle « en gardant le bout des doigts se touchant mais en écartant les paumes ». Il poursuit en expliquant que ces mains permettent d’imaginer « une structure voûtée telle une ecclesia et son équivalent miniature un tabernacle ». Paul Hills, « Lorenzo Lotto’s Shrouds and Veils », Artibus et Historiae, n° 68, 2013, p. 9-28, p. 12.

76 Ces deux œuvres ont également été endommagées par l’incendie du 2 avril 1525 puis remplacées par le Jugement dernier de Michel Ange. Voir Carlo Castellaneta, L’opera completa del Perugino, Milan, Classici dell’arte, 1969, p. 91.

77 Ex 2, 1-10.

78 Mt 2, 16-18.

79 Heinrich Pfeiffer, La Chapelle Sixtine révélée, l’iconographie complète, Paris, Hazan, 2007, p. 17.

80 Pfeiffer soutient que le thème de l’Immaculée Conception, cher au pape Sixte IV, a dû exercer une influence non négligeable sur la réalisation du programme iconographique de la Chapelle. Voir ibid., p.18.

81 J. Baschet, Le Sein du Père, op. cit., p. 187.

82 Jn 1, 18.

83 Reprenant alors le schéma iconographique de l’Ascension.

84 Le Couronnement de la Vierge est aussi un épisode secondaire développé à partir du xive siècle au sein des ensembles ayant pour sujet l’Assomption.

85 Cette œuvre est aujourd’hui conservée à Pise.

86 La Vierge Platytera est une représentation de la Vierge avec un médaillon faisant figurer le Christ sur les genoux ou entre les mains. Dans ces images, l’imago clipeata, c’est-à-dire un bouclier ou un médaillon porté par la Vierge devant son buste, sert de support à l’image du Christ. Cela permet d’insister sur l’identité divine du Christ et donc sur la maternité divine de la Vierge. Voir Hans Belting, Image et culte, Paris, Cerf, 2007, p. 48.

87 Jean Damascène, Homélie sur la Nativité de la bienheureuse Vierge Marie, pars 2, 27-28, Sources Chrétiennes 80.

88 Dans la Bible il est dit que « le salaire du péché c’est la mort » (Rm 6, 23) donc comme la Vierge n’est pas touchée par le péché, elle n’en assume pas les conséquences.

89 Col 2, 12.

90 Col 3, 3.

91 Hans Von Balthasar, « Eschatologie », dans Yves-Claude Gélébart (dir.), Questions théologiques aujourd’hui, II : Dogmatique, Paris, Desclée de Brouwer, 1963, p. 277.

92 Nombreuses sont les représentations de Lazare dans un lange tenu par Abraham, préfigurant alors le repos du Juste dans le sein divin : J. Baschet, Le Sein du Père, op. cit., p. 130-138.

93 À la suite de Duns Scot les franciscains pensent que la Vierge a été protégée de la tache originelle. Voir E. Simi Varanelli, Maria l’Immacolata, op. cit., p. 75 : « L’Immaculée Conception est la croyance selon laquelle la Vierge, lors de sa conception charnelle par Joachim et Anne, a échappé à la souillure du Péché originel qui touche tout être humain. Elle doit être différenciée du privilège marial de virginité selon lequel Marie a conçu le Christ sans connaître d’homme et en restant vierge ». Séverine Lepape, « L’arbre de Jessé : une image de l’Immaculée Conception ? », Médiévales, n°57, 2009, p. 114. Voir aussi Giovanni Morello, Vincenzo Francia et Roberto Fusco (dir.), Una Donna vestita di Sole. L’Immacolata Concezione nelle opere dei grandi maestri, catalogue de l’exposition, Braccio di Carlo Magno (Cité du Vatican), Milan, Federico Motta, 2005, p. 176. Pinturicchio a d’ailleurs souvent travaillé dans la sphère franciscaine. À ce propos, lire Vincenzo Francia, Splendore di Bellezza, l’Iconografia dell’Immacolata Concezione nella pittura rinascimentale italiana, Cité du Vatican, Libreria editrice Vaticana, 2004, p. 102.

94 La bordure de la mandorle n’est plus visible dans la partie basse, seul son rayonnement est visible.

95 Le texte original est le suivant : « senpre p(ro) patre et figlio et sp(irit)u s(an)cto. In creato im(m)e(n)so et infinito la matre de Jesu nel trino manto hebbe lo suo figliolu stabilito nanzi creasse el mundo el ve(r)bo s(an)ct. Gli a(n)g(e)li l’onoraru nell alto sito prima che mai el mondo fosse creato. El figliolu nel(l)a matre era i(n)carnato ».

96 Pour parler de cela, Emma Simi Varanelli écrit : « une Vierge extraordinaire – enfermée comme une perle blanche dans l’amande dorée du sein du Père », E. Simi Varanelli, Maria l’Immacolata, op. cit., p. 218.

97 Par exemple : « il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus » (1Tim 2, 5).

98 Le Christ a une place centrale dans l’œuvre, il est entre la sphère terrestre et la sphère céleste, il appartient à ces deux zones.

99 « Mediatrix est, ut sibi pariter et subjectis salutem obtineat, suscipiat gratiam, sicut scriptum est ». Bernardin, Opera Omnia, Sermo III In assumptione B. Mariae Virginis, Jean-Paul Migne (éd.), Paris, Garnier, Patrologia Latina 183, p. 424, traduction de l’auteur.

100 François Bœspflug, Dieu et ses images, une histoire de l’Éternel dans l’art, Paris, Bayard Editions, 2011, p. 257 et Judith Glatzer Wechsler, « A change on the iconography of the song of songs in 12th and 13th Century Latin Bible », dans Michael Fishbane et Paul Flohr (dir.), Texts and responses. Studies presented to Nahum N. Glater on the Occasion of his Seventieth Birthday by his Students, Leyde, Brill, 1975, p. 84.

101 Nous avons aussi rappelé qu’il s’agissait de former un petit temple avec ses mains. Ces deux significations ne sont pas exclusives l’une de l’autre mais bien à lire ensemble.

102 Dal Pozzolo avait déjà signalé que dans l’Assomption de Lorenzo Lotto il ne s’agissait pas à proprement parler d’une Assomption mais d’une « Vision de la Madone » ou de l’objet d’une vision. Voir Enrico Maria dal Pozzolo, « Lorenzo Lotto 1506 : la pala di Asolo », Artibus et Historiae, n°21, 1990, p. 89-110, p. 89.

103 Séverine Lepape, « L’arbre de Jessé : une image de l’Immaculée Conception ? », Médiévales, n°57, 2009, p. 113-136, p. 114.

104 « Le Seigneur m’a faite pour lui, principe de son action, première de ses œuvres, depuis toujours. Avant les siècles j’ai été formée, dès le commencement, avant l’apparition de la terre. Quand les abîmes n’existaient pas encore, je fus enfantée, quand n’étaient pas les sources jaillissantes. Avant que les montagnes ne soient fixées, avant les collines, je fus enfantée, avant que le Seigneur n’ait fait la terre et l’espace, les éléments primitifs du monde. Quand il établissait les cieux, j’étais là, quand il traçait l’horizon à la surface de l’abîme, qu’il amassait les nuages dans les hauteurs et maîtrisait les sources de l’abîme, quand il imposait à la mer ses limites, si bien que les eaux ne peuvent enfreindre son ordre, quand il établissait les fondements de la terre » (Pr 8, 22-23).

105 Voir l’analyse de ce sermon par Poiré retranscrit dans l’ouvrage sur la Gloire de Frédéric Cousinié. Frédéric Cousinié, Gloriae. Figurabilité du divin, esthétique de la lumière et dématérialisation de l’œuvre d’art à l’âge Baroque, Rennes, Art et Société Presses Universitaires de Rennes, 2018, p. 280.

106 « Ma poiché è tutta bella e senza macchia la madre dell’Unigenito, la signora dei Cieli, la imperatrice degli Angeli, il dolce suffragio dei peccatori, sopra tutti esaltata nel trono della Trinità, cosi nella concezione e, morta, nella assunzione du sublimata innanzi a tutti e da tutti differenziata e tra tutti dignigicata di ogni fonte di grazia » (« Mais parce qu’elle est toute belle et sans tache, la mère de l’unique engendré, la reine des Cieux, l’impératrice des anges, le doux suffrage des pécheurs, au-dessus de tous elle fut exaltée sur le trône de la Trinité, autant dans la conception que dans la mort, dans l’assomption elle fut sublimée avant tous et parmi tous elle est la plus digne des sources infinies de la grâce »), Francesco della Rovere, L’Orazione della Immacolata, Dino Cortese (dir.), Padoue, Centro Studi Antoniani, 1985, p. 98, traduction de l’auteur.

107 Duns Scot réfute le principe de la sanctification de la Vierge au moment de sa conception dans l’utérus d’Anne, car la sanctification ne peut pas, selon lui, enlever la marque du péché. Voir Ibid., p. 62.

108 Bien que le temps soit de l’ordre de la création et non soumis au Créateur lui-même. Comme l’écrit saint Augustin : « Ordo quippe temporum in aeterna Dei Sapientia sine tempore est » (« Car l’ordre des temps et la succession des siècles sont éternels en la sagesse de Dieu »), Augustin, De Trinitate, livre II, Jean-Paul Migne (éd.), Paris, Garnier, collection Patrologia Latina 42, 1863, p. 850, traduction de l’auteur.

109 E. Simi Varanelli, Maria l’Immacolata, op. cit., p. 21. François Bœspflug attribue à Melchio Cano (1509-1560) la paternité de la notion de « lieu théologique » dans son ouvrage De locis theologicis publié en 1563. Voir F. Bœspflug, « Dieu en Mère ? », art. cit., p. 391. Toutefois il est possible de trouver une paternité orientale à ce principe. L’expression symbolique des vérités théologiques par le biais de l’iconographie fait partie de la tradition chrétienne orthodoxe. Selon saint Basile de Césarée, la « théologie en image » y a autant d’importance que la « théologie en pensée » car les images fournissent un aperçu des fins eschatologiques : « Nous allons donc […] représenter […] leurs actions mémorables pour l’utilité de ceux qui nous écoutent. Les orateurs, par l’éloquence, les peintres, par le pinceau, savent mettre au jour les actions fameuses des guerriers illustres, pour inspirer aux autres des sentiments de courage. Les faits sont présentés par la parole en les faisant retentir à l’oreille, et par la peinture qui en silence les offre à l’œil par la vérité des couleurs : ainsi, rappelons la fermeté de nos saints martyrs : mettons, pour ainsi dire, leurs actions en spectacle pour inciter les chrétiens à les imiter afin qu’ils approchent le plus d’eux par le courage et qu’ils leur soient le plus étroitement proches par les sentiments », Basile de Césarée, Opera Omnia, Homelia in quadraginta martyres, Jean-Paul Migne (éd.), Paris, Garnier, collection Patrologia Graeca, 31, 1957, p. 510. Voir aussi Rostislava Todorova, « Orthodox Cosmology and cosmography : iconographic mandorla as Imago mundi », EIKON IMAGO, vol. 6, 2014, p. 77-94.

110 Georges Didi-Huberman, « La dissemblance des figures selon Fra Angelico », Mélanges de l’école française de Rome. Moyen-Âge, Temps modernes, vol. 98, n°2, 1986, p. 709-802, p. 715.

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Table des illustrations

Titre Figure 1
Légende Vierge parturiente, xvsiècle, Livre de dévotion, Bibliothèque municipale de Lyon, ms. 168, f. 216.
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Titre Figure 2a
Légende Pinturicchio (attr.), Assomption de la Vierge, 1484-1492, fresque, Capella Basso della Rovere, Santa Maria del Popolo, Rome.
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Titre Figure 2b
Légende Détail de la fig. 2a.
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Titre Figure 3
Légende Pérugin, Assomption de la Vierge, pointe de métal, 277 x 210 mm, dessin de la fresque de la chapelle Sixtine avant destruction, Vienne, Albertina, inv. 4861.
Crédits Image libre de droit.
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Titre Figure 4
Légende Nicola di Maestro Antonio (?) (précédemment attribué à Carlo Crivelli), Vierge et Christ en trône, 1475-1490, tempera et or sur bois, 141 x 59,4 cm, Metropolitan Museum of Art, New York.
Crédits Image libre de droit.
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Titre Figure 5a
Légende École de Pinturicchio, Conception de la Vierge, v. 1510, tempera et huile sur bois, 33,5 x 21 cm, Stockholm, Nationalmuseum, NM 2067.
Crédits © Stockholm, Nationalmuseum
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Titre Figure 5b
Légende Détail de la fig. 5a.
Crédits © Stockholm, Nationalmuseum
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Titre Figure 5c
Légende Détail de la fig. 5a.
Crédits © Stockholm, Nationalmuseum
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Pour citer cet article

Référence électronique

Clémence Legoux, « De la matrice mariale à la matrice du Père »Images Re-vues [En ligne], 22 | 2026, mis en ligne le 30 janvier 2026, consulté le 05 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/imagesrevues/16538 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15lg1

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Auteur

Clémence Legoux

Clémence Legoux, docteur en Histoire de l’art moderne de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elle a écrit une thèse sous la direction de Philippe Morel, intitulée De la mandorle aux nuages dans l’art de la Renaissance italienne. Chercheuse associée à l’HiCSA, elle donne des cours d’histoire de l’art dans différentes institutions.

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