Introduction ou « la matrice vive »
Texte intégral
Nous tenons à exprimer notre sincère gratitude à l’équipe d’Images re-vues pour leur soutien et leur collaboration précieuse tout au long de la préparation de ce dossier. Nous remercions chaleureusement Clémentine Girault, dont l’accompagnement attentif et les conseils avisés ont été essentiels pour la concrétisation de ce projet éditorial. Nous leur sommes profondément reconnaissantes pour leur bienveillance et leur disponibilité constante.
- 1 Paul Ricoeur, La métaphore vive, Paris, Éditions du Seuil, 1975.
- 2 En revenant à l’étymologie de « métaphore » qui désigne justement le fait d’être porté (φορά) au-de (...)
- 3 Avec le temps, le dynamisme propre à la métaphore peut s’affaiblir au point que Ricœur puisse l’ass (...)
1En 1975, dans La métaphore vive, Paul Ricœur explore la puissance du langage métaphorique et sa capacité à renouveler notre perception du monde1. Il y décrit la métaphore comme un processus dynamique au cours duquel un mot, en étant porté au-delà de son usage habituel, engendre un nouveau sens et ouvre un espace de reconfiguration du réel2. Cet « écart sémantique » engage le lecteur dans un travail herméneutique mobilisant son imagination. Le déplacement et l’accroissement du sens en résultant sont précisément ce qui rend la métaphore « vive » : grâce au réseau polysémique qu’elle active, la métaphore transfigure notre manière d’appréhender une réalité jusqu’alors insaisissable. Ricœur souligne d’ailleurs que de nombreux mots acquièrent plusieurs significations en raison de leur origine métaphorique bien que leur usage se soit figé au fil du temps. Car pour qu’une métaphore reste « vive », elle doit demeurer capable de générer de nouveaux sens3.
- 4 Agnès Guiderdoni, « La figure réinventée au début de la période moderne », Réforme, Humanisme, Rena (...)
2La métaphore constitue en tant que tel une véritable figure, « un processus dynamique de mise en représentation4 » à la croisée des idées, des images et des textes. Elle devient peut-être même la plus vive qui soit lorsqu’elle s’articule quasi-réflexivement autour de la matrice. Effectivement, contraintes de s’appuyer sur des analogies pour rendre compte de la complexité d’un organe féminin invisible et pourtant omniprésent dans l’imaginaire, les métaphores de la matrice engendrent des représentations croissant exponentiellement avec la spéculation. Elles y sont d’autant plus prédisposées que le terme « matrice » lui-même est porteur d’une multiplicité de sens : il désigne à la fois un moule, un modèle originel et, dans son acception biologique, l’utérus. Dès lors, la métaphore se révèle être, par nature, une matrice de sens. Et tandis que la métaphore, processus dynamique de mise en représentation, devient matrice, la matrice, à son tour, devient métaphore : elle accueille des idées en gestation et ne cesse de les configurer tel l’utérus lorsqu’il abrite le fœtus pendant sa formation.
- 5 La journée d’étude Meta, Matrix, Mater. Les métaphores de la matrice à la Renaissance s’est tenue l (...)
- 6 Hans Blumenberg, Paradigmes pour une métaphorologie, Paris, Vrin, 2006, sur la métaphore comme subs (...)
- 7 Platon, Timée, Émile Chambry (éd.), Paris, Garnier, 1969, p. 198 compare l’utérus à un monstre amp (...)
- 8 Danielle Jacquart et Claude Thomasset, Sexualité et savoir médical au Moyen Âge, Paris, Presses uni (...)
- 9 Fiona Harris-Stoertz, « Foetal Death in High Medieval Pregnancy », dans Costanza Gislon Dopfel (dir (...)
3Une question a priori simple avait réuni la plupart des contributeurs de ce dossier il y a quelques années lors d’une journée d’étude5 : comment la matrice, organe éminemment féminin soustrait à la vue des artistes et des médecins, est-elle représentée à la Renaissance ? Le constat selon lequel la métaphore permet de résoudre ce problème de mise en représentation ne saurait suffire à clore le sujet dans la mesure où la métaphore, si évidente soit-elle, oscille entre exaltation et démonisation de la matrice6. Le langage garde une trace éloquente de la dualité de cet organe féminin pris entre souillure et rédemption : à la fois berceau de la procréation et réceptacle corrompu susceptible d’engendrer des monstres – si tant est qu’il ne soit pas lui-même considéré comme un monstre7 –, la matrice est désignée en latin par le terme matrix, dérivé de mater, évoquant la fonction nourricière et maternelle positive de l’utérus, et en grec par le terme hústeros signifiant « inférieur » et entérinant les préjugés misogynes sur l’hystérie8. Un syncrétisme de la religion et de la médecine assoit ces croyances dont certaines peuvent être suivies d’effets, notamment lorsque l’on doit prendre des précautions purificatoires en cas de mort fœtale in utero9.
- 10 Véronique Dasen, « Le secret d’Omphale », Revue archéologique, vol. 2, n° 46, 2008, p. 265-281.
4Objet de discours, de représentations, de rituels et d’appropriations complexes, où se croisent art, science et foi, la matrice se révèle être un prisme à travers lequel s’élabore une vision du monde, où la matière, l’image et le langage s’entrecroisent tout en se portant mutuellement au-delà de ce qui apparaît de prime abord. C’est cette figure à la vivacité ricœurienne qu’envisage le présent dossier thématique, Meta, Matrix, Mater. Les métaphores de la matrice à la Renaissance. Le choix d'examiner l’imaginaire du sexe féminin de l’intérieur distingue ce dossier des recherches récentes, nourries par l’essor d’une histoire de l’art féministe attentive aux questions de genre et à leur impact sur la représentation d’une vulve lisse et idéalisée, voire explicitement érotisée, qui relève davantage de la synecdoque que de la métaphore. Malgré ce que son titre pourrait laisser accroire, ce dossier ne dresse pas de typologie des métaphores permettant de visualiser l’invisibilité de la matrice, particulièrement vives entre xive et xviie siècles lorsque d’importants transferts culturels coïncident avec l’essor de l’anatomie. Il fait plutôt ressortir combien la mise en représentation de la matrice (matrix) par une métaphore (meta) ne peut être abordée autrement qu’entre matérialité (materia) et filiation (mater) puisqu’elle s’inscrit au cœur du passage de l’idée à la forme dans une analogie entre la création artistique et la gestation. Ce principe traverse toutes les périodes de l’histoire : dans l’Antiquité, les pierres en jaspe rouge, en cornaline, en magnétite ou en hématite assimilées à du sang coagulé présentent des iconographies mythologiques avec une portée gynécologique10 ; évocation univoque d’un sexe féminin sanguinolent, en 2020, l’installation Diva de Juliana Notari consiste en une faille artificielle creusée sur une colline brésilienne et entourée d’une vague de béton recouverte de résine rouge. Or, si matrice, matérialité et métaphore apparaissent irrémédiablement liées, ce dossier s’attache à la période s’étendant entre xive et xviie siècles. Parce qu’elle est alors sans cesse régénérée par la réflexivité des images, la vivacité de la matrice fait plus que jamais affleurer une question sous-jacente : comment une vitalité commune à la matrice et à la métaphore structure-t-elle la dynamique créative, si ce n’est procréative, intrinsèque des images associées à un principe féminin ?
Figure 1
Aurora Consurgens, xve siècle, enluminure sur parchemin, 20,4 x 13,9 cm, Zurich, Zentralbibliothek, Ms. Rh. 172, fol. 11r-23.
© Zentralbibliothek, Zurich.
- 11 Pour ce traité alchimique attribué à saint Thomas d’Aquin, réédité et complété au xve siècle, lire (...)
- 12 Plotin, Ennéades, Émile Bréhier (éd.), vol. 5, Paris, Les Belles Lettres, 1967, p. 142.
- 13 Barbara Obrist, « Visualization in Medieval Alchemy », Hyle. International Journal of Philosophy an (...)
- 14 Voir la thèse et les travaux de Nadia Pla sur les menstrues, notamment Nadia Pla, « Visions fémini (...)
- 15 L’identification faisant de cet objet un sextant, proposée par Dana Jalobeanu et Charles T. Wolfe ( (...)
- 16 Nous remercions Philippe Morel de nous avoir signalé que la représentation inédite de l’un des sign (...)
- 17 C. Crisciani et M. Pereira, « Aurora Consurgens. Un dossier aperto », op. cit., p. 43-44.
5Tous ces enjeux se cristallisent dans une enluminure (Fig. 1) de l’Aurora consurgens11 dans laquelle la matrice est un protagoniste caché de la redécouverte des connaissances alchimiques anciennes à la Renaissance. La question alors reposée en creux tient à l’inclination métaphorique des images et des textes. Hermès Trismégiste tranche à ce propos durant l’Antiquité, considérant que les hiéroglyphes, « images, dont chacune est celle d’une chose distincte12 », sont moins enclins aux déplacements de sens que les mots13. Mais ce serait sans compter sur les illustrations qui, à compter du xve siècle, sont modifiées au fil des rééditions de l’ekphrasis des hiéroglyphes que constitue l’Aurora consurgens (Fig. 2) : les abondantes sécrétions vaginales s’écoulant entre les jambes de la femme assise au centre du cercle zodiacal, a priori interprétées comme un flux menstruel, se colorent en rouge14 ; signe d’une ambiguïté demeurée irrésolue et/ou d’une vivacité revitalisée, l’objet élevé vers le ciel s’assouplit tant qu’il finit par évoquer un tissu15. Il se trouve que l’écart portant ces formes au-delà de leur sens original ou originel renouvelle la compréhension d’une figure représentant la correspondance organique entre le cosmos et la matrice16 qui obéit à un rythme invisible, régi par des forces présidant à la transmutation de la matière et du vivant17.
Figure 2
Aurora Consurgens, xvie siècle, enluminure sur parchemin, 30,8 x 20,6 cm, Leyde, Leiden University Libraries, VCF 29, fol. 52r.
© Leiden University Libraries, Leyde.
6La première section de ce dossier fait affleurer les métaphores qui, entre textes et images, transposent des représentations anatomiques au-delà de l’objectivité et de l’empirisme attendus suivant un principe qui se rapproche à certains égards de celui de l’Aurora consurgens. Aux côtés de Felix Platter, Caspar Bauhin, Konrad von Waldkirch et Johann Ludwig Remmelin, Concetta Pennuto et Sara Petrella explorent le corps féminin dans ses représentations les plus intimes, révélant un utérus demeure paradoxalement invisible entre les « déchets » menstruels amoncelés et les figures monstrueuses tapies dans l’ombre d’un horizon symbolique empreint de misogynie.
7Concetta Pennuto décèle que l’essor de l’anatomie au xvie siècle ne saurait supplanter les métaphores syncrétiques comparant l’utérus à un « cloaque » recueillant les immondices féminines. Alors même que la dissection permet l’observation directe de cet organe interne, les médecins combinent des descriptions absolument rigoureuses (localisation, vascularisation) à un langage figuré qui, tout en facilitant la compréhension et la transmission d’un savoir, en atténue la précision. Une fois levés les préjugés d’archaïsme pesant sur elles, les représentations anatomiques de la matrice, revendiquées objectives, apparaissent dans toute leur partialité.
- 18 Pour éprouver toute l’épaisseur de cette métaphore, il faut également considérer la mythologie comm (...)
8Sara Petrella identifie un exemple de la régénération de ces figures syncrétiques croisant l’empirique et le symbolique qui, au siècle suivant, ne présentent pas non plus de contrindication à l’objectivité. Une figure monstrueuse rappelant la tête de la Gorgone entrave la visualisation de la matrice dans une publication post-vésalienne, tant et si bien que la fonction même de l’illustration s’en trouve trahie : l’estampe avec ses planches à rabat censées permettre de « soulever » la peau afin de découvrir les organes internes n’éclaire pas la connaissance du corps féminin ; au contraire, elle l’enveloppe d’un halo mythologique18. Les images anatomiques s’avèrent donc aussi enclines à la métaphore que n’importe quelle autre construction culturelle façonnant et reflétant les représentations du sexe féminin.
- 19 Aristote le suggère à plusieurs reprises, notamment dans Aristote, De la génération et de la corrup (...)
- 20 Des constructions culturelles prédisposent certaines techniques à être jugées féminines. Claude Lév (...)
9La deuxième section du dossier s’intéresse à la dimension performative des métaphores de la matrice aux yeux de femmes qui, à l’instar de celle inscrite plastiquement dans le cercle zodiacal de l’Aurora consurgens, peuvent se montrer bien plus actives que ce qu’on serait tenté de retenir des théories hylémorphistes faisant du principe féminin une matière inerte, en attente de forme19. En ce sens, Rebecca Whiteley et Marian Bleeke notent comment les techniques20 et les matières parties prenantes de certaines figures infléchissent la « puissance de l’imagination maternelle » en vue d’un accouchement ou d’un avortement.
- 21 En plus de la bibliographie réunie par Rebecca Whiteley, voir Christiane Klapisch-Zuber, La maison (...)
- 22 Alfred Gell, L’art et ses agents, une théorie anthropologique, trad. de l’anglais par Olivier Renau (...)
10Rebecca Whiteley établit une comparaison significative entre la culture visuelle domestique21 et les « figures de naissance » prêtant diverses positions à un fœtus in utero, de la présentation idéale, tête en bas, à celles davantage problématiques. Ces figures sont portées au-delà de leur fonction didactique lorsqu’elles sont imprimées séparément des manuels d’obstétrique et contemplées par des profanes. Elles deviennent alors des images agentes aptes à influencer la position du fœtus durant la grossesse et à favoriser un accouchement facile22. L’analogie convoquée entre la technique de l’estampe et l’impression sur le corps accentue le rôle résolument actif qu’endosse la femme façonnant à son gré sa propre matrice.
- 23 Des réflexions approchantes se trouvent dans Amy Whitehead, « Mary, Mother, Matter. Re-Thinking the (...)
- 24 Dans un renversement des métaphores de la naissance identifiées dans Leo Steinberg, « The Metaphors (...)
11Marian Bleeke retrace l’histoire de modifications d’images dévotionnelles, motivées par de semblables raisons sanitaires. Des métaphores matérielles, si ce n’est matérialisées, incarnées dans la matière23, affectent plus ou moins radicalement deux statuettes de la Vierge à l’Enfant du xive siècle : leur surface en ivoire est teintée rouge par un colorant, la garance, utilisé en médecine pour réguler les menstruations, favoriser la conception ou provoquer l’avortement ; au terme d’une altération probablement volontaire, l’une des statuettes est démembrée de sorte à séparer Jésus et Marie comme pour représenter l’interruption d’une grossesse24.
12Concluant le dossier, Nicolas Varaine et Clémence Legoux reviennent aux figures positives comme négatives convoquées dans l’Aurora consurgens et dans les sections précédentes, observant comment elles se régénèrent dans des peintures religieuses à caractère public tout en transcendant les questions de genre. La progression du dossier révèle ainsi la force heuristique de la matrice vive qui ne connaît aucune frontière. Si ses logiques de mise en représentation sont adaptées selon les contextes, elles capitalisent sur la même dualité inépuisable et recoupent invariablement le biologique et le culturel, le matériel et le spirituel, l’invisible et le visible.
13Nicolas Varaine distingue le dragon vaincu par saint Georges de celui dont sainte Marina émerge indemne dans une fresque crétoise du xive siècle. L’animal légendaire investi de telle sorte qu’il devient une figure monstrueuse de la matrice suggère des transferts artistiques et culturels entre le culte oriental de sainte Marina et celui, occidental, analogue, de sainte Marguerite d’Antioche. Cette diffusion, d’autant plus probable que la Crète byzantine se trouve alors sous domination vénitienne, permet d’envisager le versant pratique de l’étymologie de la métaphore, transportable au-delà des frontières géographiques compte tenu de sa vivacité inouïe.
14Prolongeant certaines réflexions de Jérôme Baschet, Clémence Legoux constate que, dans la peinture centro-italienne du xvie siècle, la mandorle sert de métaphore de la matrice tant de la Vierge que de Dieu le Père en dépit de la valeur genrée des termes bibliques afférents. Inscrite plastiquement au niveau du ventre de Marie, la forme céleste et géométrique, évocatrice de la maternité, rend visibles les « tissus charnels » dans lesquels le Christ s’incarne. Rapportée à la paternité englobante de Dieu, cette même figure représente le « sein du Père » accueillant les âmes des élus, scellant la vivacité universelle des métaphores de la matrice.
Notes
1 Paul Ricoeur, La métaphore vive, Paris, Éditions du Seuil, 1975.
2 En revenant à l’étymologie de « métaphore » qui désigne justement le fait d’être porté (φορά) au-delà (μετα).
3 Avec le temps, le dynamisme propre à la métaphore peut s’affaiblir au point que Ricœur puisse l’assimiler à une « métaphore morte » à l’opposé de la « métaphore vive ». Toutefois, cette perte d’élan n’implique pas nécessairement une extinction définitive : dès lors que subsistent des traces, même ténues, d’un potentiel expressif, il est davantage légitime de qualifier la métaphore de « dormante ». Cette nuance laisse la possibilité que la métaphore soit « réveillée » en ravivant la tension originelle qu’elle instaurait entre les sens littéral et figuré suivant un principe similaire à celui observé ci-dessous dans les images de l’Aurora consurgens.
4 Agnès Guiderdoni, « La figure réinventée au début de la période moderne », Réforme, Humanisme, Renaissance, vol. 77, 2013, p. 18.
5 La journée d’étude Meta, Matrix, Mater. Les métaphores de la matrice à la Renaissance s’est tenue le 13 juin 2022 à Paris avec le soutien de l’ED 441 et de l’HiCSA, tous deux rattachés à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, que nous tenions à remercier encore une fois ici.
6 Hans Blumenberg, Paradigmes pour une métaphorologie, Paris, Vrin, 2006, sur la métaphore comme substitut à un embarras logique. Hubert Damisch, Théorie du nuage. Pour une histoire de la peinture, Paris, Éditions du Seuil, 1972, p. 127 distingue deux types de moyens signifiants de la peinture : les moyens formels et les moyens expressifs.
7 Platon, Timée, Émile Chambry (éd.), Paris, Garnier, 1969, p. 198 compare l’utérus à un monstre amphibien tapi dans le froid, l’humidité et l’obscurité au tréfonds du corps féminin. Les naissances monstrueuses, engendrées par une matrice malade ou corrompue, sont interprétées comme des signes de la colère divine ou des présages de catastrophes imminentes. Ottavia Niccoli, « “Menstruum quasi monstruum”. Parti mostruosi e tabù mestruale nel ‘500 », Quaderni storici, vol. 44, 1980, p. 402-428.
8 Danielle Jacquart et Claude Thomasset, Sexualité et savoir médical au Moyen Âge, Paris, Presses universitaires de France, 1985, p. 237 sur l’hystérie avant que Jean-Marie Charcot ne s’empare du sujet au xixe siècle. À ce propos, Georges Didi-Huberman, Invention de l’hystérie. Charcot et l’Iconographie photographique de la Salpêtrière, Paris, Macula, 2012. Voir aussi le projet de recherche Perfecta porté par Hélène Cazes, mis en ligne, consulté le 10 mars 2024. URL : https://hcmc.uvic.ca/seeingandimagining/fr/presentation.php. S’intéressant à l’équivocité énigmatique et au mystère poétique de l’hymen, Jacques Derrida, La Dissémination, Paris, Éditions du Seuil, 1972, p. 230 note « la richesse lexicale, l’infinité sémantique d’un mot ou d’un concept, sa profondeur ou son épaisseur, la sédimentation en lui de deux significations contradictoires (continuité et discontinuité, dedans et dehors, identité et différence, etc.) »
9 Fiona Harris-Stoertz, « Foetal Death in High Medieval Pregnancy », dans Costanza Gislon Dopfel (dir.), Maternal Materialities. Objects, Rituals and Material Evidence of Medieval and Early Modern Childbirth, Turnhout, Brepols, 2023, p. 291-300. Les miracles requis ne visent pas tant à redonner la vie à l’enfant qu’à délivrer la mère d’un fardeau mortifère risquant de causer une septicémie. Par exemple, après avoir absorbé une eau bénite ayant effleuré le bras de saint Ecgwine († 717), le ventre d’une femme s’ouvrit. Ceci a permis à un orfèvre d’en extraire, à l’aide de forceps, le fœtus, mort depuis six mois, qui lui causait d’atroces souffrances et dégageait une odeur pestilentielle. Voir Ibid., p. 297.
10 Véronique Dasen, « Le secret d’Omphale », Revue archéologique, vol. 2, n° 46, 2008, p. 265-281.
11 Pour ce traité alchimique attribué à saint Thomas d’Aquin, réédité et complété au xve siècle, lire notamment Chiara Crisciani et Michela Pereira, « Aurora Consurgens. Un dossier aperto », dans Claudio Leonardi et Francesco Santi (dir.), Natura, scienze e società medievali. Studi in onore di Agostino Paravicini Bagliani, Florence, Sismel Edizioni del Galluzzo, 2008, p. 37-66.
12 Plotin, Ennéades, Émile Bréhier (éd.), vol. 5, Paris, Les Belles Lettres, 1967, p. 142.
13 Barbara Obrist, « Visualization in Medieval Alchemy », Hyle. International Journal of Philosophy and Chemistry, vol. 9, n° 2, 2003, p. 131-170 sur la métaphore dans l’alchimie.
14 Voir la thèse et les travaux de Nadia Pla sur les menstrues, notamment Nadia Pla, « Visions féminines des menstrues dans l’Europe médiévale du xiie au xve siècle », Questes, n° 45, 2023, p. 89-106.
15 L’identification faisant de cet objet un sextant, proposée par Dana Jalobeanu et Charles T. Wolfe (dir.), Encyclopedia of Early Modern Philosophy and the Sciences, Cham, Springer, 2022, p. 34, mérite d’être réévaluée, étant donné que cet instrument a été inventé au xviiiᵉ siècle. Par ailleurs, l’hypothèse d’un astrolabe, avancée dans Mino Gabriele, Alchimia e iconologia, Udine, Forum, 2008, p. 66-67, semble en décalage avec la forme triangulaire de l’objet représenté. D’autres occurrences iconographiques visuellement proches incitent à reconnaître un quadrant. Cette identification davantage cohérente en termes chronologiques et formels ne résout pas pour autant une ambiguïté essentielle, peut-être même délibérée, ressortant de la gestuelle associée à cet objet. Au-delà de suggérer une observation des mouvements célestes, sa présentation vers le ciel s’apparente à une gestuelle votive qui rend plausible l’identification d’un ex-voto utérin, analogue aux poches antiques étudiées dans Ittai Weinryb, « Procreative Giving. Votive Wombs and the Study of Ex-Votos », dans Ittai Weinryb (dir.), Ex Voto. Votive Giving Across Cultures, New York, Bard Graduate Center, 2016, p. 281.
16 Nous remercions Philippe Morel de nous avoir signalé que la représentation inédite de l’un des signes zodiacaux abonde en ce sens. La femme assise au centre de l’image présente l’objet de nature ambiguë vers l’astre doré plastiquement aligné sur une oblique avec la Vierge qui, au lieu des épis de blé traditionnels, tient des fleurs. Cette variante iconographique fait référence à la lecture métaphorique assimilant la matrice à une fleur. Voir ici-même la contribution de Concetta Pennuto. Voir aussi Philippe Morel (dir.), Physique de l’Incarnation. Enfanter et prendre corps dans l’art italien de la Renaissance, Turnhout, Brepols, 2025 et Ann Pearson, Revealing and Concealing: The Persistence of Vaginal Iconography in Medieval Imagery: the Mandorla, the Vesica Pescis, the Rose, Sheela-na-gigs and the Double-Tailed Mermaid, Ottawa, Université d’Ottawa, 2002, mis en ligne, consulté le 10 avril 2025. URL : https://ruor.uottawa.ca/items/9a997dc9-b353-417c-b45a-58355db1e304
17 C. Crisciani et M. Pereira, « Aurora Consurgens. Un dossier aperto », op. cit., p. 43-44.
18 Pour éprouver toute l’épaisseur de cette métaphore, il faut également considérer la mythologie comme un signe au second degré subvertissant le sens d’un premier signe tel que la définit Roland Barthes, Mythologies, Paris, Éditions du Seuil, 2014 [1ère éd. 1957].
19 Aristote le suggère à plusieurs reprises, notamment dans Aristote, De la génération et de la corruption, Charles Mugler (éd.), Paris, Les Belles Lettres, 1966, p. 64-66.
20 Des constructions culturelles prédisposent certaines techniques à être jugées féminines. Claude Lévi-Strauss, La potière jalouse, Paris, Presses Pocket, 1991. identifie les valeurs genrées associées à la terre cuite qui entérinent la conviction que la poterie est une technique féminine. Sur la terre cuite, voir également Geraldine Johnson, « Beautiful Brides and Model Mothers. The Devotional and Talismanic Functions of Early Modern Marian Reliefs », dans Anne McClanan et Karine Rosoff Encarnación (dir.), The Material Culture of Sex, Procreation and Marriage in Pre-Modern Europe, New York, Palgrave Macmillan, 2002, p. 135-161.
21 En plus de la bibliographie réunie par Rebecca Whiteley, voir Christiane Klapisch-Zuber, La maison et le nom. Stratégies et rituels dans l’Italie de la Renaissance, Paris, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, 1990, p. 300.
22 Alfred Gell, L’art et ses agents, une théorie anthropologique, trad. de l’anglais par Olivier Renaut et Sophie Renaut, Paris, Les Presses du Réel, 2009 [éd. orig. Art and Agency. An Anthropological Theory, Oxford, Clarendon Press, 1998].
23 Des réflexions approchantes se trouvent dans Amy Whitehead, « Mary, Mother, Matter. Re-Thinking the Living Image through Animism and Materiality in Moments of Crisis, Ritual, and Devotion », dans Kamil Kopania, Henning Laugerud et Zuzanna Sarnecka (dir.), The Living Image in the Middle Ages and Beyond. Theoretical and Historical Approaches, New York, Routledge, 2025, p. 71-86.
24 Dans un renversement des métaphores de la naissance identifiées dans Leo Steinberg, « The Metaphors of Love and Birth in Michelangelo’s Pietàs », dans Thedore Robert Bowie et Cornelia Christenson (dir.), Studies in Erotic Art, New York, Basic Books, 1970, p. 231-335. Voir aussi P. Morel (dir.), Physique de l’Incarnation, op. cit.
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| Titre | Figure 1 |
| Légende | Aurora Consurgens, xve siècle, enluminure sur parchemin, 20,4 x 13,9 cm, Zurich, Zentralbibliothek, Ms. Rh. 172, fol. 11r-23. |
| Crédits | © Zentralbibliothek, Zurich. |
| URL | http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/18304/img-1.png |
| Fichier | image/png, 1,8M |
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| Titre | Figure 2 |
| Légende | Aurora Consurgens, xvie siècle, enluminure sur parchemin, 30,8 x 20,6 cm, Leyde, Leiden University Libraries, VCF 29, fol. 52r. |
| Crédits | © Leiden University Libraries, Leyde. |
| URL | http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/18304/img-2.png |
| Fichier | image/png, 423k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Fiammetta Campagnoli et Florence Larcher, « Introduction ou « la matrice vive » », Images Re-vues [En ligne], 22 | 2026, mis en ligne le 31 janvier 2026, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/imagesrevues/18304 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15lfz
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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
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