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La Trinité triandrique de l’église abbatiale de Viboldone

The Triandric Trinity in the Abbey Church of Viboldone
Pauline Vasile

Résumés

Dans l’église abbatiale de Viboldone, près de Milan, sur la voûte de la chapelle d’axe, derrière la Maestà du « Maître de 1349 », se trouve une représentation singulière de la Trinité. Cette image, qui ne subsiste aujourd’hui que sous la forme d’une sinopia, n’a fait l’objet que d’une seule analyse détaillée proposée en 2016 par Nancy Mandeville Caciola. Rejetant son interprétation qui liait cette image à l’hérésie guillelmite, cet article utilise des arguments historiques et iconographiques pour souligner le lien profond entretenu par cette image de la Trinité triandrique avec la dévotion eucharistique, qui semble liée à l’instauration à Milan, en 1336 de la fête du Corpus Domini, commémorant la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. Outre le groupe trinitaire lui-même, cette étude se concentre également sur l’identification des deux figures, féminine et masculine, qui encadrent la Trinité. Que ces figures soient identifiées à la Vierge Marie et saint Pierre ou au couple formé par Abraham et Sarah, elles renvoient indéniablement à la fonction sacerdotale. Par leur situation dans l’espace ecclésial, elles permettent de mettre en évidence le dialogue entre liturgie terrestre et liturgie céleste.

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Texte intégral

  • 1 L’ordre des Umiliati (ou Humiliés) est un ordre monastique fondé en 1140 en Lombardie. Les Umiliati(...)
  • 2 L’architecture actuelle de l’abbatiale résulte de la réfection d’une ancienne église bâtie vers 117 (...)
  • 3 Sur la personnalité de Guglielmo Villa voir : F. Wittgens Gli affreschi della Badia, op. cit., p. 1 (...)
  • 4 Pauline Vasile, « Cheminement axial et dynamique verticale », Rives méditerranéennes, vol. 63, 2022 (...)
  • 5 Dans son article de 1976, Bradley J. Delaney évoque la possibilité que le « maître de 1349 » soit e (...)

1Située dans la localité de San Giuliano Milanese, à une dizaine de kilomètres au sud de Milan, l’église abbatiale des Umiliati de Viboldone1, telle que nous la connaissons aujourd’hui, fut entièrement reconstruite et décorée dans le courant du Trecento2. Ces réfections furent orchestrées par l’abbé Guglielmo Villa (Faba)3, dont le nom apparaît sur la façade de l’édifice à côté de la date de 1348 qui marque l’achèvement des travaux d’architecture de cette nouvelle église. C’est à ce même Guglielmo Villa que l’on peut également attribuer la conception d’ensemble de l’ornementation picturale du vaisseau central de la nef4 qui s’achevait sur la voûte de l’abside carrée, derrière la lunette de la cinquième travée où figure la Maestà du « maître de 1349 »5 (Fig. 1 et 2), par une représentation, pour le moins unique, de la Trinité (Fig. 3).

Figure 1

Figure 1

Viboldone, abbatiale SS. Pietro e Paolo, arc absidial, lunette de la cinquième travée, Maestà, « Maître de 1349 ».

© Pauline Vasile – octobre 2020.

Figure 2

Figure 2

Viboldone, abbatiale SS. Pietro e Paolo, vue de l’arc absidial et de la sinopia.

© Pauline Vasile – octobre 2020.

Figure 3

Figure 3

Viboldone, abbatiale SS. Pietro e Paolo, la Trinité triandrique, sinopia.

© Pauline Vasile – octobre 2020.

  • 6 Nancy Mandeville Caciola, « A Guglielmite Trinity? », California Italian Studies, vol. 6, no 1, 201 (...)

2À l’heure actuelle, cette fresque ne subsiste qu’à l’état de sinopia, sans qu’il ne soit possible de déceler aucune trace de polychromie. Il n’existe pas non plus de source ancienne mentionnant cette fresque, si bien qu’il est permis de douter que celle-ci ait été achevée un jour, ce qui rend son interprétation d’autant plus complexe. C’est sans doute pour cette raison que cette sinopia ne fit que très peu l’objet de commentaires dans les travaux consacrés aux fresques de l’abbatiale, à l’exception de l’étude de la chercheuse américaine Nancy Mandeville Caciola, parue en 20166. Cet article sera donc une occasion de revenir plus en détail sur cet élément du décor figuré de l’église abbatiale de Viboldone, et d’en proposer une nouvelle interprétation, qui permettra d’en apprécier les multiples niveaux de sens.

  • 7 À propos de l’apparition de cette iconographie et de son développement dans les arts visuels à part (...)

3Cette image s’organise autour d’un groupe central constitué de trois personnages assis côte à côte et adoptant tous la même gestuelle. Présentés de manière frontale, tous trois lèvent la main droite en signe de bénédiction tandis qu’ils tiennent un calice recouvert d’une patène de la main gauche. Tous sont coiffés du même nimbe crucifère qui nous autorise à voir en eux, une représentation de la Trinité sous sa forme dite « triandrique »7. Ce groupe trinitaire est magnifié par la présence d’un drap d’honneur tendu derrière lui par des anges nimbés, dont on ne perçoit que le haut du corps derrière le voile. Dans la partie haute de la composition, les trois personnes de la Trinité sont entourées par quatre anges en vol, les bras croisés sur leur poitrine en signe d’adoration, alors que dans la partie basse, se trouvent deux autres personnages, plus énigmatiques. À gauche de l’image, nous trouvons une figure masculine, auréolée et tenant elle aussi, de ses deux mains, un calice recouvert d’une patène, identique à ceux présentés par le groupe trinitaire. Il semble que ses mains soient recouvertes d’une pièce de tissu qui pend le long de son buste. Face à lui, de l’autre côté du groupe trinitaire, se tient le second personnage, cette fois féminin, dont la partie haute du buste et la tête ont malheureusement disparu. Cette femme est représentée agenouillée, les bras croisés sur la poitrine, dans un geste très proche de ceux des anges en vol au-dessus d’elle. Ces deux personnages qui encadrent le groupe central sont sans doute les plus difficiles à analyser, et leur identification doit nécessairement passer par une première lecture attentive du groupe trinitaire.

Une Trinité locale ou « guillelmite » ?

4À première vue, les trois personnes de la Trinité apparaissent parfaitement identiques dans leur physionomie et leur posture. Néanmoins, en observant plus attentivement la sinopia, certaines différences pourraient être signalées d’un personnage à l’autre. Notons, par exemple, que le bras bénissant de la figure de gauche (et donc de celle située à droite du personnage central) est beaucoup plus écarté de son buste que ceux des deux autres personnes, laissant plus aisément percevoir les courbes de son corps. La tunique de cette dernière est, comme celle du personnage central, ceinturée juste en dessous de la poitrine, suivant la mode vestimentaire de la fin du xive et du début du xve siècle, alors que la ceinture de la figure de droite se trouve plus bas, au niveau de sa taille. En revanche, pour ce qui est de l’encolure, la tunique de la figure au centre se distingue des deux autres par une légère ouverture verticale qui laisse entrevoir ce qui pourrait être une seconde couche de vêtements. Enfin, dans son état actuel, la sinopia suggère un traitement différencié des trois visages, et notamment de la chevelure des personnages, celle de la figure de gauche semblant plus longue que celle des deux autres, alors que sur le menton du personnage central il serait tentant de voir l’esquisse d’une barbe. Décelant plus ou moins les mêmes variations dans les trois figures du groupe central, Nancy Mandeville Caciola en proposait la description suivante :

  • 8 N. M. Caciola, « A Guglielmite Trinity », art. cit., p. 6 : « Despite their identical haloes and ge (...)

En dépit de leurs auréoles identiques et de la similarité de leur posture, le groupe trinitaire présente également des différences importantes. Le personnage du centre, qui est barbu et un peu plus âgé que les deux autres, doit être Dieu le Père, tandis que le jeune homme au visage doux et imberbe, à droite, est probablement une représentation du jeune Jésus. La figure de gauche est une jeune femme, dont les lèvres dessinent un sourire bienveillant mais mystérieux : elle pourrait presque être la jumelle du jeune de droite. La représentation du sexe de cette personne est particulièrement évidente dans la courbe de son sein droit plein, clairement montré sous son bras droit levé. […] Cette femme serait le Saint-Esprit8.

5La chercheuse américaine voyait donc dans le personnage de gauche une femme, qu’elle associait au Saint-Esprit, faisant ainsi du personnage central Dieu le Père et du personnage de droite le Christ. Plus spécifiquement encore, Nancy Mandeville Caciola proposait de voir dans cet Esprit-Saint féminin une représentation de Guglielma de Milan (ou Guglielma de Bohême), morte en 1281. Cette mystique chrétienne, vénérée après sa mort comme sainte par un groupe de dévots – parmi lesquels se trouvaient des membres de toutes les plus grandes familles milanaises – était en effet perçue par ses adorateurs comme une incarnation féminine du Saint-Esprit. Le culte qui lui était rendu fut très vite déclaré hérétique et, en 1300, ses disciples, les guillelmites, furent condamnés par le tribunal de l’Inquisition. Le procès, qui réunit une trentaine de personnes, entraîna plusieurs condamnations à mort. Parmi les condamnés figure Maifreda da Pirovano, Humiliée, cousine de Matteo Visconti et l’une des plus proches disciples de Guglielma de son vivant. Selon Nancy Mandeville Caciola, elle pourrait être identifiée au personnage féminin agenouillé à la droite de la représentation de Guglielma en Saint-Esprit. Ainsi positionnée, Maifreda da Pirovano se ferait le pendant du personnage masculin agenouillé à l’opposé du groupe trinitaire et qui devrait être assimilé à saint Pierre. Ce dernier serait ici présenté à la droite du Christ dont il est le premier vicaire. Cette interprétation proposée par Nancy Mandeville Caciola repose aussi bien sur l’apparence physique du personnage, qu’elle décrit comme barbu et tonsuré, que sur son geste. Selon elle :

  • 9 Ibid., p. 12-13 : « Since he is carrying a vessel for the mass, he is clearly a member of the cleri (...)

Puisqu’il porte un calice liturgique, il s’agit certainement d’un membre de la hiérarchie cléricale ; puisqu’il s’agenouille devant Jésus il serait logique que ce personnage soit le « vicaire du Christ » : par tradition, le premier pape de l’Église catholique. En outre, comme l’église dans laquelle se trouve cette sinopia était dédiée à saint Pierre, il est logique que Pierre soit représenté ici9.

6Ainsi, son pendant féminin, associé à la figuration de Guglielma en Saint-Esprit, serait donc une image de Maifreda da Pirovano en tant que première vicaire de la sainte. D’ailleurs, la chercheuse rapporte qu’au cours de l’année 1300 — que les disciples de Guglielma considèrent comme l’année de sa résurrection — Maifreda da Pirovano, accompagnée d’autres dévots, organisa à Pâques la célébration d’une messe spéciale pour laquelle elle revêtit l’habit des prêtres. Cette messe était censée préparer le retour à la vie de celle qu’ils considéraient comme une sainte. C’est cet événement précis qui condamna définitivement Maifreda aux yeux de l’Inquisition, de même que le théologien Andrea Saramita, qui l’organisa avec elle. Pour Mandeville Caciola, cette image serait donc une sorte de revendication de la légitimité du culte guillelmite par les Umiliati de Viboldone. Cette interprétation expliquerait d’ailleurs selon elle l’état d’inachèvement de l’image puisque :

  • 10 Ibid., p. 16 : « Clearly by December 1300 any publicly known artworks pertaining to the group would (...)

Il est clair qu’en décembre 1300, toutes les œuvres d’art connues du public concernant le groupe avaient été soit détruites par les inquisiteurs, soit repeintes par leurs propriétaires. Ainsi, l’état incomplet de la sinopia de Viboldone suggère qu’elle a été esquissée avant le procès, mais qu’elle était encore inachevée lorsque le groupe a été supprimé. Il est possible qu’elle ait été blanchie à la chaux immédiatement après le procès, avant d’être replâtrée, comme le reste de l’église, au cours des siècles post-médiévaux10.

Une Trinité « eucharistique »

7Néanmoins, pour intéressante qu’elle soit, l’analyse proposée par Nancy Mandeville Caciola me semble contestable grâce à une lecture plus attentive de l’image. Commençons déjà par signaler, comme le fait d’ailleurs la chercheuse elle-même, qu’il n’existe aucun document ni aucune source fiable permettant de rattacher indéniablement la communauté des Umiliati de Viboldone aux guillemites. Aucune des trente personnes mises en cause lors du procès inquisitorial de 1300 ne peut être rattachée à cette abbaye.

  • 11 Il existe toutefois au moins un exemple de Trinité triandrique dans lequel le Père figure tout à dr (...)
  • 12 Dominique Rigaux, À la table du Seigneur. L’Eucharistie chez les Primitifs italiens (1250-1497), Pa (...)
  • 13 L’exemple le plus ancien de cette iconographie dans la peinture murale italienne pourrait être, d’a (...)

8En ce qui concerne plus directement l’image, la description du groupe trinitaire proposée par la chercheuse, et en particulier celle du personnage central décrit comme barbu et plus âgé que les deux autres, ne me paraît pas si évidente. En examinant l’image de plus près, il semble plus probable que l’aspect plus sombre du bas de son visage, qui pourrait suggérer la présence d’une barbe, soit uniquement dû à une altération de l’enduit. D’une manière plus générale, s’agissant d’une simple sinopia, il peut sembler hasardeux de fonder une analyse aussi spécifique en se basant sur des éléments de dessin relevant du détail, lorsque l’on sait que la mise en couleurs de l’ensemble peut largement modifier l’aspect du tracé initial. Et, même en admettant une véritable différenciation des trois personnages, et en plaçant donc Dieu le Père au centre du groupe trinitaire comme le veut la logique, il serait incongru que le Christ ne se trouve pas « à la droite du Père » (et donc à gauche de l’image) mais à sa gauche, comme le suggère Mandeville Caciola. D’ailleurs, dans les autres représentations triandriques de la Trinité, dans lesquelles les personnages peuvent être distingués les uns des autres grâce à leurs attributs (croix ou stigmates pour le Christ, colombe pour le Saint-Esprit), le Christ est presque invariablement représenté à la droite de Dieu le Père, lui-même généralement figuré au centre11. Qui plus est, cette iconographie de la Trinité « triandrique », si elle est bien attestée depuis le xiisiècle, ne se répand réellement que dans le courant du xive siècle, pour devenir relativement fréquente au début du xvsiècle seulement. Or, la Trinité de Viboldone n’est pas simplement une Trinité « triandrique ». Les trois personnes tiennent en effet chacune un calice recouvert d’une patène ce qui en fait avant tout une image de la Trinité dite « eucharistique » telle que la définit Dominique Rigaux12. Même si l’origine précise de cette iconographie reste encore difficile à déterminer, elle semble surtout connue en Italie à partir de la fin du xiiie siècle13, et encore plus spécifiquement dans la seconde moitié du xivsiècle. De cette époque, plusieurs exemples de cette iconographie de la Trinité sont conservés dans des manuscrits mais aussi dans l’art monumental, et ce dans un contexte très proche de celui de Viboldone, en particulier dans le baptistère de Parme (Fig. 4).

Figure 4

Figure 4

Parme, baptistère, détail de la voûte avec l’Hospitalité d’Abraham.

© Hans A. Rosbach, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

  • 14 F. Wittgens, Gli affreschi della Badia, op. cit., p. 40.

9Or, une proximité artistique entre le foyer émilien et l’atelier responsable des fresques de la quatrième travée du vaisseau central de la nef de l’église abbatiale de Viboldone avait déjà été mise en avant, dès 1933, par Fernanda Wittgens. Cette dernière rapprochait notamment le cycle christologique de Viboldone avec celui peint sur les parois latérales de la nef de l’église abbatiale de Pomposa à proximité de Bologne. Elle identifiait la même attention portée à la figuration des costumes, à l’exacerbation des sentiments, et à utilisation similaire de la couleur14. Ce rapprochement la conduit à émettre l’hypothèse de la présence d’artistes bolognais, actifs également à Pomposa, pour la réalisation des fresques de la quatrième travée de Viboldone. Suivant Fernanda Wittgens, je supposerais même des échanges plus précoces entre les deux foyers, déjà aux alentours de 1350, en considérant le traitement très singulier de la tunique du Christ Juge peinte par Giusto dans son Jugement dernier (Fig. 5) et celle de Vitale da Bologna dans l’abside de Pomposa (Fig. 6), des fresques plus ou moins contemporaines puisqu’elles sont signées et datées par l’artiste en 1351.

Figure 5

Figure 5

Viboldone, abbatiale SS. Pietro e Paolo, détail du Jugement dernier (Christ Juge), revers de l’arc triomphal.

© Pauline Vasile – octobre 2020.

Figure 6

Figure 6

Pomposa, basilique abbatiale Santa Maria, détail de l’abside, Christ de la seconde venue, Vitale da Bologna.

© Zyance, CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons.

  • 15 Sur le rôle présumé de Tiberio da Parma dans le décor de l’abbatiale de Viboldone : F. Wittgens, Gl (...)

10Dans ces deux compositions, la plaie au côté du Christ Juge et Rédempteur apparaît de manière très ostentatoire grâce à une large ouverture ménagée dans sa tunique. Déjà dans la chapelle des Scrovegni de Padoue, la plaie transparaissait selon la modalité traditionnelle (qu’il faut sans doute faire remonter à Pietro Cavallini) grâce à une déchirure de la tunique. Plus tard, à Pomposa comme à Viboldone, la plaie est véritablement encadrée par une ouverture de la tunique en forme de losange. À Pomposa, ce détail est encore magnifié par l’adjonction d’un large liseré rouge peint tout autour de l’ouverture, guidant indéniablement le regard du fidèle vers la plaie sanglante du côté. Ces interactions artistiques à partir des années cinquante du Trecento, peuvent avoir été favorisées par le contexte politique. En effet, les deux cités sont à partir de 1350 sous domination des Visconti. Cependant, il semblerait que la nomination de Tiberio da Parma comme général de l’ordre des Umiliati en 135515 ait encore favorisé les échanges artistiques entre les deux foyers.

11Tous ces éléments rendent inconcevable une datation de cette sinopia du sanctuaire de Viboldone avant le milieu du Trecento, ce qui contredit totalement l’hypothèse de datation formulée par Nancy Mandeville Caciola.

  • 16 F. Wittgens, Gli affreschi della Badia, op. cit., p. 37 ; Liana Castelfranchi Vegas, L’Abbazia di V (...)
  • 17 Georges Passerat, « Les prières du pape Jean XXII », dans Jean XXII et le Midi, Toulouse, Éditions (...)

12Il semblerait d’ailleurs bien plus probable que la Trinité profondément eucharistique de Viboldone soit liée à l’instauration à Milan, en 1336, par décret de Giovanni Visconti (1290-1354), de la fête du Corpus Domini, qui commémore la présence réelle de Jésus dans l’Eucharistie. Les chroniques rappellent du reste que, parmi les principaux dignitaires participant aux festivités de cette première Fête-Dieu, se trouvait l’abbé Guglielmo Villa lui-même16. Si ce dernier est bien le commanditaire et concepteur du programme décoratif du vaisseau central de la nef de l’église abbatiale, dont le chantier débute en 1349 avec la réalisation de la lunette de la Maestà, nous aurions alors un bon terminus post quem pour la réalisation de cette esquisse de la Trinité sur la voûte du sanctuaire. On pourra par ailleurs noter que la fête de la Trinité, bien que déjà fixée dans la pratique au dimanche après la Pentecôte, fût elle-même officiellement instaurée seulement deux années auparavant, en 1334, par le pape Jean XXII, à qui l’on peut également attribuer le succès et la diffusion de la Fête-Dieu17. Cette Trinité eucharistique de Viboldone réunit ainsi, en une même image, l’évocation de deux dévotions relativement « neuves » et à grand succès dans cette première moitié du Trecento.

  • 18 D. Rigaux, À la table du Seigneur, op. cit., p. 187.

13Néanmoins, la qualification de Trinité « eucharistique », que l’on peut à présent définitivement apposer au groupe central de cette sinopia, de même que le terminus post quem qu’il nous a été possible de déterminer pour sa réalisation, ne nous permettent toujours pas de bien comprendre qui peuvent être les deux personnages agenouillés représentés de part et d’autre de celle-ci. En comparant les deux groupes trinitaires de Parme et de Viboldone, Dominique Rigaux nous invite à considérer dans les deux cas l’importance accordée à celui qu’elle définit comme le « chef de l’Église », à savoir saint Pierre, que la chercheuse identifie, comme l’avait déjà suggéré Nancy Mandeville Caciola, au personnage masculin agenouillé à droite de l’image18. Mais alors qui pourrait être son pendant féminin à gauche de l’image ?

14Dans un précédent article consacré aux fresques du vaisseau central de l’abbatiale, j’avais assimilé les deux personnages entourant le groupe trinitaire à Marie et saint Jean-Baptiste, pensant reconnaître dans le geste du personnage féminin celui de la Vierge annoncée, ou de la Vierge d’intercession présente dans de nombreuses représentations du Jugement dernier de la même époque. De ce fait, il semblait logique de voir dans le personnage masculin une représentation de saint Jean-Baptiste qui fait généralement pendant à la mère du Christ dans ces mêmes images du Jugement dernier ou de la Deisis, même s’il faut reconnaître que celui-ci n’est généralement pas figuré avec un calice et possède habituellement des attributs vestimentaires clairs qui ne sont pourtant pas présents ici. Aujourd’hui, après une étude plus approfondie de cette image, de cette iconographie et de son contexte de réalisation, l’identification du personnage masculin à saint Pierre me semble toutefois bien plus probable et intéressante, justement pour l’importance qu’elle confère au premier vicaire du Christ. Dans cet espace de l’église, accessible seulement au prêtre officiant, et sans doute partiellement visible par la congrégation des frères Umiliati, l’image affirme la noblesse de la fonction cléricale en convoquant son premier et son plus haut représentant dans l’alignement duquel l’officiant viendra lui-même se placer physiquement durant la messe.

  • 19 Gabriel Braso, « La velació de les mans, recull d’un tema d’arcqueologia cristiana », dans Liturgic (...)
  • 20 Nadège Bavoux, Sacralité, pouvoir, identité. Une histoire du vêtement d’autel : (XIIIe – XVIe siècl (...)
  • 21 Ibid., p. 243, 839 (ill.75), 840 (ill. 76), 842, 844 (ill. 82).
  • 22 Ibid., p. 243.
  • 23 Julie Glodt, L’environnement textile de l’autel (ca. 1250- ca. 1550). Une histoire ritologique de l (...)

15Cette hypothèse paraît d’autant plus plausible si l’on considère que, contrairement aux trois personnes de la Trinité, ce personnage soutient son calice de sa main gauche qui apparaît recouverte, comme cela a déjà été signalé précédemment, d’un tissu qui pend le long de son buste depuis son avant-bras gauche. Cet élément renvoie à la pratique de vélation des mains (manuum velatio) héritée de l’Antiquité païenne et chrétienne et notamment attestée en Égypte et en Grèce antique19. On constate ainsi, dans la liturgie, l’emploi de vêtements ou de pièces textiles pour isoler ou envelopper les mains de ceux qui touchent et déplacent les objets sacrés20. Parmi ces tissus liturgiques, celui qui semble le plus se rapprocher de ce que cette image nous donne à voir semble être le manipule, pièce décorative du costume liturgique qui pouvait servir à voiler les mains de l’officiant qui déplaçait les vases sacrés21. Avant d’être simplement posée sur le bras du prêtre, ce dernier tenait cette pièce de tissu dans sa main gauche22, comme il semble que cela soit le cas dans la sinopia commentée ici. Plus encore, si l’on se réfère aux récents travaux de Julie Glodt sur les textiles liturgiques, il semblerait que le voilement ou non des mains de certains clercs dans la manipulation du calice ou de la patène soit un bon révélateur de la hiérarchie ecclésiastique : le sous-diacre et le diacre ayant tous deux les mains voilées contrairement à l’officiant23. On pourrait interpréter ici en ce sens la distinction qui s’opère entre le personnage masculin agenouillé à droite de l’image, manipulant le calice entre ses mains voilées, et le groupe trinitaire où chacune des trois Personnes porte un calice à main nue. Ainsi, la présence de cette figure masculine à cet endroit précis de l’église, tenant un calice identique à celui du groupe trinitaire, mais entre ses mains voilées, insiste sur le lien entre cette image eucharistique – que l’on pourrait qualifier de « céleste » – et sa pratique réelle ou terrestre dans l’espace de l’église. Pierre, image idéale du prêtre opère ainsi une transition entre l’officiant terrestre et la Trinité.

  • 24 Maria Luisa Gatti Perer, « Gli affreschi trecenteschi », dans Rosa Auletta Marucci (dir.), L’Abbazi (...)
  • 25 Ibid.

16Or, en 1990, Maria Luisa Gatti Perer suggérait déjà d’associer la réalisation de cette sinopia non pas directement à l’institution de la fête du Corpus Domini, mais aux débats théologiques des premières décennies du xve siècle qui ont abouti, lors de l’une des sessions du concile de Constance en juin 1415, à l’interdiction pour les laïcs de consommer le vin du calice lors de la communion. La chercheuse rappelle en effet qu’Andrea Visconti, général de l’ordre des Humiliés entre 1401 et 1432, participa à certaines des discussions de ce concile24. Celui-ci aurait donc très vraisemblablement pu commander cette image dans laquelle le calice, rempli du sang du Christ, omniprésent, participe à la valorisation de la fonction cléricale, d’autant que cette fresque (ici à l’état de sinopia) était uniquement destinée à la contemplation des membres de l’ordre. C’est pourquoi Maria Luisa Gatti Perer propose de situer la réalisation de l’esquisse de la Trinité de Viboldone aux alentours de 142025.

  • 26 Marcello Angheben, « La Vierge à l'Enfant comme image du prêtre officiant. Les exemples des peintur (...)

17Dans ce contexte, il ne semble pas improbable, même si nous avons bien une représentation de saint Pierre à gauche du groupe trinitaire, que le personnage féminin de l’autre côté soit bien la Mère du Christ. L’association de ces deux figures dans un acte d’intercession se retrouve d’ailleurs, plus ou moins à la même période, dans l’abside de l’église de San Pietro di Feletto en Vénétie (Fig. 7). Qui plus est, il n’est pas rare que, dans l’imagerie médiévale, la Vierge soit mise en parallèle avec la fonction sacerdotale dont il semble être précisément question dans cette image. Contrairement aux apôtres, celle-ci ne présentera néanmoins jamais les espèces eucharistiques, mais le Christ lui-même, qu’elle porte ou présente en diverses occasions26 ; c’est sans doute pourquoi elle est ici le seul personnage à ne pas tenir le calice et la patène. Notons que, même si on considère à nouveau cette Trinité de Viboldone comme une représentation allégorique du Corpus Domini, la présence de la Vierge aux côtés de la Trinité et de celui qui semble pouvoir être identifié à saint Pierre peut s’expliquer également par le fait qu’elle vient réaffirmer la croyance en la présence réelle du Christ, puisque Marie n’est autre que le vaisseau de son Incarnation. Enfin, puisque cette image de la Trinité « eucharistique » de Viboldone était destinée à l’ornementation du sanctuaire d’une église abbatiale rattachée à l’ordre des Umiliati – dont on sait qu’il s’agissait d’une communauté constituée d’hommes et de femmes – il me semble probable que son commanditaire ait voulu rendre compte de cela en proposant ici de valoriser la fonction cléricale par l’entremise de deux personnages l’un féminin (la Vierge), l’autre masculin (saint Pierre).

Figure 7

Figure 7

San Pietro di Feletto, conque absidiale, Maiestas Domini (détail).

© Pauline Vasile – juin 2022.

Une représentation de l’Hospitalité d’Abraham ?

  • 27 D. Rigaux, À la table du Seigneur, op. cit., p. 187, note no 83.
  • 28 La séquence débute par l’évocation des campagnes militaires qui occupent deux tableaux (Gn 14, 1-16 (...)

18Néanmoins, la localisation précise de cette sinopia au sein de l’espace ecclésial, de même que les rapports déjà mis en avant entre l’atelier artistique de Viboldone et le foyer émilien pourraient également suggérer encore une autre clé de lecture pour cette image. Cette dernière naît d’un rapprochement, suggéré par Dominique Rigaux, entre la composition de la scène du banquet des Trois anges à Mambré, visible dans le dernier cercle de la coupole du baptistère de Parme, et deux images postérieures de la Trinité eucharistique, celle de Viboldone et une autre, réalisée dans ce même baptistère de Parme27. Cet épisode, tel qu’il est visible à Parme, appartient au cycle d’Abraham qui se déploie en huit tableaux sur la moitié des lunettes situées à la base de la coupole du baptistère28. Il s’agit d’une scène tirée de la Genèse, qui survient juste après l’apparition de Yahvé, accompagné de deux anges, face à Abraham aux Chênes de Mambré (Gn 18, 1-3). Après avoir reconnu Yahvé et lui avoir rendu grâce (Gn 18, 3), Abraham fait assoir ses trois hôtes autour d’une table, sous un arbre et leur fait apporter de l’eau, du pain, « un veau tendre et bon », du caillé et du lait (Gn 18, 4-8). C’est précisément cette partie de la scène qui est peinte à Parme où les trois anges sont attablés au centre de l’image alors qu’à leur droite se tient Abraham tendant un calice, dans un geste très similaire à celui de l’homme agenouillé à gauche du groupe trinitaire de Viboldone. Les trois anges de Parme sont ailés, vêtus de toges et nimbés, sans pour autant être identiques. Contrairement à ce que l’on peut observer à Viboldone, seul le personnage central porte, à Parme, un nimbe crucifère. Cet indice prouve que la scène était perçue comme une préfiguration vétérotestamentaire de la Trinité. De fait, en se référant au récit biblique, il est parfaitement possible de constater que, si trois hommes apparaissent à Abraham devant sa tente, lui-même ne s’adresse qu’à un seul :

  • 29 Gn 18, 1-3.

Yahvé lui apparut aux Chênes de Mambré, tandis qu’il était assis à l’entrée de la tente au plus chaud du jour. Ayant levé les yeux, voilà qu’il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui ; dès qu’il les vit, il courut de l’entrée de la tente à leur rencontre et se prosterna à terre. Il dit : « Monseigneur, je t’en prie, si j’ai trouvé grâce à tes yeux veuille ne pas passer près de ton serviteur sans t’arrêter »29.

  • 30 À ce sujet se référer notamment à l’article de Gerhardus Johannes Marinus Bartelink, « Tres vidit, (...)

19C’est en effet de cette manière que l’épisode de l’Hospitalité d’Abraham, en tant que révélation précoce du mystère de l’Eucharistie, sera décrit dans la littérature patristique et dans toute l’exégèse chrétienne depuis Ambroise de Milan. C’est à ce dernier que l’on doit la célèbre formule qui résume parfaitement l’argument développé ici : Tres videt, unum adoravit30. D’autre part, cet épisode vétérotestamentaire, à l’instar de celui de la rencontre avec Melchisédech ou du sacrifice de Caïn et Abel, fut très vite interprété comme un épisode préfigurant le sacrifice du Christ et l’institution de l’Eucharistie. Figurés dans ces épisodes aux abords du sanctuaire des églises, Abel comme Abraham ou Melchisédech peuvent alors être interprétés comme autant d’images idéales du prêtre officiant élevant l’hostie à consacrer au-dessus de la table d’autel. C’est en tous les cas ce dont témoigne le programme mussif du sanctuaire d’un autre édifice émilien bien plus précoce, à savoir celui de la basilique San Vitale de Ravenne réalisé dans le courant du vie siècle. Ici, sont en effet mis en parallèle, face à face, les épisodes de l’Hospitalité d’Abraham, présenté dans la lunette de la paroi nord, et ceux du Sacrifice d’Abel et de l’offrande de Melchisédech, synthétisés en une même image visible sur la lunette de la paroi sud (Fig. 8).

Figure 8

Figure 8

Ravenne, San Vitale, Sacrifice d’Abel et Melchisédech.

© Roger Culos, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

  • 31 Outre les relations d’ordre religieux entre les deux foyers qui sont assez évidentes et facilitées (...)

20Ainsi, si l’épisode de l’Hospitalité d’Abraham permet d’évoquer à la fois le dogme trinitaire et l’institution de l’Eucharistie tout en magnifiant la figure du prêtre, il semble tout à fait à propos de voir dans la Trinité du sanctuaire de Viboldone – dont on connaît à présent un peu mieux le contexte de réalisation – une référence directe à ce passage de l’Ancien Testament. Plus encore, après avoir pris en considération le décor de San Vitale et en gardant toujours à l’esprit les liens très étroits qu’entretiennent les Humiliés lombards et émiliens à partir de la seconde moitié du Trecento, il semble possible, comme le suggérait Dominique Rigaux, d’insister sur la très probable transmission du modèle émilien de Parme (lui-même sans doute inspiré de celui de Ravenne) à l’atelier de Viboldone pour la composition de cette sinopia31.

21En outre, si nous avons bien à Viboldone une évocation, dans cette image de la Trinité de l’épisode vétérotestamentaire, de l’Hospitalité d’Abraham, nous pouvons plus facilement interpréter le personnage féminin à gauche de la composition. Celui-ci, présenté face à Abraham et à côté des trois personnes attablées ne peut être, dans ce contexte, que Sarah, l’épouse d’Abraham, mentionnée elle-même dans le récit biblique (Gn 18, 9-15) et présente dans plusieurs des représentations de cet épisode, notamment dans la mosaïque de Ravenne (Fig. 9) :

Figure 9

Figure 9

Ravenne, San Vitale, l’Apparition de Mambré et le Sacrifice d’Isaac.

© Roger Culos, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Une théophanie synthétique

22Néanmoins, à ma connaissance, dans l’ensemble des représentations de l’Hospitalité d’Abraham dans lesquelles apparaît Sarah, celle-ci se trouve toujours soit derrière son mari dans la tente (ce qui est le cas à Ravenne par exemple) – quelle que soit la position de celui-ci dans l’image (à droite ou à gauche), soit à gauche du groupe des trois anges. Mais ici, la femme agenouillée est bien représentée à droite du groupe trinitaire et donc à gauche de l’image. Ce déplacement n’est pas fortuit, et il doit être interprété à la lumière de tout ce que nous avons appris jusqu’à présent sur cette image complexe. Comme cela a déjà été souligné, la posture de la femme agenouillée rappelle celle de la Vierge annoncée ou de la Vierge d’intercession. Or, il est intéressant de constater que l’épisode du banquet des trois anges à Mambré est également celui de l’Annonce faite à Sarah et Abraham de la naissance prochaine de leur fils Isaac. Une naissance miraculeuse, à l’instar de celle de saint Jean-Baptiste ou du Christ lui-même, puisqu’« Abraham et Sarah étaient vieux, avancés en âge, et [que] Sarah avait cessé d’avoir ce qu’ont les femmes » (Gn 18, 11). Il semble donc tout à fait possible d’élaborer un parallèle entre la figure vétérotestamentaire de Sarah qui enfanta Isaac, lui-même perçu comme un précurseur du Christ, et la Vierge Annoncée, future mère du Christ.

  • 32 Et peut-être également d’Ève dans une lecture plus globale de l’ensemble du cycle depuis le revers (...)

23Mais alors, ne pourrait-on pas finalement interpréter de la même manière le personnage masculin agenouillé de l’autre côté du groupe trinitaire ? Celui-ci ne pourrait-il pas, à son tour, n’être ni uniquement identifié à saint Pierre ni uniquement à Abraham, pour être davantage conçu comme une figure synthétique combinant l’un et l’autre ? Par ailleurs, si l’on se déplace légèrement au sein de l’abbatiale pour considérer les fresques de la cinquième travée, il est possible d’observer que, sur les parois latérales où sont représentés les premiers justes qui convergent vers le Christ Juge de la lunette, Abraham et Sarah se rencontrent à nouveau, juste derrière la Vierge et le Prodrome à la tête de chacun des deux cortèges. Dans cette image, la posture de la Vierge est très similaire à celle du personnage féminin de la sinopia, et même si celle du Baptiste est un peu différente, la proximité spatiale entre les deux images autorise selon moi leur rapprochement. En cela, il me semble que si la femme agenouillée à la gauche de l’image doit être considérée comme une figure synthétique de la Vierge et de Sarah32, l’homme au calice, à droite, pourrait être une synthèse encore plus élaborée d’Abraham, saint Pierre et saint Jean-Baptiste.

Entre liturgie terrestre et liturgie céleste : le programme décoratif des sanctuaires lombards et vénitiens à la fin du Moyen Âge

24Au terme de cette analyse, il me semble possible d’interpréter cette sinopia trinitaire de l’église abbatiale de Viboldone comme une image synthétique, se référant autant à l’Ancien qu’au Nouveau Testament. Cette image doit alors être comprise comme une image composite qui combine et superpose, à elle seule, plusieurs thèmes iconographiques, tout en se référant à l’actualité liturgique et à la promotion des festivités liées au culte de la sainte Trinité et du Corpus Domini par Jean XXII autour de 1334.

25La complexité de cette image représentée sur la voûte du sanctuaire, et qui l’aurait sans doute rendue illisible à la majorité des fidèles, s’accorde avec le « public » auquel elle était originellement destinée, à savoir le prêtre officiant et des frères Humiliés. Par ailleurs, son sujet, pour énigmatique qu’il soit, rentre parfaitement en résonance avec l’espace pour lequel cette image a été conçue. Ainsi positionnée, cette Trinité « eucharistique » particulière, encadrée par deux figures synthétiques d’intercession, devient une sorte de fenêtre ouverte sur la célébration, dans les cieux, de la liturgie perpétuelle, sous laquelle l’officiant venait se placer pour célébrer lui-même la liturgie eucharistique terrestre dans l’espace de l’église. L’emphase et la dignité avec laquelle cette image présente la fonction sacerdotale, tout à fait en accord avec le contexte de réalisation de cette sinopia, permettait au prêtre officiant, situé sous cette image, de s’identifier à ses représentants célestes, tous évoqués de manière synthétique dans les trois groupes de personnages que cette esquisse met en scène (les anges, la Trinité et le couple d’intercesseurs).

  • 33 Notons ici qu’un tel parallèle avait déjà pu être établi à propos des fresques de la cinquième trav (...)
  • 34 Je me permets ici de renvoyer directement aux conclusions de ma thèse, soutenue le 1er décembre 202 (...)
  • 35 Vincent Debiais, « Rituel. Surgissement du sens dans la liturgie médiévale », dans Béatrice Delaure (...)
  • 36 Sur les territoires correspondants aux anciens diocèses de Côme, Verceil ou Milan (et même au-delà) (...)
  • 37 Piotr Skubiszewski, « Maiestas Domini et Liturgie », Cinquante années d’étude médiévales. À la conf (...)
  • 38 Ibid., p. 362. L’auteur se réfère ici à Jean Chrysostome selon qui : « pendant la célébration de la (...)
  • 39 Ibid., p. 363-364 et Présence du Christ dans la liturgie actes colloque études historiques théologi (...)
  • 40 Cyril Gerbron rappelait en effet « que l’eucharistie est pensée comme une opération miraculeuse, né (...)

26Ce parallèle entre liturgie terrestre et liturgie céleste, qu’illustre cette image composite de la voûte du sanctuaire de Viboldone33, est en réalité une constante qui régit la très grande majorité des programmes décoratifs réalisés à la même période dans les sanctuaires des églises lombardes et vénitiennes34, et au-delà35. Néanmoins, le plus souvent, cette mise en relation entre liturgie céleste et liturgie terrestre est davantage facilitée par la superposition des différents registres de décor qui se complètent les uns les autres36, alors qu’elle est ici véhiculée par une seule image. Cette idée d’une correspondance entre la liturgie terrestre et la liturgie céleste est au cœur des réflexions chrétiennes sur l’eucharistie depuis le début du iie siècle. Réflexions qui aboutissent sur l’affirmation de la présence du Dieu de Majesté dans le sacrifice eucharistique qui « s’exprime dans ce que l’on pourrait appeler le mouvement “ascendant” et le mouvement “descendant” dans l’action liturgique »37, autant que celle des anges38, du Christ39 et du Saint-Esprit40. Or, il semble que ce soit précisément cette manifestation et cette action communes des anges et des trois personnes de la Trinité au moment de la célébration eucharistique que nous donne à voir cette image si particulière du sanctuaire de l’église abbatiale de Viboldone.

  • 41 Jérôme Baschet, « Inventivité et sérialité des images médiévales. Pour une approche iconographique (...)

27En raison de sa complexité, de son caractère inachevé et de son positionnement, qui la rend invisible à l’ensemble des fidèles, cette sinopia peut donc être considérée à plus d’un titre comme l’une de ces « images-limites » définies par Jérôme Baschet et qui désignent « les œuvres exceptionnelles qui se singularisent par leur radicalité au sein de leur série, et s’aventurent parfois jusqu’aux marges de l’orthodoxie »41.

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Notes

1 L’ordre des Umiliati (ou Humiliés) est un ordre monastique fondé en 1140 en Lombardie. Les Umiliati sont à l’origine une association de travailleurs laïcs, mariés, qui choisissent de pratiquer une pauvreté et un dénuement volontaires, prêchant la pénitence mais sans vœux ni aucune obligation de vie commune. Après avoir été condamnée pour hérésie par l’Église en 1184 lors du Concile de Vérone, leur règle, ou plutôt leur mode de vie, va être reconnu officiellement par le pape Innocent III en 1201.

2 L’architecture actuelle de l’abbatiale résulte de la réfection d’une ancienne église bâtie vers 1177 : Fernanda Wittgens, Gli affreschi della Badia degli Umiliati in Viboldone, Milan, Rizzoli & C. Anonima per l’arte della Stampa, 1933, p. 11.

3 Sur la personnalité de Guglielmo Villa voir : F. Wittgens Gli affreschi della Badia, op. cit., p. 11 ; Daniela Castagnetti, « La regola del primo e secondo ordine dall’approvazione alla “Regula Benedicti” », dans Sulle tracce degli Umiliati, Milan, Vita e pensiero, 1997, p. 216-219 ; Marco Lunari, « Appunti per un storiografia sugli Umiliati tra Quattro e Cinquecento », Ibid., p. 63-66.

4 Pauline Vasile, « Cheminement axial et dynamique verticale », Rives méditerranéennes, vol. 63, 2022, p. 129-148.

5 Dans son article de 1976, Bradley J. Delaney évoque la possibilité que le « maître de 1349 » soit en réalité Giusto de’ Menabuoi. La Maestà de Viboldone serait alors la première œuvre produite lors du séjour milanais de l’artiste. L’auteur explique l’écart stylistique entre la Maestà et le Jugement dernier à la fois par l’écart chronologique entre les deux réalisations qui expliquerait l’évolution du style de Giusto de l’un à l’autre, mais suggère également que la Maestà réalisée plus tôt ne fut pas commanditée par Guglielmo Villa, contrairement au Jugement dernier. Toutefois, cette proposition reste très marginale (Bradley J. Delaney, « Giusto de’ Menabuoi in Lombardy », The Art Bulletin, vol. 58, no 1, 1976, p. 22-31). D’autre part, si l’identité, toscane ou lombarde, du « maître de 1349 » continue de faire débat, dans sa synthèse sur « I pittori Lombardi di Viboldone », Liana Castelfranchi Vegas affirme l’identité lombarde de celui-ci, tout en mettant en lumière le caractère « mixte » de cette composition, nourri par la tradition toscane (Liana Castelfranchi Vegas, « I pittori lombardi di Viboldone », dans Maria Ignazia Angelini (dir.) Un monastero alle porte della città. Atti del convegno per i 650 anni dell’Abbazia di Viboldone, Milan, 1999, p. 263).

6 Nancy Mandeville Caciola, « A Guglielmite Trinity? », California Italian Studies, vol. 6, no 1, 2016, p. 1-20. http://dx.doi.org/10.5070/C361028808.

7 À propos de l’apparition de cette iconographie et de son développement dans les arts visuels à partir du xiisiècle, voir notamment : François Bœspflug, La Trinité dans l’art d’Occident (1400-1460). Sept chefs d’œuvre de la peinture, Strasbourg 2006, p. 21, 49, 108, 131-139 et Anna Maria D’Achille, « Sulla Iconografia Trinitaria medievale : la Trinità del Santuario sul Monte Autore presso Vallepietra », Arte medievale, 2, 5, no 1, 1991, p. 49-73.

8 N. M. Caciola, « A Guglielmite Trinity », art. cit., p. 6 : « Despite their identical haloes and gestural similarities, however, there are some important differences in the Trinitarian group as well. The figure at center, who is bearded and somewhat older than the other two, must be God the Father – while the Sweet-faced, beardless youth at the right is likely a representation of the youthful Jesus. The figure at left is a young woman, her lips pulled into a benevolent, yet mysterious smile: she could almost be the fraternal twin of the youth on the right. The representation of this person’s sex sis most evident in the curve of her full right breast clearly shown below her upraised right arm. […] This woman would be the Holy Spirit ».

9 Ibid., p. 12-13 : « Since he is carrying a vessel for the mass, he is clearly a member of the clerical hierarchy; since he genuflects before Jesus it would make sense that this figure is the “vicar of Christ”: by tradition, the first pope of the Catholic Church. Furthermore, since the Church in which this sinopia is located was dedicated to Saint Peter, it fitting that Peter be included here ».

10 Ibid., p. 16 : « Clearly by December 1300 any publicly known artworks pertaining to the group would either have been destroyed by the inquisitors, or painted over by their owners. Thus the incomplete state of the sinopia at Viboldone would suggest that it had been sketched before the trial, but was still unfinished when the group was suppressed. Perhaps in the immediate aftermath it was whitewashed before being later re-plastered, along with the rest of the Church, in the post-medieval centuries ».

11 Il existe toutefois au moins un exemple de Trinité triandrique dans lequel le Père figure tout à droite de l’image, l’Esprit-Saint au centre et le Fils à gauche. Il s’agit de la trinité de l’église de Saint-Jakobus à Urschalling en Bavière. Dans cette fresque, réalisée aux alentours de 1390, Dieu le Père, figuré avec une barbe et des cheveux blancs et le fils, représenté avec une longue chevelure et une barbe claire, encadrent et soutiennent une figure féminine, celle de la Sophia, allégorie de la Sagesse divine, qui prend ici la place du Saint-Esprit. Pour plus de détail sur cette représentation particulière du Saint-Esprit, voir : Elfriede Grabner, « Eine seltsame und ungewöhnliche Darstellung des « Hl. Geistes », Zur Ikonographie einer verbotenen « Spiritus-Sanctus » -Ausprägung. In memoriam Leopold Kretzenbacher zum 100. Geburtstag. », Zeitschrift des Historischen Vereines für Steiermark, vol. 103, 2012, p. 115-127.

12 Dominique Rigaux, À la table du Seigneur. L’Eucharistie chez les Primitifs italiens (1250-1497), Paris, Éditions du Cerf, 1989, p. 182-190.

13 L’exemple le plus ancien de cette iconographie dans la peinture murale italienne pourrait être, d’après Dominique Rigaux, celui de l’abside de l’église Santa Maria del Piaggio à Villadossola, qui doit sans doute dater de la première moitié du Duecento. La chercheuse française mentionne également un autre exemple précoce de la fin du xiiie ou du début du xive siècle dans la collégiale de Castell’Arquato : Ibid. p. 186 et 188.

14 F. Wittgens, Gli affreschi della Badia, op. cit., p. 40.

15 Sur le rôle présumé de Tiberio da Parma dans le décor de l’abbatiale de Viboldone : F. Wittgens, Gli affreschi della Badia, op. cit., p. 41-42 ; Edoardo Arslan « Riflessioni sulla pittura gotica « internazionale » in Lombardia nel tardo Trecento », Arte Lombarda, vol. 8, no 2, 1963, p. 45-47 ; M. L. Gatti Perer, « Gli affreschi trecenteschi », dans Rosa Auletta Marrucci (dir.), L’Abbazia di Viboldone, Milan, Silvana - Banca Agricola Milanese, 1990, p. 135.

16 F. Wittgens, Gli affreschi della Badia, op. cit., p. 37 ; Liana Castelfranchi Vegas, L’Abbazia di Viboldone, Milan, 1959, p. 32 et D. Rigaux, À la table du Seigneur, op. cit., p. 189.

17 Georges Passerat, « Les prières du pape Jean XXII », dans Jean XXII et le Midi, Toulouse, Éditions Privat, coll. « Cahiers de Fanjeaux », 45, 2012, p. 439-457.

18 D. Rigaux, À la table du Seigneur, op. cit., p. 187.

19 Gabriel Braso, « La velació de les mans, recull d’un tema d’arcqueologia cristiana », dans Liturgica 1, Cardinali I. A. Schuster in memoriam, Montisserrati, Abbaye de Montserrat, 1956, p. 311-386.

20 Nadège Bavoux, Sacralité, pouvoir, identité. Une histoire du vêtement d’autel : (XIIIe – XVIe siècles), Religions, Université de Grenoble, 2012, p. 243.

21 Ibid., p. 243, 839 (ill.75), 840 (ill. 76), 842, 844 (ill. 82).

22 Ibid., p. 243.

23 Julie Glodt, L’environnement textile de l’autel (ca. 1250- ca. 1550). Une histoire ritologique de l’art, thèse de doctorat en histoire de l’art sous la direction de Philippe Plagnieux et Alain Rauwel, Paris 1 Panthéon Sorbonne, 2023, Tome 1, p. 246-247.

24 Maria Luisa Gatti Perer, « Gli affreschi trecenteschi », dans Rosa Auletta Marucci (dir.), L’Abbazia di Viboldone, Milan, Silvana - Banca Agricola Milanese, 1990, p. 135.

25 Ibid.

26 Marcello Angheben, « La Vierge à l'Enfant comme image du prêtre officiant. Les exemples des peintures romanes des Pyrénées et de Maderuelo », Codex Asquilarensis, 28. Crer con imàgenes en la Edad Media, 2012, p. 29-74 ; Paul Y. Cardile, « Mary as a Priest. Mary’s Sacerdotal Position in the Visual Arts », Arte Cristiana, LXXII, 703, 1984, p. 199-207.

27 D. Rigaux, À la table du Seigneur, op. cit., p. 187, note no 83.

28 La séquence débute par l’évocation des campagnes militaires qui occupent deux tableaux (Gn 14, 1-16), s’ensuit l’épisode de la Rencontre avec Melchisédech (Gn 14, 17-24), celui du Sacrifice d’Isaac (Gn 22, 1-18), de l’Apparition de Mambré (Gn 18, 1-3), du Banquet des trois anges (Gn 18, 4-8), de la Destruction de Sodome (Gn 19) et enfin de la Fuite de Loth. Entre chacune des scènes s’intercale une lunette ajourée dans laquelle prennent place, de part et d’autre de la baie, deux personnages, un laïc et un évêque, formant ce que Véronique Rouchon-Mouilleron a appelé une « pieuse conversation ». Néanmoins, ces « pieuses conversations » n’appartiennent pas totalement au cycle d’Abraham : il faut que l’œil du fidèle les enjambe afin de restituer la continuité du cycle et de pouvoir correctement coupler les épisodes narratifs qui fonctionnent, toujours selon Véronique Rouchon-Mouilleron, par paires. Ainsi, la chercheuse explique le positionnement du Sacrifice d’Isaac, qui rompt avec la continuité chronologique du cycle, par la pertinence de son association avec le Rencontre avec Melchisédech. À ce propos, lire : Véronique Rouchon-Mouilleron, « L’illustration de la Genèse au Duecento : le cycle d’Abraham sur la coupole du baptistère de Parme », Iconografica. Rivista di iconografia medievale e moderna, II, 2003, p. 18-41.

29 Gn 18, 1-3.

30 À ce sujet se référer notamment à l’article de Gerhardus Johannes Marinus Bartelink, « Tres vidit, unum adoravit, formule trinitaire », Revues d’Études Augustiniennes et Patristiques, vol. 30, no 1-2, 1984, p. 24-29.

31 Outre les relations d’ordre religieux entre les deux foyers qui sont assez évidentes et facilitées par la nomination de Tiberio da Parma à la tête de l’ordre des Umiliati, il me semble que, très tôt, les inventions iconographiques du foyer émilien aient connu une postérité certaine dans le milieu lombard, et en particulier dans l’ancien diocèse de Milan. Cette affirmation se base en partie sur le constat fait, dans le cadre de mes recherches doctorales, de la transmission de l’image d’Adam et Ève au travail telle qu’elle est présentée dans le bas-relief sculpté de la cathédrale de Modène jusque dans l’art monumental et la miniature lombarde du Trecento où ce motif inhabituel connaît pourtant un certain succès.

32 Et peut-être également d’Ève dans une lecture plus globale de l’ensemble du cycle depuis le revers de l’arc triomphal.

33 Notons ici qu’un tel parallèle avait déjà pu être établi à propos des fresques de la cinquième travée, c’est-à-dire du chœur de l’église. D’ailleurs, il est sans doute bien plus vraisemblable que ce soit justement le chœur qui ait été en contact direct avec l’autel majeur qui ne devait pas se trouver dans l’abside mais plutôt au niveau de l’arc triomphal directement en dessous de la grande Crucifixion. Néanmoins, si l’on estime que la sinopia du sanctuaire est bien postérieure au reste du décor peint, on pourrait penser que la commande de cette fresque ait pu coïncider avec un remaniement de l’espace liturgique de l’église et un déplacement de l’autel majeur dans l’espace situé directement en-dessous de celle-ci. L’interruption de ce projet pourrait expliquer par ailleurs que cette sinopia n’ai jamais été achevée.

34 Je me permets ici de renvoyer directement aux conclusions de ma thèse, soutenue le 1er décembre 2023 : Pauline Vasile, De seuil en seuil : le décor des églises de Lombardie et Vénétie (1250-1450), thèse de doctorat en histoire option histoire de l’art. École des hautes études en sciences sociales, Università degli studi di Milano, Centre de Recherches Historiques (CRH), 2023, 2 vol.

35 Vincent Debiais, « Rituel. Surgissement du sens dans la liturgie médiévale », dans Béatrice Delaurenti, Thomas Le Roux (dir.), De la contagion, Paris, Vendémiaire, 2020, p. 325-330.

36 Sur les territoires correspondants aux anciens diocèses de Côme, Verceil ou Milan (et même au-delà) un programme décoratif cohérent se répète de manière presque systématique, au moins entre le xiie et le xve siècle. Il consiste en la superposition de trois registres de décor composés d’un velario peint dans le soubassement, du collège apostolique dans le registre médian et d’une image théophanique dans la calotte, qui sera le plus souvent une Maiestas Domini. À ce sujet je me permets de renvoyer à nouveau aux conclusions de ma thèse ainsi qu’à la documentation suivante : M. Angheben, « Apocalypse et liturgie dans le décor des abside romanes », dans L’Apocalypse nel Medioevo, atti del convegno internazionale dell’Università degli studi di Milano e della Sociétà Internazionale per lo Studio del Medioevo Latino (S.I.S.M.E.L), Gargnano sul Grada, Florence, 10-20 mai, 2009, 2011, p. 329-350 ; id., « La Crucifixion du chevet : entre liturgie eucharistique et dévotion privée », dans Andrault-Schmitt (éd.), La Cathédrale de Poitiers. Enquêtes croisées sur une œuvre singulière, La Crèche, Geste éditions, 2013, p. 346-363 ; Damien Bigini, Maiestas Domini et Apôtres dans le diocèse de Côme (xiie-xvie siècle), thèse de doctorat d’histoire et d’histoire de l’art, Université de Grenoble : Laboratoire du CRHIPA, Centre de Recherche en Histoire et histoire de l’art, Italie, Pays Alpins, 2010 ; John Ottaway, « Le collège apostolique dans la peinture murale romane : Saint-Lizier et le culte des saints dans le Nord-Est des Pyrénées », dans Le culte des saints au ixe-xiiie siècle. Actes du Colloque tenu à Poitiers les 15-16-17 septembre 1993, Poitiers, Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (Civilisation Médiévale, 1), 1995, p. 91-100.

37 Piotr Skubiszewski, « Maiestas Domini et Liturgie », Cinquante années d’étude médiévales. À la confluence de nos disciplines. Actes du Colloque organisé à l’occasion du cinquantenaire du CESCM, Poitiers, 1-4 septembre 2003, Paris, Brepols, 2005, p. 361.

38 Ibid., p. 362. L’auteur se réfère ici à Jean Chrysostome selon qui : « pendant la célébration de la messe, les anges descendent du ciel, entourent l’autel avec l’officiant, et, tels des soldats se prosternent devant le Roi éternel désormais présent sur terre ».

39 Ibid., p. 363-364 et Présence du Christ dans la liturgie actes colloque études historiques théologiques et canoniques sur le rite romain, Versailles, Novembre, 2000, Versailles, Centre International d’Études Liturgiques (C.I.E.L.), 2001.

40 Cyril Gerbron rappelait en effet « que l’eucharistie est pensée comme une opération miraculeuse, nécessitant l’intervention de l’Esprit Saint sur Terre » : Fra Angelico : Liturgie et mémoire, Turnhout, Brepols, 2016, p. 68.

41 Jérôme Baschet, « Inventivité et sérialité des images médiévales. Pour une approche iconographique élargie », Annales, Histoire, Sciences Sociales, vol. 51, no 1, 1996, p. 121.

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Table des illustrations

Titre Figure 1
Légende Viboldone, abbatiale SS. Pietro e Paolo, arc absidial, lunette de la cinquième travée, Maestà, « Maître de 1349 ».
Crédits © Pauline Vasile – octobre 2020.
URL http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/18419/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 167k
Titre Figure 2
Légende Viboldone, abbatiale SS. Pietro e Paolo, vue de l’arc absidial et de la sinopia.
Crédits © Pauline Vasile – octobre 2020.
URL http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/18419/img-2.jpg
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Titre Figure 3
Légende Viboldone, abbatiale SS. Pietro e Paolo, la Trinité triandrique, sinopia.
Crédits © Pauline Vasile – octobre 2020.
URL http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/18419/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 138k
Titre Figure 4
Légende Parme, baptistère, détail de la voûte avec l’Hospitalité d’Abraham.
Crédits © Hans A. Rosbach, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
URL http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/18419/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 212k
Titre Figure 5
Légende Viboldone, abbatiale SS. Pietro e Paolo, détail du Jugement dernier (Christ Juge), revers de l’arc triomphal.
Crédits © Pauline Vasile – octobre 2020.
URL http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/18419/img-5.jpg
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Titre Figure 6
Légende Pomposa, basilique abbatiale Santa Maria, détail de l’abside, Christ de la seconde venue, Vitale da Bologna.
Crédits © Zyance, CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons.
URL http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/18419/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 114k
Titre Figure 7
Légende San Pietro di Feletto, conque absidiale, Maiestas Domini (détail).
Crédits © Pauline Vasile – juin 2022.
URL http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/18419/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 167k
Titre Figure 8
Légende Ravenne, San Vitale, Sacrifice d’Abel et Melchisédech.
Crédits © Roger Culos, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
URL http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/18419/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 350k
Titre Figure 9
Légende Ravenne, San Vitale, l’Apparition de Mambré et le Sacrifice d’Isaac.
Crédits © Roger Culos, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
URL http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/18419/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 378k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Pauline Vasile, « La Trinité triandrique de l’église abbatiale de Viboldone »Images Re-vues [En ligne], 22 | 2026, mis en ligne le 31 janvier 2026, consulté le 11 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/imagesrevues/18419 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15lg4

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Auteur

Pauline Vasile

Le 1er décembre 2023 j’ai soutenu une thèse d’histoire de l’art préparée sous la direction de Sylvain Piron et Mauro della Valle, dans le cadre d’une cotutelle entre l’EHESS et l’Università degli Studi de Milan. C’est de cette thèse, intitulée De seuil en seuil : le décor des églises de Lombardie et Vénétie (v. 1250-1450), et qui n’a pas encore été publiée, que découle le présent article.

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Droits d’auteur

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