Pictor in tabula ? Jeux de peintres et effets méta-figuratifs dans les images romaines
Résumés
L’article propose une exploration sur les différents types d’effets méta-figuratifs que les images romaines ont mises en œuvre. Quatre dossiers sont abordés : les processus de mise en abyme sur deux reliefs d’autel augustéens, les phénomènes de récurrence d’œuvre célèbres sur une fresque pompéienne (maison de la Vénus à la Coquille), la recherche d’autoreprésentation de peintres et les jeux de reflets et de réflexions genrées sur les images de miroir. Il ressort de cet aperçu – non-exhaustif – que les imagiers romains ont exploré un large panel de ces effets, comme autant de commentaires figurés sur leur technique, qui trouvent des échos dans différentes temporalités, le temps de la performance où ces images sont regardées et celui de sa pérennisation.
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Mots-clés :
peinture romaine, méta-image, métalepse, récurrence, mise en abyme, autoportrait, femme peintre, miroirKeywords:
roman painting, meta-image, metalepsis, recurrence, mise en abyme, self-portrait, woman painter, mirrorPlan
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- 1 Pour une définition de ce vocabulaire, voir l’introduction à ce numéro par Giulia Puma : https://jo (...)
- 2 Parmi les nombreuses études dans lesquelles ils analysés ces effets, cf. la contribution de Françoi (...)
1Les effets méta-figuratifs1 dans les images sont sans doute aussi anciens que l’apparition des images elles-mêmes. Dès l’époque archaïque, les peintres de vases grecs ont joué sur différentes formes de réflexivité entre l’usage du support et le champ iconique, et les effets se sont approfondis, avec le temps et les expérimentations des céramistes. Ce sont des choses bien connues et bien étudiées, par Françoise Frontisi-Ducroux et François Lissarrague en particulier2.
2Du côté de Rome, les « images dans les images » ne manquent pas et il serait certainement pertinent d’en établir une typologie précise. La présente contribution propose de parcourir quelques-uns de ces dispositifs, sans prétention exhaustive, pour alimenter la réflexion et le dialogue entre Antiquité classique et Moyen Âge occidental, deux cultures dans lesquelles le statut de l’image a sensiblement évolué. Si les effets méta-figuratifs offrent bien un discours en images des artisans imagiers sur leur production, la confrontation de ces solutions sur le temps long a des chances de révéler ces évolutions.
L’image et le temps : exemple de reliefs augustéens
- 3 Voir l’analyse fine, par Valérie Huet, des jeux d’échos dans les images sacrificielles de l’Ara Pac (...)
3Parmi différents types d’effets, on peut mentionner par exemple l’Ara Pacis augustae (fig. 1)3. Si l’on regarde l’épisème du bouclier de la personnification de Roma, où figure la louve allaitant Romulus et Rémus (sur le panneau sud-ouest), on voit bien que cette image à trois degrés (l’épisème, le bouclier et l’image-cadre en relief) fait écho au panneau nord-ouest de l’autel (fig. 2), qui développe l’épisode mythique à l’origine de Rome et du peuple romain, représentant la même scène de la louve nourrissant les jumeaux sous le regard de Mars et du berger Faustulus qui les recueillera ensuite. Cet écho (parmi bien d’autres effets) renforce la cohérence de l’ensemble de ce monument à la gloire de la Rome d’Auguste, par un jeu visuel (la composition des deux panneaux, le parallélisme guerrier entre Roma et Mars) mais aussi temporel, inscrit dans l’histoire de la Ville (depuis ses origines jusqu’à Auguste) et dans le temps de la procession qui permet de voir un panneau l’un après l’autre – procession elle-même pérennisée dans la pierre sur les côtés nord et sud du monument. Ce jeu d’images n’est appréciable que grâce à un travail de mémoire, sur le court et le long terme, d’imagination active qui permet de passer de la narration mythique au symbole de Rome, au terme d’un jeu d’échelles, du centre de la première scène au détail de la seconde.
- 4 Autel de Caius Manlius, provenant de Cerveteri, vers 10 av. n. è. Musées du Vatican, inv. 9964. Ins (...)
4De fait, la plupart des constructions méta-figuratives dans les images romaines (comme en Grèce et ailleurs) intègrent souvent une dimension supplémentaire : celle de l’objet qui supporte l’image (qui peut être une image lui-même) et de l’usage que l’on peut en faire. Par exemple, sur un autel, contemporain de l’Ara Pacis, offert à Caius Manlius par ses clients (fig. 3)4, on voit résumée une scène de sacrifice traditionnelle, avec le dédicant en train de faire une libation sur l’autel. Or le support du relief est lui-même un autel, qui a été utilisé comme tel. On distingue que le petit autel en relief est décoré d’une guirlande végétale, comme le relief décorant l’autel lui-même. Lors de la cérémonie sacrificielle, de véritables guirlandes végétales étaient suspendues, pas nécessairement à l’autel lui-même, mais dans le cadre du sacrifice (souvent entre les colonnes du temple devant lequel se trouve l’autel), et l’on a donc ainsi trois niveaux de représentation de la guirlande : une image-performance (la véritable guirlande, aujourd’hui disparue), une image primaire (la guirlande en relief sur l’autel), et une image secondaire (la guirlande sur le petit autel), qui créent un effet d’emboîtement, mais aussi, à nouveau, un jeu sur la temporalité, le caractère éphémère ou permanent de ces images se répondant les unes aux autres. En outre, cet emboîtement n’est pas une simple redondance, mais bien plutôt un commentaire sur l’image. Sur la surface réduite du petit autel en relief, c’est ce motif que l’on a privilégié pour signifier le sacrifice, comme, dans le champ iconique du relief, un certain nombre de personnages, de gestes, d’objets, de moments, ont été sélectionnés pour le signifier de façon plus détaillée. Comme sur l’Ara Pacis, on recourt à une forme de métonymie sémiotique pour dire le sacrifice. Le texte de l’inscription, quant à lui, est là pour dire autre chose, ou plutôt le dire autrement, en insistant sur l’identité du magistrat sacrifiant destinataire de la dédicace : le sacrifice exprimé par les guirlandes est ainsi circonstancié (l’image est la commémoration d’un sacrifice précis, accompli par Manlius en tant que censeur perpétuel de Caere) et entre dans la syntaxe de l’image, qui fait du sacrifice l’objet de l’image, tandis que les sujets sont Manlius lui-même et ses clients qui lui dédient cet autel.
- 5 Sur ce trope littéraire appliqué aux textes et aux images antiques, voir la bibliographie dans l’in (...)
- 6 Gérard Genette, Figures III, Paris, Seuil, 1972, p. 244.
5En un mot, il est important de recontextualiser l’image, quand c’est possible, au risque de perdre une dimension et, bien sûr, de dépasser le simple repérage des effets méta-figuratifs pour en chercher la motivation, qui peut être très variable d’un contexte à l’autre. Souvent, les effets méta-figuratifs reposent sur un autre jeu corollaire, la métalepse. Ce trope, bien étudié pour la littérature par Gérard Genette5, consiste à jouer sur les franchissements des seuils de représentation fictionnelle : il s’agit de la « figure par laquelle le narrateur feint d'entrer (avec ou sans son lecteur) dans l'univers diégétique », « un moment de (con)fusion entre l'univers du discours et l'univers de l'histoire », « une abolition des frontières entre l'espace de celui qui représente et l'espace de ce qui est représenté »6. La métalepse a pour effet tantôt, par un jeu transgressif et métafictionnel, de créer un effet de bizarrerie pour afficher le caractère construit de la représentation, tantôt de renforcer l’illusion réaliste d’une co-présence au monde représenté, ce qui relève de l’« évidence », l’euidentia.
Récurrences en herbe et en peinture à Pompéi : la Vénus à la Coquille et ses voisins
Figure 4
Vénus Anadyomène, de Pompéi, maison de la Vénus à la Coquille (II, 3, 3), péristyle 8, détail, in situ.
- 7 Pompéi, II, 3, 3, péristyle 8. In situ. Arnold De Vos, « II, 3, 3. Casa della Venere in Conchiglia (...)
6On en a un bel exemple, avec la peinture romaine, dans le jardin à péristyle de la maison de la Vénus à la Coquille (fig. 4)7. Tous les murs sont peints, et le jardin lui-même était décoré de fontaines, de statues et de reliefs qui ne sont plus visibles aujourd’hui. Sur le mur oriental, la fresque est particulièrement soignée : du nord au sud, trois panneaux se succèdent, séparés par des cadres ocre qui rappellent la partie inférieure des colonnes du péristyle. Sur le segment de gauche, une statue de Mars, en marbre, est peinte sur un piédestal posé devant la treille de clôture du jardin. Deux oiseaux marchent dessus pour marquer les différents espaces et le trompe-l’œil, tandis qu’un masque de théâtre est suspendu à la guirlande qui borde ce décor : ce sont autant d’embrayeurs de métalepse, des signes qui aident à opérer le franchissement des seuils de représentation. Le spectateur regarde cette image, depuis un véritable jardin qui comportait des statues, peut-être une véritable statue de Mars en marbre ou en bronze, et peut-être une barrière en osier.
- 8 Eric Morvillez, « Évolution d’un stéréotype, les images des jardins romains », dans Cyril Courrier, (...)
- 9 L’histoire et la fortune du tableau est évoquée par Pline l’Ancien, Histoire naturelle, 35, 87 (la (...)
- 10 Sur la valeur des répliques, Valérie Huet et Stéphanie Wyler, « ‘Copie romaine d’un original grec’, (...)
7Le jeu se poursuit avec le segment central qui représente la peinture d’une peinture. Il s’agit bien d’un tableau cette fois, nettement cadré par une bordure rouge sombre, mais toujours intégré au système illusionniste du décor de jardin que signifient, de manière très stéréotypée8, les croisillons sur le registre inférieur, représentés sans interruption sur toute la longueur du mur, et dont on peut se demander si elle ne délimite pas, aussi, le véritable jardin : plutôt que de supposer un tableau de chevalet dans un jardin fictif (comme celui devant lequel se trouve la statue peinte de Mars), l’illusion bascule vers un autre espace, celui d’une Vénus Anadyomène, qui évoque, au moins pour le thème, un tableau célèbre d’Apelle, le peintre d’Alexandre9. C’est un tableau que les Romains connaissent bien : Pline l’Ancien précise qu’Auguste l’a exposé dans le temple du divin César, mais qu’il était passablement détérioré et qu’il a fini par être détruit sous Néron, malgré les tentatives de restauration par les meilleurs peintres de l’époque (c’est finalement une réplique qui le remplacera10). À l’époque flavienne où la fresque pompéienne a été exécutée, le motif était certainement très diffusé et faisait partie des thèmes d’émulation de l’excellence artistique parmi les peintres – non que l’artisan campanien ait prétendu à entrer dans la compétition, mais peut-être le commanditaire a-t-il voulu exprimer son intérêt pour l’actualité culturelle de la Ville. On aura en outre évidemment apprécié le rapprochement entre Mars et Vénus, les deux amants mythiques et bien implantés dans l’idéologie julio-claudienne, sous la forme de deux œuvres d’art sur un support différent, mais bien réunis par le jeu illusionniste de la paroi.
- 11 Sur cette typologie d’André Chastel, voir l’introduction au dossier.
- 12 Pline l’Ancien, Histoire naturelle, 36, 60 : « On y admire une colombe qui boit, et dont la tête je (...)
- 13 Sur les débuts du mythe de la blancheur de l’art attique à l’époque romaine, voir Philippe Jockey, (...)
- 14 Le « type P » : Erika Simon, s. v. « Ares/Mars », op. cit., II, 1, p. 518.
8Le troisième segment est construit comme le premier, mais se substitue à la statue de Mars une fontaine très conventionnelle à laquelle viennent s’abreuver des oiseaux – comme il pouvait y en avoir dans le « vrai » jardin. À nouveau, le motif suggère un effet de citation, de « récurrence »11, à la mosaïque de Sôsos de Pergame (iie siècle av. J.-C.) figurant des colombes à la fontaine12 : considérant la diffusion du thème, la référence n’était pas nécessairement consciente partout et par tous, mais, à côté de la Vénus Anadyomène, on subodore un nouveau jeu de peintre qui transpose par des pigments la « peinture de pierre » originale. On se plaît dès lors à imaginer que la statue de Mars, blanche comme l’antique sous sa chlamyde rouge13, puisse évoquer un Arès particulier : en tout cas, il appartient à un type bien attesté dans la petite statuaire de bronze, qui pourrait remonter à la statue du dieu dans le panthéon d’Agrippa – en toute cohérence avec cette logique julio-claudienne14. On aurait donc là, uniformisées par la cohérence de la fresque pariétale, trois techniques artistiques, voire quatre : la statuaire, la peinture sur tableau, la mosaïque – et peut-être l’ars topiaria, l’art des jardins.
- 15 Sur la terminologie de ces sanctuaires domestiques et sur leurs décors, Valérie Huet et Stéphanie W (...)
9La niche aménagée dans la paroi mérite également une observation attentive : décorée de deux petites plantes peintes, elle abritait certainement les statuettes des divinités domestiques – il s’agissait sans doute de ce que l’on appelle communément un laraire15. On ne sait pas qui étaient les divinités en question, mais on se plaît à penser qu’une Vénus ou un Mars en fassent partie. Quoi qu’il en soit, il y avait là de véritables statuettes, qui répondent au Mars peint, destinée à présentifier, le temps des cérémonies, une instance divine. On le voit, ce dispositif élaboré joue très savamment sur les procédés méta-figuratifs, dont les masques dénoncent la théâtralisation.
Pictores in tabula
- 16 On utilise ici la notion de mise en abyme au sens où l’entendait André Gide en 1893, à propos des F (...)
10Par ces premiers exemples, on voit bien que les Romains appréciaient d’enchâsser des images sur plusieurs degrés qui ouvrent la potentialité d’une mise en abyme16. Et sur ces jeux, les peintres ont été particulièrement inventifs, d’abord parce qu’une fois le principe de l’illusion picturale admis et éprouvé (un principe consubstantiel aux peintures que l’on a conservées), il n’y a pas de limite technique à l’exécution de tels projets.
- 17 Nicole Blanc, « Le métier de peintre », dans Au royaume des ombres. La peinture funéraire antique ((...)
- 18 Sur cette question, voir le récent article de Michael Squire, « A Portrait of the Ancient Artist ? (...)
11Parmi les nombreux dossiers qu’on pourrait ouvrir sur le méta-figuratif dans la peinture romaine, on peut encore citer une catégorie particulière de ces images, celle qui concerne les artistes se représentant en train de peindre ou figurant, plus ou moins directement, leur activité créatrice et les images qu’ils façonnent. De fait, ces images sont peu nombreuses. D’abord parce que, d’une manière générale, les artistes en question sont des artisans dont l’activité n’est pas reconnue comme un art, mais comme une technique – d’autant que la conservation des images venant de la région du Vésuve fausse, par cet effet de source, l’appréciation de la peinture romaine dont la littérature a tout de même conservé le souvenir d’artistes de renom17. Mais dans ces peintures pariétales campaniennes majoritairement représentées, les jeux d’image éventuels sont sans doute destinés à intéresser le commanditaire, plutôt que l’artiste lui-même. Des « autoportraits »18 de peintres se trouvent être dès lors des cas assez particuliers.
- 19 Musée municipal de Sens, iie siècle d. n. è. Anne-Marie Uffler, « Fresquistes gallo-romains : le ba (...)
- 20 Cette terminologie est empruntée à « l’édit du maximum » de Dioclétien, en 301 (Edictum de pretiis (...)
- 21 Bordeaux, musée d’Aquitaine, inv. 60.1.82 Milieu du IIe siècle de n. è. Calcaire. Marie-Sophie Caru (...)
12Commençons par les cas simples où la représentation d’un peintre à l’œuvre se trouve dans des tombes, où le commanditaire est peintre lui-même, c’est-à-dire le défunt ayant demandé à être représenté dans son activité professionnelle. On n’évoquera que rapidement le célèbre relief funéraire de Sens (fig. 5)19, tout aussi exceptionnel et passionnant soit-il dans sa figuration d’un atelier de peintres au travail : on voit à gauche, sur les marches, le « peintre imagier » (pictor imaginarius20) en train de consulter des rouleaux, qui comportaient peut-être des motifs ; au centre, sur l’échafaudage, le peintre pariétal (pictor parietalis), qui exécute les grands aplats à fresque ; à sa droite, le plâtrier qui pose le mortier, et en bas à droite l’assistant qui prépare sans doute la chaux. Il manque malheureusement des éléments de contexte plus précis pour comprendre le rapport du défunt et de l’image : était-il peintre imagier, entrepreneur de travaux décoratifs ? Ce que la partie conservée du relief met en valeur, c’est un chantier qui suppose une coordination importante pour exécuter un décor dans les temps impartis par la technique de la fresque. Pas d’effet méta-figuratif, donc, ni d’autoportrait clairement identifiable, comme on peut en avoir avec la stèle du sculpteur Amabilis, représenté sur son relief funéraire en train de sculpter son propre monument (fig. 6)21. Mais il se trouve que cet exemple constitue l’un de deux cas de ce type recensés. Regardons donc l’autre occurrence, avant de nous interroger sur cette absence.
- 22 Saint Petersburg, Musée de l’Ermitage, Maria Nowicka, « Le sarcophage de Kertch », dans Au royaume (...)
13L’autre représentation d’un peintre au travail est également une image funéraire, une fresque cette fois, décorant l’intérieur d’un sarcophage en calcaire retrouvé à Kertch (Panticapée), en Crimée, et qui date du début de l’époque antonine (fig. 6)22. Parmi les différentes scènes vraisemblablement en lien avec l’univers du défunt, au centre d’un des longs côtés, on voit un peintre dans son atelier : sans doute le mort lui-même, qui met ainsi en valeur son activité.
- 23 La boîte à couleur des peintres à l’encaustique est par ailleurs attestée par des sources littérair (...)
- 24 Hypothèse de Susan Walker (éd.), Ancient Faces : Mummy Portraits from Roman Egypt, New York, Routel (...)
- 25 Sur la tradition républicaine de récompenser les personnages illustres en inscrivant leur portrait (...)
14Or il ne s’agit pas de n’importe quel peintre. Vêtu d’une tenue bosphorane typique (chiton à manches courtes, pantalon étroit, souliers et manteau), il est assis sur un siège recouvert d’un coussin dans une pose complexe – jambes et bras croisés, il tient dans la main droite un instrument, une tige à extrémité évasée et incurvée, qu’il fait chauffer sur un réchaud cylindrique. Il s’agit d’une rare représentation de la technique de peinture à l’encaustique, qui emploie des couleurs délayées dans de la cire fondue (d’où la nécessité du chauffage). Peut-être une boîte à couleurs figure-t-elle sur un haut support en forme de colonnette, à droite du réchaud : elle serait représentée ici à la verticale pour en rendre visible l’intérieur et la manière dont elle est constituée, avec vingt petits carrés pour les cavités à couleur, dont cinq remplies de rouge, et un couvercle à deux volets, pour permettre une ouverture partielle de cette boîte-palette23. Cet élément a également été interprété comme un pinax à volets, avec un quadrillage préparatoire, les cases rouges pouvant préfigurer l’emplacement des portraits d’un tableau de famille24 À droite de la scène figure un chevalet à trois pieds liés par des lanières, sur lequel est posé un châssis. Dans le fond de l’espace de l’atelier délimité par deux colonnes corinthiennes sont représentés trois portraits terminés : au centre, un tableau rectangulaire à cadre étroit, flanqué de deux œuvres circulaires à large cadre, décoré de bordures d’oves et de motifs végétaux. Ces trois portraits sont des bustes d’hommes, vus de face, vêtus d’un himation. Plutôt que d’images funéraires, il semble qu’il s’agisse de portraits honorifiques, comme le suggère la forme des imagines clipeatae, destinés à exalter les évergètes locaux dans leurs maisons ou dans des espaces publics25. Les trois œuvres sont probablement des commandes terminées en attente d’être livrées pendant que le peintre en exécute une quatrième.
- 26 Voir en dernier lieu Amalie Skovmøller, Facing the Colours of Roman Portraiture, Berlin/Boston, De (...)
15Cette image d’un peintre à l’encaustique au travail dans son atelier est un témoignage rare et précieux, par son réalisme et sa minutie, mais aussi par l’exaltation sociale que ce statut d’artisan spécialisé suppose : les autres scènes peintes dans le sarcophage vont du moins en ce sens (dont deux scènes familiales de banquet, avec musique et spectacle, et des cavaliers à cheval et à l’arrêt). Par conséquent, il ne s’agit sans doute pas d’un autoportrait : l’artisan qui a exécuté cette image est un fresquiste spécialisé dans la décoration funéraire sur sarcophage de pierre, et non le défunt qui pratiquait la peinture à l’encaustique, sur chevalet – une technique plus noble que la fresque (du moins à Rome). En outre, parmi les portraits suspendus, les deux circulaires ne sont pas des peintures, mais des reliefs (qui, par ailleurs, étaient peints26) : le peintre peint fait pour ainsi dire partie du monde de ses commanditaires – la bonne société du Bosphore. Le dispositif de l’image ne suggère-t-il pas d’ailleurs que les imagines puissent être celles de ses propres ancêtres, finalement ?
Dans le clin d’œil du miroir27
- 27 Le clin d’œil est pour Françoise Frontisi-Ducroux…
Figure 8
Pinax de Pompéi, maison du Chirurgien (VI, 1, 10), pièce 19, paroi est. Naples, Museo Archeologico Nazionale, inv. 9018.
- 28 Naples, Museo Archeologico Nazionale, inv. 9018, provenant de Pompéi, maison du Chirurgien (VI, 1, (...)
16Dans la peinture romano-campanienne, donc, il ne semble pas y avoir d’auto-représentation de peintre au travail. En revanche, on a l’image d’une femme peintre (fig. 7). Aujourd’hui déposé au musée de Naples28, ce petit tableau était l’élément central d’une décoration de IVe style, dans une pièce dont la fonction n’est pas clairement identifiée : à l’arrière de la domus, relativement petite mais bien décorée et ouvrant sur le jardin, il est peu probable qu’elle ait pu servir d’atelier.
- 29 Sur l’identification de ces piliers hermaïques : Stéphanie Wyler, « L’habit fait-il le dieu ? Geste (...)
17L’image représente la peintre assise sur une élégante chaise en bois garnie d’un coussin. De la main droite, elle trempe son pinceau dans une boîte à couleur placée sur un fût de colonne posé horizontalement, et tient dans la main gauche un instrument difficilement identifiable, une palette ou une coupelle. Elle est en train de peindre un petit tableau rectangulaire bordé d’un cadre fin, qui représente l’herme dionysiaque29 placé devant elle, tenant un thyrse et un canthare : dans la construction de l’image, le face à face de la peintre et de son modèle semble animer ce dernier. Les deux images peintes sur le mur pompéien, la statue et le tableautin, ne présentent pas une grande ressemblance, mais la silhouette schématiquement esquissée sur le second suffit à les assimiler : l’image de l’image est rendue moins précise, pour signifier son inachèvement ou sa « dégradation ontologique » de type platonicien.
- 30 Comparer par exemple le geste d’Héraclès contemplant la confection de sa statue sur le cratère à co (...)
- 31 Voir par exemple les pinakes centraux du cubicula B et D de la villa de la Farnésine à Rome (Museo (...)
18Un petit personnage, couronné, torse nu, vêtu d’une petite cape, assiste l’artiste en maintenant le tableau contre le piédestal de la statue. Derrière le groupe, en retrait du pilastre qui encadre la porte sur la gauche, deux femmes élégamment vêtues observent la séance de création : l’une, cheveux voilés, tient un éventail et l’autre porte un doigt à sa bouche, dans un geste d’expectation ou d’admiration30. Sans doute sont-elles les commanditaires du tableautin : leur vêtement, leur attitude – typiques des scènes de genre d’inspiration hellénistique qui se multiplient à Rome depuis l’époque augustéenne31 – caractérisent au moins la première comme une domina pleine de pudicitia – malgré l’herme ithyphallique et sa réduplication.
- 32 Stéphanie Wyler, « Sacra per topia. Images de rituels dans les paysages ‘sacro-idylliques’ », dans (...)
- 33 Vatican, Museo Pio Clementino (Sala degli Animali), inv. 152.
19L’ensemble est une scène d’intérieur : au centre, une grande porte ouvre sur un extérieur lumineux où l’on distingue un jardin avec un herme et un vase sur une colonne. Ces détails discrets, associés à la décoration de la porte constituée d’une guirlande végétale, d’un bucrâne et d’un pinax suspendu, suggèrent que la scène se passe à l’intérieur d’un sanctuaire rustique, ou d’un petit temple dans un lucus, dont les vues extérieures envahissent les motifs secondaires des décors de IIIe et IVe styles sous la forme de « paysages sacro-idylliques »32. Or ces sanctuaires sont caractérisés par les offrandes votives qu’on y a déposées, en particulier des pinakes, souvent esquissés, sans qu’on puisse en distinguer le motif. Quand c’est le cas, comme sur un emblema de mosaïque provenant de la villa d’Hadrien à Tivoli33, il s’agit d’une silhouette anthropomorphe, sans qu’on puisse distinguer s’il s’agit d’une image de la statue de culte ou d’un portrait du dédicant. Quoi qu’il en soit, le tableau pompéien représente, exceptionnellement, l’envers du décor, la phase de confection du pinax votif que les dames pourront aller consacrer à l’extérieur.
- 34 Cette recherche reste à faire. Pour l’épigraphie : Nadine Labory, Les métiers de femmes mentionnés (...)
20Mais pourquoi est-ce une femme peintre qui est mise en scène, et non un « simple » artisan masculin ? La documentation épigraphique ou littéraire ne renseigne pas sur des femmes artisans travaillant dans les sanctuaires, mais cela n’a rien d’inconcevable34. Mais dans la logique de l’image, s’agit-il dès lors d’une peintre célèbre, comme cela a pu être avancé, ou d’une surenchère dans la caractérisation féminine des scènes de genre ? Le contexte que l’on vient de voir tend immanquablement vers la seconde hypothèse.
- 35 Ou « Lala », selon les manuscrits : Pline l’Ancien, Histoire naturelle, 35, 147-148 : Pinxere et mu (...)
- 36 Françoise Frontisi-Ducroux et Jean-Pierre Vernant, Dans l’œil du miroir, Paris, Odile Jacob, 1997, (...)
- 37 Françoise Frontisi-Ducroux et Jean-Pierre Vernant, Dans l’œil du miroir, op. cit. p. 59-67.
- 38 On trouve un écho intéressant dans une enluminure du Maître du Couronnement de la Vierge (vers 1402 (...)
21De fait, du côté des femmes peintres, Pline mentionne la plus fameuse, Iaia de Cyzique35 : star de la génération de Cicéron au point de mieux vendre ses œuvres que ses collègues masculins, elle était notamment connue pour un autoportrait au miroir. Or on tient sans doute là l’une des clés du mystère de l’absence d’autoportrait de peintre dans la peinture romaine (et même antique) : c’est cette affaire de miroir. Françoise Frontisi-Ducroux a bien démontré que, dans le monde antique, le miroir est l’attribut féminin par excellence, « sur un plan symbolique, un signifiant du féminin » 36. En dehors de quelques contextes très précis37, les hommes ne sont pas censés se regarder dans un miroir, encore moins être représentés en image avec un tel attribut, à moins de signifier un détournement affiché. Dans ce contexte, la mise en scène d’un peintre se représentant lui-même à l’aide d’un miroir – instrument nécessaire pour l’exercice de l’autoportrait réaliste – serait incongrue : Iaia de Cyzique, portraitiste de femmes, s’est emparée de cette spécificité genrée que ses concurrents ne pouvaient s’approprier38. Peut-être le principe même qu’un peintre fasse son autoportrait supposait-il de manière trop évidente qu’il se soit servi d’un miroir pour être admissible. Peut-être certains l’ont-ils fait, sous les traits de tel ou tel personnage mythologique sur un mur campanien : si l’image ne le désigne pas comme tel et si aucun texte ne le dit, ce jeu d’artiste est condamné à rester dans l’ombre.
Figure 10
Mosaïque d’Alexandre, détail. Naples, Museo Archeologico Nazionale, inv. 10020. IIe siècle av. n. è.
- 39 L’attitude du satyre n’est pas claire : les interprétations ont varié entre une scène de divination (...)
- 40 Naples, Museo Archeologico Nazionale, inv. 10020. iie siècle av. n. è.
22Pour revenir au miroir, ses potentialités méta-figuratives sont bien sûr immenses, et les imagiers antiques ne se sont pas limités à les faire jouer exclusivement du côté féminin. D’autres attributs que des miroirs proprement dits sont susceptibles d’offrir un reflet plus viril à des garçons ou à des hommes : c’est le cas des surfaces liquides et des boucliers métalliques aux vertus réfléchissantes. Les peintres de la célèbre mégalographie de la villa des Mystères (fig. 8) ont joué de ces virtualités en opposant l’univers féminin de la jeune mariée, à qui un éros tend un miroir dont elle ne regarde pas le reflet – il est destiné à la servante derrière elle et au spectateur –, et l’univers masculin, incarné par un jeune satyre à qui un silène initiateur tend une coupe dans laquelle il se mire peut-être (tandis que le jeu de réduplication se poursuit avec le masque de silène tendu au-dessus du « véritable » silène)39. Ailleurs, sur la non moins célèbre mosaïque d’Alexandre (fig. 9)40 provenant de la maison du Faune à Pompéi, c’est bien dans un bouclier que l’on voit le reflet du visage du Perse tombé à terre, au premier plan, et qui comprend qu’il est perdu.
Figure 11
Fresque de Pompéi (IX, 1, 7), première moitié du Ier siècle av. n. è. Naples, Museo Archeologico Nazionale, inv. 9529.
- 41 Sur Narcisse : Françoise Frontisi-Ducroux et Jean-Pierre Vernant, Dans l’œil du miroir, op. cit., p (...)
- 42 Naples, Museo Archeologico Nazionale, inv. 9529, provenant de Pompéi, IX, 1, 7 (première moitié du (...)
- 43 HomÈre, Iliade, 18, 478-607.
- 44 François Lissarrague, « Le temps des boucliers », op. cit., § 5-6. Klaus Fittschen, Der Schilde des (...)
- 45 François Lissarrague, « Le temps des boucliers », op. cit., § 1.
23Il existe des inversions genrées à cette règle qu’a déjà observées Françoise Frontisi-Ducroux41 : c’est le cas de Narcisse, dont la structure mythique révèle une étape dans la construction de l’érotisme masculin. C’est aussi le cas d’une fresque pompéienne (fig. 10)42 où Thétis, la divine mère d’Achille, se reflète dans le bouclier qu’elle fait confectionner pour son fils par Héphaïstos. Assise sur un riche fauteuil avec sa servante derrière elle, à la manière des dames sur le tableau de la maison du Chirurgien, elle attend que sa commande soit prête. Comme on sait par l’ekphrasis homérique43, le bouclier est très richement décoré – de l’univers, du monde des cités, de la paix et surtout de la guerre : ce « bouclier de mots » est un véritable défi pour les peintres, qui ne l’ont pas relevé de manière directe dans l’Antiquité44. À Pompéi, l’imagier a laissé la face historiée du côté du dieu forgeron pour présenter à Thétis l’intérieur concave, poli, dans lequel elle se reflète (à la manière du Perse sur la mosaïque d’Alexandre) : en tant que représentante du monde féminin dans cet atelier éminemment masculin, elle a trouvé une activité qui la caractérise. L’assistant d’Héphaïstos tient le bouclier, de manière un peu artificielle, à la hauteur du dieu comme de la déesse : ce qui les unit dans l’image, c’est la capacité du bouclier, cet « objet théorique »45, à porter des images – qu’elles soient épisème ou reflet.
24Au terme de ce parcours exploratoire, on mesure la richesse des effets méta-figuratifs dont ont joué les imagiers romains : des reliefs sur des autels augustéens qui jouent sur la pérennisation par l’image de la performance rituelle, aux fresques pompéiennes combinant les récurrences d’œuvres hétéroclites actualisées par le contexte d’un jardin, des portraits d’hommes et de femmes peintres aux virtualités des jeux de miroirs, on parvient à mesurer des bribes de discours, en images, sur l’image. Les stratégies sont différenciées s’il s’agit d’humains ou de divinités dont la représentation offre un premier degré de présentification, ou s’il s’agit de personnages masculins ou féminins : une femme devant un tableau est comme devant un miroir, même si c’est bien autre chose qui s’y reflète. Pour peu qu’on arrive à restituer les contextes, les dispositifs peuvent se révéler très élaborés, dans la mesure où ils jouent sur des mises en abyme, à trois ou quatre degrés de représentation, provoquant des échos avec des images mentales, faites de mots et d’images, qui nous échappent le plus souvent. Mais les inclure dans une réflexion collective sur les « méta-images » dans l’Antiquité et le Moyen Âge est assurément un moyen de tendre un nouveau miroir, historiographique, à ces images du passé.
Notes
1 Pour une définition de ce vocabulaire, voir l’introduction à ce numéro par Giulia Puma : https://journals.openedition.org/imagesrevues/8727.
2 Parmi les nombreuses études dans lesquelles ils analysés ces effets, cf. la contribution de Françoise Frontisi-Ducroux dans le présent dossier : https://journals.openedition.org/imagesrevues/8852. Et les références citées par Giulia Puma en introduction (notamment les travaux de François Lissarrague sur les épisèmes des boucliers, parmi lesquels « Le temps des boucliers », dans Giovanni Careri, François Lissarrague, Jean-Claude Schmitt (éds.), Traditions et temporalités des images, Paris, EHESS, 2009, p. 21-31, version en ligne dans Images Re-vues, H.S. 1, 2008 (http://journals.openedition.org/imagesrevues/850).
3 Voir l’analyse fine, par Valérie Huet, des jeux d’échos dans les images sacrificielles de l’Ara Pacis, dans le présent dossier, et sa bibliographie : https://journals.openedition.org/imagesrevues/8502. Pour une présentation d’ensemble du monument : Orietta Rossini, Ara Pacis, Milan, Electa, 2007.
4 Autel de Caius Manlius, provenant de Cerveteri, vers 10 av. n. è. Musées du Vatican, inv. 9964. Inscription : CIL IX, 3616 = ILS 6577.
5 Sur ce trope littéraire appliqué aux textes et aux images antiques, voir la bibliographie dans l’introduction au dossier, notamment Jean-Pierre De Giorgio, Sandrine Dubel, « La métalepse dans les textes et les images antiques », Bollettino di studi latini 40/1, 2010, p. 266-268 et Stéphanie Wyler, « Trompe-l’œil et métalepse dans la peinture romaine », dans Renaud Robert, Gaëlle Viard (éd.), Architectures et espaces fictifs dans l’Antiquité, Bordeaux, Ausonius, 2018, p. 65-84.
6 Gérard Genette, Figures III, Paris, Seuil, 1972, p. 244.
7 Pompéi, II, 3, 3, péristyle 8. In situ. Arnold De Vos, « II, 3, 3. Casa della Venere in Conchiglia », dans Ida Baldassarre (éd.), Pompei. Pitture e mosaici, vol. 3, Rome, Istituto dell’Enciclopedia Italiana, 1991, p. 133-144. Stéphanie Wyler, « Pierre, feuille, ciseaux. Cadrer la nature dans la peinture romaine de paysage », dans Emmanuelle Valette et Stéphanie Wyler (éd.), Le spectacle de la nature. Regards grecs et romains. Cahiers Mondes Anciens 9, 2017, http://journals.openedition.org/mondesanciens/1873, § 8-13.
8 Eric Morvillez, « Évolution d’un stéréotype, les images des jardins romains », dans Cyril Courrier, Hélène MÉnard (éds.), Miroir des autres, reflet de soi : stéréotypes, politique et société dans le monde occidental (de l’Antiquité romaine à l’époque contemporaine », Paris, Michel Houdiard, 2013, p. 34-60.
9 L’histoire et la fortune du tableau est évoquée par Pline l’Ancien, Histoire naturelle, 35, 87 (la belle esclave Pancaste donnée par Alexandre à Apelle et ayant peut-être servi de modèle pour Vénus) et 35, 91 : « La Vénus Anadyomène, c’est-à-dire sortant de la mer, a été consacrée par le dieu Auguste dans le temple de son père César. Ce tableau a été célébré par des vers grecs qui l’ont vaincu, mais illustré. Le bas de cette figure ayant été endommagé, on ne put trouver personne capable de la restaurer. Ainsi, ce dommage tourna à la gloire de l’artiste. Le temps et la pourriture détruisirent ce tableau ; et Néron, pendant son règne, le remplaça par un autre, de la main de Dorothée. » (sauf indication contraire, les traductions sont celles de la CUF). Voir également Athénée, Banquet des sophistes, 590f-591a.
10 Sur la valeur des répliques, Valérie Huet et Stéphanie Wyler, « ‘Copie romaine d’un original grec’, ou les arts grecs revisités par les Romains », Mètis, n.s. 5, 2005, p. 151-177.
11 Sur cette typologie d’André Chastel, voir l’introduction au dossier.
12 Pline l’Ancien, Histoire naturelle, 36, 60 : « On y admire une colombe qui boit, et dont la tête jette de l'ombre sur l'eau ; on en voit d'autres qui s'épluchent au soleil, sur le bord d'un canthare. »
13 Sur les débuts du mythe de la blancheur de l’art attique à l’époque romaine, voir Philippe Jockey, Le mythe de la Grèce blanche, Paris, Belin, 2013. Sur la statue peinte : Erika Simon, s. v. « Ares/Mars », dans Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae, II, Zurich, Munich, Artemis, 1984, n° 270.
14 Le « type P » : Erika Simon, s. v. « Ares/Mars », op. cit., II, 1, p. 518.
15 Sur la terminologie de ces sanctuaires domestiques et sur leurs décors, Valérie Huet et Stéphanie Wyler, « Associations de dieux en images dans les laraires de Pompéi », dans Sylvia Estienne, Valérie Huet, François Lissarrague, Francis Prost (éds.), Figures de dieux. Construire le divin en images, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2015, p. 195-221.
16 On utilise ici la notion de mise en abyme au sens où l’entendait André Gide en 1893, à propos des Faux Monnayeurs (Journal. Une anthologie (1889-1949), Paris, Gallimard, Folio, 20123) : « J'aime assez qu'en une œuvre d'art on retrouve ainsi transposé, à l'échelle des personnages, le sujet même de cette œuvre par comparaison avec ce procédé du blason qui consiste, dans le premier, à mettre le second en abyme. »)
17 Nicole Blanc, « Le métier de peintre », dans Au royaume des ombres. La peinture funéraire antique (ive siècle avant J.-C.-ive siècle après J.-C.), catalogue de l’exposition, Musée et site archéologique de Saint-Romain-en-Gal/Vienne, 1998-1999, Paris, RMN, 1998, p. 60-65. L’épigraphie romaine et gallo-romaine conserve également des épitaphes de quelques tectores (spécialistes des enduits) et de pictores.
18 Sur cette question, voir le récent article de Michael Squire, « A Portrait of the Ancient Artist ? Self-portraiture in Graeco-Roman Visual Culture », dans Thierry Greub et Martin Roussel (éd.), Figurationen des Porträts, Paderborn, Wilhelm Fink, 2018, p. 435-470.
19 Musée municipal de Sens, iie siècle d. n. è. Anne-Marie Uffler, « Fresquistes gallo-romains : le bas-relief du musée de Sens », Revue archéologique de l’Est, 32, 1971, p. 393-401. Roger Ling, Roman Painting, Cambridge, Cambridge University Press, 1991, p. 215-216. Alix Barbet, « Les peintres au travail. Moulage d’une sculpture en bas-relief », dans Annamaria Ciarallo, Ernesto de Carolis, Alix Barbet (éd.), Pompéi. Nature, sciences et techniques (catalogue d’exposition Homo faber. Natura, scienza e tecnica nell’antica Pompei, Naples, Los Angeles, Munich, Paris, 1999-2001), Milan, Electa, 2001, p. 265, fig. G.
20 Cette terminologie est empruntée à « l’édit du maximum » de Dioclétien, en 301 (Edictum de pretiis rerum uenalium 7, 6-7), qui fixe les prix maximums de biens et de services pour bloquer l’inflation. Dans ce texte de loi, le pictor imaginarius est l’artisan le mieux payé (150 deniers par jour, contre 75 pour un peintre non spécialisé, 60 pour un mosaïste – et, à titre de comparaison, 25 pour un manœuvre agricole). D’après la restitution de Roger Rees, Diocletian and the Tetrarchy, Édimbourg, Edinburgh University Press, 2004, p. 139-146.
21 Bordeaux, musée d’Aquitaine, inv. 60.1.82 Milieu du IIe siècle de n. è. Calcaire. Marie-Sophie Caruel, « L’attitude des artisans gallo-romains à l’égard du travail manuel. Étude de l’iconographie lapidaire funéraire », Kentron, 32, 2016, p. 113-134 (http://kentron.revues.org/842), p. 121-121, fig. 3.
Voir en dernier lieu Amalie Skovmøller, Facing the Colours of Roman Portraiture, Berlin/Boston, De Gruyter, 2020, p. 124-126.
22 Saint Petersburg, Musée de l’Ermitage, Maria Nowicka, « Le sarcophage de Kertch », dans Au royaume des ombres. La peinture funéraire antique (IVe siècle avant J.-C.-IVe siècle après J.-C.), catalogue de l’exposition, Musée et site archéologique de Saint-Romain-en-Gal/Vienne, 1998-1999, Paris, RMN, 1998, p. 66-70. Bernard Goldman, « The Kerch Easel Painter », Zeitschrift für Kunstgeschichte, 62, 1, 1999, p. 28–44. Pascal Burgunder, « Dialogue intime avec la mort : le discours funéraire du sarcophage de Kertch », dans Norbert Zimmermann (éd.), Antike Malerei zwischen Lokalstil und Zeitstil, Akten des XI. internationalen Kolloquiums der AIPMA, 13–17 September 2010 in Ephesos, Vienne, Österreichische Akademie der Wissenschaften, 2014, p. 689–694.
23 La boîte à couleur des peintres à l’encaustique est par ailleurs attestée par des sources littéraires (Varron, Res rusticae, 3, 17) et archéologiques (par exemple à Délos : Philippe Bruneau, « Deliaca. Plateau à 30 cases carrées », Bulletin de Correspondance Hellénique, 99, 1975, p. 311, fig. 32). Ida Baldassarre, Angela Pontrandolfo, Agnès Rouveret, Monica Salvadori, La peinture romaine de l’époque hellénistique à l’Antiquité tardive, Arles, Actes Sud, 2006, p. 304-306.
24 Hypothèse de Susan Walker (éd.), Ancient Faces : Mummy Portraits from Roman Egypt, New York, Routeledge, 2000, p. 20, suivie notamment par Jane Fejfer, Roman Portraits in Context, Berlin, New York, De Gruyter, 2008, p. 156, Michael Squire, « Roman Art and the Artist », dans Barbara E. Borg (éd.), A Companion to Roman Art, Blackwell Companions to the Ancient World, Malden, Oxford, Chichester, Wiley Blackwell, 2015, p. 178 et Nathaniel B. Jones, Painting, Ethics and Aesthetics, Cambridge, Cambridge University Press, 2019, p. 89-90.
25 Sur la tradition républicaine de récompenser les personnages illustres en inscrivant leur portrait dans des boucliers et en l’exposant dans leur domus et sur le forum, Pline l’Ancien, Histoire naturelle, 35, 3 et 12. Harriet I. Flower, Ancestor masks and aristocratic power in Roman culture, Oxford, Clarendon Press, 1996.
26 Voir en dernier lieu Amalie Skovmøller, Facing the Colours of Roman Portraiture, Berlin/Boston, De Gruyter, 2020, p. 124-126.
27 Le clin d’œil est pour Françoise Frontisi-Ducroux…
28 Naples, Museo Archeologico Nazionale, inv. 9018, provenant de Pompéi, maison du Chirurgien (VI, 1, 10), pièce 19, paroi est. Valeria Sampaolo, « VI, 1, 10. Casa del Chirurgo », dans Ida Baldassarre (éd.), Pompei. Pitture e mosaici, vol. 4, Rome, Istituto del Enciclopedia Italiana, 1993, p. 75, fig. 46.
29 Sur l’identification de ces piliers hermaïques : Stéphanie Wyler, « L’habit fait-il le dieu ? Gestes et parures autour des hermes rustiques dans les images romaines » Archimède (à paraître).
30 Comparer par exemple le geste d’Héraclès contemplant la confection de sa statue sur le cratère à colonnes apulien attribué au Groupe de Boston, des années 360-350 av. n. è. (New York, Metropolitan Museum of Art, inv. 50.11.4).
31 Voir par exemple les pinakes centraux du cubicula B et D de la villa de la Farnésine à Rome (Museo Nazionale Romano, inv. 1118 et 1189).
32 Stéphanie Wyler, « Sacra per topia. Images de rituels dans les paysages ‘sacro-idylliques’ », dans Anne-Françoise Jaccottet (éd.), Rituels en image, images de rituel (à paraître).
33 Vatican, Museo Pio Clementino (Sala degli Animali), inv. 152.
34 Cette recherche reste à faire. Pour l’épigraphie : Nadine Labory, Les métiers de femmes mentionnés dans les inscriptions de Rome et d’Italie, inédit, thèse de 3e cycle, Paris IV, 1983.
35 Ou « Lala », selon les manuscrits : Pline l’Ancien, Histoire naturelle, 35, 147-148 : Pinxere et mulieres: (…) Iaia Cyzicena, perpetua uirgo, M. Varronis iuuenta Romae et penicillo pinxit et cestro in ebore imagines mulierum maxime et Neapoli anum in grandi tabula, suam quoque imaginem ad speculum. Nec ullius uelocior in pictura manus fuit, artis uero tantum, ut multum manipretiis antecederet celeberrimos eadem aetate imaginum pictores Sopolim et Dionysium, quorum tabulae pinacothecas inplent. « Il y a aussi des femmes peintres : (…) Iaia de Cyzique, qui ne s’est jamais mariée, a travaillé à Rome, du temps de la jeunesse de Varron, aussi bien au pinceau qu’au poinçon sur ivoire ; elle fit surtout des portraits de femme : on a d'elle, à Naples, une vieille sur un grand tableau ; elle fit aussi son propre portrait au miroir. Personne n’eut le coup de main plus rapide pour peindre, avec tant d’habileté que ses œuvres se vendaient beaucoup plus cher que ceux des deux plus célèbres portraitistes de son temps, Sopolis et Dionysius, dont les tableaux remplissent les musées. »
36 Françoise Frontisi-Ducroux et Jean-Pierre Vernant, Dans l’œil du miroir, Paris, Odile Jacob, 1997, p. 57.
37 Françoise Frontisi-Ducroux et Jean-Pierre Vernant, Dans l’œil du miroir, op. cit. p. 59-67.
38 On trouve un écho intéressant dans une enluminure du Maître du Couronnement de la Vierge (vers 1402) représentant Marcia peignant son autoportrait, dans une traduction française du De mulieribus claris de Boccace (Paris, BnF, Ms. Fr. 12420, fol. 101 v).
39 L’attitude du satyre n’est pas claire : les interprétations ont varié entre une scène de divination ou une simple consommation de vin. Si la présence du vin est plus que probable dans ce contexte, un jeu de reflet n’est pas nécessairement à exclure. Pour un résumé des positions : Gilles Sauron, La grande fresque de la villa des Mystères, Paris, Picard, 1998, p. 139-140.
40 Naples, Museo Archeologico Nazionale, inv. 10020. iie siècle av. n. è.
41 Sur Narcisse : Françoise Frontisi-Ducroux et Jean-Pierre Vernant, Dans l’œil du miroir, op. cit., p. 201-241. Sur Thétis et le bouclier d’Achille : Françoise Frontisi-Ducroux, « ‘Avec son diaphragme visionnaire : Ἰδυίῃσι πραπίδεσσι’, Iliade XVIII, 481. À propos du bouclier d'Achille », Revue des Études Grecques, 115, 2002, p. 463-484.
42 Naples, Museo Archeologico Nazionale, inv. 9529, provenant de Pompéi, IX, 1, 7 (première moitié du ier siècle av. n. è.).
43 HomÈre, Iliade, 18, 478-607.
44 François Lissarrague, « Le temps des boucliers », op. cit., § 5-6. Klaus Fittschen, Der Schilde des Achilleus, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1973.
45 François Lissarrague, « Le temps des boucliers », op. cit., § 1.
Haut de pageTable des illustrations
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|---|---|
| Titre | Figure 1 |
| Légende | Rome, Ara Pacis augustae, panneau sud-ouest, détail, 13-9 av. n. è. |
| URL | http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/7967/img-1.png |
| Fichier | image/png, 295k |
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| Titre | Figure 2 |
| Légende | Rome, Ara Pacis augustae, panneau nord-ouest, détail, 13-9 av. n. è. |
| URL | http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/7967/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 86k |
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| Titre | Figure 3 |
| Légende | Autel de Caius Manlius, de Cerveteri, vers 10 av. n. è. Musées du Vatican, inv. 9964. |
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| Titre | Figure 4 |
| Légende | Vénus Anadyomène, de Pompéi, maison de la Vénus à la Coquille (II, 3, 3), péristyle 8, détail, in situ. |
| URL | http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/7967/img-4.jpg |
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| Titre | Figure 5 |
| Légende | Relief funéraire de Sens, musée municipal de Sens, IIe siècle d. n. è. |
| URL | http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/7967/img-5.jpg |
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| Titre | Figure 6 |
| Légende | Stèle funéraire du sculpteur Amabilis (Bordeaux, IIe s. de n. è.) |
| URL | http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/7967/img-6.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 132k |
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| Titre | Figure 7 |
| Légende | Sarcophage de Kertch, début du IIe s. d. n. è. Saint Petersburg, Musée de l’Ermitage. |
| URL | http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/7967/img-7.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 50k |
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| Titre | Figure 8 |
| Légende | Pinax de Pompéi, maison du Chirurgien (VI, 1, 10), pièce 19, paroi est. Naples, Museo Archeologico Nazionale, inv. 9018. |
| URL | http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/7967/img-8.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 99k |
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| Titre | Figure 9 |
| Légende | Pompéi, villa des Mystères, oecus 5, paroi est, détail, vers 70 av. n. è., in situ. |
| URL | http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/7967/img-9.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 100k |
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|
| Titre | Figure 10 |
| Légende | Mosaïque d’Alexandre, détail. Naples, Museo Archeologico Nazionale, inv. 10020. IIe siècle av. n. è. |
| URL | http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/7967/img-10.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 101k |
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|
| Titre | Figure 11 |
| Légende | Fresque de Pompéi (IX, 1, 7), première moitié du Ier siècle av. n. è. Naples, Museo Archeologico Nazionale, inv. 9529. |
| URL | http://journals.openedition.org/imagesrevues/docannexe/image/7967/img-11.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 186k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Stéphanie Wyler, « Pictor in tabula ? Jeux de peintres et effets méta-figuratifs dans les images romaines », Images Re-vues [En ligne], Hors-série 9 | 2020, mis en ligne le 01 décembre 2020, consulté le 13 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/imagesrevues/7967 ; DOI : https://doi.org/10.4000/imagesrevues.7967
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