Confort et hygiène dans la haute société européenne (1854-1937)
Résumés
Les Archives nationales (site de Pierrefitte-sur-Seine) conservent une trentaine de fonds d’archives privées d’architectes, dont ceux de Baltard, Labrouste, Laprade, Pouillon, Laurenti, Chemetov ou Destailleur.
Conservées dans la sous-série CP/536AP, les archives d’Hippolyte Destailleur (1822-1893) et de son fils Walter Destailleur (1867-1940) sont essentiellement constituées de plans et couvrent la période allant de 1854 à 1937.
Examiner et comparer ces plans permet de s’interroger sur les critères d’hygiène et de confort de la haute société européenne, en s’intéressant particulièrement aux chambres, aux salles de bains et aux toilettes, et en appliquant une lecture architecturale (nombre de pièces, surface, localisation) et sociale (séparation entre maîtres et domestiques).
Cette synthèse sera suivie d’exemples représentatifs plus détaillés : les hôtels particuliers Masurel à Roubaix, le château de Trévarez, l’hôtel Crillon et le manoir britannique de Farnborough Hill.
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Mots-clés :
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Les sources, périmètres et lacunes
1Interrogeons-nous tout d’abord sur les sources. Que contiennent-elles ? Sont-elles complètes ? Sont-elles fiables ?
- 1 Répertoire numérique détaillé du fonds Hippolyte et Walter Destailleur (1813, 1854-1937), CP/536 A (...)
2Le contenu des archives Destailleur a été répertorié dans les années 1980 ; en 2022, il a été revu et complété par Magali Lacousse, responsable des fonds privés d’architectes1. Les documents sont librement accessibles.
Périmètre
- 2 Chalet construit à Gérardmer (Vosges) en 1892. CP/536AP/60.
3Architectes attitrés de la haute société, les Destailleur père et fils ont construit ou rénové des demeures très diversifiées : châteaux (23 % des dossiers), hôtels particuliers ou pavillons de chasse. Ils ont également construit des résidences de villégiature ou de loisirs, comme un chalet de montagne pour le banquier Louis Cahen d’Anvers2.
4Ils réalisent aussi les tombeaux familiaux (8,50 % des dossiers) des joailliers Cartier (Versailles), de la famille impériale (Camden Place et Farnborough) ou des ducs d’Albe (Loeches).
5Les plans du fonds Destailleur concernent des bâtiments plus inattendus : maison de convalescence, églises (2 % des dossiers), rénovation d’hôtel (Le Crillon), annexe de la mairie du 14e arrondissement de Paris, garages (Renault, Görtz), galeries d’art (Veil-Picard, Paul Rosenberg) ou société de joaillerie (Linzeler-Argenson).
6Les clients appartiennent à la noblesse et à la haute bourgeoisie : Louis Renault, Maurice de Rothschild, Ferdinand de Rothschild, Louis Cahen d’Anvers, le duc de Noailles ou James de Kerjégu, notamment. Protégé de l’impératrice Eugénie, Destailleur se voit confier la rénovation des demeures acquises en Angleterre par la famille impériale déchue, Chislehurst, puis Farnborough Hill.
- 3 Manuel de Iturbe y del Villars (1844-1904), ambassadeur du Mexique en Espagne ; Luis de Errazu y R (...)
7Destailleur père et fils ont également reçu des commandes à l’étranger : en Angleterre, pour le baron Ferdinand de Rothschild (Waddesdon) et Alfred Chester Beatty (Londres) ; en Allemagne, pour le prince de Pless (Berlin) ; en Espagne, pour le compte de l’aristocratie et pour des ambassadeurs ou banquiers mexicains3 (Madrid) ; en Égypte, pour les familles Tamvaco (Alexandrie) et Bacos (Le Caire).
Lacunes
8Constitué exclusivement de plans, le fonds Destailleur manque cruellement de documents susceptibles d’en éclairer le contexte.
9Privés de la correspondance entre les architectes et leurs clients, nous ignorons par exemple quelle a été l’influence de la mode ou, au contraire, le désir de l’originalité, sur les choix architecturaux.
10De même, les plans ne font pas apparaître les actes de la vie quotidienne : un petit nombre de salles de bains ou de toilettes ne signifie pas forcément que les occupants ont une hygiène douteuse, mais simplement qu’ils utilisent des brocs de toilette et des pots de chambre.
- 4 Projets 1 à 5. CP/536AP/98.
- 5 Projet A, B et C. CP/536AP/9 ; CP/536AP/75/A ; CP/536AP/76/B. On apprend que le « premier projet » (...)
- 6 Projets 1 à 4. CP/536AP/46.
11Par ailleurs, le classement ne distingue pas les projets acceptés de ceux qui sont refusés : là encore, aucune explication ne peut être apportée par les archives. Certes, les dossiers les plus complets conservent les projets successifs et permettent de comparer les différentes versions : cinq projets pour Waddesdon Manor4, trois pour l’hôtel Crillon5, quatre pour le château de Mouvaux (Nord)6. Toutefois, l’exploitation en est limitée, car ils concernent surtout la décoration. Certains plans portent la mention « annulé », mais l’annulation ne concerne que le plan, pas forcément le projet lui-même.
12Plus problématique est la paternité des dossiers, car tous les plans ne sont pas signés par les Destailleur : les autres plans ont-ils été dressés par des collaborateurs de l’agence ? S’agit-il simplement de documentation ? Il convient donc d’être particulièrement prudent dans l’attribution des projets.
Chambres, toilettes et salles de bains
Les chambres
La chambre des maîtres
13Traditionnellement, les chambres du propriétaire et celle de son épouse sont séparées entre « la chambre de Monsieur » et « la chambre de Madame », offrant ainsi indépendance et intimité. La séparation est explicite à tous niveaux : elle est spatiale, chacun occupant une aile du bâtiment, voire un étage différent, et elle est esthétique, chaque chambre étant dotée d’une décoration personnalisée. C’est le cas du couple Lenoir en son hôtel particulier sis 12, boulevard Flandrin, dans le 16e arrondissement de Paris [fig. 1 et 2].
Figure 1
Décoration de la chambre de M. Lenoir, Paris, auteur inconnu, 1916, dessin conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/35).
Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales).
Figure 2
Décoration de la chambre de Mme Lenoir, Paris, auteur inconnu, 1916, œuvre conservée aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/35).
Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales).
14Certains hôtels particuliers disposent également d’un salon de coiffure personnel, tels celui de la famille Bacos à Alexandrie (Égypte) [fig. 3] et celui du baron Roger à Paris.
Figure 3
Salon de coiffure de l’hôtel de Charles Bacos (détail), Alexandrie (Égypte), auteur inconnu, 1908, plan conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/99).
Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales).
- 7 CP/536AP/45.
15Les dimensions des chambres sont variables : à l’hôtel Bessonneau (acheté à Luis de Errazu en 1919), la chambre de Monsieur fait 43,5 m2. Des pièces supplémentaires peuvent s’ajouter aux chambres des dames, telles que les « pièces à robes » ou les « pièces d’habillage » (ancêtres du dressing !), d’une superficie pouvant aller jusqu’à 20 m2. Les chambres des pavillons de chasse sont évidemment plus petites, avec 24,75 m2 et 27 m2. Les parquets sont en bois de chêne, en noyer et, dans les combles, en sapin7.
Les chambres d’enfants
16Les enfants disposent la plupart du temps de leur propre chambre, installée le plus souvent au dernier étage : au palais Parcent, à Madrid, ils disposent de chambres individuelles qui communiquent entre elles, au troisième et dernier étage, en face du grenier.
17La jeune fille de la maison bénéficie parfois d’une chambre qui lui est réservée, la « chambre de Mademoiselle » : on la trouve à Waddesdon Manor, au château de Pless en Silésie, et au palais d’Agrela à Madrid (le dormitorio de la niña [fig. 4]). À Pless, la chambre de Mademoiselle occupe l’extrémité d’une aile.
Figure 4
Dormitorio de la niña au palais d’Agrela (détail), Madrid (Espagne), Daniel Zavala, 1907, plan conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/73).
Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales).
- 8 « Le duc Ferdinand d’Orléans, fils aîné du roi Louis-Philippe Ier, s’exprimait couramment dans cet (...)
18Avec l’anglomanie qui se développe nettement à partir des années 1840, apparaît la nurse, chargée d’inculquer une bonne éducation et d’apprendre l’anglais aux enfants. Elle dispose de sa propre chambre, située à côté de celle des enfants et souvent spacieuse. Notons que, jusqu’alors, des précepteurs ou valets germanophones étaient placés auprès des garçons8.
19Les enfants disposent également de salles d’études, de salles de jeux ou de « salles des enfants » polyvalentes [fig. 5] ; elles sont judicieusement installées au rez-de-chaussée ou au sous-sol, afin de les laisser sortir et jouer en plein air une fois leurs leçons terminées ! La surface de la salle des enfants de la famille Masurel, à Roubaix, est de 23 m2.
Figure 5
Salle de jeux des enfants au château de Pierre Flipo (détail), Mouvaux (France), auteur inconnu, 1927, plan conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/89/A).
Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales).
Les chambres des domestiques
20Les chambres de domestiques sont regroupées, soit au rez-de-chaussée, soit au dernier étage. Pour y accéder, il faut emprunter les escaliers de service, qui permettent de circuler sans croiser les maîtres.
- 9 Si sa fonction exacte est inconnue, il est possible qu’elle corresponde à celle de postillon.
21Les chambres sont individuelles, mais leur attribution n’est pas précisée. Certaines sont toutefois réservées aux fonctions les plus prestigieuses de la hiérarchie des domestiques, comme le majordome et la gouvernante. C’est aussi le cas pour le valet de pied et la femme de chambre qui doivent être disponibles à tout moment et, à ce titre, sont logés à proximité de leurs employeurs. À Pless, est réservée la « chambre du nègre [sic] »9.
22Les dimensions des chambres des domestiques sont très variables : à Pless, leur superficie va de 5,70 m2 à 6,60 m2, elle est de 10,40 m2 à Farnborough et de 13,43 m2 au château de La Ronce. Dans le pavillon de chasse de M. Huillier, les deux chambres des domestiques font 9,30 m2 et 13,50 m2, surfaces correctes pour un bâtiment modeste, mais inférieures à celles de la lingerie ou du vestiaire.
Les toilettes
23Les progrès de l’hygiénisme, les innovations scientifiques au service de la santé et l’intervention de l’État en faveur de la salubrité publique améliorent progressivement le quotidien des Français tout au long du xixe siècle.
24Les toilettes sont désignées sous des noms bien différents selon l’époque, l’utilisation et le système d’évacuation : tinettes, lieux, cabinets d’aisances, urinoirs.
25L’adoption des « toilettes à l’anglaise » constitue une nette amélioration du confort et de l’hygiène. Existant en Angleterre depuis le xviiie siècle sous le nom de water closet, elles s’installent dans les foyers bourgeois français vers la fin du xixe siècle. Leur implantation se manifeste dans les plans d’architectes par l’adoption des mots WC, W. Clo., closet, ou anglaises ; au-delà du vocabulaire, elle correspond aussi au système d’installation des toilettes à l’anglaise, comprenant un pilier, une cuvette, une chasse d’eau avec son réservoir et un abattant.
26Les devis nous renseignent sur les matériaux utilisés : porcelaine, faïence, grès cérame. Le carrelage du sol est de préférence en grès cérame, un mélange d’argile et de silice choisi pour ses qualités idéales, puisqu’il est résistant à l’usure, ne craint pas les taches, ne retient pas les bactéries et est d’une porosité quasiment nulle.
- 10 « Les murs des WC et des urinoirs doivent être recouverts de briques vernissées blanches marquées (...)
27La couleur est le blanc, couleur symbolique de la propreté et de l’hygiène ; les toilettes britanniques s’autorisent plus de fantaisie, en prévoyant que les « WC and urinal building to be faced with white glazed bricks shewn by red lines10 ».
- 11 CORBIN Alain, Le Miasme et la Jonquille. L’odorat et l’imaginaire social, xviiie – xixe siècles, P (...)
28La localisation des toilettes obéit à un seul impératif, être la plus éloignée possible ! D’une part, parce qu’elles sont source de mauvaises odeurs11 ; d’autre part, pour préserver la tranquillité des occupants. Afin d’obtenir l’intimité et l’aération requises, les toilettes doivent être installées à l’écart et s’ouvrir directement sur l’extérieur.
29Trouver un tel endroit est un casse-tête pour l’architecte ! Destailleur loge les toilettes au bout d’une galerie, au fond d’un dégagement, sous ou à côté des escaliers [fig. 6], dans une tour, etc. Lorsque c’est possible, elles sont installées à côté de pièces elles-mêmes éloignées des zones de vie : caves, garage, vestiaire, armoire, pièce à robes, monte-charge, lingerie, garde-manger, porte-manteau, monte-plat, chauffage du bain, débarras, bagagerie ou salle des archives.
Figure 6
Toilettes situées au pied des escaliers, hôtel de Pourtalès (détail), rue Tronchet, 8e arrondissement, Paris, auteur inconnu, fin xixe siècle, plan conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/23).
Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales).
- 12 CP/536AP/9.
30Les fenestrons des toilettes donnent souvent sur une courette, une cour de service ou un jardin. Au quatrième étage de l’hôtel Crillon, trois WC s’ouvrent sur la même courette12.
31La séparation est aussi sociale : les maîtres et les domestiques utilisent des toilettes différentes, ces dernières étant dénommées « WC des gens », « WC des domestiques » ou « lieux des gens » [fig. 7].
Figure 7
Séparation entre toilettes des domestiques et lavabo-toilettes des maîtres, manoir de Kerdro (détail), Clohars-Carnoët (Finistère), Walter Destailleur, v. 1910, plan conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/45).
Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales).
32La séparation des toilettes concerne également les hommes et les femmes, comme à l’hôtel Crillon ou à Farnborough Hill.
33Toutes ces contraintes ont un impact sur les dimensions de la pièce, très variables : la largeur va de 0,80 à 2,20 m, et la profondeur de 1,65 à 3,70 m.
Les salles de bains
Cabinet de toilette ou salle de bains ?
- 13 ELEB Monique, « La mise au propre en architecture. Toilette et salle de bains en France au tournan (...)
34Jusqu’en 1900 environ, les habitations des milieux aisés séparent nettement le cabinet de toilette (ou toilette) et la salle de bains13. Destiné à la coiffure et aux petites ablutions quotidiennes, le cabinet de toilette est pourvu de table et de miroir ; dévolue au lavage du corps et caractérisée par la présence d’une baignoire, la salle de bains est un simple espace fonctionnel et occasionnel.
- 14 Plan du 1er étage du château de la Ronce, 21 septembre 1933. CP/536AP/44.
35Cette séparation tend à disparaître à partir des années 1900 au profit d’une pièce unique ; toutefois, elle ne disparaît pas totalement puisque, en 1933, le château de la Ronce, à Fontaine-sous-Jouy (Eure), dispose encore de ces deux pièces bien distinctes14.
36Élément de la toilette intime, le bidet peine à trouver une place spécifique : au premier étage du château de la Ronce, il est à la fois dans la salle de bains et dans le cabinet de toilette.
Chauffage et éclairage
37À l’hôtel d’Alexandrine de Rothschild, avenue du Bois-de-Boulogne à Paris, la société de chauffage Geneste, Herscher et Compagnie fixe la température idéale de chacune des trente-trois pièces à 18 °C dans les pièces et à 20 °C dans les salles de bains [fig. 8] ; par ailleurs, le froid qui s’engouffre en passant par le vide de l’escalier est combattu grâce à du double vitrage.
38Le chauffage est assuré par des calorifères et fonctionne au charbon, au mazout ou au gaz ; ce dernier est encore peu répandu au début du xxe siècle, car il est cher : une certaine Mme Dolff en bénéficie dans son hôtel du 7, rue Newton, à Paris, en 1904-1905 [fig. 9].
Figure 8
Chauffage de l’hôtel d’Alexandrine de Rothschild : température des pièces 22, 23, 23a et 24 (détail), Paris, Walter Destailleur, v. 1922, plan conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/33).
Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales).
Figure 9
Installation d’un chauffage par le gaz chez Mme Dolff, Paris, auteur inconnu, v. 1904, dessin conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/35).
Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales).
- 15 Destailleur s’interroge : « Voir pour le chauffage, un poêle ou une cheminée ? ». Terrasse Ouest, (...)
39La cheminée est conservée et utilisée dans tous les contextes : dans la salle de réunion des domestiques15, dans un petit cabinet de toilette (château de la Ronce), comme ornement néo-classique (château de Trévarez, Saint-Goazec, Finistère), etc.
40L’éclairage artificiel est essentiellement électrique : le plan d’éclairage du deuxième étage de l’hôtel Lenoir (boulevard Flandrin, Paris 16e) montre un contraste entre la salle de bains, pourvue de deux luminaires seulement, et le cabinet de toilette, logiquement très éclairé afin que la maîtresse de maison puisse se contempler aisément dans son miroir [fig. 10].
Figure 10
Plan d’éclairage du deuxième étage de l’hôtel Lenoir, boulevard Flandrin, Paris 16e, auteur inconnu, 1916, conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/35).
Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales).
Les matériaux
41Les matériaux sont la porcelaine, la faïence et le marbre ; le cuivre nickelé est utilisé, mais il se ternit quand il est exposé à l’air. Au palais de Parcent à Madrid, le dallage est en mosaïques de marbre et d’or, qui inspire également le revêtement mural [fig. 11]. Contrairement aux toilettes, les salles de bains ne cherchent pas à être monochromes : la décoration casse la monotonie et donne de la profondeur et de la gaîté à la pièce, en jouant sur les couleurs, les matériaux, les formats et le sens de la pose du carrelage [fig. 12].
Figure 11
Projets de revêtement de salle de bains pour le duc et la duchesse de Parcent (détail), Madrid (Espagne), auteur inconnu, 1922, dessin conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/100).
Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales).
Figure 12
Revêtements de salles de bains à l’hôtel Crillon (détail), Paris, 8e arrondissement, auteur inconnu, 1908, dessin conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/9).
Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales).
Le style américain
- 16 La Construction moderne, 11 août 1900.
42Les styles architecturaux américains (Victorian et Queen Ann, notamment), installent les toilettes dans la salle de bains. C’est lors de l’Exposition universelle de Paris que cette innovation est présentée par les sociétés new-yorkaises Motts Iron Works et Standard Baths16.
43Les avantages sanitaires sont la salubrité et la facilité d’entretien. Pour les architectes, c’est une simplification apportée à la conception d’un bâtiment et au circuit de la plomberie. De leur côté, les hôtels adoptent la salle de bains à l’américaine pour gagner en surface : pendant les travaux de transformation de l’hôtel Crillon, Walter Destailleur reçoit une publicité de l’entreprise américaine Trenton Potteries Company (Trenton, New Jersey), qui présente une salle de bains complète et rutilante [fig. 13].
Figure 13
Projet de salle de bains pour l’hôtel Crillon par The Trenton Potteries Company, Paris, 1907, document conservé aux archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/9).
Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales).
- 17 CP/536AP/89/A.
- 18 La Construction moderne, 11 août 1900.
44Toutefois, cette solution ne parvient pas à s’implanter dans les demeures privées françaises, où les toilettes doivent rester cachées. Certains aménagements « mixtes » intègrent les toilettes aux salles de bains, mais dans une pièce distincte fermée par une porte17. La maison française Porcher offre une autre solution dans ses salles de bains de luxe, en dissimulant les toilettes sous un fauteuil et en masquant le réservoir de la chasse d’eau par un caisson en forme d’horloge18.
Des hôtels particuliers : les Masurel, à Roubaix (Nord)
45Les négociants Émile Masurel et son fils Ernest possèdent chacun un hôtel particulier, sis de part et d’autre de l’avenue Gustave Delory, à Roubaix. Des travaux de rénovation y sont engagés entre 1927 et 1928.
Hôtel d’Émile Masurel, 33 avenue Gustave-Delory
46Destailleur réalise au moins deux versions, un projet de transformation et un plan. Les transformations ont pour but d’augmenter la surface des pièces et de fluidifier les espaces de circulation.
Le rez-de-chaussée
47Dans le projet, le vestibule d’entrée a une surface de 10 m2, une largeur de 4,20 m et il donne sur un grand hall. Sur le plan, le vestibule voit sa surface augmentée à 18 m2, mais sa largeur est réduite à 3,40 m et il est désormais plus profond que large. Avec la disparition du grand hall, il ouvre directement sur le grand salon et la salle à manger.
48Dans le projet, les toilettes sont placées à l’extrémité du vestiaire, au pied du grand escalier ; sur le plan, elles sont plus grandes, sont pourvues d’un urinoir et bénéficient d’un lavabo adjacent.
| Surface dans le projet | Surface dans le plan | |
| Vestibule | 10 m2 | 18 m2 |
| Vestiaire | 5 m2 | 7, 15 m2 |
| Toilettes | 1,10 m2 environ | 1,75 m2 |
| Grand Hall | 49 m2 | Remplacé par le grand escalier |
49Le personnel circule dans une zone séparée par l’escalier de service, dont les marches font 0,90 m de large. Les pièces utilitaires au rez-de-chaussée sont la cuisine, la laverie et l’office.
Le premier étage
50Le projet prévoit quatre chambres : celles de M. Masurel et de son épouse sont séparées par un boudoir. Signe de confort moderne, trois chambres sur quatre disposent de leur « toilette » attenante, la pièce désignant en l’occurrence une salle de bains pourvue d’une baignoire, d’un évier et d’un bidet. Celle de Madame offre une surface de 17,40 m2 et jouxte une garde-robe.
51Les modifications apportées par le plan sont destinées à fluidifier les espaces de circulation, en créant ou agrandissant le palier, les couloirs, les dégagements et l’escalier : la bibliothèque disparaît ainsi au profit du grand escalier, désormais plus majestueux avec des marches de 1,79 m de large.
52Elles apportent également un confort supplémentaire : le boudoir est remplacé par le cabinet de toilette de Monsieur, désormais trois fois plus vaste !
| Surface dans le projet | Surface dans le plan | |
| Bibliothèque | 20 m2 | Remplacée par le grand escalier |
| Grand escalier | 11 m2 | 29 m2 |
| Boudoir | 20 m2 | Devient la toilette de Monsieur |
| Toilette de monsieur | 6 m2 environ | 20 m2 |
53Concernant les toilettes, le premier étage dispose d’un WC. Celui du projet cumule les défauts d’être trop visible et dépourvu de fenêtre : celui du plan rétablit les bonnes pratiques en le reléguant au fond du débarras et en ajoutant un fenestron. Une fosse septique de la société Rivière « de type D pour six personnes » est validée.
54Enfin, recherche de lumière naturelle et décoration Art déco expliquent la présence de portes vitrées avec un « dessus vitré » au-dessus de l’office, de la laverie et de la garde-robe.
Hôtel d’Ernest Masurel, 24, avenue Gustave-Delory
- 19 Ernest Masurel est né à Roubaix le 9 octobre 1886 et décédé à Roubaix le 26 septembre 1974.
- 20 Marcelle Huet est née à Roubaix le 26 août 1895. Le mariage a été célébré à Lille le 9 février 191 (...)
55Vers novembre 1927, Ernest Masurel19 confie à Walter Destailleur la rénovation de sa propriété sise au 24, avenue Gustave-Delory, où il réside avec son épouse Marcelle Huet20 et leurs trois enfants.
56Au rez-de-chaussée, on trouve un hall, un bureau, une salle à manger et un salon, qui occupent les quatre cinquièmes de la longueur du bâtiment ; le cinquième restant est occupé par les pièces réservées au personnel : cuisine, office, rangement et salle à manger.
57Le premier étage est attribué à la famille et aux invités qui disposent de huit chambres, deux WC et deux salles de bains. La famille Masurel comptant cinq membres, le ratio s’élève à 1 pour 2,50 personnes, ce qui offre un confort certain.
58Le deuxième étage est celui du personnel : il compte neuf chambres et deux salles de rangement. L’absence de toilettes laisse supposer que les domestiques utilisent des pots de chambre.
59Après le décès d’Ernest Masurel, le 26 septembre 1974, la propriété est vendue, de même que les tableaux, œuvres d’art, boiseries et marbres. La maison est cédée au promoteur Ferret Savinel avant d’être détruite et remplacée par un lotissement en 1979.
Un château : Trévarez, à Saint-Goazec (Finistère)
60Le domaine de Trévarez appartient à James Montjaret de Kerjégu (1846-1908). De 1893 à 1907, il fait construire par Walter Destailleur un château pourvu d’aménagements luxueux, confortables et modernes. Bombardé le 30 juillet 1944 par la Royal Air Force, le château a été acquis en 1968 par le conseil général du Finistère.
Un exemple d’historicisme éclectique
- 21 Par exception, les appartements privés sont décorés dans le style Art nouveau.
- 22 Projet de carrelage Louis XII no 1, novembre 1902. CP/536AP/87/B.
- 23 Détail des lucarnes, 24 décembre 1897. CP/536AP/87/B.
- 24 Détail d’une cheminée monumentale, 21 janvier 1903. CP/536AP/87/B.
61L’historicisme consiste à construire un bâtiment neuf en lui donnant l’apparence d’un bâtiment ancien. Destailleur multiplie les éléments architecturaux et décoratifs, afin de donner au château une apparence tout à la fois néo-gothique, Renaissance, baroque et néo-classique21 : à l’extérieur, par un carrelage orné du motif héraldique de l’hermine de Bretagne22, par des lucarnes à pilastre surmontées de fleurs de lys23 et par de faux mâchicoulis ; à l’intérieur, par une cheminée monumentale (2,25 m de large sur 3 m de haut24) et des plafonds à caissons dans la salle à manger et le grand salon.
Le maître de maison et les invités
62Les chambres à coucher bénéficient de critères de confort assez remarquables.
63Située au rez-de-chaussée et précédée d’une antichambre, celle du maître de maison (34,60 m2) ouvre sur un grand cabinet de toilette (26,20 m2), lequel donne accès à la salle de bains et à des toilettes séparées. L’espace intime est attenant à l’espace professionnel, le bureau, décoré dans le style Art nouveau.
- 25 Plan du 2e étage, 6 janvier 1898. CP/536AP/87/B.
64Au second étage se trouvent neuf chambres numérotées25, d’une surface allant de 19,30 m2 à 37 m2. Leur attribution (famille, invités, domestiques) n’est malheureusement pas précisée sur le plan d’étage. Signe d’un confort particulièrement luxueux, les chambres nos 3 à 7 sont pourvues d’un cabinet de toilette et de WC privatifs ; de même, l’une des trois salles de bains met à disposition deux chauffe-linges.
Les domestiques
65Au niveau des caves, les domestiques ont leur salle à manger et une salle de réunion ; les toilettes sont constituées d’un WC, de trois urinoirs et d’un lavabo.
66À l’entresol, le valet de chambre de Monsieur et le gardien du château ont chacun une chambre, d’une surface respective de 26 m2 et 25 m2 ; chacune dispose d’un cabinet de toilette attenant avec WC.
- 26 Plan du 3e étage, [mi-janvier 1898]. CP/536AP/87/B.
67Le troisième étage compte quinze chambres individuelles plus une vaste chambre de service : huit disposent d’un cabinet de toilette privé. Les occupants de l’étage ont à leur disposition deux baignoires, trois WC et deux postes d’eau. Une mention manuscrite indique qu’une femme de chambre était logée à cet étage, mais sans préciser dans quelle chambre26.
- 27 Plan du 4e étage, 9 février 1898. CP/536AP/87/B.
68Le quatrième étage est réservé au grenier et à la lingerie (38,6 m2) : la lingère occupe une chambre de 22,25 m2 et ses toilettes sont logées au fond du débarras27.
Un hôtel : le Crillon, à Paris
69Après le décès de Marie Louise Amélie de Berton des Balbes de Crillon, l’hôtel est vendu en 1906 à la Société des Grands Magasins et à l’hôtel du Louvre, ainsi que deux immeubles sis aux numéros 4 et 6 de la rue Boissy-d’Anglas. Les bâtiments sont transformés en hôtel de luxe par Walter Destailleur entre 1906 et 1908. L’hôtel Crillon est inauguré le 11 mars 1909.
Les chambres
- 28 Vue en élévation et vue en plan des cabines des ascenseurs, 27 novembre 1908. CP/536AP/10.
70Pour accéder aux étages, les clients empruntent l’ascenseur : construites par la société Edoux et Cie, les cabines d’ascenseurs 5904 et 5905, en acajou ciré, sont garnies de glaces claires sur les faces avant et arrière et de glaces étamées sur les faces latérales28.
71La hauteur sous plafond des chambres est de 3,20 m (chambre 104) et de 3,90 m (chambre 349).
72Plusieurs styles de décoration sont proposés : anglais, Louis XV, Pompadour, Louis XVI, citronnier et moderne.
73Six chambres sont réservées aux domestiques : trois au quatrième étage (pièces nos 422, 422 bis et une sans numéro) et trois au cinquième étage (pièces nos 544, 546 et une sans numéro).
Les cabinets de toilette
- 29 Aménagement des cabinets de toilette no 2, 30 octobre 1907 et 2 novembre 1907. CP/536AP/75/B.
74Le nombre d’éléments et leur aménagement varient selon les chambres29.
| Éléments présents dans le cabinet de toilette | Numéro des chambres |
| Lavabo + WC | 68 ; 178 ; 278 ; 310 ; 318 ; 407 ; 411. |
| Lavabo + WC + baignoire | 52 ; 53 ; 56 ; 63 ; 109 ; 152 ; 217 ; 308 ; 309 ; 314 ; 402 ; 415. |
| Lavabo + WC + baignoire + bidet | 101 ; 159 ; 160 ; 209 ; 221 ; 312. |
75Les « toilettes-bains » ou « bains-toilettes » sont les plus courantes : elles incluent une baignoire, un lavabo et des WC. Les surfaces sont de 13,8 m2 (chambre 103), 13,1 m2 (chambre 203) ou 4,90 m2 (chambre 52).
Les toilettes
- 30 Plan du rez-de-chaussée, 25 janvier 1907. CP/536AP/75/B.
76Les toilettes sont souvent séparées entre les hommes et les femmes : au rez-de-chaussée, des toilettes Dames et des toilettes Messieurs desservent les chambres 20 et 22, de même qu’une toilette dames et un lavabo-toilette Messieurs sont accessibles au fond de la galerie d’honneur30. Les termes « Dames » et « Messieurs » renvoient au vocabulaire hôtelier, chic et déférent.
- 31 Plan du rez-de-chaussée, Projet C, s. d. CP/536AP/75/A.
- 32 Plan du 5e étage, 24 décembre 1907. CP/536AP/75/B.
77L’hôtel devant assurer le bien-être de sa clientèle, Destailleur ne néglige aucun détail : entourant sur un plan des toilettes mal positionnées, il note : « Voir éclairage et ventilation des WCL31 ». Au cinquième étage, il crée spécialement un petit espace extérieur pour l’« aération des WC et de la toilette32 ».
78Leur localisation est également prise en compte afin de les éloigner des zones de passage : on les trouve au bout de la galerie d’honneur, à côté de la bagagerie, au fond de la laverie, de l’argenterie, etc.
Un manoir britannique : Farnborough Hill, à Farnborough (Angleterre)
79Situé à Farnborough (Hampshire), le manoir de Farnborough Hill a été construit vers 1860. Il est vendu aux enchères le jeudi 17 juin 1880 à partir de 14 heures à l’Auction Mart de Tokenhouse Yard, à Londres. Son style néo-Tudor est qualifié de « perfect specimen of the early english style of architecture ».
80L’annonce de sa vente donne lieu à la publication d’une description publicitaire détaillée du manoir, ce qui permet de découvrir les critères de confort et d’organisation sociale anglais.
Bâtiments des maîtres de maison
81Le bâtiment est construit en trois parties, séparées par des portes vitrées : la première est celle du propriétaire ; vient ensuite un corridor, passage intermédiaire à la fois spatial et symbolique, entre le bâtiment principal (les maîtres) et l’aile (les domestiques) : il est occupé par le majordome (butler) et la gouvernante (house keeper) ; enfin vient l’aile attribuée aux domestiques et à la cuisine [fig. 14].
Figure 14
Plan du rez-de-chaussée du manoir de Farnborough Hill, Farnborough (Angleterre), auteur inconnu, 1880, conservé aux archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/66).
Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales).
82Le bâtiment principal se caractérise par des pièces spacieuses, à commencer par le Hall et le Inner Hall, endroits d’accueil et de représentation. Le descriptif de vente ne lésine pas sur les superlatifs pour vanter la qualité des prestations handsome, magnificent, delightful, first-class et charming. Les parquets sont en chêne et en noyer. Le salon principal est la plus vaste pièce, et est orienté vers l’est et le sud, afin de bénéficier du meilleur ensoleillement ; il a toutefois été prévu de casser une luminosité trop directe en plaçant des bay window triangulaires (triangular oriel window).
83Une autre caractéristique anglaise est la fonction interchangeable des pièces : la salle d’étude (school room) et le fumoir (oak room) sont contigus et peuvent être réunis en une grande salle à manger de 12,2 m de long sur 6,1 m de large. De même, la salle à manger d’origine peut se transformer en salle de billard.
84Aux étages sont situées les chambres : le premier étage compte huit chambres principales et deux dressings, tandis qu’au premier étage de l’aile se trouvent six chambres dites secondaires.
85Le chauffage est assuré par le gaz, et des heating coils sont installés dans le fumoir. De plus, chaque pièce dispose d’une cheminée.
86Les salles de bains sont toutefois peu nombreuses : aucune n’est indiquée sur le plan du rez-de-chaussée, tandis que le descriptif indique seulement « well fitted Bath room » au second étage.
87On dénombre au moins cinq toilettes séparées : trois au rez-de-chaussée, quatre au premier étage, et au moins une au second étage (« W.C. Adjoining »). Leur localisation au rez-de-chaussée est particulièrement bien pensée : l’une est située dans le corridor, accessible depuis le Inner Hall, c’est-à-dire l’endroit central du bâtiment principal ; les deux autres, situées dans l’aile, sont accessibles par l’arcade donnant sur la cour ou par l’extérieur.
Aile des domestiques
88L’architecture des châteaux anglais prévoit traditionnellement une zone réservée aux domestiques appelée servants’ quarters. Elle comporte notamment la cuisine, la souillarde et le garde-manger. Les domestiques disposent d’une salle commune utilisée comme salle à manger (servants’ hall). Le second étage leur est également dévolu, avec huit chambres.
Rénovation par Destailleur
89Réfugiée en Angleterre, l’impératrice Eugénie achète Farnborough Hill pour 50 000 livres et Destailleur procède aux travaux destinés à le moderniser. Demeure d’une princesse veuve et exilée, le manoir n’a pas vocation à abriter des mondanités exubérantes : les pièces de réception et le hall sont donc réduites ou réaffectées.
90La bibliothèque devient la chambre à coucher de l’impératrice, tandis que la gentleman's room attenante devient son cabinet de toilette. Le hall est réduit, afin de permettre l’installation de toilettes.
91En 1908, Walter Destailleur se charge également de créer des salles de bains supplémentaires, qui manquaient dans la version d’origine de 1860, et de les rapprocher des chambres : une salle de bains est installée à côté d’une chambre au premier étage ; le tablier est en marbre et les travaux sont réalisés par l’entreprise W. J. Burroughes and Sons [fig. 15].
Figure 15
Nouvelle salle de bains au manoir de Farnborough Hill, Farnborough (Angleterre), auteur inconnu, 1908, plan conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/66).
Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales).
92Pour les toilettes, il crée au rez-de-chaussée un espace réservé et séparé : après une entrée se trouvent des toilettes lavabos pour les dames et des toilettes lavabos pour les messieurs ; de grandes dimensions, chacune dispose d’un WC et s’ouvre sur trois fenêtres.
93Les toilettes des domestiques ne subissent pas d’augmentation notable : ils ont à leur disposition deux WC au rez-de-chaussée, à côté de leur salle de billard. Au deuxième étage, il n’y a toujours qu’un seul W. Closet pour neuf chambres.
94Les plans d’architectes du fonds Destailleur permettent de mieux connaître l’évolution sociale, technique et esthétique du confort et de l’hygiène dans la haute société entre 1854 et 1937. Grâce à sa fortune, celle-ci s’offre des installations innovantes, où la salubrité s’associe au confort : une version moins chère, rendue possible par l’emploi de matériaux plus économiques, leur permet de se diffuser ensuite dans le reste de la société.
Notes
1 Répertoire numérique détaillé du fonds Hippolyte et Walter Destailleur (1813, 1854-1937), CP/536 AP/1-CP/536A/100, par Magali Lacousse, Archives nationales, Pierrefitte-sur-Seine. Référence FRAN_IR_059520.
2 Chalet construit à Gérardmer (Vosges) en 1892. CP/536AP/60.
3 Manuel de Iturbe y del Villars (1844-1904), ambassadeur du Mexique en Espagne ; Luis de Errazu y Rubio de Tejada, banquier.
4 Projets 1 à 5. CP/536AP/98.
5 Projet A, B et C. CP/536AP/9 ; CP/536AP/75/A ; CP/536AP/76/B. On apprend que le « premier projet » a été modifié par M. Honoré le 4 janvier 1907.
6 Projets 1 à 4. CP/536AP/46.
7 CP/536AP/45.
8 « Le duc Ferdinand d’Orléans, fils aîné du roi Louis-Philippe Ier, s’exprimait couramment dans cette langue, par l’habitude de la parler à un valet de chambre saxon qui ne l’avait pas quitté depuis l’âge de ses sept ans. », in BOIGNE Éléonore-Adèle d’Osmond comtesse de, Mémoires de la comtesse de Boigne, née d’Osmond, éd. Jean-Claude Berchet, Paris, Mercure de France, coll. « Le Temps retrouvé », 1999, tome II, p. 571.
9 Si sa fonction exacte est inconnue, il est possible qu’elle corresponde à celle de postillon.
10 « Les murs des WC et des urinoirs doivent être recouverts de briques vernissées blanches marquées de lignes rouges » (notre traduction).
11 CORBIN Alain, Le Miasme et la Jonquille. L’odorat et l’imaginaire social, xviiie – xixe siècles, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1982.
12 CP/536AP/9.
13 ELEB Monique, « La mise au propre en architecture. Toilette et salle de bains en France au tournant du siècle (1880-1914) », Techniques & Culture, nos 54-55, 2010, p. 588-609, disponible en ligne, https://journals.openedition.org/tc/5023 [lien valide en septembre 2023].
14 Plan du 1er étage du château de la Ronce, 21 septembre 1933. CP/536AP/44.
15 Destailleur s’interroge : « Voir pour le chauffage, un poêle ou une cheminée ? ». Terrasse Ouest, projet de salle en sous-sol du château de Trévarez, 16 février 1900. CP/526AP/87/B.
16 La Construction moderne, 11 août 1900.
17 CP/536AP/89/A.
18 La Construction moderne, 11 août 1900.
19 Ernest Masurel est né à Roubaix le 9 octobre 1886 et décédé à Roubaix le 26 septembre 1974.
20 Marcelle Huet est née à Roubaix le 26 août 1895. Le mariage a été célébré à Lille le 9 février 1914.
21 Par exception, les appartements privés sont décorés dans le style Art nouveau.
22 Projet de carrelage Louis XII no 1, novembre 1902. CP/536AP/87/B.
23 Détail des lucarnes, 24 décembre 1897. CP/536AP/87/B.
24 Détail d’une cheminée monumentale, 21 janvier 1903. CP/536AP/87/B.
25 Plan du 2e étage, 6 janvier 1898. CP/536AP/87/B.
26 Plan du 3e étage, [mi-janvier 1898]. CP/536AP/87/B.
27 Plan du 4e étage, 9 février 1898. CP/536AP/87/B.
28 Vue en élévation et vue en plan des cabines des ascenseurs, 27 novembre 1908. CP/536AP/10.
29 Aménagement des cabinets de toilette no 2, 30 octobre 1907 et 2 novembre 1907. CP/536AP/75/B.
30 Plan du rez-de-chaussée, 25 janvier 1907. CP/536AP/75/B.
31 Plan du rez-de-chaussée, Projet C, s. d. CP/536AP/75/A.
32 Plan du 5e étage, 24 décembre 1907. CP/536AP/75/B.
Haut de pageTable des illustrations
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|---|---|
| Titre | Figure 1 |
| Légende | Décoration de la chambre de M. Lenoir, Paris, auteur inconnu, 1916, dessin conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/35). |
| Crédits | Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales). |
| URL | http://journals.openedition.org/insitu/docannexe/image/39539/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 786k |
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| Titre | Figure 2 |
| Légende | Décoration de la chambre de Mme Lenoir, Paris, auteur inconnu, 1916, œuvre conservée aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/35). |
| Crédits | Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales). |
| URL | http://journals.openedition.org/insitu/docannexe/image/39539/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 289k |
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| Titre | Figure 3 |
| Légende | Salon de coiffure de l’hôtel de Charles Bacos (détail), Alexandrie (Égypte), auteur inconnu, 1908, plan conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/99). |
| Crédits | Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales). |
| URL | http://journals.openedition.org/insitu/docannexe/image/39539/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 339k |
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| Titre | Figure 4 |
| Légende | Dormitorio de la niña au palais d’Agrela (détail), Madrid (Espagne), Daniel Zavala, 1907, plan conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/73). |
| Crédits | Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales). |
| URL | http://journals.openedition.org/insitu/docannexe/image/39539/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 221k |
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| Titre | Figure 5 |
| Légende | Salle de jeux des enfants au château de Pierre Flipo (détail), Mouvaux (France), auteur inconnu, 1927, plan conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/89/A). |
| Crédits | Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales). |
| URL | http://journals.openedition.org/insitu/docannexe/image/39539/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 334k |
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| Titre | Figure 6 |
| Légende | Toilettes situées au pied des escaliers, hôtel de Pourtalès (détail), rue Tronchet, 8e arrondissement, Paris, auteur inconnu, fin xixe siècle, plan conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/23). |
| URL | http://journals.openedition.org/insitu/docannexe/image/39539/img-6.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 213k |
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| Titre | Figure 7 |
| Légende | Séparation entre toilettes des domestiques et lavabo-toilettes des maîtres, manoir de Kerdro (détail), Clohars-Carnoët (Finistère), Walter Destailleur, v. 1910, plan conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/45). |
| Crédits | Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales). |
| URL | http://journals.openedition.org/insitu/docannexe/image/39539/img-7.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 300k |
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| Titre | Figure 8 |
| Légende | Chauffage de l’hôtel d’Alexandrine de Rothschild : température des pièces 22, 23, 23a et 24 (détail), Paris, Walter Destailleur, v. 1922, plan conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/33). |
| Crédits | Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales). |
| URL | http://journals.openedition.org/insitu/docannexe/image/39539/img-8.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 281k |
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| Titre | Figure 9 |
| Légende | Installation d’un chauffage par le gaz chez Mme Dolff, Paris, auteur inconnu, v. 1904, dessin conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/35). |
| Crédits | Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales). |
| URL | http://journals.openedition.org/insitu/docannexe/image/39539/img-9.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 287k |
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| Titre | Figure 10 |
| Légende | Plan d’éclairage du deuxième étage de l’hôtel Lenoir, boulevard Flandrin, Paris 16e, auteur inconnu, 1916, conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/35). |
| Crédits | Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales). |
| URL | http://journals.openedition.org/insitu/docannexe/image/39539/img-10.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 620k |
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| Titre | Figure 11 |
| Légende | Projets de revêtement de salle de bains pour le duc et la duchesse de Parcent (détail), Madrid (Espagne), auteur inconnu, 1922, dessin conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/100). |
| Crédits | Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales). |
| URL | http://journals.openedition.org/insitu/docannexe/image/39539/img-11.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 247k |
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| Titre | Figure 12 |
| Légende | Revêtements de salles de bains à l’hôtel Crillon (détail), Paris, 8e arrondissement, auteur inconnu, 1908, dessin conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/9). |
| Crédits | Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales). |
| URL | http://journals.openedition.org/insitu/docannexe/image/39539/img-12.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 239k |
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| Titre | Figure 13 |
| Légende | Projet de salle de bains pour l’hôtel Crillon par The Trenton Potteries Company, Paris, 1907, document conservé aux archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/9). |
| Crédits | Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales). |
| URL | http://journals.openedition.org/insitu/docannexe/image/39539/img-13.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 341k |
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| Titre | Figure 14 |
| Légende | Plan du rez-de-chaussée du manoir de Farnborough Hill, Farnborough (Angleterre), auteur inconnu, 1880, conservé aux archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/66). |
| Crédits | Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales). |
| URL | http://journals.openedition.org/insitu/docannexe/image/39539/img-14.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 377k |
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| Titre | Figure 15 |
| Légende | Nouvelle salle de bains au manoir de Farnborough Hill, Farnborough (Angleterre), auteur inconnu, 1908, plan conservé aux Archives nationales – site de Pierrefitte-sur-Seine (CP/536AP/66). |
| Crédits | Reproduction Magali Lacousse (Archives nationales). |
| URL | http://journals.openedition.org/insitu/docannexe/image/39539/img-15.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 388k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Magali Lacousse, « Confort et hygiène dans la haute société européenne (1854-1937) », In Situ [En ligne], 51 | 2023, mis en ligne le 25 septembre 2023, consulté le 11 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/insitu/39539 ; DOI : https://doi.org/10.4000/insitu.39539
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