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Les rapports entre l’Heptateuchdichter et Claudius Marius Victorius : questions méthodologiques et chronologie relative

Michele Cutino

Résumés

Cet article tente de définir des critères valables pour évaluer la dépendance éventuelle de l'Alethia de Claudius Marius Victorius par rapport à l'Heptateuchos du Pseudo-Cyprien, ou inversement, partant d'un examen critique des opinions de Pollmann 1992 et Jakobi 2010. Les exemples considérés, à la lumière des critères établis, suggèrent de plus en plus que c'est Marius Victorius qui reprend discrètement – on ne peut certainement pas parler d'émulation  – des matériaux de l'Heptateuchos en les insérant dans un texte rhétoriquement et exégétiquement plus élaboré, tandis que les critères stylistiques selon lesquels il serait improbable qu'un poète plus raffiné comme Marius Victorius ait puisé dans un poème moins solide (en apparence) sur le plan formel comme l'Heptateuchos, s'avèrent faux et trompeurs à une analyse objective, le Ps.-Cyprien montrant qu'il a sa propre ratio compositive basée avant tout sur la combinaison de modèles virgiliens plutôt que sur l'évocation d'auteurs chrétiens contemporains.

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Texte intégral

  • 1 Gennade de Marseille, dans son Liber de viris illustribus (fin du Ve s. ) mentionne un Victorinus, (...)
  • 2 On peut citer comme essais généraux de référence Petringa 2016 et Cutino 2023a, mais il manque une (...)
  • 3 Il s’agit de D’Auria 2014 pour le premier livre et de Staat 1952 pour le deuxième.

1Le sujet que j'aborde aujourd'hui, la relation entre l'Alethia de Claudius Marius Victorius et l'Heptateuchos d'un auteur anonyme, est à la fois l'un des plus débattus dans les contributions scientifiques et l'un de ceux qui sont abordés de manière intermittente et pas toujours avec des méthodologies pertinentes. L'intermittence est démontrée par le saut chronologique que nous constatons dans l'intérêt pour le sujet : beaucoup de recherches entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, un long silence ensuite, et la reprise de l'intérêt seulement à partir de la fin du siècle dernier, mais sans qu'aucune analyse exhaustive n'ait encore été produite sur le sujet. Cette intermittence suit évidemment la tendance des études sur l'Heptateuchos, car la perspective avec laquelle les données ont été examinées est généralement dictée par l'intention de trouver un terminus ante ou post quem pour un tel poème, pour lequel, en raison de son anonymat, nous manquons d'éléments externes, à travers l'Alethia, qui, selon la notice de Gennade de Marseille sur Claudius Marius Victorius1, devrait probablement avoir été composé dans le deuxième quart du cinquième siècle, ayant, de tout façon, comme terminus ante quem, 450. Cette perspective est légitime, mais évidemment partielle, car le point de vue de Claudius Marius Victorius présente également un intérêt certain, puisque la dépendance à l'égard de l'Heptateuchos pourrait éventuellement fournir des indications précieuses sur la manière dont l'orateur marseillais se rapporte à ses sources chrétiennes, notamment paraphrastiques. Et de l’état encore peu avancé des études sur l'Heptateuchos, malgré le renouveau de ces dernières décennies2, ainsi que du fait qu'à l'exception du premier livre et d'une partie du second, nous ne disposons pas de commentaires complets pour l'Alethia3, dépend évidemment la non-exhaustivité des analyses menées.

Le status quaestionis

  • 4 Dans un travail réalisé il y a quelque temps, Cutino 2016, j’ai identifié des similitudes avec cett (...)
  • 5 Avec lesquel il existe des points de contact contextuels indéniables, comme le montrent exod. 171 = (...)
  • 6 Les documents disponibles sont bien plus nombreux que ce qui ressort de l'édition de Pollmann 1991, (...)

2Mais nous nous intéressons davantage à la question méthodologique qui est au cœur de ma réflexion et de ma démarche. Tout d'abord, je voudrais souligner que traiter la question de la datation de l'Heptateuchos uniquement dans une direction binaire, c'est-à-dire dans son rapport à un autre auteur, est utile mais non convaincant ; il est clair que des indications plus fiables ne peuvent venir que d'un examen comparatif avec d'autres auteurs comme Sédulius ou Avit de Vienne, mais aussi des auteurs et des poèmes qui n'appartiennent pas au même genre littéraire, et je pense ici en particulier au Carmen de Providentia Dei4 au De evangelio du Ps.-Hilaire5 et au Carmen adversus Marcionitas6, qui montrent qu'ils entretiennent des relations avec la dictée de l'Heptateuchos.

  • 7 Becker 1889, p. 38-41, voir en particulier p. 41 : «de tempore uero Marii Victoris, ut ad propositu (...)
  • 8 En effet, comme nous l'avons déjà dit, le seul terminus ante quem pour la composition de l'Alethia (...)
  • 9 Best 1891, p. 57-58.
  • 10 Peiper 1891, p. XXV-XXVI, lequel de façon plus cerrecte place l’Heptateuchos entre 396 – terminus p (...)
  • 11 Stutzenberger 1903, p. 17.
  • 12 Hass 1912, p. 40.
  • 13 Collina 1913, p. 12-15.
  • 14 Voir ce que Collina, 1913 affirme à la p. 12: « le rassomiglianze che si osseravano nel Genesis cip (...)

3Cela dit, les premières contributions sur la relation Heptateuchos-Alethia sont nées avec la première monographie produite sur le poème du Ps.-Cyprien, celle de K. Becker en 18897, bien que K. Schenkl en 1888 dans son édition de l'Alethia dans le volume 16/1 du CSEL ait déjà fourni toute une série de loci similes entre les deux poèmes. Becker fixe le terminus ante quem de l'Heptateuchos à 425 parce que Marius Victorius aurait repris des passages de ce poème dans l'Alethia8. Cette perspective est également adoptée par la monographie de H. Best9 en 1891 et par R. Peiper10 également en 1891 dans son édition de l'Heptateuchos, toujours la seule existante aujourd'hui. Mais elle est tout aussi rapidement contestée : A. Stutzenberger en 190311, W. Haas en 191212 et surtout M. Collina en 1913 inversent la relation13. Je souligne que le changement de direction dépend essentiellement non pas des nouvelles données disponibles, mais de la considération différente que ces savants ont de l'intertexte biblique de référence, en particulier pour Claudius Marius Victorius, qui n'aurait pas la Vulgate comme texte biblique fondamental de référence, mais plutôt l'une des Versiones Antiquae, et ne serait pas nécessairement postulé comme postérieur à l'Heptateuchdichter. Je souligne également que Collina, sur la base de l'utilisation de clausules et d'expressions similaires chez les deux auteurs, est le premier à avancer une justification stylistique pour la relation de dépendance : selon lui, il serait invraisemblable qu'un versificateur médiocre comme l’Heptateuchdichter ait pu inspirer un poète beaucoup plus grand et plus compétent comme Marius Victorius14.

  • 15 Roberts 1985, p. 93-94.
  • 16 McBride 2017, p. 57.
  • 17 Pollmann 1992, p. 490–501, en part. p. 499-500.
  • 18 Ibid., p. 498.
  • 19 En effet, Pollmann 1992, p. 500–501 rapproche du v. 634, où on mentionne Natus et Altor comme les d (...)
  • 20 Lestrade 2023.
  • 21 Cutino 2023b.
  • 22 Schmalzgruber 2017, p. 113-135. La savante ne remet pas pour autant en cause à la datation traditi (...)

4Après ces essais, il y a eu, comme je l’ai dit, un long silence, interrompu seulement par des références au problème dans des essais avec une perspective plus large − c'est le cas, exempli gratia, de M. Roberts15 dans son mémorable essai de 1985, postulant la dépendance de l'Alethia par rapport à l'Heptateuchos, et de Patrick McBride16 plus récemment en 2017, qui place l'Heptateuchos au début du cinquième siècle, et donc avant l'Alethia. Il faut attendre K. Pollmann pour que la question soit reconsidérée sur des bases plus solides. Et ce, compte tenu du fait que la plupart des consonances entre les deux poèmes, relevées par les chercheurs que nous avons mentionnés, sans toutefois les replacer dans un contexte textuel plus large, se révèlent très fragiles à un examen attentif. Pollmann, en effet, dans son étude de 199217, conclut qu'il est impossible d'établir laquelle des deux œuvres précède l'autre, parce que les correspondances entre les deux textes soit sont assez vagues, soit se retrouvent chez d'autres auteurs, païens ou chrétiens, soit s'expliquent à la lumière de l'hypotexte biblique de référence, ou de l'influence de l'exégèse patristique. Par ailleurs, Pollmann, dans la dernière partie de son essai, identifie brièvement sur d'autres bases la datation relative de l'Heptateuchos, à savoir l'utilisation de praenoscit de la Vulgate18, dans les deux paraphrases de gen. 15, 13, concernant la révélation à Abraham après le sacrifice exigé de lui par Dieu, et la provenance présumée de l'exégèse augustinienne des éléments relatifs aux trois apparaissant à Abraham à Mambré en gen. 18-1919, mais sur le caractère infondé de ces références, R. Lestrade20 et moi-même, étudiant l’épisode du sacrifice d’Abraham21, nous avons déjà répondu respectivement dans les contributions parues dans le volume collectif Das Alte Testament in des Dichtung des Antike (2023). C'est plus ou moins dans la perspective de Pollmann que s'inscrit H. Schmalzgruber dans son essai de 201722 sur le Liber Geneseos, qui considère qu'il est assez difficile de trancher la question de la dépendance, bien qu'elle incline personnellement, pour des raisons toujours de cohérence stylistique, à tracer dans l'Alethia un modèle possible de l'Heptateuchos.

  • 23 Jakobi 2010.

5Nous arrivons ainsi à la dernière contribution expressément consacrée au problème, celle de R. Jakobi23, qui reprend l'argument stylistique de Collina mais sur une base tout à fait différente : se référant à cinq cas en tout, dont trois seront examinés par moi dans cet article, et dont l'un concerne la révélation d'Abraham avant le sacrifice rituel que lui impose Dieu, sur laquelle dans l’essai que j’ai déjà mentionné, j'ai argumenté en faveur d'une dépendance de Marius Victorius à l'égard de l'Heptateuchdichter, Jakobi observe que dans de tels cas la lecture de l'Alethia apparaît plus organique et stylistiquement plus cohérente, tandis que celle de l'Heptateuchos présenterait diverses incohérences − expressions pléonastiques, lacunes de style évidentes, inexactitudes linguistiques ou expressions ne convenant pas pour rendre l'hypotexte biblique paraphrasée − ce qui amène Jakobi à postuler de manière décisive que « Viktors Werk ist des Praetext des Heptateuchdichters», ce dernier ayant traité les éléments stylistiques de l'Alethia de manière maladroite et avec une technique centonaire.

  • 24 Cf. https//poblam.u-strasbg.fr.
  • 25 Lestrade 2021.

6À la lumière de ce débat critique, je m'apprête à fournir des éléments d'appréciation à travers des exemples pertinents, pour lesquels je suis aussi en partie redevable au commentaire de Renaud Lestrade sur le Liber Geneseos, poursuivant dans le cadre de l'ANR PoBLAM24, mais sans le finaliser, ce qu'il avait fait dans sa thèse de 202125. Je tiens à dire d'emblée que les raisons stylistiques peuvent avoir leur importance, mais qu'elles sont trompeuses, car elles peuvent avoir une double interprétation opposée : c'est-à-dire que la démonstration que le Ps.-Cyprien banalise ou gaspille par une diction poétique maladroite les expressions beaucoup plus appréciables de l'Alethia, peut être parfaitement renversée en postulant la répétition plutôt discrète et circonstancielle par Marius Victorius des iuncturae de l'Heptateuchos, insérées dans une diction beaucoup plus articulée et harmonieuse. Bref, ce ne serait certainement ni le premier ni le seul cas où un poète d'un calibre supérieur - à supposer que de telles catégories soient pertinentes, et j'en doute, car la marge de subjectivité est trop grande - fait référence à des auteurs d'un calibre inférieur. Les seuls critères qui ont de la valeur à mes yeux sont donc des critères objectifs, à savoir : 1) si l'un des deux auteurs doit nécessairement recourir à l'autre pour exprimer une certaine expression/iunctura ; 2) si les iuncturae en question peuvent être expliquées à la lumière de la pratique de composition de l'un ou l'autre auteur ou du contexte différent dans lequel les passages sont insérés.

7Les six exemples que j'ai choisis, tous tirés de la Genèse, peuvent servir d'exemples pour identifier ces lignes méthodologiques, faisant, tout d’abord la distinction entre cas similaires non contraignants et cas significatifs de dépendance, et vérifier dans ces derniers cas s'il est possible d’identifier certains éléments qui puissent permettre de faire des hypotheses vraisemblables sur la direction de cette dérivation.

Cas similaires non contraignants

Le troisième jour de la création

Gen. 9-14

accipit inmensus errantia litora pontus,  

multiplices rapiens ualidis cum tractibus amnes: 10

tertia  lux faciem terrarum fulua retexit,

arida mox posito narratur nomine Terra.

Florea uentosis consurgunt germina campis

pomiferique simul procuruant brachia rami.

Aleth. 1, 85-92

Tertia  lux  tumidos stupuit discedere fluctus, 85

cum deus impulsis reliqui iam gurgitis undis

aereis magnum spatiis patefecit inane.

Arida tunc primum mundi pars ima retectam

ostendit faciem tremefactaque numine uerbi

caerula nudatas cinxerunt aequora terras. 90

Quas uario raptim iussas uiridescere fetu

luxuriosa nouo texerunt germina limo

  • 26 Pour un commentaire ponctuel de ce passage du Liber Geneseos, cf. Lestrade 2021, p. 239-240.
  • 27 Cf. Verg., Aen. 3, 117 ; 11, 210 ; Proba, Cento 95 ; 649.
  • 28 Schmalzgruber 2017, p. 113.
  • 29 Vet. Lat. Gen. 1, 9-11 : Et dixit deus ‘congregetur aqua quae sub caelo est in congregatione(m) una (...)
  • 30 Cf. Ambr., hex. 3, 3, 14 : non enim diceret [sc. scriptura] ‘visa est terra’, nisi retectam vellet (...)
  • 31 Par ailleurs, Avit de Vienne (carm. 1, 14-15 : Iam Pater omnipotens librantis pondere Verbi / undiq (...)
  • 32 Ambr., hex. 2, 4, 17. 19-5, 20 : consideremus quid sit quod ait dominus ‘Congregetur aqua in unam c (...)

8Le premier concerne la création du troisième jour26, déjà signalée par Schenkl à propos de l'expression Tertia lux, mais ensuite sous-estimé en raison de la dérivation virgilienne de cette expression27 − Schmalzgruber parle d'« imitation virgilienne secondaire »28 − et parce que l'incipit arida des deux compositions, faisant référence au retrait des eaux et à l'apparition de la terre, auparavant invisible, s'expliquerait à la lumière de l'hypotexte biblique commun de la Vetus Latina29. En effet, ces deux concordances sont enrichies par l'emploi commun de retegere faciem, que l'on ne trouve que dans les deux textes poétiques, et que l'on retrouve également dans l'Hexameron ambrosien30, sous une forme plus proche de celle de Marius Victorius. L'emploi de arida mérite tout d'abord l'attention : le Ps-Cyprien l'emploie comme substantif, en paraphrasant fidèlement gen. 1, 10, « Dieu appela terre l'étendue aride », et cela sans se poser le problème de l'incohérence avec le fait que le terme « terre » est déjà employé par lui dans la réécriture de l'In principio, alors que dans l'Alethia c'est un adjectif de mundi pars ima31. En cela, Marius Victorius semble prendre en compte deux préoccupations qui se retrouvent bien chez Ambroise32, à savoir l'explication de gen. 1, 10 à la lumière du fait que l'Écriture indiquerait, par une sorte de métonymie, la nature de la terre à travers le terme de sa qualité principale, et la présence problématique de gen. 1, 10 dans la seule version des Septante/Veteres Latinae, mais non dans le texte hébreu et dans les autres traductions. Par conséquent, si c'est le Ps. Cyprien qui fait écho à Marius Victorius, nous devrions postuler une correction de la part du premier plus directement dans le sens de l'hypotexte de la Vetus, alors que dans le sens inverse Marius Victorius manifesterait dans sa réécriture une préoccupation exégético-textuelle plus subtile et complètement ignorée par l'Heptateuchdichter. Sans compter que, si l'on se tourne vers les éléments contextuels, le Ps.-Cyprien suit une perspective de réécriture qui lui est propre et dans laquelle, pour des raisons probablement de synthèse, le retrait des eaux et la création des mers sont associés à la séparation entre les eaux au-dessus du firmament et les eaux au-dessous du firmament le deuxième jour − voir v. 9-10 accipit inmensus errantia litora pontus, tandis qu'au v. 11 − la tertia lux révèle l’aspect de la terre, alors que chez Marius Victorius cette expression est syntaxiquement connectée, voir v. 85 Tertia lux tumidos stupuit discedere fluctus, au retrait des eaux qui permet ainsi à la terre de montrer son visage, conformément à la succession des séquences de gen 1, 10 ; il peut ainsi se permettre de faire référence aux mers qui entourent la terre au v. 90 caerula nudatas cinxerunt aequora terras, versus aureus, riche en résonances classiques, reproduit ensuite dans la structure du v. 92 luxuriosa novo texerunt germina limo.

Les offrandes de Caïn et Abel

Gen. 136-145

binos e germine  fetus

continuo genitor diuersis nuncupat orsis;

Cainis  hic  nomen habet, cui iunctus Abelus  

Innocuas multa seruabat cura bidentes:

ast alius curuo terram uertebat aratro. 140

Hi cum perpetuo ferrent sua dona Tonanti,

dissimiles fructus sensu suadente dedere.

Nam prior uberibus fuerant quae prosata glaebis,

obtulit, ast alius miti se deuouet agno,

exta gerens sincera manu adipemque niualem 145

Aleth. 2, 207-211. 215-219

quorum qui maximus aeuo

arua  Cain  duris uertebat pinguia rastris;

at uiuo gaudere lucro dignissimus Abel

collibus aut nudis aut sicci germine campi 210

innocuas pascebat oues et lacte parentes.

Sacras prior impedit aras 215

frugibus ille nouis, niueo magis hic litat agno,

prima sacerdotum species, mox hostia fratris

impia, sed signo iam tunc imbuta futurae

indicioque piae.

  • 33 Pollmann 1992, p. 499.
  • 34 Jakobi 2010, p. 126-127.
  • 35 Cf. gen. 408 ; 432 ; 438 ; 562.
  • 36 Vet. Lat. Gen. 4, 1-2 : et cognovit Adam mulierem suam et concepit et peperit Cain et dixit ‘adquis (...)
  • 37 Cf. exod. 101-102 Cutino : Hae molles sibi commissas cum cura bidentes /servabant.
  • 38 Cf. Verg., georg. 2, 513 : Agricola incurvo terram dimovit aratro ; Lvcr., 5, 933 : nec robustus er (...)
  • 39 Cf. Alc. Avit., carm. 5, 255-256 : quocumque loco mitis mactabitur agnus / atque cibo sanctum porre (...)
  • 40 Cfr. exod. 988-989: rubram sanguinis undam /nil festis prodesse tuis adipemque niualem ; exod. 196  (...)
  • 41 Chrom., serm. 23, 2 : Cain de fructibus terrae munera obtulit, quia terrena erat cogitatio eius ; A (...)
  • 42 Pavl. Nol., epist. 32, 26, vv. 5-6: sub cruce sanguinea niveo stat Christus in agno, / agnus ut inn (...)
  • 43 Cf. Alc. Avit. carm. 6, 29-30 : viventem ducens ad sancta altaria fetum / innocuis sonuisse deo bal (...)

9En ce qui concerne le second cas, celui des différentes offrandes de Caïn et d'Abel, si pour Pollmann33 la coïncidence sur le terme innocuae se référant aux troupeaux d'Abel n'est pas du tout convaincante en soi parce que derrière elle se trouve la tradition patristique qui associe Abel comme bon pasteur à l'innocence des animaux dont il s'occupe, Jakobi34 en fait, au contraire, l'un des cas où le Ps. Cyprien aurait maladroitement utilisé certains éléments stylistiques de Marius Victorius. En effet, la prétendue intervention « péjorative » du Ps.-Cyprien par rapport à Marius Victorius postulée par Jakobi découle d'une lecture inadéquate des passages : pour le savant, la présentation de Caïn chez Marius Victorius serait cohérente parce qu'il a précisé au v. 207 qu'il est le premier-né (maximus aevo), et qu'il peut donc bien le définir prior plus tard au v. 215 ; au contraire, le Ps.-Cyprien présente les deux frères comme un couple issu d'Adam et Eve, voir v. 136-137, sans préciser la primogéniture, de sorte que lorsqu'il définit également Caïn comme prior, antérieur, ce détail serait incongru. Or, outre le fait que l'Heptateuchdichter est souvent incongru, l'exemple que nous venons d'examiner du changement de nom de la terre est éloquent, mais les exemples seraient nombreux, à commencer par le changement du nom de Sara en Sarra dont nous allons nous occuper, ce personage étant toujours appelé Sarra dans le Liber geneseos35 ; dans ce cas, cependant, le jugement de Jakobi est fallacieux parce que le Ps. Cyprien, comme le montre bien la comparaison avec l'hypotexte de la Vetus36, indique indirectement la primogéniture de Caïn en définissant Abel comme ajouté à lui, conformément à la lecture scripturaire adiecit parere. Ajoutons à cela le fait que le Ps.-Cyprien se montre parfaitement adhérent au recit biblique en respectant la structure chiastique de gn 4, 1-2 dans la présentation des deux frères, c'est-à-dire naissance de Caïn − naissance d'Abel − commerce d'Abel − commerce de Caïn. On ne peut donc ni étayer une prétendue incohérence de l'Heptateuchdichter, ni soutenir sa dépendance à l'égard de Marius Victorius, en orientant dans cette direction les affinités trouvées entre les deux passages sur la base de l'utilisation de prior. De plus, ces affinités sont plutôt ténues : Jakobi souligne que la coïncidence dans l'emploi d'innocuas pour les brebis dont s'occupe Abel s'accompagne non seulement de la prétendue incohérence de prior, mais aussi de vers construits de manière similaire, respectivement le v. 140 du Liber Geneseos et le v. 208 de l'Alethia, ainsi que d'une manière similaire de qualifier l'agneau offert par Abel, mitis dans le Ps. Cyprien, niveus dans Marius Victorius. À cet égard, je voudrais souligner que : 1) les expressions du v. 139 contenant innocuas rentrent dans l'usage du poète, bien documenté par un passage de l'Exode37 ; 2) la manière dont le Ps.-Cyprien construit le v. 140 est totalement autonome par rapport au v. 208 de Marius Victorius, et surtout les expressions du v. 140 renvoient à des exemples virgiliens et lucrétiens utilisés aussi ailleurs par le poète38 ; 3) d’autre part, dans sa construction, le v. 208 de l'Alethia apparaît complètement autonome par rapport aux exemples classiques. Si l'on se tourne vers le contexte, on constate que miti...agno de gen 144, iunctura que l'on trouve appliqué chez Avit de Vienne au sacrifice eucharistique de l'agneau mystique39, est en accord avec la qualification innocuas des bidentes du v. 139, et en général avec les attributs qui accompagnent les offrandes : les exta sont sincera, du moins si l'on ne veut pas assumer une licence métrique en la référant plutôt à manu, mais il s'agit probablement d'une ambivalence intentionnelle, et la graisse est nivalis, adjectif que l'Heptateuchdichter emploie souvent dans le poème en tonalité chromatique pour indiquer le blanc40 : ce sont autant d'éléments qui évoquent de façon cohérente la pureté de ce qui est offert par Abel et la relient explicitement à une intentionnalité différente entre les deux frères qui émerge précisément de la qualité des différentes offrandes, comme il ressort du v. 142, cette idée appartenant à la tradition patristique41. Par ailleurs, niveo... agno, au v. 216 de l'Alethia, explicite la qualification de l'agnus dans une tonalité résolument symbolique, comme le montre le commentaire qui suit aux v. 217-219, et se réfère à l'exemple de Paulin de Nole42. D'autre part, Marius Victorius souligne plutôt que l'objet des soins d'Abel sont les êtres vivants, comme Avit le fait probablement à sa suite en employant aussi l'adjectif innocuus43, et d'autre part il insiste beaucoup sur les éléments descriptifs, si l'on peut dire plutôt secondaires par rapport à l'intrigue et à l'interprétation biblique, des activités des deux frères, Caïn retournant les champs féconds avec des râteaux durs, les collines et les champs où paissent les troupeaux d'Abel étant dénudés et secs. En bref, j'aurais beaucoup de mal à penser que le Ps.-Cyprien ait pu s'inspirer de ce passage ou de prétendre qu'il l'a 'maltraité'.

L’ivresse de Noé

Gen. 347-352

Accipit hoc meritum domino donante propheta,

uitis ut inuentor delibet candida uina.

quem propere expletum cyathis somnoque grauatum

derisit Chamus, de quo Channana iuuentus 350

nascitur et proceris dixit de nomine gentem,

fratribus ostentans nudatum membra parentem.

Aleth. 3, 71-76

Forte Noe Domini celebrat dum laetus honores,

indulgens epulis et dulcia pocula libans

persensit uiuos latices somnoque  grauante

uictus membra toro posuit neglecta fideli:

et reuoluta simul uestis secreta retexit 75

corporis ac risum tibi, Cham deterrime, mouit.

  • 44 Cf. Verg., Aen. 6, 520-521 : Tum me confectum curis somnoque gravatum / infelix habuit thalamus; Ov(...)
  • 45 Ambr., Noe 29, 111 : non dixit : « uinum bibit », neque « iustus uinum ebibit », sed « de uino », h (...)
  • 46 Ambr., Abr. 1, 6, 58 : Noe iustus deceptus est, quia uini uis adhuc ignorabatur ; . Hier epist. 22 (...)

10Même dans le troisième cas que nous prenons en considération, l'ivresse de Noé, on peut parler d'expressions similaires dans un contexte identique, en l'occurrence la clause somnoque gravatum de gen. 349 et celle avec variante somnoque gravante d'Alethia 3, 73, et l'utilisation respectivement de delibo/libo pour indiquer la consommation de vin de la part de Noé. À cet égard, je me limite à deux observations : 1) la clausule du Ps.-Cyprien a une dérivation virgilienne, l'ensemble du v. 349 étant construit en image miroir comme Aen. 6, 52044, tandis que somnoque gravante de l'Alethia est une attestation unique ; 2) l'usage de delibo/libo fait évidemment référence à la consommation de vin non excessive, il y a une correspondance significative dans le De Noe d’Ambroise45, justifiant évidemment l'accident survenu au patriarche. On voit bien que Marius Victorius s'inscrit clairement dans cette ligne de justification, puisque selon lui, célébrant la nouvelle alliance avec Dieu de l'humanité survivante, Noé boit avec tempérance, dulcia pocula libans du v. 72, mais c'est la force enivrante du liquide inconnu qui le fait vaciller puis s'effondrer sans vergogne sur son lit : ici aussi la concordance avec la ligne justificative des Pères est notable46. Dans gen. 347-348 le Ps.-Cyprien permet à Noé, conformément aux préceptes de gen. 9, 20 cultivateur de la vigne, de jouir du vin, mais il en abuse et tombe donc dans un profond sommeil : il est intéressant de noter comment la mesure − le delibet − est imposée par Dieu et Noé contrevient de façon nette car il est finalement expletum cyathis. Si les deux textes sont liés, comme pourrait le suggérer l'utilisation d'un lexique commun, il semblerait ici aussi plus probable de postuler la valorisation de certains échos de l'Heptateuchos par Marius Victorius avec des éléments « correctifs » au sens exégétique.

Le changement de nom d’Abraham et de Sarah

Gen. 581-585

Gentibus innumeris genitor ductorque futurus,

percipiens placidas per grandia tempora  sedes.  

Quin etiam solito de nomine grandior exit,

dum decus adiectum uocalis littera ducit,

et  Sara  quae fuerat, mandatur  Sarra  uocari. 585

Aleth. 3, 603-609

Et simul, ut uero sibi crederet argumento

innumeras gentes propria de stirpe creandas, 604

hoc ipsum ut resonent, commutans nomina dixit:

"Littera te renouet, te syllaba plena reformet,

ut non Sara tibi coniunx, sed Sarra uocetur,

et tu non Abram, sed nomine clarior aucto

Abraham populis posthac uocitere futuris”.

  • 47 Pollmann 1992, p. 495.
  • 48 Voir respectivement Ov., Pont. 2, 1, 22; Sil., 16, 172; Avien., orb. terr. 315; Pavl. Nol., carm. 1 (...)
  • 49 Cf. Ambr., Abr. 1, 4, 27 : Mutat ei nomen littera addita, ut de Abram vocetur Abraham.

11Le quatrième cas concerne le changement de nom d'Abraham et Sarah, que Pollmann47 relègue au rang de « die Übereinstimmungen... vage und allgemein », parce qu'elle prend en considération gen. 581 gentibus innumeris et Alethia 3, 604 innumeras gentes, et à cet égard elle a parfaitement raison : les deux tournures ont des intertextes de référence autonomes48. Mais le passage présente également la clausule Sarra vocari / Sarra vocetur ainsi que des expressions similaires aux vv. 583 de nomine grandior exit decus adiectum et 3, 609 nomine clarior aucto. Ici aussi, quelques observations : 1) les deux auteurs associent ensemble le changement de nom du patriarche et celui de son épouse Sarah qui dans l'intertexte biblique de référence sont séparés, respectivement gen. 17, 5 et 17, 15, mais dans d'une manière différente : dans le Liber geneseos les deux changements sont simplement juxtaposés, dans l'Alethia, au contraire, les deux changements de nom sont dans une relation de cause à effet avec une seule intention attribuée directement à Dieu, voir v. 606 Littera te renovet te syllaba plena reformet ; 2) l'Heptateudichter au v. 584 relie avec une voyelle ajoutée le plus grand honneur conféré à Abraham par le changement de nom : une observation qui en fait n'est pas philologiquement correcte car les lettres sont au nombre de deux Abram > Abraham, mais qui trouve une concordance intéressante dans le De Abraham d’Ambroise49, qui parle de littera addita, malgré la forme rapportée de manière complète du changement de nom, ce qui suggère qu'en fait les auteurs avaient en tête la translittération de la forme grecque Αβραὰμ, et en ce sens l'ajout d'une voyelle dont parle le Ps.-Cyprien est parfaitement à sa place ; dans l’Alethia la situation est plus complexe car dans le discours direct de Dieu on parle d'une lettre qui renouvelle et d'une syllabe entière qui transforme, l'objet est toujours le pronom personnel te, donc on pourrait penser que les deux expressions font référence à Abraham, mais en fait la première concernant la lettre ajoutée ne peut se référer qu'à Sara qui devient Sarra, tandis que la seconde renvoie à Abram qui devient Abraham, et en ce sens Marius Victorius parle correctement d'une syllabe et non d'une lettre. Là aussi je ne vois pas comment peut-on postuler une dépendance de l'Heptateuchos à l'égard de l'Alethia ou, pour reprendre les mots de Jakobi, son utilisation maladroite par le Ps.-Cyprien, alors que, en raison de la présentation intimement et philologiquement liée des deux changements de nom dans l’Alethia, il serait plus simple, à la limite, de postuler le contraire.

Le péché des Sodomites

Gen. 642. 645-649

Ecce furens tota procurrit turba Gomorrae

seditione truci circumdans atria Lotis,

atque uiros poscens tumido delitigat ore.

Ille memor pacis temptat mollire frementes 645

atque etiam  natas  cupide  dementibus offert,

ut licito potius luxu peruersa uoluptas

aestuet, a simili disiungens turpia sexu.

Sed nil dicta mouent.

Aleth. 3, 698-703

mollire furentis

Loth  cupiens  natas, quibus illibata manebat

uirginitas, offert quos plebs uoluisset in usus, 700

per sexum factura minusa. Sed corda profana

uile putant quodcumque licet gaudentque uetari,

ut sit quod cupiant.

a. Ambr., Abr. 1, 6, 52 : offerebat sanctus Loth filiarum pudorem. Nam etsi illa quoque flagitiosa inpuritas erat, tamen minus erat secundum naturam coire quam aduersus naturam delinquere. Praeferebat domus suae uerecundiae hospitalem gratiam etiam apud barbaras gentes inuiolabilem.
  • 50 Pollmann 1992, p. 495.
  • 51 Jakobi 2010, p. 128-129.
  • 52 Ambr., Abr. 1, 6, 52 : offerebat sanctus Loth filiarum pudorem. Nam etsi illa quoque flagitiosa inp (...)
  • 53 Cf. Alc. Avit. carm. 6, 569-570 : Nunc iterum duros precibus mollire furores / temptat.

12Le cinquième cas clôt la série de ces exemples. Les deux passages concernent l'épisode raconté en gen 19 des Sodomites qui entendent abuser des deux anges, invités par Lot dans sa maison ; c’est pourquoi ce dernier propose en vain aux Sodomites de prendre ses deux filles à leur place. Pollmann50 se limite à énumérer l'analogie entre les clausules respectivement de l'Heptateuchos et de l'Alethia mollire frementes et mollire furentis, reléguant les passages parmi ceux pour lesquels elle n'a pas trouvé de parallèles dans les sources patristiques. Jakobi51 en fait, au contraire, l'un des exemples de la « chute stylistique » de l’Heptateuchos, l'identifiant notamment dans le frementes de gen. 645 moins efficace par rapport à furentis d'Alethia 3, 698, et dans la transformation maladroite en adverbe cupide en gen. 646 du verbe cupio qui dans Alethia 3, 698-699 régit la iunctura mollire furentis. Les deux passages semblent, cependant, avoir des contacts significatifs également en raison de la tournure natas offert faisant référence à Lot et d'éléments de commentaire qui visent à expliquer cette décision de Lot comme découlant du choix du « moindre mal », c'est-à-dire de permettre aux Sodomites d'exprimer leur convoitise d'une manière conforme à la nature plutôt que contre nature, et cela, une fois de plus, selon une ligne interprétative patristique bien illustrée par un passage du De Abraham d'Ambroise52 : l'expression plus synthétique et édulcorée per sexum factura minus dans Alethia 3, 701 et le vv. 647-648 beaucoup plus explicites du Liber Geneseos vont dans ce sens. En vérité je n'accorderais pas trop d'importance au couple cupide/cupiens car ils sont placés à des niveaux différents : dans le liber Geneseos, cupide a la valeur de libenter indiquant la sollicitude avec laquelle Lot tente de détourner les Sodomites de leurs désirs malsains à travers l'offrande de ses filles, alors que dans l’Alethia c'est précisément le verbe qui régit mollire furentis, le Ps.-Cyprien utilisant tempto : il me plait de signaler à cet égard la possible convergence des deux intertextes chez Avit53, qui fait référence au même épisode. Il me semble plus important de noter que frementes dans le liber Geneseos se situe dans la ligne de variatio de termes progressivement plus connotés par rapport à l'attitude des Sodomites : l'auteur les avait déjà caractérisés en proie à la fureur au v. 642 furens tota procurrit turba Gomorrae ; il parle donc de seditione truci au v. 643, de tumido ore au v. 644 et au v. 646 de dementibus : dans cette sorte de climax ascendant, donc, le frementes est pleinement à sa place, ne peut pas être conçu comme une banalisation par rapport à furentes , que l’auteur avait déjà utilisé.

13En bref, dans les cinq cas examinés qui sont exemplaires de la plupart des contacts entre l'Heptateuchos et l'Alethia, on peut parler d’expressions similaires, qui postulent une certaine parenté, et, pour les diverses raisons que j'ai illustrées dans mes analyses, j'aurais tendance à considérer comme bien plus probable un sens de dépendance allant de l'Heptateuchos à l'Alethia plutôt que l'inverse. Mais comme on l'a dit, le critère de vraisemblance n'est pas une preuve, et sur la base de ces cas il serait certes légitime de parler de contacts entre les deux auteurs, cependant, concernant le rapport de dépendance il faudrait finalement partager prudemment l'apoché suggérée par Pollmann . Mais il existe des cas, certes beaucoup moins nombreux, qui sont plus révélateurs.

Cas significatifs de dépendance : le sacrifice d’Abraham

Gen. 526-531

Admonitus uitulam trimi iam temporis aptat, 

coniungens alacrem torua cum fronte iuuencum,

ueruecem caprumque dehinc hirtamque capellam,

columbas pariles, simili cum turture iunctas. 529

Corpora mox pecudum gemina in diuortia findit,

inlaesas tota dimittens carne uolucres

Aleth. 3, 500-507

Trimam sume mihi torua iam fronte iuuencam, 500

cum qua par annis blando grege lecta capella

aequaeuus<que> aries nostro mactetur honori;

cumque columba sacrum casto cum  turture iuncta

clauserit et summam confecerit ordo litandi,

ulterius uolucrum non sentiat hostia ferrum. 505

At pecudes uteris mediae scindantur apertis

inque duas abeant tantum tria corpora partes

  • 54 Jakobi 2010, p. 125-126.
  • 55 Pollmann 1992, p. 500 n. 33.
  • 56 Cf. Avg. quaest. in Ex. 47: dicit enim Deus ad Abraham, cum factum esset illud sacrificium de vacca (...)
  • 57 Vet. Lat. Gen. 15, 9-10 : Dixit autem illi dominus ‘Sume vitulam trimam et capram trimam et arietem (...)
  • 58 Lev. 61-62 ; 103-104 ; num. 138-143.
  • 59 Verg., Aen. 9, 627-629 : Et statuam ante aras aurata fronte iuuencum / candentem pariterque caput c (...)
  • 60 Stat., Theb. 1, 186 : cernis ut erectum torua sub fronte minetur (cf. App. Verg., Maec. 1, 116: si (...)
  • 61 Verg., Aen. 3, 636 : ingens quod torua solum sub fronte latebat.
  • 62 L'exemple de gen. 608 : Tum uitulus tumida procuruans cornua fronte qui peut être rapproché de geor (...)
  • 63 Verg., georg. 3, 287: Lanigeros agitare greges hirtasque capellas (cf. Ov. met. 13, 927).
  • 64 Lev. 6 : geminus quae ferret commoda turtur /quaeue columba pari sociata et iuncta columbae; lev. 4 (...)
  • 65 Ambr., Abr. 2, 8, 53 : in turture incorruptae generationis natura vel immaculate corporis castimoni (...)

14Ayant déjà examiné, comme déjà dit, l'épisode du rêve d'Abraham, qui pourrait bien rentrer dans les cas significatifs de dépendance, dans la contribution de 2023 citée ci-dessus, je me concentre, pour illustrer cette catégorie, sur le sacrifice du patriarche lui-même, épisode raconté dans gen. 15, 9-10, dans lequel Dieu l'invite à prendre une génisse, une chèvre, un bélier, tous âgés de trois ans, ainsi qu'une colombe et une tourterelle, divisant les herbivores en deux parties et laissant les oiseaux intacts. C'est le cas sur lequel Jakobi54 insiste le plus pour démontrer sa thèse fondamentale, tandis que dans l'essai de Pollmann55 des éléments de ces textes apparaissent encore une fois parmi les analogies pour lesquelles elle n'a pas trouvé de correspondances patristiques. Et en fait c'est un des cas, je le répète, rare, où l'on ne peut éviter de postuler la dépendance certaine de l'un des auteurs à l'égard de l'autre : l'usage de trimus, très rare en poésie, avec l'adverbe iam et l'hémistiche presque identique torva … fronte iuvencum en gen. 526-527 et Alethia 3, 500, ainsi que la similitude de gen. 529 et Alethia 3, 503, toujours avec le deuxième hémistiche presque identique, et la référence à capella de gen. 528 et Alethia 3, 501, laissent très peu de marge d’incertitude. Jakobi souligne la « banalisation » du Ps.-Cyprien de l’efficace trimam sume mihi torva iam fronte iuvencam d'Alethia 500 dans une sorte de « scission » aux vv. 526-527 du Liber Geneseos dans l'expression trimi iam temporis attribuée à une vitula de trois ans, avec la tautologie de trimus attribuée à temporis et la substitution de iam, anticipée dans le vers précédent, à la place de cum dans l'hémistiche partagé avec l' Alethia, de surcroît sans l'âge de trois ans sur lequel insiste l'hypotexte biblique et que Marius Victorius rend avec une savante variatio dans le vv. 500-502 trimam iuvencam, par annis capella, aequaevus aries ; de plus, Jakobi ajoute que simili cum turture de gen. 529 est moins efficace par rapport à casto cum turture d'Alethia 3, 503. Maintenant, il est tout d'abord important de souligner un élément sur lequel Jakobi n'insiste pas beaucoup, le classant parmi les arguments qui prouvent le changement pour le pire dans le Liber Geneseos de la diction de l'Alethia, mais qui est en fait essentiel : ce n'est certainement pas l'absence d'indication d'âge pour tous les herbivores qui en soi est difficile à justifier dans la réécriture de l'Heptateuchos, car même dans les textes exégétiques en prose l'indication du premier animal, la vitula, suffisait de manière sommaire pour l'étendre aux autres herbivores, un texte des Questions sur l'Exode d'Augustin56 est assez éloquent à cet égard, et dans une réécriture comme celle de l’Heptateuchos, qui passe souvent sous silence les détails et qui ne peut être définie que de manière trompeuse comme adhérant à la lettre du texte biblique, cela n’est pas trop surprenant. La particularité véritable consiste dans le fait que nous assistons à une multiplication d'animaux à sacrifier qui va bien au-delà de l’hypotexte biblique, et qui, à ma connaissance, est unique dans la littérature produite sur le passage de la Genèse : en fait nous avons une série de « paires imparfaites » d'animaux, de genre masculin et féminin : génisse / bœuf, le vervex, le bélier qui est isolé, la chèvre / le bouc, un couple de colombes unies à la tourterelle similaire, en l'occurrence la relation de ressemblance revendiquée permettant de parler aussi par extension d'un couple de tourterelles. J'avoue que je n'ai pas encore trouvé d'explication pleinement satisfaisante sur les raisons pour lesquelles on constate cette multiplication : la présence de variantes dans les Veteres entre vitula et vitulus pour le premier animal sacrifié − Ambroise57, par exemple, dans un passage intéressant du De Abraham, lit vitulus mais commente le texte biblique surtout, mais pas exclusivement, comme s'il y avait vitula, aussi parce qu'il sait que le texte grec présente δάμαλις, et dans son exégèse l'évêque milanais insiste beaucoup sur la caractérisation à la fois féminine et masculine des herbivores sacrifiés −, tout cela a peut-être joué un rôle pour conduire à la création de couples mâle / femelle dans la liste des Liber geneseos, même si, à cet égard, le caractère imparfait de la série pseudo-cyprienne constitue un certain obstacle. A pu jouer un rôle, à mon avis, l'intention de considérer le sacrifice d'Abraham comme le prototype des sacrifices énumérés dans le Lévitique et les Nombres dans lesquels les animaux prescrits pour divers besoins sont précisément ceux mentionnés dans ce passage du liber geneseos, et déclinés en genre binaire, le veau ou la génisse, la chèvre, le bouc ou le bouc / bélier, sans oublier les colombes et les tourterelles qui sont toujours mentionnées par paires : les passages de lev. 3, 1. 6 ; 4, 4 suffisent pour en fournir un exemple, tout comme les réécritures correspondantes du Lévitique et des Nombres de l'Heptateuchos58. Le début du Lévitique dans l’Heptateuchos, vv. 2-9: mox cura sacrorum / uatibus incubuit, quo ritu quaeque litarent: / hostia peccatum demeret quae, quaeue salutem / caesa daret: quae dona potens, quae pauper ad aram / poneret et geminus quae ferret commoda turtur: /quaeue columba pari sociata et iuncta columbae. / Sed mirum, pecudum caesarum uiscera raptim / ignis edax celso rapiebat sidere missus, est particulièrement intéressant, car il résume extrêmement les neuf premiers chapitres de l'hypotexte biblique, parlant en général des victimes / hostiae nécessaires à chaque besoin, mentionnant exclusivement à la fin, parmi les offrandes sacrificielles, les couples de colombes et de tourterelles, et soulignant, sur la base de lev. 9, 24 que les entrailles des herbivores sacrifiés sont enveloppées dans un feu envoyé du ciel : cette indication binaire des oiseaux-herbivores sacrifiés, avec un feu sous forme de sidus qui vient d'en haut tombant seulement sur le pecudes, cela rappelle beaucoup ce qui se passe avec le sacrifice d'Abraham, si bien qu’on pourrait, donc, penser que la déclinaison exhaustive de tous les animaux utilisés dans les sacrifices juifs a été faite dans la Genèse par l'auteur pour souligner le caractère exemplaire du sacrifice d'Abraham, proleptique de tous les sacrifices indiqués dans le Lévitique et ailleurs. Ce sont des hypothèses à approfondir, et ce n’est certainement pas le lieu. Car ce qui nous importe, c'est de s'en tenir fondamentalement aux données formelles que l’argumentation de Jakobi ignore totalement : on doit observer dans l'ordre 1) que la clausule gen. 527 fronte iuvencum se retrouve telle quelle dans Verg., Aen. 9, 62759, dans un contexte également sacrificiel, et que l'expression torva...fronte qui possède de nombreuses attestations, apparaît dans la même situation métrique dans Stat., Theb. 1, 18660 ; 2) en particulier, il convient de noter que le Ps.-Cyprien en exod. 1145 miscuit et torva formavit fronte iuvencum présente également torva…fronte iuvencum, comme dans le v. 527 du Liber Geneseos, mais faisant référence pour torva…fronte dans cette situation métrique à un autre passage virgilien, Aen. 3, 63661 : donc une fois de plus est évidente la technique combinatoire du Ps.-Cyprien entre deux suggestions classiques, en l'occurrence toutes deux virgiliennes, la clause fronte iuvencum venant, comme dit, d’Aen. 9, 627 ; 3) ailleurs dans son poème le Ps.-Cyprien évoque avec pertinence des expressions relatives au front sur lequel émergent des cornes chez les jeunes veaux62 ; 4) la clausule hirtamque capellam s’explique une fois de plus comme entièrement virgilienne63, sans certainement avoir recours à Alethia ; 5) enfin la mention des colombes et des tourterelles comme semblables est parfaitement conforme aux tournures équivalentes trouvées précisément dans les passages du Lévitique pseudo-cyprien, qui concernent ces animaux comme offrandes sacrificielles64, tandis que le casto cum turture de Marius Victorius va dans le direction d'un commentaire exégétique s'inscrivant dans la tradition patristique, comme le montre clairement un texte de De Abraham d’Ambroise65.

15En conclusion, si c'est Marius Victorius qui construit l'hémistiche torva cum fronte iuvencam, à partir d'exemples classiques, en modifiant la clausule virgilienne selon les besoins de la réécriture de l’hypostexte biblique, il faut postuler que le Ps.-Cyprien rétablit la leçon virgilienne, et ce malgré d'autres références virgiliennes évidentes dans le passage en question du Liber geneseos, comme dans le cas de hirtamque capellam, et le fait que d’autres occurrences de l'Heptateuchos, notamment de l’Exode, montrent que l'auteur est autonome dans le remploi / combinaison de iuncturae virgiliennes torva... fronte iuvencum ainsi que des iuncturae concernant en général les cornes du veau, tous éléments qui font penser à Virgile comme modèle direct de son inspiration. Par ailleurs, les iuncturae que l’Heptateuchdichter utilise dans le passage en question appartiennent toutes à son usus scribendi et à la formularité qu'il construit dans son poème. Beaucoup plus méthodologiquement correct et plus simple est de postuler que Marius Victorius fait discrètement écho à des éléments stylistiques que l’Heptateuchdichter a développés sur la base de iuncturae classiques, principalement virgiliennes, mais les situant dans une expression beaucoup plus conforme à l'hypotexte biblique qui parle d'animaux singuliers et surtout, dans la plupart des traditions biblico-exégétiques, d'une vitula, avec l'ajout des éléments ornementaux habituels blando grege lecta capella du v. 501, et des éléments exégétiques insérés de manière épisodique, comme c'est le cas de casto cum turture.

Conclusions

16Pour conclure, ce sont des cas comme celui du sacrifice d'Abraham qui confirment les contacts moins évidents entre les deux poètes en termes de références allusives légitimes de l'un à l'autre. L'analyse détaillée des cas exemplaires de ce genre, sur la base des critères que j'ai esquissés − 1) si l'un des deux auteurs doit nécessairement recourir à l’autre pour exprimer une expression / iunctura bien déterminée ; 2) si les iuncturae en question peuvent être expliquées à la lumière de la pratique compositionnelle de l'un ou l'autre auteur ou du contexte différent dans lequel les passages sont insérés −, cette analyse me porte à penser que c’est l'Alethia qui tient compte de quelques tournures/expressions de l'Heptateuchos. En tout cas, la manière dont cela se fait est significative de l'approche de Marius Victorius envers certaines de ses sources : c'est un écho très discret, inséré dans des réécritures plutôt autonomes sur le plan formel et bien articulées d'un point de vue stylistique, et toujours marquées par des préoccupations morales ou des intentions exégétiques qui ne sont pas souvent bien marquées ou évidentes, en revanche, dans la réécriture de l'Heptateuchos. Ce poème-ci, par ailleurs, semble avoir de critères de composition et de sélection des matériaux propres exclusivement à lui.

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Notes

1 Gennade de Marseille, dans son Liber de viris illustribus (fin du Ve s. ) mentionne un Victorinus, rhéteur marseillais, qui avait composé pour son fils Egerius, certainement avant 450, puisqu'il serait mort sous les règnes de Valentinien III (425-455) et de Théodose II (408-450), « un commentaire de la Genèse », sans faire référence directe au titre, « soit quatre livres en vers du début du livre à la mort du patriarche Abraham », sur la pertinence théologique desquels Gennade émet cependant des réserves, le jugeant plutôt le produit d'un érudit sensible à la culture profane, quoique pieux et chrétien. Nous reproduisons le texte selon l’édition de Richardson 1896, p. 81-82 : chap. 61 Victorinus, rhetor Massiliensis, ad filii sui, Etherii, personam commentatus est in Genesi, id est a principio libri usque ad obitum Abrahae patriarchae quattuor versu edidit libros Christiano quidem et pio sensu, sed utpote saeculari litteratura occupatus homo et nullius magisterio in divinis scripturis exercitatus, levioris ponderis sententias figuravit. Moritur Theodosio et Valentiniano regnantibus.

2 On peut citer comme essais généraux de référence Petringa 2016 et Cutino 2023a, mais il manque une nouvelle édition du poème après celle de Peiper, qui se révèle absolument nécessaire, ainsi que de commentaire des différents livres si l’on excepte pour le Liber Geneseos Schmalzgrüber 2017 et Lestrade 2021, et pour le livre de Josué Canal 2016.

3 Il s’agit de D’Auria 2014 pour le premier livre et de Staat 1952 pour le deuxième.

4 Dans un travail réalisé il y a quelque temps, Cutino 2016, j’ai identifié des similitudes avec cette composition, suggérant qu'elle était redevable à l'Heptateuchos, les affinités concernant surtout le Liber Geneseos, et que cette composition pourrait donc constituer un terminus ante quem qui permettrait de réduire la fourchette chronologique de l'Heptateuchos, généralement daté par la plupart des chercheurs de façon générique au Ve siècle.

5 Avec lesquel il existe des points de contact contextuels indéniables, comme le montrent exod. 171 = Ps.-Hil., evang. 39 de Kreuz 2006, p. 375 et Cutino 2024, p. 328.

6 Les documents disponibles sont bien plus nombreux que ce qui ressort de l'édition de Pollmann 1991, comme on peut déjà le déduire d'une récente contribution de De Gianni 2025.

7 Becker 1889, p. 38-41, voir en particulier p. 41 : «de tempore uero Marii Victoris, ut ad propositum reuertamur, nos Gennadius certiores facit, qui eum mortuum esse refert Theodosio et Valentiniano imperatoribus i.e. non multo post annum 425. Habemus ergo spatium triginta fere annorum, intra quod nostrum carmen in lucem prodiit ; nec ualde errabimus, si collocamus carmen circa annum 400 ».

8 En effet, comme nous l'avons déjà dit, le seul terminus ante quem pour la composition de l'Alethia que l'on pourrait déduire de cette information est 450, mais le poème pourrait très bien avoir été composé entre 425 et 450.

9 Best 1891, p. 57-58.

10 Peiper 1891, p. XXV-XXVI, lequel de façon plus cerrecte place l’Heptateuchos entre 396 – terminus post quem ressortant de certaines confrontations avec Claudien, et 450 pour l’Alethia de Marius Victorius.

11 Stutzenberger 1903, p. 17.

12 Hass 1912, p. 40.

13 Collina 1913, p. 12-15.

14 Voir ce que Collina, 1913 affirme à la p. 12: « le rassomiglianze che si osseravano nel Genesis ciprianeo in riguardo alle frasi, costrutti poetici, uso di alcuni vocaboli adoperati nello stesso senso, ampliamenti nelle descrizioni, stanno a dimostrare quanto profitto l’ignoto autore potesse trarre, per l’arida sua dizione poetica, dalla copiosa ubertà del poeta marsigliese, che aveva rivestito gli stessi concetti di un’ammirabile e ricca veste poetica. E in vero lo stesso stile elegante e ricercato di Vittore, la purezza della lingua, la conoscenza profonda degli autori profani, il desiderio di unire le forme tradizionali del pensiero pagano col genio cristiano ci dimostrano il suo amore e studio dell’antichità classica, non già della letteratura cristiana a lui contemporanea ».

15 Roberts 1985, p. 93-94.

16 McBride 2017, p. 57.

17 Pollmann 1992, p. 490–501, en part. p. 499-500.

18 Ibid., p. 498.

19 En effet, Pollmann 1992, p. 500–501 rapproche du v. 634, où on mentionne Natus et Altor comme les deux envoyés à Sodome, l’interprétation augustinienne en Avg., serm. 7,6 (du 397), trin. 2,12,22 et c. Maximin. 2,26,7, qui identifie les deux ‘anges’ avec deux personnes de la Trinité, le Fils et l’Esprit, et par ces biais croit pouvoir trouver pour l’Heptateuchos un terminus post quem en 420 ou même en 428, datation de ces œuvres augustiniennes. Mais sur la difficulté de justifier ce rapprochement, – sur laquelle a bien écrit déjà Canal 2016, p. 50–53 et je me suis prononcé moi-même en Cutino 2016, p. 107 – il suffit de remarquer qu’au moins serm. 7, 6 est totalement non pertinent, parce qu’il donne une interprétation unitive de ces deux figures, et surtout que altor indique le Père dans toute la tradition poétique chrétienne (Pavl. Nol., carm. 21, 773 : auctor et altor rerum hominumque ; Drac., laud. dei 1, 554: qui rigator erat, sator altor messor arator – l’auteur se réfère à Dieu qui demeure dans le paradis – ; au-delà de la poésie cf. Lact., inst. 5, 3, 25 : factorem altoremque viventium), où, conformément aux textes païens (voir, par exemple, Avien., Arat. 29 : rerum opifex hic [sc. Iuppiter], hic altor rerum), Dieu est défini créateur ainsi que soutien de l’univers, et dans l’Heptateuchos même : en effet, en exod. 516 (qui pour l’anaphore d’hic semble se rattacher au passage d’Aviénus) hic est, hic dominus meus et altor, il n’y a aucun doute qu’on parle du Père.

20 Lestrade 2023.

21 Cutino 2023b.

22 Schmalzgruber 2017, p. 113-135. La savante ne remet pas pour autant en cause à la datation traditionnelle de l’Heptateuchos à la première moitié du Ve s.

23 Jakobi 2010.

24 Cf. https//poblam.u-strasbg.fr.

25 Lestrade 2021.

26 Pour un commentaire ponctuel de ce passage du Liber Geneseos, cf. Lestrade 2021, p. 239-240.

27 Cf. Verg., Aen. 3, 117 ; 11, 210 ; Proba, Cento 95 ; 649.

28 Schmalzgruber 2017, p. 113.

29 Vet. Lat. Gen. 1, 9-11 : Et dixit deus ‘congregetur aqua quae sub caelo est in congregatione(m) una(m) et pareat arida. Et sic est factum et congregata est aqua quae est sub caelo in congregatione(m) sua(m) et paruit arida et vocavit deus aridam terram et congregationem aquarum vocavit maria, et vidit deus quia bonum est. Et dixit deus ‘ Germinet terra herbam faeni seminantem semen secundum similitudinem et lignum fructiferum faciens [sic] fructum.

30 Cf. Ambr., hex. 3, 3, 14 : non enim diceret [sc. scriptura] ‘visa est terra’, nisi retectam vellet locis omnibus demontrare.

31 Par ailleurs, Avit de Vienne (carm. 1, 14-15 : Iam Pater omnipotens librantis pondere Verbi / undique collectis discreverat arida lymphis), emploie ce terme comme nom adjectif, sans aucune référence au changement de nom.

32 Ambr., hex. 2, 4, 17. 19-5, 20 : consideremus quid sit quod ait dominus ‘Congregetur aqua in unam congregationem et appareat arida’ et non dixit ‘terra’. […] Huc autem progressi sumus, quia scriptura ait quod deus vocaverit terram aridam, hoc est quia quod principale eius est nuncupavit proprietate naturae. Naturalis enim proprietas siccitas est terris; haec ei praerogativa servata est. Principalis ergo siccitas. […] Ex principalibus igitur, non ex accidentibus terrae debuit proprietas definiri, ut secundum praerogativam qualitatis eius informaretur nostra cognitio. […] Non praeterimus quia aliqui nec in Hebraeo putant esse nec in ceteris interpretationibus quia ‘congregata est aqua in collectiones suas et apparuit arida. Et vocavit deus aridam terram et collectiones aquarum vocavit maria’. Cum enim dixerit deus quia ‘factum est sic’, satis esse putant vocem operatoris ad celebratae operationibus indicium. Sed quia in aliis quoque creaturis habet et definitionem praeceptionis et repetitum operationis vel indicium vel effectum, ideo nos non putamus absurdum id quod perhibetur additum, etiamsi ceteris interpretibus vel veritas doceatur subpetere vel auctoritas; multa enim non otiose a septuaginta viris Hebraicae lectioni addita et adiuncta comperimus.

33 Pollmann 1992, p. 499.

34 Jakobi 2010, p. 126-127.

35 Cf. gen. 408 ; 432 ; 438 ; 562.

36 Vet. Lat. Gen. 4, 1-2 : et cognovit Adam mulierem suam et concepit et peperit Cain et dixit ‘adquisivi hominem per deum’ et adiecit parere Abel, et factus est Abel pastor ovium, Cain autem operabatur terram.

37 Cf. exod. 101-102 Cutino : Hae molles sibi commissas cum cura bidentes /servabant.

38 Cf. Verg., georg. 2, 513 : Agricola incurvo terram dimovit aratro ; Lvcr., 5, 933 : nec robustus erat curvi moderator aratri ; Hor., serm. 1, 1, 28 : Ille gravem duro terram qui vertit aratro ; gen. 737 : inde senex curvo terram dum sulcat aratro ; exod. 377 : nemo solum vertit curvique inmunis aratri / sopitur per festa labor ; 856 (cf. Ov. met. 3, 11).

39 Cf. Alc. Avit., carm. 5, 255-256 : quocumque loco mitis mactabitur agnus / atque cibo sanctum porrexerit hostia corpus.

40 Cfr. exod. 988-989: rubram sanguinis undam /nil festis prodesse tuis adipemque niualem ; exod. 196 : manum sinibus condens candore niuali (cf. Verg., Aen. 3, 538); Ios. 52: niualis manna.

41 Chrom., serm. 23, 2 : Cain de fructibus terrae munera obtulit, quia terrena erat cogitatio eius ; Abel uero de fructibus ouium munera obtulit, ut innocentiae suae signum ostenderet.

42 Pavl. Nol., epist. 32, 26, vv. 5-6: sub cruce sanguinea niveo stat Christus in agno, / agnus ut innocua iniusto datus hostia leto.

43 Cf. Alc. Avit. carm. 6, 29-30 : viventem ducens ad sancta altaria fetum / innocuis sonuisse deo balatibus agno.

44 Cf. Verg., Aen. 6, 520-521 : Tum me confectum curis somnoque gravatum / infelix habuit thalamus; Ov., met. 6, 658 ; Val. Flac., 2, 568.

45 Ambr., Noe 29, 111 : non dixit : « uinum bibit », neque « iustus uinum ebibit », sed « de uino », hoc est de eius portione libauit.

46 Ambr., Abr. 1, 6, 58 : Noe iustus deceptus est, quia uini uis adhuc ignorabatur ; . Hier epist. 22,54,3 : inebriare uinum forsitan nesciebat.

47 Pollmann 1992, p. 495.

48 Voir respectivement Ov., Pont. 2, 1, 22; Sil., 16, 172; Avien., orb. terr. 315; Pavl. Nol., carm. 19, 105, et Ov., met. 4, 668; Avien., orb. terr. 389; Pavl. Nol., carm. 19, 9.

49 Cf. Ambr., Abr. 1, 4, 27 : Mutat ei nomen littera addita, ut de Abram vocetur Abraham.

50 Pollmann 1992, p. 495.

51 Jakobi 2010, p. 128-129.

52 Ambr., Abr. 1, 6, 52 : offerebat sanctus Loth filiarum pudorem. Nam etsi illa quoque flagitiosa inpuritas erat, tamen minus erat secundum naturam coire quam aduersus naturam delinquere. Praeferebat domus suae uerecundiae hospitalem gratiam etiam apud barbaras gentes inuiolabilem.

53 Cf. Alc. Avit. carm. 6, 569-570 : Nunc iterum duros precibus mollire furores / temptat.

54 Jakobi 2010, p. 125-126.

55 Pollmann 1992, p. 500 n. 33.

56 Cf. Avg. quaest. in Ex. 47: dicit enim Deus ad Abraham, cum factum esset illud sacrificium de vacca trima et capra et ariete et turture et columba.

57 Vet. Lat. Gen. 15, 9-10 : Dixit autem illi dominus ‘Sume vitulam trimam et capram trimam et arietem trimum turturem et columbam. Accepit autem ei omnia haec et diuisit illa media et posuit ea contra aliis alium; aues autem non diuisit. Cf. Ambr., Abr. 2, 8, 50: ‘Dixit autem illi dominus deus: Sume mihi vitulum trimum et capram trimam et arietem trimum et turturem et columbam’. […] Vitulus enim aratorium animal est deditum terreno labori. […] ‘Sume mihi uitulum et capram’ et tertio loco diceret ‘arietem’, eo quod prima illa, hoc est uitula et capra terris et mari materialibus comparentur elementis et quia feminea dicantur, at uero aries masculum quoddam animal sit.

58 Lev. 61-62 ; 103-104 ; num. 138-143.

59 Verg., Aen. 9, 627-629 : Et statuam ante aras aurata fronte iuuencum / candentem pariterque caput cum matre ferentem, / iam cornu petat et pedibus qui spargat harenam.

60 Stat., Theb. 1, 186 : cernis ut erectum torua sub fronte minetur (cf. App. Verg., Maec. 1, 116: si quorum in torua cornua fronte regent ; Prvd., perist. 10, 1021 : huc taurus ingens fronte torua et hispida).

61 Verg., Aen. 3, 636 : ingens quod torua solum sub fronte latebat.

62 L'exemple de gen. 608 : Tum uitulus tumida procuruans cornua fronte qui peut être rapproché de georg. 4, 299 : vitulus bima curuans iam cornua fronte, avec bima ...iam qui, par ailleurs, pourrait avoir inspiré gen. 526 trimi iam, me paraît éloquent.

63 Verg., georg. 3, 287: Lanigeros agitare greges hirtasque capellas (cf. Ov. met. 13, 927).

64 Lev. 6 : geminus quae ferret commoda turtur /quaeue columba pari sociata et iuncta columbae; lev. 48 : turtures aut geminos, similes aut terga columbas; lev. 68 : turtures aut geminos, similes aut forte columbas ; num. 90: turtures aut simili candentes pluma columbas /offerat.

65 Ambr., Abr. 2, 8, 53 : in turture incorruptae generationis natura vel immaculate corporis castimonia.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Michele Cutino, « Les rapports entre l’Heptateuchdichter et Claudius Marius Victorius : questions méthodologiques et chronologie relative »Interférences [En ligne], NMC1 | 2026, mis en ligne le 03 juin 2026, consulté le 12 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/interferences/16198 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16c1q

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