- 3 Le paradigme de la suppression du feu et de la lutte contre les incendies de forêt a subi une trans (...)
1Les recherches en écologie tropicale réalisées dans des environnements de savane au Brésil, en Australie et en Afrique du Sud ont démontré l’importance du feu de forêt pour la conservation des paysages (Van Wilgen et al., 2004 ; Russell-Smith et al., 2013 ; Schmidt et al., 2018). Elles encouragent ainsi certains régimes de brûlage et suggèrent d’en finir avec la conception négative de l’incendie comme ennemi à combattre. Elles soulignent les limites du paradigme du « zéro feu », hégémonique jusqu’à la fin du XXe siècle. Ce changement associe les frustrations des agents publics à venir à bout des incendies au sein des aires protégées à de fervents débats scientifiques dans le domaine de l’écologie, qui se concentrent désormais sur la relation entre pyrodiversité — diversité des régimes de feu — et biodiversité (Martin & Sapsis, 1992 ; Parr & Andersen, 2006 ; Bowman et al., 2016)3.
- 4 Une synthèse importante de cette articulation est proposée dans le rapport Vivre avec le feu, coord (...)
2C’est précisément dans ce contexte qu’émerge l’idée de prévention des incendies par la gestion du feu lui-même, concevant le phénomène pyrique comme un outil humain primordial (Pyne, 2012 ; Wrangham, 2009), associé ici à la gestion environnementale. Un symptôme de ce changement d’attitude est la prolifération de styles singuliers de gestion du feu, renvoyant à un corpus ethnographique déjà abondant, tout du moins en ce qui concerne les peuples autochtones d’Indonésie, d’Australie et les projets d’intégration des savoirs locaux et de cogestion des aires protégées (Ribet, 2009 ; Dumez, 2010 ; Fowler, 2013 ; Welch & Fowler, 2018 ; Bird et al., 2016 ; Neale et al., 2019). L’un de ces styles est la « gestion intégrée du feu », perspective de gestion environnementale présente dans plusieurs savanes à travers le monde. Cette proposition se fonde sur l’intégration entre écologie scientifique, gestion de l’environnement et implication des communautés locales, et vise à diversifier la saisonnalité, la spatialité et l’intensité du feu dans les milieux pyrophytiques4.
- 5 L’enquête de terrain s’est déroulée sur onze mois, entre 2014 et 2016, avec des incursions allant d (...)
- 6 Le nom Quilombola désigne les personnes vivant dans les quilombos, les territoires fondés par des A (...)
3À partir de recherches ethnographiques menées depuis 2014 au Cerrado5, la savane brésilienne, cet article propose d’analyser l’émergence de la politique de « gestion intégrée du feu » au Brésil — ou MIF (Manejo Integrado do Fogo) — et ses effets sur la transformation de l’expérience de la liberté vécue par les communautés de Quilombolas6 du Jalapão (province de Tocantins). Actuellement, cette transformation est traduite par certains propagateurs de cette nouvelle forme de gestion comme un retour à la « liberté de brûler ». Elle se manifeste en particulier par des encouragements à la prise d’initiatives de membres des communautés locales. Ces derniers étant perçus comme des administrateurs de leurs propres « ressources », ils se doivent de « nettoyer leur domaine » à partir de brûlages de faible intensité.
4Le passage du paradigme du « zéro feu » à celui de l’accompagnement du feu va de pair avec des attentes autour du marché du carbone, visant la réduction des gaz à effet de serre (Russell-Smith et al., 2017). Toutefois, comme je chercherai à le montrer, entre la logique de calcul qui oriente la normativité néolibérale de cette politique et les valeurs locales liées au feu, il existe une différence décisive. Au-delà de l’autonomie, en tant que valeur propre à l’idéal de gestion, nous verrons que les Quilombolas nous fournissent les fondements pour une conception de la « liberté » comme hétéronomie, dans un mode de relation au feu qui va au-delà de son contrôle.
5Des chercheurs du Cerrado ont attiré l’attention sur le fait que l’avenir de ce biome repose sur la formulation de politiques qui considéreraient le feu comme faisant partie de leur écosystème (Durigan & Ratter, op. cit.). La végétation actuelle de ce biome est devenue dominante il y a plus de 8 millions d’années, lorsque les brûlages causés par la foudre sont devenus plus fréquents (Latorre et al., 1997). Des études récentes montrent que, sans feu, ce biome a tendance à voir sa végétation forestière s’épaissir au détriment de la couche herbacée (graminées et arbustes) où se trouvent 80 % de sa biodiversité (Fidelis & Pivello, 2011 ; Durigan & Ratter, op. cit. ; Schmidt et al., op. cit.)
6La région connue sous le nom de Jalapão est située au cœur de la savane brésilienne. Elle s’étend sur plus 53 000 km² abritant les plus grandes aires protégées du Cerrado — des Unités de Conservation Environnementale (à partir de maintenant UC). Cette zone est reconnue comme une région à forte concentration d’espèces endémiques. Elle figure en outre parmi les espaces où se déclenchent le plus grand nombre d’incendies de forêt dans le pays (Garda et al., op. cit.). La station écologique Serra Geral du Tocantins (à partir de maintenant EESGT), où j’ai concentré mon terrain de recherche, est la plus grande aire protégée du Jalapão. Cette UC est située dans une zone de 716 000 hectares dans la partie sud du Jalapão. Elle est aussi l’une des aires protégées les plus inflammables du Brésil — atteignant 35 % des zones brûlées chaque année dans les UC fédérales (Garda et al., ibid.)
- 7 Il s’agit d’une plante exubérante, qui, même sèche, ne perd pas son éclat. L’herbe dorée est utilis (...)
7La partie nord de l’EESGT recoupe le territoire quilombola revendiqué par l’Association des communautés Quilombola de Rio Preto, Rio Novo et Riachão (Ascolombolas-Rios). On dénombre 21 groupes locaux. Bien qu’ayant habité de façon plus pérenne l’intérieur de l’UC autrefois, ces derniers ont été forcés de cesser d’utiliser leurs domaines avec l’arrivée d’agences environnementales dans la région. À l’heure actuelle, parallèlement au mouvement de reprise du territoire, ils préservent la majorité de leurs logements dans la ville de Mateiros (TO) et utilisent le territoire quilombola périodiquement pour diverses activités : faire paître le bétail, chasser, prendre soin des champs et pratiquer la récolte de « l’herbe dorée » (Syngonanthus nitens)7.
- 8 Par opposition au préservationnisme, le conservationnisme est une branche du mouvement environnemen (...)
8En 2012, le projet « Prévention, Contrôle et Surveillance des Brûlis Irréguliers et des Incendies de Forêt dans le Cerrado — Projet Cerrado/Jalapão » était responsable de l’introduction de l’approche de « gestion intégrée du feu » au Brésil, y compris à l’EESGT. L’aspiration principale du projet est de fragmenter les matières végétales combustibles et d’empêcher l’apparition des méga-feux (Zask, 2019), en plus de restaurer le rôle écologique et culturel du feu dans la promotion de la biodiversité. À cette dernière fin, les actions de gestion envisagent de créer des mosaïques de zones brûlées à différents moments, échelles et fréquences, contribuant à promouvoir la thèse défendue par Martin et Sapsis (1992) sur la corrélation entre biodiversité et pyrodiversité. Bien que les responsables de la gestion des aires protégées travaillent dans le sens de valeurs éminemment conservationnistes8, dans l’ensemble de ses engagements institutionnels, le projet est guidé par l’agenda des politiques de gestion des changements climatiques — en particulier avec les attentes autour du mécanisme Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation (à partir d’ici REDD+).
9Le projet Cerrado-Jalapão s’est largement inspiré du modèle australien de gestion du feu en vue d’atténuer et de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GEE) (Martin, 2013 ; Russell-Smith et al., 2009, 2015). Il comprend d’ailleurs la participation de consultants australiens dans le projet et quelques séjours des gestionnaires brésiliens en Australie. Comme cela se produit également dans le contexte australien, la recherche en écologie du feu a consolidé les données pour le Cerrado sur la consommation de matières combustibles et le calcul des émissions de gaz à effet de serre. Les résultats des recherches actuelles dans plusieurs savanes du monde indiquent que l’intensité du feu est plus élevée à la fin de la saison sèche, quand les émissions sont également plus élevées (Lipsett-Moore et al., 2018). Pour cette raison, le projet Cerrado-Jalapão vise à faciliter l’exécution des brûlages à une période précoce — c’est-à-dire avant le point culminant de la sécheresse — dans l’espoir que dans un avenir proche, ces brûlages de faible intensité puissent être convertis en crédits de carbone forestier.
10L’inspiration du modèle australien, basé sur l’embauche d’Aborigènes et autres tentatives d’incorporation institutionnelle des « savoirs écologiques traditionnels » (Fache & Moizo, 2015), se reflète dans la façon dont l’appareil brésilien de gestion du feu commence à se transformer vis-à-vis des communautés locales. Comme son nom l’indique, le MIF envisage d’« intégrer » les savoirs et pratiques scientifiques et les savoir-faire locaux de gestion du feu, dans le but de rendre compatibles les objectifs agropastoraux et conservationnistes. À cet égard, l’approche brésilienne est associée non seulement au programme de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais également à la médiation des conflits socio-environnementaux impliquant les communautés locales dont les territoires coïncident avec les aires protégées (Mistry et al., 2016 ; Falleiro et al., 2016 ; Barradas, 2017). Cette intégration des formes de gestion vise à établir des liens entre différents intérêts de brûlage et à promouvoir un nouveau niveau de dialogue pour la résolution des conflits induits par les cas de chevauchement territorial. Dans le cas du Jalapão, alors que les conflits résultant de la criminalisation des usages du feu étaient présents depuis la création des zones protégées, le retour à la « liberté de brûler » active l’espoir de mettre en place une cogestion territoriale avec les communautés quilombola.
11Avant l’émergence de la proposition de gestion intégrée du feu, le traitement accordé par la gestion environnementale aux familles quilombola couvertes par l’EESGT était caractérisé par l’invisibilité de leurs territorialités et l’interdiction de leurs pratiques de brûlage agropastoral. Aujourd’hui, la relation entre les partis relève de ce que nous pourrions appeler des « frictions de faible intensité », notamment en ce qui concerne le manque de reconnaissance des droits territoriaux revendiqués par ceux qui souhaitent retourner dans leurs domaines d’usage. Les conflits ne consistent plus à restreindre des usages du feu, ils résultent de l’incapacité de l’appareil conservationniste à rendre légalement compatible la manière dont les Quilombolas habitent le Jalapão et vivent avec le feu — c’est-à-dire sans prétention à le contrôler.
- 9 Les contrats d’engagement (termos de compromisso) fonctionnent comme des dispositifs juridiques et (...)
12Cette divergence de compréhension se reflète bien dans la dualité entre les concepts de « résidents » et « utilisateurs », largement mobilisée par la bureaucratie nationale de la conservation, qui se manifeste également dans les discussions sur les « contrats d’engagement9 » avec l’association locale quilombola (Ascolombolas-Rios). De manière générale, il faut voir les « résidents » comme ceux qui possèdent ou ont possédé une maison sur le territoire revendiqué, tandis que les « utilisateurs » sont ceux qui n’utilisent ce milieu que par le biais de pratiques agropastorales. Comme me l’a dit Tocha un jour, à l’époque président de l’association quilombola :
- 10 L’Institut Chico Mendes pour la Conservation de la Biodiversité (ICMBio) est l’organe environnement (...)
l’ICMBio10 doit comprendre qu’il ne s’agit pas de résider ici, mais d’être libre d’aller et venir avec le bétail (octobre 2016 – ville de Mateiros)
13M. Ferreira, de la communauté de Prazeres a exprimé une idée similaire quand il s’est plaint de l’insistance de la gestion environnementale dans la définition des « zones d’usage » :
C’est comme si nous étions piégés et ligotés sur nos propres terres (juin 2015 – village de Panambi).
- 11 Malgré son insertion dans ce que nous comprenons comme le biome de Cerrado, le Jalapão est égalemen (...)
14La littérature socio-anthropologique sur le gerais11 souligne que les impératifs d’une « vie libre », sans frontières ni clôtures, sont centraux pour le régime d’élevage du bétail en liberté comme pour le circuit des affects relationnels que mobilisent les populations qui y résident (Andriolli, 2011 ; Ribeiro, 2010 ; Jacinto, 1998 ; Lindoso, 2014 ; Sobrinho, 2012 ; Nogueira, 2017). Ainsi, dans son sens local, la liberté désigne moins la possibilité d’établir une résidence fixe, délimitant une propriété et ses limites territoriales, que la possibilité d’aller et de venir en suivant le bétail élevé dans le système ultra extensif qualifié de solta (lâche).
15La « liberté d’aller et venir avec le bétail », mentionnée par Tocha, est largement alignée sur les tranchées que creuse le feu dans le paysage, appelées queimadas (brûlis). Contrairement au sens dans lequel le terme est généralement mobilisé dans la législation et dans le débat normatif sur l’utilisation du feu agricole, la queimada est une catégorie éminemment spatiale qui se distingue de l’activité de brûler, non seulement dans le Jalapão, mais peut-être bien dans toute la grande région du centre du Brésil considérée comme le gerais. La queimada se réfère ainsi aux « chemins » par lesquels le feu est passé, éliminant l’herbe crue et favorisant la repousse de la végétation. Les mouvements du bétail, élevé dans le système solta, sont guidés avec précision par les pousses d’herbes qui renaîtront après le passage du feu. L’acte de brûler, au gerais, qui produit des queimadas, est également étroitement lié aux cycles de vie des autres plantes et animaux qui bénéficient de ces milieux temporaires. Ainsi, habiter le gerais est une expérience marquée par les activités rendues possibles dans (et par) des queimadas, compris ici comme les lieux où le feu est passé, ouvrant la voie à des interactions multi-espèces (Kirksey & Helmreich, 2010). Pour être plus précis, il s’agit des activités de manipulation des chemins du bétail, de récolte de l’herbe dorée, et d’attraction de la chasse auxquelles correspond une typologie des feux : respectivement le « feu pastoral », le « feu d’extraction » et le « feu de gibier ».
16Le cycle de la vie dans le gerais est divisé en deux saisons bien distinctes : l’hiver et l’été. En hiver, on attend des pluies abondantes, tandis qu’en été les pousses d’herbes renaissent dans les queimadas des zones humides qui nourrissent les êtres vivants. Non seulement les queimadas fournissent la fertilité aux formes de vie du gerais, mais elles multiplient les capacités de déplacement face à des changements du milieu causés principalement par un été intense ou un hiver peu pluvieux. D’un autre côté, il n’y a pas de relation directe et exclusive entre le type de feu et son but ou sa fonction. Par exemple, une queimada faite pour le bétail peut à la fois être une prévention des incendies et favoriser l’herbe dorée et les animaux liés au circuit de la chasse. Bien que tous les feux fassent advenir une queimada, au sens spatial mentionné ci-dessus, il existe une variété typologique des feux basée sur des signes diacritiques, temporels et spatiaux (Fagundes, 2019b).
17Le cycle du feu nous permet de comprendre que les queimadas ne doivent pas être envisagées sous le signe de perturbations étrangères à la dynamique de la savane brésilienne, mais au contraire sous celui de l’engendrement de ses formes de vie (Pitrou, 2017). Nous pourrions aller encore un peu plus loin en disant que le cycle du feu n’a de sens que s’il est pensé de manière pragmatique, en ce qu’il inscrit les relations qui se construisent entre formes de vie dans une temporalité caractérisée par la prégnance de l’évènement. Après tout, on a déjà beaucoup écrit sur la façon dont il n’est rien de plus étranger à l’univers du gerais qu’une vie basée sur l’appropriation privée de l’espace. Il faut dire la même chose au sujet du temps : on ne se l’approprie pas. En plus des variations liées à la pluie et à la sécheresse, il existe d’autres forces qui rendent impossible une vie régie par des lois, une régularité et des engagements stables. On pense notamment aux feux qui se déclenchent de façon intempestive et atteignent des proportions inattendues, également appelés fogos gerais. Bien qu’ils puissent être vécus de manière traumatisante, ces évènements sont pourvoyeurs de possibilités d’agir.
18Un fogo geral peut brûler d’une manière exagérée, sans précision, ce qui provoque une rupture esthétique ou quantitative avec l’effet désiré (Fagundes, 2019a). Mais une telle rupture ne sera pas toujours considérée comme pathologique au plan qualitatif (Canguilhem, 2013), c’est-à-dire reconnue comme ayant une valeur négative sur le plan vital. Pour qu’un brûlage soit conçu comme diminuant la capacité d’agir, on considère surtout sa propension à atrophier certaines formes de vie. Par exemple, la survenue d’un fogo geral, qui pourra laisser le bétail dépourvu de pâture l’année suivante, fournira en revanche une bonne récolte d’herbe dorée durant l’année en cours. De plus, la diversité temporelle des zones brûlées sur le territoire quilombola, croisée à la réciprocité établie par les relations de parenté, permet d’inventer d’autres plans à partir de ces évènements erratiques que sont les fogos gerais. Une vida sadia (vie saine), dans son sens local comporte nécessairement des risques. Il est inenvisageable de parvenir à une maîtrise absolue des fogos gerais. Il s’agit plutôt d’être ouvert à ces évènements réels, de savoir trouver des solutions créatives et de les intégrer dans le tissu de la vie sociale.
19Les Quilombolas et les gestionnaires de l’environnement sont d’accord sur l’existence de risques d’incendies, parfois qualifiés de « mauvais feux », au point culminant de la sécheresse, en particulier entre les mois d’août et de septembre dans les zones sans protection. Cependant, il faut souligner une véritable différence de nature, et pas simplement de degré, entre les valeurs quilombolas et la normativité bureaucratique qui oriente le calcul de la réduction des brûlages tardifs. La perception quilombola des feux considérés comme indésirables est irréductible à un cadre normatif formulé dans des termes d’une comptabilité temporelle (précoce/tardive) ou spatiale (beaucoup/peu). En d’autres termes, il y a des feux indésirables, même dans des situations jugées désirables par la gestion de l’environnement. La normativité quilombola relative à la santé environnementale n’est pas limitée aux variations quantitatives de la surface et de l’intensité du feu, elle renvoie plutôt à une certaine synchronie entre les rythmes de brûlage et les temps de production et de reproduction des vivants (Fagundes, 2019a).
20Malgré toute cette complexité, la centralisation de l’appareil bureaucratique de la conservation a besoin de données qui attestent de l’efficacité de cette nouvelle politique de gestion intégrée du feu. En raison des efforts de comparaison avec d’autres UC, la notion d’« incendie » apparaît de plus en plus liée à une classification temporelle du feu sur trois périodes : le feu précoce (de mai à juin), le feu modal (de juillet et août) et le feu tardif (de septembre et octobre). Ainsi, le classement des évènements de brûlage au cours des trois périodes devient une référence centrale pour l’action des gestionnaires. Il ne s’agit plus simplement de combattre le feu, mais de provoquer de petits brûlages dirigés au cours des périodes précoces et modales afin de réduire la prépondérance des feux tardifs.
21Sur la base du déplacement de ce « paradigme immunitaire » de lutte contre et de prévention des incendies (Esposito, 2010), la négativité du combat a tendance à être surmontée par la positivité de l’initiative, de l’encouragement et de l’appréciation des résultats d’un brûlage maîtrisé. Plus encore, la technologie de gestion intégrée du feu adopte une configuration pyropolitique que nous pourrions considérer comme basée sur la « performance » (Han, 2015 : 24). En effet, ce qui était auparavant exprimé sous forme d’interdictions, d’amendes et d’autres facettes de la négativité du pouvoir, est désormais réalisé comme un « projet partagé ».
22Cependant, bien que la discipline de l’acte de brûler puisse être remplacée par la performance, la positivité du « pouvoir brûler » n’annule pas complètement les obligations qui vont de pair avec les contrats d’engagement. Au contraire, cette pyropolitique de la performance reconfigure la relation des gestionnaires de l’EESGT avec les Quilombolas de l’Ascolombolas-Rios. L’hypothèse selon laquelle la faible quantité de brûlages précoces effectués par les Quilombolas au cours de la première année de l’accord était due au « manque d’effort » des communautés est un exemple parlant. Lors de l’une des réunions, lorsque le Quilombola Gilvan a déclaré que :
Le feu de juin était trop lent pour brûler
Un gestionnaire a répondu que :
Brûler, ce n’est pas seulement savoir, il faut du travail. Vous devez marcher très loin.
Je le sais. Mais les gens doivent pouvoir respecter ce qui a été convenu.
23Il a en fait fallu un certain temps aux Quilombolas pour se plier au rythme des premiers brûlages « intégrés ». Méfiants, certains pensaient qu’il s’agissait d’un « piège » fomenté par l’Agence pour l’environnement. Lors d’une autre réunion, au cours de laquelle, une fois de plus, les gestionnaires et les Quilombolas ont tenté d’établir une compréhension commune de la définition des « incendies », le Quilombola Manelão a manifesté sa méfiance. Lui qui avait même reçu une amende pour avoir trop brûlé dans sa zone a commencé la réunion en provoquant les rires de tous :
Je vais vous dire quelque chose : ce qui a attiré mon attention cette année, c’était le ICMBIo. Parce que c’était une agence qui disait de ne mettre pas le feu…
Maintenant, vos employés mettent le feu et disent : « Manelão, quand nous mettons le feu quelque part, vous, vous le mettez ailleurs aussi ! « [rires]. Entendre le ICMBIo me dire de mettre le feu, je ne m’attendais pas à ça !
(Manelão, juin 2015 – ville de Mateiros)
24Cette méfiance de la part des Quilombolas n’était pas fortuite. Quelle garantie auraient-ils que leurs brûlages ne seraient pas ensuite condamnés par la gestion environnementale ? Après tout, les documents institutionnels de l’EESGT, pendant la période de la lutte totale contre le feu, montrent bien qu’il n’y avait pas de distinction claire entre « brûlages » et « incendies » pour la gestion environnementale — ce qu’on appelle aujourd’hui « bons feux » et « mauvais feux » (Fagundes, 2019b). Mais une chose plus importante doit être soulignée : c’est la manière dont l’esthétique du pouvoir conservationniste a basculé d’une conception du feu comme négativité à une représentation de ce dernier comme positivité. Cela se traduit aujourd’hui par des incitations à lancer de « bons feux » ou des feux précoces. À un autre moment de la réunion, Manelão demande :
Laissez-moi comprendre. Si je brûle de juillet à septembre, donc un brûlage tardif, je dépasse ce qui a été convenu, non ? Maintenant, le MIF commence à partir de juin. Mais que se passera-t-il si je brûle plus de 80 hectares quand je vais « effectuer le MIF », à partir de juin, que se passera-t-il ?
(Manelão, juin 2015 – ville de Mateiros)
Et le chef de l’EESGT de lui répondre sur un ton assertif :
Vous devez brûler plus de 80 hectares, sinon vous ne pourrez pas nettoyer votre zone. Il faut brûler plus de 80 hectares. Il est obligatoire de brûler, sinon nous ne pourrons pas atteindre notre objectif. Vous n’avez pas à vous en soucier.
(Marco, juin 2015 – ville de Mateiros)
25Cette réponse doit être contextualisée. Pour l’interpréter avec précision, ce « vous devez brûler » ne peut être assimilé à une injonction coercitive. En effet, les accords ne sont plus configurés comme des négativités qui se manifesteraient par des amendes ou des sanctions. Il s’agit plutôt d’un nouveau style de conservation. C’est un conservationnisme dont les actions opèrent par positivité, encourageant l’autonomie — ou la capacité des Quilombolas à se pourvoir de leurs propres normes. Elle repose sur des encouragements et des incitations à l’initiative communautaire, en ce sens que ce sont les communautés elles-mêmes qui « nettoient leurs zones » et sont envisagées comme gestionnaires de leurs « ressources ». D’un autre côté, l’appel exprime également la volonté du chef de l’EESGT de maximiser la production de « brûlages précoces » dans la zone dont il est responsable. En tant que manager, il est également encouragé à la performance par ses supérieurs.
26Pour comprendre cette positivité du « oui, nous le pouvons ! [brûler] », il est important de rappeler qu’en plus de réduire les impacts des grands incendies sur les aires protégées, cette pyropolitique de la performance se nourrit des attentes autour du paiement des « services environnementaux » — notamment du fait de la possibilité d’être inclus dans l’agenda national du mécanisme REDD+. Pour que les pays demandeurs du REDD+ soient admissibles à la « rétribution aux résultats », il est nécessaire que les actions qui freinent, réduisent ou inversent les émissions dues à la déforestation soient calculées et convertis en tonnes de CO2.
27Il est prévu que la gestion environnementale puisse précisément fournir une partie des résultats qui attestent de la bonne performance nationale de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les recherches de terrain dans le domaine de l’écologie du feu préviennent justement la consolidation de ces données à propos de la consommation de matières combustibles et le calcul des émissions. Elles corroborent l’hypothèse selon laquelle l’intensité du feu est plus élevée en fin de saison sèche (époque tardive, contrairement à l’époque précoce), et par conséquent, que l’émission de CO2 sera également plus élevée. Le passage d’un régime de gestion du feu basé sur un brûlage tardif à un autre basé sur le brûlage précoce découle ainsi de la possibilité pour ce dernier d’être converti en crédits-carbone forestiers.
28La « pyropolitique de la performance » procède à une comptabilité rationnelle de l’espace, catégorise le temps et cherche à réduire le travail humain lié au combat contre le feu. Elle a pour but de protéger les zones sensibles et d’atténuer les émissions de gaz à effet de serre. Pour cela, elle favorise les brûlages précoces au détriment des plus tardifs. En revanche, la technologie de l’habiter quilombola est plus attachée aux « souhaits » du bétail, des espèces de gibier et de l’herbe dorée qu’à prouver l’efficacité du feu maîtrisé contre les incendies. Alors que les Quilombolas soumettent leur régime de brûlage aux désirs des êtres vivants qui profitent des queimadas, les gestionnaires insistent pour leur part sur la maîtrise du feu par l’aménagement des terrains combustibles. Mais sur quelle rationalité reposent ces pratiques de gestion ?
29Nous devons prendre au sérieux les affirmations insistantes selon lesquelles la gestion intégrée du feu doit être « adaptative », ouverte aux imprévus et disposée à apprendre continuellement des locaux et du feu lui-même. Mais on pourrait aussi nous demander ce qu’il y a de commun entre cette « adaptabilité » tant valorisée par la pyropolitique de la performance et ce que certains anthropologues ont appelé la conservation néolibérale (Igoe & Brockington, 2007 ; Büscher et al., 2012 ; Vázquez, 2018). On peut considérer le néolibéralisme comme une technologie gouvernementale qui absorbe l’entrepreneuriat comme forme de vie, valorisant et stimulant la gestion efficace de soi et de ses ressources, ou encore, selon Foucault (2004), comme la reconnaissance des principes de concurrence et du modèle de l’entreprise dans le calcul individuel. Cette comparaison de la gestion intégrée du feu avec la rationalité néolibérale est soutenue non seulement par des incitations commerciales pour la productivité des gestionnaires de l’environnement et l’établissement d’objectifs institutionnels, mais aussi par l’importance accrue des partenariats public-privé, le desserrement des obligations d’emploi et d’autres mécanismes de flexibilité qui caractérisent à la fois le conservationnisme et le capitalisme contemporain.
30Le constat selon lequel la technologie néolibérale explore la relation entre liberté individuelle et autonomie (Foucault, op. cit.), c’est-à-dire la liberté comme autonomie, au sein d’une rationalité où la forme-entreprise est prolongée au-delà du champ de l’économie, est commune dans la littérature sur la biopolitique (Dardot & Laval, 2009). Le cas de la gestion intégrée du feu permet d’attirer l’attention sur la manière dont ce conservationnisme néolibéral proclame également l’autonomie en tant que technique de gouvernement. C’est notamment le cas en ce qui concerne l’interface entre la gestion environnementale et les populations locales à travers la promotion de l’émancipation des anciens mécanismes disciplinaires et l’encouragement des individus à se gouverner eux-mêmes.
31À l’instar du modèle australien, dans lequel la gestion du feu est inscrite dans l’agenda de réduction des émissions de gaz à effet de serre et les négociations autour du marché du carbone (Russell-Smith et al., 2013), les transformations induites par le MIF affectent également la conversion des combustibles végétaux, notamment l’herbe, en une sorte de « ressource ». Comme me l’a dit un jour un consultant du projet Cerrado‑Jalapão :
Pour que la gestion du feu fonctionne, il est important que les Quilombolas et les autres partenaires se voient comme actifs dans le processus, en tant que gestionnaires de leurs ressources.
Pour cela, a-t-il déclaré :
Il serait opportun que non seulement les gestionnaires de l’ICMBio, mais aussi les éleveurs, les chasseurs et ceux qui la récoltent, commencent à traiter « leur propre herbe » comme [selon ses mots] « my fuel load » (ma charge de combustible).
(consultant anonyme, juin 2014 – ville de Rio da Conceição)
32Ainsi, avec la technologie de gestion, on stimule la configuration d’un sujet rationnel autour de sa planification économique en termes de « ressources », afin de le façonner en entrepreneur de soi et de son territoire.
33En revanche, à l’inverse de la conversion du régime de brûlage en crédits-carbone forestiers qui évoque une mise en équivalence des feux à travers une standardisation statistique, la manière dont des brûlages affectent les formes de vie du gerais renvoie plutôt à l’incommensurabilité de chaque manifestation du feu. Parce que chaque feu apparaît comme unique, il ne saurait être réduit à la typologie « grand », « petit », « tardif » ou « précoce ». En ce sens, la transmutation des fogos gerais en « feux tardifs », qui seraient plus proches d’une notion d’anormalité, entendue comme un écart quantitatif par rapport à une norme (Canguilhem, op. cit.), révèle une perception trop mécaniste et réductrice du rythme de la vie au gerais. De même, l’aplatissement de l’univers des interactions multi-espèces des queimadas dans la catégorie de « feu précoce », dont le sens est limité à la rationalisation du temps, fait obstruction au potentiel normatif des populations locales et limite la création continuelle de nouvelles normes, en accord avec les formes de vie que valorisent les Quilombolas.
34Qualifier d’évènements les fogos gerais par opposition à la routine des rythmes de vie ne relève pas d’une simple métaphore. Ce sont des évènements car ils privent les Quilombolas de toute possibilité de contrôler les maladies bovines et autres malheurs causés par un feu « hors du temps ». Cela n’est pas vécu par les Quilombolas comme une faiblesse ou une impuissance. Pour comprendre, il faut considérer la réalité matérielle sur laquelle est fondée leur conception de la liberté. Les effets de cette liberté quilombola se manifestent dans la manière dont ils traitent les feux qui se déclenchent de façon inattendue comme les fogos gerais. Nous sommes là très éloignés de la conception moderne de la liberté, comme expression de l’autonomie individuelle et humaine par rapport à des forces extérieures (Dumont, 1983). Bien qu’elle ne puisse être confondue avec aucune sorte de servitude envers les affections du milieu, cette réduction de l’autonomie humaine face au gerais contraste radicalement avec le récit de la liberté et de l’abondance comme résultat du dépassement des contraintes naturelles — l’un des triomphes majeurs vanté par les défenseurs du progrès moderne (Charbonnier, 2020). Il s’agit plutôt d’une métaphysique paysanne extrêmement ambiguë, presque dialectique, pleine de tension entre valeurs positives et négatives (Candido, 1979 ; Rosa, 2001 ; Santos, 2015 ; Andriolli & Pereira, 2016). Cette liberté vécue au gerais réside précisément dans son ouverture à l’incontrôlable, vivant avec des pathologies environnementales et créant de nouvelles normes à partir d’anomalies productives.
35Contrairement à des individus autonomes et indépendants, les expériences des Quilombolas avec les fogos gerais les mettent devant des forces qui les dépossèdent de toute conception hypostasiée d’une autonomie humaine déconnectée des processus vitaux. Cela est lié au fait que les pratiques de brûlage chez les Quilombolas sont guidées par des conditions relatives à la santé du bétail, la commensalité, la chasse et le soin apporté à l’herbe dorée. Cette expérience vécue ne peut pas être pensée comme « anomique », une combinaison de mouvements aléatoires qui se produiraient continuellement conduisant à l’absence de normes. La forme de vie des habitants du gerais ne saurait être non plus réduite à un type de servitude envers des règles administratives établies par le dispositif du contrat d’engagement. Après tout, le respect des normes de vie du gerais — telles que les temps de nettoyage des pâturages, la dynamique biennale des feux d’herbe dorée et l’interdiction de brûler les prairies pendant la saison sèche — n’est pas une réalité statique et est loin d’être expérimenté par les Quilombolas comme une amputation de leur capacité d’agir. En d’autres termes, il ne s’agit pas d’un habiter « anomique » et il ne s’agit pas non plus de le penser comme une « autonomie ». Cette distinction au plan analytique est la conséquence nécessaire de la mise à distance d’une conception commune de l’« autonomie », telle que promue par l’appareil bureaucratique de gestion environnementale. L’insuffisance de la notion d’« autonomie » réside dans la cristallisation d’une configuration d’un sujet capable de s’auto-gouverner, se donnant même ses propres règles et œuvrant à la gestion de ses « ressources ». Il semble plus approprié de rapprocher la quête des Quilombola d’une autre conception de la liberté, non pas comme anomie ou autonomie, mais comme hétéronomie, puisque l’origine de son nomos est extérieure aux humains et épouse les rythmes vitaux, les maladies animales et les pathologies environnementales. Contrairement aux règles juridiques qui soumettent la vie à des normes qui lui sont extérieures, nous sommes là, au contraire, face à des normes produites par des mouvements immanents à la vie elle-même.
36Cette liberté de faire ce que le Quilombola Gilvan appelle « ce que la bonne nature demande » ou même, comme me l’a dit le Quilombola Tocha, la liberté de « venir et suivre le bétail », nous renvoie précisément ce que j’ai appelé ailleurs « la transitivité de l’habiter Quilombola » dans le gerais du Jalapão (Fagundes, 2019b). Pour avancer cet argument, nous devons étendre la caractéristique transitive de cet habiter au sens local de la liberté, concept récurrent dans la littérature ethnographique sur le gerais (cf. Nogueira, op. cit. ; Andriolli, 2011 ; Lindoso, op. cit.) C’est une conception de l’habiter dont la liberté réside paradoxalement dans la poursuite et la réalisation des désirs d’autres non-humains. Cet habiter nous met au défi de prendre au sérieux un concept de liberté éminemment hétéronome, dont la mobilité normative est basée sur les allées et venues du bétail et consiste à faire « ce que la bonne nature demande ».
37La (non-)maîtrise quilombola du feu vient précisément de la capacité à se laisser affecter par des normes qui ne sont pas les siennes, mais plutôt celles du monde des vivants. C’est à partir de ces affections hétéronomes, qui privent les Quilombolas d’une capacité à planifier du temps et des calendriers stables, que naît leur résilience, en particulier face aux évènements avec lesquels ils savent vivre sans exprimer le besoin de les contrôler.
38Partant de l’émergence de la politique de gestion intégrée du feu dans la savane brésilienne, ce texte a cherché à mettre en évidence le sens de la liberté quilombola au gerais comme hétéronomie, face à une représentation commune de la liberté comme autonomie, dans l’arsenal des techniques de gouvernement environnemental. Ces deux expériences de liberté renvoient à des engagements différenciés dans le traitement social du hasard — en particulier, en ce qui concerne des évènements intempestifs comme les fogos gerais. Il est certain que la financiarisation de l’agenda du changement climatique reproduit la ruse capitaliste qui consiste à mettre en équivalence et échanger des contingences sous la « forme marchandise », ce qui s’exprime bien dans l’idée de crédits-carbone. Mais une contingence n’est pas un évènement. Si la première est ce qui aurait pu se produire d’une autre manière — donc susceptible d’être inversée ou convertie —, un évènement se caractérise par sa réception inévitable, incommensurable et parfois même traumatisante (Safatle, 2016). Étant toujours associés à une forme d’imprévisibilité, les feux qui échappent au contrôle, comme les fogos gerais, sont des évènements qui dépassent la prévisibilité, établissant un nouveau champ du possible. S’il y a quelque chose de propre à des évènements comme ceux-ci, c’est précisément leur capacité à modifier une structure donnée, mettant au défi ceux qui en font l’expérience d’établir de nouvelles normes. En revanche, la commensurabilité fournie par le calcul des émissions de CO2 permet de vider la densité commensale de l’herbe crue au profit d’une autre conception, également dense, énergétique et commerciale de la végétation combustible.
39Pour conclure il est important de souligner que les deux conceptions opposées de la liberté peuvent fonctionner de concert, tout en conservant leurs singularités. En effet, il n’appartient pas à ce texte de réfuter, par principe, le rapprochement du conservationnisme avec la rationalité néolibérale et la propagation de l’autonomie dans la gestion du feu par le traitement des matériaux combustibles en tant que « ressource ». Toutefois il est pertinent de conclure en posant une question : en convertissant la temporalité rythmique du gerais dans un calendrier de gestion basé sur les temps précoce, modal et tardif, ces fogos gerais cesseront-ils d’être vécus sous le signe des évènements, se transformant en contingences imprégnées de valeurs marchandes ? Si la réponse est positive, nous suivrons non seulement la consolidation de la gestion intégrée du feu, mais aussi des incitations à une autre liberté de brûlage. Une liberté qui ne sera plus guidée par les valeurs transitives de la vie au gerais, mais par les valeurs d’une époque où le temps et l’espace vital sont convertis en biens et en services environnementaux. Il appartiendra aux hommes et aux femmes quilombola de savoir trouver des solutions créatives face à des transformations qui dépassent le thème du feu et de la vie au gerais. Mais il ne fait aucun doute que c’est ce qu’ils savent faire de mieux, c’est-à-dire faire face aux forces sur lesquelles ils n’ont pas le plein contrôle.