Appel à contributions - dossier spécial du JSO - Le Pacifique nucléaire : concepts, espaces et temporalités
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Entre 1946 et 1996, l’Océan Pacifique a été le théâtre de plus de 300 tirs d’expérimentation nucléaires. Près d’un tiers d’entre eux ont été menés par les États-Unis, neuf par la Grande-Bretagne et plus de la moitié par la France. Les essais étatsuniens se sont concentrés majoritairement sur les îles Marshall, dans le nord-ouest du Pacifique, les essais britanniques sur les îles de la Ligne (Kiribati), dans le centre du Pacifique, et les essais français en Polynésie (Tuamotu), au sud de l’équateur.
C’est de cette histoire violente qu’est né le « Pacifique nucléaire », terme qui, à partir des années 1970, a commencé à circuler parmi les militant·e·s, les scientifiques et les responsables politiques de la région. Une technologie humaine et militaire en est venue à qualifier plus de soixante millions de kilomètres carrés d’océan, d’une profondeur et d’une distance sans équivalent, d’une importance capitale pour le climat et l’écologie planétaires. Le plus grand océan du monde a été ainsi réduit au terme « nucléaire ». Cet espace est devenu un « lac américain », un « terrain de jeu nucléaire », ou pire encore, l’espace du « règne empoisonné » des impérialistes britanniques et français notamment.
Dans cet appel à contributions, nous sollicitons les universitaires, les artistes et les militant·e·s qui s’intéressent au « Pacifique nucléaire » et abordent cette notion dans leurs travaux. Bien que le terme ait été utilisé dans les études universitaires et les campagnes militantes régionales, il reste mal défini et nécessite un approfondissement à la fois historique et théorique. À ce titre, nous souhaitons recevoir des propositions qui interrogent les fondements conceptuels, spatiaux et temporels du « Pacifique nucléaire » en tant que catégorie d’analyse.
Comparé à l’historiographie ancienne sur les essais nucléaires en Océanie, qui privilégiait une approche compartimentée et reflétait les divisions impériales en fonction des archives utilisées, cet appel à contributions invite les chercheurs et chercheuses à adopter d’autres échelles d’analyse, de l’hyperlocal au transnational. Nous souhaitons dépasser l’approche traditionnelle des essais nucléaires dans le Pacifique en apportant des réponses aux questions suivantes :
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Comment le « Pacifique nucléaire » est-il conceptualisé, en référence aux histoires coloniales, environnementales, autochtones et militaires propres à la région ? Comment le “Pacifique nucléaire” mobilise-t-il des acteurs et actrices distinct·e·s, qu’ils et elles soient humain·e·s, non humain·e·s, plus qu’humain·e·s ou qu’ils et elles relèvent encore d’une autre catégorie ?
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À quoi ressemble le « Pacifique nucléaire » depuis les différents lieux et espaces d’Océanie ? Comment ces observations pourraient-elles remettre en question les hypothèses généralement admises et quelles perspectives comparatives ou transocéaniennes pourraient-elles révéler pour les Pacific Studies ?
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Comment le « Pacifique nucléaire » se caractérise-t-il du point de vue de sa chronologie ? Comment le terme « vit »-il en tant que discours ou comme moyen de catégoriser les héritages radioactifs et toxiques ? Comment le terme est-il mobilisé pour aborder les nouvelles menaces environnementales pesant sur le Pacifique ?
L’histoire des essais nucléaires étatsuniens, britanniques et français marque une période de transformation des connaissances sur l’Océanie. Les écologues et les météorologues cartographient les espaces océaniques grâce aux radionucléides ; des études systématiques sur les oiseaux et la vie marine sont menées parallèlement aux tirs ; l’importance géopolitique du bassin Pacifique est de plus en plus liée aux technologies militaires développées en Occident. D’un autre côté, la période des essais nucléaires représente aussi un contexte de puissante affirmation des identités océaniennes : elle est marquée par des mouvements en faveur de la décolonisation et de la souveraineté environnementale, au sein desquels les populations insulaires se battent pour un océan « indépendant et libéré du nucléaire ».
Dans ce numéro, nous souhaitons mettre en avant des recherches qui permettent de reconsidérer le « Pacifique nucléaire », en attirant l’attention sur divers concepts, des liens cachés et des histoires négligées. Ce dossier vise à approfondir les travaux comparatifs et transnationaux sur l’histoire et les politiques nucléaires dans le Pacifique. Comme le montre la controverse autour du traitement des eaux usées liées à la catastrophe de Fukushima au Japon, l’ombre du « Pacifique nucléaire » plane toujours sur les tensions politiques qui entourent cet océan. Analyser la complexité de l’histoire, des relations et des temporalités du « Pacifique nucléaire » est essentiel pour la compréhension des politiques menées, ainsi que pour l’avenir de l’Océanie dans son ensemble.
Contacts
Pour obtenir plus d’informations, vous pouvez contacter le coordinateur et la coordinatrice du dossier :
Chris Hill : christopher.hill@southwales.ac.uk
Florence Mury : florencemury@gmail.com ; florence.mury@cnrs.fr
ainsi que la rédaction du Journal de la Société des Océanistes : redaction.jso@services.cnrs.fr
Calendrier
— Les auteurs et autrices sont invité·e·s à envoyer un résumé de leur article (entre 400 et 800 mots) avant le 1er novembre 2025 ;
— Le 30 novembre 2025, le coordinateur et la coordinatrice scientifiques reviendront vers les auteurs et autrices concerné·e·s pour soumettre leur article ;
— Les propositions d’articles devront être envoyées à la rédaction en chef avant le 1er mars 2026 ;
— La publication est prévue pour juin 2027 (n°164 du JSO).
Instructions aux auteurs et autrices pour la soumission d’un article
Merci de vous référer à la page suivante du site : https://journals.openedition.org/jso/15205


