Début décembre 2024, le paysage de la recherche scientifique néozélandaise s’est vu radicalement altéré par des décisions de la ministre responsable du portefeuille Science, Innovation et Technologie. Ces décisions portent sur les objectifs du fonds Marsden, le seul fonds de recherche fondamentale du pays, et spécifiquement sur la suppression des financements pour les sciences humaines et sociales. Dans ce texte, l’auteure, linguiste de terrain en Océanie et néozélandaise, revient sur le contexte, la nature et les conséquences de cette réforme qui laisse les chercheurs, universitaires et intellectuels stupéfaits et profondément inquiets quant au futur de la recherche nationale et de la société néozélandaise.
- 1 Ce fonds tire son nom d’Ernest Marsden, physicien anglo-néozélandais (1889-1970).
- 2 Te Apārangi signifie « groupe d’experts » en maori. Cette société est constituée d’experts et a pou (...)
Établi par le gouvernement néozélandais en place en 1994, le fonds Marsden1 est un financement public alloué annuellement par le ministère Science, Innovation et Technologie dans le but de soutenir la recherche fondamentale en Aotearoa Nouvelle-Zélande. Ces subventions sont administrées au nom du gouvernement néozélandais par la Royal Society Te Apārangi2. Initialement restreintes aux disciplines STIM (sciences naturelles, technologies, ingénierie, mathématiques) et aux sciences sociales, ces subventions de l’État sont élargies en 1997 pour inclure les projets de recherche en sciences humaines, couvrant ainsi l’ensemble des « SHS » (sciences humaines et sociales). Le fonds Marsden est le seul financement public auquel les projets de recherche en sciences humaines et sociales ont accès.
Aotearoa Nouvelle-Zélande investit peu dans la recherche : l’ensemble des subventions, publiques et privées, du pays pour la recherche et le développement (R&D) en proportion du produit intérieur brut (PIB) s’élevaient à 1,47 % en 2022, dont la majeure partie provient des entreprises (60 % des subventions). Les institutions d’enseignement supérieur procurent 25 % des subventions et les 15 % restants proviennent de financements publics. Pour cette même année, les dépenses en R&D des pays de l’OCDE représentaient 2,7 % de leur PIB (McIndoe, 2023).
Le cycle de financement des subventions Marsden est annuel. Les propositions de recherche sont examinées par des comités d’évaluation composés d’universitaires experts dans leur discipline. Le nombre de ces groupes est passé de dix en 2024 à huit en 2025, puisque les comités pour les sciences humaines et sociales (SHS) ont été dissous à la suite de la décision du gouvernement de supprimer les subventions pour ces deux disciplines. Les comités chargés de cette évaluation se répartissent ainsi :
-
sciences biomédicales,
-
biologie cellulaire, moléculaire et physiologique,
-
sciences de la terre et astronomie,
-
écologie, évolution et comportement (les organismes, leur environnement, évolution et comportement),
-
économie et sciences comportementales (économie, psychologie),
-
ingénierie et sciences interdisciplinaires liée à l’ingénierie,
-
sciences mathématiques et de l’information,
-
physique, chimie et biochimie,
-
sciences sociales – comité supprimé en 2025,
-
sciences humaines – comité supprimé en 2025.
- 3 Pour prendre l’exemple d’un projet détaillé proposé en 2021, le coût institutionnel, et qui donc ne (...)
La compétition annuelle pour obtenir une part de ce financement est très forte. La sélection se fait en deux étapes, et environ 10 % des propositions initiales sont retenues et financées pour des projets de recherche de trois ans dont le financement varie entre 100 000 et 900 000 dollars néozélandais (soit entre 52 000 et 475 000 euros). Cette subvention finance le matériel et les coûts de réalisation du projet de recherche, les salaires des chercheurs et étudiants associés au projet, et une partie importante de cette subvention finance également l’institution qui héberge le projet, son administration, ses équipements et bâtiments3.
La subvention Marsden est passée de six millions de dollars néozélandais (3,1 millions d’euros) en 1995, alloués à 60 projets, à 48 millions en 2008 (25 millions d’euros) alloués à 91 projets. En 2024, le montant total du fonds est de 75,82 millions de dollars (un peu moins de 40 millions d’euros), qui ont subventionné 113 projets. La dotation a donc été multipliée par 12 en trente ans. Parmi ces projets sélectionnés en 2024, 25 concernent les disciplines des sciences sociales et humaines, pour un total de 14,5 millions de dollars (environ 7,5 millions d’euros), soit 18,6 % des subventions totales (Royal Society Te Apārangi, 2025a).
Les décisions ministérielles annoncées le 4 décembre 2024 concernaient la fin effective des subventions de l’État néozélandais pour les sciences humaines et sociales, ces subventions étant désormais limitées aux projets de recherche STIM. Couplé à cette décision, le cadre du mandat du fonds Marsden a été profondément modifié. La contribution des propositions de recherche sur le plan « social, culturel ou autres » apparaissait en objectif second dans le cadre de référence du fonds Marsden en 2017. Cette mention a été supprimée dans la réforme de décembre 2024. De même, la mention qui stipulait que les subventions ne seraient pas « soumises aux priorités socio-économiques du gouvernement » a également disparu, convertissant le seul fonds de recherche fondamentale du pays en un fonds de recherche appliquée.
- 4 « Real impact on our economy will come from areas such as physics, chemistry, maths, engineering an (...)
La ministre Judith Collins (du parti politique de droite, le New Zealand National Party) justifie sa décision de supprimer le financement public des sciences humaines et sociales en invoquant l’effet auguré des disciplines STIM sur l’économie : « Le véritable impact sur notre économie viendra de domaines tels que la physique, la chimie, les mathématiques, l’ingénierie et les sciences biomédicales4 ». La ministre argumente que le secteur STIM remplit tout particulièrement l’objectif du gouvernement en place de stimuler croissance économique et qualité de vie en Aotearoa Nouvelle-Zélande. En revanche, elle passe entièrement sous silence le rôle essentiel des sciences humaines et sociales dans la réalisation de cet objectif.
- 5 « […] only 50 percent of funding needs to show economic benefit, the Marsden Fund will continue to (...)
- 6 « All proposals must demonstrate why their research could be of economic, environmental or health b (...)
Collins ajoute que « seulement 50 % des subventions doivent démontrer un avantage économique, le fonds Marsden continuera à soutenir la recherche fondamentale5 ». Ce dernier point paraît inexact. L’impact sur les connaissances, sur l’évolution de la compréhension et des méthodes, défini comme objectif premier en 2017 (Royal Society Te Apārangi, 2025b), a non seulement été rétrogradé dans la version de 2025, et placé après l’impact sur l’économie, l’environnement et la question sanitaire, mais il a également été restreint à l’avancement des connaissances et de la technologie. Il est d’autre part stipulé que « toutes les propositions doivent démontrer pourquoi leur recherche peut bénéficier aux domaines de l’économie, de l’environnement ou de la santé de Aotearoa Nouvelle-Zélande6 ». Cette mention est problématique pour deux raisons. D’une part, elle va à l’encontre de la recherche fondamentale qui, par nature, n’a pas à se préoccuper des applications et des utilisations de ses travaux. En outre, cette volonté d’utilité invalide toute justification au retrait du financement de la recherche en sciences sociales, dont les applications apportent souvent des bénéfices sociétaux. À la suite de ces modifications apportées en décembre 2024, il n’existe plus de fonds public pour la recherche fondamentale en Aotearoa Nouvelle-Zélande, ni de financement public pour la recherche en sciences humaines et sociales.
Les médias néozélandais ont depuis révélé que cette décision controversée avait été prise dès le milieu de l’année 2024, plusieurs mois avant que la décision ne soit rendue publique en fin d’année universitaire. Ni les universitaires et chercheurs, ni la Royal Society Te Apārangi qui administre le fonds, n’ont été consultés ou même informés de ces profonds changements avant l’annonce publique de décembre 2024 (Morton, 2025).
Peu après l’annonce du gouvernement, la présidente de la Royal Society Te Apārangi, Jane Harding, a souligné dans ses échanges avec le Premier ministre l’importance des sciences humaines et sociales, et a recommandé le rétablissement du soutien financier pour ces disciplines. Cette correspondance est restée sans réponse (Morton, 2025). Pour leur part, les universitaires et chercheurs de toutes disciplines confondues ont été stupéfaits par la soudaineté de ces changements, leur ampleur et l’absence de justification raisonnée. Ils s’inquiètent de l’impact délétère que cette réforme ne manquera pas de provoquer pour la recherche, l’innovation, la société néozélandaise et son économie.
- 7 La liste est longue de ces revirements politiques qui touchent à tous les domaines de la société : (...)
Cette décision s’inscrit dans une série de revirements politiques récents, décrétés en urgence, c’est-à-dire sans examen soutenu par les parlementaires. Intellectuels, commentateurs politiques et membres de l’opposition politique ont reproché au gouvernement de coalition au pouvoir depuis octobre 2023 ces nombreux revirements législatifs et politiques. Ils réprouvent en particulier des modifications ou annulations de lois qui se font sans consultation approfondie des parlementaires et du public, et sans prise en compte des données probantes sur lesquelles les lois avaient été élaborées par les gouvernements précédents7. Les changements brutaux des conditions de subventions de l’État pour la recherche interviennent donc dans un contexte d’érosion démocratique en Aotearoa Nouvelle-Zélande.
- 8 Le parti ACT s’oppose à l’aide sociale et est favorable à une diminution de la fiscalité et du rôle (...)
Dans l’ensemble, la décision du gouvernement a été vivement critiquée. Les seules réactions en faveur des changements du fonds Marsden sont celles du parti politique ACT (Association of Consumers and Taxpayers, « Association des consommateurs et des contribuables »), groupe minoritaire d’idéologie libertarienne8 intégré au gouvernement de coalition, et celles de BusinessNZ, un groupe de pression entrepreneurial.
- 9 « In recent years, the Marsden Fund’s terms of reference have seen funding prioritised for spiritua (...)
- 10 « Every dollar spent on these grants is a dollar that is not supporting research in the hard scienc (...)
Dans un communiqué de presse, le parti politique ACT objecte que le fonds avait jusqu’ici donné priorité à « la spiritualité, à l’activisme et à la politique identitaire9 ». Pour illustrer ce propos, le communiqué cite quatre projets subventionnés pour les années 2023-2024. Ces projets de recherche jugés problématiques représentent 1,7 % des subventions totales pour ces deux années. Par ailleurs, pour un parti qui postule dans ce même communiqué que chaque dollar doit être consacré à alléger les dépenses fiscales des ménages en difficulté10, il paraît contradictoire que l’un des projets dénoncés ait trait à la relation entre le système de taxation néozélandais et la communauté maori socio-économiquement défavorisée. Le groupe de pression BusinessNZ, quant à lui, a publié un communiqué de presse en soutien aux décisions relatives au fonds Marsden (BusinessNZ, 2024), invoquant le besoin de davantage de financement pour la recherche, le développement et l’innovation – mais sans aborder la manière dont ces changements au fonds Marsden peuvent stimuler l’économie et la qualité de vie du pays.
En comparaison, les réactions en défaveur des changements apportés au fonds ont été nombreuses et détaillées. Pour la plupart, elles ont émané d’universitaires et d’intellectuels, le grand public et les médias étant rarement conscients de l’existence du fonds Marsden et de son rôle dans le financement de la recherche nationale. Les réactions et analyses des conséquences de la décision du gouvernement se sont concentrées sur la suppression des subventions pour les sciences humaines et sociales et sur le profond changement de la nature et des objectifs du fonds, sur leurs conséquences pour la recherche nationale, les chercheurs, le savoir, l’innovation, la liberté académique, la société et l’économie du pays.
- 11 La prestigieuse et très compétitive bourse Rutherford (Rutherford Discovery Fellowship) offre un fi (...)
- 12 « The research is not subject to government’s socio-economic priorities. »
Dès décembre 2024, de nombreuses voix se sont élevées pour expliquer les problèmes liés à l’abandon de l’objectif du fonds Marsden de financer la recherche fondamentale (Collective of Rutherford Discovery Fellows, 2024 ; Ganley, 2024 ; Gaston, 2024). L’argument principal est que seule la recherche fondamentale, affranchie du contrôle et des priorités économiques et politiques du moment, permet de donner naissance aux innovations qui déboucheront, souvent à long terme, sur des progrès sociaux, technologiques et économiques. On notera également la lettre ouverte d’un collectif de 82 éminents chercheurs à la ministre Collins (Collective of Rutherford Discovery Fellows, 2024). Ces chercheurs bénéficiaires de la bourse Rutherford11, toutes disciplines confondues, dénoncent l’ingérence politique dans la recherche qu’implique cette décision de la ministre Collins. Ils signalent en effet que la clause du fonds Marsden qui stipulait que « [l]a recherche n’est pas soumise aux priorités socio-économiques du gouvernement12 » a été supprimée, changeant profondément les termes et objectifs originaux de cette subvention publique. Les auteurs incitent la ministre à rétablir le fonds pour les sciences humaines et sociales, ainsi que les termes originaux du fonds Marsden, et ils requièrent que toute réforme de la subvention Marsden soit fondée sur des données probantes et une consultation des universitaires et chercheurs, ce qui n’avait assurément pas été le cas pour cette réforme.
Des universitaires d’Australie ont rejoint leurs collègues néozélandais pour condamner l’ampleur des changements apportés à une subvention du gouvernement néozélandais créée trente ans auparavant dans le but de financer des projets de recherche indépendants des priorités du gouvernement. Ils mettent en garde contre les impacts négatifs de ces changements et dénoncent l’incompréhension manifeste de l’importance de la recherche en SHS sur « l’économie, l’environnement et la cohésion sociale » d’Aotearoa Nouvelle-Zélande (Ryan, 2024).
Le fonds Marsden est le seul financement public dédié à la recherche en sciences humaines et sociales en Aotearoa Nouvelle-Zélande. Les projets de recherche des disciplines STIM bénéficient d’autres financements, privés ou publics, mais ce n’est pas le cas pour les SHS. De plus, comme le coût institutionnel constitue une large part des subventions de projets financés par le fonds Marsden (voir note 3), les départements SHS des institutions néozélandaises ont également beaucoup à perdre du fait de ces suppressions.
Les sciences humaines et sociales ajoutent de la valeur aux innovations scientifiques et technologiques, entre autres en éclairant le contexte social, culturel et économique dans lequel sont développés et utilisés les résultats de la recherche. Sans cette compréhension, les applications de ces innovations peuvent être compromises (Douglas & Gaston, 2024). Les sciences sociales ont par exemple largement contribué à la pratique médicale (Davis, 2025). L’intelligence artificielle offre un autre exemple concret, puisque ses enjeux résident davantage dans ses applications sociétales que technologiques. Il semble que ce rôle des sciences sociales, lesquelles permettent l’examen de pratiques dans le contexte particulier de Aotearoa Nouvelle-Zélande, est incompris, ou délibérément discrédité, par les décideurs du pays.
- 13 « What cutting social sciences and humanities from the Marsden Fund dramatically reduces is the abi (...)
Les SHS ont toutefois une portée bien plus large que celle de nous éclairer sur les applications des autres sciences, puisqu’elles nous aident à comprendre le monde dans lequel nous vivons, et à le penser de façon critique. Les coupes budgétaires de la recherche en SHS sont ainsi dénoncées pour leur atteinte à la pensée critique (Baker, 2024 ; Salmond, 2024a ; 2024b, entre autres), qui implique, à long terme, une menace tangible pour la société néozélandaise et ses valeurs démocratiques (Davis, 2025). Venant d’un gouvernement qui prend ses décisions sans tenir compte (ou même à l’encontre) des données probantes, limiter la production de ces données paraît cohérent puisque « [c]e que la suppression des sciences sociales et humaines du fonds Marsden réduit considérablement, c’est la capacité des chercheurs à produire des preuves gênantes13 » (Baker, 2024). La décision de la ministre pour la Science, Innovation et Technologie est perçue comme une réelle menace pour les sciences humaines et sociales de la part d’un gouvernement dont les décisions ne tiennent pas compte des connaissances issues de ces disciplines. Le contexte international renforce cette perception, notamment la situation aux États-Unis, où le gouvernement actuel cherche à faire taire les universitaires et les chercheurs qui s’opposent à son idéologie, en contrôlant le contenu des enseignements universitaires.
La suppression de ce qui constituait le seul fonds public pour les SHS menace également la liberté académique en Aotearoa Nouvelle-Zélande. En effet, les chercheurs devront de plus en plus recourir à des fonds privés pour poursuivre leurs travaux, ce qui implique une perte d’indépendance. Le sous-financement des universités néozélandaises a déjà eu pour conséquence des coupes franches dans les disciplines SHS et scientifiques de diverses universités (e.g., Gaston, 2023 ; Smith, 2024). Cette récente réforme du financement de la recherche et, indirectement, des départements en sciences humaines et sociales, ne fera qu’aggraver la situation pour la recherche mais aussi pour l’enseignement de ces disciplines.
Un domaine particulièrement menacé est celui de la culture et des savoirs maori (Science Media Centre, 2024). Une fois ces fonds supprimés, il est difficile d’envisager qui financera la recherche sur la langue, l’histoire, la littérature, la musique et les pans entiers de la culture maori. Quant aux universitaires maori dont les recherches se concentrent sur ces sujets, ils sont particulièrement affectés par la suppression des fonds Marsden pour les sciences humaines et sociales. En effet, les recherches des universitaires maori financées par le fonds Marsden le sont en majorité dans les disciplines SHS.
- 14 Anne Salmond est professeure émérite en études maori et anthropologie à l’université d’Auckland. El (...)
Dès le lendemain de l’annonce par la ministre, l’anthropologue et intellectuelle Anne Salmond14 soulignait l’irrationalité économique de cette décision qui entraînera pour le pays une énorme perte (Salmond, 2024a). Les institutions néozélandaises ne seront plus en mesure de retenir des universitaires et chercheurs de haut niveau. Par conséquent, les étudiants se tourneront vers des établissements étrangers, notamment les nombreux étudiants internationaux qui contribuent très largement au financement des universités. Ainsi, les faibles économies réalisées par la suppression du financement public pour la recherche en SHS seront loin d’égaler la réduction budgétaire que cette réforme entraînera inévitablement.
De plus, comme le souligne Nicola Gaston, professeure en sciences physiques, dans une interview (Douglas & Gaston, 2024), non seulement la commercialisation n’est pas la seule façon de capitaliser sur la recherche en Aotearoa Nouvelle-Zélande, mais ce n’est pas le seul objectif désirable pour le pays. Les objectifs environnementaux qui favorisent le développement durable (lesquels restent des « bénéfices » valides d’après les nouveaux termes du fonds), ainsi que la lutte pour réduire les inégalités sociales sont tout aussi importants pour améliorer l’économie des néozélandais.
Ni les bénéficiaires de la bourse Rutherford ni les universitaires et chercheurs ayant exprimé leur point de vue critique n’ont reçu de réponse ou de commentaire du gouvernement. En janvier 2025, et donc peu après l’annonce de la réforme du fonds Marsden, la ministre Judith Collins a été nommée à un autre portefeuille ministériel, ce qui lui permet de ne pas avoir à répondre aux requêtes et arguments soulevés par sa décision très contestée. Le cycle de financement des subventions Marsden pour 2025 se déroule comme les autres années – sans les panels et les propositions de recherche en sciences humaines et sociales. La Royal Society Te Apārangi, qui administre le fonds Marsden, a souligné son engagement à soutenir la recherche en sciences humaines et sociales malgré la suspension du financement de ces disciplines, mais savoir en quoi consiste ce soutien dans la pratique est loin d’être clair.
Il est trop tôt pour donner un aperçu de l’état de la recherche en Aotearoa Nouvelle-Zélande après cette réforme, mais à en juger par les réactions des chercheurs, le pronostic n’est pas bon. Quant à la pérennité de la réforme, le ministre qui remplace Collins au portefeuille Science, Innovation et Technologie est lui-même responsable d’une autre réforme très controversée qui a vu l’abandon des lois antitabac en décembre 2023, alors qu’il occupait le poste de ministre de la Santé. Cela laisse peu d’espoir que le fonds Marsden soit restauré à son objectif initial en 2026. Mais les chercheurs en SHS ne baissent pas les bras. Ils usent de leur temps libre pour mener leurs recherches et en rédiger les résultats dont la publication est facilitée par des collectes de fonds auprès d’un public conscient de l’importance de la recherche en SHS. Citons par exemple l’étude réalisée pour le bien public et à titre gratuit par des économistes néozélandais sur l’état de la cohésion sociale en Aotearoa Nouvelle-Zélande (Eaqub, Collins, & Talbot Mills Research, 2025). Les résultats, largement relayés par les médias nationaux, révèlent l’ampleur de la dégradation du tissu social du pays, un phénomène que le gouvernement aura du mal à ignorer.