Anne-Françoise Jaccottet & Stéphanie Wyler, Des hommes nouveaux dieux entre Grèce et Rome
Anne-Françoise Jaccottet, Stéphanie Wyler (dir.), dossier NEOI: Des hommes nouveaux dieux entre Grèce et Rome, dossier publié dans la Revue de l’histoire des religions 240/4 (2023). 1 vol. 15,5 × 24 cm, 165 p. ISBN: 978-2-200-93497-2.
Texte intégral
1En 2014, sous la direction de Stéphanie Wyler (université de Paris 7) et d’Anne-Françoise Jaccottet (université de Genève), se formait dans les locaux de l’unité mixte de recherche AnHiMA le groupe de travail NEOI. Ce projet collectif prévoyait la collaboration d’un petit groupe de chercheurs internationaux afin d’étudier en profondeur les attestations du titre « neos/nea + théonyme ». L’étude de ce syntagme attesté dans la documentation des époques hellénistique et impériale permet d’envisager la continuité d’une pratique honorifique s’insérant plus largement dans le cadre des honneurs cultuels rendus aux chefs politiques. Le dossier dont il s’agit ici est composé de quatre contributions précédées d’une introduction rédigée par les responsables du projet. Il constitue l’un des principaux aboutissements de la réflexion commune engagée par ce groupe de spécialistes des polythéismes grec et romain.
2En accord avec la volonté d’adopter une approche « close-reading » des sources — présentée dans l’introduction (p. 571) —, les dossiers d’étude ont été répartis entre les membres du projet en fonction de leurs domaines de recherche privilégiés. Les contributions peuvent donc être envisagées comme la mise en application d’une méthode commune se fondant sur une connaissance fine du contexte politique et religieux dans lequel étaient forgés les termes étudiés. Cette décision a permis de rendre compte du fonctionnement de cette pratique honorifique avec davantage de précision que n’avaient pu le faire jusqu’alors des études plus englobantes. Les différentes contributions mettent en lumière une multitude d’acteurs sociaux (souverains hellénistiques, imperatores républicains, empereurs et membres de la famille impériale, élites civiques), évoluant dans des contextes variés à travers le temps et l’espace. Bien que les contributions n’étudient pas en profondeur l’intégralité des 132 attestations de la formule « neos/nea + théonyme », elles permettent d’esquisser les grandes lignes de l’évolution d’une pratique honorifique, à travers une étude détaillée de dossiers sélectionnés.
3Dans leur introduction (p. 571–574), les éditrices du dossier soulignent les nombreux enjeux méthodologiques inhérents à l’étude du syntagme « neos/nea + théonyme ». Ils constituent, plus largement, des thématiques centrales des récentes études concernant le culte voué aux chefs politiques dans son ensemble. La question du rapport entre les choix posés par les cités et le discours développé au niveau supra-civique par le pouvoir monarchique — qu’il s’agisse des royautés hellénistiques ou du pouvoir impérial — constitue par exemple une interrogation centrale de la recherche sur ces cultes. Anne-Françoise Jaccottet (p. 589–590) souligne ainsi la liberté dont disposaient les cités grecques dans le choix des divinités auxquelles associer l’empereur dans la dénomination. Elle signale également la présence de tendances générales, qui pourraient quant à elle être imputables à la politique menée par la famille impériale (e.g. Apollon pour les Julio-Claudiens). De telles considérations permettent d’envisager la nature du lien qui unissait les communautés instigatrices des honneurs avec le pouvoir supra-civique.
4Le syntagme « neos/nea + théonyme » a permis aux auteurs d’envisager d’autres problématiques, jusqu’à présent moins abordées dans l’étude du culte des monarques aux époques hellénistique et impériale. Une attention constante est par exemple portée à l’articulation entre les dimensions discursive et rituelle des honneurs. Stefano Caneva et Jenny Wallensten (p. 663–664) soulignent que l’attribution du titre « neos/nea + nom de héros » aux membres de l’élite locale de la fin de l’époque impériale n’impliquait pas nécessairement l’institution de rituels destinés à honorer l’individu qualifié au moyen de ce syntagme. De manière analogue, Gabrielle Frija (p. 643–647) affirme que, dans la grande majorité des cas, les sources sont trop allusives pour postuler l’hypothèse d’une corrélation entre l’attribution du titre de « nouveau dieu » et l’accomplissement d’actes rituels modelés sur le culte des divinités mentionnées dans les titulatures. Bien qu’aucune conclusion ne puisse être tirée en ce qui concerne les implications rituelles de l’appellatif, son emploi n’était cependant pas « neutre » (p. 647). La référence explicite à la sphère religieuse qu’opérait la formulation participait indéniablement à la construction de la figure religieuse des honorandi au moyen du discours.
5Certaines contributions se proposent en outre d’investiguer les rapports entre les modalités d’expression linguistique et iconographique du lien unissant nouveaux et anciens dieux. Anne-Françoise Jaccottet (p. 596–600), à travers l’exemple de la titulature Neos Dionysos, dresse un parallélisme convaincant entre le syntagme « neos/nea + théonyme » et les représentations iconographiques des dieux panhelléniques. Tout comme les images, ce type d’épiclèses ne permettait pas d’ancrer explicitement la nouvelle divinité dans un contexte local. Ces dénominations seraient d’ailleurs restées volontairement génériques afin de faciliter l’adaptabilité de la formule. Ces considérations peuvent être mises en parallèle avec la demande, formulée par Marc-Antoine (Athénée IV, 147e–148c), d’être « proclamé Dionysos » par l’ensemble de la Grèce, qu’envisage Stéphanie Wyler dans sa contribution (p. 625–628).
6Ce ne sont là que quelques-uns des angles d’approche que nous proposent ces riches contributions. Nous soulignerons par ailleurs la cohérence de l’ensemble du dossier, illustrée par les nombreux renvois internes qu’opèrent les auteurs. La mise en place d’une réflexion commune suivie de la répartition de cas d’études précis entre différents spécialistes s’est révélée fructueuse. Il est ainsi apparu de manière évidente qu’une série d’enjeux méthodologiques importants, mis en lumière dans l’introduction, excédait le simple cadre de l’étude d’une formule honorifique déterminée. Les membres du projet NEOI ont donc pris la décision de prolonger leur collaboration dans une perspective plus ample. En invitant davantage de spécialistes à les rejoindre, ils ont formé, entre 2019 et 2023, le groupe de travail « DIVI : Frontières et modalités de passages entre humain et divin dans le bassin méditerranéen antique », dont les futures publications sont attendues avec impatience.
Pour citer cet article
Référence papier
Luca Lorenzon, « Anne-Françoise Jaccottet & Stéphanie Wyler, Des hommes nouveaux dieux entre Grèce et Rome », Kernos, 37 | 2024, 452-453.
Référence électronique
Luca Lorenzon, « Anne-Françoise Jaccottet & Stéphanie Wyler, Des hommes nouveaux dieux entre Grèce et Rome », Kernos [En ligne], 37 | 2024, mis en ligne le 01 janvier 2024, consulté le 08 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/kernos/7692 ; DOI : https://doi.org/10.4000/146nj
Haut de pageDroits d’auteur
Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
Haut de page




