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Chronique des activités scientifiques
Chronique archéologique

Chronique de l’Amyklaion de Sparte

Synthèse de vingt ans de fouilles de l’Amykles Research Project
Stavros Vlizos et Adrien Delahaye
p. 187-256

Résumés

À l’issue de vingt années de fouilles, d’études, de prospections, de patrimonialisation du site et de médiation archéologique, cet article propose un bilan synthétique des travaux de l’Amykles Research Project (Ερευνητικό Πρόγραμμα Αμυκλών) au sanctuaire spartiate d’Apollon amycléen et Hyakinthos, couramment appelé « Amyklaion ». Sous forme de point d’étape dans l’optique de la publication finale et de l’extension du périmètre et des objectifs des opérations de terrain, l’enjeu est de présenter le site, l’historique des fouilles archéologiques qui s’y sont déroulées, les objectifs de départ et les conclusions préliminaires. Outre un exposé des phases chronologiques du site, il s’agit de caractériser les axes de l’organisation spatiale du sanctuaire et de proposer un exposé synthétique des grandes évolutions du culte et des pratiques qui lui sont liées visibles dans les données matérielles du sanctuaire.

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Texte intégral

1. Angelos Delivorrias et l’Amykles Research Project

  • 1  Nous souhaitons exprimer nos remerciements à la revue Kernos et aux experts qui ont eu la patience (...)

1Au cours de l’été 2005, le regretté Angelos Delivorrias lançait l’Amykles Research Project avec Stavros Vlizos. Alors directeur du musée Bénaki d’Athènes, il réalisait son ambition — forgée de longue date — de relancer un programme d’étude et de fouilles du sanctuaire d’Apollon amycléen à Sparte, plus couramment dénommé Amyklaion dans la littérature scientifique1.

  • 2  Kaltsas (2022).
  • 3  En l’absence de zone archéologique protégée avant 1994 et 1995.
  • 4  Delivorrias (1968b), p. 149–150, fig. 100α.
  • 5  Delivorrias (1968b), p. 150 : « Κατόπιν της μεταφοράς των αρχιτεκτονικών μελών του Αμυκλαίου ελπίζ (...)
  • 6  de Quincy (1814) ; Pyl (1852) ; Ruhl (1854) ; Tsountas (1890) ; Tsountas (1892) ; Fiechter (1918)  (...)

2Après des études dans les universités de Thessalonique, Athènes et Fribourg (en Allemagne), Angelos Delivorrias rejoint le service archéologique grec, d’abord au musée archéologique national d’Athènes, puis en temps qu’épimélète des antiquités à Patras et à Sparte2. Au sein d’une éphorie alors centrée sur l’Arcadie, il s’attache à protéger autant que possible les vestiges de la Sparte antique. Outre la nécessaire supervision des opérations d’archéologie préventive qui relèvent alors surtout du sauvetage dans une Sparte moderne en cours d’urbanisation3, le réaménagement du musée archéologique de Sparte nécessité par son agrandissement l’amène à redécouvrir et à inventorier, dans les réserves, certaines découvertes issues des fouilles anciennes du sanctuaire d’Artémis Orthia, de l’acropole de Sparte et, surtout, de l’Amyklaion4. Parmi les nombreux vestiges architecturaux du « Trône » d’Apollon, il parvient ainsi à compléter, à l’aide de nouveaux fragments, un segment de la corniche de l’édifice, de même que l’un des emblématiques chapiteaux doriques à console ionique. Ces premières découvertes dans les réserves aiguisent la curiosité du jeune Angelos Delivorrias. Se rendant sur le site, il constate l’état dégradé — voire la disparition — de nombreux fragments architecturaux du sanctuaire antique. Il décide alors le transfert de ces derniers au musée archéologique, dans l’optique d’entreprendre une nouvelle étude de l’ensemble des blocs architecturaux du Trône d’Apollon, espérant qu’il sera possible de partiellement reconstituer, à terme, ce monument unique d’un point de vue architectural5. Ce faisant, il s’inscrit dans la lignée d’une longue tradition de tentatives de reconstitution du Trône, en ajoutant de nouveau blocs à l’équation6. Las, cet espoir ne put être concrétisé. Après l’arrivée de la junte au pouvoir, Angelos Delivorrias quitte la Grèce en 1969, poursuivant ses recherches à Tübingen, puis à Paris, à la Sorbonne et à l’École pratique des hautes études, où Jean Marcadé et Roland Martin encadrent ses travaux postdoctoraux.

  • 7  Pour la phase de démarrage et les premières investigations qui ont façonné le développement du pro (...)

3Nommé directeur du musée Bénaki, il retourne à Athènes en 1973. Le temps est aux expositions et au développement du musée ; les projets laconiens attendront. Élu professeur à l’université capodistrienne d’Athènes, il devient membre correspondant d’une multitude d’académies savantes et d’institutions universitaires ou muséales. En 2005, près d’une quarantaine d’années après ses espoirs avortés pour l’Amyklaion, le tropisme laconien d’Angelos Delivorrias refait surface. Fort d’un prestige académique qui ouvre les portes, de liens personnels avec la Laconie jamais distendus et d’une ambition intacte, il se lance dans l’aventure avec Stavros Vlizos, Manolis Korres, Maria Magnisali et Thémis Bilis — entre autres. Sous les auspices de l’Éphorie des Antiquités de Laconie et grâce au soutien du musée Bénaki et de divers mécènes, l’Amykles Research Project (Ερευνητικό Πρόγραμμα Αμυκλών) est lancé en 20057.

4Vingt ans après, bien qu’Angelos Delivorrias, disparu en 2018, n’ait pu en voir l’aboutissement, l’étude du Trône est achevée et les fouilles du sanctuaire à l’intérieur du péribole, également. Le temps est donc venu de dresser un bilan, d’étape plutôt que définitif, pour la Chronique archéologique de la religion grecque. Après une présentation du site, du culte, de l’état de la documentation écrite et de l’histoire de la recherche, les résultats de vingt années de fouilles sont présentés de manière synthétique, l’ensemble se terminant par une esquisse des perspectives futures.

2. Le site

2.1. Site et situation

  • 8  Sur la fertilité de la Laconie, Polybe, V, 19, 2 : αἱ δ’ Ἀμύκλαι καλούμεναι τόπος ἐστὶ τῆς Λακωνικ (...)

5Le sanctuaire de l’Amyklaion se situe à environ 5 km au sud de la Sparte moderne, au sommet d’Agia Kyriaki, l’une des collines qui occupent le centre de la vallée de l’Eurotas dans la plaine de Sparte, à 203 mètres au-dessus du niveau de la mer (Fig. 1)8. Le site embrasse les frontières naturelles de la Laconie, encadrée par les massifs montagneux du Taygète à l’ouest et du Parnon à l’est, séparés par la vallée fertile du fleuve Eurotas, qui s’y écoule lentement en se frayant un chemin au milieu des roseaux, laissant Sparte et Amykles à sa droite (Fig. 2–3). Situé au centre du paysage naturel laconien, Amykles s’inscrit également au centre du paysage cultuel spartiate. La statue d’Apollon amycléen était ainsi visible depuis l’acropole de Sparte, le sanctuaire d’Apollon sur le Mont Thornax, au nord, le Ménélaion sis sur un promontoire du massif du Parnon, à l’est, l’Éleusinion au pied des contreforts du Taygète, à l’ouest, depuis la tombe de Vapheio ou encore du sanctuaire d’Agamemnon et Kassandra, au sud.

Fig. 1. Carte de la Laconie, indiquant l’emplacement de l’Amyklaion par rapport à Sparte.

Fig. 1. Carte de la Laconie, indiquant l’emplacement de l’Amyklaion par rapport à Sparte.

© Amykles Research Project / Adrien Delahaye.

2.2. Toponymie

  • 9  En dernier lieu Petropoulou (2012), en particulier p. 153, n. 1–2, pour la bibliographie, et Riche (...)
  • 10  Sauf mention contraire, toutes les dates s’entendent avant notre ère.
  • 11  Petropoulou (2012), p. 153, n. 4–5.

6On relève une confusion pour désigner le sanctuaire. Dans la tradition mythique, « Amyklas » désigne un roi de Laconie, fils de Lakedaimon et Sparte, elle-même fille d’Eurotas9. Il existerait cependant une tradition proprement amycléenne, qui serait apparue au cours de la première moitié du viiie siècle10 dans le Catalogue des femmes d’Hésiode à propos de la généalogie et de la mort de Hyakinthos, où ce dernier apparaît comme le fils d’Amyklas et de Diomède11.

Fig. 2. Vue aérienne de la colline d’Agia Kyriaki depuis le sud.

Fig. 2. Vue aérienne de la colline d’Agia Kyriaki depuis le sud.

© Amykles Research Project/ Stavros Vlizos

Fig. 3. Orthophotogrammétrie du sanctuaire de l’Amyklaion.

Fig. 3. Orthophotogrammétrie du sanctuaire de l’Amyklaion.

© Amykles Research Project/ Nicola Nenci

  • 12  Iliade II, 581.
  • 13  Avec Kynosoura, Limnai, Mésoa et Pitanè. Pindare, Pyth. I, 65 ; XI, 32 ; Isthm. VII, 14–15 ; Arist (...)
  • 14  Nenci – Nomicos – Vlizos et al. (à paraître).

7Le nom d’« Amyklai » est bien attesté dans les sources littéraires et épigraphiques, apparaissant pour la première fois dans le catalogue des vaisseaux de l’Iliade12. Ce toponyme, translittéré en « Amyclées » en français, se référerait à l’une des cinq kōmai ou obai, les bourgades constitutives de la cité de Sparte. Selon une tradition bien ancrée, Amyklai aurait constitué une communauté politique indépendante, achéenne, avant son intégration dans la cité dorienne de Sparte, déjà établie et en pleine expansion13. Selon ce modèle interprétatif, Amyklai aurait constitué la clef de l’expansion spartiate vers le Sud du Péloponnèse, sa conquête constituant un jalon essentiel de la constitution de l’ensemble lacédémonien et permettant d’articuler traditions et sources de légitimité dorienne (le retour des Héraclides) et achéenne (le pouvoir des Tyndarides, voire des Atrides). À ce jour, la localisation exacte d’Amyklai reste incertaine14.

  • 15  Polybe, V, 19, 2 ; Strabon, VIII, 5, 1 ; Paus., III, 1, 3 ; 10, 8 ; 16, 2 ; 18, 7 ; 19, 6 ; Athéné (...)
  • 16  Thucydide, V, 2, 18, 23 ; Strabon, VI, 3, 2 ; Paus., III, 10, 8 ; 19, 6 ; IG V, 1, 511 (= SEG 11, (...)

8Amyklai aurait abrité un habitat, mais aussi plusieurs sanctuaires. Parmi ces derniers, celui d’Apollon Amyklaios doit être distingué. Situé sur la colline d’Agia Kyriaki, il se trouve à l’écart de l’habitat. Abondamment attesté dans les témoignages antiques, il est désigné comme le sanctuaire d’Apollon « à Amyklai15 » ou comme celui de « l’Amyklaion16 », le toponyme privilégié dans la littérature moderne pour désigner le sanctuaire d’Apollon Amyklaios, lui-même souvent rendu en français par Apollon « amycléen ».

  • 17  Du sommet de la colline d’Agia Kyriaki à la route Sparti-Gytheio au point où débute l’habitat grou (...)

9Enfin, le nom « Amykles » désigne le village moderne, situé à environ 7 km au sud de la ville moderne de Sparte et à 1,2 km au sud-ouest d’Agia Kyriaki17. L’usage de ces termes est caractérisé par une grande variabilité qui entretient une certaine confusion quand on tente de distinguer l’habitat ancien d’Amyklai de l’habitat moderne d’Amykles et du sanctuaire de l’Amyklaion.

2.3. Trouver l’Amyklaion

  • 18  Matalas (2012), en particulier p. 170, qui comporte un tableau synthétique des voyageurs mentionna (...)
  • 19  Le nom « Amyklai » fut réintroduit pour la première fois en 1833, lorsqu’un δήμος Αμυκλών a été cr (...)
  • 20  Omont (1902), p. 620, rapportant les propos de Fourmont dans une lettre de ce dernier à Sevin daté (...)
  • 21  Leake – Murray – Woodfall et al. (1830), p. 135–136. Matalas (2012), p. 175.

10Comme l’a démontré Paraskevas Matalas, l’usage des toponymes « Amyklai », « Amyklaion » et « Amykles » semble se perdre après la christianisation de la région18. Amyklai et/ou l’Amyklaion antiques étaient situés par les voyageurs européens se rendant en Grèce aux xviiie et xixe siècles dans le village de Sklavochori (le « village des Slaves »), qui correspond à la partie sud-ouest de l’actuel village d’Amykles, avant d’être renommé avec ce dernier toponyme en 194019. Cette identification remonte au moins à l’expédition de l’abbé Fourmont en 1730, qui se vantait de « détruire jusqu’à la pierre fondamentale du temple d’Apollon Amyclæen » (Fig. 4)20. Fort heureusement, ce dernier se trompait sur la localisation du sanctuaire d’Apollon, qu’il ne reconnut pas lors de sa visite de la colline d’Agia Kyriaki. En 1805–1806, le colonel William M. Leake fut le premier à localiser l’ancienne Amyklai sur la colline d’Agia Kyriaki, sans pour autant y mentionner la présence du sanctuaire d’Apollon (Fig. 5)21. Ces hypothèses, parmi de nombreuses autres, étaient toutes biaisées par l’assimilation entre l’habitat et le sanctuaire.

  • 22  Le Bas (1836), p. 160–161. Matalas (2012), p. 176, n. 8.
  • 23  Tsountas (1892), p. 3–4.

11Charles Lenormant fut le premier, en 1829, à situer le sanctuaire de l’Amyklaion sur la colline d’Agia Kyriaki, lors d’une excursion solitaire à l’occasion de l’Expédition scientifique de Morée22. Cette hypothèse ne fut pourtant pas suivie ; ce n’est qu’avec les premières fouilles à la fin du xixe siècle qu’elle fut véritablement confirmée (Fig. 6)23.

Fig. 4. Détail de la carte de la vallée de Sparte par Le Roy, qui l’a visitée en 1754. D’après Matalas (2012), p. 173, fig. 3.

Fig. 4. Détail de la carte de la vallée de Sparte par Le Roy, qui l’a visitée en 1754. D’après Matalas (2012), p. 173, fig. 3.

Fig. 5. Carte du mont Taygète et de la plaine de Sparte, par W.M. Leake, qui situe Amykles sur la colline d’Agia Kyriaki. Leake – Murray – Woodfall – et al. (1830), vol. III, pl. 1.

Fig. 5. Carte du mont Taygète et de la plaine de Sparte, par W.M. Leake, qui situe Amykles sur la colline d’Agia Kyriaki. Leake – Murray – Woodfall – et al. (1830), vol. III, pl. 1.

Fig. 6. Tuile estampillée d’époque romaine portant l’inscription -πολλων-- αμυκλ---- « pour (a)πολλων(οσ) εν αμυκλ(αιοι) », inv. ΑΜ/Παρχ52, inédite.

Fig. 6. Tuile estampillée d’époque romaine portant l’inscription -πολλων-- αμυκλ---- « pour (a)πολλων(οσ) εν αμυκλ(αιοι) », inv. ΑΜ/Παρχ52, inédite.

© Amykles Research Project/Adrien Delahaye

3. Le culte et les Hyakinthia

  • 24  Polybe V, 19, 1–3.

12Dans l’Antiquité, l’Amyklaion était particulièrement réputé pour son sanctuaire consacré au héros local Hyakinthos et au dieu Apollon Amyklaios24. Nombreuses sont les sources écrites évoquant le sanctuaire, son importance dans le panthéon local, la richesse des décors ornant le Trône d’Apollon, ainsi que la fête des Hyakinthia qui s’y déroulait.

3.1. Sources et mythe

  • 25  Hérodote, IX, 7, 11 ; Thuc., V, 23 ; Xénophon, Helléniques, IV, 5, 11.
  • 26  La première mentionne un Dorkonida(s) ou Dorkoilida(s) consacrant à Apollon (AΠΕΛΟΝΙ ΔΟΡΚΟΝΙΔΑ) su (...)
  • 27  Aristophane, Lysistrata, 1297–1299 : τὸν Ἀμύκλαις σιόν.
  • 28  Thuc., V, 18, 10 : ἐν Λακεδαίμονι ἐν Ἀμυκλαίῳ ; 24, 4–5 : τὰ Ὑακίνθια ; ἐν Λακεδαίμονι παρ’ Ἀπόλλω (...)

13La première mention de la fête des Hyakinthia par les Lacédémoniens se trouve chez Hérodote, lors de la description de la seconde guerre médique. Il n’y est pas question d’Apollon, mais de célébrations en l’honneur de Hyakinthos25. Des inscriptions dédicatoires de la fin du viie et du premier quart du vie siècle attestent cependant la présence probable d’un culte d’Apollon dès l’époque archaïque (Fig. 7)26. Dans Lysistrata, le chœur des Lacédémoniens appelle à célébrer le « dieu d’Amyklai », ainsi qu’Athéna Chalkioikos et les Tyndarides27. Le terme « Amyklaion » apparaît pour la première fois sous la plume de Thucydide, qui mentionne également le temple « d’Apollon à Amykles » et les « Hyakinthia28 ».

Fig. 7. Graffito sur une tasse de terre cuite, un kôthôn du Laconien 2, inv. ΑΜ/ΚΓ1036. Le vase date du premier quart du vie siècle av. J.–C., tandis que l’inscription peut être datée d’avant 550 av. J.–C. Delahaye – Mazet (2024), p. 360–361, n. 79–80, fig. 18.

Fig. 7. Graffito sur une tasse de terre cuite, un kôthôn du Laconien 2, inv. ΑΜ/ΚΓ1036. Le vase date du premier quart du vie siècle av. J.–C., tandis que l’inscription peut être datée d’avant 550 av. J.–C. Delahaye – Mazet (2024), p. 360–361, n. 79–80, fig. 18.

© Amykles Research Project/Adrien Delahaye/Yannis Nakas

  • 29  Euripide, Hélène, 1469 ; Palaiphatos, Histoires incroyables, XLVI ; ps.-Apollodore, I, 3, 3 ; III, (...)
  • 30  Palaiphatos, Histoires incroyables, XLVI ; Ovide, Mét., X, 205–219.
  • 31  Nonnos de Panopolis, Dionysiaca, XIX, 104–105.
  • 32  Paus., III, 19, 1, 3.

14L’association cultuelle Apollon-Hyakinthos est expliquée dans un mythe étiologique rapporté par le Pseudo-Apollodore et repris par Pausanias29. Hyakinthos, fils d’Amyclas, y est présenté comme un roi légendaire de Sparte et fondateur d’Amykles, et comme le petit-fils de Lakedaimon et de Sparte. Aimé d’Apollon, il aurait trouvé la mort de manière accidentelle lors d’un exercice de lancer de disque avec ce dernier. Chez Ovide, le coupable désigné est le vent Zéphyre qui, dans un triangle amoureux où il ne tenait pas la meilleure place, aurait soufflé sur le disque lancé, pour se venger des deux amants. Au ive siècle apparaît la tradition selon laquelle le sang de Hyakinthos aurait donné naissance à une fleur qui porte son nom, avant qu’Ovide ne le métamorphose en fleur30. Dans ses Dionysiaca enfin, Nonnos de Panopolis ressuscite Hyakinthos à l’initiative d’Apollon31. L’association entre les deux personnages est archéologiquement attestée à travers la structure même du Trône d’Apollon, qui consistait en un xoanon monumental du dieu, dont la base se dressait sur la tombe de Hyakinthos32.

3.2. Les Hyakinthia

  • 33  Surtout Nafissi (2013), p. 149–150. Également Shipley (2004), p. 593.
  • 34  Polycrate, FGrHist, 588 F 1, apud Athénée, IV, 139c–f. En faveur d’une durée de trois jours : Nils (...)
  • 35  Athénée, IV, 138f–140a ; Paus., III, 16, 2 ; 19, 3.

15L’Amyklaion accueillait les Hyakinthia, l’une des principales fêtes spartiates, avec les Karneia et les Gymnopedia33. Organisées en juillet–août sur une durée de trois jours d’après Polycrate34, elles alternaient différentes phases qui peuvent en partie être reconstituées à partir des Deipnosophistes d’Athénée de Naucratis, citant Polémon et Polycrate, et, dans une moindre mesure, grâce au témoignage de Pausanias35. Dans cette séquence rituelle, la première phase est marquée par le deuil de la mort de Hyakinthos, auquel un enagismos est offert. Les participants ne chantent pas le péan, ne se couronnent pas et mangent avec modération un repas simple, avant de rentrer chez eux. L’absence de réjouissances entraîne des interdictions multiples, car ils « ne font rien de semblable à ce qu’ils font dans les autres fêtes ». Des tabous alimentaires portent ainsi sur les produits céréaliers tels que pains, gâteaux et leurs accompagnements.

  • 36  Athénée, IV, 139e : γίνεται θέα ποικίλη καὶ πανήγυρις ἀξιόλογος καὶ μεγάλη.
  • 37  Ovide, Mét., X, 218–219 ; Polycrate, FGrHist, 588 F 1, apud Athénée, IV, 139e–f, mentionne une pro (...)
  • 38  Athénée, IV, 138f–140b. Sur la kopis, Delahaye (2019), p. 392–400 ; Delahaye (à paraître).

16Par contraste, la seconde journée laisse place à une grande fête collective, cette fois en l’honneur d’Apollon, qui attire les foules et est considérée comme un véritable spectacle par Athénée citant Didyme36. Les paides jouent de la cithare et chantent en chœur, accompagnés d’un air d’aulos, tandis qu’un chiton confectionné tout au long de l’année à Sparte dans le sanctuaire des Leucippides est offert à Apollon, au terme d’une procession qui voit défiler à travers le théâtre (de Sparte ?) des jeunes garçons sur des chevaux richement ornés, d’autres sur des chars de course et des jeunes filles sur des chars d’apparat37. De nombreux sacrifices sont offerts par les citoyens qui, outre leur famille, invitent également amis et esclaves ; la cité se vide, pour célébrer les Hyakinthia. C’est le moment de la kopis, un repas collectif, familial et en plein air, dans l’espace du sanctuaire. Des tentes sont dressées, des couches de broussailles sont confectionnées38. La nourriture est partagée avec les amis et même avec les hilotes : toute la cité est ici réunie dans le partage.

  • 39  Eur., Hél., 1468–1475 (ἁμέρα étant la forme dorienne de ἡμέρα) ; Calame (1977), p. 308 ; Petropoul (...)

17Le déroulé de la troisième journée est un peu moins clair, mais cette phase finale semble consacrée à l’apothéose de Hyakinthos. Euripide mentionne des kōmoi féminins, consistant en des danses nocturnes réalisées par de jeunes Lacédémoniennes, ainsi que l’ordre intimé par Apollon à toute la Laconie d’honorer Hyakinthos avec un jour de sacrifice de bœufs (βούθυτος ἁμέρα), qui se tiendrait le dernier jour d’après Angeliki Petropoulou39.

3.3. Des concours athlétiques ?

  • 40  Hodkinson (2009), p. 155.
  • 41  Athénée, IV, 138f–140b. Kennell (1995), p. 65–66, n. 100, pour les références et une discussion dé (...)
  • 42  Antiochos, FGrHist, 555 F 13, apud Strabon, VI, 6, 3, 2–3, 278.
  • 43  Kennell (1995), p. 65–66, n. 101.
  • 44  Disque : Tsountas (1892), p. 13 ; de Ridder (1894), p. 104, n° 530. Discobole : musée du Louvre, i (...)
  • 45  Musée archéologique de Sparte, inv. 940. Fiechter (1918), p. 220–222, n° 2, fig. 74 et 84. L’ident (...)
  • 46  Paus., IΙΙ, 18, 7.

18La question de l’existence de concours athlétiques est plus opaque. Il est tentant de voir dans le mythe de la mort de Hyakinthos au cours d’un lancer de disque un récit étiologique pour des concours athlétiques40. Cependant, aucune source textuelle ou archéologique ne permet d’assurer avec certitude la tenue d’activités agonistiques à l’occasion des Hyakinthia. Polycrate, cité par Athénée, mentionne bien des chevaux, des chars et une course lors de la fête, mais leur utilisation semble se limiter à la procession et leur dimension agonistique reste nébuleuse41. Le témoignage d’Antiochos de Syracuse au ve siècle à propos de la fondation de Tarente, mentionne la conspiration des Parthénies qui aurait eu lieu à la fin du viiie siècle au cours des Hyakinthia à l’Amyklaion pendant un concours42. Si l’existence de concours à une date aussi haute est sujette à caution, leur mention par Antiochos semble attester leur réalité au ve siècle43. La découverte d’un disque votif lors des fouilles de Tsountas et celle — possible — d’une figurine de discobole de bronze du vie siècle à l’Amyklaion tendent à renforcer le faisceau de présomptions (Fig. 8)44. Une stèle en bas-relief fragmentaire (vers 470) représente par ailleurs un lanceur de disque dont on distingue encore une partie de la poitrine et la main gauche levée45. Découvert lors des fouilles Fiechter, ce fragment pourrait provenir de la stèle d’Ainetos — un olympionice dans l’épreuve du pentathlon — vue par Pausanias dans le sanctuaire de l’Amyklaion46.

Fig. 8. Statuette de bronze représentant un discobole. Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, inv. MND 546/Br 118, première moitié du ve siècle av. J.–C. Découverte à Amyclées (?).

Fig. 8. Statuette de bronze représentant un discobole. Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, inv. MND 546/Br 118, première moitié du ve siècle av. J.–C. Découverte à Amyclées (?).

© 2006 GrandPalaisRmn [musée du Louvre]/Hervé Lewandowski

  • 47  Ancien fragment : musée archéologique de Sparte, inv. 544 ; IGV 1, 559. Nouveau fragment : musée a (...)
  • 48  Le xystarque est le responsable d’un xyste, la piste d’un gymnase, couverte d’un portique.

19Une nouvelle inscription trouvée lors des fouilles menées par l’Amykles Research Project, a néanmoins renouvelé les termes du débat47. Découverte en remploi comme matériau de construction pour la fabrication d’une canalisation du ve ou vie siècle ap. J.-C., la partie inférieure de la stèle a pu être rapprochée de la partie supérieure, retrouvée dans les entrepôts du musée archéologique de Sparte alors qu’elle était présumée perdue (Fig. 9). Datée du iiie siècle ap. J.-C., cette stèle fut érigée en l’honneur de Sextus Eudamon Onasikratès, l’un des derniers membres de l’aristocratie spartiate, et détaille son cursus honorum : prêtre du culte impérial, de Zeus et de nombreux autres cultes, mais aussi agonothète des fêtes des Dioskouria et des Léonidaia, et xystarque des Hyakinthia48.

20Sans être définitifs, ces indices étayent l’hypothèse de l’existence de concours athlétiques potentiellement liés aux Hyakinthia du vie siècle av. au iiie siècle ap. J.-C.

3.4. Fonctions et rayonnement du sanctuaire

  • 49  Les Hyakinthia sont généralement interprétées à l’aide du concept des rites de passage mis au poin (...)
  • 50  Sur le rôle des grandes célébrations festives dans l’auto-affirmation de la polis et celui des san (...)
  • 51  Hdt., IX, 7, 11 fait des Hyakinthia une célébration indispensable pour les Lacédémoniens dans leur (...)
  • 52  Pettersson (1992), p. 16–17.

21Les hypothèses relatives au sens et aux fonctions du sanctuaire et des Hyakinthia oscillent entre rites de passage initiatiques pour les jeunes garçons et les jeunes filles de la cité, et la perspective, plus large, du renouvellement et de la perpétuation, que ce soit de la communauté, de ses liens avec Apollon et Hyakinthos, des céréales et des moissons, ou encore des serments49. Les Hyakinthia, surtout dans leur seconde phase, s’apparentent à une forme d’autocélébration de la cité par le défilé de sa jeunesse, mais aussi de l’ensemble des Lacédémoniens et de leur unité50. La kopis constitue le point d’orgue d’une fête célébrée par tous les membres de la communauté lacédémonienne, citoyens, femmes, enfants, mais aussi Hilotes, étrangers et probablement Périèques dans des sacrifices à grande échelle et dans la consommation conjointe des viandes sacrificielles51. La kopis apparaît comme une forme de commensalité distincte du symposion et du syssition. Il s’agit d’un repas dont la dimension rituelle est évidente52, et qui rassemble un éventail de statuts sociaux qui excède largement le seul cercle des citoyens spartiates.

Fig. 9. Inscription de Sextus Eudamon Onasikratès. Amyklaion, iiie siècle apr. J.–C.

Fig. 9. Inscription de Sextus Eudamon Onasikratès. Amyklaion, iiie siècle apr. J.–C.

© Amykles Research Project

  • 53  Paus., III, 18, 11 ; 19, 3.
  • 54  Paus., III, 19, 6 : « les natifs [d’Amyclées] vénèrent parmi les dieux l’Amycléen et Dionysos, app (...)
  • 55  Macrobe, Saturnales, I, 18, 2.
  • 56  Nonnos, Dion., XIX, 104–105. Nobili (2014), p. 140.
  • 57  Thuc., V, 23, 4–5 (trad. de Romilly 1967). Voir Richer (2004b), p. 405 ; Richer (2012), p. 367–382

22Les Hyakinthia présentent enfin plusieurs traits qui les rapprochent des grandes fêtes civiques en l’honneur de Dionysos. Le dieu est tout d’abord rendu présent physiquement par l’image au sein du sanctuaire. Pausanias, dans sa description des reliefs du Trône d’Apollon, mentionne la représentation d’un Dionysos jeune53, tandis qu’il évoque un peu plus loin l’existence d’un culte de Dionysos à l’Amyklaion54. Macrobe affirme par ailleurs que les Lacédémoniens se couronnaient de guirlandes de lierre lors des Hyakinthia, conformément au rite dionysiaque55, tandis que Nonnos de Panopolis rapporte un hymne à Apollon, Hyakinthos et Dionysos, chanté à Amyclées56. Les célébrations des Hyakinthia présentent enfin plusieurs caractéristiques communes avec les Dionysies athéniennes, en tant que moment de renouvellement des serments et traités, comme l’atteste un passage de Thucydide57 :

Ces clauses seront ratifiées par un serment que prêteront les hommes qui l’ont fait, au nom de chacune des deux cités, pour l’autre traité. Celui-ci sera renouvelé chaque année ; pour cela, les Lacédémoniens se rendront à Athènes au moment des Dionysies, et les Athéniens à Sparte au moment des Hyakinthia. Chaque peuple dressera une stèle : l’une, à Sparte, près du temple d’Apollon d’Amyclées, l’autre, à Athènes, près de celui d’Athéna sur l’Acropole.

  • 58  Xén., Mém., I, 2, 61, rapporte de la même manière à propos des Gymnopedia la présence à Sparte d’i (...)

23Thucydide rapporte ici les conditions du traité d’alliance entre Sparte et Athènes signé en 421. Ce dernier doit être renouvelé chaque année par la venue d’envoyés athéniens lors des Hyakinthia, tandis que des envoyés spartiates doivent se rendre aux Dionysies athéniennes. La pierre portant inscription du traité était exposée dans le sanctuaire de l’Amyklaion, tandis que sa version athénienne l’était dans le sanctuaire d’Athéna Polias. Les deux fêtes sont associées pour assurer la publicité du traité et la visibilité de la stèle. Elles se déroulent à la même période, au début du printemps. Cette périodicité en ferait, selon N. Richer, une célébration du renouveau de l’année et, par conséquent, le lieu idéal pour le renouvellement des traités et des serments. Au-delà d’Amyklai, de Sparte et de Lacédémone, le rayonnement du sanctuaire apparaît ainsi supranational. Des invités étrangers y sont accueillis, tandis qu’il constitue la vitrine privilégiée pour la publicité des traités58.

24L’étude du culte d’Apollon Amyklaios et de Hyakinthos a cependant pâti d’une approche que l’on pourrait qualifier de structuraliste et de fonctionnelle qui a parfois tendance à figer l’analyse et à ne pas rendre compte de façon suffisante de l’évolution du sanctuaire. Les données archéologiques, anciennes comme récentes, peuvent — en partie — contribuer à affiner la compréhension de l’histoire du site.

4. Historique des fouilles

4.1. Les fouilles Tsountas

  • 59  Tsountas (1890).

25Des fouilles archéologiques programmées et accompagnées d’une documentation scientifique systématique furent réalisées en trois phases, entre 1889 et 1925. Les premières fouilles furent menées au sommet de la colline d’Agia Kyriaki en 1889–1890 par Christos Tsountas, sous l’égide de la Société archéologique d’Athènes (Fig. 10)59. Parmi les découvertes les plus importantes figurent le mur de péribole archaïque — déjà en partie visible — et les vestiges d’un bâtiment circulaire, interprétés — à tort — par Tsountas comme les fondations du Trône d’Apollon. À proximité immédiate de cette structure, un dépôt contenant du mobilier céramique, des figurines de terre cuite et des figurines en bronze, allant de l’âge du bronze à la période géométrique récente, était considéré par son inventeur comme caractéristique des périodes hautes du sanctuaire, c’est-à-dire avant la construction du xoanon et du Trône. Les fouilles de Tsountas ont surtout confirmé définitivement l’emplacement du sanctuaire, notamment grâce à la découverte de tuiles estampillées au nom d’Apollon Amyklaios et d’inscriptions trouvées sur la colline et dans ses environs immédiats.

Fig. 10. Plan des fouilles de Christos Tsountas. Tsountas (1892), p. 14.

Fig. 10. Plan des fouilles de Christos Tsountas. Tsountas (1892), p. 14.

4.2. Les fouilles Fiechter et Fürtwangler

  • 60  Fiechter (1918).
  • 61  Une nouvelle fut immédiatement reconstruite quelques mètres plus au nord, cette fois sur les fonda (...)

26Le sanctuaire a fait l’objet de nouvelles fouilles en 1904, toujours sous l’égide de la Société archéologique d’Athènes et sous la direction d’Adolf Furtwängler, puis en 1907, sous celle de son assistant Ernst Fiechter, qui publia le rapport final des deux opérations en 1918 (Fig. 11)60. Ce dernier concluait — à raison — que les fondations identifiées par Tsountas n’étaient pas celles du Trône mais appartenaient à un autel circulaire à degrés couronné d’une superstructure. Tout comme Furtwängler avant lui, Fiechter considérait justement que le Trône se trouvait à l’emplacement d’alors de l’église d’Agia Kyriaki. Afin de vérifier cette hypothèse, l’église fut démantelée, révélant ainsi la partie préservée des fondations et de la krepis du Trône (Fig. 12)61. À l’occasion de ces opérations de fouilles furent également mis au jour de nombreux blocs architecturaux épars, dont une partie de la sima, ornée d’une frise de palmettes et de fleurs de lotus, des fragments d’architrave, des tambours de fûts de colonnes, ainsi que des chapiteaux doriques à console ionique qui combinent de manière inédite les deux ordres (Fig. 13). Ces découvertes furent datées par Fiechter de la fin du vie siècle.

Fig. 11. Plan des fouilles d’Adolf Fürtwangler et Ernst Fiechter. Fiechter (1918), p. 108, fig. 2.

Fig. 11. Plan des fouilles d’Adolf Fürtwangler et Ernst Fiechter. Fiechter (1918), p. 108, fig. 2.

4.3. Les fouilles Buschor

  • 62  Buschor – von Massow (1927).

27La troisième phase de fouilles eut lieu en 1925 sous la direction d’Ernst Buschor, dorénavant sous les auspices de l’Institut archéologique allemand. Buschor tentait pour la première fois d’établir la chronologie de l’occupation du sanctuaire sur la base d’une séquence stratigraphique. Pour ce faire, plusieurs tranchées furent ouvertes : l’une au sommet de la colline, au nord des vestiges de la structure circulaire mis au jour par Tsountas et Fiechter, une deuxième au nord, découvrant l’aile ouest des propylées au nord du site, enfin une troisième qui permit de dégager l’intégralité du péribole sud (Fig. 14). À cet endroit, à l’extérieur de l’angle sud-est du mur de péribole archaïque de la fin du vie siècle, une coupe du mur d’enceinte et de son remblai fut réalisée (Fig. 15)62. La publication de ces fouilles était la première à proposer un aperçu du mobilier, illustré de photographies et de quelques dessins. En dépit de ces efforts, les phases chronologiques proposées ne correspondent que partiellement au mobilier céramique ; la stratigraphie proposée reste dès lors inutilisable.

Fig. 12. Photographie de la krépis du Trône sous la précédente église d’Agia Kyriaki lors des fouilles Fiechter. Fiechter (1918), p. 116, fig. 9.

Fig. 12. Photographie de la krépis du Trône sous la précédente église d’Agia Kyriaki lors des fouilles Fiechter. Fiechter (1918), p. 116, fig. 9.

Fig. 13. L’un des chapiteaux doriques à console ionique lors des fouilles Fiechter. Fiechter (1918), pl. 9.

Fig. 13. L’un des chapiteaux doriques à console ionique lors des fouilles Fiechter. Fiechter (1918), pl. 9.

Fig. 14. Plan des fouilles d’Ernst Buschor et Wilhelm von Massow. Buschor – von Massow (1927), p. 25, fig. 12.

Fig. 14. Plan des fouilles d’Ernst Buschor et Wilhelm von Massow. Buschor – von Massow (1927), p. 25, fig. 12.

Fig. 15. Photographie de l’angle sud-est du mur de péribole archaïque de la fin du vie siècle av. J.–C. lors des fouilles d’Ernst Buschor et Wilhelm von Massow. Archives de l’Institut archéologique allemand d’Athènes ; D-DAI-ATH-Sparta-0110.

Fig. 15. Photographie de l’angle sud-est du mur de péribole archaïque de la fin du vie siècle av. J.–C. lors des fouilles d’Ernst Buschor et Wilhelm von Massow. Archives de l’Institut archéologique allemand d’Athènes ; D-DAI-ATH-Sparta-0110.

4.4. Amykles Research Project

  • 63  Delivorrias – Vlizos (2012) ; Vlizos (2022b).

28Un nouveau programme de recherche et de fouilles systématiques fut lancé en 2005 par Angelos Delivorrias et Stavros Vlizos, en collaboration avec l’Éphorie des Antiquités de Laconie et sous l’égide de la Société archéologique d’Athènes à partir de 2018. Toujours actif après vingt années de travail, le programme, intitulé Amykles Research Project/Ερευνητικό πρόγραμμμα Αμυκλών, poursuivait un triple objectif : relancer des fouilles archéologiques afin de réévaluer les conclusions des anciennes fouilles et de compléter les connaissances sur le Trône au moyen d’une étude architecturale de l’ensemble des blocs ; publier les résultats des fouilles récentes, en étudiant et en mettant en évidence toutes les phases du sanctuaire, y compris celles de l’époque moderne ; valoriser le site archéologique pour le rendre accessible au public et l’intégrer dans le paysage et la vie quotidienne de la communauté locale d’Amykles63.

  • 64  Dans un rayon minimal de 16 km, jusqu’à Dafni. Bilis – Magnisali (2009) ; Korres (2012) ; Bilis –  (...)
  • 65  Kokkorou-Alevras – Chatziconstantinou – Efstathopoulos – et al. (2009) ; Kokkorou-Alevras (2012) ; (...)

29La phase initiale fut en partie consacrée à l’étude des blocs architecturaux exposés au musée archéologique de Sparte, de ceux entreposés dans les réserves de l’Éphorie des Antiquités de Laconie, de ceux présents sur site et des remplois dans les églises et bâtiments de la région64. Grâce à l’étude des carrières de Laconie, de nouveaux blocs ont été découverts, documentés et étudiés conjointement, offrant ainsi l’opportunité de compléter les études architecturales passées65. Avec la reprise des fouilles archéologiques, toutes les zones précédemment fouillées l’ont été à nouveau, avant l’extension du périmètre de fouilles. La quasi-totalité de la colline délimitée par le péribole du vie siècle, ainsi qu’une partie de ses abords immédiats ont aujourd’hui été fouillées (Fig. 16–17).

  • 66  Autant pour y prélever des blocs de taille à utiliser en remploi que pour faire de la chaux.

30Les fouilles ont considérablement enrichi nos connaissances sur l’occupation du site, en particulier à l’ouest, au nord et au sud de la colline. Le phasage chronologique a été affiné (voir ci-après), l’emprise spatiale des occupations successives a été en partie délimitée et l’ensemble du péribole du vie siècle et ses abords ont été identifiés. Le secteur sud, fouillé de 2017 à 2021, a fourni une séquence stratigraphique exploitable dans le remblai d’un mur de terrasse. Les processus anthropiques ayant présidé à sa constitution peuvent être liés aux deux phases de monumentalisation principales du sanctuaire, à savoir la construction du premier péribole à la fin du viiie – début du viie siècle, puis celle du second péribole, du xoanon et du Trône à la fin du vie siècle. Considérant la physionomie sommitale du site, l’ampleur subséquente de l’érosion, les nombreux processus post-dépositionnels dus aux occupations successives du site et son utilisation comme carrière66, la préservation de cette stratigraphie est exceptionnelle. Ce contexte a par ailleurs fourni un mobilier extrêmement riche pour l’époque archaïque.

Fig. 16. Plan topographique du sanctuaire de l’Amyklaion sur la colline d’Agia Kyriaki, à l’issue de la campagne 2021.

Fig. 16. Plan topographique du sanctuaire de l’Amyklaion sur la colline d’Agia Kyriaki, à l’issue de la campagne 2021.

© Amykles Research Project/Nicola Nenci

Fig. 17. Plan synthétique interprété du sanctuaire, du viiie s. av. J.–C. à l’époque protobyzantine.

Fig. 17. Plan synthétique interprété du sanctuaire, du viiie s. av. J.–C. à l’époque protobyzantine.

© Amykles Research Project/Adrien Delahaye

5. Chronologie de l’occupation

31Huit phases d’occupation peuvent être identifiées sur le site, organisées selon une terminologie allant d’« Amyklai » (habitat) I à « Amyklaion » (sanctuaire) VII.

5.1. L’habitat de l’âge du bronze

  • 67  Cette chronologie de l’occupation du site pourrait néanmoins remonter plus haut encore dans le tem (...)

32Sur la base du mobilier céramique, des vestiges de deux murs encore en place et de fosses creusées au sommet de la colline, il est possible d’identifier une phase d’habitat au cours des périodes de l’Helladique ancien et moyen sur la zone nord-est du sommet de la colline d’Agia Kyriaki, appelée ici « Amyklai I ». Le caractère domestique de cette occupation est fondé sur la découverte de grandes quantités de céramique fine de l’Helladique ancien II (2700–2200 ; Fig. 18)67, de fragments de grands vases de stockage, d’éléments de construction et de céramique fine (vases dits « minyens ») de l’Helladique moyen (2000–1600 ; Fig. 19), ainsi que sur la présence d’une trentaine de fosses circulaires destinées à accueillir des pithoi découvertes sur toute la surface du sommet de la colline. En outre, des creusements dans le substrat rocheux, parfois à proximité des fosses circulaires, constituent peut-être les traces de cet habitat originel. Enfin, la découverte en 2022, au sud-est du péribole du vie siècle, d’un groupe de trois tombes à fosse (2) et à ciste (1) dont l’une contenant un squelette, une jarre et un canthare de l’Helladique moyen semble indiquer une occupation funéraire sur le versant sud de la colline à cette époque. La stratigraphie et l’absence de mobilier entre l’Helladique moyen et l’Helladique récent tardif semblent indiquer un abandon ou un déplacement de cette occupation dans la première moitié du IIe millénaire.

Fig. 18. Bords de lékanai de l’Helladique ancien II, inédit.

Fig. 18. Bords de lékanai de l’Helladique ancien II, inédit.

© Amykles Research Project/EFA/ Despoina Nika/Eirini Miari

Fig. 19. Canthare de l’Helladique moyen, inédit.

Fig. 19. Canthare de l’Helladique moyen, inédit.

© Amykles Research Project/EFA/Despoina Nika/Eirini Miari

5.2. Le sanctuaire primitif

  • 68  Demakopoulou (1982), p. 80–81 ; Demakopoulou (2012) ; Vlizos (2013), 179–180 ; Vlachou (2018).
  • 69  Demakopoulou (1982) ; Demakopoulou (2012).

33Au cours de l’Helladique récent IIIB2–IIIC (1250–1100), l’habitat semble laisser place à un sanctuaire mycénien68. En l’absence de vestiges architecturaux, cette interprétation se fonde sur la découverte — lors des fouilles Tsountas, Fiechter et celles de l’Amykles Research Project — de mobilier votif d’époque mycénienne, aux côtés de fragments de céramique protogéométrique et géométrique, dispersé sur une vaste zone dans des dépôts non stratifiés. On trouve ainsi de grandes quantités de figurines mycéniennes votives offertes à une divinité dont le nom nous reste inconnu et des rhytons potentiellement utilisés pour des libations. Les figurines sont majoritairement anthropomorphes, avec des types féminins de type Psi (Fig. 20), mais on trouve aussi des types zoomorphes modelés (bovidés, chevaux, chiens et caprins), des figurines zoomorphes de plus grande taille en partie tournées (Fig. 21) et des fragments de statuaire anthropomorphe de terre cuite de grande taille, dont une main tenant une coupe mycénienne à tige (Fig. 22)69. Cette seconde occupation correspond à la phase « Amyklaion I », qui marque le début de l’occupation cultuelle du site.

Fig. 20. Figurines mycéniennes anthropomorphes féminines de type Psi, découvertes lors des fouilles de l’Amykles Research Project. Demakopoulou (2012), p. 107, fig. 4.

Fig. 20. Figurines mycéniennes anthropomorphes féminines de type Psi, découvertes lors des fouilles de l’Amykles Research Project. Demakopoulou (2012), p. 107, fig. 4.

© Amykles Research Project/Adrien Delahaye.

Fig. 21. Figurine mycénienne zoomorphe tournée, découverte lors des fouilles Tsountas. Demakopoulou (2012), p. 107, fig. 4.

Fig. 21. Figurine mycénienne zoomorphe tournée, découverte lors des fouilles Tsountas. Demakopoulou (2012), p. 107, fig. 4.

Fig. 22. Fragment de statue mycénienne en terre cuite, découvert lors des fouilles Tsountas. Demakopoulou (2012), p. 55–56, pl. 26.

Fig. 22. Fragment de statue mycénienne en terre cuite, découvert lors des fouilles Tsountas. Demakopoulou (2012), p. 55–56, pl. 26.
  • 70  Demakopoulou (2012), p. 110. Comme le sanctuaire d’Aphaïa à Égine ; Pilafidis-Williams (1998).
  • 71  Wiersma – Bes – van IJzendoorn – et al. (2022) ; Vasilogamvrou – Bennet – Karagianni – et al. (202 (...)

34L’absence de vestiges architecturaux d’un sanctuaire mycénien peut être expliquée selon deux hypothèses. La première tient à l’histoire du site : les niveaux mycéniens ayant été détruits par les vastes travaux de réaménagement de l’époque archaïque, les vestiges architecturaux potentiels ont pu alors disparaître. La seconde fait de l’Amyklaion un sanctuaire de plein air pour expliquer l’absence de vestiges architecturaux70. Comme pour d’autres sanctuaires sommitaux mycéniens, se pose la question de l’association de l’Amyklaion avec un habitat potentiel. Alors que des nécropoles d’époque mycénienne sont attestées au sud du site, entre Vapheio et Agia Kyriaki, la relocalisation potentielle de l’habitat mycénien reste une question ouverte. Une hypothèse est celle d’un déplacement vers l’ouest, dans la zone de ce qui devint par la suite la komē d’Amyklai ; la localisation exacte de cette dernière reste cependant mal assurée. À la lumière des découvertes récentes, le centre mycénien en question pourrait se trouver à Agios Vasilios, situé à un peu moins de 7 km au sud71.

  • 72  Vlachou (2012) ; Vlachou (2017) ; Vlachou (2018) ; Vlachou (2024). Également Themos (2001) à Péris (...)
  • 73  Vlizos (2017).
  • 74  Voir infra.
  • 75  L’importance de la communauté d’Amyklai en Laconie au début de l’âge du fer est alors attestée par (...)

35Dans un sanctuaire qui pourrait avoir été à ciel ouvert, des indices d’activité cultuelle sont attestés tout au long du premier âge du fer ancien (Amyklaion II, vers 1050–700). Alors que l’hypothèse d’une rupture de l’occupation et du culte entre la fin de l’époque mycénienne et l’époque géométrique a longtemps été favorisée, l’étude de la céramique protogéométrique et géométrique permet aujourd’hui de démontrer une continuité de l’occupation cultuelle, en dépit de variations dans les pratiques rituelles72. À partir du xe siècle, la fréquentation du sanctuaire semble s’intensifier et les modalités de l’interaction avec la divinité du lieu évoluer. En témoignent la grande quantité de céramique de cette période, ainsi que les nombreuses offrandes votives en bronze. Alors que les offrandes de figurines de terre cuite — caractéristiques de la période mycénienne — ont largement disparu, des offrandes de bronze anthropomorphes, zoomorphes et des anneaux spiralés pour tresses de cheveux apparaissent à partir du milieu du viiie siècle (Fig. 23–24)73. Le faciès céramologique est marqué par la profusion de vases à boire, mélanger et servir le vin, surtout au cours du viiie siècle, comme l’a démontré Vicky Vlachou (Fig. 25–26)74. La commensalité constitue dorénavant la dimension principale du culte sur le site, dans une volonté d’affirmation ou de réaffirmation des liens entre la communauté humaine et le divin (relation verticale) et entre les membres de ladite communauté (relation horizontale), caractéristique de cette période d’affirmation collective des communautés civiques75.

Fig. 23. Figurine de bronze géométrique, inv. AM/M 30. Vlizos (2020), pl. 27a–b.

Fig. 23. Figurine de bronze géométrique, inv. AM/M 30. Vlizos (2020), pl. 27a–b.

© Amykles Research Project/Stavros Vlizos

Fig. 24. Anneau spiralé de bronze pour tresse de cheveux (σφηκωτήρας) géométrique, inv. AM/M 34. Vlizos (2020), pl. 27a–b.

Fig. 24. Anneau spiralé de bronze pour tresse de cheveux (σφηκωτήρας) géométrique, inv. AM/M 34. Vlizos (2020), pl. 27a–b.

© Amykles Research Project/Stavros Vlizos

Fig. 25. Dessins de fragments de canthares protogéométriques provenant de l’Amyklaion. Vlachou (2012), p. 115, fig. 2.

Fig. 25. Dessins de fragments de canthares protogéométriques provenant de l’Amyklaion. Vlachou (2012), p. 115, fig. 2.

© Amykles Research Project/Vicky Vlachou

Fig. 26. Fragments de skyphoi du Géométrique moyen et du début du Géométrique provenant de l’Amyklaion. Vlachou (2012), p. 117, fig. 3.

Fig. 26. Fragments de skyphoi du Géométrique moyen et du début du Géométrique provenant de l’Amyklaion. Vlachou (2012), p. 117, fig. 3.

© Amykles Research Project/Vicky Vlachou

5.3. La monumentalisation du sanctuaire

36La monumentalisation du sanctuaire commence à la fin du viiie ou au début du viie siècle, avec la construction d’un premier mur d’enceinte et l’érection d’un xoanon (Amyklaion III). Ce premier péribole enserre le sommet de la colline à l’est et au sud, formant ainsi une terrasse sommitale dont le but premier semble avoir été d’offrir un espace à même d’accueillir des fidèles autour de la statue de culte.

  • 76  Sur l’acropole, la Skias (bâtiment circulaire) est réalisée par Théodoros de Samos selon Pausanias (...)
  • 77  Sur la base de l’étude architecturale de Themis Bilis et Maria Magnisali.

37La fin du vie et le début du ve siècle correspondent à la seconde et principale phase de monumentalisation du sanctuaire (Amyklaion IV). Alors que la cité de Sparte est en expansion continue depuis le viiie siècle et s’est imposée comme la plus puissante du Péloponnèse, voire du monde grec, ses principaux sanctuaires font l’objet de reconfigurations plus ou moins similaires76. Les besoins croissants liés à l’activité rituelle et l’augmentation du nombre de participants au culte ont entraîné l’érection du Trône pour ceindre le xoanon existant, la construction d’un autel circulaire à degrés et celle d’un nouveau mur de péribole doté d’une entrée monumentale dans sa partie nord. Ce péribole daté de la fin du vie siècle77 s’étend cette fois sur toutes les faces de la colline, enserre le précédent et délimite une terrasse d’une superficie plus importante (d’environ 4500 m2), permettant donc la construction du Trône et de l’autel. Peu de temps après, entre la fin du vie et le début du ve siècle, le substrat rocheux est entaillé dans le seul espace non délimité par le péribole, dans l’angle sud-ouest de la colline, pour accueillir une stoa.

5.4. Du sanctuaire d’Apollon à Agia Kyriaki

38Les phases postérieures sont moins bien documentées, mais indiquent la permanence de l’occupation cultuelle jusqu’à la fin de l’Antiquité. Entre le ve siècle av. et le ve siècle ap. J.-C. (Amyklaion V), l’organisation spatiale du sanctuaire change peu et reste structurée par le triptyque Trône/autel/péribole. La construction d’une citerne d’époque romaine et d’un bâtiment de stockage sur la section ouest du péribole et les vestiges d’un grand bâtiment à l’extrémité nord de la colline confirment l’activité de construction dans le sanctuaire de l’époque classique à l’Antiquité tardive.

  • 78  Vlizos (2006).
  • 79  Fiechter (1918).

39Avec la christianisation, le site connaît de profondes transformations (Amyklaion VI–VII). À la suite de la destruction progressive des structures du sanctuaire à partir des ve et vie siècles ap. J.-C., la conversion du site en lieu de culte chrétien a entraîné son remodelage et une redéfinition de ses fonctions, tout le sommet de la colline étant arasé et recreusé pour laisser place à de nouveaux bâtiments78. Une basilique protobyzantine dotée d’un baptistère est construite, tandis que des tombes apparaissent dans l’enceinte du péribole, actant la désacralisation du temenos. Pour construire ces nouveaux bâtiments, le procédé du remploi de blocs et matériaux provenant du Trône et des structures adjacentes a été abondamment utilisé. Au cours du xe siècle ap. J.-C., une chapelle triconque est érigée à l’emplacement de l’actuelle église d’Agia Kyriaki. Par la suite et jusqu’à la fin du xixe siècle, le site tombe progressivement en déshérence. L’ancien sanctuaire fait ainsi office de carrière au cours de la période byzantine et post-byzantine (xiexixe siècles), afin de fournir des matériaux de construction pour construire églises — dont celle d’Agia Kyriaki —, murs de terrasse et maisons de maîtres dans la région. Enfin, la culture des oliviers sur l’ensemble du site et les pillages referment le chapitre des dégradations anthropiques des structures et de la stratigraphie de la colline79.

40Outre l’érosion naturelle — exacerbée par la nature sommitale du site — qui a aggravé l’altération de la stratigraphie, ces interventions ont contribué à rendre en partie invisibles les niveaux, le mobilier, et donc les activités rituelles, postérieurs à la monumentalisation du site à la fin du vie siècle.

6. Organisation spatiale du sanctuaire

41Il ne s’agit pas ici de faire l’inventaire exhaustif de l’ensemble des structures du sanctuaire, mais de proposer une synthèse sur les pôles structurants de son organisation spatiale, à partir des débuts de sa monumentalisation au début du viie siècle, jusqu’à sa désacralisation au cours de l’antiquité tardive.

6.1. Le xoanon

  • 80  Paus., III, 19, 3 : τοῦ δὲ ἀγάλματος τὸ βάθρον παρέχεται μὲν βωμοῦ σχῆμα…
  • 81  Paus., III, 19, 2 : τὸ λοιπὸν χαλκῷ κίονί ἐστιν εἰκασμένον.

42Pausanias évoque l’existence d’une statue de culte, dont la base (βάθρον) aurait eu la forme d’un autel, dans lequel se trouve la tombe de Hyakinthos, l’ensemble remplissant donc les fonctions de statue de culte, de sépulture et d’autel80. La statue mesurait environ 14 m de haut, la tête étant coiffée d’un casque, les mains tenant respectivement lance et arc, le reste du corps ressemblant à une « colonne de bronze81 ». Elle est dite antérieure au Trône par Pausanias, puisque « faite sans art » et non construite par Bathyklès de Magnésie, au contraire du Trône.

  • 82  Ridgway (1993), p. 46–47 ; Vlizos (2020b), p. 37, n. 3.
  • 83  Romano (1988), p. 130, n. 22.
  • 84  Pausanias (III, 10, 8) évoque l’or offert par Crésus, alors qu’il signale par la suite (III, 19, 2 (...)

43Le xoanon de bois est daté de la fin du viie siècle par Brunilde Ridgway82, mais pourrait remonter au début du siècle si l’on considère que le premier péribole a été érigé pour accueillir cette première statue de culte. Une hypothèse alternative — mais impossible à vérifier — est celle d’un xoanon originel de bois plus petit, similaire par sa technique à ceux d’Athéna Polias à Athènes, d’Héra à Samos, d’Artémis Orthia à Sparte ou d’Héra à Samos, et remplacé ensuite par une nouvelle statue en bois de plus grandes dimensions83. L’ajout de plaques de bronze martelées, selon la technique archaïque du sphyrelaton, serait postérieur, grâce à l’usage détourné de « l’or » envoyé par Crésus de Lydie pour orner la statue d’Apollon Thornax au milieu du vie siècle84, peut-être lors de la reconfiguration du sanctuaire à cette époque.

  • 85  Musée archéologique de Sparte, inv. 689. Tsountas (1892), p. 78 ; Tod – Wace (1906), p. 202–203, n (...)
  • 86  Lacroix (1949), p. 54–58 pl. 1.15 ; Grunauer-von Hoerschelmann (1978), p. 190, pl. 27, XLVIII, 2.
  • 87  Apollon Thornax n’est pas à écarter. Pausanias (III, 10, 8) mentionne la similitude entre la statu (...)

44Si rien ne subsiste de la statue elle-même, les données archéologiques permettent néanmoins de corroborer en partie les dires de Pausanias. Le xoanon d’Apollon est ainsi probablement représenté sur une stèle votive à bas-relief découverte lors des fouilles Tsountas. Datée de la fin du ive au iiie siècle, elle porte une dédicace à Apollon mais est malheureusement martelée (Fig. 27)85. Le champ est divisé en deux registres. À gauche du registre supérieur, se tient le xoanon d’Apollon, devant lequel se trouve un autel, tandis qu’à droite, un homme tire un animal sacrificiel, un bovin. Une statue au corps tronconique, tête casquée, brandissant arc et lance est par ailleurs représentée au revers de pièces de bronze émises par Commode (180–192 ap. J.-C.) et Galien (253–268 ap. J.-C.)86. La représentation correspond en tous points à la description de Pausanias de la statue d’Apollon amycléen. Des losanges fixés par des rivets indiqueraient même la technique du sphyrelaton (Fig. 28)87.

Fig. 27. Stèle votive à bas-relief porteuse d’une inscription dédicatoire en l’honneur d’Apollon, fin du ive au iiie siècle av. J.–C. Tod – Wace (1906), p. 202–203, n° 689, fig. 72.

Fig. 27. Stèle votive à bas-relief porteuse d’une inscription dédicatoire en l’honneur d’Apollon, fin du ive au iiie siècle av. J.–C. Tod – Wace (1906), p. 202–203, n° 689, fig. 72.

Fig. 28. Monnaie de bronze émise à Lacédémone sous Commode (180–192 ap. J.–C.). Lacroix (1929), pl. I.15.

Fig. 28. Monnaie de bronze émise à Lacédémone sous Commode (180–192 ap. J.–C.). Lacroix (1929), pl. I.15.

Fig. 29. Reconstitution par Manolis Korres de la base du xoanon d’Apollon amycléen. Korres (2012), p. 138, fig. 2.

Fig. 29. Reconstitution par Manolis Korres de la base du xoanon d’Apollon amycléen. Korres (2012), p. 138, fig. 2.
  • 88  Korres (2012) ; voir infra.

45Ces sources iconographiques peuvent être recoupées avec plusieurs blocs de la base du xoanon retrouvés sur le site (Fig. 29)88. Ces blocs de poudingue sont probablement issus de la superstructure de près de 3 m de haut de la base. Selon Manolis Korres, les blocs de la base se distinguent de ceux du Trône par leur taille — ils sont plus grands —, la pierre utilisée, le travail à l’identique de toutes les surfaces — caractéristique des réalisations architecturales particulièrement anciennes —, l’absence de bandeau d’anathyrose et d’entailles de levage par pinces. Ces éléments prouvent l’antériorité de la statue par rapport au Trône.

  • 89  Korres (2012), p. 138, fig. 1–2. Initialement publiée par Buschor – von Massow (1927), pl. XII, we (...)

46Une pierre en particulier (β 4), aujourd’hui placée à l’emplacement supposé du xoanon, est creusée d’une cavité cylindrique où la partie inférieure du xoanon venait s’encastrer89. La base a subi au cours de l’époque romaine des réparations importantes, impliquant un repositionnement et une nouvelle taille de certains blocs, reliés dès lors au nouveau parement extérieur par des crampons en double T (un type apparu pour la première fois vers 30). L’humidité accumulée et le pourrissement subséquent du goujon du xoanon de bois sont probablement la cause de ces réparations. Des traces d’oxyde de cuivre sont visibles sur certains blocs, marquant le contour précis de l’arrière de la partie inférieure du xoanon, tandis que de minuscules orifices portent encore les traces de clous en alliage de cuivre utilisés pour fixer les plaques de bronze qui ornaient la statue. Ces éléments semblent confirmer les dires de Pausanias lorsqu’il mentionnait une « colonne de bronze ».

6.2. Le Trône

  • 90  Paus., III, 18, 9.
  • 91  Il n’est pourtant pas sans liens avec l’architecture ionienne de son époque : Martin (1976), p. 21 (...)
  • 92  Sur les reliefs du Trône, les tentatives de reconstitution et l’analyse de leur séquence narrative (...)

47Bathyklès, originaire de Magnésie du Méandre en Ionie, aurait par la suite entouré le xoanon déjà existant d’une nouvelle structure monumentale, le « Trône » (θρόνος)90. Original en raison de l’association d’éléments doriques et ioniques, il l’est également pour la difficulté à caractériser sa nature et ses fonctions exactes91. Temple, trésor ou tombeau, le Trône fascinait déjà les anciens et interroge jusqu’aux spécialistes d’architecture et de religion du monde grec antique. Jusqu’aux premières fouilles, toute tentative de représentation du Trône se fondait sur la description de Pausanias. Selon son témoignage, le Trône comportait des sièges et la statue se dressait, debout, en son milieu sur la tombe de Hyakinthos ; en dépit de son positionnement sur un « trône », Apollon n’était donc pas assis. La plus grande partie de la description de Pausanias porte néanmoins, non pas tant sur le Trône lui-même, que sur les reliefs qui l’ornaient. Las, aucune donnée archéologique ne nous renseigne encore sur ces derniers92.

  • 93  de Quincy (1814), p. 196–210, pl. VII ; Pyl (1852), pl. 43 ; Ruhl (1854), pl. 70 ; Furtwängler (18 (...)

48Le Trône a fait l’objet de nombreuses tentatives de reconstitution, plus ou moins réalistes. Les propositions de Quatremère de Quincy en 1814, de Theodor Pyl en 1852, de Ludwig Ruhl en 1854 et d’Adolf Furtwängler en 1893 peuvent ainsi être classées au rang des tentatives fantaisistes (Fig. 30)93. Toutes ces propositions possèdent un dénominateur commun : mettre en image la description de Pausanias, sans données archéologiques. En dépit des nombreuses différences entre ces versions, force est de constater la représentation récurrente du Trône sous forme de siège, suivant une acception littérale du terme.

Fig. 30. Propositions de reconstitution du Trône : a. de Quincy (1814), p. 196–210, pl. VII ; b. Pyl (1852), pl. 43 ; c. Ruhl (1854), pl. 70 ; d. Furtwängler (1893), p. 689 ; e. Prückner (1992).

Fig. 30. Propositions de reconstitution du Trône : a. de Quincy (1814), p. 196–210, pl. VII ; b. Pyl (1852), pl. 43 ; c. Ruhl (1854), pl. 70 ; d. Furtwängler (1893), p. 689 ; e. Prückner (1992).
  • 94  Fiechter (1918), p. 191, fig. 50, pl. 19–20.
  • 95  Buschor – von Massow (1927), p. 76, fig. 42.
  • 96  Delivorrias (1968a) ; Martin (1976), voir notamment p. 206, n. 2 : « M. Délivorias a bien voulu fa (...)

49Les deux propositions alternatives à deux niveaux de Fiechter en 1918 sont les premières à s’appuyer sur les blocs architecturaux trouvés lors des fouilles ou provenant du démantèlement de l’église au sommet de la colline (Fig. 31)94. En 1927, Buschor et von Massow formulaient une nouvelle proposition, étayée par la découverte de nouveaux blocs et d’une meilleure connaissance de l’occupation du site, avec une forme de banc en U encadrant la statue sur un seul niveau, fortement inspirée de Pausanias (Fig. 32)95. En 1968, Angelos Delivorrias proposait de nouvelles pistes appuyées sur ses recherches au Musée de Sparte, qu’il put présenter à Roland Martin, lequel proposa en 1976 une synthèse sur le dossier, tentant de concilier le texte de Pausanias et les hypothèses respectives de Fiechter et de Buschor, pour aboutir à deux propositions (Fig. 33)96. Il relevait la présence d’éléments clairement ioniens, tels que le haut soubassement rectangulaire de la tombe-autel de Hyakinthos, décorée de frises et dans laquelle on pouvait descendre, ainsi que le dispositif en exèdre du Trône autour de la statue, lui-même décoré de reliefs sculptés. La nature même des reliefs du Trône — en frise ou en métopes — reste indéterminée. L’une des seules certitudes réside dans la prédominance du caractère ionique de l’ensemble et la représentation de figures mythiques spartiates caractéristiques, telles que les Tyndarides. S’il ne tenait pas compte des fragments de la base du xoanon — non identifiés comme tels avant l’étude de Korres —, sa première proposition s’approchait fortement des conclusions qui sont aujourd’hui celles de Themis Bilis et Maria Magnisali.

Fig. 31. Propositions de reconstitution du Trône de Fiechter. D’après Fiechter (1918), pl. 19–20.

Fig. 31. Propositions de reconstitution du Trône de Fiechter. D’après Fiechter (1918), pl. 19–20.

Fig. 32. Propositions de reconstitution du Trône de Buschor et von Massow. Buschor  von Massow (1927), p. 19.

Fig. 32. Propositions de reconstitution du Trône de Buschor et von Massow. Buschor – von Massow (1927), p. 19.

Fig. 33. Propositions de reconstitution du Trône de Martin, sur les propositions d’Angelos Delivorrias. Martin (1976), p. 215–216, fig. 6–7.

Fig. 33. Propositions de reconstitution du Trône de Martin, sur les propositions d’Angelos Delivorrias. Martin (1976), p. 215–216, fig. 6–7.
  • 97  Fiechter (1918), p. 133–136 ; Bilis – Magnisali (2012), p. 131–132, fig. 6.

50Les seuls vestiges du Trône en place au sommet de la colline sont une partie du mur de fondation et de la krepis sud, en appareil régulier isodome, préservés sur 4 m de longueur et 1 m de hauteur grâce à leur intégration dans la précédente église d’Agia Kyriaki. Les assises inférieures de la krepis sont réalisées en blocs de taille rectangulaires de poros, tandis que le toichobate est composé de blocs de marbre bleu-gris du Taygète. Lors des nouvelles fouilles, une partie des tranchées de fondation a été découverte, permettant de confirmer la relation entre la partie conservée du soubassement et le Trône97. Il est ainsi désormais certain que ce dernier devait être construit sur la terrasse la plus élevée de la colline et possédait des dimensions plus importantes que précédemment supposé, d’environ 20 × 20 m.

51Pour compléter les données in situ, la nouvelle étude architecturale de Themis Bilis et Maria Magnisali a entrepris la collecte, le classement, la restauration et l’assemblage des blocs du trône sur une plate-forme spécialement construite sur le site, afin de mener une restauration expérimentale. Des blocs d’architrave, d’orthostates, de murs à assises à double cours et de jambages de portes attestent la présence de murs périmétraux et non d’un péristyle. Au premier niveau, des bases de colonnes en forme de pattes de lion ont été identifiées par Manolis Korres. Les nombreux fragments de colonnes et chapiteaux confirment l’utilisation de colonnes, qui peuvent être réparties en trois groupes : colonnes entières, demi-colonnes engagées, colonnes engagées d’un quart de leur circonférence ; chapiteaux doriques à échine et annelets, chapiteau dorique à gorgerin orné de feuilles sous l’échine, chapiteaux doriques à console ionique. La compréhension de l’élévation est plus difficile, sans parler du système de couverture. Des fragments de corniche et de larmier peuvent néanmoins être répartis là encore en trois groupes : frise de lotus et palmettes, feuilles lancéolées de type éolien, feuilles d’eau doriques concaves séparées par des dards.

  • 98  Martin (1976), p. 215–217, fig. 6–7 ; Martin (1987), p. 382–385, fig. 6–7.

52Les résultats confirment globalement les hypothèses de Martin (Fig. 34–35), selon lequel des colonnes doriques entouraient les côtés nord, ouest et sud du bâtiment, tandis qu’un espace intérieur ouvert contenait le socle monumental de la statue d’Apollon et qu’à l’est existait un espace clos avec deux pièces, comme l’indique la présence de pilastres correspondant à deux entrées98. Tous ces éléments structurels renforcent l’idée que cette œuvre associait styles dorique et ionique, tant dans le traitement des blocs de marbre que dans le développement général de la structure. L’ordre dorique est ainsi particulièrement visible à travers les colonnades et les pilastres, l’ordre ionique étant représenté par les chapiteaux à console et les frises décoratives.

  • 99  Bilis – Magnisali (2012), p. 132.

53La tripartition récurrente des éléments d’élévation tend à attester l’existence d’un étage, sujette à débat depuis les fouilles Fiechter. L’étude démontre en effet que l’épaisseur du couronnement de l’un des murs dépasse les exigences habituelles en matière de résistance d’un toit sans étage99. La présence d’un bloc de marbre d’un couronnement de mur qui soutenait des poutres et dont l’arrière n’est pas travaillé pourrait provenir de l’« arrière » du trône. Sur la base de ces éléments, il est possible de confirmer l’hypothèse d’un Trône « élevé » à deux niveaux, l’étage se trouvant seulement à l’arrière de la statue de culte. La découverte de fragments de corniche et de poutres démontre par ailleurs l’existence d’une petite cour à ciel ouvert. Cette configuration permettrait d’expliquer pourquoi l’édifice fut dénommé « Trône », le xoanon dressé en son milieu, entouré d’une enceinte et adossé à un étage donnant l’impression d’une divinité assise pour quiconque voyait l’Amyklaion à une certaine distance.

Fig. 34. Restitution axonométrique 3D du Trône d’après Themis Bilis et Maria Magnisali.

Fig. 34. Restitution axonométrique 3D du Trône d’après Themis Bilis et Maria Magnisali.

© Amykles Research Project/Themis Bilis et Maria Magnisali

Fig. 35. Vue intérieure en 3D du Trône d’après Themis Bilis et Maria Magnisali.

Fig. 35. Vue intérieure en 3D du Trône d’après Themis Bilis et Maria Magnisali.

© Amykles Research Project/Themis Bilis et Maria Magnisali

  • 100  Buschor – von Massow (1927), p. 18–21 ; Faustoferri (1996), p. 297–358. L’un des autres arguments (...)
  • 101  Voir infra.

54Fiechter datait le Trône de la fin du vie siècle, Buschor, des environs de 530– 520, en comparant les éléments décoratifs avec des découvertes provenant de la « nécropole occidentale » de Samos. Amalia Faustoferri proposait de remonter la chronologie autour du milieu du vie siècle en comparant les chapiteaux de l’Amyklaion avec ceux du premier temple d’Aphaïa à Égine100. Si les données architecturales issues des fouilles de l’Amykles Research Project éclairent sous un angle nouveau la morphologie du Trône, elles ne permettent pas d’en préciser la chronologie. La stratigraphie de la Terrasse sud apporte néanmoins de nouvelles informations101.

6.3. L’autel circulaire à degrés

  • 102  L’emplacement avait été identifié par Tsountas (1892), p. 7, 15–17, qui avait interprété les vesti (...)

55Lors de la reconfiguration du sanctuaire à la fin du vie siècle, outre le Trône, un autel circulaire à degrés fut également érigé. En dépit de la disparition des vestiges in situ, les données des fouilles Tsountas, combinées à leur interprétation correcte par Fiechter, rendent certaines l’identification et la localisation de cet autel102. Le xoanon et le Trône se trouvaient immédiatement au sud de l’actuelle l’église d’Agia Kyriaki, tandis que l’autel monumental était situé à environ 10 m à l’ouest de l’entrée du Trône, dans le prolongement de l’axe de la statue du temple.

  • 103  Aveni – Romano (2000), p. 51, 56.

56La nouvelle étude architecturale a permis de confirmer les dimensions de l’autel, estimées à 8 m de diamètre et 4 m de hauteur, grâce à la mesure de blocs issus de ses différents degrés — qui constituent autant de cercles concentriques (Fig. 36). La collecte de ces blocs, leur appareillage et la taille de nouveaux blocs a donné lieu à une anastylose partielle de l’autel et du Trône (Fig. 37). L’articulation entre le temple, l’autel et la statue de culte indique une probable orientation du xoanon et de l’entrée du Trône vers l’ouest, face au Taygète, mais aussi face à l’habitat théorique d’Amyklai. On voit mal en effet la divinité tourner à la fois le dos à son autel et à la communauté humaine qui l’honorait en premier lieu : les Amycléens. L’orientation des bâtiments principaux est par ailleurs une composante essentielle de la gestion de l’espace du sanctuaire et répondait d’abord à des contraintes spatiales103. La nature sommitale et la géomorphologie particulière du site ne permettaient pas en effet la construction d’un tel autel à l’est, l’espace utilisable y étant limité en raison de la pente.

Fig. 36. Plan restitué de l’autel circulaire à degrés.

Fig. 36. Plan restitué de l’autel circulaire à degrés.

© Amykles Research Project/Themis Bilis et Maria Magnisali

Fig. 37. Anastyloses partielles du Trône et de l’autel.

Fig. 37. Anastyloses partielles du Trône et de l’autel.

© Amykles Research Project/Paraskevas Matalas

  • 104  Gruben (1980), p. 329–330, fig. 244 (sanctuaire des divinités chthoniennes à Agrigente) ; 356, fig (...)
  • 105  Concernant l’origine ionienne de cette forme de construction circulaire, voir Rowe – Gray – Buttle(...)

57Des autels circulaires sont attestés à la même époque à l’Héraion de Samos, dans le sanctuaire d’Apollon à Didymes ou encore dans celui des divinités chthoniennes à Agrigente104. De manière générale, il semble que cette forme de construction circulaire soit d’origine ionienne, l’art laconien étant par ailleurs perméable aux influences ioniennes105.

6.4. Les périboles

  • 106  Pedley (2005), p. 57.
  • 107  Ginouvès – Adam – Billot – et al. (1992), p. 34.

58L’espace sacré d’un sanctuaire (temenos) pouvait être délimité de différentes manières, notamment par la construction d’un mur d’enceinte, un péribole, qui pouvait également avoir d’autres fonctions106. Un péribole délimite l’espace du sanctuaire, en « fait le tour », enferme des bâtiments, peut parfois être ponctuellement remplacé ou bordé par d’autres structures, et comporte au moins une entrée, parfois agrémentée d’un propylon107. Le cas de l’Amyklaion concorde parfaitement avec ce modèle général, à ceci près que le mur d’enceinte y fait aussi bien office de péribole que de mur de terrasse (Fig. 38).

Fig. 38. Photographie lors de la campagne de fouilles 2007 des deux périboles de la fin du viiie – début du viie siècle av. J.–C (au premier plan et au second plan à gauche) et de la fin du vie siècle av. J.–C. (au second plan à droite).

Fig. 38. Photographie lors de la campagne de fouilles 2007 des deux périboles de la fin du viiie – début du viie siècle av. J.–C (au premier plan et au second plan à gauche) et de la fin du vie siècle av. J.–C. (au second plan à droite).

© Amykles Research Project/Stavros Vlizos.

  • 108  Ces collines sont le fruit de formations lacustres plio-quaternaires érodées. Voir la carte au 1/5 (...)
  • 109  Vlizos (2017), p. 74–75.

59Le premier péribole, construit pendant la période géométrique tardive ou au début de l’époque archaïque (fin du viiie – début du viie siècle av. J.-C), servait également de mur de soutènement pour une terrasse supérieure, destinée à étendre la surface disponible au sommet de la colline, en raison d’une augmentation de l’activité du sanctuaire à cette époque. Cette terrasse a probablement constitué le préalable à l’érection du xoanon. D’une hauteur maximale estimée de 5 m et d’une largeur maximale de 1,80 m, cette structure à appareil irrégulier était faite de moellons et de blocs naturels de taille moyenne en calcaire, en marne, grès et poudingue à galets, extraits de la colline d’Agia Kyriaki et des collines à l’entour, qui se dressent au centre de la vallée de l’Eurotas108. Ce mur s’étend du nord au sud de la colline d’Agia Kyriaki, dont il circonscrit toute la face orientale. L’enceinte suit la configuration naturelle de la colline, enserrant par endroits dans son remblai des niveaux contenant du mobilier de l’âge du bronze et du premier âge du fer. Deux endroits, au sud et à l’est, servaient de points d’entrée à travers l’enceinte vers le sommet de la colline, qui présentait la forme d’une terrasse sommitale sur laquelle se déroulait le culte109. À l’est, une entrée coudée permettait l’accès à une rampe qui servait à atteindre le sommet. Cette porte, comblée lors de l’érection du second péribole, est encore visible dans le bâti, les traces d’une réparation consécutive à un effondrement étant décelables à l’endroit où se tenait cette entrée. Au sud, là où se terminait le péribole, un second mur d’appareil similaire, suivant une orientation est-ouest identique, mais légèrement décalé, ménageait une terrasse — en partie creusée dans le substrat rocheux dans sa partie supérieure — permettant l’accès au sommet par le versant sud.

  • 110  L’étude architecturale de Themis Bilis et Maria Magnisali confirme une datation à la fin du vie si (...)
  • 111  Vlizos (2017), p. 77.
  • 112  Kokkorou-Alevras (2012), p. 144. Sur le bâtiment circulaire de l’agora, Giannakaki, Vlachou (à par (...)

60Un nouveau péribole fut construit pendant la période archaïque tardive, à la fin du vie siècle110. Prenant lui aussi la forme d’un mur monumental de terrasse, il entourait cette fois l’ensemble de la colline du sanctuaire, intégrant le péribole précédent et étendant les limites de la terrasse sommitale111. Cette structure en appareil isodome est majoritairement constituée de gros blocs de taille en poudingue, similaires à ceux utilisés pour la construction du Ménélaion, de la pseudo-tombe de Léonidas et du bâtiment circulaire de l’agora de Sparte112.

  • 113  Bilis – Magnisali (2012), p. 126, fig. 1.
  • 114  Bilis (2019), p. 183–187.
  • 115  Bilis – Magnisali (2012), p. 125, annexe 19a–c.

61La fonction de mur de soutènement d’une terrasse supérieure est particulièrement évidente dans la partie sud du péribole, où ce dernier atteignait une hauteur de 7 m et une largeur maximale de 2,5 m au niveau de ses fondations113. En raison du fort pendage au sud de la colline et de la forte poussée du remblai qu’il contenait, le mur de terrasse y est construit en gradins (ou en degrés) et comporte des contreforts intérieurs. Ce long tronçon de 32,5 m présente une maçonnerie consistant en une assise inférieure de très gros blocs de taille rectangulaires, dont les dimensions allaient décroissant à mesure de l’élévation. La face sud, particulièrement travaillée et visible depuis le sud du sanctuaire, possède un style monumental lui conférant une fonction esthétique qui dépasse son seul caractère fonctionnel114. Au point le plus haut du péribole — sur sa face sud — ne sont aujourd’hui visibles que deux assises, sur une hauteur maximale d’environ 2,50 m, alors que l’élévation originelle du mur est estimée à plus de 7 m par Maria Magnisali et Themis Bilis, soit une déperdition d’environ 90 %115. Le remblai retenu par ce mur de soutènement, ainsi que les niveaux d’occupation qui le recouvraient se sont presque intégralement déversés sur les flancs sud et est de la colline.

62Remplaçant les anciens points d’accès au sud et à l’est, la porte d’entrée du sanctuaire, les propylées, fut construite sur son côté nord, à travers une ouverture dans le péribole mesurant 6,20 m de largeur et 6 m de longueur. D’après la couche de destruction, cette entrée comprenait un toit et un niveau de sol dallé.

6.5. La Terrasse sud

  • 116  Vlizos (2021).

63Dans la zone située dans la partie sud du sanctuaire, le long du second péribole, s’étend une terrasse retenue par un mur de soutènement sur sa face extérieure au sud (Fig. 39)116. La terrasse présente une largeur allant de 4,4 à 8,5 m à mesure que l’on se dirige vers l’est et une longueur d’environ 60 m, son mur de soutènement étant large d’environ 0,70 m. Ce dernier est construit en appareil irrégulier associant des blocs naturels de poudingue et de calcaire à quelques blocs taillés, dont les dimensions vont décroissant depuis les fondations vers les assises supérieures. Parallèle aux deux murs de péribole successifs, ce mur de terrasse délimite un couloir de circulation sur toute la largeur du versant sud de la colline.

  • 117  Vlizos (2021), p. 67, fig. 3.

64Deux phases principales sont décelables dans la stratigraphie du remblai de cette terrasse. La première est datée de la fin du viiie ou du début du viie siècle, la seconde de la deuxième moitié du vie siècle (Fig. 40, respectivement couches Σ12 et Σ10) ; soit les deux périodes principales de monumentalisation du sanctuaire avec construction des deux périboles successifs. La première phase correspond à la construction du mur de terrasse. Sur un remblai préparatoire de pierres destiné à assurer le drainage vers le sud, se trouvait une couche comprenant quelques fragments de figurines mycéniennes de type Psi, un grand nombre de céramiques géométriques, principalement des formes à boire, de nombreux objets métalliques tels que des bagues et anneaux pour les cheveux ou encore des fibules de bronze, ainsi que des restes fauniques présentant des traces de combustion117.

Fig. 39. Photographie de la Terrasse sud depuis l’ouest à l’issue de la campagne de fouilles 2023.

Fig. 39. Photographie de la Terrasse sud depuis l’ouest à l’issue de la campagne de fouilles 2023.

© Amykles Research Project/Stavros Vlizos

Fig. 40. Stratigraphie de la Terrasse sud (secteur A-1, coupe est-ouest vue depuis le nord) à l’issue de la campagne de fouilles 2019.

Fig. 40. Stratigraphie de la Terrasse sud (secteur A-1, coupe est-ouest vue depuis le nord) à l’issue de la campagne de fouilles 2019.

© Amykles Research Project/Adrien Delahaye

  • 118  Ce matériel est en cours d’étude par Stavros Vlizos et Aphrodite Vlachou.
  • 119  Ce matériel est en cours d’étude par Sophia Nomicos.

65La couche supérieure présente un terminus post quem dans la seconde moitié du vie siècle et se compose de terres limoneuses et cendreuses, incluant un mobilier extrêmement riche. Outre des fragments de terres cuites architecturales et de figurines de terre cuite, le mobilier céramique est constitué de céramique fine — des aryballes, des vases à boire et à verser — et de vases miniatures, qui prédominent largement au sein de l’ensemble. L’abondant mobilier de bronze se compose d’éléments de parure tels qu’anneaux et bracelets, de plaques décorées, de figurines, d’armes, de fragments de trépieds ou encore de fragments de grande statuaire de bronze (Fig. 41)118. Des obeloi en fer constituent autant d’indices en faveur de repas collectifs dans le sanctuaire ou ses alentours, ou de potentielles offrandes à la divinité (Fig. 42). La présence de dizaines de couronnes et de figurines de plomb d’une part (Fig. 43), et de plaques d’ivoire et d’os gravés, d’autre part, est caractéristique des sanctuaires laconiens archaïques119.

Fig. 41. Fragment de la paragnathide droite d’un casque corinthien archaïque en bronze, découvert dans le remblai de la Terrasse sud, inv. ΑΜ/Μ187. Vlizos (2018b), p. 116, fig. 8.

Fig. 41. Fragment de la paragnathide droite d’un casque corinthien archaïque en bronze, découvert dans le remblai de la Terrasse sud, inv. ΑΜ/Μ187. Vlizos (2018b), p. 116, fig. 8.

© Amykles Research Project/Stavros Vlizos

Fig. 42. Obeloi découverts dans le remblai de la Terrasse sud. Vlizos (2018b), p. 116, fig. 7.

Fig. 42. Obeloi découverts dans le remblai de la Terrasse sud. Vlizos (2018b), p. 116, fig. 7.

© Amykles Research Project/Stavros Vlizos

Fig. 43. Couronne de plomb découverte dans le remblai de la Terrasse sud, inv. ΑΜ/Μ189, vie siècle av. J.–C., inédit.

Fig. 43. Couronne de plomb découverte dans le remblai de la Terrasse sud, inv. ΑΜ/Μ189, vie siècle av. J.–C., inédit.

© Amykles Research Project/Stavros Vlizos

  • 120  La déposition de grandes quantités de vases miniatures archaïques sur des espaces à fort pendage e (...)

66Ce mobilier caractéristique des sanctuaires laconiens de l’époque archaïque fournit un point de comparaison au sanctuaire d’Orthia, en dépit de volumes bien moindres pour certaines catégories. Ses points saillants résident dans la nature de la stratigraphie — un remblai de terrasse en bordure de péribole — et la surreprésentation des aryballes dans un abondant mobilier miniature. Enfin, on relève la présence de nombreux restes fauniques présentant, pour certains, des traces de calcination, tandis que d’autres sont blanchis. Cette seconde phase de la terrasse apparaît donc constituée de déchets de sacrifice et d’offrandes mises au rebut, vraisemblablement issus de la zone de l’autel et qui semblent avoir fait l’objet d’un nettoyage rituel lors de la reconfiguration du sommet de la colline à la fin du vie siècle, pour être utilisés comme remblai et créer un espace de circulation le long de la façade sud du péribole120.

6.6. Le Bâtiment sud

  • 121  Delahaye – Mazet (2023), p. 14, fig. 12.
  • 122  Ce griffon, encore inédit, présente des parallèles à Olympie : Michaelc. Carlos Museum of Emory Un (...)

67Les fondations d’un bâtiment en Π ont été mises au jour dans la partie sud de la colline en 2017(Fig. 44). Mesurant 22 × 8 × 6 m, ce bâtiment est délimité sur son côté est par un mur, renforcé plus tard sur toute sa longueur par un second au contact du premier. Cette configuration et, surtout, la présence d’une base de colonne creusée dans le substrat laisse supposer une stoa ouverte sur son côté sud. Dans la partie ouest du bâtiment, la découverte d’un dépôt de fondation permet de dater l’édifice de la fin du vie au début du ve siècle (Fig. 45)121. La présence de couches cendreuses, d’amas d’argile rubéfiée et les vestiges d’un four laissent supposer que cet espace a été réutilisé pour des activités de production artisanale à la fin de l’époque romaine. Derrière le bâtiment, un couloir de circulation en Γ occupe les côtés ouest et nord, le mur arrière étant adossé au versant de la colline. La partie est a fourni du mobilier de la fin du vie siècle dans une couche de destruction, dont des fragments de vases à boire et de céramique culinaire, ainsi qu’une protomē de griffon en bronze du milieu du viie siècle122. Le bâtiment en Π et ce couloir en Γ étaient élevés en murs de briques cuites sur un socle en moellons, l’ensemble étant couvert par un toit à double versant qui couvrait d’un côté le couloir, de l’autre la stoa.

Fig. 44. Photographie du Bâtiment sud depuis le sud à l’issue de la campagne de fouilles 2020.

Fig. 44. Photographie du Bâtiment sud depuis le sud à l’issue de la campagne de fouilles 2020.

© Amykles Research Project/Stavros Vlizos

Fig. 45. Coupe laconienne à vernis noir et pied en disque du dépôt de fondation (ἐγκαίνιο) du Bâtiment sud, inv. ΑΜ/ΚΓ1361, fin du vie siècle–début du ve siècle av. J.–C. Delahaye – Mazet (2021), fig. 12.

Fig. 45. Coupe laconienne à vernis noir et pied en disque du dépôt de fondation (ἐγκαίνιο) du Bâtiment sud, inv. ΑΜ/ΚΓ1361, fin du vie siècle–début du ve siècle av. J.–C. Delahaye – Mazet (2021), fig. 12.

© Amykles Research Project/Adrien Delahaye, dessin Yannis Nakas

  • 123  Voir les parallèles dans Coulton (1976).
  • 124  Le côté long fermé situé à l’arrière des deux bâtiments est adossé à une colline, tandis que le cô (...)
  • 125  Sur les fouilles du sanctuaire d’Athéna Chalkioikos, voir Dickins (1907) et Giannakaki, Vlachou(...)

68Le « Bâtiment sud » peut être interprété comme un potentiel lieu pour entreposer, voire exposer des offrandes123. Cette identification est corroborée par l’emplacement du bâtiment, doté d’un côté ouvert sur l’espace de circulation de la Terrasse sud et au contact de l’espace de circulation laissé vide à l’intersection avec la section ouest du péribole. L’Héraion d’Argos fournit un parallèle intéressant, son « Portique sud » présentant une physionomie et une situation géographique similaires au sein du sanctuaire, tout en étant relié par une route aux autres parties du sanctuaire124. Le sanctuaire d’Athéna Poliouchos/Chalkioikos sur l’acropole fournit un point de comparaison à Sparte même, avec une stoa datée du vie siècle, dotée de dimensions et d’un appareil similaires, bordant le sanctuaire sur sa face sud et ouverte vers le sud125.

6.7. Structures de l’antiquité tardive

69Les structures principales du sanctuaire ont été préservées jusqu’à leur destruction au début du ve siècle ap. J.-C. Sur le côté ouest, quatre grandes structures datant du ive siècle ap. J.-C. ont été découvertes le long de la face interne de l’enceinte : une grande citerne, une plate-forme semi-circulaire en exèdre, un bâtiment à la fonction indéterminée et un grand bâtiment quadrangulaire. Au nord, immédiatement à l’est de l’entrée du sanctuaire, les fondations de bâtiments ont été mises au jour. Si la fonction de ces derniers reste à déterminer, le mobilier de ces fondations permet de les dater du ve au vie siècle ap. J.-C., une chronologie confirmée par les similitudes stylistiques du bâti avec des bâtiments similaires à Sparte.

70Dans la partie sud du péribole ouest, un bâtiment oblong et quadrangulaire de 2,50 × 11 m, découvert en 2016–2017, contenait une dense couche d’environ 0,60 m de hauteur, constituée de fragments de tuiles, de récipients de stockage et de mortier datés du vie au ixe siècle ap. J.-C. Cet espace semble avoir fait office de lieu de stockage au cours de cette période pour les tuiles mises au rebut, alors que la colline était devenue un lieu de culte chrétien.

7. Mobilier et pratiques votives

  • 126  Les lignes qui suivent ne constituent pas une présentation exhaustive du mobilier selon un classem (...)

71Au-delà des vestiges architecturaux et de l’organisation spatiale du sanctuaire, quelques conclusions d’ensemble peuvent être élaborées à partir de l’étude croisée du mobilier pour éclairer les pratiques en lien avec le culte d’Apollon et de Hyakinthos sur le site. De manière générale, on observe la forte surreprésentation d’éléments datés de la période géométrique et, dans une moindre mesure, de l’Helladique ancien et de l’époque archaïque126.

7.1. Des figurines à l’époque mycénienne

72L’époque mycénienne présente un faciès matériel spécifique. En l’absence de vestiges architecturaux et de mobilier en stratigraphie, et en dépit de la documentation lacunaire des premières fouilles de Tsountas et Fiechter au sommet de la colline, des traces d’activités cultuelles sont décelables à travers les nombreuses figurines anthropomorphes féminines de type Psi, des figurines zoomorphes modelées et des fragments de grandes statuettes zoomorphes partiellement tournées. Katie Demakopoulou dénombrait, en incluant le mobilier issu des anciennes fouilles, environ 150 figurines, la plupart fragmentaires, dont 74 de type Psi, 2 de cavaliers, 4 de volatiles, 35 figurines modelées zoomorphes et 33 figurines semi-tournées zoomorphes. Ce total doit être complété par les nouvelles découvertes réalisées dans le cadre de l’Amykles Research Project — en cours d’étude — qui confirment les conclusions de Demakopoulou (Fig. 20).

  • 127  French (1971), p. 139–140, pl. 21–22, a-d ; Demakopoulou (1982), p. 44–50, pl. 2–24.

73Les figurines de type Psi appartiennent pour la plupart aux types tardifs B et C datables de la période de l’Helladique récent IIIB2–IIIC (fin du xiiie – milieu du xie siècle)127. Le groupe des cavaliers comprend deux exemplaires qui, bien que fragmentaires, sont relativement bien conservés, l’un consistant en une tête avec un casque conique pointu, l’autre en un groupe comprenant le corps du cheval et une partie du bas du corps du cavalier. Le groupe des petites figurines zoomorphes modelées est le plus important. Daté de la même période que les figurines en Psi, il comprend divers quadrupèdes, tels que bovidés, chevaux, chiens, cochons, moutons et chèvres, qui peuvent être vernis ou non. Les grandes figurines animales, en partie réalisées au tour et au corps creux en forme de tonneau, sont pour la plupart fragmentaires, mais leur hauteur peut être estimée entre 0,25 et 0,30 m. Une trentaine représente des bovidés et deux des chevaux. Si les prototypes sont minoens, des exemplaires décorés sont datables de la fin de l’époque Helladique récent IIIC (milieu du xiie siècle), certains pouvant même descendre jusqu’au xie siècle.

  • 128  Demakopoulou (1982), p. 69–70, pl. 50.116.
  • 129  Demakopoulou (1982), p. 54–55, pl. 25 ; Demakopoulou (2012), p. 105–106, fig. 1, n. 5.
  • 130  Demakopoulou (1982), p. 55–56, pl. 26 ; Demakopoulou (2012), p. 105–106, fig. 2a–b, n. 7.

74Outre la coroplathie, la céramique mycénienne consiste en vases simples, principalement des coupes à tige (kylikes) de l’Helladique récent IIIB2 et IIIC et des fragments de cratères à base annulaire128. On dénombre également deux fragments de grande statuaire de terre cuite. Le premier provient de la partie supérieure de la tête d’une statue féminine de dimensions humaines en partie vernie, le front et une partie des sourcils préservés étant couronnés d’un polos orné d’une moulure qui pourrait représenter un serpent autant qu’une chevelure129. L’autre fragment consiste en une main tenant une coupe à tige par le pied ; sur la main vernie de noir, un serpent est appliqué130. Ces deux œuvres sont datables de la fin de l’Helladique récent IIIB, aux environs du xiiie siècle et pourraient représenter des divinités, voire une statue de culte pour la tête, comme le suggèrent le polos et les serpents.

75La présence de nombreuses figurines et statues en terre cuite anthropomorphes et zoomorphes, à la fonction votive, voire rituelle, atteste donc l’existence d’un culte mycénien, en dépit de l’absence de vestiges architecturaux et de niveaux pour cette période.

7.2. Boire ensemble au cours du premier âge du fer

  • 131  Vlizos (2017) ; Vlizos (2020b).
  • 132  Vlachou (2012) ; Vlachou (2017) ; Vlachou (2024). Auparavant : Coldstream (1968), p. 212–219 ; Cou (...)

76Bien que des figurines de bronze et des traces de production métallurgique soient attestées dans l’espace du sanctuaire131, la céramique constitue la principale source pour tenter de reconstituer les activités rituelles qui se déroulaient à l’Amyklaion au cours du premier âge du fer, le site fournissant à ce jour l’assemblage le plus important pour la période en Laconie. Son étude par Vicky Vlachou a permis, (1) de trancher la question de la continuité de l’occupation cultuelle du site entre la fin de l’âge du bronze et le début de l’âge du fer, (2) de profondément renouveler notre connaissance de la céramique protogéométrique et géométrique laconienne, (3) de mettre en évidence la surreprésentation des vases à boire et l’importance de la consommation collective du vin dans le culte à Amykles132. Le mobilier provient principalement de contextes situés le long du premier mur de péribole.

  • 133  Vlachou (2012), p. 114 fig. 1 a. b ; Vlachou (2018), 100 f. fig. 4, 3 a. b ; Vlachou (2024), p. 32 (...)

77La céramique semble indiquer une augmentation de la fréquentation du sanctuaire au cours des périodes protogéométrique (xexie siècles) et géométrique (ixe–début viie [Fig. 25–26])133. Le mobilier protogéométrique consiste essentiellement en céramique fine constituée de vases ouverts de taille petite à moyenne, destinés à la consommation d’aliments et de boissons (skyphoi, canthares et coupes à une anse) et de petits vases à verser, tandis que les grands récipients ouverts sont rares et les grandes amphores et vases de stockage sont absents.

78De nouvelles formes, techniques et motifs empruntant à l’Argolide, à Corinthe et à l’Attique apparaissent au cours du ixe siècle, tels que méandres, frises de losanges et engobe clair. Ces ajouts s’inscrivent néanmoins dans une grammaire et un répertoire locaux, ancrés dans la période précédente, comme l’indique la permanence d’un vernis noir brillant métallisé caractéristique des productions locales depuis l’époque protogéométrique.

  • 134  Vlachou (2024), p. 336.
  • 135  Vlachou (2024), p. 339–340.
  • 136  Ce constat est étayé par l’existence de joints entre les fragments au sein d’un même contexte, qui (...)

79La fin du viiie siècle voit l’apparition de quelques plats larges et évasés, munis de deux anses horizontales fixées au bord et de cratères décorés, dont un certain nombre sont figurés134. Mais les formes à boire restent largement prédominantes, notamment celles à bord haut et vertical, telles que skyphoi et canthares. L’assemblage révèle l’existence de pratiques de commensalité sur le site. La production locale de ces vases, ainsi que la standardisation relative du mobilier, pourraient refléter une identité et un statut social partagés entre les participants à ces banquets. Les vases de stockage et la céramique culinaire sont en revanche largement absents, signe potentiel d’un espace qui n’était pas voué à la préparation, mais uniquement à la déposition intentionnelle et rituelle des vases à boire, après la consommation collective dans le sanctuaire135. On relèvera les cassures nettes présentées par la plupart des fragments, qui semblent indiquer le bris délibéré de vases laissés sur place par les participants, et les traces de combustion sur certains fragments qui pourraient résulter de leur jet dans les flammes d’un autel dans un cadre rituel136. Ces éléments, combinés aux premières représentations figurées d’activités athlétiques et guerrières à la fin de la période géométrique, amènent à voir dans la période géométrique les prémices de la fête des Hyakinthia.

7.3. Des miniatures pour Apollon et/ou Hyakinthos à l’époque archaïque

80L’époque archaïque est caractérisée par de nombreux changements par rapport au tableau présenté ci-dessus. Alors que le mobilier archaïque demeurait paradoxalement peu présent dans le mobilier mis au jour par l’Amykles Research Project, les fouilles menées au sud-ouest du sanctuaire de 2017 à 2021 ont fourni un abondant matériel en stratigraphie qui permet dorénavant d’analyser sous un angle nouveau les pratiques votives et rituelles de l’époque.

81L’assemblage est marqué par la grande variété des catégories de mobilier, comprenant des restes fauniques, des plombs, des bronzes, des plaques d’ivoire et d’os gravées, des figurines de terre cuite et un abondant mobilier céramique, une association caractéristique des grands sanctuaires archaïques laconiens aux viie et vie siècles qui révèle un potentiel changement dans les pratiques votives.

  • 137  Delahaye – Vlachou (2022), p. 322–323, fig. 6.
  • 138  Le mobilier céramique archaïque et classique est étudié par Adrien Delahaye et Christian Mazet.
  • 139  Delahaye – Mazet (2024), p. 348–349.

82Le mobilier de terre cuite comprend quelques fragments de figurines moulées et modelées, dont certaines ithyphalliques, un type récurrent dans les sanctuaires laconiens archaïques137. La céramique inclut quelques importations, assez limitées en nombre, une caractéristique commune aux autres sanctuaires spartiates et laconiens de la période138. Parmi ces dernières, on mentionnera surtout des vases corinthiens, alabastres et aryballes pour l’essentiel, parfois figurés139, mais aussi quelques rares fragments de céramique à figures noires et à vernis noir attiques.

83La céramique laconienne constitue la très large majorité du mobilier. Au sein de cette dernière, la céramique fine représente la majorité de l’assemblage (hors miniatures), avec une nette prédominance (environ un tiers de la céramique) de formes à boire — kylikes, kōthōnes, lakainai, quelques skyphoi et gobelets à paroi concave à une ou deux anses (Fig. 46) —, les catégories des formes à mélanger et à verser représentant chacune environ 5 % de la céramique fine. Les vases liés au service du vin représentent donc environ 40 % du total. Cette proportion permet enfin de prouver l’existence de pratiques commensales de consommation de vin sur le site à l’époque archaïque, dans la continuité de celles précédemment mises en évidence pour la période géométrique.

Fig. 46. Pied de coupe de Droop laconienne, inv. ΑΜ/ΚΓ1084, mi-vie siècle av. J.–C. Delahaye – Mazet (2024), p. 359, fig. 16.

Fig. 46. Pied de coupe de Droop laconienne, inv. ΑΜ/ΚΓ1084, mi-vie siècle av. J.–C. Delahaye – Mazet (2024), p. 359, fig. 16.

© Amykles Research Project/EFA/Adrien Delahaye/ dessin Yannis Nakas

  • 140  Stibbe (2000).
  • 141  Delahaye – Mazet (2024), p. 358–359, fig. 16.

84La proportion de vases à parfum laconiens est équivalente, avec près de 40 % du total. Au sein de ce groupe, l’ensemble des 16 groupes typologiques d’aryballes établis par Conrad Stibbe sont représentés140 ; l’Amyklaion apparaît ainsi comme le sanctuaire laconien présentant la plus grande variété typologique, dont certains types rares, comme les aryballes à décoration plastique ou encore les aryballes figurés, dont un aryballe piriforme corinthianisant exceptionnel (Fig. 47)141. Sur la panse de ce dernier se déroule une frise représentant un groupe d’au moins quatre guerriers dessinés selon les techniques du trait et de la figure noire. Daté du milieu du viie siècle, il constitue l’un des plus anciens exemples des débuts des figures noires laconiennes, de même que l’une des plus anciennes représentations hoplitiques de l’art laconien.

Fig. 47. Aryballe laconien piriforme corinthianisant, inv. ΑΜ/ΚΓ1894.

Fig. 47. Aryballe laconien piriforme corinthianisant, inv. ΑΜ/ΚΓ1894.

© Amykles Research Project/EFA/Adrien Delahaye/Adrien Delahaye, Christian Mazet, dessin Yannis Nakas

Fig. 48. Détail de la multitude de vases miniatures du remblai de la Terrasse sud. Vlizos (2019b), p. 107, fig. 4.

Fig. 48. Détail de la multitude de vases miniatures du remblai de la Terrasse sud. Vlizos (2019b), p. 107, fig. 4.

© Amykles Research Project/Adrien Delahaye

Fig. 49. Statistiques et proportions des vases miniatures de l’Amyklaion, Terrasse sud incluse. Delahaye (à paraître).

Fig. 49. Statistiques et proportions des vases miniatures de l’Amyklaion, Terrasse sud incluse. Delahaye (à paraître).

© Amykles Research Project/Adrien Delahaye

  • 142  Nombre minimum d’individus, arrêté à la date du 31 août 2025. La quantification (en cours) inclut (...)
  • 143  Delahaye – Mazet (2023). Afin de traiter ces volumes de mobilier, une typologie a été élaborée, av (...)
  • 144  Tsountas (1890), p. 9 ; Fiechter (1918), p. 119, 122 ; Buschor – von Massow (1927), p. 2, 22, 53, (...)

85Les fouilles du remblai de la Terrasse sud ont également entraîné la découverte de milliers de vases miniatures, essentiellement des aryballiskoi, venus compléter les centaines d’exemplaires déjà connus (Fig. 48). Sur les 8197 vases miniatures recensés pour l’ensemble du site (NMI142), 7308 proviennent du secteur sud (soit 89,15 % de l’ensemble), le reste se répartissant sur le reste du site et les fouilles anciennes, dont le mobilier ne peut pas toujours être corrélé aux secteurs de fouilles (Fig. 49). Ces vases miniatures présentent une forte variété typologique, avec des krateriskoi, des lakainai, des amphoriskoi et hydriskoi, des kanthariskoi, mais surtout des aryballiskoi qui représentent un total de 7594 exemplaires, soit 92,64 % de l’ensemble des vases miniatures, tous secteurs confondus143. La présence de ces vases miniatures et la prépondérance des aryballiskoi avaient déjà été relevées par les premiers fouilleurs, mais cette catégorie de mobilier n’avait alors pas véritablement retenu leur attention. Alors que Tsountas et Fiechter se contentaient de mentions dans leur rapport, sans documentation, ni contextualisation ou quantification, Buschor les documentait et relevait « des milliers et des milliers de ces vases », dont « quatre cents exemplaires » seulement furent collectés144.

  • 145  Voir notamment le sanctuaire de Zeus Messapeus à Tsakona : Catling (1990) ; Catling (1990).
  • 146  Sur le lien entre formes miniatures et culte, Gimatzidis (2011).
  • 147  De manière générale : Ekroth (2003) ; Pilz (2011) ; Patera (2012) ; Foxhall – Barfoed (2015) ; Bar (...)

86L’Amyklaion n’est pas le premier sanctuaire laconien à fournir quantité de vases miniatures archaïques145. La proportion écrasante d’aryballes miniatures, associée au grand nombre d’aryballes laconiens et à leur variété typologique, conduit à s’interroger cependant sur la place de cette forme dans le culte d’Apollon et Hyakinthos à l’Amyklaion146. Certaines miniatures non ou mal perforées ne pouvaient avoir valeur de contenant. Certains exemplaires présentent par ailleurs des traces de combustion dues à une exposition aux flammes ultérieure à leur cuisson dans le four. Ces miniatures ont enfin été majoritairement retrouvées dans un remblai constitué à la suite d’un nettoyage rituel de la zone au sommet de la colline. Ces éléments invitent donc à considérer la fonction votive et/ou rituelle potentielle de tout ou partie de ces objets. Il est tentant de lier la forme de l’aryballe avec les éventuels concours athlétiques et la dimension initiatique des Hyakinthia, et de conférer à leurs versions miniatures une valeur symbolique renvoyant à ces pratiques. Si cette hypothèse fournit un argument supplémentaire tendant à prouver l’existence de tels concours, leur historicité reste sujette à caution. On observera néanmoins que la production et la consommation « de masse » de ces objets de peu de valeur constituent un indicateur de l’ampleur de la fréquentation du sanctuaire et conduisent à s’interroger sur le lien entre ces objets et les Hyakinthia147. Que ces objets aient été utilisés et consacrés ou non lors de cette célébration, ils témoignent de la nature et de l’ampleur de la participation aux fêtes et aux rites qui se déroulaient dans le sanctuaire de l’Amyklaion au cours de l’époque archaïque.

Conclusions

  • 148  Vlizos (2010) ; Vlizos (2011) ; Delivorrias – Vlizos (2012) ; Vlizos (2012) ; Vlizos (2013) ; Vliz (...)
  • 149  Delivorrias – Vlizos (2012).
  • 150  Vlizos (2006) ; Petropoulou (2015) ; Vlachou (2017) ; Vlizos (2017) ; Vlachou (2018) ; Vlizos (201 (...)

87Au terme de vingt années de recherches de terrain, il apparaît nécessaire de faire un bilan d’étape. Des trois objectifs initiaux de l’Amykles Research Project/ Ερευνητικό πρόγραμμμα Αμυκλών, deux ont été atteints et le troisième est en passe de l’être. La relance des opérations de fouilles et d’études a tout d’abord permis de réexaminer les conclusions des anciennes fouilles, de compléter les connaissances sur le Trône, mais aussi de collecter un volume remarquable de données nouvelles. Les opérations de conservation des vestiges et d’aménagement du site, menées de concert avec l’Éphorie des Antiquités de Laconie afin de valoriser le site archéologique, sont sur le point d’aboutir, avec la réouverture du site pour le rendre accessible au public et l’intégrer dans le paysage et la vie quotidienne de la communauté locale d’Amykles et de Sparte. Le dernier objectif, en cours de réalisation, reste la publication d’ensemble des résultats des fouilles. Outre les rapports d’opération148, un volume de synthèse a permis une première restitution synthétique en 2012149, auxquels se sont depuis lors ajoutés une multitude d’articles et de chapitres d’ouvrages150. La publication finale des fouilles du sanctuaire entre 2005 et 2022, en préparation, prévoit une série de plusieurs volumes.

  • 151  L’espace du sanctuaire, probablement saturé d’offrandes — monumentales ou non — était périodiqueme (...)

88Parmi les principaux apports scientifiques du programme, une meilleure connaissance de l’habitat de l’âge du bronze n’est pas la moindre ; l’étude en cours du mobilier permettra d’en préciser la typologie et de mettre en relation le site d’Amykles avec le reste de la Laconie. La question de la continuité de l’occupation et du culte entre l’âge du bronze et le premier âge du fer a par ailleurs été tranchée. Les pratiques de consommation collective du vin au cours de l’époque géométrique permettent en outre d’affirmer l’existence de rites collectifs dans le sanctuaire avant même l’érection du xoanon et du Trône. Les érections successives de ces derniers ont pu être corrélées à la construction des deux murs de péribole à la fin du viiie ou au début du viie siècle, pour le premier, et à la fin du vie siècle, pour le second. Grâce à l’étude architecturale, de nouvelles reconstitutions de l’autel à degrés, du Trône, de la base du xoanon et des murs de péribole ont pu être proposées, ouvrant la voie à des anastyloses partielles sur site et en 3D. L’étude des phases archaïques et classiques, longtemps évanescentes, a connu des avancées considérables avec les fouilles de la Terrasse et du Bâtiment sud. Ces dernières offrent l’opportunité d’une étude contextuelle de l’ensemble des catégories de mobilier, pour une meilleure compréhension des pratiques rituelles et votives, et de leur évolution. Les opérations ont enfin permis d’atteindre une meilleure connaissance de la géologie, de la stratigraphie et des processus taphonomiques l’ayant affectée. Le site a subi une multitude de processus post-dépositionnels naturels et anthropiques. Les nettoyages successifs du sanctuaire ont, d’une part, entraîné le rejet des rebuts et déchets du sanctuaire situés aux environs de l’autel par-dessus le péribole151. De l’autre, une partie des activités rituelles liées aux Hyakinthia a pu être localisée à l’extérieur du péribole en raison d’un espace disponible rendu insuffisant par la construction du Trône et la hausse de la fréquentation du sanctuaire.

89À l’époque où Sparte renforçait sa position dans le Péloponnèse, en particulier à la fin du vie siècle, le sanctuaire est profondément remanié et doté de monuments majeurs, avec le Trône d’Apollon et son autel, le mur de terrasse du péribole, avec une entrée au nord, une terrasse et une stoa sur le versant sud. L’étude de l’organisation spatiale du sanctuaire gagne ainsi en complexité, la centralité du xoanon et du Trône laissant peu à peu la place à une compréhension d’ensemble des espaces du sanctuaire, en tenant compte de la topographie, de l’histoire du site et des besoins des participants au culte. Le tracé du péribole du vie siècle, et donc l’emprise spatiale du sanctuaire intra-temenos, sont dorénavant connus. La question des activités en dehors de celui-ci reste cependant à explorer. Alors que la Terrasse sud indique le remploi d’une large partie des déchets rituels et votifs du sanctuaire en tant que remblai d’une terrasse qui est, stricto sensu, en dehors du temenos — si l’on considère que le péribole délimite bien le temenos (cf. infra) —, il apparaît nécessaire de développer les recherches vers les abords immédiats de l’Amyklaion. Le décentrage progressif des recherches de l’Amykles Research Project au cours des vingt dernières années, depuis le Trône d’Apollon jusqu’au péribole, trouve ainsi, au-delà du tracé de ce dernier, son développement logique.

*

90Depuis 2022, le programme est entré dans une nouvelle phase. Alors que le sanctuaire est en cours de mise en valeur patrimoniale par le service archéologique grec et sera prochainement ouvert au public, l’Amykles Research Project se concentre désormais sur les abords du sanctuaire. Cette phase vise à mieux comprendre l’intégration du sanctuaire dans son territoire, à plusieurs échelles. L’objectif est d’abord d’explorer ses abords immédiats, afin de déterminer — dans la mesure du possible — si l’emprise du péribole correspond à celle du temenos, au moyen de la mise en évidence des traces matérielles des activités logistiques liées au culte, telles que la gestion de l’eau, des déchets, la présence de voies d’accès et de terrasses, voire la présence d’éventuels dépôts votifs. À l’échelle de la micro-région d’Amykles, l’enjeu est de comprendre la relation du sanctuaire avec le site d’habitat voisin d’Amyklai, avec les sanctuaires voisins, le fleuve Eurotas et son environnement. À une échelle plus large, l’objectif est enfin de replacer l’Amyklaion dans la géographie de la chōra spartiate dans la vallée de l’Eurotas, puis de toute la Laconie.

  • 152  Grâce à une collaboration entre l’Amykles Research Project, l’université ionienne, l’université de (...)
  • 153  Nenci – et al. (à paraître).

91À la suite de l’acquisition de terrains adjacents au sanctuaire, les saisons 2022 et 2023 ont vu la réalisation d’opérations de terrain associant sondages exploratoires, couverture orthophotogrammétrique et LiDAR par drone et prospections géophysiques combinant résistivité électrique, géoradar et géomagnétisme152. Ces opérations ont permis une meilleure compréhension de l’environnement du sanctuaire et entraîné la découverte de plusieurs tombes, dont l’une contenait des restes humains et du mobilier de l’Helladique moyen, et celle d’un creusement dans le substrat argileux, comblé au milieu du vie siècle avec un assemblage analogue à celui de la couche archaïque du remblai de la Terrasse sud. L’année 2024 a vu se dérouler une première campagne de prospections pédestres, avec pour objectif d’obtenir une première image de l’organisation de l’espace situé au sud de l’Amyklaion et d’étudier sa relation au site d’habitat voisin d’Amyklai. L’enquête a permis de recueillir une quantité importante de données, tant en termes quantitatif que qualitatif, actuellement en cours de traitement. Les données préliminaires ont permis d’identifier des concentrations massives de terres cuites architecturales, des murs, des fragments de mortier, des vestiges de sépultures, des traces d’activités domestiques et de production, dont la datation s’étend de l’Helladique ancien à l’Antiquité tardive153.

  • 154  À travers le projet « Belonging in/to Lakonia. An archaeohistorical study on the Sanctuary of Apol (...)

92Ces résultats prometteurs ont posé les fondements d’un nouveau projet de recherche quinquennal pour la période 2025–2029, grâce à une collaboration entre l’Amykles Research Project et l’Éphorie des Antiquités de Laconie, en partenariat avec l’université de Münster154, l’École française d’Athènes et l’université de Montpellier Paul-Valéry. Il prévoit l’extension du périmètre des prospections géophysiques, une acquisition LiDAR complète, des prospections pédestres, des études géomorphologiques et zooarchéologiques et des sondages. Ces travaux futurs permettront de changer d’échelle (après être passé de l’archéologie du Trône à celle du sanctuaire) pour évoluer vers l’archéologie d’un territoire, en travaillant de façon diachronique et multiscalaire sur la relation entre le sanctuaire, l’habitat et leur environnement.

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Notes

1  Nous souhaitons exprimer nos remerciements à la revue Kernos et aux experts qui ont eu la patience de nous relire et de nous corriger. Que soient également ici remerciées les institutions scientifiques qui encadrent et soutiennent les travaux de l’Amykles Research Project : la Société archéologique d’Athènes, l’Éphorie des Antiquités de Laconie et le ministère de la Culture grec, l’École française d’Athènes, l’université de Münster et l’université de Montpellier – Paul Valéry, ainsi que la municipalité de Sparte, la collectivité d’Amykles, la région du Péloponnèse, l’association des Amis de l’Amyklaion et tous les mécènes qui aident ou ont aidé le projet. Notre gratitude va ensuite aux collaborateurs scientifiques, étudiants et ouvriers qui se succèdent sur le site depuis 2005, dont (parmi tant d’autres et par ordre alphabétique) Hans Beck, Themis Bilis, Katie Démakopoulou†, Georgia Kokkorou-Alevra, Manolis Korres, Eleni Kourinou, Maria Magnisali, Paraskevas Matalas, Christian Mazet, Massimo Nafissi, Nicola Nenci, Despoina Nika, Sophia Nomicos, Olga Palagia, Angeliki Petropoulou, Yannis Pikoulas†, Volkmar Schmidt, Nasos Themos, Zorzeta Theophilou, Panagiotis Tselekas, Giorgos Tsiaggouris, Maria Tsouli, Aphrodite Vlachou, Vicky Vlachou, Elena Zavvou, et bien sûr Angelos Delivorrias†, auquel cet article est dédié.

2  Kaltsas (2022).

3  En l’absence de zone archéologique protégée avant 1994 et 1995.

4  Delivorrias (1968b), p. 149–150, fig. 100α.

5  Delivorrias (1968b), p. 150 : « Κατόπιν της μεταφοράς των αρχιτεκτονικών μελών του Αμυκλαίου ελπίζεται, οτι θα καταστή μελλοντικώς δυνατή τμηματική αναπαράστασις του μοναδικού δια την Ιστορίαν της αρχιτεκτονικής τούτου οικοδομήματος. »

6  de Quincy (1814) ; Pyl (1852) ; Ruhl (1854) ; Tsountas (1890) ; Tsountas (1892) ; Fiechter (1918) ; Buschor – von Massow (1927) ; Martin (1976).

7  Pour la phase de démarrage et les premières investigations qui ont façonné le développement du projet de recherche, voir Delivorrias – Vlizos (2012).

8  Sur la fertilité de la Laconie, Polybe, V, 19, 2 : αἱ δ’ Ἀμύκλαι καλούμεναι τόπος ἐστὶ τῆς Λακωνικῆς χώρας καλλιδενδρότατος καὶ καλλικαρπότατος.

9  En dernier lieu Petropoulou (2012), en particulier p. 153, n. 1–2, pour la bibliographie, et Richer (2012), p. 343–382.

10  Sauf mention contraire, toutes les dates s’entendent avant notre ère.

11  Petropoulou (2012), p. 153, n. 4–5.

12  Iliade II, 581.

13  Avec Kynosoura, Limnai, Mésoa et Pitanè. Pindare, Pyth. I, 65 ; XI, 32 ; Isthm. VII, 14–15 ; Aristote, fr. 532 (Rose3) ; Pausanias, III, 2, 6. Sur les modèles de la topographie et les traditions historiographiques relatives à la constitution de la cité de Sparte, se référer en dernier lieu à Tosti (2020) pour un point sur les débats et la bibliographie. Contra Lupi (2014), selon lequel Amyklai aurait, dès le début, fait pleinement partie de la communauté civique spartiate.

14  Nenci – Nomicos – Vlizos et al. (à paraître).

15  Polybe, V, 19, 2 ; Strabon, VIII, 5, 1 ; Paus., III, 1, 3 ; 10, 8 ; 16, 2 ; 18, 7 ; 19, 6 ; Athénée, IV, 138f-140a ; SEG 11, 689–691 (Buschor – von Massow [1927], p. 63–64, nos 6–10).

16  Thucydide, V, 2, 18, 23 ; Strabon, VI, 3, 2 ; Paus., III, 10, 8 ; 19, 6 ; IG V, 1, 511 (= SEG 11, 790).

17  Du sommet de la colline d’Agia Kyriaki à la route Sparti-Gytheio au point où débute l’habitat groupé d’Amykles (37.030058594382886, 22.439472930672125 ; WGS 84).

18  Matalas (2012), en particulier p. 170, qui comporte un tableau synthétique des voyageurs mentionnant « Amykles » de 1700 à 1900.

19  Le nom « Amyklai » fut réintroduit pour la première fois en 1833, lorsqu’un δήμος Αμυκλών a été créé, regroupant plusieurs villages locaux. En 1940, la municipalité de Sklavochori fut rebaptisée Amykles.

20  Omont (1902), p. 620, rapportant les propos de Fourmont dans une lettre de ce dernier à Sevin datée du 10 avril 1730 ; également p. 624. Matalas (2012), p. 171–172, n. 4.

21  Leake – Murray – Woodfall et al. (1830), p. 135–136. Matalas (2012), p. 175.

22  Le Bas (1836), p. 160–161. Matalas (2012), p. 176, n. 8.

23  Tsountas (1892), p. 3–4.

24  Polybe V, 19, 1–3.

25  Hérodote, IX, 7, 11 ; Thuc., V, 23 ; Xénophon, Helléniques, IV, 5, 11.

26  La première mentionne un Dorkonida(s) ou Dorkoilida(s) consacrant à Apollon (AΠΕΛΟΝΙ ΔΟΡΚΟΝΙΔΑ) sur un fragment de tasse de bronze. L’objet date du viie s. et l’inscription de la fin du viie – début du vie s. Buschor – von Massow (1927), p. 34, 63, n° 6, pl. VIII.15 ; SEG 11, 689 ; Jeffery (1990), « Lakonia », n° 5, p. 188, pl. 35.5. La seconde est inscrite en graffito sur une tasse de terre cuite, un kôthôn du Laconien 2. Le vase peut être daté du premier quart du vie s., tandis que l’inscription peut être datée d’avant 550 © Amykles Research Project ; inv. ΑΜ/ΚΓ1036 ; Delahaye – Mazet (2024), p. 360–361, n. 79–80, fig. 18.

27  Aristophane, Lysistrata, 1297–1299 : τὸν Ἀμύκλαις σιόν.

28  Thuc., V, 18, 10 : ἐν Λακεδαίμονι ἐν Ἀμυκλαίῳ ; 24, 4–5 : τὰ Ὑακίνθια ; ἐν Λακεδαίμονι παρ’ Ἀπόλλωνι ἐν Ἀμυκλαίῳ.

29  Euripide, Hélène, 1469 ; Palaiphatos, Histoires incroyables, XLVI ; ps.-Apollodore, I, 3, 3 ; III, 10, 3 ; Ovide, Métamorphoses, X, 162–219 ; Paus., III, 19, 5 ; Lucien, Dialogue des dieux, 14.

30  Palaiphatos, Histoires incroyables, XLVI ; Ovide, Mét., X, 205–219.

31  Nonnos de Panopolis, Dionysiaca, XIX, 104–105.

32  Paus., III, 19, 1, 3.

33  Surtout Nafissi (2013), p. 149–150. Également Shipley (2004), p. 593.

34  Polycrate, FGrHist, 588 F 1, apud Athénée, IV, 139c–f. En faveur d’une durée de trois jours : Nilsson (1906), p. 138 ; Mellink (1943), p. 12 ; Pettersson (1992), p. 10, n. 10–11 ; Petropoulou (2012) ; Petropoulou (2015), en dernier lieu, avec un nouvel examen complet de la question. Contra Wide (1893), p. 290, qui considérait que trois journées étaient trop peu pour une fête d’une telle importance ; Unger (1877), p. 31, proposait une durée de onze jours ; Richer (2004a), p. 80, 85 ; Richer (2004b), p. 398 et Richer (2012), p. 354–356, une durée d’au moins dix jours au cours de l’époque classique, avant que la durée ne soit ramenée à trois jours.

35  Athénée, IV, 138f–140a ; Paus., III, 16, 2 ; 19, 3.

36  Athénée, IV, 139e : γίνεται θέα ποικίλη καὶ πανήγυρις ἀξιόλογος καὶ μεγάλη.

37  Ovide, Mét., X, 218–219 ; Polycrate, FGrHist, 588 F 1, apud Athénée, IV, 139e–f, mentionne une procession partant du théâtre et associant des cavaliers, des chœurs, des danseurs, des musiciens, des jeunes filles richement vêtues sur des chariots et des chars de course prêts à concourir.

38  Athénée, IV, 138f–140b. Sur la kopis, Delahaye (2019), p. 392–400 ; Delahaye (à paraître).

39  Eur., Hél., 1468–1475 (ἁμέρα étant la forme dorienne de ἡμέρα) ; Calame (1977), p. 308 ; Petropoulou (2012), p. 154 ; Richer (2012), p. 332.

40  Hodkinson (2009), p. 155.

41  Athénée, IV, 138f–140b. Kennell (1995), p. 65–66, n. 100, pour les références et une discussion détaillée.

42  Antiochos, FGrHist, 555 F 13, apud Strabon, VI, 6, 3, 2–3, 278.

43  Kennell (1995), p. 65–66, n. 101.

44  Disque : Tsountas (1892), p. 13 ; de Ridder (1894), p. 104, n° 530. Discobole : musée du Louvre, inv. Br 118. Herfort-Koch (1986), p. 53, 113, 114, pl. 16.7, no K 122 ; de Ridder (1915), p. 24, pl. 13, n° 118.

45  Musée archéologique de Sparte, inv. 940. Fiechter (1918), p. 220–222, n° 2, fig. 74 et 84. L’identification avec la stèle d’Ainetos a été proposée par Buschor – von Massow (1927), p. 41–47 (= SEG 11, 696). Zavvou – Themos (2012), p. 150–151, n. 17–18, en dernier lieu, avec références bibliographiques.

46  Paus., IΙΙ, 18, 7.

47  Ancien fragment : musée archéologique de Sparte, inv. 544 ; IGV 1, 559. Nouveau fragment : musée archéologique de Sparte, inv. 16751. Les deux fragments ont été assemblés par Eleni Zavvou. La partie inférieure semble avoir été découverte dans un champ près d’Amykles en 1890, lors des fouilles dirigées par Tsountas : Zavvou – Themos (2012), 150, n. 36.

48  Le xystarque est le responsable d’un xyste, la piste d’un gymnase, couverte d’un portique.

49  Les Hyakinthia sont généralement interprétées à l’aide du concept des rites de passage mis au point par Van Gennep (1909). Voir Jeanmaire (1939) ; Brelich (1969), p. 141– 148 ; Calame (1977), p. 318, qui les considère également comme une fête de la moisson ; Knoepfler (2010), p. 159–189, compare Narcisse et Hyakinthos en tant que divinités printanières et du renouvellement du monde. Contra Bruit-Zaidman (1990), p. 165–168.

50  Sur le rôle des grandes célébrations festives dans l’auto-affirmation de la polis et celui des sanctuaires extra-urbains, voir Polignac (1984), pour le cadre général, et Cartledge (1985), p. 98–127, pour le cas de Sparte et de la Laconie.

51  Hdt., IX, 7, 11 fait des Hyakinthia une célébration indispensable pour les Lacédémoniens dans leur ensemble (οἱ γὰρ δὴ Λακεδαιμόνιοι ὅρταζόν τε τοῦτον τὸν χρόνον καί σφι ἦν Ὑακίνθια). Seuls les élites et représentants périèques seraient concernés selon Richer (2004a), p. 80 ; Richer (2004b), p. 399 ; Richer (2012), p. 355. Selon Cartledge (1998), p. 46, les festivités ne concernaient que les Spartiates et les Hilotes. Sur l’existence d’une koinē cultuelle à l’échelle de Lacédémone : Nafissi (2013), p. 105–174 ; Lanérès – Grigorakakis (2015), p. 647–658 ; Pavlides (2018), p. 1–27, et Delahaye (2022).

52  Pettersson (1992), p. 16–17.

53  Paus., III, 18, 11 ; 19, 3.

54  Paus., III, 19, 6 : « les natifs [d’Amyclées] vénèrent parmi les dieux l’Amycléen et Dionysos, appelant ce dernier, à juste titre je crois, Psilax » (trad. d’après Musti & Torelli 2008). Voir Calame (1977), p. 308 ; Richer (2012), p. 367–368. Philostrate, Vie d’Apollonios de Tyane III, 14, évoque également un Dionysos Amyklaios.

55  Macrobe, Saturnales, I, 18, 2.

56  Nonnos, Dion., XIX, 104–105. Nobili (2014), p. 140.

57  Thuc., V, 23, 4–5 (trad. de Romilly 1967). Voir Richer (2004b), p. 405 ; Richer (2012), p. 367–382.

58  Xén., Mém., I, 2, 61, rapporte de la même manière à propos des Gymnopedia la présence à Sparte d’invités étrangers venus pour assister à la fête. Polémon, apud Athénée, IV, 138f affirme, à propos de la kopis, que se tiennent des repas collectifs rituels en plein air tenus par les Lacédémoniens à l’ombre de tentes dressées auprès de certains temples (dont le sanctuaire d’Apollon Karneios — selon Athénée, IV, 141e–f — et l’Amyklaion d’après Athénée, IV, 140a) qui accueillent tous les habitants de Lacédémone sans distinction, ainsi que des étrangers. Le rayonnement du sanctuaire à une échelle suprarégionale transparaît également à travers l’inscription IG V 1, 1 relative aux contributions de la guerre du Péloponnèse et retrouvée en deux fragments par l’abbé Fourmont dans l’église d’Agios Vasilios près de Xirokambi (voir la transcription par son neveu Omont [1902], p. 643, 662) et par Yannis Pikoulas en août 1987 dans le monastère de Zerbitsas, à 15 km au nord de Sparte, était probablement exposée elle aussi dans le sanctuaire de l’Amyklaion. Voir Matthaiou – Pikoulas (1989), pour la publication du nouveau fragment et Loomis (1992), pour une traduction des deux éléments et une mise à jour bibliographique des références antérieures.

59  Tsountas (1890).

60  Fiechter (1918).

61  Une nouvelle fut immédiatement reconstruite quelques mètres plus au nord, cette fois sur les fondations d’un bâtiment byzantin mis au jour par Tsountas et identifié comme un baptistère, avec un recours massif aux remplois de blocs antiques, toujours visibles aujourd’hui.

62  Buschor – von Massow (1927).

63  Delivorrias – Vlizos (2012) ; Vlizos (2022b).

64  Dans un rayon minimal de 16 km, jusqu’à Dafni. Bilis – Magnisali (2009) ; Korres (2012) ; Bilis – Magnisali (2012).

65  Kokkorou-Alevras – Chatziconstantinou – Efstathopoulos – et al. (2009) ; Kokkorou-Alevras (2012) ; Kokkorou-Alevras – Efstathopoulos – Poupaki – et al. (2014)

66  Autant pour y prélever des blocs de taille à utiliser en remploi que pour faire de la chaux.

67  Cette chronologie de l’occupation du site pourrait néanmoins remonter plus haut encore dans le temps, puisque des fragments céramiques datant du Néolithique récent ont été récemment identifiés par Despoina Nika.

68  Demakopoulou (1982), p. 80–81 ; Demakopoulou (2012) ; Vlizos (2013), 179–180 ; Vlachou (2018).

69  Demakopoulou (1982) ; Demakopoulou (2012).

70  Demakopoulou (2012), p. 110. Comme le sanctuaire d’Aphaïa à Égine ; Pilafidis-Williams (1998).

71  Wiersma – Bes – van IJzendoorn – et al. (2022) ; Vasilogamvrou – Bennet – Karagianni – et al. (2025).

72  Vlachou (2012) ; Vlachou (2017) ; Vlachou (2018) ; Vlachou (2024). Également Themos (2001) à Péristéri, à proximité de l’Amyklaion. Contra Kalligas (1980).

73  Vlizos (2017).

74  Voir infra.

75  L’importance de la communauté d’Amyklai en Laconie au début de l’âge du fer est alors attestée par sa mention dans le catalogue des vaisseaux de l’Iliade (II, 581, cf. supra).

76  Sur l’acropole, la Skias (bâtiment circulaire) est réalisée par Théodoros de Samos selon Pausanias (III, 12, 10), tandis que le temple d’Athéna Poliouchos/Chalkioikos est rénové par Gitiadas, qui le dote de plaques de bronze (III, 17, 2). Sur le bâtiment circulaire, voir en dernier lieu Giannakaki – Vlachou (à paraître).

77  Sur la base de l’étude architecturale de Themis Bilis et Maria Magnisali.

78  Vlizos (2006).

79  Fiechter (1918).

80  Paus., III, 19, 3 : τοῦ δὲ ἀγάλματος τὸ βάθρον παρέχεται μὲν βωμοῦ σχῆμα…

81  Paus., III, 19, 2 : τὸ λοιπὸν χαλκῷ κίονί ἐστιν εἰκασμένον.

82  Ridgway (1993), p. 46–47 ; Vlizos (2020b), p. 37, n. 3.

83  Romano (1988), p. 130, n. 22.

84  Pausanias (III, 10, 8) évoque l’or offert par Crésus, alors qu’il signale par la suite (III, 19, 2) une colonne de bronze. La différence pourrait s’expliquer par la patine dorée du bronze et/ou par l’achat du bronze grâce à l’or de Crésus.

85  Musée archéologique de Sparte, inv. 689. Tsountas (1892), p. 78 ; Tod – Wace (1906), p. 202–203, n° 689, fig. 72. Dans le registre inférieur, cinq figures féminines drapées dansent et jouent de la lyre.

86  Lacroix (1949), p. 54–58 pl. 1.15 ; Grunauer-von Hoerschelmann (1978), p. 190, pl. 27, XLVIII, 2.

87  Apollon Thornax n’est pas à écarter. Pausanias (III, 10, 8) mentionne la similitude entre la statue d’Apollon à Thornax et celle d’Apollon à Amyklai ; l’identité de la figure frappée sur ces monnaies peut donc être sujette à discussion, en dépit de la primauté du culte d’Apollon amycléen sur celui du Thornax. Récemment, Tselekas – Andreou (2018), p. 141, ont également proposé d’identifier le xoanon d’Apollon Amycléen avec la statue représentée au revers des tétradrachmes d’argent de Cléomène III ; cette dernière prend la forme d’une colonne, casquée, une lance brandie de la main droite et un arc dans la main gauche.

88  Korres (2012) ; voir infra.

89  Korres (2012), p. 138, fig. 1–2. Initialement publiée par Buschor – von Massow (1927), pl. XII, werkstück 85.

90  Paus., III, 18, 9.

91  Il n’est pourtant pas sans liens avec l’architecture ionienne de son époque : Martin (1976), p. 216 ; Martin (1987), p. 386.

92  Sur les reliefs du Trône, les tentatives de reconstitution et l’analyse de leur séquence narrative : Lorenz (1991) ; Faustoferri (1996) ; Förtsch (2001), p. 81–82 ; Nafissi (2019) ; Nafissi (2020).

93  de Quincy (1814), p. 196–210, pl. VII ; Pyl (1852), pl. 43 ; Ruhl (1854), pl. 70 ; Furtwängler (1893), p. 689 ; également Prückner (1992). Ces représentations ont été rassemblées par Fiechter (1918) ; Faustoferri (1996).

94  Fiechter (1918), p. 191, fig. 50, pl. 19–20.

95  Buschor – von Massow (1927), p. 76, fig. 42.

96  Delivorrias (1968a) ; Martin (1976), voir notamment p. 206, n. 2 : « M. Délivorias a bien voulu faire un exposé sur ses recherches dans un séminaire traitant de cette question à l’École pratique des Hautes Études (IVe section), en mars 1973. »

97  Fiechter (1918), p. 133–136 ; Bilis – Magnisali (2012), p. 131–132, fig. 6.

98  Martin (1976), p. 215–217, fig. 6–7 ; Martin (1987), p. 382–385, fig. 6–7.

99  Bilis – Magnisali (2012), p. 132.

100  Buschor – von Massow (1927), p. 18–21 ; Faustoferri (1996), p. 297–358. L’un des autres arguments majeurs de Faustoferri est historique (p. 279–292), puisqu’elle fait de l’érection du Trône une initiative du souverain Anaxandridas et des Égéides. Dans ce schéma, la construction du Trône serait une réponse à celle du sanctuaire d’Athéna Chalkioikos par les éphores. Contra Richer (2000), p. 283–288 ; Richer (1998), p. 131, qui souligne la proximité entre les familles fournissant les éphores et les familles royales.

101  Voir infra.

102  L’emplacement avait été identifié par Tsountas (1892), p. 7, 15–17, qui avait interprété les vestiges comme appartenant au Trône. Fiechter (1918), p. 131–132, fig. 18, proposait une interprétation correcte des découvertes, les considérant comme faisant partie des fondations de l’autel.

103  Aveni – Romano (2000), p. 51, 56.

104  Gruben (1980), p. 329–330, fig. 244 (sanctuaire des divinités chthoniennes à Agrigente) ; 356, fig. 269–271 (Héraion de Samos, autel de Rhoikos) ; 406, fig. 300 (sanctuaire d’Apollon à Didymes).

105  Concernant l’origine ionienne de cette forme de construction circulaire, voir Rowe – Gray – Buttle (1956), p. 11–13. Concernant les influences ioniennes dans l’art laconien, voir Rolley (1977), p. 132 ; Prost (2018), p. 168–169.

106  Pedley (2005), p. 57.

107  Ginouvès – Adam – Billot – et al. (1992), p. 34.

108  Ces collines sont le fruit de formations lacustres plio-quaternaires érodées. Voir la carte au 1/50000 de l’Institut de géologie et d’exploration minérale/ΙΓΜΕ (C. Psonis, 1981–1982) ; également Pavlopoulos – Renard – Cez – et al. (2007) ; Bilis (2019), p. 99–100. Des recherches géomorphologiques sont actuellement menées par Matthieu Giaime (U. de Montpellier Paul-Valéry) pour préciser la géologie et la géomorphologie de la région.

109  Vlizos (2017), p. 74–75.

110  L’étude architecturale de Themis Bilis et Maria Magnisali confirme une datation à la fin du vie siècle.

111  Vlizos (2017), p. 77.

112  Kokkorou-Alevras (2012), p. 144. Sur le bâtiment circulaire de l’agora, Giannakaki, Vlachou (à paraître). Si des carrières de poudingue exploitées durant l’âge du bronze ont été identifiées à Vapheio, aucune ne l’a encore été de manière définitive autour de l’Amyklaion. Kokkorou-Alevras – Efstathopoulos – Poupaki – et al. (2014), p. 663.

113  Bilis – Magnisali (2012), p. 126, fig. 1.

114  Bilis (2019), p. 183–187.

115  Bilis – Magnisali (2012), p. 125, annexe 19a–c.

116  Vlizos (2021).

117  Vlizos (2021), p. 67, fig. 3.

118  Ce matériel est en cours d’étude par Stavros Vlizos et Aphrodite Vlachou.

119  Ce matériel est en cours d’étude par Sophia Nomicos.

120  La déposition de grandes quantités de vases miniatures archaïques sur des espaces à fort pendage est une pratique attestée par ailleurs dans les sanctuaires du monde grec. Voir par exemple le sanctuaire de Déméter et de Korè à Abdère : Motsiou (2019) ; Motsiou (2023). De manière générale : Dimakis – Motsiou – Kefalidou (2025).

121  Delahaye – Mazet (2023), p. 14, fig. 12.

122  Ce griffon, encore inédit, présente des parallèles à Olympie : Michaelc. Carlos Museum of Emory University (2011), p. 45 (inv. 1986.010 A du Michael C. Carlos Museum, Emory University) ; Heilmeyer – Kaltsás – Gehrke (2012), p. 93 fig. 3, 377–381 ; Aurigny (2019), n° 39, p. 56, fig. 108–109. Il s’agit du second mis au jour à l’Amyklaion, après celui découvert par Buschor – von Massow (1927), pl. VIII, 14 ; il fait écho aux grands trépieds de bronze mentionnés par Pausanias (III, 18, 7–9).

123  Voir les parallèles dans Coulton (1976).

124  Le côté long fermé situé à l’arrière des deux bâtiments est adossé à une colline, tandis que le côté opposé est ouvert. Waldstein – Washington – Tilton – et al. (1902), p. 136 ; Amandry (1952), p. 261–270, fig. 20–22 ; ; Coulton (1976), p. 215. Voir également la stoa de Zeus Eleuthérios sur l’Agora d’Athènes : Thompson – Wycherley R. E. (1972), p. 96–103.

125  Sur les fouilles du sanctuaire d’Athéna Chalkioikos, voir Dickins (1907) et Giannakaki, Vlachou (à paraître) en dernier lieu.

126  Les lignes qui suivent ne constituent pas une présentation exhaustive du mobilier selon un classement chronologique, mais proposent des lignes directrices dans l’interprétation des évolutions des pratiques liées au culte d’Apollon à Amykles.

127  French (1971), p. 139–140, pl. 21–22, a-d ; Demakopoulou (1982), p. 44–50, pl. 2–24.

128  Demakopoulou (1982), p. 69–70, pl. 50.116.

129  Demakopoulou (1982), p. 54–55, pl. 25 ; Demakopoulou (2012), p. 105–106, fig. 1, n. 5.

130  Demakopoulou (1982), p. 55–56, pl. 26 ; Demakopoulou (2012), p. 105–106, fig. 2a–b, n. 7.

131  Vlizos (2017) ; Vlizos (2020b).

132  Vlachou (2012) ; Vlachou (2017) ; Vlachou (2024). Auparavant : Coldstream (1968), p. 212–219 ; Coulson (1985) ; Margreiter (1988).

133  Vlachou (2012), p. 114 fig. 1 a. b ; Vlachou (2018), 100 f. fig. 4, 3 a. b ; Vlachou (2024), p. 326–327.

134  Vlachou (2024), p. 336.

135  Vlachou (2024), p. 339–340.

136  Ce constat est étayé par l’existence de joints entre les fragments au sein d’un même contexte, qui indique l’absence de dépositions multiples ; Vlachou (2024), p. 331, 47.

137  Delahaye – Vlachou (2022), p. 322–323, fig. 6.

138  Le mobilier céramique archaïque et classique est étudié par Adrien Delahaye et Christian Mazet.

139  Delahaye – Mazet (2024), p. 348–349.

140  Stibbe (2000).

141  Delahaye – Mazet (2024), p. 358–359, fig. 16.

142  Nombre minimum d’individus, arrêté à la date du 31 août 2025. La quantification (en cours) inclut le mobilier des fouilles de l’Amykles Research Project, mais aussi celui des fouilles anciennes, dans la limite du mobilier conservé par ces dernières.

143  Delahaye – Mazet (2023). Afin de traiter ces volumes de mobilier, une typologie a été élaborée, avec pour objectif d’affiner l’analyse typologique et statistique : Delahaye (à paraître).

144  Tsountas (1890), p. 9 ; Fiechter (1918), p. 119, 122 ; Buschor – von Massow (1927), p. 2, 22, 53, 58–61.

145  Voir notamment le sanctuaire de Zeus Messapeus à Tsakona : Catling (1990) ; Catling (1990).

146  Sur le lien entre formes miniatures et culte, Gimatzidis (2011).

147  De manière générale : Ekroth (2003) ; Pilz (2011) ; Patera (2012) ; Foxhall – Barfoed (2015) ; Barfoed (2018). Il n’appartient pas à cet article de répondre en détail à ces questions, qui seront néanmoins explorées à l’avenir, notamment au moyen d’analyses archéométriques. Delahaye (à paraître).

148  Vlizos (2010) ; Vlizos (2011) ; Delivorrias – Vlizos (2012) ; Vlizos (2012) ; Vlizos (2013) ; Vlizos (2018a) ; Vlizos (2018b) ; Vlizos (2019a) ; Vlizos (2019b) ; Vlizos (2020a) ; Vlizos (2020c) ; Vlizos (2021) ; Vlizos (2024).

149  Delivorrias – Vlizos (2012).

150  Vlizos (2006) ; Petropoulou (2015) ; Vlachou (2017) ; Vlizos (2017) ; Vlachou (2018) ; Vlizos (2018a) ; Massimo Nafissi (2019) ; Vlizos (2019c) ; Vlizos (2020b) ; Nomicos – Vlizos – Becken – et al. (2022) ; Delahaye – Vlachou (2022) ; Vlachou (2024) ; Delahaye – Mazet (2024) ; Vlachou (2024).

151  L’espace du sanctuaire, probablement saturé d’offrandes — monumentales ou non — était périodiquement nettoyé.

152  Grâce à une collaboration entre l’Amykles Research Project, l’université ionienne, l’université de Münster et le laboratoire d’Archéométrie de l’université du Péloponnèse. Vlizos (2022a) ; Vlizos (2023) ; Nomicos – Vlizos – Becken – et al. (2022).

153  Nenci – et al. (à paraître).

154  À travers le projet « Belonging in/to Lakonia. An archaeohistorical study on the Sanctuary of Apollo at Amyklai and its surroundings » dirigé par Hans Beck et Sophia Nomicos.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Carte de la Laconie, indiquant l’emplacement de l’Amyklaion par rapport à Sparte.
Crédits © Amykles Research Project / Adrien Delahaye.
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Titre Fig. 2. Vue aérienne de la colline d’Agia Kyriaki depuis le sud.
Crédits © Amykles Research Project/ Stavros Vlizos
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Titre Fig. 3. Orthophotogrammétrie du sanctuaire de l’Amyklaion.
Crédits © Amykles Research Project/ Nicola Nenci
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Titre Fig. 4. Détail de la carte de la vallée de Sparte par Le Roy, qui l’a visitée en 1754. D’après Matalas (2012), p. 173, fig. 3.
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Titre Fig. 5. Carte du mont Taygète et de la plaine de Sparte, par W.M. Leake, qui situe Amykles sur la colline d’Agia Kyriaki. Leake – Murray – Woodfall – et al. (1830), vol. III, pl. 1.
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Titre Fig. 6. Tuile estampillée d’époque romaine portant l’inscription -πολλων-- αμυκλ---- « pour (a)πολλων(οσ) εν αμυκλ(αιοι) », inv. ΑΜ/Παρχ52, inédite.
Crédits © Amykles Research Project/Adrien Delahaye
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Titre Fig. 7. Graffito sur une tasse de terre cuite, un kôthôn du Laconien 2, inv. ΑΜ/ΚΓ1036. Le vase date du premier quart du vie siècle av. J.–C., tandis que l’inscription peut être datée d’avant 550 av. J.–C. Delahaye – Mazet (2024), p. 360–361, n. 79–80, fig. 18.
Crédits © Amykles Research Project/Adrien Delahaye/Yannis Nakas
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Titre Fig. 8. Statuette de bronze représentant un discobole. Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, inv. MND 546/Br 118, première moitié du ve siècle av. J.–C. Découverte à Amyclées (?).
Crédits © 2006 GrandPalaisRmn [musée du Louvre]/Hervé Lewandowski
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Titre Fig. 9. Inscription de Sextus Eudamon Onasikratès. Amyklaion, iiie siècle apr. J.–C.
Crédits © Amykles Research Project
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Titre Fig. 10. Plan des fouilles de Christos Tsountas. Tsountas (1892), p. 14.
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Titre Fig. 11. Plan des fouilles d’Adolf Fürtwangler et Ernst Fiechter. Fiechter (1918), p. 108, fig. 2.
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Titre Fig. 12. Photographie de la krépis du Trône sous la précédente église d’Agia Kyriaki lors des fouilles Fiechter. Fiechter (1918), p. 116, fig. 9.
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Titre Fig. 13. L’un des chapiteaux doriques à console ionique lors des fouilles Fiechter. Fiechter (1918), pl. 9.
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Titre Fig. 14. Plan des fouilles d’Ernst Buschor et Wilhelm von Massow. Buschor – von Massow (1927), p. 25, fig. 12.
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Titre Fig. 15. Photographie de l’angle sud-est du mur de péribole archaïque de la fin du vie siècle av. J.–C. lors des fouilles d’Ernst Buschor et Wilhelm von Massow. Archives de l’Institut archéologique allemand d’Athènes ; D-DAI-ATH-Sparta-0110.
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Titre Fig. 16. Plan topographique du sanctuaire de l’Amyklaion sur la colline d’Agia Kyriaki, à l’issue de la campagne 2021.
Crédits © Amykles Research Project/Nicola Nenci
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Titre Fig. 17. Plan synthétique interprété du sanctuaire, du viiie s. av. J.–C. à l’époque protobyzantine.
Crédits © Amykles Research Project/Adrien Delahaye
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Titre Fig. 18. Bords de lékanai de l’Helladique ancien II, inédit.
Crédits © Amykles Research Project/EFA/ Despoina Nika/Eirini Miari
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Titre Fig. 19. Canthare de l’Helladique moyen, inédit.
Crédits © Amykles Research Project/EFA/Despoina Nika/Eirini Miari
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Titre Fig. 20. Figurines mycéniennes anthropomorphes féminines de type Psi, découvertes lors des fouilles de l’Amykles Research Project. Demakopoulou (2012), p. 107, fig. 4.
Crédits © Amykles Research Project/Adrien Delahaye.
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Titre Fig. 21. Figurine mycénienne zoomorphe tournée, découverte lors des fouilles Tsountas. Demakopoulou (2012), p. 107, fig. 4.
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Titre Fig. 22. Fragment de statue mycénienne en terre cuite, découvert lors des fouilles Tsountas. Demakopoulou (2012), p. 55–56, pl. 26.
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Titre Fig. 23. Figurine de bronze géométrique, inv. AM/M 30. Vlizos (2020), pl. 27a–b.
Crédits © Amykles Research Project/Stavros Vlizos
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Titre Fig. 24. Anneau spiralé de bronze pour tresse de cheveux (σφηκωτήρας) géométrique, inv. AM/M 34. Vlizos (2020), pl. 27a–b.
Crédits © Amykles Research Project/Stavros Vlizos
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Titre Fig. 25. Dessins de fragments de canthares protogéométriques provenant de l’Amyklaion. Vlachou (2012), p. 115, fig. 2.
Crédits © Amykles Research Project/Vicky Vlachou
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Titre Fig. 26. Fragments de skyphoi du Géométrique moyen et du début du Géométrique provenant de l’Amyklaion. Vlachou (2012), p. 117, fig. 3.
Crédits © Amykles Research Project/Vicky Vlachou
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Titre Fig. 27. Stèle votive à bas-relief porteuse d’une inscription dédicatoire en l’honneur d’Apollon, fin du ive au iiie siècle av. J.–C. Tod – Wace (1906), p. 202–203, n° 689, fig. 72.
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Titre Fig. 28. Monnaie de bronze émise à Lacédémone sous Commode (180–192 ap. J.–C.). Lacroix (1929), pl. I.15.
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Titre Fig. 29. Reconstitution par Manolis Korres de la base du xoanon d’Apollon amycléen. Korres (2012), p. 138, fig. 2.
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Titre Fig. 30. Propositions de reconstitution du Trône : a. de Quincy (1814), p. 196–210, pl. VII ; b. Pyl (1852), pl. 43 ; c. Ruhl (1854), pl. 70 ; d. Furtwängler (1893), p. 689 ; e. Prückner (1992).
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Titre Fig. 31. Propositions de reconstitution du Trône de Fiechter. D’après Fiechter (1918), pl. 19–20.
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Titre Fig. 32. Propositions de reconstitution du Trône de Buschor et von Massow. Buschor  von Massow (1927), p. 19.
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Titre Fig. 33. Propositions de reconstitution du Trône de Martin, sur les propositions d’Angelos Delivorrias. Martin (1976), p. 215–216, fig. 6–7.
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Titre Fig. 34. Restitution axonométrique 3D du Trône d’après Themis Bilis et Maria Magnisali.
Crédits © Amykles Research Project/Themis Bilis et Maria Magnisali
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Titre Fig. 35. Vue intérieure en 3D du Trône d’après Themis Bilis et Maria Magnisali.
Crédits © Amykles Research Project/Themis Bilis et Maria Magnisali
URL http://journals.openedition.org/kernos/docannexe/image/8795/img-35.jpg
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Titre Fig. 36. Plan restitué de l’autel circulaire à degrés.
Crédits © Amykles Research Project/Themis Bilis et Maria Magnisali
URL http://journals.openedition.org/kernos/docannexe/image/8795/img-36.jpg
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Titre Fig. 37. Anastyloses partielles du Trône et de l’autel.
Crédits © Amykles Research Project/Paraskevas Matalas
URL http://journals.openedition.org/kernos/docannexe/image/8795/img-37.jpg
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Titre Fig. 38. Photographie lors de la campagne de fouilles 2007 des deux périboles de la fin du viiie – début du viie siècle av. J.–C (au premier plan et au second plan à gauche) et de la fin du vie siècle av. J.–C. (au second plan à droite).
Crédits © Amykles Research Project/Stavros Vlizos.
URL http://journals.openedition.org/kernos/docannexe/image/8795/img-38.jpg
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Titre Fig. 39. Photographie de la Terrasse sud depuis l’ouest à l’issue de la campagne de fouilles 2023.
Crédits © Amykles Research Project/Stavros Vlizos
URL http://journals.openedition.org/kernos/docannexe/image/8795/img-39.jpg
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Titre Fig. 40. Stratigraphie de la Terrasse sud (secteur A-1, coupe est-ouest vue depuis le nord) à l’issue de la campagne de fouilles 2019.
Crédits © Amykles Research Project/Adrien Delahaye
URL http://journals.openedition.org/kernos/docannexe/image/8795/img-40.jpg
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Titre Fig. 41. Fragment de la paragnathide droite d’un casque corinthien archaïque en bronze, découvert dans le remblai de la Terrasse sud, inv. ΑΜ/Μ187. Vlizos (2018b), p. 116, fig. 8.
Crédits © Amykles Research Project/Stavros Vlizos
URL http://journals.openedition.org/kernos/docannexe/image/8795/img-41.jpg
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Titre Fig. 42. Obeloi découverts dans le remblai de la Terrasse sud. Vlizos (2018b), p. 116, fig. 7.
Crédits © Amykles Research Project/Stavros Vlizos
URL http://journals.openedition.org/kernos/docannexe/image/8795/img-42.jpg
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Titre Fig. 43. Couronne de plomb découverte dans le remblai de la Terrasse sud, inv. ΑΜ/Μ189, vie siècle av. J.–C., inédit.
Crédits © Amykles Research Project/Stavros Vlizos
URL http://journals.openedition.org/kernos/docannexe/image/8795/img-43.jpg
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Titre Fig. 44. Photographie du Bâtiment sud depuis le sud à l’issue de la campagne de fouilles 2020.
Crédits © Amykles Research Project/Stavros Vlizos
URL http://journals.openedition.org/kernos/docannexe/image/8795/img-44.jpg
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Titre Fig. 45. Coupe laconienne à vernis noir et pied en disque du dépôt de fondation (ἐγκαίνιο) du Bâtiment sud, inv. ΑΜ/ΚΓ1361, fin du vie siècle–début du ve siècle av. J.–C. Delahaye – Mazet (2021), fig. 12.
Crédits © Amykles Research Project/Adrien Delahaye, dessin Yannis Nakas
URL http://journals.openedition.org/kernos/docannexe/image/8795/img-45.jpg
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Titre Fig. 46. Pied de coupe de Droop laconienne, inv. ΑΜ/ΚΓ1084, mi-vie siècle av. J.–C. Delahaye – Mazet (2024), p. 359, fig. 16.
Crédits © Amykles Research Project/EFA/Adrien Delahaye/ dessin Yannis Nakas
URL http://journals.openedition.org/kernos/docannexe/image/8795/img-46.jpg
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Titre Fig. 47. Aryballe laconien piriforme corinthianisant, inv. ΑΜ/ΚΓ1894.
Crédits © Amykles Research Project/EFA/Adrien Delahaye/Adrien Delahaye, Christian Mazet, dessin Yannis Nakas
URL http://journals.openedition.org/kernos/docannexe/image/8795/img-47.jpg
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Titre Fig. 48. Détail de la multitude de vases miniatures du remblai de la Terrasse sud. Vlizos (2019b), p. 107, fig. 4.
Crédits © Amykles Research Project/Adrien Delahaye
URL http://journals.openedition.org/kernos/docannexe/image/8795/img-48.jpg
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Titre Fig. 49. Statistiques et proportions des vases miniatures de l’Amyklaion, Terrasse sud incluse. Delahaye (à paraître).
Crédits © Amykles Research Project/Adrien Delahaye
URL http://journals.openedition.org/kernos/docannexe/image/8795/img-49.jpg
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Pour citer cet article

Référence papier

Stavros Vlizos et Adrien Delahaye, « Chronique de l’Amyklaion de Sparte »Kernos, 38 | 2025, 187-256.

Référence électronique

Stavros Vlizos et Adrien Delahaye, « Chronique de l’Amyklaion de Sparte »Kernos [En ligne], 38 | 2025, mis en ligne le 12 mars 2026, consulté le 13 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/kernos/8795 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15yqw

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Auteurs

Stavros Vlizos

Université ionienne
Directeur de l’Amykles Research Project

vlizosst@ionio.gr

Adrien Delahaye

Université de Montpellier Paul-Valéry
Directeur adjoint de l’Amykles Research Project

adrien.delahaye@univ-montp3.fr

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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