Jan-Mathieu Carbon & Gunnel Ekroth, From Snout to Tail. Exploring the Greek Sacrificial Animal from the literary, epigraphical, iconographical, archaeological and zooarchaeological evidence
Jan-Mathieu Carbon, Gunnel Ekroth (éd.), From Snout to Tail. Exploring the Greek Sacrificial Animal from the literary, epigraphical, iconographical, archaeological and zooarchaeological evidence, Stockholm, Swedish Institute at Athens, 2024. 1 vol. 21,5 × 22 cm, 270 p. (Acta Instituti Atheniensis Regni Sueciae, Series in 4°, 60). ISBN : 978-91-7916-069-2.
Texte intégral
1L’ouvrage collectif From Snout to Tail, issu d’un colloque international organisé à Uppsala en décembre 2016, explore l’exécution pratique et la signification complexe du sacrifice animal dans la religion grecque ancienne. Rassemblant une introduction et quatorze contributions, le volume poursuit un double objectif : d’une part, clarifier l’usage et la valeur symbolique des différentes parties du corps de l’animal sacrificiel ; d’autre part, encourager l’exploitation de tous les types de sources disponibles pour l’étude de ce rituel qui se trouvait au cœur de la communication entre hommes et dieux. Si l’interdisciplinarité constitue une démarche déjà bien ancrée dans le domaine de la religion grecque, aucune étude collective récente n’avait encore été consacrée spécifiquement au traitement du corps de l’animal sacrificiel. Or, un tel sujet, qui requiert également une solide connaissance anatomique, appelle nécessairement une collaboration entre chercheurs de disciplines diverses afin d’éviter les interprétations réductrices ou erronées. Les onze premières contributions, rédigées par des spécialistes de la religion grecque, portent soit sur des parties spécifiques du corps animal soit sur la manipulation de la carcasse dans son ensemble. Les trois dernières — qui ne seront pas développées dans ce compte rendu — sont consacrées respectivement aux rituels sacrificiels hittite, israélite et étrusque, offrant ainsi un utile point de comparaison aux spécialistes du sacrifice grec. Les éditeurs n’ont pas choisi pour ce volume la forme d’un Handbook, où chaque auteur aurait été chargé d’une partie précise de l’animal, mais ont laissé aux contributeurs la liberté de définir leur objet d’étude. Ce choix aboutit à un panorama riche et complémentaire, qui permet de nuancer certains aspects grâce à la diversité des approches et des sources mobilisées.
2Jake Morton s’intéresse à la division de la carcasse animale et à l’usage des pattes arrière et de la queue, les deux parties centrales dans les rituels sacrificiels de type thysia. En réinterprétant les sources textuelles et iconographiques à la lumière des résultats d’un projet d’archéologie expérimentale consacré à la combustion des cuisses et des queues, l’A. démontre que ces deux parties constituaient une seule unité sacrificielle, depuis la découpe de l’animal jusqu’à leur dépôt et leur combustion sur l’autel. — Flint Dibble étudie pour sa part les pattes animales d’un point de vue exclusivement archéozoologique, en confrontant les données issues de sanctuaires et de contextes domestiques. Par l’étude détaillée du matériel ostéologique mis au jour dans les sanctuaires, l’A. démontre que l’os de la cuisse n’était pas la seule partie de la patte à être placée sur le feu sacrificiel. La combustion des pattes arrière pourrait par ailleurs refléter une pratique mentionnée dans l’Hymne homérique à Hermès liée à la purification rituelle. Enfin, l’absence de marques de découpe sur les fémurs non brûlés de l’agora d’Athènes indique qu’ils étaient enlevés avec un soin particulier et suggère donc l’existence de bouchers professionnels. — François Lissarrague analyse la représentation des sabots dans l’imagerie attique en lien avec le sacrifice et la consommation de viande afin de comprendre pourquoi l’accent est parfois mis sur cette partie non comestible de l’animal. Dans l’ensemble des scènes étudiées, ce détail anatomique fonctionne comme un marqueur sémantique signalant le sacrifice, mais aussi les dynamiques de partage et d’échange qui en découlent. — L’article de Michael MacKinnon examine la présence des os des pieds et des têtes dans les assemblages archéozoologiques de divers sites rituels grecs, tout en tenant compte des biais susceptibles d’affecter ces échantillons, comme par exemple la taphonomie. L’A. s’intéresse aussi bien aux parts brûlées que non brûlées et, quand les données l’autorisent, confronte les contextes rituels et non rituels. Cette démarche lui permet d’éprouver la pertinence de la division traditionnelle des restes fauniques sacrificiels en trois catégories : les offrandes déposées sur l’autel, les déchets liés à la consommation et les résidus de boucherie. — La contribution de Tyler Jo Smith porte sur la représentation des animaux à cornes dans la céramique grecque, en particulier attique et des périodes archaïque et classique, et plus précisément dans les scènes figurant les instants qui précèdent la mise à mort. L’importance de la tête de l’animal, bien attestée dans les textes littéraires, est confirmée par les scènes iconographiques étudiées. — Vasiliki Zachari s’intéresse elle aussi à la tête des animaux sacrificiels, en particulier à celle des bovins une fois la majeure partie de la viande et de la peau retirée, c’est-à-dire lorsqu’elle devient un bucrane. L’A. analyse la relation étroite entre le bucrane et l’autel dans les scènes attiques à figures rouges et montre que le bucrane, à l’instar des traces de sang sur l’autel, fonctionne comme un marqueur de temporalité : il renvoie à des sacrifices déjà accomplis et en conserve le souvenir. Loin d’être réduit à un simple ornement, il peut même, dans certaines représentations où l’autel est absent, se substituer à celui-ci pour signaler l’espace rituel et évoquer la réalisation effective de sacrifices animaux. — Stella Georgoudi examine la terminologie employée pour désigner la tête de l’animal sacrificiel et les différentes parties qui la composent — en particulier la langue — dans les textes littéraires et épigraphiques. Son objectif est non seulement de clarifier la signification anatomique précise des différents termes mais aussi de comprendre comment et à quels destinataires — tant divins qu’humains — les parts en question étaient distribuées. — Bartek Bednarek revient sur la question des splanchna dans les rituels sacrificiels, estimant que leur rôle et leur importance n’ont pas encore été pleinement saisis par la communauté scientifique. Selon lui, la manipulation de ces viscères doit être mise en relation avec la combustion de la part réservée aux dieux : ces deux actions de haute intensité avaient une signification religieuse plus profonde que la manipulation du reste de la viande et formaient le cœur de l’activité rituelle. — Vinciane Pirenne-Delforge s’intéresse elle aussi au rôle des splanchna dans les sacrifices attestés dans les textes littéraires et dans les normes rituelles. L’objectif de l’A. est de mettre à l’épreuve l’idée que la manipulation des viscères et la combustion d’une part de l’animal réservée aux dieux constituaient les caractéristiques essentielles de la « manière grecque de sacrifier », par opposition aux pratiques non grecques. L’analyse menée permet de confirmer l’existence d’un mode « standard » de « sacrifice grec » (thysia), que les particularités régionales, bien attestées par l’épigraphie, ne permettent pas d’invalider. — Jennifer Larson aborde la question du rôle et de l’usage du sang dans le sacrifice animal. L’examen des contextes rituels où le sang occupe une place centrale met en évidence l’activation de deux modèles interprétatifs (agentif et mécaniste) dans les rituels de type sphagia, dans les serments et dans certains types de purification. — Gunnel Ekroth s’intéresse quant à elle à la manipulation du corps des animaux dans les holocaustes. À partir d’un examen des sources écrites et archéologiques, elle souligne que ces sacrifices étaient relativement rares et qu’il n’est pas certain que l’animal ait toujours été brûlé intégralement — la carcasse pouvait parfois être écorchée, vidée de son sang et de ses viscères, voire sectionnée, avant d’être placée sur le feu. Les sources anciennes sont analysées à la lumière de la crémation expérimentale d’un agneau et d’un porcelet intacts et non écorchés menée à Uppsala en 2014, laquelle a montré le temps considérable nécessaire pour accomplir une combustion complète. Ces résultats invitent à reconsidérer la fonction de l’holocauste, surtout quand celui-ci était accompli en combinaison avec une thysia : peut-être l’objectif n’était-il pas de réduire le corps en cendres, mais simplement de rendre la viande impropre à la consommation.
3Ce volume se distingue avant tout par le choix original d’aborder le sacrifice grec à travers les parties du corps animal, un angle qui n’avait pas encore été exploré collectivement. La diversité des sources analysées confère par ailleurs richesse et cohérence à cet ouvrage qui réunit des contributions de spécialistes reconnus de la religion grecque. Enfin, la présence d’outils particulièrement utiles — index général, index des termes grecs, des auteurs anciens, des inscriptions et des vases — renforce encore sa valeur scientifique et en fait une référence incontournable pour l’étude du sacrifice grec.
Pour citer cet article
Référence papier
Zoé Pitz, « Jan-Mathieu Carbon & Gunnel Ekroth, From Snout to Tail. Exploring the Greek Sacrificial Animal from the literary, epigraphical, iconographical, archaeological and zooarchaeological evidence », Kernos, 38 | 2025, 305-306.
Référence électronique
Zoé Pitz, « Jan-Mathieu Carbon & Gunnel Ekroth, From Snout to Tail. Exploring the Greek Sacrificial Animal from the literary, epigraphical, iconographical, archaeological and zooarchaeological evidence », Kernos [En ligne], 38 | 2025, mis en ligne le 01 janvier 2025, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/kernos/9107 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15yqk
Haut de pageDroits d’auteur
Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
Haut de page




