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Chronique des activités scientifiques
Revue des Livres
Comptes rendus et notices bibliographiques

Nicolas Siron, Nouvelle Histoire d’Athènes. La cité vue de l’Agora, veive siècle av. J.–C.

Julie Bernini
p. 320-321
Référence(s) :

Nicolas Siron (dir.), Nouvelle Histoire d’Athènes. La cité vue de l’Agora, veive siècle av. J.-C., Paris, Perrin, 2024. 1 vol. 14 × 21 cm, 378 p. ISBN : 978-2-262-10343-9.

Texte intégral

1Dirigé par Nicolas Siron, ce livre est un ouvrage de vulgarisation exigeante sur la vie civique athénienne. En témoignent les efforts récurrents de définition dans chaque chapitre, le copieux lexique (p. 375–385), ainsi que la relative économie de notes équilibrée par les nombreuses citations de sources dans le corps du texte. Comme l’indique le sous-titre du livre, Nicolas Siron a proposé aux auteurs et autrices de se placer sur l’agora d’Athènes et d’ancrer leur propos à un objet, un monument ou un secteur de cette célèbre place publique pour explorer un aspect de la vie civique athénienne. Chaque contribution prend en compte les apports récents de la recherche et déconstruit au passage une idée reçue sur Athènes au ve et au ive siècle av. J.-C., à l’image de Vincent Azoulay (chap. xi) qui résume son étude du groupe statuaire des Tyrannicides pour expliquer que les statues grecques n’étaient pas que des œuvres d’art, ou de Louise Fauchier (chap. ii) qui mobilise des travaux issus de l’anthropologie culturelle et historique pour examiner la place des fraudes et des tromperies dans le marché athénien. Historiens et historiennes mettent ainsi à disposition du grand public leurs propres travaux scientifiques qu’on retrouvera dans les courtes bibliographies présentées à la fin de chaque chapitre. Le résultat est agréable à lire et séduira sans aucun doute sa cible. Le livre nous mène à la rencontre de toute une galerie d’individus de statut, de genre et d’origine divers, certains réels d’autres fictifs, qui déambulent sur l’agora et dans la ville. Leurs parcours sont l’occasion de remarques sur l’univers sensoriel d’une cité grecque (A. Grand Clément), l’intégration des étrangers à la vie sociale des Athéniens (R. Guicharrousse), la violence de la vie politique (J.-N. Allard), le fonctionnement du système judiciaire et le rôle des tribunaux dans le processus démocratique (N. Siron), l’instruction civique des citoyens (A. Chabod), la circulation de l’information (M. Durnerin), le rapport de la démocratie aux mythes (S. Darthou) et à la philosophie (A. Macé), l’importance de la commensalité civique (P. Schmitt Pantel), l’accès des femmes à l’espace public (V. Sebillotte Cuchet), l’organisation des forces armées (D.M. Pritchard), les pratiques de soin (H. Castelli), ou encore l’importance des jeux dans la vie quotidienne (B. Carè et V. Dasen). Les sujets abordés sont nombreux, les sources mobilisées le sont tout autant et il faut souligner leur diversité ainsi que la qualité des reproductions proposées dans le feuillet central.

2Les individus mis en scène dans chaque chapitre vivent dans un monde peuplé de divinités qu’on retrouvera aisément grâce à l’index des noms en fin d’ouvrage. Tous et toutes prennent part à nombre de rituels au fil des pages, interpellent et honorent les divinités à de multiples occasions : les Athéniens remercient Athéna pour sa protection, lui consacrent les copies des décrets qu’ils votent en Assemblée (p. 137) et combattent les Perses avec Thésée comme le rappelle un tableau exposé sur les murs de la Stoa Poikilè (p. 292), tous et toutes rendent un culte à la Rumeur (p. 209), les Athéniennes célèbrent Adonis par des lamentations dans les petits jardins éphémères créés pour l’occasion sur les toits des maisons (p. 60), elles invoquent aussi des divinités chtoniennes, comme le font les hommes, sur des tablettes de malédiction pour réduire au silence leurs ennemis (p. 189), le Conseil suspend ses travaux pendant que chaque famille célèbre les Apatouries (p. 320), un esclave battu par des citoyens éméchés se réfugie auprès de l’autel de la Mère des dieux (p. 359), citoyens et étrangers, hommes et femmes, honorent ensemble Bendis, déesse thrace solidement implantée à Athènes (p. 103), etc. Les exemples sont nombreux. Lecteurs et lectrices de Kernos pourront constater avec satisfaction que les divinités n’ont pas été oubliées dans cette « nouvelle histoire d’Athènes ». Le chapitre x est par ailleurs explicitement consacré à une question d’histoire des religions. Vinciane Pirenne-Delforge y revient sur la place d’Athéna dans le panthéon athénien à l’aune des travaux de ces vingt dernières années sur la religion grecque et insiste sur l’incompatibilité du polythéisme grec « avec toute notion d’exclusivité, de fixité, voire de dogmatisme » (p. 254). On retiendra qu’Athéna n’était « jamais vraiment seule », comme toutes les puissances divines qui peuplent le monde grec, ce qui ne surprendra pas les spécialistes d’histoire des religions. De manière générale, les spécialistes n’apprendront rien sur les thèmes qui les intéressent en premier lieu, mais se réjouiront de voir battues en brèche certaines idées reçues et pourront prendre connaissance de l’actualité des travaux sur les thématiques qui ne sont pas les leurs. Cet aspect est d’autant plus utile que certains chapitres font connaître le propos de thèses récentes qui n’ont pas encore été publiées.

3Si cet ouvrage peint un tableau très vivant de l’espace urbain athénien, son mérite est davantage d’écrire « une histoire par le bas » (p. 22) que d’en proposer une approche spatiale, ce que pouvait laisser croire le sous-titre. Certains passages témoignent d’un intérêt bienvenu pour des notions et des méthodes géographiques, telles que le paysage, la production d’un territoire commun ou les jeux d’échelles. Toutefois, l’inspiration ne semble pas tant venir de l’approche spatiale que de la micro-histoire, car la réflexion sur la matérialité des espaces et leur rôle dans les phénomènes sociaux est en réalité assez peu présente. En revanche, tous les chapitres recourent à des trajectoires d’individus insérés dans des réseaux sociaux et mettent en exergue certains documents ou des cas particuliers pour éclairer les phénomènes historiques complexes qu’ils abordent, des caractéristiques bien connues de la micro-histoire. L’inspiration qu’a constituée ce courant historiographique se remarque aussi dans les mises en récit qui laissent une grande part à l’imaginaire et à la fiction. Les lecteurs et lectrices non avertis auront peut-être quelques difficultés à estimer ce qui relève du particulier ou de l’ordinaire, du témoignage des sources ou de la mise en récit. La consultation des sources et des références proposées dans les bibliographies palliera aisément ce problème, de même que la lecture des travaux des archéologues, peut-être moins séduisants que les récits proposés dans cet ouvrage, mais fondamentaux et complémentaires pour prendre la mesure des difficultés méthodologiques que posent la restitution des paysages anciens et leur interprétation.

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Pour citer cet article

Référence papier

Julie Bernini, « Nicolas Siron, Nouvelle Histoire d’Athènes. La cité vue de l’Agora, veive siècle av. J.–C. »Kernos, 38 | 2025, 320-321.

Référence électronique

Julie Bernini, « Nicolas Siron, Nouvelle Histoire d’Athènes. La cité vue de l’Agora, veive siècle av. J.–C. »Kernos [En ligne], 38 | 2025, mis en ligne le 01 janvier 2025, consulté le 13 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/kernos/9168 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15yqo

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Auteur

Julie Bernini

Université de Lille

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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