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Chronique des activités scientifiques
Revue des Livres
Comptes rendus et notices bibliographiques

Davilla Lebdiri, La Religion dans les romans grecs anciens

Émile Abu Dalu
p. 323-325
Référence(s) :

Davilla Lebdiri, La Religion dans les romans grecs anciens, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2024. 1 vol. 15,5 × 21 cm, 268 p. (Interférences). ISBN : 9782753595378.

Texte intégral

1Cet ouvrage est la version remaniée d’une thèse de doctorat soutenue en 2015. L’objectif en est annoncé d’emblée : combler le manque d’études sur les pratiques religieuses grecques à l’époque romaine. Le corpus convoqué pour ce travail est composé de cinq romans grecs entre les iie et iiie siècles de notre ère : Chéréas et Callirhoé de Chariton, Les Éphésiaques de Xénophon d’Éphèse, Les Pastorales de Longus, Leucippé et Clitophon d’Achille Tatius et les Éthiopiques d’Héliodore d’Émèse. L’étude se décline en quatre chapitres : « Cultes et pratiques rituelles », « Les paysages religieux », « Les dieux du roman » ainsi que « Personnel de culte et stratégies sociales ».

  • 1  L’A. justifie aux p. 60–61 le choix d’employer plus souvent le terme « l’Autre » que l’attendu « b (...)

2L’A. décrit les différentes scènes de culte roman par roman et les envisage selon une approche anthropologique. On retrouve ainsi dans le paysage des romans : des scènes de sacrifice, des fêtes de campagne, des grandes fêtes civiques et des processions funéraires et de supplication. L’analyse de ces différentes scènes permet de mettre en évidence la vitalité cultuelle de l’époque impériale. L’A. attache une grande importance à souligner les éléments réalistes présents dans les œuvres et à identifier ce qu’elles disent des pratiques effectives. De plus, les analyses de l’A. montrent également ce que révèlent ces pratiques des positions sociales : la répartition sexuée des rôles dans l’acte sacrificiel, la position de tel personnage dans une procession ou encore le rôle des pratiques en tant que marqueurs civiques et identitaires. Le chapitre se conclut sur une analyse des rituels de « l’Autre », i.e. les barbares1. L’A. se concentre sur ce que la description de tels rituels disent de la perception des étrangers par les Grecs à l’époque romaine.

3Dans le deuxième chapitre, le plus court de l’ouvrage, l’A. identifie la signification des termes spécifiques employés pour décrire les lieux où se pratique le culte dans les différents romans étudiés. Il s’agit surtout d’identifier leurs spécificités, notamment au regard des connaissances nouvellement acquises des lieux de culte. Les auteurs de roman emploient en effet un lexique innovant qui s’écarte des descriptions habituelles des sanctuaires : organisation de l’espace, ornements et fonction du lieu. Les raisons de ces écarts peuvent être motivées par la narration, mais l’A. souligne surtout l’usage identitaire de ces descriptions dans un contexte de domination romaine. Elles sont en effet empreintes d’éléments typiques de la culture grecque ou bien servent à manifester la grandeur d’une cité.

4L’avant-dernier chapitre se concentre sur la présence des dieux dans les romans. L’A. remarque que leur mobilisation par les auteurs relève d’une stratégie littéraire culturelle plutôt que cultuelle. Ils sont en effet utilisés pour servir les descriptions des lieux et des personnages en représentant des qualités et des vertus. Ainsi, quand le cadre est la cité, les configurations panthéoniques soulignent le contexte de compétition entre les poleis. À l’inverse, les romanciers peuvent mettre en avant une seule figure divine dans un cadre local. Ces mobilisations font alors partie d’un discours de représentation des conditions sociales du lieu du récit. De plus, les œuvres romanesques peuvent décrire des paysages éloignés où les notions de centre, de périphérie et de norme tendent à s’effacer et où différents centres religieux dialoguent et échangent. Enfin, l’A. s’attarde sur l’irruption du divin dans le quotidien, en replaçant les récits autour des épiphanies dans un discours conventionnel qui permet surtout de justifier et de renforcer le contrôle et la position sociale de la classe des notables dans la cité.

5Dans le dernier chapitre, centré sur le personnel du culte, l’A. souligne que les romanciers fournissent peu d’informations précises sur les attributions des prêtres. Leur attention se porte davantage à louer leur vertu, notamment en soulignant les similitudes qu’ils ont avec les figures divines. En revanche, à côté de la figure du prêtre, celle des subalternes demeure fidèle à ce que l’on sait du culte. Les raisons de cette différence sont, selon l’A., à chercher du côté du contexte de domination impériale : l’absence de « grands prêtres » impériaux permet de construire le récit en dehors de toute référence à Rome et de conserver le caractère local de l’histoire du roman. Enfin, l’A. montre comment les auteurs romanesques décrivent l’évergétisme des notables, personnages centraux des récits.

  • 2  Par exemple : l’A. décrit le chant XI de l’Odyssee (p. 65), mais renvoie au chant X (p. 65 n. 255) (...)

6C’est en définitive un ouvrage très accessible, qui s’appuie sur des concepts théoriques définis avec précaution et précision (comme ceux de « mutation religieuse » ou de « paysage religieux ») ainsi que sur une lecture attentive de la bibliographie. Ainsi, l’ouvrage aborde de nombreuses questions actuelles sur le polythéisme grec : reconfigurations panthéoniques dans le contexte de l’orient hellénisé, tension entre respect de la tradition et innovation, perception sensorielle en lien avec les rituels et les sanctuaires, rapport à la norme, représentation de l’altérité, évergétisme des notables et implication des élites dans la sphère religieuse. De plus, l’analyse insiste à chaque instant sur l’effort des romanciers pour produire un récit et des descriptions crédibles, plutôt que conformes à la réalité. Le lecteur regrettera peut-être l’absence d’annexes ou d’index des sources, et l’historien, le référencement parfois incomplet des inscriptions et des rapports de fouilles. Du reste, très peu d’erreurs sont à déplorer et celles qui subsistent sont surtout d’ordre typographique2. En somme, c’est un portrait détaillé des pratiques et des représentations de la religion grecque à l’époque impériale que Davilla Lebdiri offre ici, par le prisme du roman.

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Notes

1  L’A. justifie aux p. 60–61 le choix d’employer plus souvent le terme « l’Autre » que l’attendu « barbare ».

2  Par exemple : l’A. décrit le chant XI de l’Odyssee (p. 65), mais renvoie au chant X (p. 65 n. 255), or c’est bien la scène du chant X qui sert au commentaire (p. 64–70) ; il manque l’article indéfini « une » à la traduction d’Apulée (p. 65) ; la phrase « … dans laquelle la carte des espaces religieux, se superpose à l’ordre social… » présente une virgule en trop (p. 101).

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Pour citer cet article

Référence papier

Émile Abu Dalu, « Davilla Lebdiri, La Religion dans les romans grecs anciens »Kernos, 38 | 2025, 323-325.

Référence électronique

Émile Abu Dalu, « Davilla Lebdiri, La Religion dans les romans grecs anciens »Kernos [En ligne], 38 | 2025, mis en ligne le 01 janvier 2025, consulté le 13 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/kernos/9196 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15yqq

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Auteur

Émile Abu Dalu

Université de Liège

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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