Radcliffe G. Edmonds III & Carolina López-Ruiz & Sofía Torallas Tovar, Magic and Religion in the Ancient Mediterranean World: Studies in Honor of Christopher A. Faraone
Radcliffe G. Edmonds III, Carolina López-Ruiz, Sofía Torallas Tovar (éd.), Magic and Religion in the Ancient Mediterranean World: Studies in Honor of Christopher A. Faraone, London/New York, Routledge, 2024. 1 vol. 15,5 × 24 cm, xxii + 374 p. ISBN : 978-1-032-34126-2.
Texte intégral
1Christopher A. Faraone (désormais CAF), à l’amitié et à l’excellence duquel est dédié ce volume collectif, a publié inlassablement sur un vaste spectre de sujets. Les éditeurs le rappellent et rendent hommage à ce qui apparaît comme « a kind of magic ». Sa vaste documentation et sa méthode, analysées par C. Ando en épilogue, ont tout particulièrement motivé et inspirent quiconque aujourd’hui s’intéresse à la magie dans l’Antiquité. CAF contribue à l’histoire de la religion grecque à travers le prisme des pratiques magiques, et plus largement des rituels et de leur matérialité, de la littérature et de l’hexamètre en particulier, en participant à l’histoire d’une culture grecque en immersion dans une Méditerranée multiculturelle, sur le temps long. Ce volume d’hommages reflète ses multiples rayons de recherche en les collectant dans deux thématiques, la matérialité et l’interculturalité.
2L’un des derniers grands projets de CAF est une (ré)édition des formulaires magiques gréco-égyptiens, à laquelle s’articulent les premières contributions. Elles démontrent comment notre compréhension de la transmission du savoir bénéficie d’une approche renouvelée des textes et de leur herméneutique, laquelle valorisait un savoir local, égyptien, dans un contexte de globalisation impériale (R. Gordon). S’y ajoute un examen approfondi des structures et des modalités pratiques de l’écriture sur papyrus, par l’analyse d’une seule et même composition (GEMF 31/PGM I) qui témoigne de la manière dont un praticien s’emparait de modèles pour constituer son propre manuel (S. Torallas Tovar), ou bien par l’observation croisée des notes marginales qui montre comment les utilisateurs de ces manuscrits s’impliquaient dans la transmission en interagissant avec le texte (K. Dosoo).
3Plusieurs autres contributions plongent dans la fabrique des rituels, en abordant notamment leur dimension temporelle. Le lexique fréquent de l’heure (hōra) et le souci récurrent du temps approprié au rite, de la durée ou de l’instantanéité de ses effets, sont rattachés à une relative « démocratisation » du savoir sacerdotal (K. Miller). Une comparaison entre différents « cycles de la lune » montre qu’ont circulé plusieurs modèles de ces petits mensuels indiquant les activités « magiques » à pratiquer selon les principes de l’astrologie catarchique — ce volet du savoir astrologique qui détermine les moments propices à entreprendre des actions (R. Martín Hernández, avec révision des textes). L’astrologie est une technique qui a eu également sa matérialité. De petites pierres ou d’autres matériaux — manifestement pas des « gemmes magiques » — ont matérialisé les astres en mouvement sur les plateaux des astrologues : c’est lors des consultations astrologiques que ces « étoiles » permettent la communication entre l’astrologue et son client (I.S. Moyer).
4C’est un rappel important des interactions humaines et matérielles qui échappent à la transmission écrite. La technique divinatoire, à l’instar de l’art médical, exploitait certes les potentialités de l’écrit chez un oniromancien comme Artémidore de Daldis, mais avec des précautions dans la mesure où l’oralité et l’expérience devaient rester des modes d’apprentissage privilégiés (K.W. Yu). Le material turn est aussi discuté autour de la question des anneaux de fers de Samothrace, liée à des ressources locales, mais manifestement aussi à des représentations extérieures (S. Blakely). Outre les recherches papyrologiques précitées, les travaux stimulés par CAF sur les defixiones, ces dernières années, ont précisément montré combien il était important de contextualiser les données écrites et matérielles pour comprendre la fabrique des savoirs rituels. La réédition d’une tablette de plomb d’Hadrumète (DT 277–278, C. Sánchez Natalías) assure ainsi une analyse plus fine de toute une série locale de tablettes à encart, dont la même disposition graphique doit beaucoup aux essais inventifs d’un seul praticien.
5La seconde partie du volume déploie un plus large espace-temps, en commençant par observer la transformation du statut des agents rituels au regard d’un système de valeurs donné. Ainsi le « mage », prêtre chanteur officiant dans un système de patronage intégré à l’impérialisme achéménide, devint-il un « magicien » monnayant une technique exotique à des clients, aux yeux des autorités de l’Empire romain (B. Lincoln). Alors qu’une pluralité de rituels de quête peut être observée dans la religion grecque, les prêtres mendiants (agurtai) ont été rapprochés des « magiciens » précisément quand l’écart par rapport à la norme allait avec le soupçon de vénalité (R.G. Edmonds III).
6Une partie des contributions se penche sur des transferts culturels opérés d’est en ouest, comme la question du rôle de passeurs joué par les Phéniciens dans la circulation de représentations proche-orientales, avant la réception grecque constitutive de discours autour d’un Héraclès « égyptien » ou d’une Aphrodite « syrienne » (C. López-Ruiz). Une quête spéculative des origines anatoliennes d’Hécate débouche sur la reconstruction imaginaire d’une version du mythe éleusinien antérieure à l’Hymne homérique à Déméter (M.R. Bachvarova). En revanche, une Quellenforschung menée à partir d’amulettes en bronze de la Sicile de l’Antiquité tardive révèle des modèles sur papyrus disparus et l’histoire d’une transmission interculturelle (R.D. Kotansky).
7Les amulettes sont bien des objets transculturels qui ont pu susciter des classifications de la part des autorités religieuses comme les rabbins, soucieux de différencier les tefillin des amulettes avec lesquelles ils partagent des similarités physiques, mais une disparité de contenu (M.S. Nutzman). Autorité, transmission, contextualisation s’appliquent aux savoirs comme aux objets : dans les Éphésiaques de Xénophon, l’étrange vie conjugale d’un Grec avec la momie de son épouse représente cependant moins l’appropriation de rites funéraires égyptiens qu’une stratégie narrative destinée à raviver chez un protagoniste le besoin du contact de son aimée (J. Downie).
8Profitant du décloisonnement entre « magie » et « religion » auquel CAF a contribué, l’ouvrage au contraire entremêle les thématiques et les approches, avec une certaine fluidité. Pour y arriver, il fallait sans doute un ingrédient particulier, que les lecteurs trouvent peut-être en photo p. xxi.
Pour citer cet article
Référence papier
Thomas Galoppin, « Radcliffe G. Edmonds III & Carolina López-Ruiz & Sofía Torallas Tovar, Magic and Religion in the Ancient Mediterranean World: Studies in Honor of Christopher A. Faraone », Kernos, 38 | 2025, 332-333.
Référence électronique
Thomas Galoppin, « Radcliffe G. Edmonds III & Carolina López-Ruiz & Sofía Torallas Tovar, Magic and Religion in the Ancient Mediterranean World: Studies in Honor of Christopher A. Faraone », Kernos [En ligne], 38 | 2025, mis en ligne le 01 janvier 2025, consulté le 13 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/kernos/9223 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15yqt
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