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Dossier
Littératures de Gênes

La « battaglia di Genova » : mythopoïèse, récits de révolte et book bloc

La “battaglia di Genova”: mitopoiesi, racconti di rivolta e book bloc
The “battaglia di Genova”: mythopoiesis, stories of uprising and book bloc
Irene Cacopardi

Résumés

Au mois de juillet 2001, Gênes a été le théâtre de violentes manifestations ; une multitude de sensibilités politiques a convergé dans les rues de la ville italienne pour déclarer la guerre à l’Empire et au capital. Malgré un début de contre-sommet joyeux et pacifique, une violence démesurée est rapidement devenue la protagoniste incontestée des 20 et 21 juillet 2001. Il est capital de comprendre la manière dont les faits ont été narrés à l’époque et d’analyser parallèlement l’intérêt et les raisons de continuer à les raconter.
Pour ce faire, cet article interroge les récits de ces journées du G8. Son objectif est de mettre en évidence les multiples manières de narrativiser une situation jugée inédite et d’analyser les différentes approches militantes productrices d’un engagement créatif.
Dans une perspective chronologique, l’examen porte tout d’abord sur les récits littéraires et militants qui ont mené aux manifestations et qui ont accompagné le mouvement altermondialiste. Dans un deuxième temps, l’attention se focalise sur les narrations qui font suite aux journées de lutte de Gênes. À partir des écrits de Luther Blissett/Wu Ming sur le blog des tute bianche et sur le blog « Giap », de témoignages directs, puis de récits plus récents, comme le spectacle Progetto20 d’Alessio di Modica, cette réflexion met en exergue la capacité de ces écritures à créer une contre-narration et une archéologie du savoir, ainsi que leur influence sur les mouvements plus récents, vingt ans après la bataille de Gênes.

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Texte intégral

  • 1 M. Hardt et A. Negri, Impero. Il nuovo ordine della globalizzazione, Milan, Rizzoli, 2002. Dans le (...)

1Il y a vingt ans, Gênes fut le théâtre de violentes manifestations contre les politiques néolibérales et le fondamentalisme du marché prônés par les pays occidentaux et concrétisés dans la politique du G8 : la France, l’Italie, l’Allemagne, le Japon, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada et la Russie. Avec pour slogans « Un autre monde est possible » et « Vous G8, nous 6.000.000.000 ! », une multitude de sensibilités politiques différentes convergea dans les rues de Gênes pour déclarer la guerre à l’Empire1 et au capital.

  • 2 V. Vecchi, « Du G8 de Gênes, un sommet de violence policière », Libération, 15 août 2019. En ligne (...)
  • 3 Wu Ming, « Gli astronauti di chi? Immaginazione e moltitudine in Italia nei giorni del cacerolazo (...)

2Malgré un début de contre-sommet joyeux et pacifique, une violence démesurée et injustifiée devient rapidement la protagoniste incontestée des journées des 20 et 21 juillet 2001, définies par Amnesty International comme « la plus grande interruption des droits démocratiques dans un pays occidental depuis la Deuxième Guerre mondiale »2. Des expressions telles que « mattanza »3 (abattage, carnage, massacre), « police riots » ou « macelleria messicana » (boucherie mexicaine) décrivent les événements de Gênes et notamment la descente de police à l’école Diaz durant la nuit du 21 au 22 juillet 2001.

3Entre contestations et revendications politiques, rêves et désenchantements, minimisation des dégâts et quête de justice, la bataille de Gênes a été amplement racontée. Elle a été filmée, photographiée, enregistrée et narrativisée. Les dispositifs d’écriture et d’argumentation qui précèdent, jalonnent et suivent le G8 sont donc très nombreux. Pour ces raisons, il est capital de comprendre la manière dont les faits de ces journées génoises ont été narrés à l’époque et d’analyser parallèlement l’intérêt et les raisons de continuer à les raconter.

  • 4 C. Lucarelli, G8. Cronache di una battaglia, Turin, Einaudi, 2009.

4Pour ce faire, cet article se concentre sur des narrations particulièrement représentatives du mouvement et des luttes qui ont marqué le mois de juillet 2001. L’ambition est de montrer leur évolution, leurs buts et leur manière d’être militantes. Tout d’abord, on se penchera sur les narrations qui ont précédé et accompagné les journées de Gênes. Le collectif Wu Ming sera le point de départ de cette analyse, en tant que machine mythopoïétique qui soutient et jalonne les manifestations. On s’intéressera ensuite aux récits qui ont suivi les journées du G8. Notre intérêt se portera sur les œuvres de Carlo Lucarelli, sur les documentaires Niente da archiviare ou encore sur Genova per noi de Giuseppe Cataldi. Ces œuvres renferment de nombreux témoignages qui visent à dénoncer et analyser les événements. On terminera l’étude par des narrations plus récentes et notamment le spectacle théâtral du sicilien Alessio di Modica. Le fil rouge qui relie ces expériences narratives et qui a guidé le choix de ce corpus est l’importance attribuée au récit, notamment au conte. En effet, comme le souligne l’écrivain italien Carlo Lucarelli, Gênes demeure aujourd’hui encore une plaie béante dont il est essentiel de continuer à parler4.

Les écritures contemporaines aux faits : création mythopoïétique

  • 5 « Le mantra de la multitude chante un flux inlassable, une mer inquiète et bouillonnante ». Wu Min (...)

Il mantra della moltitudine canta un flusso incessante, un mare inquieto e ribollente.5

5En juillet 2001, on dénombre trois cent mille personnes à Gênes : militants de gauche, écologistes, féministes, altermondialistes, anarchistes ou catholiques. Parmi cette multitude en marche figure également le collectif d’auteurs italiens Wu Ming.

  • 6 À l’origine, le groupe était composé de cinq membres. Luca di Meo (Wu Ming 3) part en 2008 et Ricc (...)
  • 7 À ce propos, nous renvoyons à : I. Cacopardi, De Luther Blissett à Wu Ming. Une république littéra (...)

6Né au début des années 2000 de la section bolonaise du Luther Blissett Project, Wu Ming est un projet littéraire et culturel très politisé, ancré dans la contemporanéité. Il introduit dans le monde littéraire une conception désacralisée de l’œuvre et de l’auteur qui apporte un vrai changement par rapport aux pratiques en vigueur, tant sur le plan de la production narrative que du point de vue économique. Utilisation de la clause du copyleft pour la diffusion de ses œuvres, écriture collective, usage de l’outil informatique comme mode de création communautaire, anonymat : telles sont les caractéristiques de la démarche intellectuelle du groupe, formé aujourd’hui par Roberto Bui (Wu Ming 1), Giovanni Cattabriga (Wu Ming 2) et Federico Guglielmi (Wu Ming 4). En chinois mandarin, Wu Ming signifie indistinctement « sans nom » ou « cinq noms », référence au nombre de membres que compte le collectif à l’origine6. Ce pseudonyme fait référence à la négation du mythe de l’auteur et de l’individu en général, à laquelle le collectif est très attaché7.

7Lors du G8, les Wu Ming arpentent les rues de Gênes en tant que manifestants et militants, mais aussi en tant qu’intellectuels et collectif d’écrivains. Membre du mouvement contestataire des tute bianche, Wu Ming joue le rôle de meneur, de conteur et de chroniqueur des événements du G8.

  • 8 « La multitude. Nous l’avons évoquée, provoquée, nous lui avons envoyé des messages, des paraboles (...)

8Dans « Il giorno del progetto » (Le jour du projet), billet paru sur le blog « Giap » peu de temps après la bataille de Gênes, Wu Ming 3 reconnaît que « la moltitudine. L’abbiamo evocata, suscitata, inviato ad essa messaggi, parabole, esortazioni »8. En effet, Wu Ming écrit, décrit et narrativise aussi bien la préparation de l’événement que les journées de lutte. Ses récits, comme ceux qui circulent sur les sites et les blogs des organisations du Genoa Social Forum, témoignent d’un grand effort de théorisation, d’explication du mouvement et de mise en récit de la lutte. Donner de l’espoir, exhorter, exalter, tels sont les buts principaux que l’on retrouve dans ces premières narrations à la frontière entre tract politique, écriture militante au sens strict, et récit littéraire-romanesque.

  • 9 « Ce qui compte vraiment c’est d’y être, d’être présents et d’apporter sa pierre à l’édifice ». Wu (...)
  • 10 « Quelque chose de nouveau débutera à Gênes […] une multitude capable d’imaginer des mondes différ (...)
  • 11 À ce propos, une analyse sociale du rôle du rêve est proposée par AA. VV., L’emergenza del sogno: (...)

9Dans « Lettera agli indecisi della selva Europa » (Lettre aux indécis de la forêt Europe), un tract épistolaire publié sur le blog du collectif, Wu Ming exhorte ouvertement ses lecteurs à se rendre à Gênes car « ciò che sommamente conta è esserci, stare lì e fare la propria parte »9, affirme-t-il. Avec un enthousiasme vaticinateur, le collectif écrit : « qualcosa di nuovo inizierà à Genova […] una moltitudine capace di immaginare mondi diversi [...] insorge contro la tirrania [...] »10. Une rhétorique guerrière prédit le possible changement et incite, sur un ton jubilatoire, non seulement à la rébellion mais aussi au rêve, élément essentiel dans la lutte et dans l’opposition au G8. En effet, le rêve représente traditionnellement un miroir : il offre une perspective, possède une valeur prédictive et magique, un potentiel créatif par rapport aux événements futurs11. Le rêve est ainsi comme un passeur entre des instances subjectives, personnelles et des instances collectives. Il est un levier capable d’engendrer une force active et, ce faisant, il permet d’envisager d’autres possibles. Le slogan des manifestants génois « Un autre monde est possible » témoigne précisément de cette dimension.

  • 12 « Ceux qui, même s’ils le peuvent, ne viendront pas, regretteront leur absence ». Wu Ming, « Lette (...)

10Cependant, Wu Ming ne se limite pas à battre le rappel, à inviter la population à se rendre à Gênes ; il prend clairement position contre ceux qui décident de ne pas s’y rendre en déclarant : « Coloro che, potendo, non verranno, rimpiangeranno la propria assenza »12. Il s’agit ici d’un avertissement clair, d’une réprimande, d’une menace gramscienne contre les indifférents. C’est donc à la désaffection et à l’apathie politique que Wu Ming oppose son joyeux projet belliqueux :

  • 13 « Nous ne pouvons que gagner ce combat, et nous le gagnerons sur le champ de bataille […] avec des (...)

11Non possiamo che vincere questa battaglia, e la vinceremo sul campo [...] con dirigibili, palloncini, aereoplani di carta e marchingegni di ogni tipo, apriremo un varco, lo scalfiremo per farci passare attraverso la nostra rabbia e la nostra speranza [...]. Saremo il loro incubo peggiore.13

  • 14 « Une armée qui a les mots pour fusils, les idées pour baïonnettes et les rêves pour artillerie lo (...)
  • 15 « Lorsqu’on s’enrôle, on lève le regard vers les tyrans et on ne le baisse jamais plus ». Ibid., p (...)

12Les mots du collectif expriment non seulement l’invitation à la lutte et l’évocation d’une liesse générale, mais également un cri de bataille qui déclare les hostilités ouvertes et plonge le lecteur dans un heureux état de guerre. Wu Ming parle encore de « un esercito che ha parole come moschetti, le idee come baionette e i sogni come artiglieria pesante »14 ; il insiste sur la force que cette lutte insuffle chez ceux qui s’engagent en déclarant : « quando uno si arruola, alza lo sguardo in faccia ai tiranni per non abbassarlo più »15.

  • 16 « Une armée de désobéissants, dont les histoires sont des armes ». Wu Ming, « Dalle moltitudini d’ (...)

13Le chemin qui conduit à Gênes est donc pavé de force, de courage, de rêves, de passion et de révolte, autant de sentiments qui alimentent la rhétorique belliciste utilisée par Wu Ming dans la grande majorité des écrits qui précédent les journées du G8. Prenons comme exemple la lettre « Dalle moltitudini d’Europa in marcia contro l’impero e verso Genova » (« Des multitudes d’Europe en marche contre l’Empire et vers Gênes ») signée Gert dal Pozzo, un des protagonistes de L’Œil de Carafa, roman écrit sous le nom collectif Luther Blissett. Il est ici évoqué un « esercito di disobbedienza, le cui storie sono armi »16. Bien qu’ils forment une armée nouvelle, ces soldats perpétuent la tradition des luttes. Pour Wu Ming, ils immortalisent et prolongent les batailles des paysans de la Jacquerie (1358), des Ciompi de Florence (1378), des paysans anglais qui s’opposent aux taxes (1381), des paysans hongrois et de ceux qui suivent Thomas Müntzer en 1524 ; ils incarnent également les travailleurs, les mineurs et déserteurs qui combattent en Russie pour l’abolition du servage.

  • 17 « Veulent être libres, contre les tyrans et contre les exploiteurs, contre les politiciens corromp (...)

14Dans le travail d’écriture de Wu Ming, la bataille contre le G8 est donc une longue marche militaire qui trouve ses racines dans des luttes passées mais très actuelles car, à nouveau, le combat rassemble les humbles, les déshérités et les hommes qui « vogliono essere liberi, contro i tiranni e gli sfruttatori, i politicanti corrotti e i padroni della terra »17. La dignité humaine, rappelle Wu Ming, est le mot d’ordre qui virevolte sur les étendards du mouvement altermondialiste.

  • 18 « Le rapport dialogique ne coïncide nullement avec le rapport qui existe entre les répliques d’un (...)

15En outre, l’emploi du genre épistolaire pour ces récits, référence évidente au style narratif du roman L’Œil de Carafa, instaure un rapport dialogique avec la multitude. Il établit une « confrontation de sens »18, une réflexion partagée qui vise la création d’un lien immédiat avec les lecteurs et, de surcroît, la création d’une communauté militante. Wu Ming s’adresse directement à la population, « aux indécis de la forêt Europe », à « l’armée des rêveurs », « aux camarades, hommes et femmes » et « aux courageuses tute bianche ». Le collectif explique, encourage, invite et dénonce. Avec leur rhétorique guerrière, l’utilisation d’un lexique grandiloquent et sentencieux, la référence à un passé légendaire, les récits de Wu Ming forment des narrations épiques qui prêtent au mouvement altermondialiste une racine identitaire forte et qui le lient à un réseau global de mouvements contestataires dans l’histoire, du Moyen Âge jusqu’à aujourd’hui : les luttes en Amérique latine, le mouvement zapatiste ou encore celui des paysans sans-terre brésiliens. Ces narrations participent également à la création mythopoïétique, c’est-à-dire à la constitution d’un épos qui fonde, justifie et héroïse la lutte. Le voyage vers Gênes, l’engagement dans ce rêve collectif devient une épopée concrète. Wu Ming se charge ainsi de l’élaboration fantastique du récit historique comme de sa poétisation.

  • 19 « Le premier commandement de la Nouvelle foi intergalactique impose d’accepter n’importe quel acha (...)
  • 20 Ibid., p. 52.

16À ce type de narrations s’ajoutent de véritables fictions fantastiques. « Il viaggio di Dydo » (Le voyage de Dydo), bref récit de science-fiction écrit par Wu Ming 2, intègre ce deuxième corpus. Il est publié par le journal de la ville d’Imola, Sabato sera, dans les jours qui précèdent les manifestations. Allégorie du voyage à accomplir pour aller à Gênes, cette nouvelle met en scène un personnage imaginaire, Dydo, qui, ne voulant pas rester silencieux face au « festin » des « grands de la planète », part pour un périple spatial de deux semaines dans le but de rejoindre Cimafo, le lieu du rassemblement. Pendant son voyage, Dydo fait plusieurs rencontres qui sont autant de métaphores des dynamiques économiques et des puissants dénoncés par le mouvement altermondialiste. La rencontre avec le robot VIP, qui voudrait lui imposer l’achat de sous-vêtements, se veut le symbole de la dictature du marché : le refus d’achat est impossible, son prix est non négociable et sa facture doit rester secrète. « Il nuovo comandamento della nuova fede intergalattica impone di accettare qualsiasi acquisto, a meno che il rifiuto non sia strettamente necessario – a caval mercato non si guarda in bocca »19, déclare le robot. Arrivée à côté de la planète Yzo, Dydo ne peut s’y arrêter car elle ne possède pas de « document d’utilité »20, lequel stipule le caractère essentiel de chaque individu. En effet, sur Yzo ne peuvent entrer que celles et ceux qui sont absolument nécessaires, raison pour laquelle seuls des robots peuplent la planète. Remplacé par les machines, l’homme n’est plus indispensable et devient même un maillon faible, tels les enfants, interdits de séjour. De ce fait, la nouvelle prend la forme d’une dystopie d’un futur proche où l’essentialité du sujet, qui sous-entend les notions de rentabilité, d’efficacité et de productivité, est le maître-mot pour pouvoir intégrer une société. Wu Ming 2 dénonce ainsi la disparition de la valeur humaine en tant que telle ; l’homme ne se définit plus ni comme un animal rationnel, le zoon logikon aristotélicien, ni comme création divine dont l’importance réside dans l’âme, ni comme un être capable de s’autodéterminer et de se projeter. Son existence, sa présence et son action dans la société ne sont requises que pour atteindre une fin, répondre à une situation et à un besoin. Par conséquent, l’homme devient un outil, un moyen, et il perd son humanité. Enfin, la rencontre avec un habitant de la planète vert émeraude Poznode met en scène l’impossibilité d’instaurer une communication à l’époque contemporaine. L’interrogeant à de multiples reprises sur la route à suivre pour atteindre sa destination, Dydo n’obtient aucune réponse sensée du « poznodien », qui n’interagit qu’avec des gestes simples.

17Mise en abyme de notre contemporanéité, « Il viaggio di Dydo » ne se contente pas de dénoncer une situation, car Dydo possède le pouvoir du rêve. Ce dernier lui donne la force et la persévérance qui l’amènent à sa destination. Ici, Dydo n’est plus seule : la multitude partage son rêve et ce partage rend la lutte possible.

  • 21 À ce sujet, nous renvoyons à I. Cacopardi, « Wu Ming: la mitopoiesi, un’arma contro la crisi? », d (...)
  • 22 « Les écrivains y prennent part en se positionnant aux côtés des tute bianche, au nom d’une pratiq (...)
  • 23 « Dans les cortèges et dans les discussions en ligne, le roman de Luther Blissett est cité de plus (...)
  • 24 La « découverte de valeurs morales pouvant servir au futur, telles que la solidarité et la créatio (...)

18Une étude sociologique à caractère scientifique sur la réception des écrits du collectif de la part de cette multitude en lutte serait complexe à mettre en œuvre. Toutefois, l’importance du rôle joué par Wu Ming au sein du mouvement est soulignée par plusieurs critiques et chercheurs21. Giuliana Benvenuti et Remo Ceserani remarquent que le collectif occupe une place de premier plan dans le mouvement altermondialiste et affirment à ce sujet : « Gli scrittori vi prendono parte posizionandosi al fianco delle tute bianche in nome di una pratica di lotta puramente difensiva [...] in cui i protagonisti, i “disobbedienti”, per l’appunto [...] impugnano scudi di plexiglass o alzano tutti insieme barricate mobili fatte di pneumatici [...] D’altra parte – poursuivent Benvenuti et Ceserani – è il movimento stesso (o una parte di esso) a riconoscere negli autori di Q, un punto di riferimento politico-culturale e un modello narrativo cui ispirarsi nella pratica quotidiana delle lotte di quei mesi »22. Ils insistent sur l’influence exercée par le collectif, remarquant que « nei cortei e nelle discussioni in rete, il romanzo di Luther Blissett viene citato sempre più spesso e cominciano a comparire riferimenti ai personaggi che lo animano »23. La chercheuse Monica Jansen relève à son tour que les écrits de Wu Ming permettent la « riscoperta di valori morali futuribili, quali la solidarietà e la creazione di un linguaggio simbolico che possa dare voce e corpo all’alternativa incarnata dalla moltitudine dei disobbedienti »24.

  • 25 « Je suis, nous sommes la multitude, nous devons la nourrir, l’informer et prendre soin d’elle. », (...)

19Dans la narrativisation de l’action contestataire mise en place par Wu Ming, la politique révolutionnaire est ainsi remplacée par un foisonnement de semiopoétiques, entendues comme les activités créatives qui modifient les univers sémiotiques, et de mythopoétiques, lesquelles modifient pour leur part les univers narratifs où les agents collectifs déploient leurs projets existentiels. On assiste à la narrativisation des attentes, des objectifs et du projet du mouvement altermondialiste. La parole littéraire se fait porteuse des valeurs et de l’enthousiasme qui anime la résistance au projet politique du G8. Comme l’affirme Wu Ming 3 dans « Il giorno del progetto » : « Sono, siamo, moltitudine […] dobbiamo nutrirla, informarla, curarla »25.

  • 26 « L’analyse doit se frayer un chemin dans les décombres, tout comme il a fallu traverser les gaz l (...)

20Si la multitude a été nourrie de mythes et de récits héroïques remplis d’espoir avant les manifestations des 19, 20 et 21 juillet 2001, après de telles journées, l’information et les dénonciations se propagent, transformant la glorieuse narration épique de Wu Ming en récit de guerre. Gênes devient un peu plus encore un objet littéraire, constitué de voix multiples, parfois fragmentaires et contradictoires, qui tentent d’analyser les événements. Comme l’affirme Wu Ming : « L’analisi deve farsi largo tra le macerie, proprio come si è dovuto attraversare il fumo dei lacrimogeni [...]. Il rischio ora è di perdere il contatto con la realtà »26.

Les écritures a posteriori : témoignages, dénonciations et reconstructions des faits

  • 27 « On ne poursuit pas la lutte contre le status quo si l’on n’est pas inspiré par une narration. » (...)

21Pour rester ancré dans la réalité, il est nécessaire de poursuivre le récit car, comme le souligne Wu Ming 1, « non si prosegue la lotta contro lo stato di cose se non si è ispirati da una qualche narrazione »27.

22La profusion de récits qui a fait suite aux événements de Gênes témoigne du caractère exceptionnel et inédit de ces journées. La violence sans limites exercée par les forces de l’ordre contre les manifestants, l’extrême peur et l’incompréhension de la population privée de ses droits constitutionnels, la mort de Carlo Giuliani ainsi que les multiples mensonges d’État engendrent une situation chaotique dans laquelle se mêlent les témoignages choqués des manifestants, de leurs familles et des habitants de la ville, les récits des médias d’information, la narration officielle de l’État italien et les versions données par les forces de l’ordre.

23La narration évolue, aussi bien en ce qui concerne les supports que les contenus et le registre linguistique utilisé. Si la communication avant le G8 est confiée tout particulièrement aux blogs et aux sites internet des groupes militants, comme « Giap » pour Wu Ming, ou le site du Genoa Social Forum, elle se déplace progressivement vers une communication de plus en plus institutionnalisée. La mort de Carlo Giuliani, le raid policier à l’école Diaz et les violences à la caserne de Bolzaneto imposent une communication officielle et élargie.

  • 28 « Ils chargent à nouveau… mais ils sont fous ? Putain merde, mais ils sont vraiment fous […]. Ils (...)

24Le récit épique, au style grandiloquent et emphatique, laisse place aux témoignages. Immédiatement après les événements, ils sont décousus, émotifs, fébriles, intenses et tourmentés, comme les images choc du documentaire Genova per noi de Giuseppe Cataldi ou la reconstruction minutieuse de la mort de Carlo Giuliani dans celui produit par Indymedia28, Niente da archiviare. Voici quelques extraits des témoignages :

Assaltano di nuovo…. ma che sò matti? Porca troia, allora sò matti [...]
Ci hanno caricato senza motivo; c’è gente ferita, massacrata […]
Improvvisamente è arrivata la carica dei poliziotti [...] eravamo otto pacifisti non violenti, abbiamo alzato le mani [...] sono venuti lì e ci han legnato, ci han picchiato di santa ragione
.29

  • 30 F. Rastier, Extermination et littérature. Les témoignages inconcevables, Paris, PUF, 2019.

25Ici les fils rouges sont la peur, la haine et l’incompréhension. Publiés sur internet immédiatement après les événements, ces récits documentaires jouent un rôle fondamentalement éthique, dans le sens aristotélicien du terme : en montrant la barbarie, ils exposent au monde le comportement humain dépourvu de toute valeur, dénoncent l’injustice et suggèrent la manière dont l’homme aurait dû se comporter. On pourrait appliquer ici la réflexion de François Rastier qui, en référence à l’œuvre de Primo Levi, parle d’une éthique du témoignage qui devient de plus en plus éclairante et nécessaire pour contrer notamment « les prétentions du roman à dépasser l’histoire et son instrumentalisation confusionniste »30. Si la fictionalisation avait été la méthodologie privilégiée pour créer un mythe de la lutte et conduire la multitude jusqu’à Gênes, désormais il s’avère nécessaire de déplacer le curseur vers les victimes et de privilégier une narration en prise directe.

  • 31 Ibid.

26Le récit de Carlo Lucarelli, G8. Cronaca di una battaglia, en est un exemple. Cet écrivain reconstruit les faits à partir des réunions pour l’organisation de l’événement, aussi bien du côté des manifestants que de la police, jusqu’aux premiers jugements. Cette historisation fragmentée, au rythme saccadé, permet de mieux comprendre le contexte et le climat de tension qui règne bien avant les jours de juillet et qui se poursuit à l’issue du sommet. Une voix-off recontextualise les faits tandis que le récit intègre des témoignages en prise directe. La narration testimoniale n’est pas ici un simple support à la reconstruction des faits : donnant le ton de la situation et des circonstances racontées, elle permet une participation émotive et « remet le crime dans l’espace commun de l’humanité »31. Certains extraits du témoignage d’Arianna Subri, étudiante, et de Paolo Fornaciari, employé, appuient notre propos :

  • 32 « Je n’ai pas eu le temps de faire deux pas qu’ils m’ont prise […]. Sur le moment j’ai pensé : au (...)

Arianna Subri : Io non ho fatto in tempo a fare due passi che mi hanno preso […]. Lì per lì ho detto : alle brutte mi toglieranno i rullini della macchina fotografica, cioè, non pensavo che potesse andare molto peggio di così. Invece questo poliziotto mi ha subito strappato la macchina fotografica, l’ha lanciata in aria e l’ha spaccata sul marciapiede. Poi mi ha messo con la faccia al muro e mi ha detto, se stai ferma non ti facciamo niente [...] un altro agente mi ha preso da dietro, mi ha preso dal braccio e mi ha lanciato proprio, di fronte, verso il cordone di poliziotti. E lì hanno cominciato a picchiarmi. Mi hanno picchiato finché non mi hanno buttato a terra. Uno mi è saltato sulla schiena, mi ha buttato sulla schiena con il ginocchio e ha cominciato a dirmi : cosa ci fai qui, ragazzina, lo vedi che non sai che cosa è la globalizzazione ? E un altro mi schiacciava la mano con lo scarpone, e dietro questi altri poliziotti che dicevano : puttana comunista, troia comunista, te lo facciamo vedere noi che cosa è la globalizzazione [...] Non capivo quale era la consequenzialità degli eventi che aveva portato a questa cosa.
Paolo Fornaciari : Un carabiniere mi ha scalciato violentemente i testicoli causandomi un ematoma che si è riassorbito dopo un mese [...] noi eravamo seduti a terra, ammanettati, dovevamo tenere lo sguardo basso, pena uno schiaffo, un calcio, una botta, una manganellata, sputi, insulti. Ricevevamo anche continue minacce di morte [...] vi facciamo la festa, vi uccidiamo, vi mettiamo in gabbia con i cani [...] siamo entrati in una stanza dove c’erano venti, venticinque carabinieri tutti completamente mascherati [...]. Tutti con i guanti. Mi sono orinato addosso, è stata una cosa veramente devastante.32

  • 33 « Climat de sauvagerie ». Ibid., p. 43.
  • 34 Ibid., p. 47.

27Les témoignages similaires s’enchaînent. Si le manifestant Evandro Fornasier, psychologue, parle d’« un clima di efferatezza »33, en décrivant des scènes de violence gratuite, le journaliste Lorenzo Guadagnucci, présent à l’école Diaz, dresse un portrait tragique : bras cassés, têtes en sang et des jeunes en pleurs qui hurlaient « mamma »34.

  • 35 C. Raimo, « Capire genova ci aiuta a pensare al futuro della nostra politica », Internazionale.it, (...)
  • 36 W. Benjamin, « Expérience et pauvreté », dans Id., Œuvres, t. II, trad. M. de Gandillac, R. Rochli (...)
  • 37 Ibid.

28Répondant au principe de réalité, le récit de Carlo Lucarelli retranscrit l’immédiateté de l’expérience. Les voix des participants, des policiers et des magistrats, insérées de manière fragmentaire dans la narration, rendent cette retransmission encore plus réelle et permettent au récit de quitter la subjectivité typique du témoignage isolé pour devenir une voix collective, une littérature du « nous ». Le but est la participation à « une mémoire diffuse »35, comme la qualifie Christian Raimo : une mémoire générationnelle, mais aussi trans-générationnelle et en devenir, qui s’impose comme une contre-narration, qui appartient et qui est partagée en commun. La volonté est de rendre Gênes comme un objet littéraire composé d’une multitude de voix, d’une polyphonie de témoignages qui « ne porte pas seulement sur nos expériences privées, mais aussi sur les expériences de l’humanité entière »36 et, de cette manière, ne laisse pas l’héritage « au mont de piété »37.

29Les narrations testimoniales qui ont suivi le G8 participent ainsi à la construction d’autres récits de lutte et représentent un outil d’analyse critique à plusieurs égards. Tout d’abord, ces récits, militants dans leur essence, produisent une narration alternative à celle, officielle, de la presse et de la télévision. En effet, les médias s’emparent rapidement des faits et les retransmettent d’une manière souvent tendancieuse et peu rigoureuse : la désinformation est monnaie courante. Or, les déclarations des manifestants, leurs histoires et leur vécu, portent la responsabilité de construire une contre-narration opposée au récit officiel qui, lui, suit une ligne justificatrice selon laquelle le pouvoir a eu raison d’être violent. Suivant ce point de vue, par exemple, Carlo Giuliani n’était qu’un criminel qui « se l’è cercata » : il l’a bien cherché. Quant aux policiers, ils n’étaient que de jeunes recrues faisant leurs premières armes, apeurées et dépassées.

  • 38 Sur le concept de routinisation de la violence existe une vaste littérature. Voir T. Koloma Beck, (...)
  • 39 O. Fillieule et D. Della Porta, Police et manifestants, Paris, Presses de Sciences Po, 2006.
  • 40 Avec cette expression, O. Fillieule et D. Della Porta indiquent l’élaboration de stratégies qui fa (...)
  • 41 P. Ricœur, « La vie : un récit en quête de narrateur », dans Id., Écrits et conférences, 1. Autour (...)
  • 42 « Anticiper les possibilités de résistance au nouveau présent ». M. Jansen, art. cité.

30Replacés au cœur de l’action, ces récits montrent et dénoncent la « routinisation »38 de la violence, l’abandon de toute « stratégie de la détente »39 à Gênes. Lors des manifestations, les forces de l’ordre se sont progressivement éloignées d’une logique non conflictuelle qui repose sur la persuasion, la négociation permanente et l’application souple de la loi40. En dénonçant les stratégies policières répressives, les narrations qui ont suivi les journées de Gênes interpellent quant à la relation entre la population et l’État, quant à la capacité de ce dernier à garantir les droits fondamentaux des individus. En outre, elles mettent en avant le mediactivisme en tant que forme de culture et stratégie de communication, ainsi que le mediactiviste en tant que figure sociale. Portée par la diffusion des technologies à bas coût, cette logique de communication, indépendante et autogérée, devient un pilier d’une nouvelle idée de la démocratie et de la citoyenneté qui favorise la construction des identités politiques et, en même temps, accompagne la formation d’un imaginaire partagé. À ce propos, la plupart des enquêtes menées pour faire de la lumière sur Gênes s’appuient précisément sur ce type d’informations indépendantes. Par ailleurs, ces récits démontrent qu’il est possible d’écrire l’histoire non sur la base de déclarations officielles, mais à travers les narrations de celles et ceux qui étaient au cœur des événements. Le tissu inter-narratif intersubjectif pouvant se déchirer, l’histoire de chacun étant enchevêtrée dans l’histoire des autres, l’enjeu, dès lors, est de retisser des liens intra et intersubjectifs pour que les vies qui n’ont plus de narrateur puissent en quelque sorte en retrouver41. Dans le cas du G8, ces récits sont donc une critique, entendue comme une rupture du consensus et un combat contre le mensonge et l’aveuglement. Leur ambition, similaire en cela à celle de Wu Ming, est la création d’une trajectoire et d’une mémoire collectives, de récits de lutte qui permettent d’inscrire le G8 dans l’histoire, de l’ancrer à la contemporanéité aussi solidement que possible pour qu’il ne tombe pas dans l’oubli. Monica Jansen souligne que ces chroniques testimoniales, ces reportages qui rendent compte de la défaite, accomplissent le double travail de mémoire et d’espoir, modèle essentiel pour « anticipare le possibilità di resistenza al nuovo presente »42.

  • 43 Collectif Mauvaise troupe, Constellations, Trajectoires révolutionnaires du jeune XXIe siècle, Par (...)

31« Nous avons moins besoin de grands récits, fussent-ils de la libération, que d’un peuple de conteurs », rappelle le collectif français Mauvaise Troupe en citant Walter Benjamin43. Cette référence au conte nous amène à la troisième partie de cette réflexion sur les écritures de Gênes vingt ans après.

Les écritures, vingt ans après

  • 44 W. Benjamin, Écrits français, Paris, Gallimard, 1991, p. 433 (« Sur le concept d’histoire », thèse (...)

Il existe un rendez-vous mystérieux entre les générations passées et la nôtre.44

32Les narrations avant Gênes se donnaient pour but de battre le rappel ; celles écrites immédiatement après les faits entendaient les dénoncer et créer une contre-narration. Aujourd’hui, les récits relèvent d’un effort de mémoire, de commémoration et de médiation. À vingt ans d’écart, raconter devient plus essentiel encore pour préserver et perpétuer le sens des événements et de la lutte.

  • 45 F. de Caroli, « Il G8 di Genova, vent’anni dopo. Un “cuntu” siciliano per non dimenticare Genova e (...)
  • 46 À ce sujet, nous renvoyons à la page Facebook d’Alessio di Modica, où il est possible de visionner (...)

33C’est cette nécessité qui traverse le spectacle théâtral 20 ANNI. Cronache di inizio millennio dal G8 di Genova de l’acteur sicilien Alessio di Modica. Adaptation d’un précédent spectacle de 2002, Da faro a faro, qui relate le voyage vers Gênes et les manifestations du mois de juillet 2001, 20 ANNI naît grâce à une campagne de financement participatif. Avec son spectacle, A. di Modica tourne dans toute l’Italie dans le but de ramener sur scène les faits de Gênes et de « remettre en circulation le rêve d’un monde plus juste »45 avec un langage différent, qui trouve ses racines dans le passé artistique sicilien. En effet, A. di Modica utilise l’art du cuntu pour narrativiser le G8. Il s’agit d’une technique ancestrale utilisée dans le théâtre sicilien qui unit narration, gestes, images et sonorité. Selon la tradition, le cuntista rythme son propre récit en agitant une épée en bois. Chaussé d’un sabot, il bat souvent du pied sur une estrade. Il recourt aux accents, introduit des « sauts syllabiques » qui rythment l’interprétation et créent des « vortex sonores ». Le son des mots brise les barrières sémantiques, c’est-à-dire leur signification stricte et la structure linguistique. Ce faisant, le cuntista énonce un discours parallèle à celui exprimé par la narration stricto sensu. Le récit, en vers ou en prose, est le fruit d’une « inspiration » ; le cuntista n’a pas de texte écrit et son art est donc entièrement centré sur l’oralité46.

  • 47 M. de Certeau, L’Invention du quotidien, t. 1, Paris, Gallimard, « Folio », 1990.
  • 48 Ibid., p. 49.
  • 49 Ibid.

34Plusieurs éléments rendent cette expérience artistique intéressante. Tout d’abord, elle fait ressortir l’importance de l’oralité qui peut être envisagée ici comme une forme de « micro-résistance du quotidien »47, selon l’expression de Michel de Certeau, par laquelle l’individu se crée en tant que sujet de manière autonome. L’homme se soustrait ainsi à la conformation imposée par la société de consommation, en détournant les objets, les codes et en se réappropriant l’espace. L’acte de dire instille chez le spectateur « les ruses du plaisir »48, un refus de la narration officielle et il permet, en même temps, « une invention de mémoire »49. De ce fait, le cuntu est un instrument de réappropriation et de création d’un autre imaginaire collectif. En outre, il met en avant la question de la mémoire, de l’héritage et des projets à venir, en proposant un récit qui unit trois temps : le passé, le présent et le futur.

  • 50 W. Benjamin, « Le Conteur. Réflexion sur l’œuvre de Nicolas Leskov », dans Id., Œuvres, t. III, tr (...)

La mémoire fonde la chaîne de la tradition, qui transmet de génération en génération les événements passés […]. C’est la mémoire qui tisse le filet que forment en définitive toutes les histoires […]. Nous rencontrons là la forme épique du souvenir, qui est le principe initiateur du récit.50

35Le souvenir devient un ressort mythopoïétique, le socle pour pouvoir entamer et partager un récit à transmettre aux nouvelles générations. Le théâtre aide ainsi à (re)constituer un cadre historique et à insuffler de l’espoir en touchant un public différent, peut-être plus vaste que celui des documents historiques, tout en sortant l’information des canaux dominants. Raconter Gênes, rendre Gênes spectacle, signifie également redonner vie au mouvement altermondialiste. Comme le soulignent Marco Bersani du groupe Attac Italie et Christian Raimo51, les thèmes de 2001 sont toujours d’actualité : dénonciation du pouvoir sans limite des multinationales, nécessité d’une fiscalité plus équitable, lutte contre les inégalités de revenus, protection de l’environnement, défense de la démocratie. Ce travail de médiation et de mémoire permet de rappeler que Gênes n’a pas été – ou pas seulement – un échec et une défaite, car la lutte s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui avec le mouvement des Indignados en Espagne, celui d’Occupy en de nombreux points du globe, avec les ZAD, et avec les Book blocs également, ces « livres boucliers » qui permettent de conclure cette réflexion.

36Baptisé ainsi par le collectif Wu Ming52, ce mouvement s’est opposé à la réforme des universités en Italie puis en Europe, notamment à Londres, à La Haye et à Paris53. Votée par le parlement italien en 2010, la Riforma Gelmini cherchait à mettre en place une série de mesures pour réduire les dépenses publiques : fusions entre les universités, réductions des heures d’enseignement, changement de la composition des conseils d’administration et modification du statut juridique des enseignants et de leurs qualifications. Le mouvement des Book blocs, né en Italie, se popularise en réponse. Héritier des tactiques de lutte des tute bianche, les Book blocs utilisent la culture, et notamment la littérature, comme une arme contre la violence politique et policière : les grands noms de la littérature deviennent des boucliers, symboles d’utopie et de courage. Ils protègent les corps et les esprits, car les livres « aprono la mente e salvano la testa »54, affirment les militants.

  • 55 « C’est dans la culture, que l’on voudrait rendre subalterne, que réside toute notre identité à re (...)

37L’utilisation de livres en guise de protection contre la police aussi bien que comme étendard est une tactique esthétique tout autant qu’une stratégie épistémique qui focalise l’attention sur les représentations et sur leur utilisation. L’Œil de Carafa redescend dans la rue, accompagné de Moby Dick, de Face aux feux du soleil d’Isaac Asimov, de Don Quichotte de Miguel de Cervantes, du Satyricon de Pétrone ou encore du Décaméron de Boccace. Comme le souligne le philologue Luca Serianni, il s’agit d’un jeu littéraire dont le signal est fort : « Nella cultura che si vorrebbe rendere subalterna sta tutta la nostra identità da riscoprire, di fronte all’assedio confuso e aggressivo del presente »55.

38La pratique contestataire des book blocs explicite le lien très étroit qui existe entre la contestation et la littérature, la pensée intellectuelle et le pouvoir que les mots peuvent avoir dans la conduite des luttes et dans leur représentation. La culture demeure ainsi la seule défense contre un pouvoir central qui attaque les droits fondamentaux et le savoir.

  • 56 « Et s’il y a bien un effet forêt qui agit pour nous aussi c’est celui-là, et il porte à conséquen (...)
  • 57 W. Benjamin, Œuvres, t. III, opcit., p. 119.

39Pour conclure, la mobilisation autour de Gênes est productrice de culture, de discours, de langages et de registres expressifs multiples. Par son écho et le nombre exceptionnel de personnes qu’elle a concernées, on peut parler à son sujet d’un véritable « récit de lutte ». Elle témoigne également de la créativité de l’engagement, ayant engendré ce que le collectif français Mauvaise troupe appelle « l’effet forêt » : « Un contre-espace […] où le désordre fait scintiller un grand nombre d’ordres possibles »56. La « prassi mitopoietica » du collectif Wu Ming, le roman L’Œil de Carafa érigé comme horizon de référence pour le mouvement altermondialiste, le slogan « omnia sunt communia » (« tout est commun ») hérité du théologien de la révolution Thomas Müntzer, les écritures « migrantes » qui ont suivi le G8 : tous ces exemples prouvent le pouvoir performatif de l’écriture et ont participé à la constitution d’une « archéologie du savoir » nécessaire à l’édification d’un imaginaire collectif de lutte, capable de remettre au centre non plus la violence, mais les raisons qui ont porté la mobilisation. « Le conteur est un homme de bon conseil pour son public […]. Porter conseil c’est moins répondre à une question que proposer une manière de poursuivre une histoire »57.

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Notes

1 M. Hardt et A. Negri, Impero. Il nuovo ordine della globalizzazione, Milan, Rizzoli, 2002. Dans leur essai (initialement publié en anglais en l’an 2000), les auteurs théorisent une nouvelle forme de souveraineté qui n’a ni centre de pouvoir physique, ni frontières réelles. En franchissant les anciennes formes de pouvoir, l’Empire est déterritorialisé et déterritorialisant ; il brise le dualisme « intérieur » (subjectivité) / « extérieur » (dimension publique) et met en place un nouvel ordre de production qui concerne la vie sociale, que les auteurs qualifient de « biopolitique ».

2 V. Vecchi, « Du G8 de Gênes, un sommet de violence policière », Libération, 15 août 2019. En ligne : [https://www.liberation.fr/france/2019/08/15/vincenzo-vecchi-du-g8-de-genes-un-sommet-de-violence-policiere_1745501/] (consulté le 6 juillet 2022).

3 Wu Ming, « Gli astronauti di chi? Immaginazione e moltitudine in Italia nei giorni del cacerolazo globale », dans Id., Giap! Storie per attraversare il deserto dagli autori di Q e 54, Turin, Einaudi, 2003, p. 29.

4 C. Lucarelli, G8. Cronache di una battaglia, Turin, Einaudi, 2009.

5 « Le mantra de la multitude chante un flux inlassable, une mer inquiète et bouillonnante ». Wu Ming, « Gli astronauti di chi? », art. cité, p. 29.

6 À l’origine, le groupe était composé de cinq membres. Luca di Meo (Wu Ming 3) part en 2008 et Riccardo Pedrini (Wu Ming 5) quitte le groupe fin 2015.

7 À ce propos, nous renvoyons à : I. Cacopardi, De Luther Blissett à Wu Ming. Une république littéraire démocratique ?, Paris, L’Harmattan, 2022 ; G. De Pascale, Wu Ming. Non soltanto una banda di scrittori, Gênes, Il Melagono, 2009 ; G. Pispisa, « Gli altri, gli stessi. L’identità al tempo dell’autore multiplo », Mantichora, vol. I, 2011.

8 « La multitude. Nous l’avons évoquée, provoquée, nous lui avons envoyé des messages, des paraboles, des exhortations ». Wu Ming 3, « Il giorno del progetto » (25 juillet 2001), dans Wu Ming, Giap!, opcit., p. 115.

9 « Ce qui compte vraiment c’est d’y être, d’être présents et d’apporter sa pierre à l’édifice ». Wu Ming, « Lettera agli indecisi della selva Europa » (juin 2001), dans Id., Giap!, opcit., p. 55.

10 « Quelque chose de nouveau débutera à Gênes […] une multitude capable d’imaginer des mondes différents […] se soulève contre la tyrannie ». Ibid.

11 À ce propos, une analyse sociale du rôle du rêve est proposée par AA. VV., L’emergenza del sogno: viaggi onirici al tempo del covid-19, Bologne, Persiani Editore, 2021 ; J. Guillaumin, Le Rêve et le Moi. Rupture, continuité, création dans la vie psychique, Paris, Presses universitaires de France, 1979, p. 19-62.

12 « Ceux qui, même s’ils le peuvent, ne viendront pas, regretteront leur absence ». Wu Ming, « Lettera agli indecisi della selva Europa », art. cité, p. 55.

13 « Nous ne pouvons que gagner ce combat, et nous le gagnerons sur le champ de bataille […] avec des dirigeables, des ballons, des avions en papier et des machins en tout genre, nous ouvrirons une brèche, nous la creuserons pour faire passer notre rage et notre espoir […]. Nous serons leur pire cauchemar. ». Ibid., p. 56.

14 « Une armée qui a les mots pour fusils, les idées pour baïonnettes et les rêves pour artillerie lourde. » Wu Ming, « Lettera all’esercito dei sognatori in marcia verso Genova », dans Id., Giap!, opcit., p. 69.

15 « Lorsqu’on s’enrôle, on lève le regard vers les tyrans et on ne le baisse jamais plus ». Ibid., p. 70.

16 « Une armée de désobéissants, dont les histoires sont des armes ». Wu Ming, « Dalle moltitudini d’Europa, in marcia contro l’Impero e verso Genova », dans Id., Giap!, opcit., p. 57.

17 « Veulent être libres, contre les tyrans et contre les exploiteurs, contre les politiciens corrompus et les maîtres du monde ». Wu Ming, « Lettera all’esercito dei sognatori in marcia verso Genova », art. cité, p. 69.

18 « Le rapport dialogique ne coïncide nullement avec le rapport qui existe entre les répliques d’un dialogue réel – il est plus étendu, plus varié et plus complexe. Deux énoncés, séparés l’un de l’autre dans l’espace et dans le temps et qui ne savent rien l’un de l’autre, se révèlent en rapport dialogique à la faveur d’une confrontation de sens, pour peu qu’il y ait une quelconque convergence du sens (ne serait-ce qu’un rien de commun dans le thème, dans le point de vue, etc.) ». M. Bakhtine, Esthétique de la création verbale, Paris, Gallimard, 1984, p. 135-136.

19 « Le premier commandement de la Nouvelle foi intergalactique impose d’accepter n’importe quel achat, sauf si le refus est strictement nécessaire – à cheval marchandisé on ne regarde point la bride ». Wu Ming 2, « Il viaggio di Dydo. Favole, apologhi ed elzeviri da Genova alla guerra », dans Wu Ming, Giap!, op. cit., p. 51-52.

20 Ibid., p. 52.

21 À ce sujet, nous renvoyons à I. Cacopardi, « Wu Ming: la mitopoiesi, un’arma contro la crisi? », dans “La parola mi tradiva”. Letteratura e crisi. Actes du colloque de Pérouse, 6-7 novembre 2015, N. Di Nunzio, S. Jurišić et F. Ragno éd., « Culture territori e linguaggi », no 10, Università degli studi di Perugia, 2017. En ligne : [http://www.ctl.unipg.it/issues/CTL_10.pdf] ; Id., « Entre narrations, mouvements politiques et engagement collectif : Wu Ming, une forme de militantisme littéraire dans la modernité liquide », dans La littérature contemporaine au collectif. Actes du colloque international de l’Université de Sherbrooke, 21-22 novembre 2019, A. Glinoer et M. Lacroix éd., Faculté de lettres et sciences humaines, Université de Sherbrooke, Québec. En ligne : [https://www.fabula.org/colloques/sommaire6671.php] ; B. Della Gala, « La funzione autoriale tra lotta politica e branding. Alcuni aspetti dei casi Wu Ming e Scrittura Industriale Collettiva », Altre Modernità, vol. XIX, 2018, p. 77-91.

22 « Les écrivains y prennent part en se positionnant aux côtés des tute bianche, au nom d’une pratique de lutte qui ne vise que la défense […] où les protagonistes, les “disobbedienti”, justement, empoignent des boucliers de plexiglass ou élèvent, tous ensemble, des barricades nomades faites de pneumatiques […]. Par ailleurs, c’est le mouvement même (ou une partie de celui-ci) qui reconnaît, chez les auteurs de Q, un point de référence politico-culturel et un modèle narratif dont ils peuvent s’inspirer dans la pratique quotidienne des luttes de ces mois-là ». G. Benvenuti et R. Ceserani, « Autori collettivi e creazioni di comunità: il caso Wu Ming », L’Autorialità Plurima. Scritture collettive, testi a più mani, opere a firma multipla. Actes du colloque interuniversitaire de Bressanone, 10-13 juillet 2014, A. Barbieri et E. Gregori éd., Padoue, Esedra, 2015, p. 5-6.

23 « Dans les cortèges et dans les discussions en ligne, le roman de Luther Blissett est cité de plus en plus souvent et des références aux personnages qui l’animent commencent à apparaître ». Ibid.

24 La « découverte de valeurs morales pouvant servir au futur, telles que la solidarité et la création d’un langage symbolique qui puisse donner voix et corps à l’alternative incarnée par la multitude des désobéissants. ». M. Jansen, « L’utopia dei limoni alla prova del G8 a Genova 2001: arte, azione e resilienza estetica », Rivista di studi italiani, vol. I, 2021, p. 137. 

25 « Je suis, nous sommes la multitude, nous devons la nourrir, l’informer et prendre soin d’elle. », Wu Ming 3, « Il giorno del progetto », dans Wu Ming, Giap !, op. cit., p. 115.

26 « L’analyse doit se frayer un chemin dans les décombres, tout comme il a fallu traverser les gaz lacrymogènes […]. Le risque majeur maintenant est de perdre le contact avec la réalité. » Wu Ming 5, « Ma chi cazzo è sto Franck Henausen che nominate sempre? », dans Wu Ming, Giap!, op. cit., p. 118.

27 « On ne poursuit pas la lutte contre le status quo si l’on n’est pas inspiré par une narration. » Wu Ming 1, « Tute bianche. La prassi della mitopoiesi in tempi di catastrofe », dans Wu Ming, Giap!, op. cit., p. 32.

28 « Ils chargent à nouveau… mais ils sont fous ? Putain merde, mais ils sont vraiment fous […]. Ils nous ont chargés sans raison, il y a des gens blessés, massacrés […]. La police a chargé à l’improviste […] nous étions huit pacifistes non violents, nous avons levé les bras […] ils ont débarqué et ils nous ont tabassés, ils nous ont flanqué une bonne raclée ». « Niente da archiviare. Materiali da Piazza Alimonda », Indymedia, juillet 2001. En ligne : [https://www.arcoiris.tv/scheda/it/71/] (consulté le 18 juillet 2021).

29 G. Cataldi, Genova per noi, s. d. En ligne : [https://www.dailymotion.com/video/x7xng3c] (consulté le 6 juillet 2022).

30 F. Rastier, Extermination et littérature. Les témoignages inconcevables, Paris, PUF, 2019.

31 Ibid.

32 « Je n’ai pas eu le temps de faire deux pas qu’ils m’ont prise […]. Sur le moment j’ai pensé : au pire ils vont me prendre les pellicules de l’appareil photo, c’est-à-dire que je ne pensais pas que ça pouvait être pire que ça. Mais ce policier m’a tout de suite arraché l’appareil, l’a jeté en l’air et l’a fracassé sur le trottoir. Ensuite, il m’a poussée face contre mur et il m’a dit, si tu ne bouges pas on ne te fait rien […] un autre agent m’a prise par derrière, il m’a pris le bras et il m’a carrément balancée devant, vers le cordon de police. Et là, ils ont commencé à me frapper. Ils m’ont frappée jusqu’à me jeter à terre. Un policier a sauté sur mon dos et il a poussé avec son genou, en me disant : qu’est-ce-que tu fais ici gamine, tu vois bien que tu sais pas ce que c’est, la mondialisation ? Et un autre m’écrasait la main avec sa botte, et derrière lui il y avait d’autres policiers qui disaient : pute communiste, salope communiste, on va te faire voir ce que c’est la mondialisation […]. Je ne comprenais pas quelle logique des événements avait amené à cette situation. » / « Un carabinier m’a donné un violent coup de pied dans les testicules, causant un hématome qui a duré un mois […]. Nous étions assis par terre, menottés, on devait garder les yeux à terre sous peine de recevoir une gifle, un coup de pied, un coup de poing ou de matraque, des crachats, des insultes. On recevait continuellement des menaces de mort […] on va vous faire la fête, on va vous tuer, on va vous mettre en cage avec les chiens […] nous sommes entrés dans une pièce où il y avait vingt, vingt-cinq carabiniers, tous complètement masqués […]. Tous avec des gants. Je me suis uriné dessus, ça a été une expérience vraiment dévastatrice ». C. Lucarelli, G8. Cronaca di una battaglia, opcit., p. 34-37.

33 « Climat de sauvagerie ». Ibid., p. 43.

34 Ibid., p. 47.

35 C. Raimo, « Capire genova ci aiuta a pensare al futuro della nostra politica », Internazionale.it, 21/07/2016.

36 W. Benjamin, « Expérience et pauvreté », dans Id., Œuvres, t. II, trad. M. de Gandillac, R. Rochlitz et P. Rusch, Paris, Gallimard, « Folio », 2000, p. 372.

37 Ibid.

38 Sur le concept de routinisation de la violence existe une vaste littérature. Voir T. Koloma Beck, The Normality of Civil War. Armed Groups and Everyday Life in Angola, Francfort-New York, Campus Verlag, 2012 ; H. Vigh, Navigating Terrains of War. Youth and Soldiering in Guinea-Bissau, New York-Oxford, Berghahn Books, 2006 ; L. Allen, « Getting by the occupation: how violence became normal during the second Palestinian intifada », Ethnography, no 3, 2008, p. 453-487 ; T. Kelly, « The attractions of accountancy: living an ordinary life during the second Palestinian intifada », Ethnography, no 3, 2008, p. 351-376.

39 O. Fillieule et D. Della Porta, Police et manifestants, Paris, Presses de Sciences Po, 2006.

40 Avec cette expression, O. Fillieule et D. Della Porta indiquent l’élaboration de stratégies qui favorisent une gestion non conflictuelle de l’ordre public.

41 P. Ricœur, « La vie : un récit en quête de narrateur », dans Id., Écrits et conférences, 1. Autour de la psychanalyse, Paris, Seuil, 2008, p. 257-276. Voir également M. Revault d’Allonnes, « La vie refigurée : les implications éthiques du récit », Archives de Philosophie, no 74, 2011, p. 599-610.

42 « Anticiper les possibilités de résistance au nouveau présent ». M. Jansen, art. cité.

43 Collectif Mauvaise troupe, Constellations, Trajectoires révolutionnaires du jeune XXIe siècle, Paris, Éditions de l’éclat, 2014.

44 W. Benjamin, Écrits français, Paris, Gallimard, 1991, p. 433 (« Sur le concept d’histoire », thèse n2).

45 F. de Caroli, « Il G8 di Genova, vent’anni dopo. Un “cuntu” siciliano per non dimenticare Genova e tornare a sognare », laltrariva.net, 8 juin 2020. En ligne : [https://www.laltrariva.net/il-g8-di-genova-ventanni-dopo-un-cunto-per-non-dimenticare-e-tornare-a-sognare/] (consulté le 20 juillet 2021).

46 À ce sujet, nous renvoyons à la page Facebook d’Alessio di Modica, où il est possible de visionner des extraits de ses spectacles. En ligne : [https://www.facebook.com/alessio.d.modica/] (consulté le 6 juillet 2022).

47 M. de Certeau, L’Invention du quotidien, t. 1, Paris, Gallimard, « Folio », 1990.

48 Ibid., p. 49.

49 Ibid.

50 W. Benjamin, « Le Conteur. Réflexion sur l’œuvre de Nicolas Leskov », dans Id., Œuvres, t. III, trad. M. de Gandillac, R. Rochlitz et P. Rusch, Paris, Gallimard, « Folio », 2000, p. 431.

51 Voici le lien de son intervention : [https://facebook.com/watch/?v=402159834675075&_rdr] (consulté le 7 juillet 2022) ; C. Raimo, art. cité.

52 À ce propos, nous renvoyons à la page Facebook du groupe : [https://www.facebook.com/Book-Block-170261373004859/] (consulté le 10 mars 2023).

53 Voir à ce sujet : [https://artsagainstcuts.wordpress.com/2010/12/06/book-bloc-comes-to-london/] et [http://juralibertaire.over-blog.com/article-apres-rome-et-londres-le-book-bloc-en-action-a-la-haye-21-janvier-65529310.html] ou encore [https://libcom.org/article/book-blocs-genealogy] (consulté le 7 juillet 2022).

54 « Ouvrent l’esprit et sauvent le cerveau ».

55 « C’est dans la culture, que l’on voudrait rendre subalterne, que réside toute notre identité à redécouvrir, face au présent qui nous assiège, confus et agressif. ». S. Bardotti, « I Book Block in piazza: l’identità nei classici », wuz.it, 2 décembre 2010. En ligne : [https://www.wuz.it/articolo-libri/5335/Libri-della-protesta-studentesca.html] (consulté le 26 juillet 2021).

56 « Et s’il y a bien un effet forêt qui agit pour nous aussi c’est celui-là, et il porte à conséquence : faire proliférer des points d’agencement, constituer des lieux ingouvernables, et dans le même mouvement prendre soin des territoires ainsi créés, dégager des pistes qui nous soient propres ». Collectif Mauvaise Troupe, opcit., p. 474.

57 W. Benjamin, Œuvres, t. III, opcit., p. 119.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Irene Cacopardi, « La « battaglia di Genova » : mythopoïèse, récits de révolte et book bloc »Laboratoire italien [En ligne], 31 | 2023, mis en ligne le 31 décembre 2023, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/laboratoireitalien/10853 ; DOI : https://doi.org/10.4000/laboratoireitalien.10853

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Auteur

Irene Cacopardi

Université Clermont Auvergne • Irene Cacopardi est docteure en Études italiennes, spécialisée en littérature et civilisation contemporaines. Ses recherches englobent les liens entre littérature et nouveaux médias, l’impact des TIC sur la sociabilité culturelle, le storytelling et la manipulation de l’information, le rôle et le statut de l’auteur, les pratiques collectives et collaboratives ainsi que leur impact sur le monde de l’édition. Elle a publié en 2022 chez L’Harmattan, De Luther Blissett à Wu Ming : une république littéraire démocratique ?, un ouvrage sur le collectif d’auteurs italiens Wu Ming et sur sa démarche épistémologique, communicative et littéraire depuis le Luther Blissett Project. Elle enseigne au département d’italien et LEA de l’Université Clermont Auvergne où elle est également chercheuse associée auprès du CELIS (Centre d’Études sur les Littératures et la Sociopoétique) et du laboratoire ComSocs (Communication et Sociétés) au sein de l’équipe Communications, interculturalités et citoyenneté de l’UCA.

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