Une conversation en breton de Plaudren
Résumés
Les propos qui sont transcrits ici ont été enregistrés le 18 avril 1997 à Plaudren (Morbihan) auprès de trois personnes qui sont nées et ont toujours vécu à Plaudren et dont la langue maternelle est le breton. Plaudren se trouve à la frontière avec le pays gallo. Les personnes qui témoignent ici font partie des derniers bretonnants de la commune. Mes informateurs évoquent, non sans humour, la vie rurale d’autrefois, le travail harassant à la campagne, mais aussi les relations, l’entraide, les danses et les chansons. Cette conversation nous a permis de relever quelques spécificités du parler de Plaudren, sur le plan de la phonétique, de la syntaxe. Ce qui est particulièrement frappant, c’est l’emploi de mots français, souvent modifiés ou détournés de leur sens. Ce qui s’explique sans doute par la proximité du pays gallo avec lequel les échanges étaient très nombreux.
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Mots-clés :
Plaudren, vannetais, breton (langue), frontière linguistique, pratiques agricoles, fêtes, linguistiqueKeywords:
vannetais, Breton (language), linguistic border, agricultural practices, festivals, linguisticsPlan
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1Les propos que je transcris ici ont été enregistrés le 18 avril 1997 à Plaudren (Morbihan). Cette commune de 1 600 habitants est située à 16 km au nord de Vannes. Les communes limitrophes, Plumelec au nord et Trédion à l’est, sont en pays gallo. Je me souviens du ton condescendant avec lequel les gens de Plaudren parlaient des « gallos » ou des « gallèses ». Aujourd’hui, c’est avec véhémence qu’un de mes informateurs – qui est aussi mon cousin – fait remarquer que Plaudren est entièrement en pays bretonnant, « sauf peut-être, au fond là-bas, du côté du bois de Saint Bili » ; il n’y a pas de doute, Plaudren est à la « frontière » !
2La pratique du breton aujourd’hui à Plaudren est très faible : même les gens dont le breton est la langue maternelle ne le parlent que rarement, « pour blaguer », me dit mon cousin ; pour lui, le changement a eu lieu dans les années 1970, sans doute avec la disparition progressive des plus anciens et aussi l’arrivée de familles venues s’installer à Plaudren, tout en travaillant à Vannes. J’ai en effet l’impression de ne plus entendre parler breton, spontanément, nulle part à Plaudren. Bien entendu, ce n’est qu’une impression, et je n’ai pas fait d’enquête qui aurait permis de rendre compte scientifiquement de la réalité.
3Lorsque j’ai réalisé cet enregistrement, je voulais retrouver ce breton que j’avais dans l’oreille, le breton de mes parents, et je voulais entendre parler d’eux, du temps passé… Ma démarche était surtout sentimentale ! Pour cela, je me suis adressée à mon cousin Gilbert, qui a accepté sans hésitation. Né en 1932 dans le village de Kerharay en Plaudren, il a exercé le métier de bourrelier au bourg, tout en tenant avec sa femme un café-épicerie ; c’est là qu’il a toujours vécu. Le jour de l’enregistrement, ne se sentant pas sûr de lui, il avait invité une de nos parentes, Germaine, née en 1913 à Plaudren, au village du Goluth. Avec son mari, forgeron, elle s’est installée au village du Rodué, en Plaudren, où elle tenait le café à côté de la forge. Quand je l’ai interrogée, elle vivait seule dans une maison à la sortie du bourg. Se trouvait là également une voisine, Valentine, née en 1920 à Kerdiren en Plaudren. Elle a passé une partie de sa vie à Saint-Jean-Brévelay, commune limitrophe de Plaudren, où elle est revenue depuis qu’elle est en retraite. Elle habite au bourg.
4Cet enregistrement s’est donc déroulé sous la forme d’une conversation. J’ai pu noter avec quel plaisir ils échangeaient en breton, alors que ce n’est plus habituel pour eux. C’est Germaine qui assure la plus grande partie de l’information.
5J’ai été invitée par Jean Le Dû à présenter cet entretien, et je le remercie de m’avoir donné la possibilité d’évoquer ce parler de Plaudren, sur lequel j’ai pu faire quelques remarques. Pour la transcription, j’ai utilisé une orthographe qui puisse rendre compte du parler en question, inspirée de celle proposée par Loeiz Herrieu dans son manuel de Breton usuel, où il signale avoir suivi « l’orthographe fixée, dans ses grandes lignes, par Messieurs Guillevic et Le Goff dans leur grammaire ».
Germaine : Me gomans get er Goluth, léh m’on ganet ; oeit d’er skol de eih vlé, eih vlé p’on oeit d’er skol ; ouien ket tamm galleg ebet, ket met breton.
Anne-Marie. – Kalet e oé.
Germaine. – Dam ié, kal’ e oé. Ar lerh, pe oé skol, sans doute, de zougein boteu koed, d’er gér, monet ha donet, deu gilometr d’er glaù, en aùél...
Anne-Marie. – Fal e oé en henteu ?
Germaine. – Dam ié…
Ar lerh ben, bo treu a neùé, sans doute, bon, bo en héritour é toned, me, lake mé oé bet de hoarein er seud de naù vlé...
Anne-Marie. – De naù vlé...
Germaine. – De naù vlé de hoérein er seud, rauk monet d’er skol.
Anne-Marie. – Rauk mont d’er skol !
Germaine. – Rauk monet d’er skol.
Anne-Marie. – Hag arlerh er skol eùé.
- 1 J’ai entendu souvent cette anecdote : « Ce qu’il faut savoir, c’est que Marcel (mon oncle) est deve (...)
Germaine. – Ha pareil ! ha monet de hoarhein er seud durant, o ket pâturage, de hoarein er seud en dro d’er bléad, er bléad. Kal’ o. Ma oé ket goarnet mat ase, oé un taul foet ! achap er seud genemb. Ha ni e hoarié... Marcel ag André e hoarié genemb, ér prat ; haneh e hré ér vouillen, ane hré pon-eu. Me Marcel fôte ket jamez kousi é zorneu ha mé lare d’hou : té vo béleg té !1
Gilbert. – Ha nezé, André ?
Germaine. – A, dam, bemdé, ensemble, bemdé, bemdé.
Gilbert. – Kohoh aveious ?
Germaine. – André o kohoh vion, ur blé... 1913, mé, pear blé ha pear ugent paset ; mes krapet er skél !
Gilbert. – Ah, nezé, arlerh, dimeet...
Germaine. – Arlerh mes ket mé jamez abitet Kermiser, ag a’r Goluth on mé oeit d’er Ro(d)ué... dimeet de ugent vlé ; iouank oemb...
Gilbert. – Hag en davarn ?
- 2 Il s’agit là du mot français, passé en breton et prononcé [asә].
- 3 « Allez » est prononcé [ɑlε].
Germaine. – Dalhet, pas aben ’m, bo ket dalhet en davarn aben ’m ; m’em bo diù vuoh, oé ket labour ase2 ; allez3, dalhemb un dachen vras.
Anne-Marie. – Un dachen vras ?
Gilbert. – Er Golut, oh ! ér Golut o bras ; man e tri, pear, pemp breman, met guéharal o rah muioh‚ 43 ha, y avait de quoi courir dedans !
Anne-Marie. – Ha kalet e oé ?
Germaine. – Ié ’m ; gobér hareu foen ; mes dornet get ur freill, mé ’m, ha draon, ha draon.
Gilbert. – Freill, ça veut dire un fouet.
- 4 Je n’ai pas réussi à me faire expliquer ça ; Gilbert m’a répondu : « Même que tu avais mal, il fall (...)
- 5 « N’oa » pour « an hini a oa ».
- 6 « eih » : cela fait vraiment penser à « eight » en anglais.
- 7 Même remarque (at eight !).
- 8 « pareillement », j’ai donc traduit par « aussi ».
Germaine. – Ha ma kargen ket mat, me zad e skoé un taul ar er pen de mem bah, mem freill ; Ah là, là haneh e hré skant en é zorneu, touilli de zeskin ar skube4. Ah ié ’m, arse n’oa5 er vuhé. Ha pa ket en droed de sortir jamez, ah dam nann, fauté bout d’en eih er gér, p’on ieùank, fauté bout d’en eih6 ér gér, lakamb pe vé ur fête, o ret ’n a monet, de eih de noz, ma vén ket er gér dein mé ra goérein er seud, ma bo naù, deg buoh durant de hoérein get en dorn ’m.... ha ma arriùen ben oa ur hard, mam e skouré dein, aveit er finitions hag en dra-e. Ah ! saùet de huéh7 de vitin aveit goarn er seud érauk mont d’er skol, hag ou goarn d’en noz pareem8 tag dég ér d’en noz ; labour gosse.
Anne-Marie. – Oé ket aval breman.
Germaine. – Oh, dam nann, ket aval breman ; eih e amzér zo nitra, zero aveidom ni.
Gilbert – Er r’ iùank e labour ket mui.
Germaine. – Ah dam nann... Arlerh partiet d’er Ro(d)ué. Bo ket me labour ase, tu se ; alé, komansé prene moh, prenein ’r vuoh, teir buoh, prear buoh, a la fin guerheit er hafe etalomb, alé rah en dud e laré d’emb prenein er hafé, mem bonom o forgeron.
Anne-Marie. – Me zad e oé eùé.
- 9 Elle prononce : ma bé e guel’enon, mais je reste perplexe au sujet de anon. J’ai demandé à Gilbert (...)
Germaine. – Oh, ié, m’em boé e guélet anon9, dam ’ié ’m, ni o aval berdir, pe’m ieùank, aval berdir ; ni n’em glaské, Thérèse ha me hoér, ha nezé durant aval diù hoér...
- 10 Il y a un malentendu à propos de ce mot ; en effet, je voulais qu’elle évoque les fêtes en général (...)
Anne-Marie. – Penaus e oé er festeu10 ?
Germaine. – Ah !... lar, Tine eué !... Festeu, biniou, bombardes, dam, de groll e ra e rond, laridé, hag er sistr, sistr er hav ; Bout er bonom e tenné sistr ér poeu – pichet - Alé, peb ur huérennad sistr ha nezé rah é sonein de grolein arlerh ; braù o ’m, suben, friko. suben kig beuin ha friko arlerh ; festeu bourabl ’m, ha guisket mat, rah broheu velouz, danterieu broet, rah er froufrou dro er mancheu ! oh dam bourabl o usort, ni bo mizer met bourabl o usort. Bo ket mé ket met hué ha zek vlé pa gein de zornein get ur freill.
Gilbert. – Kal’ o, usort.
Germaine. – Dam ié, ’ta ; bo ket me trizek vlé pa m’em partiet d’er skol.
Anne-Marie. – Arlerh er sertifika ?
Germaine. – Oh ! oen ket kaset ! nitra, ket met labourat.
Tine. – Goarn er seud, ale foen de lojein, dei ket d’er skol hiniù, be zou foen de lojein, alé skarhein er hreu, pareil o.
Germaine. – Oh, la, la... Ha de gas kravaheu teil get Armand Gaby, ah ! m’en dalhe, mon vieux, kramponé getan ha kouéhé getou, jame kouéhe genin mé ; j’étais costaud, pa oen iouank ; mes labouret betag breman, me mes ket droed gobér ket.
Gilbert. – Tes labouret aset.
- 11 On prononce « a la fein ».
- 12 Il s’agit là d’un lapsus pour « da ziviz breton er skol ».
Germaine. – Mes desket er galleg get unan, ur voazinez, Simone, o etalomb, er Hoh Prat – ben André nes he anavet aset – mes desket galleg geti ; hag e gonzé galleg dein pe ouié ket breton ; ha me mem komprenet en diù, a la fin11 mé zeské, mé zivizé avaldi ; geti mé teské galleg ha mes ket mé jamez desket galleg dural ; bo ket droed de ziviz galleg12 ér skol.
- 13 Il s’agit d’un nom de village écrit et dit en français Kerharay mais prononcé ici dʒɑrε ; c’est là (...)
Gilbert.– Mes me konz breton de di memé, Gerare13
Germaine. – Ha ié, ous té bihan, er Hoh Prat.
- 14 Même problème ! On attend « he gonzé galleg dein » et Gilbert me confirme que c’est ça qu’on dit ! (...)
- 15 Il prononce en rajoutant e à gas, un peu comme ce que je signale dans he gonze gallek(e) dein.
Gilbert . – Er Hoh Prat mé gonzé galleg, get memé, hi gonzé galleg anon14, betek huéh vlé ; hag arlerh, arlerh huéh vlé, des ket kar de gas15 d’ar vorh. Fauté deit ar droed.
Germaine. – Hag ur Hoh Prat d’er skol.
- 16 Le sens ne fait aucun doute ; je connais ce mot, et Gilbert me confirme que c’est « il n’a pas le t (...)
Gilbert. – Me zad fauté ket hou rein dein de zebein de vitin, heu, de greisté, ha memé, pas, penaus, moéreb em zegasé d’er vorh, d’er skol ha zaé me hlah de noz ; ben, ié, met me zad fauté ket rein dein de zebein da greisté. Des ket hoar16. On oeit a nezé da Gerare de huéh vlé betag pearzek vlé ha de pearzek deut on get me zad aman. labourat, gobér bourrelier ; ha ma chome ahé dalbéh arlerh.
Germaine. – Groeit aval nes groet Louis eùé ; chome ganemb me fautr, forgeron, gov, houarne ronsed, loaer, so-eu, rae boeleu, toud en treu...
Gilbert. – Ha hré rah en treu.
- 17 On ne fait apparemment pas la mutation pour ce nom de lieu.
- 18 N’halle ket pour n’hallent ket.
Germaine. – Rah en treu, treu peizant : brabant, faucheuses ha ronsed de hoarnein... ha mé dalhé pateu ronsed eùé ’m ; bo ré e zegasé er vugale, get er jau ; Fransi Pipi e laré anehou, e gonzé, get en dra–se, zaé a Kervougant17 de zegas er jau d’er forge.
Me er goso n’hallé18 ket dalhe er pat ; mé e zalhé er pat ; ha laker er gos ar er jau ha partiet d’er gér ; be zou bet treu ! Bourabl usort ! Trenoz, mar e huéh, oemp skuéh.
Gilbert. – Ha breman de ket pareil.
Germaine. – Labour mat e ra en dud breman ; de ket mui labour ahé ; rah d’ou kaout argant, mes ne labouront ket ; rah d’ou kaout argant ; ouian ket ma zalhou Chirac de rein deomb, ha skuéh ou ! Oé ket asurans ebet ’m, oé ket nitra !
Anne-Marie. – Petra oé debet get en dud ?
Germaine. – De vitin, bo kafé ha bara amonen, de greisté un tamm kig oh ar an daul, salade pissenlit getou.
- 19 On n’a pas pu m’expliquer pourquoi cette expression signifie « pommes de terre, cuites avec la peau (...)
Gilbert. – Aval douar bont ha bont19.
Germaine. – Ha friko groeit eùé, p’o lahet en oh.
Anne-Marie. – Bo ur casse-croûte ?
- 20 Pour l’orthographe, je me conforme à celle qui est proposée par Loeiz Herrieu dans Le breton usuel (...)
- 21 À propos des conversations en breton ou français, ce n’est pas toujours le français qui a dominé ; (...)
Germaine. – De naù ér, bo kig oh durant… Ah ma fillor20 … oui ket kalz e breton21.
- 22 Lorsque Gérard, neveu de Germaine, qui ne parle pas breton est arrivé, la conversation s’est poursu (...)
Gilbert. – Faut ket konz galleg breman !22 Parti e ?
Gérard. – Achiù en deùéh ?
Germaine. – Achiù el labour, ié, e laré !
Anne-Marie. – Penaus e oé un asanblé ?
- 23 Bien souvent les fins de phrases sont ponctuées de ce ’m que l’on entend ici ; il correspond à une (...)
Germaine. – Ha dam, bourabl o ; ér vorh bo fêteu, ni grollé tal en tavarno ; me dam té ariù d’er gér d’en eih, bo ket droed chom arlerh eih, mais ni grollé rah en dro d’en tavarneu ha d’en davarnen all ; bo tavarneu usort ér vorh ’m23.
Gilbert. – Petra é ’r fêteu ? Penaus bo ?
Germaine. – Bo bombardes, biniou, bo en accordéon é rah, kement tavarno, en accordéon e helié, alé…
Tine. – Bo ré e soné…
Germaine. – Bo ré e soné, la la, Jojeb, mem brér ag er Mené, ag er Golut e oé atau ’m ; Ah ! haneh e soné ér festeu ha partout ; aveit me e ra, haneh e soné get moéreb e Voterbo ; ér festeu e soné d’er r’ ieùank, mar e huéh er vaouez ieùank e ouilé… Ah ! Bo me embochet galant, bo ket hoah ket met pemzeg vlé ; fest Berigo, Talhouet.
Gilbert. – Ha graoue nebedig, pas ?
Germaine. – Oh, dam, pas, seurt ! oh ! la, la pas, ta, mé mo groeit marse deù, tri kroll getou, laret é bet dein : té kroll get ur « pochkoar ».
Anne-Marie. – Petra « pochkoar ».
Germaine. – Ben, ré e Sentevi.
Traduction
Germaine. – Je commence par le Goluth, c’est là que je suis née ; j’étais à l’école à huit ans, huit ans quand je suis allée à l’école ; je ne savais pas un mot de français, que le breton.
Anne-Marie. – C’était dur...
Germaine. – Dame, oui, c’était dur. Après, quand il y avait école, sans doute, en sabot de bois à la maison, aller, revenir, deux kilomètres dans la pluie, le vent...
Anne-Marie. – Les chemins étaient mauvais ?
Germaine. – Dame, oui... ; après, ben, sans doute, il y avait une naissance, le nouveau-né qui arrive, mais moi, on m’a mise à traire les vaches à neuf ans.
Anne-Marie. – À neuf ans ?
Germaine. – À neuf ans à traire les vaches, avant d’aller à l’école.
Anne-Marie. – Avant d’aller à l’école ?
Germaine. – Avant d’aller à l’école…
Anne-Marie. – Et après l’école aussi.
- 24 Ar vouillen, c’est « le bourbier » ; et pourtant, c’est sur le ruisseau, dans le pré que les enfant (...)
Germaine. – Pareil ! Et on allait toujours garder les vaches, il n’y avait pas de pâturage, on gardait les vaches autour du champ. C’était dur ’m. Et si on ne gardait pas bien, on avait un coup de fouet ! Les vaches s’échappaient avec nous. Et on jouait… Marcel et André jouaient avec nous ; celui-là faisait des ponts dans le ruisseau24, mais Marcel ne voulait jamais salir ses mains et je lui disais : toi tu seras curé !
Gilbert. – Et André alors ?
Germaine. – Ah dame, toujours ensemble, toujours, toujours.
Gilbert. – Il était plus vieux que toi ?
Germaine. – André était plus vieux que moi, d’un an… 1913, moi, quatre-vingt-quatre ans passés ; j’ai grimpé l’échelle !
Gilbert. – Et après, le mariage…
Germaine. – Après, je n’ai jamais habité Kermiser, et du Goluth, je suis allée au Rodué… mariée à vingt ans, on était jeune…
Gilbert. – Et le café ?
Germaine. – Pas tout de suite, on n’a pas tenu le café tout de suite, dame ; j’avais deux vaches, il n’y avait pas assez de travail, tu sais… allez on tenait une grande ferme.
Anne-Marie. – Une grande ferme ?
Germaine. – Au Goluth, oh c’était grand au Goluth ; c’est en trois, quatre, cinq morceaux, mais autrefois il y avait beaucoup plus, 43 ha, il y avait de quoi courir dedans !
Anne-Marie. – Et c’était dur ?
Germaine. – Oui ’m ; faire les charretées de foin ; j’ai battu avec le fléau ’m et draon, et draon.
Gilbert. – Freill, ça veut dire un fouet.
Germaine. – Et si je ne chargeais pas bien, mon père frappait un coup sur le bout de mon bâton, de mon fléau ; Ah, là, là, ça écorchait les mains. Ah, oui ’m, c’était ça la vie. Et jamais le droit de sortir, Ah dame non, il fallait être à la maison à huit heures, quand j’étais jeune, il fallait être à la maison à huit heures, mettons, quand il y avait une noce, il fallait partir (aller), à huit heures, si je n’étais pas à la maison, c’était à moi de traire les vaches, il y avait toujours neuf, dix vaches à traire, à la main, dame… et si j’arrivais un quart d’heure avant, ma mère m’aidait pour les « finitions » et tout ça. Ah, levée à six heures du matin pour garder les vaches avant d’aller à l’école, et les garder « pareil » le soir jusqu’à dix heures ; du travail de gosse.
Anne-Marie. – Ce n’était pas comme maintenant…
Germaine. – Oh, dame, non, pas comme maintenant ; huit heures de temps, ce n’est rien, zéro pour nous.
Gilbert. – Les jeunes, ils ne travaillent plus.
Germaine. – Ah, dame, non… Après, me voilà partie au Rodué. Il n’y avait pas assez de travail, tu sais ; allez, on commence à acheter des cochons, acheter une vache, deux vaches, trois vaches, quatre vaches, à la fin le café en face de nous est à vendre ; allez tout le monde nous disait d’acheter le café ; mon « bonhomme » était forgeron…
Anne-Marie. – Mon père aussi…
Germaine. – Oh, oui, je l’ai vu, dame oui, on était comme des frères quand on était jeune, comme des frères ; on se cherchait ; Thérèse et ma sœur, toujours comme deux sœurs…
Anne-Marie. – Comment étaient les noces ?
Germaine. – Ah ! … raconte aussi, Tine ! Les noces, du biniou, de la bombarde, dame, pour faire danser en rond, la ridée ; et le cidre, le cidre de la cave ; il y avait le « bonhomme » qui tirait du cidre, dans des pots, des pichets ; allez, chacun un verre de cidre, et alors, tous chantaient pour danser après ; de belles noces ’m ; et de beaux habits, toutes les robes en velours, les tabliers brodés, tous les froufrous autour des manches ! dame c’était bien, quand même, on avait de la misère, mais c’était bien quand même… Je n’avais pas seize ans quand j’allais battre au fléau.
Gilbert. – C’était dur, quand même.
Germaine. – Dame, oui, va ; je n’avais que treize ans quand j’ai quitté l’école.
Anne-Marie. – Après le certificat ?
Germaine. – Oh ! on ne m’a pas envoyée ! rien, que travailler.
Tine. – Garder les vaches ; allez, du foin à rentrer, tu n’iras pas à l’école aujourd’hui, il y a du foin à rentrer ; allez vider l’écurie, c’était pareil…
Germaine. – Oh ! là, là… et envoyer les civières de fumier avec Armand Gaby ! Ah ! je le tenais, mon vieux, je me cramponnais et c’est tombé avec lui, avec moi jamais ; j’étais costaud, quand j’étais jeune. J’ai travaillé jusqu’à maintenant, mais je n’ai plus le droit de faire.
Gilbert. – Tu as travaillé assez !
Germaine. – J’ai appris le français avec une voisine, Simone, qui était à côté de chez nous, au Vieux Pré – André l’a bien connu – j’ai appris le français avec elle ; elle me parlait français, puisqu’elle ne savait pas le breton ; et on se comprenait toutes les deux ; à la fin, j’apprenais, je parlais comme elle ; et je n’ai jamais appris le français autrement ; il n’y avait pas le droit de parler français à l’école.
Gilbert. – Moi je parlais breton chez mémé, à Kerharay.
Germaine. – Ah oui ! quand tu étais petit, au Vieux Pré…
Gilbert. – Au Vieux Pré, je parlais français avec mémé, elle me parlait français, jusqu’à six ans ; après six ans, il n’y avait pas de voiture pour m’envoyer au bourg, il fallait aller à pied.
Germaine. – Et du Vieux Pré à l’école…
Gilbert. – Mon père ne voulait pas me faire (donner) à manger le matin, heu… le midi, et mémé, non, tante m’envoyait au bourg, et venait me chercher le soir ; ben, oui, mais mon père ne voulait pas me faire à manger le midi ; il n’avait pas le temps. Je suis allé à Kerharay à six ans jusqu’à mes quatorze ans, et à quatorze ans je suis venu ici avec mon père, travailler comme bourrelier, et je suis resté toujours là après.
Germaine. – Comme mon fils Louis ; il est resté avec nous, comme forgeron, ferrer les chevaux ; il faisait des cuillers, des seaux, des poêles, tout ça.
Gilbert. – Et il faisait beaucoup de choses.
Germaine. – Beaucoup de choses, de paysan : brabant, faucheuses, et les chevaux à ferrer… et je tenais les pattes des chevaux aussi ’m ; il y en avait qui envoyaient les enfants, avec le cheval ; Fransi Pipi lui disait – il racontait ça, il allait de Kervougant pour emmener le cheval à la forge, mais le gosse ne pouvait pas tenir le pied ; je tenais le pied on mettait le gosse sur le cheval et le voilà parti à la maison ; il y en avait des choses ! C’était bien, quand même ! Le lendemain, des fois, on était fatigué.
Gilbert. – Et maintenant, ce n’est plus pareil.
Germaine. – Les gens ont des bons métiers, maintenant ; il n’y a plus de travail ici ; ils veulent tous de l’argent, mais ils ne veulent pas travailler ; je ne sais pas si Chirac va continuer à nous donner, il va se fatiguer avec nous ! Il n’y avait pas d’assurance ’m, il n’y avait rien.
Anne-Marie. – Qu’est-ce qu’on mangeait ?
Germaine. – Le matin, il y avait du café et du pain beurre, à midi un morceau de lard sur la table, avec de la salade de pissenlit…
Gilbert. – Et des pommes de terre, cuites avec la peau.
Germaine. – Et du fricot, quand on tuait le cochon.
Anne-Marie. – Il y avait un casse-croûte ?
Germaine. – À neuf heures, il y avait toujours du lard… Ah, voilà mon filleul… il ne sait pas beaucoup le breton.
Gilbert. – Il ne faut pas parler français maintenant !
Gérard. – Finie la journée ?
Anne-Marie. – Et les « assemblées » ?
Germaine. – Ah ! dame, c’était bien ; il y avait des noces au bourg, on dansait devant les cafés ; mais dame, il fallait arriver à la maison à huit heures, il n’y avait pas le droit d’arriver après huit heures, mais on dansait tous en rond d’un café à l’autre ; il y en avait des cafés dans le bourg ’m.
Gilbert. – Et les mariages ? c’était comment ?
Germaine. – Il y avait des bombardes, du biniou à tous les cafés, l’accordéon suivait, allez…
Tine. – Il y en avait qui chantaient…
Germaine. – Il y en avait qui chantaient, là, là ; Jojeb, mon frère du Mené – il était du Goluth toujours – Ah, celui-là chantait dans les noces et partout ; pour moi, il chantait avec la tante de Boterbo ; dans les noces, il chantait pour les jeunes mariés, des fois, la mariée pleurait… Ah j’avais trouvé un galant, je n’avais pas encore quinze ans, à la noce à Berigo, de Talhouet.
Gilbert. – Et il chatouillait un peu, non ?
Germaine. – Oh, dame, non, pas du tout ! Oh ! là, là, non, va ! mais j’avais peut-être fait deux, trois danses avec lui ; et on m’avait dit : tu danses avec un « pochkoar » !
Anne-Marie. – Qu’est-ce que c’est qu’un « pochkoar » ?
Germaine. – Ben, ceux de Saint-Avé !
Transcription en phonétique d’un passage
Germaine. – Ah !...lar, Tine eué !... Festeu, biniou, bombardes, dam, de groll e ra e rond, laridé, hag er sistr, sistr er hav ;
a lar tin œǀɥe… feʃǀtœɥ biǀniu bõǀbard, dam, dә grol εr ɑ i rõ, lɑriǀde aɡ әr ʃiʃt ә haf
Bout er bonom e tennein sistr er poeu – pichet – Ale, peb ur huerennad sistr ha nezé rah e sonein de grolein arlerh ;
bud ә boǀnom i tjεǀnεɲ ә ʃiʃt εr poǀœɥ piǀʃε aǀlε bob a ɥεreǀnɑ ʃiʃt ɑ nәsә ra sõǀnjεɲ dә ɡrol ar ljar ʔ
brav o’ m... subenn, friko... suben kig bevin ha friko arlerh ;
bra oːm ʔ syǀbjεn friǀko ʔsyǀbjεn tʃε bәǀεɲ a friǀko ar liar ʔ
festeu bourabl ’m, ha gwisket mat ’m, rah brohou velouz, danterieu broet, rah er froufrou dro er mancheu !
fεʃǀtœɥ buǀrab әm a ɡɥiʃkә maːm ra brou vәǀǀuz dãtiǀrjœ bru ǀәt ra r fruǀfru dro r mãǀʃŒɥ
Oh dam bourabl o usort, ni bo mizer met bourabl o usort...
o dam buǀrɑb o uǀsɔrt ni bo miǀzer me buǀrɑb o uǀsɔrt
6Bo ket me ket met hué ha zek vlé pa gein da zornein get ur freill.
bo tʃә mi tʃә me a ezεk vle pә gεi tә zɔrǀnεɲ ɡәt әr frεj
Quelques remarques sur le breton de Plaudren
7Il ne s’agit pas de revenir sur les principales caractéristiques du vannetais, mais d’en souligner quelques particularités.
Phonétique
8On retrouve bien sûr la prononciation en ein [εɲ] des infinitifs : de hoarein er seud, de zornein get ur freill ou des substantifs : de vitin, prononcé [de vitein] ; cependant, pour les prépositions conjuguées din et genin, Germaine dit : hag he gomze galleg dein ou encore mam e skoure dein mais : jamez kouéhe geni.
9En ce qui concerne les liaisons, on observe ici la mutation forte après get : dans mes dornet get ur freill, la prononciation est [ɡәt yr freij] ; de même dans get ur voisinez ou encore get Armand ou get ur jau.
10J’ai pu noter que mes informateurs rajoutent un [e] fermé à la fin du mot galleg dans certain cas. Ainsi on entend d’abord : mes desket galleg [ɡaǀlεk], get unan, ur voisinez et ensuite mes desket galleg [ɡaǀlεkә] geti ; de même dans : hag he gomze galleg [ɡaǀlεke] din.
11La prononciation de mad : on n’entend jamais le -d final. Ainsi dans ma kargan ket mad, (ici le son est bref) ou dans ha guisket mad (le son cette fois est long).
12En ce qui concerne le mot bléad, lorsque Germaine répète le mot, elle prononce [bléa], comme pour corriger. Ce phénomène – chute de la consonne finale – se retrouve dans seud, prononcé seu.
Le lexique
13Ce qui frappe, c’est l’emploi des mots français.
14– des mots ou expressions intégrées
15sans doute : qui n’a pas le même sens qu’en français ; on l’entend fréquemment en « français de là-bas » : « oui, sans doute », justement pour dire qu’on n’en croit pas un mot, pour marquer l’étonnement.
16pareil : quand on l’emploie en français il signifie la plupart du temps « si tu veux ». Ici Tine l’emploie aussi : pareil o. Germaine a également recours à pareem’ tag deg ér da noz.
17ensemble : dans bemdé ensemble.
18– le vocabulaire des outils ou des ustensiles
19po-eu, seau-eu, ou encore pont-eu. On peut noter, au pluriel, la marque -eu, tout de suite après le mot français, là ou en KLT on aurait un i pour un pluriel en -iou.
20– certains mots sont des références au temps présent
-
de sortir jamez (comme le français sortir le soir).
-
gosse dans labour gosse.
-
peizant dans rah en treu peizant : ce mot est utilisé de la même façon en français ; ainsi, pour évoquer le costume traditionnel, on dit l’habit paysan.
-
fête, fêteu est sans doute du même ordre et redevient de temps à autre festeu. Germaine dit bien « fechteu » ; il y a eu une sorte de malentendu à propos de ce mot ; je voulais qu’elle évoque les fêtes en général (les assemblées en particulier), mais pour elle « festeu », c’est très clairement les mariages, les noces.
21Noter aussi l’expression : bo me embochet galant : en français on l’entend(ait) fréquemment : elle (ou il) a « embauché ».
22Le mot forgeron semble bien être le mot français, car Germaine connaît le mot gov (je lui ai posé la question) ; de même Gilbert utilise le français bourrelier dans gobér bourrelier (je me garderai bien de donner une quelconque explication ; mais il faut signaler que Gilbert a oublié certains mots ; par exemple il ne retrouvait pas le mot moéreb « tante », et Germaine le lui a soufflé !...)
23Elle emploie aussi parfois indifféremment le mot français et le mot breton : ainsi er hafé ou en davarn : bo ket dalhet en davarn aben ; et un peu plus loin : a la fin guerheit er hafé e tal om.
24Usort : voilà un mot qui revient toujours et qui signifie « quand même » ; peut-être a-t-il un rapport avec « sorte » ; je ne suis pas capable de le dire.
Les conjugaisons
25À l’imparfait : la troisième personne du singulier des auxiliaires être et avoir est en o : kalh o ; bourabl o ; o ket pâturage ; pareil o ; ar Goluth o bras.
26Mais Germaine emploie également oé : ma oé ket goarnet mat ase, oé un toal foet.
27J’ai demandé à Gilbert – longtemps après – la différence entre ces deux formes ; apparemment il n’avait pas bien conscience de ce fait ; pour lui il faut dire oé !
28On retrouve cette même terminaison pour le verbe avoir : bo treu a neùé ; bo ket met trizek vlé ; bo ket dalhet en davarn aben.
29Au futur : la troisième personne du singulier des auxiliaires est en ou :
30skuéh ou dit Germaine en parlant de Chirac ! Il n’y a pas d’autres exemples au futur ; on peut cependant noter une forme en ou, dans l’expression d’un passé : be zou bet treu !
Les pluriels
31Je relève à deux reprises un pluriel en o : ni grolle tal en tavarno ; ou encore er goso n’halle ket dalhé er pat ; mais juste après, elle emploie le pluriel en -eu dans tavarneu.
La répétition du pronom sujet
32La répétition du pronom sujet, sans être systématique ici, est très fréquente : mes ket me jamez abitet Kermiser ; bo ket me labour ase ; mes ket me jamez desket galleg dural ; ous te bihan ; cela correspond parfois au français « c’est moi qui, c’est toi qui », mais pas toujours.
33Les commentaires que j’ai pu faire ici ne sont que de simples observations ; j’ai voulu relever ce qui m’a paru remarquable, mais je suis bien consciente des limites de ce travail, réalisé à partir d’un seul entretien. Je veux souligner aussi que j’ai bénéficié des encouragements et des conseils de Jean Le Dû.
Notes
1 J’ai entendu souvent cette anecdote : « Ce qu’il faut savoir, c’est que Marcel (mon oncle) est devenu prêtre ! ».
2 Il s’agit là du mot français, passé en breton et prononcé [asә].
3 « Allez » est prononcé [ɑlε].
4 Je n’ai pas réussi à me faire expliquer ça ; Gilbert m’a répondu : « Même que tu avais mal, il fallait apprendre à balayer » ; il s’agit bien sûr de balayer le grain. Mais je n’arrive pas à voir ce que c’est que le premier mot.
5 « N’oa » pour « an hini a oa ».
6 « eih » : cela fait vraiment penser à « eight » en anglais.
7 Même remarque (at eight !).
8 « pareillement », j’ai donc traduit par « aussi ».
9 Elle prononce : ma bé e guel’enon, mais je reste perplexe au sujet de anon. J’ai demandé à Gilbert : pour lui, c’est da noz, mais je ne pense pas car plus loin il dit « ma hlah da noz » et ce n’est pas pareil, on entend très bien le z.
10 Il y a un malentendu à propos de ce mot ; en effet, je voulais qu’elle évoque les fêtes en général et plus particulièrement ce qu’on appelle ici les assemblées (les pardons). Mais pour elle ce mot signifie très clairement les noces. D’autre part, j’ai utilisé la prononciation « standardisée » et elle me répond en utilisant la même prononciation, mais plus loin, elle utilise ce mot en prononçant comme le français : « lekamp, pa ve ur fête… » et Gilbert à son tour demande : « Petra ar fêteu ? ».
11 On prononce « a la fein ».
12 Il s’agit là d’un lapsus pour « da ziviz breton er skol ».
13 Il s’agit d’un nom de village écrit et dit en français Kerharay mais prononcé ici dʒɑrε ; c’est là que Gilbert a vécu, chez sa grand-mère, de l’âge de 6 ans à 14 ans.
14 Même problème ! On attend « he gonzé galleg dein » et Gilbert me confirme que c’est ça qu’on dit ! Là encore pour lui c’est da noz ! Je n’y crois pas.
15 Il prononce en rajoutant e à gas, un peu comme ce que je signale dans he gonze gallek(e) dein.
16 Le sens ne fait aucun doute ; je connais ce mot, et Gilbert me confirme que c’est « il n’a pas le temps ».
17 On ne fait apparemment pas la mutation pour ce nom de lieu.
18 N’halle ket pour n’hallent ket.
19 On n’a pas pu m’expliquer pourquoi cette expression signifie « pommes de terre, cuites avec la peau » : c’est comme ça !
20 Pour l’orthographe, je me conforme à celle qui est proposée par Loeiz Herrieu dans Le breton usuel (dialecte de Vannes) ou manuel français-breton contenant un précis de grammaire, des listes alphabétiques de mots usuels, des conversations, Lorient, Dihunamb, 1934. Le mot est prononcé « feyour » ici.
21 À propos des conversations en breton ou français, ce n’est pas toujours le français qui a dominé ; un oncle par alliance, un Parisien, a un souvenir épouvantable des après-midi entières dans la famille de sa femme (à Plaudren donc), au cours desquelles personne ne faisait un effort pour parler français.
22 Lorsque Gérard, neveu de Germaine, qui ne parle pas breton est arrivé, la conversation s’est poursuivie quelques instants en français, jusqu’à ce que Gilbert fasse un rappel à l’ordre ! Il suffit donc qu’une seule personne ne parle pas breton pour que la conversation se fasse en français.
23 Bien souvent les fins de phrases sont ponctuées de ce ’m que l’on entend ici ; il correspond à une contraction de « dam » ; on retrouve la même chose en français (ex : « moi aussi ’m »).
24 Ar vouillen, c’est « le bourbier » ; et pourtant, c’est sur le ruisseau, dans le pré que les enfants faisaient des ponts ou plutôt des petits barrages. Quand mon père (André) évoquait ces moments, il disait er riol pour « le ruisseau ».
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Référence papier
Anne-Marie Quéré, « Une conversation en breton de Plaudren », La Bretagne Linguistique, 13 | 2004, 195-209.
Référence électronique
Anne-Marie Quéré, « Une conversation en breton de Plaudren », La Bretagne Linguistique [En ligne], 13 | 2004, mis en ligne le 01 octobre 2023, consulté le 11 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/lbl/3568 ; DOI : https://doi.org/10.4000/lbl.3568
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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
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