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La situation sociolinguistique de l’irlandais1

The current sociolinguistic situation of Irish
Anders Ahlqvist
p. 277-286

Résumés

La situation sociolinguistique de l’irlandais se caractérise par une chute très importante et très précoce du nombre de ses locuteurs, conséquence de la domination anglaise sur le pays. Alors qu’en 1800, l’anglais n’était d’usage majoritaire que dans quelques zones urbaines de l’est de l’île, dès 1851, soit à l’issue de la Grande Famine, l’irlandais n’était plus la langue majoritaire que dans trois grandes régions de l’ouest (du Donegal au Kerry), sans continuité territoriale. L’émancipation progressive du pays, jusqu’à son indépendance après la Première Guerre mondiale, a permis de redonner une place à l’irlandais dans la sphère officielle et étatique. L’élaboration de nouvelles normes, qui en a résulté, n’est cependant pas sans poser problème. Quant à la réappropriation sociétale de l’irlandais, elle reste également un défi, opposant parfois intérêt collectif et intérêt individuel à maîtriser cette langue.

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Texte intégral

  • 1  Cet article contient le texte de l’exposé que nous fîmes au colloque de Brest. L’on en trouvera un (...)
  • 2  Voir Ó Siadhail (1990) pour la linguistique et la dialectologie de l’irlandais.
  • 3  Après la bataille de Kinsale, en décembre 1601 (voir Canny, 1989, p. 130-1 et MacCurtain, 1972, p. (...)

1Dans cet exposé, il ne sera pas question de la linguistique de l’irlandais2, mais plutôt de sa sociolinguistique, c’est-à-dire de son histoire externe. L’année 1600 signale la fin de l’ancien régime gaélique en Irlande. C’est vers cette époque-là que l’irlandais commença à ne plus être parlé par toutes classes sociales différentes de la population de l’Irlande. Il y a plusieurs événements qui marquent ceci. Un des plus importants est celui appelé la fuite des comtes, en anglais le « Flight of the Earls »3, lorsqu’une partie importante de l’ancienne noblesse irlandaise fut forcée à quitter le pays. Sautons à l’an 1800. À l’époque, la situation sociolinguistique était à peu près la suivante : toute la côte ouest était encore majoritairement de langue irlandaise, tandis que l’anglais était la langue majoritaire seulement à Belfast, à Dublin et dans un petit coin dans le comté de Wexford, au sud-est du pays, selon une carte, que l’on trouvera dans un livre avec le titre sinistre de The Death of the Irish Language (Hindley, 1990, p. 9).

2L’érosion de l’irlandais a eu lieu rapidement. En 1851 la situation s’était détériorée sérieusement : selon un autre plan de Hindley (1990, p. 16), l’irlandais n’était plus la langue majoritaire de la côte ouest. Elle était cependant encore dominante dans quelques comtés de l’ouest (surtout Donegal, Mayo, Galway, Clare et Kerry), séparés l’un de l’autre par des régions qui étaient devenues anglophones pendant les années avant. Il faut se rappeler que juste avant 1851 eut lieu la grande famine irlandaise, et que cette catastrophe eut beaucoup plus d’effet dans les régions de langue irlandaise que dans les régions anglophones. 1851 était aussi l’année du premier recensement : ses données furent à peu près les suivantes. Toute l’île avait environ 6,5 millions d’habitants, desquels 320 000 ne parlaient qu’irlandais, tandis que vers 1,5 million parlaient les deux langues, de sorte que l’irlandais n’était plus langue majoritaire dans le pays. En 1911 (Hindley 1990, p. 22-3), la situation était devenue encore plus difficile. Toute l’île avait approximativement 4,4 millions d’habitants, desquels 600 000 parlaient irlandais et anglais aussi (pour la plupart). Des événements politiques très importants eurent lieu entretemps, de sorte que le recensement suivant (en 1926, Hindley, 1990, p. 25) exclut l’Irlande du Nord, qui demeura une partie du Royaume-Uni après les années 1920. En 1926, le nouveau gouvernement du nouvel état appelé désormais le Saorstát Éireann (« État libre d’Irlande »), mit en place une commission spéciale pour examiner l’état de la langue. Le terme de Gaeltacht fut introduit pour couvrir toutes les régions de langue irlandaise et des limites officielles furent introduites pour la Gaeltacht. Ces mêmes limites sont encore en vigueur à l’heure actuelle. En 1926 la population des 26 comtés du Saorstát était (Hindley, 1990, p. 23) environ 3 millions, desquels un peu plus de 500 000 parlaient irlandais. Mais, dès cette époque la distinction entre ceux qui parlaient irlandais comme langue maternelle et ceux qui l’avaient appris plus tard dans la vie devint très importante.

3En 1981 la Gaeltacht (Hindley, 1990, p. 31-2) a beaucoup rétréci, même au Donegal, Mayo, Galway et Kerry. D’autre part, le recensement (Hindley, 1990, p. 27) nous révèle que le pays avait 3,2 millions d’habitants, desquels un peu plus d’un million se déclarait capables de parler irlandais. Néanmoins, une très large proportion de ce million ne parlaient pas eux-mêmes l’irlandais comme langue maternelle ; en fait, il est évident qu’il faut douter de la véracité au moins de quelques-unes des réponses positives à la question : parlez-vous irlandais ?

4Voici la conclusion de Hindley (1990, p. 251) en ce qui concerne l’état présent de la langue :

  • 4  Deontas « don » fait référence à l’aide financière du gouvernement aux familles Gaeltacht avec des (...)

Budding linguistic statisticians should note that 8,751 is the figure finally preferred as the most likely residue of native Irish speakers living in communities with sufficient attachment to Irish to transmit it to a substantial majority of their children as language of the home and community. They alone are living in circumstances in which continued transmissions seems possible or even probable in the light of experience. This is all that close scrutiny leaves of the 1 000 413 persons aged 3 years and over who were enumerated as Irish speakers in the Census of 1981 and is reasonably proportionate to 1,473 number of children in 70 % deontas4-majority schools. I do not suggest this dogmatically but feel it safe to set a 10 thousand upper limit to the current numbers of habitual native speakers while admitting that many of them share grave doubts about the advisability of continuing to speak Irish and may well end their careers more fluent in English and in normal circumstances no longer using Irish.

  • 5  Voir aussi Ó Ciosáin (1991) Buried Alive, avec un titre tout aussi intéressant que celui du livre (...)

5Très évidemment, tout le monde n’a pas voulu accepter les travaux de Hindley. Le compte rendu de Deaglan de Bréadun (1990)5, par exemple, constate que l’irlandais est beaucoup parlé hors de la Gaeltacht et que les chiffres de Hindley sont donc très pessimistes. Il termine avec les mots suivants :

An honest appraisal of the language movement combined with Hindley’s clear-eyed view of the Gaeltacht could be the basis for devising a strategy to ensure that Irish will survive and even prosper.

  • 6  Voir aussi Ó Laoire, 1996, p. 61.

6D’un point de vue émotionnel, j’aimerais personnellement beaucoup qu’il eût raison, mais d’un point de vue scientifique, il est extrêmement difficile d’être optimiste. Voilà en tout cas quelques données de base en ce qui concerne la situation de la langue elle-même6. Maintenant, nous aurons quelques mots à dire à propos du statut légal de l’irlandais.

7Pour commencer, il y a la fort difficile question du statut constitutionnel de l’Irlande avant sa conquête par les Anglais. Il faut même avouer que l’existence même d’un État irlandais à cette époque est bien douteuse. D’autre part, la langue irlandaise était très certainement d’une grande importance. Ceci tient au fait que le code légal était en irlandais et que les tribunaux, etc. fonctionnaient en irlandais.

  • 7  Ce nom est fréquemment écrit incorrectement Eire sans marque de voyelle longue ; ceci (prononcé [‘ (...)

8Pendant la période de domination anglaise, au contraire, l’irlandais n’était pas reconnu par l’État (voir Price, 1984, p. 66-7, 106-9, 213-19). Le premier pas dans cette direction fut sans doute la fondation, en 1908, d’une nouvelle Université nationale d’Irlande, lorsque le Irish Universities Act fit de l’irlandais une matière obligatoire pour tous ceux désirant s’inscrire comme étudiant de l’université. Ceci est toujours le cas, mais seulement dans les universités faisant partie de l’Université d’Irlande fédérale. Il y en a d’autres. Après 1916 le nouvel État appelé Saorstát Éireann fut fondé. L’irlandais devint langue officielle dans une partie de l’île. En 1937 une nouvelle constitution fut adoptée, qui reste encore en vigueur. Entre autres choses, elle déclare que le nom officiel du pays est tout simplement Éire7, ou en anglais Ireland. Ceci n’a d’ailleurs jamais été apprécié parmi les Anglais, qui préfèrent des termes comme Irish Republic, pour désigner l’Irlande. Voici le paragraphe constitutionnel qui traite du statut de la langue irlandaise :

1. Ós í an Ghaeilge an teanga náisiúnta, is í an phríomhtheanga oifigiúil í. 2. Glactar leis an Sacs-Bhéarla mar theanga oifigiúil eile (Ó Máille, 1990, p. 3-4).

  • 8  Ó Ruairc, 1989, voir Mac Congáil, 1990, p. 574, pour un résumé très bref.

9En voici une traduction française : « Puisque l’irlandais est la langue nationale, il est la première langue officielle. L’anglais est accepté comme autre langue officielle. » La Constitution déclare aussi qu’il pourra être décidé dans les cas qui conviennent d’employer l’une ou l’autre de ces langues. La fonction de l’irlandais comme symbole national dérive en grande partie de ce paragraphe. D’autre part, lorsque l’Irlande, en même temps que le Royaume-Uni, devint membre de la Communauté Européenne en 1973, l’irlandais fut agréé en tant que langage communautaire, mais pas comme langue de travail de la Communauté. Ceci lui donne une position exceptionnelle parmi les langues communautaires. En plus, il faut souligner qu’il est devenu évident8 que cette position exceptionnelle dérive, non pas de sentiments contre la langue parmi les fonctionnaires de la CEE à Bruxelles, mais parce que les milieux au pouvoir à Dublin avaient pensé que ce serait plus facile. Ceci a été très critiqué, pour beaucoup de raisons, entre autres parce qu’un statut de langue de travail pour l’irlandais aurait créé beaucoup d’emplois pour ceux qui le parlent, notamment pour traduire les documents officiels de la Communauté en irlandais.

10Quelques mots en ce qui concerne les écoles. L’irlandais est une matière obligatoire dans toutes les écoles primaires et secondaires. Il y a aussi un certain nombre d’écoles, où l’irlandais est employé, non seulement comme une des matières enseignées, mais aussi comme moyen d’instruction. Cependant, il faut avouer que le niveau de connaissance de la langue achevé par les étudiants varie énormément. En ce qui concerne les universités, l’irlandais est donc obligatoire pour s’inscrire dans l’Université d’Irlande, à Cork, Dublin, Galway et Maynooth. Les autres universités, l’ancien Trinity College de Dublin, et les très nouvelles, université de Limerick et celle appelée Dublin City University, n’exigent pas d’irlandais de leurs étudiants. En ce qui concerne mon université, de Galway, il faut savoir qu’elle a une position spéciale, car un acte de la Dáil Éireann (le Parlement irlandais), datant de 1929, exige qu’elle devienne, un beau jour, une université fonctionnant en irlandais uniquement. Ceci n’est pas encore le cas. Néanmoins, l’irlandais est employé comme moyen d’instruction pour un nombre assez important de matières différentes : notons par exemple le français, l’histoire, la géographie et les mathématiques.

11En ce qui concerne les médias, il faut signaler l’existence d’un seul journal hebdomadaire, qui s’appelle Foinse « source », avec une circulation de quelques milliers d’exemplaires. Un réseau complet de radio existe depuis une vingtaine d’années, tandis que la nouvelle station de télévision fut fondée il y a quelque temps, sous le nom de Teilifís na Gaeilge. Personnellement, j’avoue que je trouve cela très encourageant, mais il est très probablement un peu trop tôt pour que l’on puisse proposer une estimation plus ou moins exacte de son influence sur l’avenir de la langue.

12L’Église catholique demeure une influence majeure en Irlande. Elle abandonna le latin depuis plus d’une vingtaine d’années. En ce qui concerne l’irlandais, ceci a eu un résultat positif, qui est que l’irlandais est devenu une nouvelle langue liturgique en Irlande. Ceci à plusieurs raisons. L’une d’elles est que la liturgie en anglais, telle que conçue en Irlande, est d’une extrême pauvreté esthétique, ce qui amène pas mal de gens à préférer la liturgie en irlandais.

13Aussi, il y a le fait que l’irlandais reste très cher à beaucoup d’Irlandais, comme symbole d’un ethnisme différent de celui des Anglais. Néanmoins, il n’est pas rare d’entendre des sentiments selon lesquels, la langue est là pour être parlée par les autres (Edwards, 1984, p. 487-8).

14Quelles sont les raisons pour le déclin de l’irlandais ? Il y en a bien sûr plus d’une seule. La situation géographique de l’Irlande est telle que l’enjeu de l’anglais a été très difficile à éviter : entre autres choses, il faut souligner que pour beaucoup de gens dans l’ouest de l’Irlande, la banlieue la plus proche, c’est la ville de Boston. Mais il y a d’autres raisons.

  • 9  Cependant Wall (1969) a montré qu’il ne faut peut-être pas trop simplifier les choses.

15Une petite comparaison avec les faits gallois s’impose. À l’heure actuelle, il y a probablement 250 000 personnes qui parlent gallois comme véritable langue maternelle. La Bible en gallois (Y Beibl Cyssegr-Lan, 1588) fut publiée en 1588 et devint matière de lecture immédiatement. En Irlande, la Bible (An Biobla Naomhtha, 1690) fut publiée en irlandais il y a déjà plus de trois cents ans, mais ne fut jamais lue par beaucoup de monde, car c’était une Bible protestante, donc déconseillée au peuple par les prêtres catholiques. Une Bible en irlandais pour la population catholique ne fut publiée que plutôt récemment (An Bíobla Naofa, 1981). Il en ressort qu’il est tout à fait possible d’affirmer9 que la différence entre l’histoire du gallois et l’histoire de l’irlandais a beaucoup à voir avec l’histoire de la Bible et son influence sur l’attitude des gens envers leur langue.

  • 10  Pour une excellente introduction à cet état de langue, voir Ó Cuív, 1973.

16Pour terminer, j’aurai quelques mots à dire sur l’aménagement linguistique en Irlande. Avant d’aborder la situation d’aujourd’hui, je dirai deux mots sur la situation pendant la période de l’irlandais classique moderne, c’est-à-dire entre 1200 et 1600. À l’époque, il y avait un dispositif pour maintenir la langue et lui donner une norme partout où elle était parlée°10, du nord de l’Écosse au Kerry. La raison pour ceci était tout à fait pratique : les normateurs étaient des poètes professionnels qui devaient être prêts à pouvoir se trouver du travail un peu partout dans la région de langue gaélique. Leur exemple est d’ailleurs très intéressant pour d’autres petites langues avec beaucoup de dialectes différents. Leur méthode contenait une gradation très fine de formes acceptables, allant de formes complètement correctes, à d’autres moins correctes, mais encore acceptables pour certaines fins, jusqu’à des formes qui étaient complètement à rejeter. La métrique de l’époque était du reste très complexe, ce qui faisait l’existence de plusieurs choix de formes linguistiques très désirable. En ce qui regarde la prose, une très belle norme fut établie par Geoffrey Keating, notamment dans son œuvre, Foras Feasa ar Éirinn, qui est très bien écrit, d’une façon tout à fait perlucide. Une norme très proche de celle de Keating fut adoptée en 1904, dans le Irish-English Dictionary du Père Patrick S. Dinneen. Ceci fonctionna assez bien pendant quelque temps, mais petit à petit, les différences très importantes entre cette norme et les dialectes parlés se firent sentir.

  • 11  » La Norme officielle », voir Gramadach na Gaeilge, 1958, Ó Baoill, 1988, pour une histoire (pas a (...)

17Après beaucoup de travail et de consultations, on a publié une norme officielle : An Caighdeán Oifigiúil11. Cet ouvrage date de 1948. Il a changé beaucoup de choses dans l’orthographe et la grammaire. Un seul exemple suffira ici : le mot qui signifie « salaire » était autrefois écrit páighe mais a maintenant été simplifié en pá. Ceci est bon pour ceux qui parlent l’irlandais de Munster, mais moins bon pour les gens de Connacht, qui disent páî et encore moins bon pour ceux du Donegal qui disent páighe. Il faut donc avouer que pour des cas comme ceux-ci, il eût été plus sage de garder l’ancienne orthographe (Ó Siadhail, 1981, p. 73). Il y a des cas similaires dans d’autres pays. Ainsi, il me semble que la réforme du suédois en 1905 est allée trop loin en ôtant le h du mot hvad > vad « quoi », car le son qu’il représente est toujours vivant dans certains dialectes suédois, notamment en Finlande.

  • 12  Ahlqvist, 1993, tâche de combler cette lacune.

18En 1959 et 1977, Tomás de Bhaldraithe et Niall Ó Dónaill publièrent un English-Irish Dictionary et un Irish-English Dictionary. Ceux-ci sont désormais les dictionnaires « officiels », qui imposent la norme, non seulement pour l’orthographe de l’irlandais, mais aussi pour son usage lexicographique. Ils ont été critiqués par certains. Ainsi, mon collègue Gearóid Mac Eoin de Galway (1961) a publié un excellent compte rendu du dictionnaire de Bhaldraithe, notant qu’il contient beaucoup trop peu de terminologie grammaticale et linguistique12.

  • 13  C’est-à-dire « (6 + 10) + (4 x 20) ».
  • 14  C’est-à-dire « 90 + 6 ».

19La nouvelle norme est aussi assez problématique en ce qui concerne les nombres. Or, dans ce cas elle est complètement différente de tous les dialectes authentiques. Par exemple, le numéro ‹ 96 › : en irlandais traditionnel, c’est sé déag is ceithre fichid13. Ceci a été remplacé par nocha sé14 « 96 ». Il est évident que si les responsables de cet aménagement linguistique avaient été francophones et bien habitués à des formes, telles que quatre-vingt-seize, l’aménagement linguistique de l’irlandais eût été très différent, sur ce point, en tout cas. Une autre chose que les terminologistes officiels aiment beaucoup, ce sont les mots composés, bien que ceux-ci ne soient pas du tout bien adaptés au génie typologique de l’irlandais (voir Ahlqvist, 1985).

20Un exemple assez récent montrera à quel point une imitation esclave des exemples anglais conduit à des résultats plutôt ridicules. Il existe un nouveau petit glossaire de terminologie en informatique (Téarmaí Ríomhaireachta, 1990). Prenons bogearraí, qui vient directement de l’anglais software. Bog veut dire « mou », et earraí veut dire « marchandise ». Dans ce cas, le terminologiste normatif irlandais aurait pu consulter ses collègues français, avant de se borner à imiter l’anglais. Le mot français est logiciel, ce qui correspond beaucoup mieux au mot matériel, que ne correspondent les software et hardware de l’anglais.

  • 15  Voir Ahlqvist, Mac Eoin et Ó hAodha (1987a and b) pour ce que l’on a publié de ce congrès.

21En conclusion, il faut dire que l’Irlande peut servir d’une espèce d’avertissement au reste de l’Europe. Si l’on ne transmet pas les langues d’une génération à une autre, elles disparaissent. Autrement dit, il s’agit d’un suicide linguistique. Tout de même, il faut se rappeler un petit mot de notre collègue Gearóid Mac Eoin qui n’a pas encore été publié, lorsqu’il prit congé des participants au quatrième congrès international des langues minoritaires, à Galway, en 198615. Il saisit cette occasion pour affirmer que ce qui est bon pour une langue n’est pas toujours aussi bon pour ceux qui la parlent. Or, s’il est manifeste qu’il est sain pour une langue d’être parlée par des personnes qui ne parlent aucune autre langue, il est non moins manifeste que ces personnes sont sérieusement sous-avantagées comparées à celles qui parlent plus de langues.

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Bibliographie

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Notes

1  Cet article contient le texte de l’exposé que nous fîmes au colloque de Brest. L’on en trouvera une version en langue anglaise dans Ahlqvist, 1993a.

2  Voir Ó Siadhail (1990) pour la linguistique et la dialectologie de l’irlandais.

3  Après la bataille de Kinsale, en décembre 1601 (voir Canny, 1989, p. 130-1 et MacCurtain, 1972, p. 140).

4  Deontas « don » fait référence à l’aide financière du gouvernement aux familles Gaeltacht avec des enfants parlant irlandais (voir Hindley, 1990, p. 48-62).

5  Voir aussi Ó Ciosáin (1991) Buried Alive, avec un titre tout aussi intéressant que celui du livre de Hindley. Il contient (1991, p. 27) une très utile bibliographie d’autres réactions (en anglais et irlandais) au livre de Hindley. On lira de même non sans profit les remarques, un peu moins audacieuses, mais aussi plutôt critiques de Ó Riagáin, 1997, p. 30, 50-51.

6  Voir aussi Ó Laoire, 1996, p. 61.

7  Ce nom est fréquemment écrit incorrectement Eire sans marque de voyelle longue ; ceci (prononcé [‘eŗə]) veut dire « fardeau » ; on comprend donc que plusieurs locuteurs de l’irlandais y voient une insulte à leur langue.

8  Ó Ruairc, 1989, voir Mac Congáil, 1990, p. 574, pour un résumé très bref.

9  Cependant Wall (1969) a montré qu’il ne faut peut-être pas trop simplifier les choses.

10  Pour une excellente introduction à cet état de langue, voir Ó Cuív, 1973.

11  » La Norme officielle », voir Gramadach na Gaeilge, 1958, Ó Baoill, 1988, pour une histoire (pas assez critique) de son établissement et Ó Siadhail, 1981, pour une critique très fondamentale du manque de connaissances linguistiques de ses auteurs (1981, p. 72) : « Where the Official orthography does fall down is that it is a ragbag of half-systematic and half-random choice. It lacks the necessary overall theoretical framework to provide a system which would contain the required degree of abstraction thast might enable speakers of various dialects to see the regularity of their own pronunciation. » Bien que je sois, d’un point de vue scientifique, tout à fait d’accord avec ces sentiments, j’avoue, comme Ó Siadhail lui-même (1981, p. 74), qu’il est probablement trop tard pour une réforme fondamentale de l’orthographe officielle.

12  Ahlqvist, 1993, tâche de combler cette lacune.

13  C’est-à-dire « (6 + 10) + (4 x 20) ».

14  C’est-à-dire « 90 + 6 ».

15  Voir Ahlqvist, Mac Eoin et Ó hAodha (1987a and b) pour ce que l’on a publié de ce congrès.

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Pour citer cet article

Référence papier

Anders Ahlqvist, « La situation sociolinguistique de l’irlandais », La Bretagne Linguistique, 12 | 1998, 277-286.

Référence électronique

Anders Ahlqvist, « La situation sociolinguistique de l’irlandais », La Bretagne Linguistique [En ligne], 12 | 1998, mis en ligne le 01 mars 2022, consulté le 07 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/lbl/3704 ; DOI : https://doi.org/10.4000/lbl.3704

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Auteur

Anders Ahlqvist

Université d’Irlande, Galway

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