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AccueilNuméros4Douzième journée d’étude et d’éch...La phrase infinitive en breton

Douzième journée d’étude et d’échange

La phrase infinitive en breton

The Breton infinitive phrase
Janig Stephens
p. 189-202

Résumés

La phrase infinitive en breton est utilisée comme subordonnée et indépendante. Bien que l’ordre des mots dans la phrase finie soit VSO, la phrase infinitive a un ordre différent qui est SVO. Suivant la démarche de Sproat (1985) pour le gallois, la théorie de « Government and Binding » (GB) de Chomsky (1981) permet d’expliquer la différence entre les deux ordres de surface dans la phrase finie et la phrase infinitive. Nous présenterons d’abord les aspects de GB nécessaires à l’analyse, suivi d’une présentation des données. Nous analyserons ensuite l’ordre des constituants dans trois types de phrase infinitives. Enfin, nous étudierons le cas de deux phrases infinitives indépendantes : celle introduite par da et celle introduite par ha.

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Texte intégral

  • 1 J. Stephens, Word Order in Breton, Ph. D. University of London, 1982 ; R. Borsley, J. Stephens, « A (...)

1La phrase infinitive en breton est utilisée comme subordonnée et indépendante. Bien que l’ordre des mots dans la phrase finie soit VSO1 la phrase infinitive a un ordre différent qui est SVO.

  • 2 Sproat R., « Welsh Syntax and VSO Structure », Natural Language and Linguistic Theory vol. 3, 1985, (...)
  • 3 N. Chomsky, Government and binding, Dordrecht Foris, 1981.

2Suivant la démarche de Sproat2 pour le gallois, la théorie de « Government and Binding » (GB) de Chomsky3 permet d’expliquer la différence entre les deux ordres de surface dans la phrase finie et la phrase infinitive.

3L’article se présente de la façon suivante. D’abord une présentation des aspects de GB nécessaires à l’analyse (I), suivie d’une présentation des données (II). En III l’analyse de l’ordre des constituants dans trois types de phrase infinitive :

  1. la phrase subordonnée introduite par une préposition conjonctive.

  2. la phrase subordonnée complément d’un verbe à contrôle.

  3. la phrase subordonnée avec cas exceptionnel.

4En IV une analyse des deux phrases infinitives indépendantes : celle introduite par « da » et celle introduite par « ha ».

I ‒ Le modèle GB

5Les aspects de GB nécessaires à l’analyse sont :

  1. Selon le Principe de Projection Etendu (Extended Projection Principle) chaque phrase contient obligatoirement un sujet. De plus la phrase nominale NP est marquée d’un cas grammatical : nominatif pour le sujet, objectif pour l’objet. Le sujet reçoit son cas de l’élément AGR qui détermine l’accord entre le verbe et son sujet, l’objet reçoit le sien du verbe et le NP complément d’une préposition le reçoit de la préposition.

  2. Une phrase sans sujet apparent contient une position sujet qui est remplie soit par une trace « t » résidu de l’application d’une règle de mouvement, l’anaphore pronominale « PRO » sans réalisation phonologique, ou un pronom « pro » lui aussi phonologiquement vide.
    « PRO » se distingue du sujet à contenu lexique (chien, chat par exemple) ainsi que de « pro » et de la trace « t », par le fait qu’il ne peut être gouverné et ne peut donc recevoir de cas.

  3. Dans le modèle GB le sujet et l’objet se distinguent l’un de l’autre de par leur position respective dans la structure : l’objet se trouve à l’intérieur du VP alors que le sujet est à l’extérieur.

  4. Le sujet reçoit le cas nominatif de l’élément AGR placé dans INFL et l’objet reçoit le sien du verbe. Il s’ensuit que dans les langues VSO le verbe doit être déplacé en position initiale pour satisfaire l’ordre de surface.

6Il s’ensuit que la distinction entre les langues SVO et VSO doit être attribuée à une différence dans l’attribution des cas et non pas à une différence dans la structure profonde.

7Le cas peut être attribué vers la droite (objet) ou vers la gauche (sujet) pour les langues SVO. Pour les langues VSO, l’attribution des cas se fait uniquement vers la droite.

S

NP

I’

INFL (AGR)

VP

V

NP

  1. Du fait que l’attribution du cas se fait uniquement vers la droite, INFL doit précéder le sujet (fig 2a),

  2. INFL doit avoir une valeur lexique ; autrement dit le verbe doit être placé sous INFL (fig 2b).

(2a)

(2b)

S

S

INFL NP

VP

V INFL

NP

VP

V

NP

t

NP

8Le sujet est maintenu dans la position initiale précédent le verbe ou il peut recevoir son cas soit d’une préposition conjonctive ou du verbe plus haut placé, ce qui nous donne un cas exceptionnel.

II – Data

9Il y a trois types de phrase finie en breton, selon l’ordre des constituants :

a) La phrase subordonnée : VSO (3)

3)

Gouzout a

ra Lenaig

[e lennas

Yann al lizher].

Savoir Part

fait Lenaig

Part lut

Yann la lettre.

Lenaig sait que Yann a lu la lettre.

10b) Les phrases indépendantes et topicalisées qui ont la structure : XP V (S) (O).

11Le sujet lexique est toujours en position postverbale sauf s’il est topicalisé comme en (4)

4)

Yann

a lennas

al lizher.

Yann

Part lut

la lettre.

Yann lut la lettre.

12La phrase indépendante et non topicalisée :

  • 4 J. Stephens, « Neutral Word Order in Breton », communication au 7th International Congress of Celti (...)

13V[-finite] Aux (S) (O)4.

5)

Lenn

a

ra

Lenaig ul levr.

Lire

Part

fait

Lenaig le livre.

Lenaig lit le livre.

14c) Les phrases négatives sont VSO

6)

Ne

lenn

ket

Lenaig al lizher.

Neg

lit

Neg

Lenaig la lettre.

Lenaig ne lit pas la lettre.

15Les phrases infinitives indépendantes par contre sont exclusivement SVO et il n’y a aucune raison de penser que le sujet soit dans la position topic. La phrase (7) est utilisée souvent pour narrer ou rapporter et (8) permet à l’auteur d’exprimer sa réserve quant à l’exactitude de la déclaration qu’elle/il vient de proférer.

7)

Ha

Yann da lenn

al lizher.

Yann de lire

la lettre.

Et

Yann de lire

la lettre.

8)

Da

Yann da welout

e

oant

holl aze.

Yann de voir

Part

étaient

tous là.

Selon Yann ils étaient tous là.

16Nous avons donc un contraste entre la phrase finie et la phrase infinitive qui tient non seulement à la présence ou absence de temps et de l’inflection de personne mais aussi à l’absence du sujet après le verbe. La phrase infinitive a la structure suivante :

17[NP da V NP]

9)

Kavet

ez

eus un tu

[dezhañ da vont e-barzh].

Trouvé

Part

est une façon

pour lui d’aller dedans.

On lui a trouvé un moyen d’entrer.

10)

Pediñ

a reas

Lenaig ar vugale

[da zebriñ krampouezh].

Inviter

Part fit

Lenaig les enfants

à manger crêpes.

Lenaig invita les enfants à manger des crêpes.

11)

Lakaat a

ra Yann

[ar baotred da lenn al lizher].

Faire Part

fait Yann

les garçons à lire la lettre.

Yann a fait lire la lettre aux garçons.

12)

Lezel

a

ra Lenaig

[ar vugale da lenn al lizher].

Laisser

Part

fait Lenaig

aux enfants de livre la lettre.

Lenaig a laissé les enfants lire la lettre.

  • 5 J. Gros, Le Trésor du breton parlé (Eléments de stylistique trégorroise). Première partie : le lang (...)
  • 6 G. Pullum, « 'Syncategramaticality and English Infinitival to », Glossa, vol. 16, n° 2, 1982, p. 18 (...)

18Le « da » précédant le verbe ressemble au « to » infinitif de l’anglais5 qui selon Pullum6 n’est pas une préposition.

III – La phrase infinitive subordonnée

i) Les phrases introduites par une préposition conjonctive

19Les phrases subordonnées sont introduites par des subordinateurs, des conjonctions de subordination et des prépositions conjonctives. Dans ce dernier cas, le verbe de la subordonnée peut être fini ou infinitif. Lorsque la subordonnée infinitive est introduite par une préposition conjonctive, le verbe est précédé du sujet (13) et (14) ou de la préposition avec inflection de personne : (15) et (16). Le sujet qui détermine la valeur de l’inflection est l’élément « pro » (on peut faire remarquer que « pro » est également responsable de l’inflection 3S « er » : lenner).

13)

Vil awalc’h

eo Lomm

[d’ar vugale da spontañ dirazañ].

Laid assez

est Lomm

pour les enfants de effrayer devant lui.

Lomm est assez laid pour que les enfants aient peur de lui.

14)

Sonet e

vije ar c’hloc’h

[d’an dud da zont da verenn].

Sonné Part

était la cloche

pour les gens de venir au déjeûner.

On sonnait la cloche pour que les gens viennent déjeûner.

15)

Kavet ez

eus un tu

[dezhañ da vont e-barzh].

Trouvé Part

est une façon

pour lui d’aller dedans.

On lui a trouvé un moyen d’entrer.

16)

Kavet am eus

ur bluenn vat,

[din da skrivañ gwelloc’h].

Trouvé Part j’ai

une plume bonne

pour moi d’écrire mieux.

J’ai trouvé une bonne plume pour mieux écrire.

17)

Kavet ez

eus un tu

[evit e teufe Yann e- barzh].

Trouvé Part

est un moyen

pour Part vienne Yann dedans.

On a trouvé un moyen pour que Yann entre.

20Il s’agit de démontrer tout d’abord que la préposition conjonctive et les éléments suivants font partie du même constituant. Pour cela on peut utiliser le test de la construction emphatique marquée par « eo » ou « ’ni ». Les éléments placés en position initiale avant la particule de focus « eo » ou « ni » doivent obligatoirement former un constituant, sinon le résultat est agrammatical. ex (18 à 21).

18)

[dezhañ da vont e-barzh]

eo ez eus kavet un tu.

19)

[Din da skrivañ gwelloc’h]

eo am eus kavet ur bluenn vat.

20)

[Evit ar vugale da spontañ dirakañ]

‘ni eo Lomm vil awalc’h.

21)

[D’an du da zont da verenn]

eo e vije sonet ar c’hloc’h.

21Les exemples suivants (22) et (23) sont agrammaticaux car les éléments précédant la particule de focus ne forment pas un constituant.

22)

*[Un tu dezhañ] eo a zo bet da vont e-barzh.

23)

*[Ur bluenn vat din] eo am eus kavet da skrivañ.

22On peut conclure que la préposition conjonctive et les éléments suivants forment un tout. Le sujet de la subordonnée est marqué du cas par la préposition conjonctive, respectant ainsi les principes de GB.

ii) La subordonnée complément d’un verbe de contrôle

23Quelques verbes comme « pediñ », « galvout », « klask », sont des verbes transitifs, dont le complément d’objet est suivi d’une phrase.

24Dans la phrase suivante (24) la phrase nominale « ar vugale » semble remplir une double fonction : objet du verbe dans la phrase principale et sujet du second verbe dans la phrase subordonnée :

24)

Pediñ a reas Lenaig ar vugale da zebriñ krampouezh.

Inviter part fit Lenaig les enfants à manger crêpes.

Lenaig invita les enfants à manger des crêpes.

25)

V1            NP1       NP2                V2

25On peut constater toutefois que la phrase subordonnée contient un sujet autre que le NP « ar vugale » : dans (27) la subordonnée est introduite par une préposition conjonctive porteuse d’une inflection pronominale :

26)

Pediñ a reas Lenaig ar vugale [dezho da zebriñ krampouezh].

26On constate que la forme pronominale a pour antécédent le NP précédent. C’est pour cette raison que les verbes comme « pediñ » sont appelés verbes de contrôle.

27La phrase 26) contient donc une préposition conjonctive pronominale et contient comme (15) et (16) un élément pronominal : « pro ».

28On peut démontrer qu’il y a donc un sujet dans la phrase subordonnée et que ce sujet est l’élément « PRO » en utilisant deux arguments ; le premier est celui des pronoms réfléchis et le second celui de l’accord entre l’attribut et le sujet.

29Les anaphores tels que les pronoms réfléchis sont limités dans leur catégorie gouvernante et leur antécédent doit se trouver dans la même phrase ou dans certain cas dans la phrase immédiatement au-dessus. Les pronoms au contraire sont libres dans leur catégorie gouvernante c’est-à-dire qu’ils ne sont pas obligatoirement liés à un antécédent.

30Si l’on compare (27) et (28) on remarque que (28) n’est pas grammaticale car le pronom « anezhi » et son antécédent PRO sont contenus dans la même phrase.

27)

Pediñ a reas Yann Lenaig

[PRO da respont anezhañ].

Inviter Part fit Yann Lenaig

de répondre lui.

Yann invita Lenaig à lui répondre.

28)

*Pediñ a reas Yann Lenaig

[PRO da respont anezhi].

Inviter Part fit Yann Lenaig

de répondre elle.

31Dans les exemples (29) et (30) nous constatons le phénomène inverse : l’absence de grammaticalité de (30) vient du fait que l’antécédent du pronom réfléchi n’est pas contenu dans la même phrase.

29)

*Pediñ a

reas Yann Lenaig

[PRO da respont e-unan].

Inviter Part

fit Yann Lenaig

de répondre lui-même.

30)

Pediñ a

reas Yann Lenaig

[PRO da respont he-unan].

Inviter Part

fit Yann Lenaig

de répondre elle-même.

Yann invita Lenaig à répondre elle-même.

32Le second argument, l’accord entre le sujet et l’attribut indique qu’il y a bien un sujet dans la subordonnée. Il y a obligatoirement accord entre le sujet et l’attribut. En breton cet accord prend la forme d’une mutation lorsque le sujet est féminin et non mutation quand il est masculin : la consonne initiale « K » de « kentañ » devient « G » après un sujet féminin.

31)

Bremañ

eo

Lenaig an hini gentañ.

Maintenant

est

Lenaig la une première.

Lenaig est la première.

33La même règle s’applique dans la subordonnée.

32)

Pedet e

oa Lenaig

da vezañ an hini gentañ /*kentañ.

Invitée Part

était Lenaig

de être la une première/premier.

34Il apparaît donc que les verbes comme « pediñ » ont pour complément une phrase subordonnée qui contient un sujet. Ce sujet peut être soit « pro » lorsque la subordonnée est introduite par une préposition conjonctive qui sert de gouverneur, soit « PRO » qui n’est pas gouverné, quand il n’y a pas de préposition.

iii) Les phrases à cas exceptionnel

35Deux verbes ont pour complément une subordonnée infinitive ayant pour sujet une phrase nominale intégrale et contenant le « da » préverbal. Il s’agit de « lezel » et « lakaat ».

36La phrase (33) est ambiguë et « lezel » peut être comme « laisser faire » ou comme « donner la permission », selon le contexte et l’opinion des interlocuteurs bien que la première interprétation soit la plus naturelle.

33)

Lezel a reas ar gouarnamant ar vugale da ren ar skolioù.

Laisser Part fit le gouvernement les enfants de diriger les écoles.

Le gouvernement a laissé les enfants diriger les écoles.

  • 7 S. F. Schmerling, « Synonymy Judgments as Syntactic Evidence », P. Cole and J. Saddock (ed), Syntax (...)

37Selon Schmerling7 le choix entre les deux interprétations n’est pas lié à une différence de structure mais dicté par des stratégies d’interprétation. De ce fait le lexique contient seulement un seul verbe « lezel » qui a pour complément une subordonnée.

  • 8 J. R. Vergnaud, A. Rouveret A., « Specifying reference to the Subject Freeh Causatives and Conditio (...)

38« lakaat » rappelle le causatif « faire » qui d’après Verganaud et Rouveret8 a pour complément une subordonnée avec un sujet intégral.

34)

Lakaat a reas Lenaig Yann da dewezhaat ar re vihan.

Faire part fit Lenaig Yann de surveiller les petits.

Lenaig a mis Yann à surveiller les petits.

39Contrairement aux verbes à contrôle comme « pediñ » on ne peut avoir une préposition conjonctive après ces deux verbes- ci.

35)

*Lezel a reas ar gouarnamant ar vugale dezho da ren ar skolioù.

36)

*Lakaat a reas Lenaig Yann dezhañ da dewezhaat ar re vihan.

40Il semble donc raisonnable d’analyser ces deux verbes comme ayant pour complément une subordonnée avec un sujet intégral.

41Ce sujet ne peut recevoir le cas d’un élément marqueur contenu dans la subordonnée, car il n’y a pas de préposition conjonctive. Il reste donc que cette attribution de cas obligatoire pour un sujet lexique, se fait par le verbe de la principale : ce qui nous le cas exceptionnel.

  • 9 J.-Y. Urien, P. Denez, « Essai d'analyse sémiologique du mot verbal et du syntagme verbal en breton (...)

42Il est possible de remplacer NP2 de (33) et (34) par la forme pronominale « a+inflection » qui sert de complément d’objet. Bien que ce pronom soit dérivé de la préposition partitive, il est maintenant pleinement intégré dans le système pronominal avec toutefois une distribution limitée à la position postverbale9 (Urien-Denez, 1977-78).

37)

Lakaat a ra Yann

anezho da lenn al lizher.

Mettre Part fait Yann

les de lire la lettre.

Yann leur fait lire la lettre.

38)

Lezel a ra Lenaig anezho

da lenn al lizher.

Laisser Part fait Lenaig eux

de lire la lettre.

Lenaig les laisser lire la lettre.

43Dans le contexte qui nous intéresse, la présence de « a+inflection » ne vient pas de sa fonction d’objet du verbe de la principale car il est sujet de la subordonnée mais du fait que le verbe en position précédente lui attribue son cas de manière exceptionnelle.

44Le pronom « a+inflection » sert aussi de sujet avec des expressions de météorologie et d’heures. Ce sont des sujets explétifs, sémantiquement nuls remplissant simplement une fonction grammaticale.

39)

Il pleut.

40)

It is raining.

41)

Il est deux heures.

42)

It’s two o’clock.

  • 10 P. Denez, « An Dibersonel », Hor Yezh, n° 151, 1983, p. 5-31.

45En breton, les sujets explétifs ne se présentent pas dans la forme indépendante10. Le verbe est cependant infléchi pour le temps et à la troisième personne du singulier.

43)

Glav a ra.

44)

*Hi a ra glav.

45)

*En a ra glav.

46Les pronoms explétifs sujets sont en position postverbale et se présentent dans la forme « a+inflection ».

46)

Ober a ra glav anezhi.

47)

*Ober a ra glav hi.

48)

Abenn e vije eizh eur anezhi.

49)

*Abenn ma vije eizh eur hi.

47Ces expressions météorologiques peuvent être subordonnées aux deux verbes « lezel » et « lakaat ».

50)

Fall an amzer ! Netra d’ober met lezel anezhi/anezhañ d’ober.

51)

Sec’h an amzer, ezhomm a zo ur bannac’h glav !

Mauvais le temps, besoin Part est une goutte pluie !

Laka anezhi/anezhañ d’ober ta neuze !

Fait la/ le de faire alors !

Il fait mauvais temps ! Change le si tu peux !

48On ne trouve pas ces subordonnées avec des verbes de contrôle comme « pediñ ».

52)

*Pediñ/galvout a reas anezhi d’ober glav.

49Le sujet de la subordonnée infinitive complément de ces deux verbes est donc « a+inflection » indiquant qu’il est marqué du cas par le verbe précédent.

50L’analyse des subordonnées infinitives a montré que dans ces infinitives le sujet précède le verbe, contrairement à ce qu’il en est dans les phrases finies.

51C’est bien ce à quoi on devait s’attendre si l’on considère que le verbe à l’infinitif ne peut dériver son cas de l’élément AGR, absent dans la phrase infinitive. La préposition conjonctive marque le cas du sujet qui dans ce cas peut lexique ou pronominal ; « pro ». Lorsque l’infinitive est subordonnée à un verbe de contrôle, sans préposition conjonctive, le sujet est « PRO », le seul qui ne porte pas la marque de cas.

52Lorsque le sujet de la subordonnée est soit lexique soit pronominal et non précédé de la préposition conjonctive, le cas est dérivé du verbe précédent, c’est ce qu’appelle le cas exceptionnel.

IV – Les infinitives indépendantes

53Je présenterai deux sortes d’infinitives : celle introduite par la préposition « da » et celle introduite par « ha ».

53)

Da Yann da welout

e

oa ar baotred aze.

A Yann de voir

Part

étaient les garçons là.

Selon Yann les garçons étaient là.

54)

Din da c’houzout

ez eo evel zo dleet.

A moi de savoir

Part est comme est faut.

Selon moi c’est comme il faut.

54À première vue on pourrait croire que ces phrases sont des adverbiales, il n’en est rien cependant. Une adverbiale peut être postposée comme dans (55) et (56).

55)

Dezhañ da vezañ kozh e oa serzh bepred.

De lui de être vieux Part était alerte encore.

Il était encore alerte malgré son âge.

56)

Serzh eo bepred dezhañ bezañ kozh.

55Le même procédé donne des résultats agrammaticaux lorsqu’ils sont appliqués à (53) et (54) donnant ainsi (57) et (58).

57)

*Aze e oa ar baotred da Yann da welout.

58)

*Evel zo dleet eo din da c’houzout.

56Ces infinitives se comportent comme des principales qui ne peuvent non plus être postposées.

59)

Gouzout a ran emañ Yann er ger.

Savoir Part fais est Yann à la maison.

Je sais que Yann est chez lui.

60)

*Emañ Yann er ger a c’houzon.

57Ces infinitives indépendantes ont en fait la même structure que les subordonnées.

58La phrase (61) est différente et on ne voit pas clairement d’où le sujet dérive son cas.

61)

Ha Yann da lenn al lizher.

59Dans ce type d’infinitives souvent utilisées dans le discours narratif, le pronom sujet ne peut être que dans la forme indépendante comme en témoignent (63) et (64).

62)

Hag en da lenn al lizher.

63)

*Hag anezhañ da lenn al lizher.

64)

*Hag anezhi d’ober glav.

  • 11 J.-Y. Urien, P. Denez, art. cit.

60Ceci s’explique en partie par le fait que les pronoms « a+inflection » sont limités à la position postverbale11. Une autre explication serait que « ha » qui est obligatoire remplit la position COMP, permettant ainsi au sujet de l’infinitive à qui il manque l’élément marqueur du cas, de rester en position initiale.

  • 12 L. A. Timm, Relative-Clause Formation in Breton, University of California, 1986 ; J.-Y. Urien, La t (...)

61Il y a au moins deux « ha » en breton. L’un sert de conjonction de coordination. L’autre a une valeur subordinative12. « Ha » est aussi utilisé comme marque d’interrogation, dans les questions indirectes (65) et les questions sans terme interrogatif (66).

65)

Goulenn a reas

Maia

ha brav e vije

an amzer.

Demander Part fit

Maia

beau Part serait

le temps.

Maia a demandé s’il ferait beau.

66)

Ha dont a raio

da ger ?

venir part fera

à maison ?

Viendra-t-il

à la maison ?

62« Ha » est également utilisé comme marque d’exclamation (68).

67)

Hag

a lizheroù a

lenne Lenaig !

de lettres part

lisait Lenaig !

Que de lettres lisait Lenaig !

68)

Sell

hag a evned a

zo aze !

Regarde

de oiseaux Part

est là !

Regarde que d’oiseaux !

63Si l’on peut omettre le « ha » dans les interrogatives et les exclamatives indépendantes, il est obligatoire dans la déclarative infinitive :

69)

*Yann da lenn al lizher.

64En d’autres termes « ha » placé sous COMP permet au sujet de l’indépendante infinitive d’être marqué du cas lorsque les éléments marqueurs : AGR de INFL ou la préposition conjonctive sont absents.

S

COMP

S

NP

VP

V – Conclusion

65L’analyse des phrases infinitives selon la théorie de GB nous a permis de montrer qu’il y a deux ordres différents dans la phrase en breton : VSO dans la phrase finie et SVO dans la phrase infinitive. Suivant l’argument développé par Sproat la différence entre les deux ordres de surface doit être attribuée non pas à une différence de structure mais à l’application du cas, qui dans les langues SVO se fait vers la gauche pour le sujet et vers la droite pour l’objet. Dans les langues VSO le cas s’applique uniquement vers la droite. L’ordre de surface requis dans les infinitives s’obtient en déplaçant INFL et le verbe en position initiale. Dans la phrase infinitive le sujet demeure en position initiale où il peut être marqué du cas soit par une préposition conjonctive ou le verbe de la principale dans le cas exceptionnel.

  • 13 S. Chung, J. McCloskey, « Government, Barriers, and small Clauses in Modern Irish », Linguistic Inq (...)

66En breton, les infinitives peuvent être subordonnées et indépendantes. Ceci n’est pas un phénomène unique au breton. Chung et McCloskey13 ont montré qu’en irlandais les infinitives ont une distribution similaire. En irlandais cependant on ne trouve pas l’élément initial obligatoire dans les indépendantes alors qu’en breton le sujet de l’indépendante infinitive doit être précédé d’un élément initial.

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Notes

1 J. Stephens, Word Order in Breton, Ph. D. University of London, 1982 ; R. Borsley, J. Stephens, « Agreement and the Position of Subject in Breton », Natural Languages and Linguistic Theory, vol. 7, n° 3, 1989, p. 407-427.

2 Sproat R., « Welsh Syntax and VSO Structure », Natural Language and Linguistic Theory vol. 3, 1985, p. 289-348.

3 N. Chomsky, Government and binding, Dordrecht Foris, 1981.

4 J. Stephens, « Neutral Word Order in Breton », communication au 7th International Congress of Celtic Studies, 1983 ; R. Borsley, « A GPSG Approach to Breton Word Order », in R. Hendrick (ed.), Syntax and Semantics, vol. 23, The Syntax of Modern Celtic languages, New York, Academic Press, 1989.

5 J. Gros, Le Trésor du breton parlé (Eléments de stylistique trégorroise). Première partie : le langage figuré, Saint-Brieuc, Les Presses Bretonnes, 1970.

6 G. Pullum, « 'Syncategramaticality and English Infinitival to », Glossa, vol. 16, n° 2, 1982, p. 181-213.

7 S. F. Schmerling, « Synonymy Judgments as Syntactic Evidence », P. Cole and J. Saddock (ed), Syntax and Semantics, vol.  9, New York, Academic Press, 1976.

8 J. R. Vergnaud, A. Rouveret A., « Specifying reference to the Subject Freeh Causatives and Condition on Representations », Linguistic Inquiry, vol. 11, n° 1, 1980, p. 97-203.

9 J.-Y. Urien, P. Denez, « Essai d'analyse sémiologique du mot verbal et du syntagme verbal en breton contemporain », Studia Celtica, n° 14/15, 1977-1978, p. 259-290.

10 P. Denez, « An Dibersonel », Hor Yezh, n° 151, 1983, p. 5-31.

11 J.-Y. Urien, P. Denez, art. cit.

12 L. A. Timm, Relative-Clause Formation in Breton, University of California, 1986 ; J.-Y. Urien, La trame d'une langue : le breton, Lesneven, Hor Yezh, 1987.

13 S. Chung, J. McCloskey, « Government, Barriers, and small Clauses in Modern Irish », Linguistic Inquiry, vol. 18, n° 2, 1987, p. 173-237.

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Pour citer cet article

Référence papier

Janig Stephens, « La phrase infinitive en breton », La Bretagne Linguistique, 4 | 1988, 189-202.

Référence électronique

Janig Stephens, « La phrase infinitive en breton », La Bretagne Linguistique [En ligne], 4 | 1988, mis en ligne le 09 janvier 2022, consulté le 16 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/lbl/9228 ; DOI : https://doi.org/10.4000/lbl.9228

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Auteur

Janig Stephens

School of Speech Therapy South Glamorgan Institute of Higher Education, Cardiff, Wales

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Droits d’auteur

CC-BY-4.0

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