Sur les traces de Jean-Pierre Françon. Un aventurier de la médecine (1799-1851) : une réponse à Paul-Arthur Tortosa

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- Compte rendu de Paul-Arthur Tortosa
Publié le 31 août 2020
Notes de la rédaction
Ce texte constitue un droit de réponse de l'auteur de Sur les traces de Jean-Pierre Françon au compte rendu de Paul-Arthur Tortosa.
Texte intégral
1L’art de la critique n’est pas chose facile. Et pour qu’une critique vive, son auteur a parfois tendance à user de termes qui manquent de mesure. Ainsi de l’expression « concepts douteux », concepts que j’aurais employés dans la conclusion de mon ouvrage intitulé Sur les traces de Jean-Pierre Françon, un aventurier de la médecine (1799-1851) publié en juin 2020 aux Presses universitaires de Lyon.
2D’abord, revenons sur l’intéressante idée de « hardiesse sociale » que j’ai modestement proposée comme « une notion floue » (p. 131) sous laquelle je rassemblais toutes les tricheries dont Françon s’était rendu coupable : échapper au conseil de révision, exercer la médecine sans diplôme, se présenter à un examen avec de faux certificats, exercer la médecine là où il n’en avait pas le droit, sans compter au moins deux affaires d’indélicatesse parvenues jusqu’à la justice. Françon violait donc régulièrement et hardiment les normes et les règles.
3Je maintiens aussi que ce personnage bénéficia d’une « chance individuelle » car, chaque fois, il échappa aux poursuites ou aux condamnations les plus sévères, et finalement vit sa situation légalisée. Si d’autres connurent l’une ou l’autre de ces situations, de tous les officiers de santé que j’ai rencontrés, c’est-à-dire beaucoup, un seul présente un profil proche de celui de mon héros qui bafoua toutes les règles sans en souffrir, bien au contraire.
4À mes yeux, les trois notions d’exceptionnel-normal, de hardiesse sociale et de chance, loin d’être contradictoires, sont toutes les trois solidairement utiles pour rendre compte de l’itinéraire d’un personnage dont le destin fut à la fois emblématique des marges de sa profession mais aussi et surtout singulier. Ce qui est incompatible dans l’univers des concepts ne l’est pas forcément dans la vie.
5Quant à la notion de pouvoir immatériel, je l’ai utilisée pour qualifier l’influence sociale d’une famille qui ne possédait pas les sources tangibles habituelles du pouvoir que sont la terre, l’argent et les positions électives. La belle-famille de mon « héros » en imposait par la crainte qu’elle inspirait par son nombre et sa solidarité interne. Personne n’osait se brouiller avec autant de gens. Quiconque connait de près un village sait qu’il existe encore de telles familles et de tels clans.
6Ces quelques lignes convaincront aussi que si je n’ai pu vivre deux ans avec Jean-Pierre Françon sans éprouver pour lui une nécessaire empathie, je n’ai aucune admiration pour son « héroïsme viril » (ce dernier terme est devenu très dépréciateur et l’accusation est gratuite), et si j’ai été impressionné par son parcours atypique, je n’éprouve aucune fascination pour un personnage singulièrement retors. Je n’ai évidemment pas voulu faire une hagiographie mais j’ai choisi le plus possible de me mettre en retrait pour éviter les jugements de valeur, même dans le mot « médiocre » qui pour moi est un synonyme de « modeste ».
7Au total, je considère que l’histoire, qui est école de modestie, a pour objet principal de décrire la complexité des choses et de proposer de nouvelles hypothèses explicatives à partir des données recueillies sur le terrain, au risque de malmener un peu le bel ordonnancement et la pureté des concepts.
Pour citer cet article
Référence électronique
Olivier Faure, « Sur les traces de Jean-Pierre Françon. Un aventurier de la médecine (1799-1851) : une réponse à Paul-Arthur Tortosa », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, mis en ligne le 17 septembre 2020, consulté le 10 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/lectures/43963 ; DOI : https://doi.org/10.4000/lectures.43963
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