Skip to navigation – Site map

HomeSupplementsBook reviews2019Marguerite-Marie Dubois, Miscella...

2019

Marguerite-Marie Dubois, Miscellanées. Histoire, étymologie, lexicologie (France-Angleterre).

Editions des Dauphins, Toulon, 2009, 342 pages.
Frédérique Brisset
Bibliographical reference

Miscellanées. Histoire, étymologie, lexicologie (France-Angleterre).

Miscellanées. Histoire, étymologie, lexicologie (France-Angleterre). Éditions des Dauphins, Modèles linguistiques, Hors-série n°1, Rétrovisions, Toulon, 2009. ISSN : 0249-6267, Prix : 22€, 342 pages.

Full text

1Ce numéro hors-série de la revue Modèles linguistiques inaugure une collection dont l’intitulé, « Rétrovisions », est fort bien explicité en préambule par sa directrice, Dairine O’Kelly : il s’agit de proposer au lecteur du XXIe siècle des articles de revues tombés dans l’oubli ou inaccessibles, et qui offrent un intérêt à la fois scientifique et historique.

2Le choix des travaux de Marguerite-Marie Dubois est dès lors tout à fait pertinent. Figure des études anglophones en France dès le début des années quarante, décédée en 2011, cette médiéviste et philologue angliciste a marqué des générations d’étudiants de la Sorbonne, et de chercheurs, à une époque où la place des femmes dans l’institution universitaire était loin d’être acquise (l’est-elle d’ailleurs tout à fait ?) – « j’en avais assez de me battre contre une armée de machistes vicelards » écrit ainsi l’auteure en 2008 (p. 284). On lira dès lors avec intérêt l’entretien qu’elle avait accordé à la même revue en 2006, et qui éclaire son parcours. La lecture « rétrospective » de ses chroniques ouvre ici une fenêtre sur un monde où la recherche s’effectuait sans Internet, sans catalogues informatisés, et où les communications internationales impliquaient une logistique que les générations actuelles ont du mal à imaginer.

3On est alors d’autant plus impressionné par l’immense érudition que révèle cette collection d’articles (parus initialement entre 1952 et 1967), issus de la revue Vie et langage. Organisé en cinq parties, « Histoire, préhistoire et protohistoire », « La langue de la Bible », « Étymologies », « Lexicographie et lexicologie », « Emprunts, néologismes et anglicismes », le recueil se clôt sur les minutes d’une table ronde tenue en 1965, « Do you speak français? », dont le titre parodique rend compte du débat passionné autour du franglais (pour reprendre le terme forgé par Etiemble) qui a depuis lors alimenté de nombreuses polémiques. Pas moins de 12 pages de bibliographie, non exhaustive, recensent enfin l’œuvre de M-M. Dubois de 1942 à 2008.

4André Joly signe l’avant-propos présentant la genèse de cette publication, et la démarche qui a permis de l’organiser, avant que M-M. Dubois elle-même n’en propose l’introduction sous le titre « Curiosités des années 1950 », replaçant ainsi l’ouvrage dans le contexte scientifique de l’époque. On devine à sa lecture la forte personnalité de l’auteure, son regard acéré, son esprit d’analyse et sa capacité d’argumentation, mais aussi et surtout une curiosité intellectuelle que les années n’avaient pas émoussée. Chaque article, relu par ses soins, est commenté en notes de bas de page à la lumière de l’histoire d’alors et de l’actualité d’aujourd’hui, enrichi de nouvelles références bibliographiques, donnant lieu parfois à de savoureux échanges interposés avec André Joly qui complète cet appareil critique en véritable éditeur.

5Le principal intérêt de ce volume est bien sûr son apport à l’étude diachronique et contrastive des langues anglaise et française et des circulations entre celles-ci. Il est donc fort logique qu’il s’ouvre sur une perspective historique, qui mêle l’approche scientifique à l’anecdote (tel cet article sur les célébrités anglo-saxonnes dans les noms de rues de Paris), permettant d’attiser l’intérêt et les échanges avec les lecteurs de la revue d’origine, dont les questions motivaient souvent le choix du sujet traité.

6Marquée par la Seconde guerre mondiale et l’Occupation allemande, l’auteure s’appuie parfois sur des apports ethno-linguistiques pensés dans un monde d’avant les décolonialisations, qui peuvent donner lieu à des affirmations assez radicales ; on sent cette influence dans des déclarations telles que « la langue nationale est un patrimoine sacré et [...] doit être défendue contre toute invasion corruptrice » (p. 243) ou celle sur « les nations [...] qui ne peuvent trouver dans un sang trop mêlé les forces patriotiques nécessaires à la résistance » (p. 44). Ce faisant, ses écrits témoignent d’une époque de bouleversements qui ont remis en cause moult certitudes intellectuelles largement partagées en leur temps, notamment le concept de « génie de la langue » sur lequel revient André Joly (p. 271-273) ou celui de « race » explicité ensuite par M-M. Dubois (p. 44 et p. 50). Elle-même en fait d’ailleurs la remarque dans ses commentaires, témoignant d’une lucidité certaine dans cette approche introspective tout autant que rétrospective.

7La question des emprunts, notamment, objet de neuf chroniques, est particulièrement intéressante dans le cadre de cette réflexion diachronique, car elle éclaire sur le devenir de certains lexèmes dont leurs contemporains pensaient qu’ils menaçaient l’intégrité de la langue française (résultat d’une « anglophilie malencontreuse » (p. 277), et dont nous savons aujourd’hui quelle fut leur fortune, suivant qu’ils n’ont été que simples effets de modes ou qu’ils se retrouvent au contraire figés dans le lexique. Ces travaux rendent compte aussi d’un monde dont l’étiquette vestimentaire, les devises monétaires ou les traditions culinaires sont pour nous devenus étranges, sinon étrangers, mais qu’ils font revivre en mettant ainsi en évidence les liens inéluctables entre linguistique et société.

8Plus largement, locutions, mots-valises, faux-amis, étymologies fantaisistes, néologismes, gestuelle langagière, argot, on trouve là autant de faits de langue que l’auteure a ensuite développés, pour certains, dans des monographies, mais qui sont déjà abordés avec brio dans les différentes rubriques de ce volume : chaque article s’appuie sur des références contextualisées et mises à jour, ouvrant l’accès à une somme de savoirs « apparemment désuets, mais peut-être curieusement actuels », comme l’écrit Marguerite-Marie Dubois en personne (p. 25). L’ouvrage offre une lecture aisée, car il est jalonné d’anecdotes et de considérations fort drôles, mais sans jamais rien céder sur le plan de la rigueur scientifique et de l’argumentation dans le débat d’idées. La riche documentation sur lequel s’appuie l’auteure, son style clair et précis, la structuration fort pédagogique de chacune des études offertes ne sont pas les moindres de ses qualités, et rendent grâce à une figure humaniste aujourd’hui disparue, mais pertinente et constante jusqu’au terme de son existence.

Top of page

Bibliography

Dubois Marguerite-Marie, Dictionnaire de locutions français-anglais, 1973, Paris : Larousse.

Étiemble René, Parlez-vous franglais ?, 1964, Paris : Gallimard.

Hommage à Marguerite-Marie Dubois, 2011, Études médiévales anglaises, n°80.

Joly André, « Marguerite-Marie Dubois : Fragments d’une vie de philologue », entretien, 2006, Modèles linguistiques, n°53 : 166-190. http://journals.openedition.org/ml/559

Top of page

References

Electronic reference

Frédérique Brisset, Marguerite-Marie Dubois, Miscellanées. Histoire, étymologie, lexicologie (France-Angleterre).Lexis [Online], Book reviews, Online since 21 February 2019, connection on 06 September 2026. URL: http://journals.openedition.org/lexis/3310; DOI: https://doi.org/10.4000/lexis.3310

Top of page

About the author

Frédérique Brisset

Frédérique Brisset, EA CECILLE, Université de Lille, France. Spécialiste de traduction et traductologie (anglais-français), Frédérique Brisset est docteure en études anglophones de l’Université Sorbonne Nouvelle et Maître de Conférences honoraire. Elle se consacre principalement à la traduction audiovisuelle, la lexicologie contrastive, la stylistique et l’herméneutique de la traduction.

By this author

Top of page

Copyright

CC-BY-NC-ND-4.0

The text only may be used under licence CC BY-NC-ND 4.0. All other elements (illustrations, imported files) may be subject to specific use terms.

Top of page
Search OpenEdition Search

You will be redirected to OpenEdition Search