Caroline Scheepers (dir.), Former à l’écrit, former par l’écrit dans l’enseignement supérieur, préface de Christiane Donahue, postface d’Élisabeth Bautier
Caroline Scheepers (dir.), Former à l’écrit, former par l’écrit dans l’enseignement supérieur, préface de Christiane Donahue, postface d’Élisabeth Bautier, Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur, 2021, 336 p.
Texte intégral
1Cet ouvrage dirigé par Caroline Scheepers, spécialiste des littératies scolaire et universitaire à l’Université libre de Bruxelles, est une compilation riche et diverse de perspectives complémentaires sur la place de l’écrit dans l’enseignement supérieur dans des contextes francophones. L’ouvrage est ambitieux par son envergure thématique et géographique. Il repousse les limites du champ de recherche sur l’écrit universitaire, et s’enrichit des apports des recherches sur des terrains francophones variés, allant de la Belgique, d’où provient la majorité des contributions, au Maroc, en passant par la France métropolitaine.
2La préface de Christiane Donahue, spécialiste franco-américaine reconnue pour ses apports interculturels au domaine de l’écriture universitaire, permet de situer ce livre dans un contexte international qui va au‑delà du domaine francophone. Donahue caractérise le champ francophone de l’écrit universitaire, non pas comme en retard par rapport aux robustes recherches menées en Amérique du Nord dans les domaines du composition-rhetoric ou des writing studies, mais comme relevant d’un contexte spécifique.
3La préface, ainsi que le chapitre 3, qui retrace le cheminement de la didactique de l’écrit en français, et le chapitre 5, qui offre un vaste panorama théorique du lien entre l’écrit et l’enseignement des disciplines, contribuent à faire de ce livre un ouvrage de référence générale sur l’écrit dans l’enseignement supérieur. On notera, à travers ces chapitres théoriques, les nombreuses références aux travaux du laboratoire LIDILEM, dont les recherches sont axées depuis longtemps sur ces questionnements, en particulier sur l’écrit scientifique, et au séminal numéro 17 de la revue Lidil datant de 1998, « Pratiques de l’écrit et modes d’accès au savoir dans l’enseignement supérieur ».
4Cependant, ce n’est pas dans l’ancrage théorique que ce recueil trouve toute sa force, mais plutôt dans la diversité des auteurs et des contextes. Les contributeurs sont des chercheurs spécialistes de domaines aussi variés que la littératie, l’écriture scolaire et universitaire, la formation des enseignants, la didactique des mathématiques, l’écriture en L1 et en L2, mais également des praticiens dans le domaine de l’enseignement et des politiques éducatives.
5Les contributions, quoique très variées, se recoupent régulièrement sur certains constats et thématiques communs. Nous proposons de les lire à travers trois angles : (1) l’écrit se révèle être une dimension difficile des études supérieures, voire une source de souffrance et d’échec ; (2) les erreurs superficielles souvent identifiées dans les productions écrites sont le symptôme de problèmes rédactionnels plus profonds ; (3) des dispositifs divers faisant preuve d’une grande originalité permettent de réconcilier les étudiants avec l’écriture, de valoriser la diversité et de rendre à l’écrit son rôle de vecteur d’acculturation dans le supérieur.
6Un des fils conducteurs de l’ouvrage est un constat de difficulté profonde lorsque l’on s’intéresse à l’écrit dans l’enseignement supérieur. Dès le secondaire (chapitres 1 et 2), à l’université, mais également dans les filières professionnelles ou artistiques du supérieur (chapitre 4), écrire constitue un défi important pour les étudiants. Les témoignages des étudiants ainsi que la parole des enseignants illustrent un sentiment de frustration pouvant mener à un rejet vis-à-vis de l’écrit. Le lien important entre ces difficultés et les origines socioculturelles des étudiants est un thème récurrent (chapitres 1 et 4). Ainsi, en parallèle avec la démocratisation des études supérieures, la difficulté à écrire devient un facteur d’échec dans ce contexte (chapitre 15).
7De nombreuses contributions s’attachent à identifier et expliquer les difficultés rencontrées à l’écrit (chapitres 3, 5 et 9). Des méthodologies variées sont adoptées et différents types de corpus sont analysés pour arriver à des conclusions similaires : les études qui portent sur les catégories d’erreurs s’intéressent souvent à des problèmes communs relevant de l’énonciation et de la syntaxe. Le chapitre 9, en particulier, illustre bien dans quelle mesure les erreurs récurrentes sont les symptômes des difficultés rédactionnelles profondes. Pour les lecteurs qui s’intéressent aux aspects linguistiques de l’écrit, ces contributions seront particulièrement pertinentes.
8La force de ce recueil réside peut‑être, au‑delà des constats de difficultés, dans la variété et l’originalité des dispositifs mis en place (chapitres 7, 8, 10, 11, 12 et 13). Beaucoup reposent sur une revendication forte de l’importance de l’écrit pour tous les publics, y compris dans les filières du supérieur où il est traditionnellement négligé, comme les filières artistiques ou la formation des soignants. L’écrit est perçu comme un outil de développement de l’esprit critique pour chaque citoyen, et un outil réflexif permettant une meilleure assimilation des savoirs et des compétences disciplinaires. En cela, l’écrit est un vecteur d’acculturation dans l’enseignement supérieur. Lus ensemble, ces chapitres constituent un manifeste pour donner plus de place et de visibilité à l’écrit dans toutes les filières, et pour établir un rapport plus bienveillant et valorisant envers les scripteurs. Cette ambition de valorisation est également valable pour les compétences plurilingues des scripteurs en langue étrangère (chapitre 10).
9Cet ouvrage s’adresse aussi bien à des chercheurs s’intéressant à l’écrit dans l’enseignement supérieur, qui bénéficieront des perspectives théoriques et méthodologiques variées, qu’à un public plus large d’enseignants ou de praticiens des politiques publiques d’enseignement. Les nombreux projets pédagogiques décrits à travers les chapitres sont résolument optimistes, innovants et tournés vers l’avenir.
Pour citer cet article
Référence électronique
Sülün Aykurt-Buchwalter, « Caroline Scheepers (dir.), Former à l’écrit, former par l’écrit dans l’enseignement supérieur, préface de Christiane Donahue, postface d’Élisabeth Bautier », Lidil [En ligne], 66 | 2022, mis en ligne le 31 octobre 2022, consulté le 16 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/lidil/10845 ; DOI : https://doi.org/10.4000/lidil.10845
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