Christiane Marchello-Nizia et Sophie Prévost, Le français en diachronie : douze siècles d’évolution
Christiane Marchello-Nizia et Sophie Prévost, Le français en diachronie : douze siècles d’évolution, nouvelle édition actualisée, Paris, Ophrys, 2025, 212 p.
Texte intégral
1Sophie Prévost reprend l’ouvrage de Christiane Marchello-Nizia, publié en 1999 et réédité en 2005, et en propose « une version actualisée ». Elle réutilise l’architecture générale et les chapitres du livre, et elle assume une très grande partie du contenu de l’édition précédente. Nous présentons l’ouvrage avec ce qui a été réutilisé de la première édition, avant de commenter les apports de cette nouvelle édition.
2Le français en diachronie : douze siècles d’évolution comporte en son titre l’approche diachronique, qui n’est plus à l’heure actuelle une nouveauté, mais qui l’était lors de la première édition. Ainsi, les autrices se concentrent sur les différents domaines de la linguistique pour en décrire l’évolution, au sein de ces mêmes domaines, sur les douze siècles d’existence de la langue française. La progression générale va de la syntaxe jusqu’à la phonologie : après deux chapitres liminaires sur les particularités de la langue française (chapitre I) et sur l’histoire externe du français (chapitre II), suivent deux chapitres sur l’ordre des mots dans la phrase (chapitres III et IV) ; le groupe nominal (chapitre V), le groupe verbal (chapitre VI), puis les relateurs (chapitre VII) sont ensuite étudiés. L’étude se conclut sur le lexique (chapitre VIII) et sur la phonologie et la graphie (chapitre IX). L’ouvrage reste toujours aussi remarquable par sa clarté (grâce notamment à un usage limité mais suffisant des exemples et des tableaux, et grâce à une hiérarchisation du propos aisée à suivre), sa précision (l’utilisation de données statistiques, issues des corpus et des bases de données donnent de la légitimité aux arguments), sa densité (un grand nombre de domaines linguistiques est abordé en tout juste deux cents pages), et par son esprit de synthèse (les autrices donnent une description générale de l’évolution du français dans chaque domaine linguistique, examinent attentivement certains points, et surtout elles renvoient vers d’autres ouvrages qui permettront d’approfondir). Même 25 ans après sa première édition, il reste donc un ouvrage de référence, pour le curieux qui souhaite un rapide panorama de l’histoire du français autant que pour le spécialiste qui cherche une information et une source précise.
3Concernant l’actualisation de l’ouvrage, la première autrice a laissé le champ libre à la seconde pour modifier et augmenter la première version. Les modifications se révèlent marginales et les ajouts plus nombreux. Parmi les ajouts, nous remarquons des nouvelles considérations sur la question de l’orthographe, dans le contexte sociétal et technologique actuel : les communications via SMS et internet sont ainsi abordées dans le dernier chapitre. Les ajouts les plus importants restent ceux liés aux avancées scientifiques dans les différents domaines abordés : concernant la périodisation du français (chapitre I), sont présentées les mises au jour récentes du très ancien français et du français préclassique (travaux de Christiane Marchello-Nizia et Bernard Combettes) ; dans le chapitre II, Prévost présente les avancées de Michel Banniard sur le latin parlé ; et dans le chapitre IV, les travaux de Claude Buridant augmentent les remarques sur l’ordre des mots dans les subordonnées. Parmi les modifications, nous citons quelques changements de formulations et de terminologie : les énoncés « injonctifs » et « en incise » remplacent judicieusement les énoncés « jussifs » et « inquit » ; le « franc » est devenu le « francique ». Quelques changements et suppressions de sous‑parties permettent de s’accorder avec les nouvelles découvertes. La section « position et expression de l’objet de l’attribut » passe avant l’« expression » et la « position » du sujet, car les faits observés sur l’objet sont finalement antérieurs à ceux observés sur le sujet. D’autre part, le « lexique d’origine normande » (1re édition, p. 130) est intégré à celui d’« origine germanique » (2e édition, p. 163). Nous notons aussi parmi les changements de sous‑parties, la suppression des étapes concernant l’interrogation totale dans le chapitre IV. Ce changement permet de donner plus de nuances au propos, sans se référer à une liste d’étapes strictes. Toutes les observations ci‑dessus ne sont que quelques exemples parmi toutes les modifications et les ajouts qui montrent le dynamisme actuel de la linguistique diachronique.
4Une dernière modification d’apparence anecdotique concerne les objectifs affichés de l’ouvrage. En introduction, Marcello-Nizia en cite trois : l’histoire du français et les changements durant cette histoire, puis la mise en évidence de ce que ces changements du français ont d’universel, et enfin la formulation « d’hypothèse sur l’activité cognitive liée à la faculté du langage ». Prévost ne cite que les deux premiers, ce qui parait cohérent puisque le contenu de l’ouvrage n’aborde le deuxième objectif qu’en conclusion, et le troisième uniquement à la marge.
Pour citer cet article
Référence électronique
Timothée Celeyron, « Christiane Marchello-Nizia et Sophie Prévost, Le français en diachronie : douze siècles d’évolution », Lidil [En ligne], 73 | 2026, mis en ligne le 06 mai 2026, consulté le 07 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/lidil/15424 ; DOI : https://doi.org/10.4000/166mm
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