Paolo Frassi (dir.), Phraséologie et terminologie
Paolo Frassi (dir.), Phraséologie et terminologie, Berlin / Boston, De Gruyter, 2023, 329 p.
Texte intégral
1Le volume collectif dirigé par Paolo Frassi s’inscrit dans le projet Les Humanités numériques appliquées aux langues et littératures étrangères de l’université de Vérone, dans le cadre du sous‑projet DIACOM‑Fr consacré au commerce international. Il constitue un prolongement aux travaux initiés lors du colloque Terminologie et phraséologie de 1993, qui avait posé les premiers jalons d’un dialogue entre ces deux branches de la linguistique. L’ouvrage recensé ici consacre quatorze études aux questions d’identification, de description et de distinction des unités terminologiques multilexémiques et unités phraséologiques.
2La diversité constitue l’un des atouts majeurs du volume : diversité des domaines traités (commerce, droit, musique, médecine, environnement), des corpus exploités (monolingues et bilingues) et des approches mobilisées, qu’elles soient diachroniques, synchroniques, descriptives ou computationnelles. Malgré cette pluralité, l’ensemble conserve une réelle cohérence grâce à un fil conducteur commun : la volonté de comprendre le fonctionnement et la variation des unités polylexicales dans les discours spécialisés. Ce fil conducteur commun se décline en cinq sous-thématiques.
3Un premier sous-ensemble de contributions traite d’une réflexion épistémologique sur les concepts et les dénominations de ces unités. Dans une approche socioterminologique, Delavigne examine la variation métaterminologique de la phraséologie dans un corpus en sciences du langage en diachronie. Elle dresse une typologie inédite d’objets phraséologiques (p. 12) qu’elle catégorise ensuite en termes complexes, collocations, formules et routines discursives. Dans le domaine musical, Rousseau poursuit cette réflexion en distinguant les syntagmes-termes des collocations technolectales selon leur degré de spécialisation et de figement. Zanola, en croisant diachronie et variation, choisit le cadre de Mel’čuk pour illustrer la formation des semi-phrasèmes dans un corpus mathématique en français ancien. Enfin, deux travaux préfèrent la désignation de phraséoterme : Tonti adopte une approche empirique de linguistique outillée pour décrire la création de néologismes ou néoformations en comptabilité et Cagninelli étudie le discours environnemental dans un corpus de tweets.
4Un second sous-ensemble d’articles aborde la dimension didactique de la phraséologie. Bonadonna retrace l’évolution de l’enseignement de la phraséologie dans les méthodes de FLE du Moyen Âge à nos jours. Elle a pu en détecter les traces de cet enseignement dans les passages relatifs au vocabulaire, où on mettait en relief la phraséologie par des marques formelles (italique ou gras). Toutefois le métalangage descriptif employé reste marginal. Li et Tutin présentent ensuite un outil d’aide à la rédaction scientifique destiné à l’apprentissage de la phraséologie transdisciplinaire, fondé sur le Lexique scientifique transdisciplinaire. Cet outil a été adapté aux besoins des apprenants sinophones avec des traductions en chinois. Ces travaux rappellent que la compétence phraséologique constitue un élément central de la maitrise linguistique.
5Le troisième axe thématique est celui de l’approche lexicographique et descriptive. La contribution d’Armenano présente les choix méthodologiques adoptés pour la rédaction de fiches ad hoc dans la base de données terminologique DIACOM‑Fr. Elle explique ces choix à travers l’analyse des difficultés de description des locutions formées autour du terme transaction en examinant le schéma actanciel générant des termes complexes. Polguère pour sa part réhabilite la notion de modificateur redondant, souvent considérée comme un pléonasme. Il souligne sa fonction désambiguïsante dans la terminologie spécialisée et son rôle dans la genèse de certains syntagmes collocationnels. Il distingue deux types : redondance phraséologisée (p. 90), et redondance terminologique (p. 95). Dincă et Preite montrent ensuite, à partir de trois dictionnaires spécialisés, que les collocations verbales juridiques — telles qu’intenter une action, déposer une plainte — constituent un réseau structuré dont la maitrise est essentielle à la traduction et à l’interprétation.
6Le quatrième fil thématique traite de l’automatisation du repérage des collocations. Vezzani met en œuvre un système d’apprentissage automatique supervisé pour l’extraction et la classification de collocations terminologiques verbales dans un corpus médical. Elle décrit la méthodologie depuis la constitution du corpus jusqu’à l’entrainement et la validation du modèle à partir de vérité de terrain. Calvi, Drouin et Frassi présentent une étude comparative des outils AntConc, TermoStat et Sketch Engine pour l’extraction de collocations dans un sous‑corpus commercial. Au vu de la variabilité des collocations, ils soulignent les limites du repérage automatique et la nécessité d’un filtrage manuel complémentaire.
7Enfin, deux articles abordent l’aspect contrastif des équivalences phraséologiques en corpus parallèle. L’étude de Poirier, basé sur un corpus de lois québécoises, met en évidence les décalages entre français et anglais et les difficultés de modélisation automatique des expressions multilexémiques. Chen et Yan comparent les constructions causatives verbe + nom dans un corpus onusien français-chinois. Les équivalences sont classées en adoptant les mécanismes causatifs de Dixon les plus saillants dans le corpus en question ainsi que la métataxe qui consiste à reformuler les phrases pour traduire. Les résultats ont été classifiés en fonction de leur valeur sémantique (neutre, aspectuelle, intensive).
8Hormis ces deux études bilingues, toutes les contributions se concentrent sur le français. On peut à ce sujet regretter l’absence d’une perspective italienne, pourtant attendue dans un ouvrage coordonné dans une université italienne. Sur le plan formel, un regroupement plus thématique des articles aurait pu faciliter la lecture et la mise en relation des travaux. Ces limites n’enlèvent cependant rien à la richesse de ce panorama dense et représentatif des recherche actuelles, qui s’impose comme une référence essentielle pour les chercheurs s’intéressant aux interactions entre phraséologie, terminologie et linguistique de corpus.
Pour citer cet article
Référence électronique
Ola Elghamry Sabae, « Paolo Frassi (dir.), Phraséologie et terminologie », Lidil [En ligne], 73 | 2026, mis en ligne le 06 mai 2026, consulté le 05 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/lidil/15480 ; DOI : https://doi.org/10.4000/166mo
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