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AccueilNuméros86Dossier : L’ombre de Proust et de...Beckett « admirateur » de Proust

Dossier : L’ombre de Proust et de Faulkner dans la littérature de langue française (XXe-XXIe siècles)

Beckett « admirateur » de Proust

Lydie Parisse
p. 51-62

Résumé

En 1931, à l’âge de 23 ans, Samuel Beckett publie en anglais une étude sur Proust commandée par un éditeur londonien, et qui paraîtra seulement à Paris en traduction française en 1990. Se démarquant de l’apologie, il entre dans la compréhension des ressorts profonds de l’œuvre proustienne, tout en dressant un autoportrait de lui-même et des hantises qui traverseront son œuvre future. Sous la double influence de Joyce et de Schopenhauer, il s’interroge sur les épiphanies proustiennes et explore la triple expérience de la dépossession qui habite l’écriture de À la recherche du temps perdu : dépossession du temps, dépossession de l’autre, dépossession de soi. S’il se défend alors d’être un « admirateur » de l’œuvre proustienne, celle-ci marquera cependant ses textes d’une empreinte durable.

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Texte intégral

  • 1 François-Bernard Michel, Proust et Beckett : deux corps éloquents, Arles, Actes Sud, 2011.
  • 2 Samuel Beckett, Proust, trad. Édith Fournier, Paris, Minuit, 1990, p. 19.
  • 3 Luc Fraisse, « Le Proust de Beckett. Fidélité médiatrice, infidélité créatrice », dans La (...)
  • 4 Jean-Michel Rabaté, Beckett avant Beckett : essai sur les premières œuvres, Paris, Presses (...)
  • 5 Auxquelles il faut ajouter ses lectures de René Descartes, d’Arnold Geulincx, de Gottfried (...)
  • 6 Piqué par une remarque de son éditeur qui souligne que l’essai ne sera pas tiré en édition (...)
  • 7 Édith Fournier, Préface à Samuel Beckett, Proust, Paris, Minuit, 1990, p. 15.

1Si, récemment, l’essai publié par François-Bernard Michel1, envisageant les points communs entre Marcel Proust et Samuel Beckett du point de vue de leurs corps souffrants, ouvre des perspectives biographiques, notre propos ici sera d’envisager la fascination de Beckett pour Proust du point de vue de ses fondations intellectuelles. Alors qu’en 1930, huit ans seulement après la mort de Proust, il est lecteur d’anglais à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm et a remporté un concours avec son premier poème publié, Whoroscope, il rédige en anglais un texte de commande, une étude sobrement intitulée Proust, où il ne traite que de À la recherche du temps perdu, qu’il lit, précise-t-il, dans « l’abominable édition de la Nouvelle Revue française en 16 volumes2 »  et dont il traduit librement des passages vers l’anglais, pour en insérer la plupart du temps les contenus dans son propre énoncé sans passer par l’usage universitaire et académique des citations. D’ailleurs, comme l’a souligné Luc Fraisse dans un article, ce commentaire intuitif, cette immersion en profondeur fait subir à l’œuvre de Proust des « déformations créatrices3 » qui, à bien des égards, constituent une avancée dans les études proustiennes, comme le souligneront des critiques par la suite4. Découvert en France en 1990 grâce à la traduction d’Édith Fournier, le Proust de Beckett prend place dans la série des ouvrages qui marquent les fondations de son œuvre, un an après la parution de son essai Dante, Bruno, Vico… Joyce, qui s’inscrit dans le prolongement de ses lectures philosophiques5. Se livrant dans cet essai à une réflexion sur sa propre œuvre à venir, tout en subissant l’influence de Joyce, il se livre, à la fois avec raillerie6 et sérieux, à une réflexion sur l’écriture et sur l’expérience d’être au monde. Comme le précise Édith Fournier dans sa préface, « Proust est un acte de compréhension, où se révèlent à la fois l’œuvre comprise et celui qui la comprend7 ». Nous tenterons de distinguer deux modalités dans l’approche de l’œuvre de Proust opérée par Beckett, deux modalités qui d’ailleurs se confondent : celle de l’exégète, celle de l’écrivain – au profit de la seconde.

La posture de l’exégète

  • 8 James Knowlson, op. cit., p. 89.

2C’est en 1930, à l’âge de vingt-trois ans, que Beckett accepte la proposition faite par l’Écossais Charles Prentice, principal responsable des « Dolphin books » aux éditions Chatto and Windus, de publier un essai dans cette collection. Il n’est pas encore l’écrivain que l’on sait, il est le secrétaire de James Joyce. S’il a étudié Du côté de chez Swann qui était au programme de la licence – aux côtés de deux romans de Gide et d’un recueil de poésies de Francis Jammes8 – il a été par la suite, en cette même année 1930, tenté par la rédaction d’une thèse sur Proust et sur Joyce, comme le souligne malicieusement son biographe :

  • 9 Ibid., p. 149.

Il caresse d’ailleurs devant le directeur adjoint de l’École Normale, le professeur Bouglé qui a succédé à Gustave Lanson, l’idée de déposer un sujet de thèse sur l’œuvre de Proust et de Joyce. Mais en France, il est d’usage d’attendre qu’un écrivain soit mort, enterré et consacré par les ans pour entreprendre sur lui des recherches universitaires sérieuses. Or Proust n’a disparu que huit ans plus tôt et Joyce est encore bien vivant9.

  • 10 Ibid., p. 170.
  • 11 Samuel Beckett, cité par Édith Fournier dans sa préface, op.cit., p. 15.
  • 12 Id.

3James Knowlson se montre critique par rapport à l’essai beckettien, encore trop plein, selon lui, d’ardeur juvénile : « L’essai contient tour à tour des pages lumineuses – notamment celles sur le souvenir involontaire ou le rôle de l’habitude dans la vie humaine – et d’autres exaspérantes d’ostentation pédante et d’outrances stylistiques10 ». Ce n’est pas sans une certaine désinvolture étudiée, qui renvoie dos à dos « l’apologie » et la réduction d’une œuvre « en hocquets universitaires11 » et les « hystérectomies à la truelle12 » des critiques littéraires, que Beckett écrit son Proust, tout en déployant un acharnement remarquable lors de cet été 1930, qu’il consacre à parachever la lecture de l’œuvre et de la critique, tout en n’épargnant pas l’œuvre proustienne, qu’il qualifie de rébarbative par moments, de stimulante à d’autres, comme il en témoigne dans sa correspondance :

  • 13 Samuel Beckett, Lettre à T.M., autour du 18 juillet 1930. Citée par James Knowlson, o (...)

Il y a des choses incomparables – Bloch, Françoise, Tante Léonie, Legrandin –, et puis des passages désagréablement minutieux, artificiels, presque malhonnêtes. Il est difficile de se faire une opinion sur lui [Proust]. Il est de façon si absolue le maître de sa forme qu’il en devient aussi souvent l’esclave. Certaines de ses métaphores illuminent une page entière comme une belle explosion, d’autres restent empâtées dans le plus ennuyeux des désespoirs. Il joue comme personne du subtil équilibre, du charmant, du vacillant équilibre, et brusquement c’est la stase, les plateaux de la balance se calent selon une horizontale parfaite, dans une symétrie plus pesante que celle du mauvais Macaulay, avec des primos et des secundos qui se font complaisamment écho et réécho […]. Et dire qu’il faut que je le contemple sur le trône pendant treize volumes13.

  • 14 James Knowlson, op. cit., p. 170.
  • 15 Samuel Beckett, Proust, op. cit., p. 65.
  • 16 Ibid., p. 75.
  • 17 Id.
  • 18 Samuel Beckett, Proust, op. cit., p. 77.
  • 19 Ibid., p. 75.
  • 20 Ibid., pages 91 à 106.

4Cependant, le thème du désespoir est en partie ce qui a emporté l’adhésion du jeune lecteur de l’œuvre proustienne. James Knowlson souligne « l’influence de la lecture de Schopenhauer sur l’essai, et le besoin permanent qu’éprouve Beckett de trouver “une justification intellectuelle du malheur”, à travers les commentaires sombres et pessimistes que lui inspire La Recherche14. » En témoignent notamment les pages consacrées à l’amour et à l’amitié. Après de longs développements sur la jalousie de Swann à l’égard d’Albertine, il conclut : « Il n’existe assurément pas dans toute l’histoire de la littérature une étude de ce désert où règnent la solitude et la récrimination, et que les hommes nomment l’amour, qui soit exposée puis développée avec un manque de scrupules aussi diabolique15. » L’amitié ne subit pas un meilleur traitement, comme il l’explique : « Si pour Proust, l’amour prend sa source dans la tristesse de l’homme, l’amitié prend sa source dans sa couardise16 ». Comprenons : sa peur de la solitude et de la mort. Et de préciser que « l’amitié, selon Proust, est la négation de la solitude irrémédiable à laquelle tout être humain est condamné. L’amitié implique une acceptation presque pitoyable des valeurs superficielles17 » et « équivaut à sacrifier l’essence de soi, seule réalité incommunicable18 ». Toutefois, un glissement s’est opéré au fil de l’argumentation. Il s’agit moins d’évoquer le divertissement pascalien que le contexte de la vocation artistique, qui isole des autres : « L’art est l’apothéose de la solitude ; aucune communication n’est possible parce qu’il n’existe aucun moyen de communiquer19 ». Si l’expérience d’être au monde est irrémédiablement vouée à l’échec, en revanche le thème de la naissance de la vocation artistique, qui nourrit Le Temps retrouvé – comme par ailleurs le Portrait de l’artiste en jeune homme de Joyce – fournira à l’essai sur Proust l’envolée – quasi mimétique – des pages finales20.

Les épiphanies

  • 21 Ibid., p. 45.

5Dans son essai, Beckett récapitule un peu laborieusement et non sans une certaine ironie les principaux épisodes épiphaniques qui émaillent la Recherche et en font « un monument élevé à la gloire de la mémoire involontaire et à la grandeur épique de son action21 », à travers une forme de fétichisme dont il égrène assez scolairement « la liste des fétiches » principaux :

  1. La madeleine trempée dans une tasse de thé (Du côté de chez Swann [vol I, p. 44-47]).
  2. Les clochers de Martinville, vus de la voiture du docteur Percepied [id., vol I, p. 178-180].
  3. Une odeur de renfermé dans les lavabos publics des Champs-Élysées (À l’ombre de jeunes filles en fleurs [vol I, p. 483]).
  4. Les trois arbres de Balbec, vus de la voiture de Mme de Villeparisis [id., vol II, p. 77].
  5. Le buisson d’aubépines près de Balbec [id., vol II, p. 274-275].
  6. Il se baisse pour déboutonner ses bottines lors de son deuxième séjour au Grand Hôtel de Balbec (Sodome et Gomorrhe [vol III, p. 152-153]).
  7. Des pavés inégaux dans la cour de l’hôtel de Guermantes (Le Temps retrouvé [vol IV, p. 445]).
  8. Le bruit d’une cuillère contre une assiette [id., p. 446].
  9. Il s’essuie la bouche avec une serviette [id., p. 447].
  10. Le bruit d’une conduite d’eau [id., p. 452].
  11. François le Champi de George Sand [id., p. 461- 462].
  • 22 Ibid., p. 53.
  • 23 Samuel Beckett, Proust, op. cit., p. 100.
  • 24 Id.

6Il commente particulièrement le 6e épisode, où pour la première fois, un an après la mort de sa grand-mère, le narrateur « sait qu’elle est morte, il sait qui est mort22 », et conclut que Proust, à la manière de Dostoïevski, « dépeint ses personnages sans les expliquer23 », ou plutôt les explique « afin qu’ils puissent paraître tels qu’ils sont : inexplicables. Les expliquant, il épaissit leur mystère24 ».

  • 25 James Joyce, Portrait de l’artiste en jeune homme, trad. Ludmila Savitsky et Jacques (...)
  • 26 Marcel Proust, cité par David Le Breton, Disparaître de soi, Paris, Métailié, 2015, p. (...)
  • 27 Claude Lévi-Strauss, cité par David Le Breton, op. cit., p. 184.

7Les dix dernières pages de l’essai que Beckett consacre à Proust sont saisissantes et méritent que l’on s’y arrête. L’une des phrases les plus marquantes est celle qui a trait à la perception inspirée, car elle traduit sa fascination pour les épiphanies qui hantent à la fois l’œuvre de Joyce – qui revendique et théorise la notion – et celle de Proust, et deviennent des marques distinctives de leur univers esthétique, du Portrait de l’artiste en jeune homme (1916) à Ulysse (1922), et jusqu’aux célèbres pages du Temps retrouvé, publié en 1927 à titre posthume. Joyce revendiquait une conception à la fois démiurgique et spirituelle de l’acte créateur, et son personnage de Stephen Dedalus, nourri des lectures de Paracelse, de Jean de la Croix et de bien d’autres, médite sur l’impersonnalité de l’artiste, définissant un nouveau lyrisme, un lyrisme sans je : « la personnalité de l’artiste, d’abord cri, cadence ou état d’âme, puis récit fluide et miroitant, se subtilise enfin jusqu’à perdre son existence, et pour ainsi dire s’impersonnalise25. » Il est certain que les pages de Proust sur la dissolution de l’identité, sur l’absence de continuité du « je », sur la dynamique résurrectionnelle qui fait du moi une suite de morts successives, tous ces éléments présents dans l’œuvre de Proust ont fait une forte impression sur le jeune Beckett. Dans Du côté de chez Swann, Proust écrit que « notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres26 », affirmation que l’anthropologue David Le Breton rapprochera des propos de Claude Lévi-Strauss dans son ouvrage L’Identité, paru en 1983 : « L’identité est une sorte de foyer virtuel auquel il nous est indispensable de nous référer […] mais sans qu’il ait jamais d’existence réelle27 ».

8Ce doute sur la consistance de la notion d’identité a occupé Beckett, comme le soulignera Charles Juliet, citant des notes qu’il a prises sur une interview de Beckett au moment de l’attribution du prix Nobel :

  • 28 Charles Juliet, Rencontres avec Bram Van Velde, Paris, P.O.L, 2007, p. 62.

Nous nous trouvons si souvent dans des états qui n’ont aucun rapport avec le monde dit réel… Samuel Beckett, par son œuvre, nous aide à nous y retrouver. Une grande partie de notre vie est mécanique, nous avons peur de découvrir ce qui se passe vraiment, d’explorer notre fragilité, et nous ne trouvons pas les mots pour le formuler. Beckett l’exprime avec tant de justesse que cette reconnaissance nous rend plus forts. Il est libre, il ne se laisse pas diriger par des points de vue. Il s’avance seul, à la découverte de cet être que nous connaissons mal et qui gît au fond de nous28

  • 29 Samuel Beckett, Proust, op. cit., p. 25.

9Dans Proust, Beckett, filant la métaphore à la manière proustienne, définit l’être – une notion qui échappe, une notion négative par excellence – comme le siège d’un « processus ininterrompu de transvasement » : « transvasement du récipient qui contient l’eau de l’avenir, atone, blafarde et monochrome, dans le récipient qui contient l’eau du passé, agitée, colorée par le grouillement des heures écoulées29 ». Évoquant la mémoire involontaire proustienne, il assimile l’expérience humaine à une substance inaccessible à la conscience car

  • 30 Ibid., p. 86.

[…] enfermée comme dans un vase clos empli d’un certain parfum, baigné d’une certaine couleur et porté à une certaine température. Ces vases sont suspendus à des altitudes diverses, disposés sur toute la hauteur de nos années. N’étant pas accessibles à notre mémoire intellectuelle, ils sont en un sens préservés, la pureté de leur contenu atmosphérique est garantie par l’oubli30.

  • 31 Ibid., p. 89.
  • 32 Ibid., p. 87.

10Critiquant « le caractère illusoire et absurde d’un art réaliste, […] misérable relevé de lignes et de surfaces31 », il témoigne du caractère inouï de notre présence au monde à travers cette constatation vertigineuse selon laquelle « la réalité, qu’on l’appréhende de façon imaginaire ou empirique, demeure une surface impénétrable, hermétique32 ».

La dissolution du je

11Deux voies s’offrent à l’artiste pour entrer en contact avec le réel : les vertiges de l’excavation ou l’exercice de l’inattention. Deux voies que Beckett évoque à propos de Proust, et qui poseront les fondations de sa propre recherche.

  • 33 Ibid., p. 77.
  • 34 Id., p. 77.
  • 35 « Ein Loch nach dem andern in ihr zu bohren, bis das Dahinterkauernde, sei es etwas o (...)

12Pour la première, il s’agit de se laisser entraîner dans une folle « excavation, une immersion, une concentration de l’esprit, une plongée en profondeur33 », de forer les surfaces au point de se laisser « attirer jusqu’à l’œil du cyclone34 » – une réflexion qui trouvera son prolongement sept ans plus tard dans la célèbre « lettre allemande » adressée le 9 juillet 1937 à son amiAxel Kaun, où il rêve de transposer dans le champ de l’écriture les expérimentations menées en peinture par les tenants de l’art abstrait, qui sont parvenus à dissoudre la figuration  : « Comme nous ne pouvons pas le [le langage] supprimer d’un seul coup, tâchons au moins de le discréditer. Y forer un trou après l’autre jusqu’à ce que ce qui est tapi derrière, que ce soit quelque chose ou rien, commence à suinter – je ne peux pas imaginer de but plus élevé pour un écrivain aujourd’hui35. »

  • 36 Samuel Beckett, Proust, op. cit., p. 41.
  • 37 L’idiotie trouve son origine dans la tradition néotestamentaire, à savoir la premièr (...)
  • 38 « J’étais fou bien sûr et le suis toujours, mais inoffensif, je passais pour inoffens (...)
  • 39 Samuel Beckett, Proust, op. cit., p. 42.

13Quant à l’exercice de l’« inattention36 », il nous ramène aux épiphanies proustiennes et à l’expérience de la dissolution du sujet, par lequel la suspension furtive de la pensée rationnelle et de la logique conceptuelle ouvre à une forme de pensée « éveillée », à un état d’entre-deux – qu’il nomme « folie », au sens où les spirituels conçoivent la notion d’idiotie37. Une « folie » que lui-même revendiquera chez nombre de ses personnages38. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre cette méditation sur la « folie » proustienne, conçue comme un raccourci pour accéder à « l’essence de notre être », palpable « lorsqu’en dormant nous nous échappons dans l’annexe spacieuse de l’aliénation mentale ou lorsque, éveillés, nous bénéficions des rares mannes que dispense la folie. C’est à cette source profonde que Proust a puisé son univers39. »

14Cette inattention n’est autre qu’un exercice singulier de l’attention, très précisément décrit dans les textes des mystiques. On en trouve par exemple un exposé éclairant chez Simone Weil :

  • 40 Simone Weil, Attente de Dieu, Paris, Albin Michel, 2016, p. 102. Citée par Julie Sei, (...)

L’attention consiste à suspendre sa pensée, à la laisser disponible, vide et pénétrable à l’objet, à maintenir en soi-même à proximité de la pensée, mais à un niveau inférieur et sans contact avec elle, les diverses connaissances acquises qu’on est forcé d’utiliser. La pensée doit être, à toutes les pensées particulières et déjà formées, comme un homme sur une montagne qui, regardant devant lui, aperçoit sous lui, mais sans les regarder, beaucoup de forêts et de plaines. Et surtout, la pensée doit être vide, en attente, ne rien chercher, mais être prête à recevoir dans sa vérité nue l’objet qui va y pénétrer 40.

L’épistémologie de l’acte créateur

  • 41 Samuel Beckett, Proust, op. cit., p. 97.
  • 42 Ibid., p. 87.

15Cet état de suspension, que Beckett commente à travers les métaphores proustiennes du liquide et du parfum, ne témoigne pas seulement d’une dissolution momentanée du sujet percevant, mais d’une extase phénoménologique marquée par la distinction abolie entre le sujet et l’objet – une obsession qui va le poursuivre à travers son œuvre future, notamment dans le court-métrage expérimental de 25 minutes, sobrement intitulé Film, qu’il réalisera en 1964 avec Buster Keaton. L’acteur y interprètera le rôle principal, un personnage nommé ‘O’ (comme Objet), qui passe son temps à fuir le regard hors-champ de l’œil qui se trouve derrière la caméra. Ceci pour illustrer une pensée du philosophe irlandais George Berkeley selon lequel « être c’est être perçu ou percevoir » (esse est percipi aut percipere). Plus de trente ans plus tôt, la lecture de l’œuvre de Proust fournit une méditation sur ce que pourrait être un mode de perception où les rôles du sujet (percevant) et de l’objet (perçu) seraient momentanément abolis pour ne constituer qu’une seule entité, dans l’actualisation d’un mode de perception échappant au temps chronologique et à la durée : ce qu’il nomme « la perception inspirée41 », « la vision » ou « l’expérience mystique42 ».

  • 43 Maurice Merleau-Ponty, Le Visible et l’Invisible, Paris, Gallimard, « Tel », 1964, p. (...)
  • 44 « La chair du monde (le « quale ») est indivision de cet être sensible que je suis, e (...)
  • 45 Ibid., p. 175.

16Dans « L’Entrelacs, le chiasme », Maurice Merleau-Ponty écrit : « Personne n’a été plus loin que Proust dans la fixation des rapports du visible et de l’invisible, dans la description d’une idée qui n’est pas le contraire du sensible, qui en est la doublure et la profondeur43. »  Le philosophe nous aide à appréhender les zones-frontières du visible et de l’invisible présentes dans l’œuvre de Proust, en évoquant cette suspension de l’acte perceptif qui est aussi l’entrée dans la « vision », une vision qui n’est pas seulement restreinte à la perception oculaire, mais qui engage le corps entier, voire « la chair du monde44 » : « Puisque la vision est palpation par le regard, il faut qu’elle aussi s’inscrive dans l’ordre d’être qu’elle nous dévoile, il faut que celui qui regarde ne soit pas lui-même étranger au monde qu’il regarde45. » 

  • 46 Samuel Beckett, Proust, op. cit., p. 97.
  • 47 Ibid., p. 87.

17Trois décennies plus tôt, Beckett a formulé des intuitions semblables à propos de Proust : « La seule réalité est celle que fournissent les hiéroglyphes tracés par la perception inspirée (l’identification du sujet et de l’objet)46. » Reprenant les mots du narrateur proustien dans Le Temps retrouvé, Beckett identifie clairement, à la manière de Joyce, les épiphanies proustiennes à une expérience de type spirituel : « si [l’] expérience mystique confère une essence extra-temporelle, il s’ensuit que celui qui l’éprouve est, sur le moment, un être extra-temporel 47». Cette remarque fait clairement référence à ce passage proustien :

  • 48 Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, éd. Jean-Yves Tadié, Paris, Gallimard, (...)

J’éprouvais […] dans le moment actuel et dans le moment éloigné le bruit de la cuiller sur l’assiette, l’inégalité des dalles, le goût de la madeleine […]. [L’] être qui goûtait alors en moi cette impression la goûtait en ce qu’elle avait de commun dans un jour ancien et maintenant, dans ce qu’elle avait d’extra-temporel […] [M]es inquiétudes au sujet de ma mort eussent cessé au moment où j’avais reconnu inconsciemment [c]e goût, puisqu’à ce moment-là, l’être que j’avais été était un être extra-temporel. […]. Il ne vivait que de l’essence des choses et ne pouvait la saisir dans le présent, où l’imagination n’entrant pas en jeu, les sens étaient incapables de la fournir48.

  • 49 Samuel Beckett, op. cit., p. 87.
  • 50 Id.
  • 51 Id.
  • 52 Samuel Beckett, op. cit., p. 97.
  • 53 Ibid., p. 88.

18Si, selon Beckett, « un contact direct, purement expérimental, entre le sujet et l’objet n’est pas […] possible, car sujet et objet sont nécessairement séparés par la conscience perceptive du sujet49 », il conclut que le sujet qui traverse une telle expérience entre dans un « réel idéal50 », lui-même devenant un être « extratemporel51 ». C’est pourquoi, selon lui, « la solution proustienne […] consiste donc en la négation du temps et de la mort, la négation de la mort en raison de la négation du temps. La mort est morte parce que le temps est mort52 ». Auquel cas, le titre Le Temps retrouvé lui apparaît aussi saugrenu qu’inadéquat, puisque « le temps n’est pas retrouvé mais aboli53 ».

  • 54 Id.
  • 55 Marcel Proust, op. cit., p. 449-450.

19Cette expérience de sortie hors du temps décrite dans la Recherche renvoie à une extase phénoménologique au sens où l’entend Merleau-Ponty, c’est-à-dire qu’elle se situe à un stade de la conscience où la distance entre l’objet perçu et le sujet percevant a été abolie, permettant l’entrée dans la vision, ou accès – sans filtre – à la réalité, ou à un « réel idéal », selon Beckett. Cette expérience, Baudelaire en avait déjà donné une description, puisque Beckett évoque la définition de la réalité selon ce poète : « la fusion adéquate du sujet et de l’objet54 ». L’acte de perception est toujours un acte de séparation, puisque le sujet se différencie de l’objet qu’il regarde. Seule « l’expérience mystique » abolit ce mode de représentation dualiste, une expérience à laquelle s’apparente celle que décrit le narrateur du Temps retrouvé, lorsqu’il récapitule ses principales expériences épiphaniques – « le bruit de la cuiller sur l’assiette, l’inégalité des dalles [de la place St Marc], le goût de la madeleine55 ».

20Or, ce que réalise l’art au terme de la Recherche, c’est une transmutation du temps et par là-même une transfiguration de la réalité. L’œuvre a échappé à la perception agonistique du temps, elle a échappé au champ de la nature qui ne veut que notre mort, c’est pourquoi Le Temps retrouvé ne marque pas une fin mais un début, l’entrée dans une vie nouvelle, dans « la vraie vie, la vie réellement vécue », qu’est la littérature. Ce qui a intrigué Beckett à travers sa lecture de Proust, c’est la manière dont la Recherche développe une épistémologie de l’acte créateur. Prenant pour thématique la gestation d’une vocation artistique, elle est le récit de la création d’une œuvre, mais aussi de l’affirmation-dissolution paradoxale du sujet narrateur, dont les divers épisodes épiphaniques constituent les jalons.

 

  • 56 « La fleur, la plante n’ont pas la volonté consciente ; sans pudeur, elles exposent a (...)
  • 57 Samuel Beckett, op. cit.., p. 106. La citation de Proust est extraite de Du côté (...)

21Dans son essai sur Proust, Beckett, sous l’influence de Joyce, se livre donc à un exercice critique à la fois personnel et indiscipliné, dans lequel il se montre sensible au récit de la vocation artistique, en même temps qu’il cherche à pénétrer les ressorts qui nourrissent le processus d’écriture proustien, en écho à ses propres hantises personnelles et intellectuelles. Ce qui l’intéresse, c’est d’entrer dans le regard de celui qui écrit, dans l’éthos de l’écrivain aux prises avec l’invisible. Le processus de création est lié au travail sur l’attention. C’est une askêsis. Une ascèse. Pour créer, il faut être dans un état de disponibilité totale nécessaire au surgissement de l’intuition, de la vision. Dans Proust, Beckett affirme cette nécessité d’un état d’inconscience pour créer. Á la fin de son essai, ce qu’il retiendra de l’œuvre proustienne (outre les volutes de la phrase), ce ne sera pas la maîtrise formelle qu’il lui reprochait au début, mais bien l’exercice de la dépossession à l’origine de l’œuvre. C’est pourquoi il terminera son essai en valorisant d’une part les formes de l’inconscience, à travers les images botaniques qui chez Proust, comparent l’humanité à une flore – et jamais à une faune –56 ; et d’autre part à travers l’importance de la musique dans l’univers proustien, assimilée à l’expérience mystique : « Proust décrit l’expérience mystique récurrente comme “une de ces impressions qui sont peut-être pourtant les seules purement musicales, inétendues, entièrement originales, irréductibles à tout autre ordre d’impression [...] sine materia57. »

  • 58 Ibid., p. 107. Ce dernier mot de « defunctus » est emprunté à Schopenhauer, qui écr (...)
  • 59 « Puer el debito mayor/ Del hombre es haber nacido », « Le plus grand péché de l’homm (...)
  • 60 « Toute écriture est un péché contre l’échec de la parole », disait Beckett. Cité par (...)

22Mais si la « petite phrase » de la Sonate de Vinteuil amène un contact avec l’invisible, ce n’est pas au sens d’une victoire (au sens où l’entend Swann), mais d’une défaite, d’une perte (au sens où l’entend le narrateur) : il la voit comme « l’affirmation de la réalité invisible qui fait de la vue du corps sur terre un pensum maudit et dévoile le sens du mot defunctus58 ». Il s’agit là pour Beckett de clore sa dissertation schopenhauerienne en la replaçant dans le contexte de ses lectures du Paradis perdu de Milton et de La Divine Comédie de Dante, qui fourniront des leitmotiv caractéristiques de sa propre œuvre à venir, à savoir la hantise du péché d’être né59, et la hantise du péché « contre l’échec de la parole60 ».

23Moins qu’une apologie du pessimisme, le Proust de Beckett sonde les fondements de l’acte créateur proustien pour y traquer la dépossession à l’œuvre : la dépossession comme fil rouge thématique – l’impossibilité de posséder le Temps, l’autre, soi-même – mais surtout comme moteur de l’écriture.

  • 61 Samuel Beckett, cité par Anne Atik, op. cit. p. 103.

24Si dans le cadre de cet essai, Beckett se défend d’être un « admirateur » de l’œuvre de Proust, celle-ci a néanmoins laissé en lui des traces profondes, dont témoignent ses amis, et notamment Anne Atik, qui évoque en 1977 l’impression laissée par la Recherche chez Beckett, qui se souvient de l’écrivain Bergotte « contemplant avant sa mort la Vue de Delft de Vermeer, le “petit pan de mur bien jaune.. si bien peint… comme une précieuse œuvre d’art chinois”61 ».

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Notes

1 François-Bernard Michel, Proust et Beckett : deux corps éloquents, Arles, Actes Sud, 2011.

2 Samuel Beckett, Proust, trad. Édith Fournier, Paris, Minuit, 1990, p. 19.

3 Luc Fraisse, « Le Proust de Beckett. Fidélité médiatrice, infidélité créatrice », dans La Petite Musique du style. Proust et ses sources littéraires, Paris, Classiques Garnier, 2011, p. 563.

4 Jean-Michel Rabaté, Beckett avant Beckett : essai sur les premières œuvres, Paris, Presses de l’École Normale Supérieure, 1985. Nicholas Zurbrugg, Beckett and Proust, Buckinghamshire (England), Colin Smythe Ltd, 1987.

5 Auxquelles il faut ajouter ses lectures de René Descartes, d’Arnold Geulincx, de Gottfried Wilhelm Leibniz, de Fritz Mauthner, d’Arthur Schopenhauer (qui marquera l’essai sur Proust) et de bien d’autres.

6 Piqué par une remarque de son éditeur qui souligne que l’essai ne sera pas tiré en édition de grand format car le nom de Beckett « n’a pas encore atteint le public des collectionneurs et des bibliophiles », Beckett réplique que sa « brochure de 4 sous » peut ne pas être à la hauteur des « éminents lèche-fesses proustiens » des salons. Cité par James Knowlson, Beckett, biographie traduite par Oristelle Bonis, Arles, Actes Sud, 1999, p. 65.

7 Édith Fournier, Préface à Samuel Beckett, Proust, Paris, Minuit, 1990, p. 15.

8 James Knowlson, op. cit., p. 89.

9 Ibid., p. 149.

10 Ibid., p. 170.

11 Samuel Beckett, cité par Édith Fournier dans sa préface, op.cit., p. 15.

12 Id.

13 Samuel Beckett, Lettre à T.M., autour du 18 juillet 1930. Citée par James Knowlson, op. cit., p. 168.

14 James Knowlson, op. cit., p. 170.

15 Samuel Beckett, Proust, op. cit., p. 65.

16 Ibid., p. 75.

17 Id.

18 Samuel Beckett, Proust, op. cit., p. 77.

19 Ibid., p. 75.

20 Ibid., pages 91 à 106.

21 Ibid., p. 45.

22 Ibid., p. 53.

23 Samuel Beckett, Proust, op. cit., p. 100.

24 Id.

25 James Joyce, Portrait de l’artiste en jeune homme, trad. Ludmila Savitsky et Jacques Aubert, Paris, Gallimard, « Folio », 1995, p. 312.

26 Marcel Proust, cité par David Le Breton, Disparaître de soi, Paris, Métailié, 2015, p. 183.

27 Claude Lévi-Strauss, cité par David Le Breton, op. cit., p. 184.

28 Charles Juliet, Rencontres avec Bram Van Velde, Paris, P.O.L, 2007, p. 62.

29 Samuel Beckett, Proust, op. cit., p. 25.

30 Ibid., p. 86.

31 Ibid., p. 89.

32 Ibid., p. 87.

33 Ibid., p. 77.

34 Id., p. 77.

35 « Ein Loch nach dem andern in ihr zu bohren, bis das Dahinterkauernde, sei es etwas oder nichts, durchzusickern anfängt – ich kann mir für den heutigen Schriftsteller kein höheres Ziel vorstellen ». SamuelBeckett, Disjecta, Miscellaneous writings and Dramatic Fragment, ed. John Calder, London, 1983, p. 52.

36 Samuel Beckett, Proust, op. cit., p. 41.

37 L’idiotie trouve son origine dans la tradition néotestamentaire, à savoir la première épître aux Corinthiens de l’apôtre Paul, qui, au IVe siècle, affirma la caducité des représentations humaines en remettant en cause une notion corrélative de celle de savoir : la sagesse. Selon lui, s’affirmer sage est impossible pour un être humain, car cet état ne lui est pas accessible. Seul celui qui paraît fou peut s’affirmer sage, car alors, il n’est pas sage selon les hommes mais en vertu de l’absolu.

38 « J’étais fou bien sûr et le suis toujours, mais inoffensif, je passais pour inoffensif, elle est bien bonne. Oh je n’étais pas vraiment fou, seulement bizarre, un peu bizarre, et d’année en année un peu plus, il ne doit pas y avoir à l’air libre beaucoup de créatures plus bizarres que moi au jour d’aujourd’hui », affirme le narrateur de D’un ouvrage abandonné, dans Samuel Beckett, Têtes Mortes, Paris, Minuit, 1972, p. 19. Pour aller plus loin, voir Lydie Parisse, La Parole trouée. Beckett, Tardieu, Novarina (Paris, Lettres Modernes Minard/Classiques Garnier, 2008, rééd. 2019) ou Les Voies négatives de l’écriture dans le théâtre moderne et contemporain (Paris, Lettres Modernes Minard/Classiques Garnier, 2019).

39 Samuel Beckett, Proust, op. cit., p. 42.

40 Simone Weil, Attente de Dieu, Paris, Albin Michel, 2016, p. 102. Citée par Julie Sei, « « Mystique et introspection psychologique dans les œuvres de Marcel Proust et de Simone Weil », dans Fanny Arama, Riccardo Raimondo et Grégory Jouanneau-Damance (dir.), Expériences mystiques. Énonciations, représentations et réécritures, Paris, Classiques Garnier, 2021, p. 292.

41 Samuel Beckett, Proust, op. cit., p. 97.

42 Ibid., p. 87.

43 Maurice Merleau-Ponty, Le Visible et l’Invisible, Paris, Gallimard, « Tel », 1964, p. 193.

44 « La chair du monde (le « quale ») est indivision de cet être sensible que je suis, et de tout le reste de ce qui se sent en moi, indivision plaisir-réalité. » (Maurice Merleau-Ponty, op. cit., p. 303).

45 Ibid., p. 175.

46 Samuel Beckett, Proust, op. cit., p. 97.

47 Ibid., p. 87.

48 Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, éd. Jean-Yves Tadié, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. IV, 1989, p. 449-450.

49 Samuel Beckett, op. cit., p. 87.

50 Id.

51 Id.

52 Samuel Beckett, op. cit., p. 97.

53 Ibid., p. 88.

54 Id.

55 Marcel Proust, op. cit., p. 449-450.

56 « La fleur, la plante n’ont pas la volonté consciente ; sans pudeur, elles exposent aux regards leurs organes de reproduction », écrit Beckett, poursuivant : « Et, comme les êtres du monde végétal, les êtres humains semblent solliciter l’attention d’un pur sujet, afin de pouvoir changer leur état d’êtres voués à une volonté aveugle en celui d’objets qui s’offrent aux regards » (Samuel Beckett, Proust, op. cit., p. 102-103). Les métaphores botaniques appliquées à l’humain abonderont par la suite dans l’œuvre de Beckett, qui pratiquera volontiers la confusion des règnes.

57 Samuel Beckett, op. cit.., p. 106. La citation de Proust est extraite de Du côté de chez Swann.

58 Ibid., p. 107. Ce dernier mot de « defunctus » est emprunté à Schopenhauer, qui écrivait : « La vie est une tâche à accomplir ; en ce sens, defunctus est une belle expression » (Parerga & Paralipomena, II-XIII, § 57).

59 « Puer el debito mayor/ Del hombre es haber nacido », « Le plus grand péché de l’homme est d’être né » (Calderón, La Vie est un songe, cité par Samuel Beckett dans Proust, op. cit., p. 79).

60 « Toute écriture est un péché contre l’échec de la parole », disait Beckett. Cité par Anne Atik, Comment c’était. Souvenirs sur Samuel Beckett, trad. Emmanuel Moses, Paris, Seuil, « Points », 2003, p. 100.

61 Samuel Beckett, cité par Anne Atik, op. cit. p. 103.

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Pour citer cet article

Référence papier

Lydie Parisse, « Beckett « admirateur » de Proust »Littératures, 86 | 2022, 51-62.

Référence électronique

Lydie Parisse, « Beckett « admirateur » de Proust »Littératures [En ligne], 86 | 2022, mis en ligne le 14 mars 2024, consulté le 08 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/litteratures/3597 ; DOI : https://doi.org/10.4000/121ya

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Auteur

Lydie Parisse

Lydie Parisse est maîtresse de conférences habilitée à diriger les recherches en Littérature française et en arts du spectacle. Elle est également écrivaine et metteuse en scène. Sa pratique artistique et sa recherche théorique sont étroitement liées. Elle a publié cinq pièces de théâtre, deux romans, ainsi que cinq essais, dont Lagarce. Un théâtre entre présence et absence (Classiques Garnier, 2014), La Parole trouée. Beckett, Tardieu, Novarina (Lettres Modernes Minard, 2008, rééd. 2019), et Les Voies négatives de l’écriture dans le théâtre moderne et contemporain (Lettres Modernes Minard, 2019).

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