Petites révolutions de lointaines républiques médiévales italiennes ou Grande Révolution ?
Résumés
L’Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge (1807-1818) de Sismondi, envisagée sous l’angle de l’histoire des idées, des savoirs et des représentations, permet de mesurer les évolutions culturelles à l’œuvre dans l’invention d’une histoire médiévale italienne désormais présentée comme un temps positif de libertés républicaines. Mais, en replaçant cette œuvre dans le contexte politique de son élaboration, celui des révolutions européennes de la fin du xviiie siècle et du début du xixe siècle, et en la confrontant au processus de construction sociologique du travail de l’historien, nous pouvons éclairer d’un jour nouveau son contenu. Un conflit émerge pour Sismondi : en tant que savant, il cherche à correspondre aux normes, alors en vigueur dans le monde historique, qui supposent de chercher la « vérité » du passé, mais, en tant qu’individu, il a aussi connu directement les profonds bouleversements qui ont fait basculer l’Europe de la Révolution à la Restauration en passant par l’Empire. Le passé se fait alors le miroir du présent de l’écrivain, son appréhension du Moyen Âge italien ne pouvant être détachée de son vécu personnel. Les expériences républicaines de son époque, le phénomène de l’émigration, les combats pour la liberté et leurs échecs sont largement projetés sur l’histoire de ces lointaines républiques médiévales italiennes, qui deviennent ainsi le miroir de la grande Révolution.
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Mots-clés :
Sismondi, Construction des savoirs historiques, Historiographie moderne, Communes médiévales italiennes, Moyen Âge italien, Émigration, Exil, Républicanisme, Groupe de Coppet, Italie, Toscane, GenèveKeywords:
Sismondi, Construction of historical knowledge, Modern historiography, Italian medieval communes, Italian Middle Ages, Emigration, Exile, Republicanism, Coppet group, Italy, Tuscany, GenevaPlan
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- 1 Sismondi a d’abord publié les quatre premiers volumes de l’Histoire des républiques italiennes du M (...)
- 2 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Paris, Treutell et Würtz, 1818, t. 1, p (...)
- 3 Ibid. p. XX.
- 4 Cette notion de « persona » est empruntée à l’histoire des sciences. Elle permet de mettre en lumiè (...)
1En 1818, à l’occasion de la publication du dernier volume de l’Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge (1807-1818) et de la réédition des quinze précédents ouvrages1, Jean-Charles-Léonard Simonde de Sismondi (1773-1842) revient dans un « post-scriptum » sur la genèse d’un travail qui l’occupe depuis plus de vingt ans et dont il a entrepris les recherches dès 1796. Durant ce laps de temps, l’Europe, qui avait déjà connu d’importants bouleversements politiques, n’a eu de cesse de « subi[r] les plus profondes révolutions », mais, au milieu de tous ces tourments, il affirme « avec quelque orgueil […] qu’[il] n’a suivi qu’une seule direction [et] qu’[il] n’a tenu qu’un seul langage »2. Son discours historique n’aurait jamais fluctué et serait toujours demeuré en adéquation avec les idées libérales qui l’ont conduit à retracer le destin de la liberté italienne et de villes médiévales idéalisées, à l’identité bourgeoise, commerçante et républicaine. L’affirmation de cette apparente subjectivité n’entre pas en inadéquation avec les normes en vigueur dans le monde historique de la fin du xviiie siècle au début du xixe siècle : si le métier d’historien n’est pas encore professionnalisé et demeure flou, sa construction sociologique repose sur des règles établies à la suite du développement de l’érudition, comme la capacité du savant à retrouver la « réalité » du passé à partir d’une stricte analyse de sa documentation. Un point sur lequel Sismondi insiste, puisqu’il n’aurait cherché à travers ses sources qu’à « connaître la vérité » et qu’il n’aurait « jamais reculé devant ce qu’elle avait de plus hideux »3 rendant ainsi son récit impartial. Le passé tel qu’il l’écrit serait tel qu’il était, ou plus précisément ce qu’il pense avoir réellement été, et les précisions qu’il apporte pour éclairer sa démarche contribuent à légitimer sa persona4 d’historien en prouvant qu’il obéit aux règles éthiques de cet univers.
- 5 Paul Guichonnet, Histoire de Genève, Toulouse, Privat, 1974, p. 262-264.
- 6 Jean Rudolph de Salis, Sismondi : 1773-1842 : la vie et l’œuvre d’un cosmopolite philosophe [1932], (...)
- 7 Sur l’exil de Sismondi, voir : Francesca Sofia, « Sismondi tra rivoluzione e reazione (1794-1800) » (...)
- 8 Ibid., p. 294.
- 9 Sur les mouvements patriotiques toscans, la révolution en Toscane et la réaction arétine, voir : Ca (...)
- 10 Paul Waeber, Sismondi…, op. cit., p. 301-310.
2Les changements politiques à l’œuvre en Europe, depuis la fin du xviiie siècle et au début du xixe, n’auraient donc en rien affecté les convictions historiques de l’écrivain genevois, issu d’un milieu patricien, qui n’a pourtant eu de cesse de vivre, et même de subir les événements. Depuis 1792, une révolution a renversé les institutions d’Ancien Régime de sa cité natale. Confrontée à cette nouvelle situation, sa famille décide de partir en Angleterre en 1793 avant de revenir à Genève en 1794, où elle se retrouve en prise avec une phase plus aiguë : la Constitution est suspendue, la vie publique est dominée par le Comité révolutionnaire et le Premier Tribunal révolutionnaire, tandis que les anciennes élites sont exposées à des persécutions et à des visites domiciliaires5. Sismondi et son père en ont directement fait les frais, tous deux ayant été brièvement emprisonnés et leurs biens confisqués. Une fois libéré, l’écrivain assiste impuissant, dans sa demeure et sous sa propre garde, à la capture de son voisin, l’ancien syndic Guillaume Cayla, qui s’y était réfugié après avoir été proscrit6. Ces circonstances, alliées à l’accroissement des tensions après la réaction thermidorienne à Genève, amènent les Sismondi à prendre la route de l’exil à la fin de l’année 1794 pour s’installer en 1795 en Toscane7, à Pescia, où l’historien commence ses recherches sur les cités médiévales italiennes avant que la Révolution le rattrape. En 1799, à l’entrée des troupes ultramontaines dans le Grand-duché et dans la ville, le jeune économiste aurait porté la cocarde tricolore au grand dam de sa mère, mais, quelques temps plus tard, soupçonné d’être un émigré français, il connaît de nouveau la prison pour quelques jours8. L’arrivée des soldats austro-russes, dans un contexte de réaction contre-révolutionnaire emmenée par les Arétins9, l’y conduit encore : il est cette fois accusé d’avoir soutenu la France et d’être un espion10.
- 11 Ce lien est souligné dans Francesca Sofia, Histoire de la correspondance de Jean-Charles-Léonard Si (...)
- 12 Il fréquente en 1813 la noblesse royaliste du faubourg Saint-Germain, qu’il juge ouverte aux idées (...)
- 13 Sur ce point, voir Ibid., p. 133 et p. 125 à 134 sur tous ces éléments chronologiques.
- 14 Sur les positions de Sismondi et son engagement en 1815, voir Jean Rudolph de Salis, Sismondi…, op. (...)
- 15 Ibid., p. 271-274.
- 16 Francesca Sofia, Histoire de la correspondance..., op. cit., p. 55-56.
- 17 Sur ces éléments, voir Maria Iolanda Palazzolo, I libri, il trono e l’altare : la censura nell’Ital (...)
3Mis au ban en Toscane, il retourne à Genève en 1800, où il commence à fréquenter le groupe de Coppet, partageant pleinement la vision libérale et antinapoléonienne de ses membres. C’est dans ce cadre qu’il commence à rédiger, entre 1804 et 1806, les quatre premiers volumes de l’Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, qu’il parvient à faire éditer entre 1807 et 1809 chez le zurichois Gessner grâce à l’intermédiaire de Mme von der Recker. Après la faillite de ce dernier, il s’insère dans les milieux parisiens, Nicolle – l’éditeur des premiers exemplaires de De l’Allemagne de Mme de Staël, qui ont été saisis par la censure impériale avant leur vente11 – se chargeant en 1809 de la publication des tomes cinq à huit et de la réédition des premiers. Cet ancrage se renforce encore à partir de 1813, les séjours du Genevois à Paris contribuant à l’introduire auprès des cercles libéraux12. C’est de nouveau là, mais chez Treutell et Würtz, que sont publiés en 1815 les tomes neuf à onze, rédigés entre 1813 et 1814, leur vente étant précipitée en juillet pour anticiper le retour de la censure par la seconde Restauration après les Cent-Jours13. Sismondi, présent dans la capitale durant cette parenthèse, avait adhéré avec force à l’Acte additionnel, rencontrant personnellement l’empereur en mai 181514. Après l’échec de ce dernier, il rejette pleinement une Restauration qu’il perçoit comme un retour en arrière mettant fin aux avancées acquises grâce à la Révolution et plaçant la France dans une dépendance étroite à l’étranger15. Le reniement de ses anciennes positions à l’égard de celui qu’il désignait comme un « tyran » lui a valu la défiance de ses compatriotes genevois et une profonde incompréhension de la part de certains de ses amis, comme la comtesse d’Albany à Florence. Ses venues à Paris sous la seconde Restauration entre 1817 et 1819, l’amènent à renforcer encore ses liens avec l’opposition libérale, qu’il fréquente autour du salon d’Anne de Gérando et de personnalités comme Guizot et Victor de Broglie, qu’il a accompagné en Italie à son mariage avec la fille de Mme de Staël en 1816 et qui l’héberge en 181916. C’est durant cette période qu’il parvient à achever les volumes douze à seize de sa monumentale Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, dont l’édition est toujours assurée par Treutell et Würtz, qui mettent en vente les volumes douze à quatorze le 21 décembre 1817 et le reste en janvier 1818. L’ouvrage de Sismondi fait alors face une dernière fois aux décisions politiques de son temps, Rome le plaçant à l’Index le 22 décembre 181717.
- 18 Sur les liens entre histoire et Révolution, voir par exemple : Marina Caffiero, La Repubblica nella (...)
- 19 Francesco Benigno, Daniele di Bartolomeo, La magie du passé : l’idée de la répétition historique d (...)
4Loin de demeurer dans sa tour d’ivoire, Sismondi s’est pleinement impliqué dans les débats qui ont rythmé l’Europe et sa vie, mais également les différentes phases de composition de l’Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, de la recherche à l’édition en passant par l’écriture et sa diffusion. Pourtant, selon ses propos, son présent n’aurait pas affecté sa quête de « vérité » du passé. S’il est impossible de déterminer son degré de conviction sur ce point, il n’en demeure pas moins qu’à une période où l’histoire est omniprésente dans l’univers des acteurs révolutionnaires18, et peut même servir à appréhender l’avenir19, l’écrivain genevois et ses discours n’échappent pas à leur temps. Sa grille de lecture – consistant à interroger à travers les communes médiévales les effets de la liberté, les causes de sa disparition et la décadence liée à sa perte – le pousse ainsi, plus ou moins consciemment, à intégrer des réflexions et des exemples faisant écho aux tentatives d’instaurer de nouveaux systèmes républicains en Europe.
I – Le républicanisme des Anciens Italiens comme source de réflexion pour les Modernes
- 20 Ce manuscrit a été publié par Marco Minerbi : Marco Minerbi (éd.), Sismondi, Recherches sur les con (...)
- 21 Sur la pensée constitutionnelle de John Adams, voir Jean-Paul Goffinon (éd.), John Adams. Écrits po (...)
- 22 Sur la pensée constitutionnelle de Sismondi, voir : Emmanuelle Paulet-Grandguilot, Libéralisme et d (...)
- 23 Jacques de Saint Victor, « Sismondi, entre républicanisme et Risorgimento », Revue française d’hist (...)
5Avant d’écrire l’Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge (1807-1818), Sismondi s’est d’abord intéressé aux anciennes cités communales en les intégrant à des réflexions plus larges sur les formes constitutionnelles ayant existé à travers le temps, une étude dont il a tiré un manuscrit entre 1797 et 1801, Recherches sur les constitutions libres20. Ce travail s’inscrit dans la lignée de ceux réalisés durant la seconde moitié du xviiie siècle, et notamment celui d’un des Pères fondateurs des États-Unis, John Adams21. Ce type de démarche consiste à se tourner vers le passé, ses erreurs et ses réussites, pour réfléchir au meilleur modèle institutionnel possible afin de garantir la liberté. Néanmoins, Sismondi est tout à fait conscient des écarts séparant les Anciens des Modernes. Les citoyens des républiques médiévales italiennes associaient leur liberté à leur implication totale à la res publica, une entité à laquelle leurs droits individuels étaient entièrement soumis. Au contraire, les Modernes la perçoivent, quant à eux, comme un ensemble de droits les protégeant de l’arbitraire de l’État et d’institutions auxquelles ils ne participent plus qu’indirectement en déléguant leur souveraineté22. Si Sismondi est conscient de l’inadéquation entre le républicanisme des Anciens et les attentes du présent – même s’il cherche à concilier certains de ses principes avec le modèle des Modernes23 –, les expériences républicaines des temps médiévaux italiens lui offrent un cadre de réflexion particulier pour comprendre la naissance de la liberté mais surtout les causes de ses échecs.
- 24 Sur l’invention de la notion de « républiques maritimes » par Sismondi et ses réinterprétations à t (...)
- 25 L’historiographie a désormais abandonné le terme de « république » pour utiliser celui de commune e (...)
- 26 Sur ces évolutions, voir Franco Venturi, « L’Italia fuori d’Italia », dans Storia d’Italia, Dal pri (...)
6Il a mis en place un schéma pour expliquer son avancée au sein de la Péninsule. Selon lui, ce seraient les cités maritimes du Sud de l’Italie, Naples, Amalfi et Gaète, qui l’auraient connue précocement, au xe siècle, des villes auxquelles s’ajoutèrent ensuite Pise et Venise24. Après la conquête des Normands, elle aurait abandonné la partie méridionale de l’Italie pour s’imposer dans le Nord, au cours des xie et xiie siècles, au moment où commencent à se constituer les communes, assimilées par Sismondi à des formes républicaines25. Avec l’émergence des seigneuries, associées à des tyrannies par le penseur genevois et qui se substituèrent peu à peu aux institutions communales à partir du xiiie siècle, la liberté se serait réfugiée en Toscane où elle atteindrait son apogée à Florence. Elle déclinerait ensuite progressivement avant de disparaître totalement après la prise de la cité en 1530 par les armées de Charles Quint26.
- 27 Sur l’idée du déclin dans la pensée de Sismondi, voir Maria Pia Casalena, Liberté, progrès, décaden (...)
7L’érosion progressive des institutions républicaines et leur transformation en régimes antilibéraux sont expliquées de plusieurs manières par Sismondi27, comme l’étiolement de l’idéal du citoyen-soldat au profit du recours à des mercenaires, l’exacerbation des tensions entre les factions, les luttes entre la noblesse et le popolo, ou encore l’absence de capacité des cités à évoluer vers une organisation de type fédérale, un modèle politique auquel Sismondi accorde sa préférence. Mais, parmi tous ces éléments, une idée demeure récurrente, celle de la rupture des équilibres sociaux garantissant la cohésion de la civitas, les républiques italiennes ayant été fragilisées pour n’avoir pas su trouver un juste milieu entre l’inclusion et l’exclusion de certains individus du corps civique. Autant de situations qui entrent en résonnance avec le contexte révolutionnaire de la fin du xviiie siècle et du début du xixe siècle.
- 28 Sur l’analyse sociale et politique de la révolte des Ciompi, voir : Alessandro Stella, La révolte d (...)
- 29 Le principal organe du gouvernement florentin depuis la fin du xiiie siècle est la Seigneurie, comp (...)
- 30 Sur les perceptions historiographiques de la révolte des Ciompi, voir : Jean-Claude Zancarini, « La (...)
8L’un des épisodes les plus célèbres de l’histoire florentine concerne la révolte des Ciompi en 137828, au moment où ces ouvriers de la laine, privés de corporations propres et soumis juridiquement à l’Arte della lana – dont seuls leurs employeurs, les grands marchands-entrepreneurs propriétaires des entreprises lainières, étaient membres de plein droit – se révoltèrent afin d’obtenir un rôle au sein d’institutions communales reposant sur l’appartenance aux Arts29. Cet épisode a profondément marqué les élites florentines, comme le chroniqueur Marchionne di Coppo Stefani ou Machiavel, qui transmirent la mémoire d’une plèbe mue par une violence aveugle, tout en mettant en exergue des figures héroïsées, comme Michele di Lando30. Sismondi, qui s’inspire surtout de Machiavel sur ce point, reprend sa vision péjorative et évoque l’action de masses incapables d’exercer le pouvoir :
- 31 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Paris, Nicolle, 1809, t. 7, p. 144.
Des hommes qu’un travail mécanique, la misère et la dépendance privée rendaient incapables de sentiments libéraux ; qui ne pouvaient délivrer sans une espèce d’ivresse, ni agir en corps sans fureur ; qui sous le nom de liberté, n’avaient cherché que l’exercice d’un pouvoir pour lequel ils n’étaient pas faits, ou l’occasion de s’enrichir par le pillage et les voleries31.
- 32 Sur les images de la « Terreur » diffusées après Thermidor, voir Jean-Clément Martin, Les Échos de (...)
- 33 Lucien Gillard, Simonde de Sismondi. Vie, œuvres, concepts, Paris, Ellipses, 2010, p. 11.
- 34 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Paris, Nicolle, 1809, t. 7, p. 151.
9Cette multitude émotive, débordant les démagogues qui souhaitaient la manipuler, surtout le gonfalonier Salvestro Médicis, pour menacer l’existence même de la res publica, s’inscrit pleinement dans la lignée des discours nés après Thermidor. L’invention de la Terreur s’est accompagnée d’une dénonciation de la violence révolutionnaire et notamment de l’action de foules tyranniques et menaçantes manipulées par les élites32. Les échos de cet imaginaire se ressentent dans la description des Ciompi effectuée par Sismondi, lequel fut par ailleurs particulièrement marqué dans son expérience personnelle par les mouvements populaires sous la Révolution, d’abord à Lyon, où il se trouve en 1789, puis lors de la Terreur genevoise en 179433. Cet épisode florentin vient ainsi rappeler un passé proche et ses conséquences néfastes, puisque, selon Sismondi, « lorsque le bas peuple commence à dicter ses volontés, il n’y a plus de force dans la nation qui soit en état de lui résister34 ».
- 35 Sur le régime des Albizzi et l’évolution de la base sociale sur laquelle ils s’appuyèrent, voir : I (...)
- 36 L’Arte di Calimala est un des Arts majeurs de Florence et l’un des plus illustres. Il regroupe les (...)
- 37 Marion Bertholet, « L’âge d’or de la Florence républicaine et sa chute : construction historiograph (...)
10Ce sont surtout les conséquences de cette révolution manquée des Ciompi qui amènent l’historien à développer des réflexions fondées sur le monde contemporain. Il souligne la saine réaction des élites florentines qui, en 1382, resserrèrent l’accès aux institutions après l’ouverture de ces dernières aux Arts mineurs et aux couches populaires. Il loue notamment l’action des Albizzi35 – de puissants marchands florentins appartenant à l’Arte di Calimala36 – et de leurs partisans, qui dominèrent la vie politique de la cité en assurant la stabilité après la révolution des Ciompi37. Cependant, il dénonce une de leurs erreurs fondamentales, celle d’avoir glissé vers l’oligarchie sans prendre en compte l’ascension sociale des personnes qui, en s’enrichissant, avaient acquis les compétences pour gouverner :
- 38 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Paris, Nicolle, 1809, t. 8, p. 292.
Les progrès de la prospérité générale avaient procuré de l'aisance et de l'éducation aux fils de ceux qui, en 1378, formaient la dernière classe de la bourgeoisie ; la considération publique avait suivi ces avantages, en sorte qu'on ne voyait pas sans ressentiment des hommes d’une fortune aisée et d'un esprit cultivé exclus des places que leurs pères avaient occupées lorsqu'ils n'étaient encore que de pauvres artisans38.
- 39 Paul Guichonnet, Histoire de Genève… op. cit., p. 236-244.
11En associant étroitement l’exercice du pouvoir à l’aptitude économique mais aussi culturelle d’un individu, Sismondi est ainsi marqué par le contexte de la fin du xviiie siècle. Le rétrécissement des institutions et le rejet d’hommes pourtant dignes de participer à la vie publique font échos aux révolutions genevoises du xviiie siècle, et plus particulièrement à celle de 1782, quand les natifs et les habitants, écartés de la citoyenneté politique, réservée aux patriciens et aux bourgeois, ont revendiqué leur intégration – une égalité qui leur a été accordée en 179239. En dénonçant l’exclusion injuste des descendants des couches artisanales désormais aptes à diriger la cité, Sismondi s’inspire également de la constitution française de 1795, qui, sur des principes libéraux et en réaction à la Terreur, a réinstauré le cens économique, supprimé en 1792, et ajouté l’idée d’un cens culturel pour accéder à la citoyenneté active.
- 40 Sur l’exclusion des magnats et leur progressive réintégration, voir Christiane Klapisch-Zuber, Reto (...)
- 41 Christiane Klapisch-Zuber, « Honneur de noble, renommée de puissant : la définition des magnats ita (...)
12Si la marginalisation des couches populaires se justifie pour Sismondi afin d’éviter les excès démocratiques, l’idée d’un refus pérenne s’inscrit à l’encontre de la capacité d’évolution de chacun. C’est ce principe rigide d’éviction d’une autre catégorie, les élites, qu’il dénonce à propos des lois florentines contre les magnats mises en place en 129340. Ce terme s’applique à des individus identifiés par la loi, placés sur des listes et soumis à une législation spécifique en raison de leur comportement jugé menaçant vis-à-vis du Popolo et de la Seigneurie. Ce groupe englobe ainsi un ensemble composite où se retrouvent des membres de l’ancienne aristocratie consulaire, des citoyens enrichis au xiiie siècle et des lignages féodaux. Les magnats sont exclus de la vie publique tout en étant soumis à des règles particulières et plus sévères: ils peuvent par exemple être condamnés sur la seule foi d’une rumeur les accusant d’un délit et les membres d’une même famille sont considérés comme solidaires et doivent verser une caution à la commune, s’exposant à une sanction collective en cas d’infraction d’un des leurs41.
- 42 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1808, t. 4, p. 66.
- 43 Ibid.
- 44 Anne Simonin, Le déshonneur dans la République : une histoire de l’indignité 1791-1958, Paris, Gras (...)
- 45 Jean Rudolph de Salis, Sismondi…, op. cit., p. 26.
- 46 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1808, t. 4, p. 65.
13En fin connaisseur des chroniques médiévales florentines, Sismondi est conscient des objectifs d’une telle législation : lutter contre les violences des élites, leurs humiliations, leur arrogance, leurs menaces vis-à-vis du régime du Popolo et leur irrespect des lois, mais, en tant que penseur moderne et libéral, il condamne avec force une justice fondée sur la qualité des personnes et non sur l’égalité et les principes du droit naturel. C’est ainsi qu’à Florence, « pour la première fois, on vit un titre d’honneur devenir non seulement un fardeau onéreux, mais une punition42 ». Dans son vocabulaire, il associe les magnats à des « nobles » et à des « gentilshommes43 », des termes qui ne permettent pas de rendre compte de l’hétérogénéité de ce groupe, mais qui font écho aux événements de la Révolution. En effet, derrière l’idée d’un individu qui, par son statut social, serait une potentielle menace envers la liberté républicaine, c’est la figure du suspect qui s’esquisse. Ces derniers ont été l’objet de mesures spécifiques et de violences dès 1792. Avec la « loi des suspects » de 1793, ils ont ensuite été placés sur des listes dressées par les comités de surveillances locaux, certains ont pu être emprisonnés et passibles du Tribunal révolutionnaire44. Avec la Terreur genevoise de 1794, les aristocrates ont eux aussi été considérés comme tels, et Sismondi et son père ont fait l’objet de tels soupçons qui leur valurent un bref emprisonnement45. Ce contexte révolutionnaire ne manque pas d’influencer l’historien quand il considère les lois florentines à l’égard des magnats comme étant « la jurisprudence la plus tyrannique et la plus injuste » mise en place pour « le maintien de la liberté et de la justice46 ».
- 47 Sur la conflictualité positive dans la pensée de Machiavel, voir Quentin Skinner, Machiavel, Paris, (...)
- 48 Marion Bertholet, « Violence anarchique ou violence libérale ? Le Moyen Âge italien au tournant des (...)
14Sous sa plume, l’éviction d’une partie du corps civique digne de gouverner évoque les errements des événements révolutionnaires de son époque. Ce processus contribue notamment à former de puissants groupes à l’intérieur de la civitas qui tendent à placer leurs intérêts personnels au-dessus du bien commun, en étant prêts à sacrifier leur propre patrie pour vaincre leurs ennemis. Cette lecture négative de la conflictualité reprend les perceptions classiques de la pensée républicaine condamnant les oppositions factieuses. Chez Sismondi, elle s’applique uniquement dans le cas de cités fragilisées, aux systèmes politiques imparfaits, dans lesquelles la liberté est déjà sur le point de disparaître. Cependant, en s’inspirant de la lecture machiavélienne de l’histoire antique romaine47, il distingue ces violences néfastes de celles vertueuses, capables de perfectionner les institutions et de renforcer la libertas, comme à Florence48. Milan est, quant à elle, le modèle où ces dynamiques sont les plus destructrices, avec une opposition mortifère entre les « nobles » et le Popolo.
- 49 Sur ces questions, voir Jean-Claude Maire Vigueur, Cavaliers et citoyens : guerre, conflits et soci (...)
- 50 Ibid., p. 143-166.
- 51 Jean Claude Maire Vigueur, Enrico Faini, Il sistema politico…, op. cit., p. 58-60.
- 52 Sur ces éléments, voir Ibid., p. 58-66.
- 53 François Menant, L’Italie des communes (1100-1350), Paris, Belin, 2005, p. 67.
15À partir de la fin du xiie siècle et du début du xiiie siècle, les communes italiennes voient apparaître le Popolo dans un jeu politique dominé par les milites, un groupe socialement hétérogène qui regroupe les combattants à cheval exerçant les charges communales depuis le début de l’époque consulaire, à la fin du xie siècle49. Les oppositions à la militia s’expliquent par de nombreux facteurs, comme la volonté de mettre fin aux vendettas et aux violences exercées par ses membres ou encore des revendications à l’égard de leurs privilèges économiques et fiscaux, notamment vis-à-vis du principe de remboursement de leurs pertes à la guerre (l’emendatio), soupçonné d’être à l’origine de nombreux abus50. Face à cela, les populares se sont structurés au sein de multiples associations (les quartiers, les sociétés d’armes, les Arts…), un mouvement qui a abouti à la création des societates populi et à de véritables affrontements armés avec les milites regroupés au sein de la societas militum51. Ces societates populi ont agrégé les revendications de la pars populi et possédaient une organisation propre : elles étaient dominées par un individu unique, qui pouvait prendre le nom de podestat, et possédaient leurs conseils, leurs bureaux, leurs magistrats et leurs propres ressources. Elles ne faisaient pas partie des institutions communales et semblaient ainsi former de véritables états dans l’État, refusant par exemple, en cas de conflits, de reconnaître la commune ou libérant leurs membres de l’obéissance aux autorités publiques. Elles ont ensuite été intégrées aux institutions communales au cours de la seconde moitié du xiiie siècle, au moment de l’installation de régimes populaires au sein des cités centro-septentrionales52. Si ces societates populi étaient uniques au sein de la plupart des cités, certains cas présentaient des exceptions, comme Milan, où deux d’entre elles existaient et étaient généralement alliées : la Credenza, à la structure sociale populaire, et la Motta, qui regroupait les franges supérieures du popolo et celles inférieures de l’aristocraties consulaire53.
16Pour Sismondi, qui se base précisément sur le cas milanais, ces societates populi étaient en tout point comparables aux clubs révolutionnaires :
- 54 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1808, t. 3, p. 262-263
Les clubs, dont nous avons vu de nos jours les associations, ont eu plus d'un rapport avec ces fraternités qui existaient dans les républiques italiennes, qui formaient un état dans l'état, qui nommaient des magistrats pour surveiller ceux de la république, qui évoquaient au tribunal de leur société la connaissance des affaires nationales, et qui s'arrogeaient les prérogatives de la souveraineté, sans que la constitution leur y donnât aucun droit. Ce furent ces fraternités milanaises, qui, en se donnant un chef perpétuel, élevèrent les premières un pouvoir monarchique dans l'état, et renversèrent la république54.
- 55 Sur la seigneurie des Visconti, voir Paolo Grillo, « Signori, signorie ed esperienze di potere pers (...)
17Aux yeux du penseur genevois, elles ont donc été à l’origine de la chute de la commune milanaise. Elles ont contribué à exacerber les oppositions avec les milites et ont accoutumé les citoyens à obéir aveuglément à un chef unique, issu de la famille des Della Torre qui, en s’appuyant sur la Credenza, imposa une seigneurie de fait à travers la charge de capitaine du peuple. Après avoir vaincus les Torriani en 1277, l’archevêque Otto Visconti, à la tête des armées de milites émigrés, put dès lors s’appuyer sur les changements structurels que ses adversaires avaient introduits au sein de la cité pour mettre définitivement fin à sa liberté républicaine et la faire évoluer, selon Sismondi, vers la tyrannie55.
- 56 Jean Boutier, « Les sociétés politiques en France de 1789 à l’an III : “une machine” ? », Revue d’h (...)
18Ces societates milanaises deviennent ainsi le lointain miroir des formes de sociabilité politiques qui émergèrent sous la Révolution, tant à Genève qu’en France, avec les sociétés patriotiques ou les clubs. Cette lecture du Moyen Âge italien est influencée par les attaques, formulées dès 1789 et réitérées sous le Directoire, à l’égard d’associations formées hors de l’État et des instances élues, lesquelles iraient de ce fait à l’encontre de la république. Une méfiance qui conduisit à une première fermeture des clubs en 1795, une décision réitérée ensuite en 1797 après leur réouverture temporaire. Ces mesures ont été justifiées par l’idée que la souveraineté ne pouvait pas s’exercer hors du cadre légal, ces structures risquant de biaiser l’opinion publique et de rompre ainsi l’équilibre des corps constitutionnels56. Tout comme les societates populi, les clubs sont associés à des instances affaiblissant la liberté : ils auraient suscité de nombreuses dissensions et fait ainsi émerger des personnalités qui, par leur emprise autoritaire, auraient contribué à l’effondrement des institutions démocratiques. Dans ce cas précis, c’est le spectre de Robespierre et des excès associés à la Terreur qui semble s’esquisser, mais, plus largement, l’homme fort émergeant de la Révolution pour détruire la république est essentiellement Bonaparte.
II – Les fossoyeurs de la liberté : collusions entre passé et présent
19L’ombre de Bonaparte plane pleinement sur certains passages et réflexions de l’Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge. Cette situation s’explique par le destin commun partagé entre ces anciennes cités médiévales et les expériences républicaines européennes de la fin du xviiie siècle. Après une période d’intense vie démocratique, toutes ont fini par connaître le même sort : la chute. Les citoyens médiévaux perdirent leur liberté pour sombrer sous la tyrannie des seigneurs, tandis que, en Europe, la Révolution laissait peu à peu place à l’Empire napoléonien. Ces mouvements temporellement éloignés se lient ainsi inextricablement, le passé se faisant le miroir du présent.
- 57 Les communes italiennes s’auto-gouvernaient de fait depuis la fin xie siècle, mais, étant situées a (...)
- 58 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1808, t. 4, p. 390.
- 59 Sante Bortolami, « Ferreto de’ Ferreti », dans Dizionario biografico degli Italiani, Rome, Istituto (...)
20La manière dont des citoyens peuvent volontairement renoncer à leur souveraineté pour se soumettre à un gouvernant concentrant les pouvoirs entre ses mains suscite particulièrement l’intérêt de Sismondi, ce qui l’amène à développer des allusions voilées au coup d’État du 18 brumaire. Le cas de Padoue en 1318 est particulièrement révélateur. À ses yeux, de toutes les villes de l’ancienne ligue lombarde – qui avaient obtenu la reconnaissance de leur autonomie politique face à l’empereur Barberousse durant la seconde moitié du xiie siècle57 –, elle était la seule avec Bologne à conserver sa liberté au milieu d’un territoire entièrement dominé par les tyrans58. Mais, menacés par les armées de Cangrande della Scala (1291-1329), seigneur de Vérone, les Padouans choisirent de confier leur cité à un puissant concitoyen, Giacomo da Carrara (vers 1264-1324), qui établit ainsi la seigneurie de sa famille sur la ville. Sismondi analyse cette décision à partir de la chronique contemporaine du Vicentin Ferreto dei Ferreti59. Il s’intéresse particulièrement au discours du juriste Rolando da Plazziola, proche des Carrara, qu’il traduit et insère dans l’Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge :
- 60 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1808, t. 4, p. 415-416
Qu'est-il besoin de plus longs discours, citoyens ? leur dit-il ; le remède salutaire pour nous et pour notre patrie est suffisamment connu. L'abus des plébiscites, nous l'avons éprouvé, nous achemine à une ruine certaine ; essayons une fois si les lois d'un seul homme ne nous procureront pas un meilleur destin. Toute chose sur la terre est soumise à une volonté unique ; les membres obéissent à la tête ; les troupeaux reconnaissent un chef si l'univers entier dépendait d'un roi juste, on verrait cesser le carnage, la guerre, la rapine, et toutes les actions honteuses. Soyons dociles à la voix de la nature, suivons les exemples qu'elle nous donne choisissons parmi nous notre prince. Que seul il se charge de tous les soins du gouvernement qu'il modère la république par sa volonté ; qu'il établisse les lois ; qu'il renouvelle les édits ; qu'il abroge ceux qu'on a laissé vieillir ; qu'il soit enfin le seigneur et le protecteur de tout ce qui est à nous60.
- 61 Rino Modonutti, « Rolando da Piazzola », dans Dizionario biografico degli Italiani, Rome, Istituto (...)
- 62 Ce type de discours est présent à Milan et au sein de multiples seigneuries. Dans le cas de Padoue (...)
- 63 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1809, t. 4, p. 416.
21Par ces paroles, l’orateur est parvenu à convaincre l’ensemble des Padouans de se soumettre. Cette force de persuasion, confirmée par le chroniqueur Albertino Mussato61, repose sur les rhétoriques développées par les écrivains proches des pouvoirs seigneuriaux. Il s’agit de légitimer l’évolution des communes vers des systèmes politiques seigneuriaux, en dénonçant les supposées violences et l’instabilité des anciennes communes pour leur opposer le calme et l’ordre apportés par un homme fort62. Selon Sismondi, le peuple padouan, « fatigué de sa propre agitation », se laissa gagner par ces perspectives et acclama Giacomo da Carrara comme leur nouveau seigneur, sans passer par le système d’élection traditionnel. Les citoyens se privèrent ainsi « de leur propre existence » en accomplissant un véritable « suicide politique »63.
22L’historien genevois s’oppose foncièrement à ces traditions associant les systèmes républicains à des dissensions indépassables. Pour lui, cette agitation n’était en réalité que le résultat de l’intense énergie provoquée par la démocratie, les individus redoublant d’émulation, de talents et d’enthousiasme. Ce climat pouvait provoquer des conflits, mais ces derniers n’étaient pas un problème en soi tant que les intérêts individuels n’étaient pas placés au-dessus du bien commun. Quant à l’apaisement mis en avant par les chroniqueurs proches des seigneurs – et repris par les historiens du xviiie siècle pour analyser le passage de cités italiennes déchirées par les guerres intestines vers des régimes princiers –, loin d’être la preuve du bonheur désormais retrouvé par la civitas, il n’était que la conséquence de son asservissement total, les citoyens, désormais sujets et privés d’existence civique et politique sombrant dans une profonde léthargie.
- 64 Jean-Luc Chappey, « Les Idéologues face au coup d’État du 18 brumaire an VIII. Des illusions aux dé (...)
23À travers cette harangue vantant le pouvoir d’un homme apte à dépasser les apories supposées d’un système républicain inefficace pour garantir la survie de la cité, c’est aussi le contexte de l’époque de Sismondi qui s’esquisse. La renonciation volontaire aux libertés pour jouir de la paix semble faire écho aux discours similaires qui, dès l’été 1799, dénoncent la supposée crise du Directoire et des principes de la Constitution de l’an III pour avancer comme solution le recours à un « sauveur » capable de restaurer l’ordre, des propos largement alimentés par Sieyès et les journaux conservateurs et modérés64.
24Sismondi dresse ainsi un parallèle entre un modèle républicain issu de la Révolution et le destin des anciennes communes italiennes : toutes ont finalement été renversées de l’intérieur, sapées par leurs supposées faiblesses institutionnelles et par des discours poussant les citoyens à accepter la domination d’un chef. Les similitudes entre passé et présent se poursuivent ensuite, les recompositions sociales au sein de cités soumises à un pouvoir seigneurial se faisant le reflet des dynamiques à l’œuvre au sein de l’Empire napoléonien.
- 65 Pour une synthèse de ce processus, voir Élisabeth Crouzet-Pavan, Enfers et paradis. L’Italie de Dan (...)
25Pour cela, il s’intéresse particulièrement aux évolutions de la « noblesse » italienne. Après l’instauration de gouvernements communaux à partir de la fin du xie siècle, les cités se sont progressivement emparées de leur contado au cours de la seconde moitié du xiie siècle, un territoire qui correspond approximativement au cadre administratif du comitatus (le diocèse et le comté où s’exerçait auparavant le pouvoir de l’évêque). Elles ont ensuite continué leur avancée au-delà de ces limites. Ce processus a amené les pouvoirs communaux à composer avec les seigneurs présents au sein de ces espaces en passant des traités avec eux, le cittadinatico. Les situations sont alors extrêmement variées : certains cèdent leurs droits seigneuriaux, d’autres les conservent totalement ou en partie comme vassaux de la cité. Ils acquièrent également le statut de cives et doivent à ce titre se soumettre à des obligations comme la résidence une partie de l’année dans la ville et la participation aux milices. Au xviiie siècle, les hommes de lettres ont associé cette extension des cités à un affrontement ouvert avec la noblesse féodale. Cette conception se rapproche de l’idée d’une « conquête du contado » désormais remise en cause par l’historiographie, ce mouvement étant marqué par une grande diversité de cas et par une rareté des affrontements armés, les acteurs recourant la plupart du temps à des négociations65.
- 66 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Paris, Nicolle, 1809, t. 5, p. 2-3.
- 67 Ibid., p. 4.
- 68 Cette expression a été mise en avant par Jean-Claude Maire Vigueur pour désigner une culture commun (...)
26Sismondi est néanmoins influencé par ces anciennes représentations et perçoit l’inurbamento des seigneurs comme une érosion de la prépondérance sociale, culturelle et politique de la noblesse, désormais assimilée par les cités. Selon lui, l’Italie, profondément marquée par le modèle urbain et républicain aurait alors développé un caractère national atypique : bourgeois, démocratique et commerçant. Si, en Espagne, l’esprit aristocratique aurait conservé sa position dominante en raison du rôle de ses représentants dans la Reconquista, au-delà des Alpes, au contraire, « les gentilshommes avaient été obligés à se soumettre, et à chercher le droit de cité66 ». Ce processus aurait abouti à la disparition progressive et complète des valeurs de la noblesse féodale : l’honneur, le courage et l’esprit d’indépendance. Cependant, l’idée de cette « roture », tellement prégnante qu’elle ne serait « pas encore entièrement effacée67 » chez les Italiens contemporains, ne tient pas compte de l’omniprésence d’un ethos chevaleresque au sein des cités italiennes. Ces normes étaient au cœur de la « culture de la haine68 » des milites au xie et xiie siècle et elles ont été également largement partagées aux xiiie et xive siècles par les descendants de l’ancienne aristocratie consulaire, les marchands enrichis ou encore les chevaliers récemment adoubés.
27Selon Sismondi, le nivellement social produit par les démocraties, en contribuant à faire disparaître l’hégémonie des nobles, aurait facilité l’ascension des tyrans et contribué à aggraver la violence de ces régimes. Inspiré par les théories de Montesquieu, il accorde un rôle fondamental au contre-pouvoir de la noblesse. À ses yeux, la destruction des « privilèges des ordres qui auraient pu mettre un obstacle au pouvoir arbitraire » a donc été profondément désastreuse et a contribué à saper la liberté italienne. L’anachronisme de ces termes et de cette vision, inaptes à rendre compte des réalités sociales de l’Italie communale, permet de nouer un lien direct avec le présent. Ces propos semblent être une allusion à la suppression des privilèges de la noblesse, du clergé, des villes, des provinces et des individus, actée par le décret du 4 août 1789, qui a mis fin aux corps intermédiaires pour établir l’égalité civile. Celui du 20 juin 1790 a, quant à lui, complété ces mesures en abolissant la noblesse héréditaire. Sismondi n’est absolument pas un nostalgique de l’Ancien Régime et il ne nie pas les avancées sociales et politiques de la Révolution française. En revanche, il est amené à réfléchir aux conséquences institutionnelles de la disparition de ces corps intermédiaires, et notamment celui des élites. Derrière la prise de pouvoir des tyrans italiens, facilitée par la supposée baisse d’influence de la noblesse provoquée par la démocratie, ce sont les dérives de la Révolution et notamment l’ascension de Bonaparte qui émergent.
- 69 Andrea Zorzi, Le signorie cittadine in Italia (secoli XIII-XV), Milan, Mondadori, 2010, p. 113-114.
28Ce sont particulièrement les dynamiques de recomposition nobiliaires sous les seigneuries qui amènent Sismondi à évoquer, à mots couverts, les structures socio-politiques délétères de l’Empire. Selon lui, les régimes princiers qui s’implantèrent sur les institutions communales, grâce, entre autres, à l’absence d’individus capables de limiter leur ascension, ont créé une nouvelle noblesse ex nihilo. En effet, après la conquête du pouvoir, les seigneurs ont développé une politique de renforcement de l’aristocratie en mettant notamment en place un système curial69. Néanmoins, aux yeux de Sismondi, ces individus, anciens nobles opprimés ou anoblis récemment, dépendaient entièrement du prince et ils ne partageaient donc pas la culture et les valeurs d’indépendance liées à l’ancienneté des lignages nobiliaire. À ce titre, ils n’étaient ni en capacité de s’opposer à un tyran, auquel leur destin était intrinsèquement lié, ni aptes à assumer le rôle de contre-pouvoir traditionnellement dévolu à la noblesse :
- 70 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Paris, Nicolle, 1809, t. 5, p. 5.
Il est vrai que les nouveaux seigneurs crurent bientôt convenable de donner à leurs cours l'éclat d'une noblesse. Ils rappelèrent auprès d'eux les gentilshommes, qu'on avait auparavant avilis et opprimés ; ils créèrent des chevaliers ; ils demandèrent aux empereurs d'Allemagne des brevets de noblesse pour leurs favoris, et enfin ils prirent sur eux d'en accorder eux-mêmes. Mais ces distinctions de courtisans, et les prérogatives qui y étaient attachées, n'avaient que les inconvénients de l'ancienne noblesse, sans aucun de ses avantages : les nouveaux nobles excitaient par leurs prétentions la jalousie, et par leurs mœurs le mépris des peuples ; aucun esprit de corps ne les unissait ; aucun crédit, aucune indépendance ne les mettait en état d'opposer quelque résistance à l'oppression. La faveur du prince n’accorde point une naissance illustre, et son courroux ne peut l'ôter ; mais la noblesse de création dépend de la volonté du maître qui l'a donnée et qui peut la ravir70.
- 71 Michel Biard, Philippe Bourdin, Silvia Marzagalli, 1789-1815. Révolution, Consulat, Empire, Paris, (...)
- 72 Sur la noblesse impériale, voir Nathalie Petiteau, Élites et mobilités : la noblesse d’Empire au xi (...)
- 73 Lettre à sa mère du 25 février 1813 citée d’après Francesca Sofia, Histoire de la correspondance de (...)
29Cette nouvelle aristocratie, émergeant au sein des seigneuries italiennes, fait écho à la noblesse impériale issue de la stratégie napoléonienne de restaurer une hiérarchie sociale après les désordres révolutionnaires, en substituant à l’égalité les principes de distinction sociale et de méritocratie. Le régime impérial cherche alors à s’appuyer sur un groupe fidèle au pouvoir où s’agrègent les anciennes élites et les nouvelles, tout en se dotant d’une cour équivalente aux autres pouvoirs européens. Ce processus a été amorcé en 1802 avec la création de la légion d’honneur, qui permettait de récompenser les services et les vertus militaires et à laquelle l’opposition du Conseil d’État et du tribunat a été vive en raison de ses similitudes avec les anciens ordres de mérite de l’Ancien Régime71. Il a ensuite pris une forme plus concrète avec la réactivation en 1804 des titres de princes pour les membres de la famille impériale, puis la restauration de ceux de ducs en 1806, et enfin de comtes, barons et chevaliers en 180872. Les fortes similitudes esquissées entre la situation historique décrite par Sismondi et les mouvements de recompositions sociales du début du xixe siècle ne sont pas fortuites. À travers les courtisans responsables de l’implantation des pouvoirs tyranniques à la fin du Moyen Âge italien, l’historien dénonce l’incapacité de la noblesse impériale de s’opposer à un pouvoir napoléonien qui l’a fait naître et auquel elle est entièrement redevable. Cette analyse, effectuée dans un tome paru en 1809, influence à la fois les sentiments développés par Sismondi en 1813 lors de sa fréquentation des milieux aristocratiques français et se trouve également confirmée à cette occasion. Face à des individus issus des plus anciennes familles mais ouverts aux idées libérales, l’historien confirme à sa mère la force des principes d’honneurs qui les imprègnent et les amènent à s’opposer fondamentalement au despotisme et à la tyrannie, une culture et des attitudes qui les distinguent en creux des nouvelles élites napoléoniennes : « Quand je parle de liberté, je m’entends parfaitement avec tout le faubourg Saint-Germain, les Montmorency, les Chatillon, les Chaton, les Duras. Il y a là du moins le vieux sentiment de l’honneur qui reposait sur l’indépendance : c’est aussi la liberté73. »
III – « L’amertume du pain de l’étranger » : l’exil au passé et au présent
30L’Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, en retraçant la chute d’une intense liberté, est emplie d’allusions au présent qui amènent ses lecteurs à créer des parallèles avec leur univers politique. Mais, au-delà de ces réflexions institutionnelles, c’est toute la genèse de cet ouvrage et son ton si particulier qui résultent des conséquences de la Révolution et du basculement vers l’Empire. Sismondi transpose sa propre expérience de l’exil sur son interprétation de l’Italie médiévale, ce qui démontre à quel point les événements personnels vécus par l’auteur se répercutent sur son écriture historique et contribuent à la faire évoluer tant sur le fond que sur la forme.
- 74 Francesca Sofia, Una biblioteca ginevrina del Settecento: i libri del giovane Sismondi, Roma, Edizi (...)
- 75 Francesca Sofia, « Le fonti sulla civiltà toscana nella biblioteca del giovane Sismondi », dans Fra (...)
- 76 L’arbre généalogique qu’il a réalisé est inséré au sein d’un de ses carnets personnels conservé aux (...)
- 77 Sur le parcours de la famille de Sismondi, voir : Paul Waeber, Sismondi une biographie…, op. cit., (...)
- 78 Ce nom apparaît sur le contrat de vente de la villa Vachiusa que la famille Sismondi a acheté à Pes (...)
- 79 Ces différentes hypothèses sont résumées dans Carlo Pazzagli, Sismondi e la Toscana del suo tempo ( (...)
31Face aux sursauts politiques animant sa cité en 1794 après la « Terreur » genevoise et malgré la réaction thermidorienne, Sismondi et sa famille ont fait le choix de partir à l’étranger pour rejoindre le Grand-duché de Toscane. Là, ils s’installent d’abord à Florence avant de s’établir définitivement à Pescia à partir de 1795. Cet exil contraint a profondément influencé l’historien dans ses choix d’étude : c’est en Italie qu’il s’intéresse pour la première fois à l’histoire médiévale de ce pays et à des écrivains comme Machiavel ou encore Muratori74. Son déracinement l’a même amené à fusionner personnellement avec le passé de la Péninsule : en lisant Dante – qu’il connaissait avant son départ75 – celui qui n’était alors que Jean-Charles Léonard Simonde découvre la grande famille des Sismondi appartenant aux élites communales pisanes. Une fois en Toscane, il se lance dans des recherches généalogiques pour retrouver leurs traces grâce aux écrits d’historiens locaux et ainsi rétablir la destinée de ceux dont il pense descendre76. Ses ancêtres se seraient exilés au xve siècle pour fuir la tyrannie médicéenne, se rendant dans le Dauphiné d’où, après la révocation de l’édit de Nantes, ils auraient fui pour Genève77. Convaincu de cette filiation, Sismondi affirme son italianité en adoptant un nouveau patronyme dont la première trace est attestée en 179778. De nombreuses explications ont été données pour éclairer ce fait : la volonté du jeune écrivain de se conformer à la mode des généalogies nobiliaires ou encore la nécessité de sa famille de prouver son ancienneté au moment où sa sœur était sur le point de se marier avec un membre des notables locaux de Pescia, les Forti. Mais c’est surtout le lien avec l’expérience de l’exil qui semble le plus convaincant79. Simonde, en devenant Sismondi, fusionne culturellement avec sa nouvelle terre d’accueil et, surtout, associe son existence au passé médiéval communal de ce territoire. Cette attache personnelle nourrit clairement son intérêt pour les républiques italiennes et leur ancienne liberté.
- 80 Sur le bannissement et l’exclusion au sein des cités communales, voir : Giuliano Milani, L’esclusio (...)
- 81 Adam Smith évoque dans De la richesse des Nations (1776, chapitre III, livre III) le cas des famill (...)
- 82 Giuliano Milani, L’esclusione dal comune…, op. cit., p. 5. Il s’agit d’une version abrégée de l’His (...)
32Son expérience de l’exil sous la Révolution l’a conduit à adopter son sujet d’écriture et à créer une relation affective personnelle avec lui. Mais cela l’a aussi amené à développer une interprétation originale d’un phénomène extrêmement répandu au sein de l’histoire communale italienne : le fuoriuscitismo, le départ, volontaire ou non, d’individus suite à leur bannissement pour des causes judiciaires ou politiques80. Au xviiie siècle, les historiens en faisaient la preuve de l’instabilité de ces modèles républicains où dominaient l’esprit factieux et la violence. Il y eut des exceptions, comme Adam Smith, qui a pu mettre en avant la contribution positive de ces proscrits, leurs circulations diffusant de nouveaux savoirs faire productifs à l’échelle de la Péninsule81, une lecture libérale que reprend Sismondi dans une version ultérieure de l’Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge82. Mais, au-delà de ces perceptions purement économiques, l’historien genevois transfère sur tous ces fuoriusciti parcourant l’Italie médiévale une analyse politique inspirée par l’émigration révolutionnaire. Lui-même éloigné de sa ville natale jusqu’en 1800, grand ami de Mme de Staël et appartenant au groupe de Coppet, il est extrêmement sensible au fuoriuscitismo, qu’il associe étroitement à la liberté, tendant ainsi à faire une distinction fondamentale entre les mauvais émigrés, animés par des sentiments anti-libéraux, et les bons, attachés à leur civitas et cherchant à rétablir son indépendance politique.
33La perception de Sismondi de sa propre épreuve explique en partie ces projections. En 1798, alors à Pescia et loin de Genève, il relate dans son journal un songe bouleversant dans lequel certains de ses concitoyens lui reprochent son départ, vécu comme une véritable désertion. Confronté à ces attaques, il défend le droit de tout homme de fuir la tyrannie pour trouver refuge ailleurs et œuvrer depuis l’étranger à la survie de son ancienne patrie :
- 83 Jean-Jacques-Caton Chenevière (éd.), Sismondi, fragments de son journal et correspondance, Genève-P (...)
Qu’elle eut besoin de moi, et du bout du monde, j’étais prêt à retourner à elle ; qu’elle eut essayé de se défendre contre les Français, qu’elle tentât encore à présent de secouer leur joug, et j’aurais couru, j’aurais volé, je volerais encore83.
- 84 Sur ces éléments, voir : Rahul Markovits, « “Transplanter” la République : la Nouvelle Genève, une (...)
34Il est également influencé par le contexte des révolutions genevoises du xviiie siècle, et plus particulièrement de 1782. Après leur défaite face à l’oligarchie des Négatifs, la bourgeoisie des Représentants choisit l’émigration, un acte en partie déterminé et justifié par une ancienne lettre de Rousseau adressée à François-Henri d’Ivernois en 1768 et dans laquelle il appelait son ami à choisir le départ plutôt que de subir la tyrannie qui s’instaurait à Genève. Le projet d’établir en 1782 une nouvelle Genève régénérée a été un échec, mais il a suscité l’idée d’un lien étroit entre les circulations des individus et leur capacité à conserver leurs idéaux libéraux, comme en témoigne la formule inscrite sur le frontispice de la traduction anglaise du Tableau historique et politique des révolutions de Genève publié en 1784 par le fils du correspondant de Rousseau, François d’Ivernois84 : « Ubi libertas, ibi patria ». Ce sont toutes ces représentations, réactivées par l’émigration révolutionnaire et impériale, qui influencent Sismondi quand il décrit les marchands des cités médiévales italiennes qui, possédant des capitaux mobiles et habitués à commercer au loin, n’hésiteraient pas, contrairement aux nobles propriétaires terriens, à s’enfuir face à la menace de la soumission de leur res publica pour continuer à se battre :
- 85 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1808, t. 4, p. 164-165
Les négociants, il est vrai, ne donnaient pas de garantie à l'état ; mais c'est eux au contraire qui en exigeaient une de lui, LA LIBERTE. Fidèles à leur patrie tant qu'elle était libre, et ils l'avaient prouvé dans ses calamités, ils n'étaient pas de ces hommes qu'un tyran pût atteindre et enchaîner : sur le libre Océan, ou libres voyageurs au milieu des nations asservies, ils préparaient dans l'exil les jours de la vengeance et de la liberté tandis que les nobles, vendus tour à tour ou aux empereurs, ou aux condottiéri, ou aux petits tyrans qui avaient élevé une principauté au milieu de leurs égaux, n'avaient que trop prouvé qu'ils se laissaient enchaîner par leurs propriétés territoriales, et que ces propriétés étaient une garantie, non point de leur amour pour leur patrie, mais de leur obéissance, en temps de paix, au maître quel qu'il fût ; de leur lâcheté en temps de guerre, envers l'ennemi quel qu'il fût, lorsqu'il pouvait envahir et détruire leurs campagnes85.
- 86 Voir sur ces éléments l’introduction aux différents mémoires et rapports de la chambre de commerce (...)
35En opposant artificiellement noblesse terrienne et bourgeoisie commerçante, là où le Moyen Âge italien est marqué par une forte complémentarité entre les activités du négoce et les investissements fonciers, Sismondi cherche également à s’inscrire dans un débat contemporain interrogeant les modalités d’accès au statut de citoyen. Il s’agit de s’opposer aux théories physiocrates, et notamment à celles de Germain Garnier (1754-1821), qui lient étroitement la citoyenneté à la possession d’une partie du territoire national. L’historien genevois, quant à lui, démontre grâce à l’histoire médiévale italienne à quel point l’exclusion des capitaux issus du commerce pour juger la capacité civique d’un individu contribue à l’éviction d’hommes pourtant totalement imprégnés par les idéaux démocratiques. Le marchand, figure par excellence du libéralisme économique, est aussi l’acteur majeur du libéralisme politique : son existence entière est marquée par la liberté, ses activités en dépendent entièrement et c’est cette valeur qu’il continue de cultiver dans l’exil avec l’espoir de pouvoir la rétablir un jour dans sa cité natale. En faisant de ce groupe le pilier d’une nation libre, Sismondi tend par ailleurs à s’opposer au contexte politico-économique impérial, qui affaiblit ses membres en raison du blocus continental décrété par Napoléon à partir de 1806 contre l’Angleterre et précédé de nombreuses mesures de rétorsions. Face à des décisions affectant particulièrement Genève, placée derrière la ligne des douanes, il ne cesse de s’opposer en tant que secrétaire de la Chambre de commerce du département de Léman aux mesures protectionnistes prises par l’Empereur, plaidant pour un libre-échangisme seul capable de sortir la cité de la récession86.
- 87 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Nicolle, Paris, 1809, t. 8, p. 156.
36L’exil se conjugue parfaitement avec les combats anti-tyranniques : non seulement ils motivent le départ d’individus menacés par le despotisme, mais l’intensité de leurs idéaux se renforce au cours de cette épreuve. L’historien genevois s’identifie d’ailleurs personnellement à ce processus quand il évoque les vagues de fuoriusciti pisans, celle de 1405-1406, au moment de la soumission de la cité à Florence, puis celle de 1509, après la répression d’une révolte débutée en 1494. Tous ont erré en Italie, cherchant à tout prix à rendre son indépendance à leur patrie natale, notamment en s’engageant dans les armées étrangères. Mais face à leurs échecs, ils ont été amenés à s’établir ailleurs, laissant « à leurs descendants, comme un précieux héritage, l’amour du nom sacré de la patrie et la haine de l’oppression87 ». Parmi eux se trouve précisément la famille Sismondi dont l’historien revendique la filiation. Il aurait ainsi hérité de manière atavique sa passion pour la liberté, l’expérience de l’exil qu’il partage avec ses ancêtres redoublant l’intensité de ce sentiment.
- 88 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1808, t. 4, p. 268.
37À ces figures libérales, puisant dans l’éloignement subi les forces pour combattre la tyrannie, Sismondi oppose le modèle classique du mauvais émigré. Il s’agit principalement d’individus ayant perdu tout sens du bien commun qui souhaitent rentrer dans leur ville par n’importe quel moyen sans penser aux conséquences de leurs actes. Il évoque par exemple le cas des bannis de Pistoia, qui nouèrent en 1306 une alliance avec Lucques et les Guelfes Noirs qui dominaient Florence. Mais, une fois la cité conquise, cette dernière fut entièrement soumise : elle perdit son contado et sa liberté politique, les podestats et les capitaines du peuple étant nommés par ses deux puissantes voisines. Il en conclut alors : « [les Florentins et les Lucquois] réduisirent au désespoir les malheureux Pistoiais, et firent regretter amèrement leur victoire aux émigrés eux-mêmes qui avaient eu la folie de recourir à des armes étrangères pour rentrer dans leur patrie88. »
- 89 Sur les principes politico-institutionnels du Grand Conseil, voir Nicolai Rubinstein, « Les premièr (...)
- 90 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1818, t. 12, p. 380.
38Parmi ces hommes complétement aveuglés, les princes en exil se distinguent pour leurs sentiments profondément antilibéraux, leur éloignement ne les amenant qu’à développer une plus intense haine envers leur communauté et sa liberté. C’est ainsi que Sismondi explique l’action politique des descendants de Laurent de Médicis. Florence, après avoir connu la tyrannie médicéenne, était parvenue à se libérer de son joug, chassant Pierre II de Médicis pour mettre en place en 1494 le système du Grand Conseil89. Contraint au départ, l'ancien seigneur n’est animé que par la volonté farouche de retrouver son ancien pouvoir, persuadé par ailleurs d’être attendu avec espoir par les Florentins : « Les émigrés se figurent toujours que le public partage leurs opinions et leurs sentiments, ils n'ont de correspondance qu'avec les gens de leur parti ; ils ne tiennent aucun compte des autres, et ils se persuadent que la moindre assistance étrangère suffirait pour les rétablir dans leur patrie90. » Surtout, ces princes n’ont plus aucun lien avec leur cité, ils ne sont plus membres de la civitas et leur éloignement contribue à renforcer leurs conceptions despotiques. C’est notamment le cas avec le fils de Pierre II, Laurent II, ayant passé sa jeunesse loin de Florence :
- 91 Ibid., t. 14, p. 427.
Laurent II de Médicis, qui avait hérité de tout l'orgueil de sa mère Alfonsina Orsini, qui avait passé sa jeunesse dans l'exil occupé à susciter des ennemis aux Florentins et à chercher par ses intrigues les moyens de recouvrer une autorité à laquelle il croyait avoir des droits héréditaires, avait offensé ses compatriotes de mille manières, et était détesté d'eux comme il les détestait lui-même en secret91.
- 92 Sur tous ces éléments, voir Francesca Sofia, Histoire de la correspondance…, op. cit., p. 55-56
- 93 Lettre à Friedrich August Khöthe du 8 novembre 1815, citée d’après Ibid., p. 57.
39Derrière ces figures d’émigrés antilibéraux, que ce soient des groupes bannis à la suite d’une prise de pouvoir par le parti opposé ou de puissants potentats écartés par une révolution, Sismondi projette pleinement le contexte de son époque. Son propos se nourrit du souvenir des nobles émigrés composant les armées contre-révolutionnaires organisées autour du prince de Condé à Coblence et leurs tentatives de renversement de la République. Mais elle est surtout influencée par le contexte immédiat dans lequel il développe cette lecture. Le tome 12, où il dénonce l’attitude de Pierre II et les sentiments erronés animant les émigrés dans leurs combats, ainsi que le tome 14, dans lequel il décrit les manigances de Laurent II, sont rédigés entre 1815 et mai 1817. C’est alors un moment où l’historien, après avoir adhéré aux Cent-Jours, a dénoncé avec force la seconde Restauration et se rapproche des cercles libéraux de l’opposition, ce qui l’amène à rompre en partie avec l’ancienne noblesse française92. Derrière ses critiques à l’égard des proscrits du Moyen Âge italien, il crée un parallèle avec les princes d’Ancien Régime, eux aussi rentrés dans les fourgons de l’étranger et eux aussi n’ayant rien appris et rien oublié. Sismondi ne cache pas le mépris qu’il a envers tous ces individus prêts à sacrifier l’indépendance de leur patrie pour triompher, un avis qu’il partage dans une lettre à Friedrich August Khöthe datant du 8 novembre 1815 où il mentionne un pouvoir reposant sur « une poignée d’hommes sans énergie », des émigrés et des royalistes « qu’un souffle […] renverseroit de nouveau, si 150 000 hommes, presque tous Allemands, ne restoit en France pour maintenir le trône des Bourbons et leurs ridicules prétentions93 ».
- 94 Fernand Baldensperger, Le mouvement des idées dans l’émigration française (1789-1815), Paris, Plon, (...)
40Le contexte d’écriture de l’Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge et l’épreuve de l’exil vécu par son auteur l’amènent à complexifier l’approche de ce phénomène au sein du Moyen Âge italien, en dépassant l’idée que ces mouvements étaient uniquement le symptôme de systèmes républicains inaboutis et instables. Fernand Baldensperger a postulé une thèse selon laquelle l’émigration sous la Révolution aurait contribué à changer les goûts culturels des élites d’Ancien Régime, en les rendant sensibles à de nouvelles émotions et sujets littéraires, ce qui les aurait fait rompre avec les normes du classicisme pour adopter celles du préromantisme94. Sans entrer dans le détail de ces catégories, ces éléments éclairent comment l’interprétation de l’histoire médiévale italienne évolue chez Sismondi à la suite de sa rencontre contrainte avec l’Italie ; la manière dont il décrit les déchirements des proscrits face à une patrie perdue démontrant à quel point son propre vécu se cristallise dans son récit.
- 95 Isabella Lazarini, « Gattari, Galeazzo », dans Dizionario biografico degli Italiani…, op. cit, vol. (...)
- 96 Sur l’humanisme civique, voir : Patrick GILLI, « Le discours politique florentin à la Renaissance : (...)
- 97 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Nicolle, Paris, 1809, t. 7, p. 302.
41C’est notamment le cas quand Sismondi narre le parcours de Francesco Novello da Carrara (1359-1406). Il se fie aux sources médiévales pour rapporter l’errance de ce prince, contraint de quitter Padoue menacée par les Visconti de Milan en 1388. Deux récits permettent de retracer sa destinée, celui de Galeazzo Gattari, plus sobre, et celui, plus élaboré et sensible, de ses fils, Bartolomeo et Andrea Gattari. Ces derniers ont continué jusqu’en 1407 la chronique de leur père qui se terminait sur les événements de 1389, tout en révisant la partie précédente95. Le Genevois se sert de cette version pour évoquer les tourments saisissant leur héros. Il s’agit pourtant d’un seigneur, mais cela n’empêche pas Sismondi de magnifier ses combats, ce qui peut s’expliquer par son statut de victime des Visconti, ces ducs milanais étant associés par l’historien, qui reprend les traditions de l’humanisme civique florentin96, à des tyrans qui cherchaient à asservir la liberté de toute la Péninsule, une ambition à laquelle seule Florence aurait été capable de s’opposer au nom de la libertas. En omettant des détails, comme la nombreuse suite qui accompagne le prince dans son errance, Sismondi dépeint un individu isolé, accompagné de son épouse enceinte, Taddea d’Este. Ce couple cherche désespérément des soutiens, affrontant lors de leur périple les revers, les tempêtes maritimes et des conditions de vie effroyables. À Pise, il demande l’asile au seigneur Pietro Gambacorti, Francesco Novello da Carrara assurant son épouse inquiète que « [Gambacorti] a été une fois chassé de sa patrie, comme moi, [il] a erré de place en place97 ». Face à son refus, Sismondi met alors en scène l’évanouissement de sa compagne. Tous ces détails sont présents dans la chronique, mais, en les reprenant, l’historien exacerbe les souffrances de cet émigré et confère à son expérience une dimension empreinte d’un pathos capable de transcender les époques. L’esthétique sentimentale de sa source trouve un écho particulier, les paroles et le vécu de cet homme se faisant le miroir des déchirements et des épreuves endurées par les milliers d’individus contraints de quitter leur terre natale sous la Révolution, l’Empire et la Restauration.
- 98 Ibid., p. 122.
- 99 « Tu lascerai ogne cosa diletta più caramente ; e questo è quello strale che l’arco de lo essilio p (...)
- 100 Sur la redécouverte de Dante aux xviiie et xixe siècles, voir : Franco PIVA, « La (ri)scoperta di D (...)
42Francesco Novello da Carrara a fini par revenir dans sa cité natale, Padoue, en 1390, notamment grâce à l’aide de Florence. Mais il est de nouveau menacé en 1405, cette fois par les armées vénitiennes. Face à l’impossibilité de repousser l’ennemi, Sismondi évoque sa résistance héroïque et son refus de se rendre malgré les imprécations de son fils. Non seulement il ne veut pas laisser sa patrie subir de nouveau le joug d’étrangers, mais l’historien genevois lui prête également des émotions pourtant absentes de la chronique d’Andrea Gatttari, puisqu’il « se souvenait de son exil passé [et] ne voulait pas de nouveau goûter à l’amertume du pain de l’étranger98 ». C’est ici une allusion aux célèbres vers de Dante : « Tu laisseras tout ce que tu aimes le plus chèrement ; et c’est la flèche que l’arc de l’exil décoche pour commencer. Tu sentiras comme a saveur de sel le pain d’autrui, et comme il est dur à descendre et monter l’escalier d’autrui99 » (Paradis, Chant XVII). Sismondi est alors influencé par le contexte politique et culturel de son époque. L’œuvre du célèbre écrivain florentin, redécouverte par les Français dans les années 1770, a été ensuite réévaluée à partir de la Révolution et du début du xixe siècle au sein d’une société touchée massivement par l’exil qui a catalysé ses propres représentations sur la figure du Sommo Poeta, proscrit de sa cité en 1302 et déchiré par la perspective de ne jamais la revoir100. Sismondi crée ainsi un lien direct entre la figure de Dante et celle de Francesco Novello da Carrara, les paroles du poète se faisant l’écho universel et atemporel des tourments de tous les émigrés qui, de la Révolution à la Restauration en passant par l’Empire, ont eu à subir cette épreuve.
43À travers la description d’exilés aspirant à retrouver leur patrie pour la protéger de la tyrannie, ce sont les propres expériences de Sismondi et de ses proches, comme Mme de Staël, qui sont alors projetées sur un univers médiéval italien marqué profondément par un phénomène dont l’approche se fait plus politique mais aussi plus émotive, dépassant l’idée d’un fuoriuscitismo provoqué uniquement par des cités italiennes politiquement instables et violentes.
44Plusieurs siècles et des logiques politico-institutionnelles différentes séparent les républiques italiennes médiévales de l’époque de Sismondi. Pourtant, la trace du présent domine dans l’appréhension de ce passé. Leur histoire, qui n’avait jusqu’alors pas fait l’objet d’étude précise – ce sujet étant auparavant traité dans des monographies ou abordé au sein d’une histoire plus globale de la Péninsule –, est remise sur le devant de la scène précisément au moment où les contemporains de l’historien vivent de profonds bouleversements et ce n’est pas un hasard. Si les multiples allusions aux temps actuels se font sibyllines et fugaces, certainement pour éviter la censure, par le biais du destin de ces communes du Moyen Âge, nées de la liberté et mortes sous la tyrannie, c’est clairement le sort d’une Europe marquée par une Révolution française avortée par le basculement vers l’Empire et le retour aux normes de l’Ancien Régime qui s’esquisse. Ces petites républiques italiennes lointaines et animées par de multiples soubresauts sont en réalité l’écho des expériences politiques contemporaines. Certes, la période des cités médiévales et celle de Sismondi relèvent de logiques différentes, mais toutes deux ont connu des tentatives d’instauration de la liberté, qu’elle soit conforme aux normes des Anciens ou des Modernes.
- 101 Sur le déclin moderne des Italiens dans la pensée de Sismondi, voir Roberto Bizzocchi, « Introduzio (...)
- 102 Sur les réinterprétations de l’œuvre de Sismondi au cours du Risorgimento, voir Adrian Lyttelton, « (...)
45Le penseur genevois n’instaure cependant pas uniquement un dialogue entre le présent et le passé. Les petites révolutions des cités communales sont le miroir de la Grande Révolution, mais elles sont aussi celui de toutes les révolutions à venir en Italie. Le futur est omniprésent dans l’Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, la mémoire d’un passé républicain, démocratique, florissant et bourgeois ayant pour objectif de raviver la vigueur chez des Italiens asservis par des siècles de despotisme101. Dans un contexte où l’Italie cherche à se construire comme nation, l’exemple de leur ancienne liberté et des vertus de leurs ancêtres doit leur permettre se tourner pleinement vers leur avenir pour reprendre leur indépendance102.
Notes
1 Sismondi a d’abord publié les quatre premiers volumes de l’Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge chez Gessner à Zurich, les tome 1 et 2 en 1807 et les tomes 3 et 4 en 1808. C’est ensuite Nicolle à Paris qui prend la relève en éditant les tomes 1 à 8 en 1809. À partir de 1815, Sismondi se tourne vers Treutell et Würtz, eux aussi parisiens, qui sortent les tomes 9 à 11 en 1815, puis les tomes 12 à 16 en 1818 (les tomes 12 à 14 sortent en décembre 1817, les 15 et 16 en janvier 1818) et une réédition de tous les volumes précédents. En 1826, ils font une seconde édition de prestige en 8° et une troisième et dernière édition en 1840. Sur ces éléments, voir Jean-Daniel Candaux, « Sismondi et ses premiers éditeurs », dans Sven Stelling Michaud (dir.), Sismondi européen, Genève, Slatkine, 1976, p. 369-397. Pour une lecture comparée des différentes éditions de l’Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, voir Alberto Scigliano, « Collazione delle varianti nelle edizioni della Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge pubblicate sotto la supervizione dell’autore », Annali Sismondi, [en ligne], 2018, vol. 4, p. 1-51. Disponible en ligne : https://doi.org/10.6092/issn.2498-9886/10544
2 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Paris, Treutell et Würtz, 1818, t. 1, p. XVI-XVII. Afin de clarifier la chronologie des propos tenus par Sismondi, nous citerons systématiquement la première édition du tome dans lequel se trouvent les passages mentionnés. Cela nous amènera à indiquer à chaque fois de manière complète les références bibliographiques de l’Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge sans mentionner leur citation plus haut dans le texte.
3 Ibid. p. XX.
4 Cette notion de « persona » est empruntée à l’histoire des sciences. Elle permet de mettre en lumière la formation de l’identité professionnelle et culturelle d’un groupe : John Bennett Shank, « Les figures du savant, de la Renaissance au siècle des Lumières », dans Dominique Pestre (dir.), Histoire des sciences et des savoirs, I. De la Renaissance aux Lumières, Paris, Seuil, 2015, p. 43-65.
5 Paul Guichonnet, Histoire de Genève, Toulouse, Privat, 1974, p. 262-264.
6 Jean Rudolph de Salis, Sismondi : 1773-1842 : la vie et l’œuvre d’un cosmopolite philosophe [1932], Genève, Slatkine, 1973, p. 26-28.
7 Sur l’exil de Sismondi, voir : Francesca Sofia, « Sismondi tra rivoluzione e reazione (1794-1800) », dans Carlo Ghisalberti (dir.), Sismondi esule a Pescia : i tempi e i luoghi, Pescia, Benedetti, 1997, p. 13-27 ; Paul Waeber, Sismondi : une biographie, Genève, Slatkine, 1991, p. 193-203.
8 Ibid., p. 294.
9 Sur les mouvements patriotiques toscans, la révolution en Toscane et la réaction arétine, voir : Carlo Mangio, I patrioti toscani fra “Repubblica etrusca” e restaurazione, Florence, Olschki, 1991 ; Gabriele Turi, Viva Maria : riforme, rivoluzione e insorgenze in Toscana (1790-1799) [1969], Bologne, Il Mulino, 1999.
10 Paul Waeber, Sismondi…, op. cit., p. 301-310.
11 Ce lien est souligné dans Francesca Sofia, Histoire de la correspondance de Jean-Charles-Léonard Simonde de Sismondi, Genève, Slatkine, 2022, p. 48.
12 Il fréquente en 1813 la noblesse royaliste du faubourg Saint-Germain, qu’il juge ouverte aux idées libérales. En 1815, il rompt avec ces cercles au moment des Cent-Jours et se tourne vers le faubourg Saint-Honoré. Voir sur ces point Ibid., p. 50-55.
13 Sur ce point, voir Ibid., p. 133 et p. 125 à 134 sur tous ces éléments chronologiques.
14 Sur les positions de Sismondi et son engagement en 1815, voir Jean Rudolph de Salis, Sismondi…, op. cit., p. 257-325.
15 Ibid., p. 271-274.
16 Francesca Sofia, Histoire de la correspondance..., op. cit., p. 55-56.
17 Sur ces éléments, voir Maria Iolanda Palazzolo, I libri, il trono e l’altare : la censura nell’Italia della Restaurazione, Milano, F. Angeli, 2003, p. 71-84 ; Maria Iolanda Palazzolo, « Le censure e la storia delle repubbliche di Sismondi », dans Francesca Sofia (dir.), Sismondi e la civiltà toscana, Florence, Olschki, 2001, p. 199-212.
18 Sur les liens entre histoire et Révolution, voir par exemple : Marina Caffiero, La Repubblica nella città del Papa : Roma 1798, Rome, Donzelli, 2005 ; Maria Pia Donato, « Lo specchio di un progetto politico. L’antichità nella Repubblica giacobina romana », Dimensioni e problemi della ricerca storica, 1994, no 1, p. 82-119 ; Claude Mossé, L’Antiquité dans la Révolution française, Paris, Albin Michel, 1989 ; Parker Harold Talbot, The cult of Antiquity and the French revolutionaries, Chicaho, University of Chicago Press, 1937.
19 Francesco Benigno, Daniele di Bartolomeo, La magie du passé : l’idée de la répétition historique dans la révolution française, Rennes, Les Perséides, 2021 ; Daniele di Bartolomeo, Nelle vesti di Clio : l’uso politico della storia nella Rivoluzione francese (1787-1799), Rome, Viella, 2014.
20 Ce manuscrit a été publié par Marco Minerbi : Marco Minerbi (éd.), Sismondi, Recherches sur les constitutions des peuples libres, Genève, Droz, 1965. À partir de ce travail, Sismondi a publié plus tard Études sur les constitutions des peuples libres, Paris, Treutell et Würtz, 1836.
21 Sur la pensée constitutionnelle de John Adams, voir Jean-Paul Goffinon (éd.), John Adams. Écrits politiques et philosophiques, Caen, Presses universitaires de Caen, 2004.
22 Sur la pensée constitutionnelle de Sismondi, voir : Emmanuelle Paulet-Grandguilot, Libéralisme et démocratie : de Sismondi à Constant, à partir du contrat social, 1801-1806, Genève, Slatkine, 2010 ; Emmanuelle Paulet-Grandguillot, « La liberté comme réserve de droits et de pouvoirs dans les Recherches sur les constitutions des peuples libres », dans Béla Kapossy, Pascal Bridel (dir.), Sismondi : républicanisme moderne et libéralisme critique, Genève, Slatkine, 2013, p. 25-72 ; Helena Rosenblatt, « Sismondi, from republicannism to liberal protestantism », Ibid., p. 123-143 ; Lucien Jaume, « La conception sismondienne du gouvernement libre comparée à la vision française », dans Francesca Sofia (dir.), Sismondi e la civiltà toscana…, op. cit., p. 213-230 ; Pierangelo Schiera « Ipotesi sul pensiero costituzionale di Sismondi », Ibid., p. 125-143 ; Francesca Sofia, « Sul pensiero politico-costituzionale del giovane Sismondi », Rassegna storica del Risorgimento, 68, 1981, p. 131-148.
23 Jacques de Saint Victor, « Sismondi, entre républicanisme et Risorgimento », Revue française d’histoire des idées politiques, ne 30, 2e semestre, 2009, p. 253-276.
24 Sur l’invention de la notion de « républiques maritimes » par Sismondi et ses réinterprétations à travers le temps, voir Francesco Pirani, « Le repubbliche marinare : archeologia di un’idea », dans Tommaso di Carpegna Falconieri, Riccardo Facchini (dir.), Medievalismi italiani (secoli XIX-XXI), Rome, Gangemi editore, 2018, p. 131-148.
25 L’historiographie a désormais abandonné le terme de « république » pour utiliser celui de commune et tend à distinguer différentes époques au sein des villes centro-septentrionales. Elles sont considérées comme des communes avec l’apparition de la magistrature consulaire. La première attestation dans les sources date de 1081 à Pise, mais cette magistrature pouvait exister auparavant et sa mention ne suppose pas pour autant sa pérennisation, cela peut-être une simple parenthèse ponctuelle. Le consulat se généralise au xiie siècle. L’âge consulaire se termine vers la fin du xiie siècle avec l’apparition des podestats. À partir du milieu du xiiie siècle, les communes entrent dans la phase populaire qui se poursuit jusqu’au milieu du xive siècle. Les seigneurs commencent alors à s’imposer à la tête des cités. Des villes comme Florence, Bologne ou Sienne connaissent uniquement des seigneuries temporaires, mais leurs institutions tendent à se refermer autour d’une oligarchie dont les formes sont cependant à nuancer. Pour une synthèse de ces évolutions, voir : Franco Franceschi, Ilaria Taddei, Le città italiane nel Medioevo, Bologne, Il Mulino, 2012 ; Jean Claude Maire Vigueur, Enrico Faini, Il sistema politico dei comuni italiani (secoli XII-XIV), Milan, Mondadori, 2010.
26 Sur ces évolutions, voir Franco Venturi, « L’Italia fuori d’Italia », dans Storia d’Italia, Dal primo Settecento all’unità, Turin, Einaudi, 1973, vol. 3, p. 984-1481 (ici p. 1173-1178). Sur la liberté au sein de la pensée sismondienne, voir Helmut Otto Pape, « Sismondi’s system of liberty », Journal of the history of Ideas, vol. 40, ne 2, avr.-juin, 1979, p. 251-266.
27 Sur l’idée du déclin dans la pensée de Sismondi, voir Maria Pia Casalena, Liberté, progrès, décadence. L’histoire d’après Sismondi, Genève, Slatkine, 2018.
28 Sur l’analyse sociale et politique de la révolte des Ciompi, voir : Alessandro Stella, La révolte des Ciompi : les hommes, les lieux, le travail, Paris, Éditions de l’EHESS, 1993 ; Franco Franceschi, Oltre il tumulto : i lavoratori fiorentini dell’Arte della lana fra Tre e Quattrocento, Florence, Olschki, 1993.
29 Le principal organe du gouvernement florentin depuis la fin du xiiie siècle est la Seigneurie, composée de neuf prieurs (huit prieurs et un gonfalonier de la ville), de seize gonfaloniers du Popolo et des Douze Bonshommes. Ces offices majeurs sont pourvus grâce à un système complexe d’élection et de tirage au sort reposant sur l’appartenance aux différents quartiers de la ville et l’inscription dans un des Arts florentins. La part des Arts mineurs, moyens et majeurs varie dans le temps. Entre 1343 et 1382, cette proportion était équilibrée. Sur ces points, voir Ilaria Taddei, « Le système politique florentin au xve siècle », dans Jean Boutier, Sandro Landi, Olivier Rouchon (dirs.), Florence et la Toscane, xive-xixe siècles, les dynamiques d’un État italien, Rennes, PUR, 2004, p. 39-63. Sur le système des élections, voir Ilaria Taddei, « Du secret à la place publique : l’élection de la Seigneurie à Florence (xive-xve siècle) », dans Gilles Bertrand, Ilaria Taddei (dir.), Le destin des rituels : faire corps dans l’espace urbain. Italie, France, Allemagne, Rome, EFR, 2008, p. 117-141.
30 Sur les perceptions historiographiques de la révolte des Ciompi, voir : Jean-Claude Zancarini, « La révolte des Ciompi : Machiavel, ses sources et ses lecteurs », Cahiers philosophiques (SCEREN), 2004, p. 9-22 ; Ernesto Sestan, « Echi e giudizi sul tumulto dei Ciompi nella cronistica e nella storiografia », dans Giuliano Pinto (ed.), Storiografia dell’Otto e Novecento, III, Ernesto Sestan scritti vari, Florence, Le Lettere, 1991, p. 183-220.
31 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Paris, Nicolle, 1809, t. 7, p. 144.
32 Sur les images de la « Terreur » diffusées après Thermidor, voir Jean-Clément Martin, Les Échos de la Terreur, Paris, Belin, 2018.
33 Lucien Gillard, Simonde de Sismondi. Vie, œuvres, concepts, Paris, Ellipses, 2010, p. 11.
34 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Paris, Nicolle, 1809, t. 7, p. 151.
35 Sur le régime des Albizzi et l’évolution de la base sociale sur laquelle ils s’appuyèrent, voir : Ilaria Taddei, « Entre système politique et culture dans la Florence des Albizzi (1382-1434). Une convergence nouvelle », Rivista internazionale di Diritto comune, 18, 2007, p. 283-298 ; Lorenzo Tanzini, Statuti e legislazione a Firenze dal 1355 al 1415 : lo statuto cittadino del 1409, Florence, Olschki, 2004 ; Riccardo Fubini, « Dalla rappresentanza sociale alla rappresentanza politica : alcune osservazioni sull’evoluzione politico-costituzionale di Firenze nel Rinascimento », Rivista storica italiana, no 102, 1990, p. 279-301.
36 L’Arte di Calimala est un des Arts majeurs de Florence et l’un des plus illustres. Il regroupe les grands marchands florentins, spécialisés dans le commerce des draps, des épices, du blé… et dans les activités bancaires.
37 Marion Bertholet, « L’âge d’or de la Florence républicaine et sa chute : construction historiographique d’un mythe chez Sismondi », dans Paul Ernst (dir.), Âge d’or une perception des sociétés du passé, Bibliothèque numérique de Paris 8, 2018, p. 35- 51.
38 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Paris, Nicolle, 1809, t. 8, p. 292.
39 Paul Guichonnet, Histoire de Genève… op. cit., p. 236-244.
40 Sur l’exclusion des magnats et leur progressive réintégration, voir Christiane Klapisch-Zuber, Retour à la cité : les magnats de Florence 1340-1440, Paris, Ed de l’EHESS, 2006. Sur les conflits entre magnats et Popolo, voir : Silvia Diacciati, Popolani e magnati. Società e politica nella Firenze del Duecento, Spolète, 2011 ; Claudia Bertazzo, I magnati e ildiritto nei comuni italiani del XIII secolo, Pise, Plus, 2011.
41 Christiane Klapisch-Zuber, « Honneur de noble, renommée de puissant : la définition des magnats italiens (1280-1400) », Médiévales, no 24, 1993, p. 81-100.
42 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1808, t. 4, p. 66.
43 Ibid.
44 Anne Simonin, Le déshonneur dans la République : une histoire de l’indignité 1791-1958, Paris, Grasset, 2009, p. 337-348.
45 Jean Rudolph de Salis, Sismondi…, op. cit., p. 26.
46 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1808, t. 4, p. 65.
47 Sur la conflictualité positive dans la pensée de Machiavel, voir Quentin Skinner, Machiavel, Paris, Seuil, p. 103-105.
48 Marion Bertholet, « Violence anarchique ou violence libérale ? Le Moyen Âge italien au tournant des Lumières de Muratori et Voltaire à Sismondi », Dix-huitième Siècle, no 47, 2015, p. 475-500.
49 Sur ces questions, voir Jean-Claude Maire Vigueur, Cavaliers et citoyens : guerre, conflits et société dans l’Italie communale xiie-xiiie siècles, Paris, Éditions de l’EHESS, 2003.
50 Ibid., p. 143-166.
51 Jean Claude Maire Vigueur, Enrico Faini, Il sistema politico…, op. cit., p. 58-60.
52 Sur ces éléments, voir Ibid., p. 58-66.
53 François Menant, L’Italie des communes (1100-1350), Paris, Belin, 2005, p. 67.
54 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1808, t. 3, p. 262-263.
55 Sur la seigneurie des Visconti, voir Paolo Grillo, « Signori, signorie ed esperienze di potere personale nell’Italia nord-occidentale (1250-1396) », dans Jean-Claude Maire Vigueur (dir.), Signorie cittadine nell’Italia comunale, Rome, Viella, 2013, p. 19-44. Sur la construction de l’image tyrannique de certains seigneurs, voir Andrea Zorzi (dir.), Tiranni e tirannide nel Trecento italiano, Rome, Viella, 2013.
56 Jean Boutier, « Les sociétés politiques en France de 1789 à l’an III : “une machine” ? », Revue d’histoire moderne et contemporaine, no 36-1, 1989, p. 29-67.
57 Les communes italiennes s’auto-gouvernaient de fait depuis la fin xie siècle, mais, étant situées au sein du Royaume d’Italie, elles dépendaient de l’Empire. À ce titre, l’empereur Barberousse a tenté de restaurer ses regalia et son autorité sur les cités à partir de 1152. Après un long conflit, la victoire des villes alliées au sein de la Ligue lombarde en 1176 leur a permis d’obtenir par le traité de Constance en 1183 la reconnaissance officielle de leurs droits politiques et juridiques, l’empereur conservant toujours certaines prérogatives symboliques.
58 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1808, t. 4, p. 390.
59 Sante Bortolami, « Ferreto de’ Ferreti », dans Dizionario biografico degli Italiani, Rome, Istituto della Enciclopedia italiana, 1997, vol. 47, p. 57-60.
60 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1808, t. 4, p. 415-416.
61 Rino Modonutti, « Rolando da Piazzola », dans Dizionario biografico degli Italiani, Rome, Istituto della Enciclopedia italiana, 1997, vol. 88, p. 164-166.
62 Ce type de discours est présent à Milan et au sein de multiples seigneuries. Dans le cas de Padoue sous les Carrara nous retrouvons de telles rhétoriques au xive siècle. Voir, sur ces éléments, Élisabeth Crouzet-Pavan, Renaissances italiennes 1380-1500, Paris, Albin Michel, 2007, p. 163-164.
63 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1809, t. 4, p. 416.
64 Jean-Luc Chappey, « Les Idéologues face au coup d’État du 18 brumaire an VIII. Des illusions aux désillusions », Politix. Revue des sciences sociales du politique, 2001, 56, p. 55-75 (ici p. 63-64).
65 Pour une synthèse de ce processus, voir Élisabeth Crouzet-Pavan, Enfers et paradis. L’Italie de Dante et de Giotto, Paris, Albin Michel, 2004, p. 271-290.
66 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Paris, Nicolle, 1809, t. 5, p. 2-3.
67 Ibid., p. 4.
68 Cette expression a été mise en avant par Jean-Claude Maire Vigueur pour désigner une culture commune de la guerre et de la violence au sein du groupe de la militia, la culture chevaleresque nourrissant en partie cet imaginaire : Jean-Claude Maire Vigueur, Cavaliers et citoyens…, op. cit., p. 285-335.
69 Andrea Zorzi, Le signorie cittadine in Italia (secoli XIII-XV), Milan, Mondadori, 2010, p. 113-114.
70 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Paris, Nicolle, 1809, t. 5, p. 5.
71 Michel Biard, Philippe Bourdin, Silvia Marzagalli, 1789-1815. Révolution, Consulat, Empire, Paris, Belin, 2021, p. 228.
72 Sur la noblesse impériale, voir Nathalie Petiteau, Élites et mobilités : la noblesse d’Empire au xixe siècle, 1808-1914, Paris, La Boutique de l’histoire, 1997.
73 Lettre à sa mère du 25 février 1813 citée d’après Francesca Sofia, Histoire de la correspondance de Jean-Charles-Léonard Simonde de Sismondi, Genève, Slatkine, 2022, p. 50.
74 Francesca Sofia, Una biblioteca ginevrina del Settecento: i libri del giovane Sismondi, Roma, Edizioni dell’Ateneo e Bizzarri, 1983, p. 106-107.
75 Francesca Sofia, « Le fonti sulla civiltà toscana nella biblioteca del giovane Sismondi », dans Francesca Sofia (dir.), Sismondi e la civiltà…, op. cit., p. 145-163 ; Paul Waeber, Sismondi une biographie…, op. cit., p. 253.
76 L’arbre généalogique qu’il a réalisé est inséré au sein d’un de ses carnets personnels conservé aux archives de Pescia : SASPe, FS, Manoscritti, 1.2., f. 115-117.
77 Sur le parcours de la famille de Sismondi, voir : Paul Waeber, Sismondi une biographie…, op. cit., p. 11-68 ; Stefania Rudatis Vivaldi Forti, « La famiglia di JCL Sismondi : nuovi apporti alla insoluta questione delle origini », dans Letizia Pagliai, Sismondiana : in onore di Mirena Stanghellini Bernardini, Florence, Polistampa, 2005, p. 167-189.
78 Ce nom apparaît sur le contrat de vente de la villa Vachiusa que la famille Sismondi a acheté à Pescia en 1797.
79 Ces différentes hypothèses sont résumées dans Carlo Pazzagli, Sismondi e la Toscana del suo tempo (1795-1838), Sienne, Protagon editori toscani, 2003, p. 24-25.
80 Sur le bannissement et l’exclusion au sein des cités communales, voir : Giuliano Milani, L’esclusione dal comune: conflitti e bandi politici a Bologna e in altre città italiane tra XII e XIV secolo, Rome, Istituto storico italiano per il Medio Evo, 2003 ; Giuliano Milani, « Déplacements collectifs ? Les exclusions politiques des communes italiennes et la mobilité géographique des populations urbaines », dans Germain Burtaud, Cécile Caby, Yann Codou et al. (ed.), Des sociétés en mouvement : migrations et mobilités au Moyen Âge, Paris, PUS, 2010, p. 195-204 ; Giuliano Milani, « Le ragioni dell’esclusione : definire il nemico pubblico nei comuni italiani », dans Fabio di Giannatale (dir.), Escludere per governare : l’esilio politico fra Medioevo e Risorgimento, Milan, Mondadori, 2011, p. 17-31 ; Fabrizio Ricciardelli, « Le modalità dell’esclusione a Firenze nel tardo Medioevo », dans Ibid., p. 32-48.
81 Adam Smith évoque dans De la richesse des Nations (1776, chapitre III, livre III) le cas des familles lucquoises, bannies par Castruccio Castraccani en 1310, qui se sont réfugiées à Venise où elles ont apporté leurs savoir-faire dans la fabrication de tissus en soie.
82 Giuliano Milani, L’esclusione dal comune…, op. cit., p. 5. Il s’agit d’une version abrégée de l’Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge traduite en italien sous le titre Storia del Risorgimento, de’ progressi, del decadimento e della rovina della libertà in Italia (1833).
83 Jean-Jacques-Caton Chenevière (éd.), Sismondi, fragments de son journal et correspondance, Genève-Paris, J. Cherbuliez, 1857, p. 65-66.
84 Sur ces éléments, voir : Rahul Markovits, « “Transplanter” la République : la Nouvelle Genève, une utopie au contact des révolutions (1782-1784) », dans Gilles Bertrand, Pierre Serna (dir.), La République en voyage : 1770-1830, Rennes, PUR, 2013, p. 93-102 ; Marc Neuenschwander, « Les troubles de 1782 à Genève et le temps de l’immigration : en marge du bicentenaire de la naissance du général Guillaume-Henri Dufour », Bulletin de la Société d’histoire et d’archéologie de Genève, no 19, 1989, p. 127-188 ; Franco Venturi, « “Ubi libertas, ibi patria”. La Rivoluzione ginevrina del 1782 », Rivista storica italiana, no 94, 1982, p. 395-434.
85 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1808, t. 4, p. 164-165.
86 Voir sur ces éléments l’introduction aux différents mémoires et rapports de la chambre de commerce de Genève que Sismondi a réalisé entre 1801 et 1806 : Pascal Bridel, Francesca dal Degan, Nicolas Eyguesier (éd.), J. C. L. Simonde de Sismondi, œuvres économiques complètes, tome III, Écrits d’économie politique, 1799-1815, Paris, Economica, 2012, t. III, p. 187-191.
87 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Nicolle, Paris, 1809, t. 8, p. 156.
88 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1808, t. 4, p. 268.
89 Sur les principes politico-institutionnels du Grand Conseil, voir Nicolai Rubinstein, « Les premières années du Grand Conseil de Florence (1494-1499) », Revue française de sciences politiques, 2016/6, vol. 64, p. 1157-1186.
90 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Zürich, Gessner, 1818, t. 12, p. 380.
91 Ibid., t. 14, p. 427.
92 Sur tous ces éléments, voir Francesca Sofia, Histoire de la correspondance…, op. cit., p. 55-56
93 Lettre à Friedrich August Khöthe du 8 novembre 1815, citée d’après Ibid., p. 57.
94 Fernand Baldensperger, Le mouvement des idées dans l’émigration française (1789-1815), Paris, Plon, 1924.
95 Isabella Lazarini, « Gattari, Galeazzo », dans Dizionario biografico degli Italiani…, op. cit, vol. 52, p. 538-542.
96 Sur l’humanisme civique, voir : Patrick GILLI, « Le discours politique florentin à la Renaissance : autour de l’humanisme civique », dans Jean Boutier, Sandro Landi, Olivier Rouchon (dir.), Florence et la Toscane, xive-xixe siècles, les dynamiques d’un État italien, Rennes, PUR, 2004, p. 323-343 ; Nicolai Rubinstein, « Il Bruni a Firenze: retorica e politica », dans Paolo VITI (dir.), Leonardo Bruni cancelliere della repubblica di Firenze, Florence, Olschki, 1990, p. 15-28 ; Riccardo FUBINI, Storiografia dell’umanesimo in Italia da Leonardo Bruni ad Annio da Viterbo, Rome, Edizioni di storia e letteratura, 2004.
97 Sismondi, Histoire des républiques italiennes du Moyen Âge, Nicolle, Paris, 1809, t. 7, p. 302.
98 Ibid., p. 122.
99 « Tu lascerai ogne cosa diletta più caramente ; e questo è quello strale che l’arco de lo essilio pria saetta. Tu proverai sì come sa di sale lo pane altrui, e come è duro calle lo scendere e l’salir per l’altrui scale », Paradis, Chant XVII, vers 55-60, traduction de Jacqueline Risset : Dante, La divine comédie, le Paradis, Paris, Flammarion, 1992, p. 165.
100 Sur la redécouverte de Dante aux xviiie et xixe siècles, voir : Franco PIVA, « La (ri)scoperta di Dante in Francia tra secolo dei Lumi e primo Ottocento », Studi Francesi, 158, 2009, p. 264-277 ; Jacqueline Risset, Dante écrivain ou l’Intelleto d’amore, Paris, Seuil, 1982, p. 218-234.
101 Sur le déclin moderne des Italiens dans la pensée de Sismondi, voir Roberto Bizzocchi, « Introduzione. Sismondi e l’“eccezione italiana” », dans Simonde de Sismondi, Il carattere degli Italiani, édité par Roberto Bizzocchi, Rome, Viella, 2020, p. 7-66.
102 Sur les réinterprétations de l’œuvre de Sismondi au cours du Risorgimento, voir Adrian Lyttelton, « Sismondi’s Histoire des républiques italiennes and the Risorgimento », Annales Benjamin Constant, Le groupe de Coppet et l’histoire, no 31-32, 2007, p. 351-366.
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Référence électronique
Marion Bertholet, « Petites révolutions de lointaines républiques médiévales italiennes ou Grande Révolution ? », La Révolution française [En ligne], 25 | 2023, mis en ligne le 28 novembre 2023, consulté le 06 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/lrf/7933 ; DOI : https://doi.org/10.4000/lrf.7933
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