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Notes de lecture

Danièle Alexandre-Bidon, Nadège Gauffre Fayolle, Perrine Mane et Mickaël Wilmart éd., Le Vêtement au Moyen Âge. De l’atelier à la garde-robe

Turnhout, Brepols, 2021, 342 p.
Émeline Retournard
p. 191-193
Référence(s) :

Danièle Alexandre-Bidon, Nadège Gauffre Fayolle, Perrine Mane et Mickaël Wilmart éd., Le Vêtement au Moyen Âge. De l’atelier à la garde-robe, Turnhout, Brepols, 2021, 342 p.

Texte intégral

1Le Vêtement au Moyen Âge. De l’atelier à la garde-robe est la publication des actes du colloque éponyme s’étant déroulé les 27 et 28 septembre 2016 à la tour Jean sans Peur et à l’EHESS à Paris. Le livre est dirigé par trois chercheurs et chercheuses du Centre de Recherches Historiques (CRH) et du Groupe d’Archéologie Médiévale (GAM ; Danièle Alexandre-Bidon, Perrine Mane et Mickaël Wilmart) et une chercheuse indépendante (Nadège Gauffre Fayolle). Tous travaillent sur la question de la culture matérielle et de l’économie médiévales, notamment au travers des textiles. C’est la raison pour laquelle ce colloque et cette publication ont été dédiés à Françoise Piponnier (1932-2013). Le livre se divise en quatre parties équilibrées comprenant entre trois et quatre contributions, pour un total de quinze articles, écrits par des spécialistes en histoire, archéologie et histoire de l’art médiévales. À ce titre, la quatrième de couverture annonce que plusieurs problématiques liées au vêtement médiéval seront traitées grâce à une approche multidisciplinaire mêlant plusieurs types de sources. Ce souci de pluridisciplinarité est visible dès l’introduction, dans laquelle N. Gauffre Fayolle rend compte succinctement de l’histoire de la recherche sur le costume médiéval du xixe siècle à nos jours, à partir des sources iconographiques, textuelles, comptables et archéologiques (p. 9-17).

2La première partie, « À la recherche de la matière », s’intéresse particulièrement aux matières textiles, à leur circulation et à la façon dont elles constituent des biens précieux dans la société médiévale. M. Wilmart se penche sur la question des foires de Champagne et notamment la façon dont ces marchés correspondent à des plaques tournantes du commerce des draps aux xiiie et xive siècles, au travers des sources textuelles (p. 21-35). L’auteur démontre la diversité des produits vendus, mais aussi le cosmopolitisme de ces évènements qui attirent aussi bien des marchands – qui redistribuent ensuite les textiles sur les foires secondaires et les marchés locaux – que des émissaires envoyés par les plus grandes cours d’Europe. L’article suivant, par Rémi Rousselot-Viallet, complète la contribution précédente en s’intéressant à l’iconographie du marchand de draps entre le xiiie et le xve siècle (p. 37-50). Au travers de divers media (enluminure, gravure), il ressort que la figure du drapier est principalement représentée de trois manières (debout derrière son étal, au service du client ou mesurant l’aune du drap), que le peu de mobilier présent dans son échoppe (fixe ou mobile) est fonctionnel et, enfin, que les drapiers peuvent intervenir dans différents endroits : dans leur boutique, sur les marchés ou au domicile des particuliers. Sophie Desrosiers compare ensuite deux types de tissus de soie fabriqués en Italie au xive et xve siècles : les cendals (soieries unies monochromes) et les drappi tinti (soieries brochées polychromes ; p. 51-78). Les premières, plus répandues mais moins impressionnantes visuellement, n’ont pas su capter l’intérêt des chercheurs autant que les secondes. Il est également question de soieries, mais aussi de draps de laine et de vêtements, dans le dernier article de cette première partie (p. 79-106) : étudiant l’inventaire après décès du marchand florentin Giovanni Maringhi, Ingrid Houssaye Michienzi et Suzanne Lassalle montrent les liens entre Orient et Occident à partir des textiles inventoriés chez lui à Constantinople au xvie siècle : à la fois ceux destinés à être vendus mais également ceux de sa garde-robe privée.

3La deuxième partie de l’ouvrage, « Le vêtement : production et circulation », met en avant les acteurs de la confection des textiles, à savoir les artisans (brodeurs, tailleurs, couturiers, chapeliers, pelletiers), ainsi que les différents types de circulation de leurs productions (ventes, reventes, legs, dons et saisies). N. Gauffre Fayolle étudie, par le biais des comptes de trésorerie générale, de quelle manière sont réalisés, dans l’urgence, les vêtements pour les ambassadeurs du duc Amédée VIII de Savoie et leur suite au concile de Constance en 1417 (p. 109-130). Il transparaît de ces comptes tout le faste mis en œuvre pour vêtir comme il se doit la cinquantaine de représentants du duché, de la recherche des matières premières (draps de laine, soie, fourrures, broderies d’or et de soie, etc.) aux finitions. Il est également question de confection dans l’article suivant où P. Mane se penche sur la figure du tailleur et du couturier, ainsi que sur leurs outils, à travers l’iconographie et les découvertes archéologiques médiévales (p. 131-165). Bien que ces images soient « l’expression d’une “pensée figurative” » (p. 131), comme le signale P. Mane, elles permettent d’entrevoir le quotidien de ces artisans, leurs différents statuts et leurs environnements de travail. Sophie Jolivet se concentre ensuite sur l’étude des couvre-chefs à la cour des trois premiers ducs de Bourgogne de la famille des Valois (Philippe le Hardi, Jean sans Peur et Philippe le Bon) au xve siècle (p. 167-183), grâce aux sources comptables et iconographiques. Longtemps ignoré de la recherche portant sur la période médiévale, le couvre-chef, élément essentiel du costume de la fin du Moyen Âge, permet d’identifier son porteur et ses goûts personnels, de voir l’évolution des modes vestimentaires, de retracer le chemin d’approvisionnement des matières premières et d’approcher au plus près de la mise en scène de l’image publique des ducs. Dans le dernier article de cette section, Anne Kucab traite des différents statuts et moyens de circulations des textiles à la fin du Moyen Âge (p. 185-198). En tant que biens coûteux, les textiles neufs ne peuvent pas être achetés par les bourses les plus modestes. De ce fait, d’autres circuits d’approvisionnement que l’achat de pièces neuves se mettent en place, comme l’achat d’occasion, le legs et le don.

4La troisième partie de l’ouvrage, « Codification, transgression, usages sociaux », explore la thématique du vêtement à travers les normes sociales et les détournements d’usage de celui-ci dans la société médiévale. Ainsi, Christiane Klapisch-Zuber s’intéresse aux lois somptuaires mises en place à Florence au xive siècle afin de réfréner l’opulence vestimentaire des Florentins, ou plutôt des Florentines, leurs enjeux politiques et économiques, ainsi que l’aspect genré de ces réglementations (p. 201-209). Dans les faits, celles-ci sont notamment des moyens de contrôle du corps féminin par les hommes, tout en laissant aux femmes un espace de liberté, moyennant finance, soit de porter certains vêtements ou objets de parure luxueux. Il est également question de normes sociétales et d’interdits somptuaires dans l’article de Michel Pastoureau sur la couleur des vêtements au Moyen Âge (p. 211-227). L’auteur insiste, par ailleurs, sur les problèmes de traduction du lexique chromatique et le déséquilibre de conservation des sources textuelles selon les pays et régions en Europe médiévale. Enfin, D. Alexandre-Bidon présente le cas particulier des habits pour les animaux, vivants ou factices, entre les xiiie et xvie siècles, grâce aux sources textuelles, archéologiques et iconographiques (p. 229-254). De facto, trois catégories d’animaux sont principalement concernées par cette humanisation pratique ou symbolique (le cheval, le chien et le singe), alors que parallèlement, l’iconographie représente toutes sortes d’animaux vêtus ou imitant l’humain. Ces images, majoritairement des enluminures, n’ont pas le même statut en fonction du message qu’elles véhiculent : portrait réaliste, figure moqueuse ou critique de la société.

5La quatrième et dernière partie de l’ouvrage, « Imaginaire, héritage et réinterprétations », se concentre sur le vêtement allégorique, imaginaire ou symbolique, de la fin du Moyen Âge à nos jours. Dans le premier article de cette section, Maxime Gelly-Perbellini s’intéresse à la question des habits de la sorcière (féminine ou masculine) et à la symbolique du corps dénudé dans les sources judiciaires, tout en citant le cas particulier de deux femmes âgées décédées à la suite de leur dénonciation pour sorcellerie (p. 257-282). Ces exemples montrent l’ambivalence du vêtu/dévêtu et le rapport au corps féminin dans la société médiévale occidentale. Puis, les trois derniers articles abordent la réception du Moyen Âge dans l’art néogothique des xixe et xxe siècles, ainsi que dans le cinéma de la seconde moitié du xxe siècle. Florence Valantin se penche sur l’interprétation des motifs médiévaux dans l’industrie textile lyonnaise à partir de la fin du xixe siècle, grâce aux archives des maisons Prelle (qui a également acquis le fond de la maison Henry), Tassinari & Chatel et Bucol (p. 283-300). Les tissus réalisés par ces fabricants sont ornés aussi bien de motifs historiques et archéologiques que d’éléments librement inspirés de l’époque médiévale. Historien et costumier, Sébastien Passot livre son regard sur les quatre degrés de reproduction de vêtements médiévaux à l’écran : la reconstitution, la transposition, l’évocation et la dramatisation, c’est-à-dire de la plus fidèle à la plus fantaisiste, en prenant exemple de films allant des années 1960 à 2010 (p. 301-313). Enfin, Yohann Chanoir se penche plus particulièrement sur le cas de la Nouvelle Vague afin de voir comment les réalisatrices et réalisateurs s’approprient par le costume, de manière souvent fantasque, des personnages médiévaux historiques, littéraires ou imaginaires (p. 315-336).

6Malgré quelques erreurs présentes essentiellement dans les notes de bas de pages, au niveau des dates et de l’orthographe de certains noms d’auteurs, ce livre est un élément précieux pour l’histoire de la recherche sur le costume médiéval grâce à la pluridisciplinarité des thèmes et à la qualité scientifique des articles proposés, ainsi que la très bonne qualité des images (en couleur) insérées au fil du texte de chaque contribution. L’ouvrage ne se limite pas uniquement au vêtement médiéval. Dans un souci de continuité chronologique, il étudie également les habits du début de l’époque moderne et aborde la réception du Moyen Âge dans l’art contemporain à travers le medium du textile. Peut-être aurait-il fallu préciser davantage, au moins dans le titre, le cadre géographique principal de cet ouvrage, à savoir l’Europe occidentale. On peut également regretter la faible proportion des apports de l’archéologie des textiles médiévaux au fil de ce livre par rapport aux autres types de sources (textuelles et iconographiques). Mais comme le dit N. Gauffre Fayolle à la fin de l’introduction de la publication, « les enquêtes autour du vêtement médiéval ont une longue histoire et encore beaucoup d’avenir » (p. 17).

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Pour citer cet article

Référence papier

Émeline Retournard, « Danièle Alexandre-Bidon, Nadège Gauffre Fayolle, Perrine Mane et Mickaël Wilmart éd., Le Vêtement au Moyen Âge. De l’atelier à la garde-robe », Médiévales, 88 | 2025, 191-193.

Référence électronique

Émeline Retournard, « Danièle Alexandre-Bidon, Nadège Gauffre Fayolle, Perrine Mane et Mickaël Wilmart éd., Le Vêtement au Moyen Âge. De l’atelier à la garde-robe », Médiévales [En ligne], 88 | printemps 2025, mis en ligne le 01 juillet 2025, consulté le 05 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/medievales/15405 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14duz

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Auteur

Émeline Retournard

Université Clermont Auvergne – Centre d’Histoire « Espaces et Cultures », UR 1001)

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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