Dans une ville placée d’emblée sous le signe de la dévotion mariale et dépourvue pendant longtemps de figure sainte locale (l’origine montpelliéraine de saint Roch n’étant qu’une légende postérieure à l’époque médiévale comme l’ont parfaitement montré des travaux récents), le consulat montpelliérain, qui se perçoit et se conçoit comme la représentation des « bonnes gens » et d’un populus plus politique que social, sut, dès son apparition à l’aube du xiiie siècle, assurer une efficace captation des dévotions religieuses et détourner une bonne part des œuvres pies au profit d’une utilitas publica assimilée à un bien commun urbain. Sans doute y allait-il autant de sa légitimité que de son autonomie vis-à-vis d’un double pouvoir épiscopal et seigneurial – celui des évêques de Maguelone et des Guilhem de Montpellier – puis royal, qu’il convenait de tenir à distance. L’instauration du consulat montpelliérain ne se fit pas sans conflit, la première tentative de mise en place d’un consulat ...
« Et pour le faire bayser aux bonnes gens qui ont dévotion au benoît saint corps » : rituels consulaires et dévotions ordinaires (Montpellier, xiiie-xve siècles)
Résumés
Dans une ville placée d’emblée sous le signe de la dévotion mariale et dépourvue de figure sainte locale, le consulat montpelliérain sut, dès son surgissement à l’aube du xiiie siècle, assurer une efficace captation des dévotions religieuses et détourner une bonne part des œuvres pies au profit d’une utilitas publica assimilée à un bien commun urbain. Les élites montpelliéraines firent très tôt le choix d’une stricte orthodoxie inscrite dans le serment des consuls. Celle-ci s’affiche pleinement dans le sanctuaire de Notre-Dame des Tables dont le nom personnifie l’alliance du culte marial et de la prospérité commerciale dont bénéficie la ville, sanctuaire qui, à la suite du déménagement de la maison consulaire, apparaît comme une extension d’un gouvernement urbain dont le fonctionnement se calque sur un rythme marial.
L’apparition des ordres mendiants renforce cette mainmise consulaire sur les formes de dévotion urbaine, Dominicains, Franciscains, Carmes et Augustins figurant en bonne place tant au sein des processions que dans les pratiques du consulat ou les prédications. Ainsi, les pratiques dévotionnelles des « bonnes gens » et du pouvoir consulaire ont tenté d’établir « un pacte social » et civique noué autour des figures tutélaires de la Vierge Marie et de Saint-Cléophas et renouvelé dans les derniers temps du Moyen Âge par les manifestations d’une spiritualité nouvelle.
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Vincent Challet, « « Et pour le faire bayser aux bonnes gens qui ont dévotion au benoît saint corps » : rituels consulaires et dévotions ordinaires (Montpellier, xiiie-xve siècles) », Médiévales, 90 | 2026, 83-98.
Référence électronique
Vincent Challet, « « Et pour le faire bayser aux bonnes gens qui ont dévotion au benoît saint corps » : rituels consulaires et dévotions ordinaires (Montpellier, xiiie-xve siècles) », Médiévales [En ligne], 90 | Printemps 2026, mis en ligne le 01 janvier 2028, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/medievales/16798 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16j73
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