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Des terrains vagues aux places publiques

Occuper et mettre en commun pour conquérir le droit à la ville

Retour sur l’expérience du centre social autogéré Ex-Canapificio de Caserte (1995-2023)
Romain Filhol
p. 349-364

Résumés

À travers le récit et l’analyse de l’expérience menée par les activistes du centre social autogéré Ex-Canapificio de Caserte (1995-2023), cet article met en lumière la façon dont l’occupation et la mise en commun des espaces vacants contribuent à la production « par le bas » d’une ville plus juste et solidaire. Cette conquête en acte du droit à la ville passe par différentes batailles menées durant trois décennies par les activistes de l’Ex-Canapificio. Elle est analysée en termes d’organisation et de stratégie militante et en termes de rapport à la légalité et aux institutions.

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Texte intégral

  • 1 Pinson 2020.
  • 2 Baraud-Serfaty 2022.
  • 3 Dardot – Laval 2009, p. 5 ; cité par Metzger 2010.

1L’extension de la rationalité néolibérale au domaine de la production urbaine1 pose légitimement la question du pouvoir qu’ont les citoyens et citoyennes sur le devenir de leurs villes2. Le néolibéralisme peut se définir comme une forme de gouvernementalité dont les principes structurent non seulement l’économie, mais aussi l’ensemble des activités sociales, jusqu’à constituer « une certaine norme de vie dans les sociétés occidentales […]. Cette norme enjoint à chacun de vivre dans un univers de compétition généralisée, […] [et] transforme jusqu’à l’individu, appelé désormais à se concevoir comme une entreprise3 ».

  • 4 Le terme de « centre social » renvoie, dans le contexte italien, à un mouvement d’occupation d’édi (...)
  • 5 Lefebvre 1968.
  • 6 Les premiers résultats de cette enquête ont été publiés dans la revue Antipode (Filhol 2018) et da (...)

2À l’opposé de ce mouvement, l’expérience menée depuis 1995 par les activistes du centre social4 autogéré Ex-Canapificio illustre la manière dont un collectif d’individus peut s’imposer comme acteur de la production « par le bas » d’une ville plus juste et solidaire à Caserte, à une trentaine de kilomètres au nord de Naples. Cet article propose une analyse approfondie de cette expérience sur trois décennies. Il montre comment l’occupation d’espaces vacants et ouverts devient le fondement de la revendication d’un « droit à la ville5 » pour toutes et pour tous, en particulier pour celles et ceux qui en sont fréquemment exclus, comme les migrants ou les habitants des quartiers populaires. Cet article s’appuie sur de nombreuses observations réalisées entre mai 2011 et décembre 2022, sur plusieurs dizaines d’entretiens et sur une analyse minutieuse des médias locaux et de la documentation produite par les activistes, notamment sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram)6.

  • 7 Pusey 2010.
  • 8 Miot – Arab 2020.
  • 9 Poulot 2020, p. 2.
  • 10 Ibid.
  • 11 Raffin 2007 ; Andres – Grésillon 2011.
  • 12 Ibid.
  • 13 Péchu 2010 ; Aguilera 2012.
  • 14 Giroud 2011 ; Scaillerez – Tremblay 2017 ; Liefooghe 2018.
  • 15 Adisson 2017 ; Mallet – Mège 2022.
  • 16 Dardot – Laval 2014, p. 23.

3Dans un contexte où la pression foncière contribue à restreindre les opportunités d’usages non marchands de l’espace urbain7, les espaces vacants et les espaces ouverts apparaissent comme des ressources mobilisables par les activistes. De fait, les espaces vacants désignent des espaces bâtis ou non bâtis qui n’ont jamais été utilisés ou qui ont fait l’objet d’une activité, avant d’être non utilisés, sous-utilisés, voire détruits8. Les espaces ouverts, en tant que « vide[s] relatif[s] par rapport à ce qui [les] entoure9 », apparaissent comme un « champ des possibles en matière d’usages et d’appropriations où peuvent se déployer des expérimentations urbanistiques ou sociales10 ». Dans cette acception large du terme qui dépasse la seule caractéristique d’ouverture en termes de perception visuelle, « tout “trou” dans la ville, notamment les friches industrielles ou urbaines11, serait un espace ouvert12 ». Si la notion d’espace vacant est fréquemment mobilisée dans la littérature sur les squats13, celle d’espace ouvert est davantage mobilisée dans la littérature sur les tiers-lieux14, quand bien même ces derniers semblent désormais partie prenante de la fabrique capitaliste de la ville15. S’interroger sur le potentiel émancipateur des espaces ouverts implique donc de comprendre comment leur occupation et leur mise en commun permettent non seulement de répondre à des besoins élémentaires des habitants des villes – comme le besoin de services ou d’espaces verts – mais aussi de nouer de nouvelles relations sociales fondées sur le « faire ensemble ». Le commun est ici défini comme un « principe politique d’une co-obligation pour tous ceux qui sont engagés dans une même activité16 ».

  • 17 Sauvêtre 2014, p. 4.
  • 18 Mager – Ranocchiari 2019, p. 12 ; voir aussi Sauvêtre 2016.
  • 19 Casillo – Capone 2022, p. 51.

4L’expérience menée par les activistes de l’Ex-Canapificio permet également d’aborder de façon concrète la manière dont se pose la question du rapport au droit dans le cadre des luttes urbaines, en particulier lorsque celles-ci se mobilisent en faveur des communs. En effet, « le commun ne peut être institué que par l’émergence de pratiques définissant un droit d’usage hors propriété17 » ; mais, dans le même temps, à quelques rares exceptions près, « il n’est pas possible en Italie de s’opposer à la propriété privée tout en restant dans un cadre légal ou institutionnel18 ». Ainsi, en occupant des espaces inutilisés pour y mettre en œuvre des activités à destination de l’ensemble des habitants de Caserte, les activistes de l’Ex-Canapifio mettent en lumière la manière dont le recours à une pratique informelle, voire illégale (l’occupation), peut s’avérer productrice de droits, notamment lorsqu’elle vise à lutter contre les inégalités sociales. Pour reprendre les mots de Casillo et Capone à propos des occupations à Naples, « ces libérations d’espaces donc, si elles passent par un acte protestataire et illégal comme l’occupation, ont une visée démocratique majeure19 ».

  • 20 Mager – Ranocchiari 2019, p. 14.

5Cette tension autour de la question du droit n’est pas propre à l’expérience de l’Ex-Canapificio. De fait, « la tension entre la « légitimité (sociale) » des pratiques d’occupation en place et leur « illégalité formelle » est un objet de débat récurrent au sein des mouvements sociaux urbains interrogeant les arbitrages à faire entre intérêt collectif et intérêt privé20. Ainsi, cet article illustre dans quelle mesure le rapport entre les activistes et les institutions locales, régionales, mais aussi nationales, se structure autour de la question des arbitrages législatifs ou normatifs. L’action des activistes de l’Ex-Canapificio s’inscrit en effet largement dans le champ du droit et du rapport de force avec les institutions, qu’il s’agisse de contester les normes en vigueur lorsqu’elles sont contraires au bien commun, ou de lutter pour leur respect lorsque leur contournement favorise les intérêts privés, voire criminels. Nous verrons qu’elle aboutit à une spécialisation croissante de plusieurs activistes dans ce domaine et provoque un croisement entre trajectoires militantes et trajectoires professionnelles. Cet article interroge enfin l’institutionnalisation d’un mouvement conçu pour durer.

Produire la ville « par le bas »

Centri sociali : un demi-siècle d’occupations en faveur du « droit à la ville »

  • 21 Ruggiero 2000.

6L’histoire longue des centri sociali en Italie aide à comprendre l’émergence et la portée de l’Ex-Canapificio de Caserte. Fréquemment qualifiés d’« autogérés » ou « occupés » pour spécifier leur organisation et leur statut légal, ils correspondent à l’occupation politique d’espaces publics ou d’édifices vacants, un phénomène né dans les années 1970 dans différents pays d’Europe21. Ils se sont imposés en cinq décennies comme des acteurs incontournables du paysage sociopolitique transalpin.

  • 22 Balestrini – Moroni 1997.
  • 23 Membretti 2007.
  • 24 Wright 2017.
  • 25 Membretti – Mudu 2013.

7Le phénomène émerge au sein de la gauche extra-parlementaire pendant la décennie de luttes sociales qui agite l’Italie post-196922. Cette première vague d’occupation entend établir dans les villes des formes localisées d’opposition au pouvoir en place, comme au Leoncavallo à Milan23. Elle est largement influencée par l’opéraïsme – un courant marxiste hétérodoxe, théorisé dans les années 1960, qui visait notamment à réorganiser les institutions de la classe ouvrière24. Cette première génération de centri sociali s’éteint à la fin des années 1970. Elle est victime de la répression politique menée par la démocratie chrétienne, conduisant à l’arrestation des militants de l’autonomie ouvrière et à l’éviction des principaux espaces occupés25.

  • 26 Dazieri 1996 ; Moroni et al. 1995 ; Mudu 2004.

8Au milieu des années 1980 naît une seconde génération de centri sociali, lorsque militants marxistes et non marxistes entrent en contact avec les cultures alternatives qui émergent à cette époque, notamment le mouvement punk. Malgré leurs différences, ces activistes partagent la volonté de lutter contre la diffusion de l’héroïne, perçue comme une stratégie de répression politique des mouvements juvéniles, de combattre la spéculation immobilière et enfin de « rompre l’isolement » caractérisant les mouvements sociaux depuis la fin de la décennie précédente26.

  • 27 Dines 1999 ; Mudu 2004.
  • 28 Dazieri 1996.

9Au tournant des années 1980 et 1990, deux événements permettent aux centri sociali de véritablement sortir de leur isolement. Le premier est l’expulsion médiatisée du centre social Leoncavallo à Milan. Le second est, en 1990, la naissance d’un mouvement étudiant d’échelle nationale – le Movimento della Pantera (mouvement de la Panthère) – visant à protester contre la privatisation des universités italiennes27. Une nouvelle vague d’occupation démarre. En 1996 sont dénombrés environ 120 centri sociali dans l’ensemble de la péninsule28. Ces nombreuses occupations transforment ce qui était perçu comme un phénomène de résistance à la marge en un véritable mouvement de masse, soutenu par la diffusion de la musique posse – avec comme emblème le groupe 99 Posse, né en 1991 au sein du centre social napolitain Officina 99 occupé la même année.

  • 29 Pecorelli 2015.
  • 30 Bonchi 2021.
  • 31 Membretti – Mudu 2013.

10Le début des années 2000 marque la rencontre entre les mouvements des centri sociali et No Global29. Cette période est marquée par la répression policière lors du G8 à Gênes, le 20 juillet 2001, qui entraîna la mort du jeune manifestant Carlo Giuliani ainsi que des actes de torture menés par les forces de l’ordre30. On constate alors un changement d’attitude de la part du mouvement des centri sociali, avec une institutionnalisation progressive et une baisse de la conflictualité31 – mis à part sur certaines thématiques comme le mouvement No TAV, qui dénonce la construction de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin en raison de son coût exorbitant, de son impact écologique et culturel, de ses collusions avec la mafia et de ses pratiques antidémocratiques.

  • 32 Recano – Vattimo 2019.
  • 33 Casillo – Capone 2022.
  • 34 Mudu 2012.
  • 35 Ranocchiari 2022.

11Les contours du phénomène sont ensuite plus flous, bien que certains auteurs distinguent une cinquième vague d’occupations après la crise économique de 2008 et les coupes budgétaires qui l’ont accompagnée32. Plusieurs occupations, notamment en lien avec le monde de la culture, se réclament davantage du mouvement des Biens communs que du mouvement des centri sociali, dont ils n’utilisent d’ailleurs pas le label33. L’essor d’une terminologie plus variée – telle que spazi liberati (« espaces libérés »), social lab (« laboratoires sociaux ») ou spazi sociali (« espaces sociaux34 ») – pousse ainsi certains auteurs à qualifier ces nouvelles occupations comme des « lieux (politico-)socioculturels autogérés35 ».

  • 36 Membretti – Mudu 2013.

12Tout en gardant à l’esprit l’hétérogénéité d’un mouvement résultant d’un demi-siècle d’activisme politique, on pourrait, avec Membretti et Mudu36, définir les centri sociali autour de trois caractéristiques principales. Premièrement, il s’agit d’un réseau d’activistes caractérisé par la diversité de ses origines socioculturelles et de sa composition générationnelle – bien que les jeunes adultes soient souvent majoritaires. Le second point commun aux centri sociali est leur orientation politique à l’extrême gauche, visant à un changement radical de la société. Enfin, tous reposent sur le partage d’un espace commun, généralement une friche urbaine ou industrielle, permettant de développer une identité commune, de construire des alliances locales ou extra-locales avec d’autres mouvements, de s’autogérer en suivant un modèle non hiérarchique et de mettre en place des actions centrées sur la mise en œuvre de relations sociales non marchandes, parmi lesquelles l’organisation d’événements issus de la contre-culture ou l’instauration de services d’assistance et de soutien à la population.

  • 37 Défini comme « solution politique alternative pour l’organisation et la production de biens et de (...)
  • 38 Recano – Vattimo 2019.
  • 39 Pecorelli 2015, p. 288.

13L’importance accordée aux notions de partage et d’organisation collective permet d’associer le mouvement des centri sociali aux deux mouvements de lutte en faveur des communs et du « droit à la ville ». Certains auteurs font ainsi des centri sociali les lieux de fabrique d’un commonfare37 face au démantèlement progressif de l’État-providence38. D’autres soulignent combien « le droit à la ville est un thème encore aujourd’hui récurrent au sein des mouvements qui animent les centri sociali. La revendication de l’espace n’est pas uniquement limitée à sa dimension matérielle et à l’obtention de lieux d’agrégation, mais elle inclut aussi la dimension immatérielle qui revendique une prise en compte de l’aspect relationnel dans la production et la transformation de l’espace urbain39 ».

La naissance de l’Ex-Canapificio : informalité, désobéissance civile et illégalité au cœur de la mise en place d’un commun

14Le centre social Ex-Canapificio naît avec l’occupation d’une friche industrielle en 1995. Comprendre sa naissance implique de s’intéresser au rôle joué par la mafia napolitaine dans les dynamiques de spéculation foncière et immobilière en Campanie.

  • 40 Cesoni 1991.
  • 41 Anselmo 2009 ; Di Lorenzo 2012.
  • 42 Cesoni 1991, p. 7.
  • 43 Corona – Sciarrone 2012 ; Mattina 2012.
  • 44 Di Niro 2019.

15La Camorra trouve son origine au début du XIXe siècle parmi les classes populaires de Naples et se divise rapidement en deux branches : la première, active en ville, se spécialise autour des activités de contrebande, tandis que la seconde, basée dans l’arrière-pays napolitain, contrôle les marchés agricoles40. Au tournant des années 1970, deux événements lui permettent de s’imposer comme un acteur économique et politique incontournable de la région Campanie : le trafic d’héroïne et de cocaïne lui fournit un capital financier considérable et le tremblement de terre de l’Irpinia en 1980 lui donne la possibilité de réinjecter ces gains dans l’économie légale41. En effet, « dans une économie comme celle du Mezzogiorno, déjà gérée selon une logique d’intervention publique, le cataclysme apporte brusquement une quantité considérable de nouvelles ressources financières publiques42 ». La Camorra a capté une part importante de cette manne en investissant dans des entreprises de construction et grâce à ses liens au sein de l’entrepreneuriat et des administrations locales43. La force de ces liens est illustrée par le nombre élevé d’administrations communales dissoutes pour « infiltrations maffieuses » dans la province de Caserte – 36 de 1991 à 201944.

  • 45 Armiero – D’Alisa 2012.
  • 46 L’article 633 du code pénal contre les occupations abusives déclare : « Quiconque envahit arbitrai (...)

16Dans un tel contexte, l’occupation d’un espace vacant devient un acte de résistance contre les dynamiques de spéculation foncière et de dégradation de l’environnement45, mais aussi contre un urbanisme caractérisé par une collusion d’intérêts entre classe politique et criminalité organisée. Illégale lorsqu’elle a lieu sans l’accord de son propriétaire46, l’occupation visant à produire des espaces collectifs permet simultanément de combattre un autre type d’illégalité, criminelle cette fois.

  • 47 Entretien 1, membre italienne du mouvement depuis 1995, Caserte, 21 novembre 2013.

17De fait, le besoin d’espaces collectifs est la principale raison avancée par les activistes de l’Ex-Canapificio pour expliquer la première occupation ayant pour but de fonder un centre social à Caserte en 1995. Comme l’explique l’une des fondatrices du mouvement : « un groupe historique, constitué d’étudiants et d’adultes, parlait depuis plus d’un an d’occuper un espace afin de mener des activités sociopolitiques47 ». Ils ont choisi un abattoir abandonné depuis dix ans et appartenant à la municipalité, entamant ainsi une bataille contre les intérêts de la Camorra dans l’industrie du bâtiment.

  • 48 Ibid.
  • 49 Il Mattino 2009.

18Malgré les tentatives de la junte communale de centre-gauche d’expulser les occupants, leur résistance et un fort soutien populaire leur permettent d’obtenir l’autorisation de gérer les lieux. Mais en 1998, l’équipe municipale de centre-droit nouvellement élue leur demande de quitter les lieux. Comme l’explique une activiste : « l’un des plus célèbres entrepreneurs de Caserte – qui étrangement obtenait tous les contrats publics d’opérations de construction – avait gagné un appel d’offres européen afin de construire une bibliothèque multimédia dans l’ancien abattoir. C’est pourquoi ils nous ont demandé de partir48 ». De fait, l’entrepreneur en question avait déjà obtenu différents contrats publics, parmi lesquels la construction de parkings et d’un hôpital. En 2009, la préfecture est intervenue pour l’empêcher de remporter de nouveaux appels d’offres. Son association présumée avec le clan Belforte (Camorra) est alors évoquée49.

19En 1998, les activistes ne sont pas violemment expulsés, mais la présence des forces de l’ordre aux abords du bâtiment empêche le déroulement des activités du centre social. Le collectif d’occupants mène en réponse une série d’actions de protestation contre la municipalité avec le soutien des habitants de la ville : ils poursuivent leurs activités dans le hall municipal, bloquent les rues de Caserte et vont jusqu’à occuper l’hôtel de ville. Ces actions ne leur permettent pas de récupérer l’usage de l’ancien abattoir – les fonds européens ayant été entre-temps versés –, mais elles leur permettent d’obtenir l’usage à titre gratuit d’un autre lieu, appartenant à la Région Campanie : un des hangars d’une usine de transformation du chanvre (canapa, en italien) abandonnée, qui deviendra le Centro sociale autogestito Ex-Canapificio (fig. 1 et 2). Afin d’avoir suffisamment d’espace pour organiser différents types d’événements – dont des concerts et de grandes assemblées –, les activistes décident d’occuper de façon informelle les deux autres hangars. Ainsi, bien que l’entrée dans l’Ex-Canapificio soit le résultat d’une négociation avec les autorités locales, la pratique de l’occupation apparaît au cœur du processus ayant mené à la constitution du Centro sociale.

Fig. 1. L’entrée de l’Ex-Canapificio (source : auteur, 21 décembre 2022).

Fig. 1. L’entrée de l’Ex-Canapificio (source : auteur, 21 décembre 2022).

Fig. 2. Les hangars composant l’Ex-Canapificio et l’inscription « Consorzio Nazionale Produttori Canapa » (Consortium national des producteurs de chanvre) (source : auteur, 21 décembre 2022).

Fig. 2. Les hangars composant l’Ex-Canapificio et l’inscription « Consorzio Nazionale Produttori Canapa » (Consortium national des producteurs de chanvre) (source : auteur, 21 décembre 2022).

L’Ex-Canapificio sans Ex-Canapificio ? Le centre social face à l’acharnement des partis de droite

20Malgré ce droit d’usage d’une partie de l’Ex-Canapificio, les activistes ont toujours eu conscience de la précarité de cette situation, liée aux pratiques de spéculation immobilière de la Camorra et à l’hostilité d’une partie de la classe politique locale envers un collectif défendant, entre autres, les droits des étrangers.

  • 50 Ferraro 2013 ; Interno18 2008, 2009.

21De fait, l’ancienne usine n’est située qu’à quelques dizaines de mètres du centre historique, de la gare ferroviaire et surtout de la principale attraction touristique de la province : le palais royal de Caserte. L’existence même d’un espace inclusif, solidaire et régi par des relations non marchandes dans un emplacement si central apparaît comme un acte de résistance envers la fabrique capitaliste de la ville. En effet, la présence des activistes a permis de faire échouer les projets immobiliers successifs qui se proposaient de « valoriser » le site occupé par l’usine désaffectée : centre commercial, musée du cinéma ou encore parc des expositions50.

  • 51 Casella 2009.
  • 52 Entretien 1, membre italienne du mouvement depuis 1995, Caserte, 21 novembre 2013.
  • 53 Corriere del Mezzogiorno 2013.
  • 54 Spadafora 2009.

22Afin de protéger sur le long terme le site de la spéculation, les activistes de l’Ex-Canapificio ont remporté en 2009 un programme opérationnel national (PON) du Fonds social européen (FSE), grâce au soutien d’un conseiller régional. En finançant la restructuration du bâtiment, ce PON aurait légitimé officiellement cet espace voué à l’inclusion sociale, en particulier pour les migrants sans papiers51. Toutefois, comme l’explique une activiste, « après le rejet des différents projets commerciaux situés sur le site de l’Ex-Canapificio, les entrepreneurs de la zone ne voulaient pas abandonner les lieux52 ». Un conseiller municipal, arrêté quelques années plus tard pour complicité avec le clan camorriste Belforte53, lance une campagne de diffamation contre cette restructuration sur le thème de « l’invasion par les étrangers54 ». En réponse, les activistes organisent une campagne d’information montrant le lien entre le refus de la municipalité de valider le projet PON et les intérêts de la Camorra dans le secteur du bâtiment. L’élection d’une municipalité de droite entraîne finalement l’abandon du projet et la perte des financements européens, malgré l’obtention par les activistes des autorisations préfectorales nécessaires.

  • 55 La Repubblica 2019.
  • 56 Senato della Repubblica 2019.

23En 2019, l’acharnement de la droite italienne a finalement eu raison de l’occupation de l’ancienne usine. Le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, secrétaire général du parti xénophobe Lega, pousse le parquet de Santa Maria Capua Vetere à mettre sous scellés le site le 12 mars 201955 à cause de son délabrement – auquel ses alliés politiques avaient empêché de remédier dix ans auparavant. Trois jours plus tard, le même ministère de l’Intérieur refuse d’allouer aux activistes les fonds qu’ils devaient recevoir pour leur adhésion au Système de protection pour demandeurs d’asile et réfugiés (« Sistema di protezione per richiedenti asilo e rifugiati », SPRAR), contribuant à l’endettement de toute la structure. Ce refus apparaissant illégal, le sénateur Franco Mirabelli (membre du Parti démocrate) déposa une interrogation parlementaire sur le sujet56.

  • 57 L’Express 2018.
  • 58 Le Monde 2021.

24Face à cette nouvelle attaque du leader de la Lega contre les symboles de l’accueil des migrants en Italie – après l’évacuation du camp de migrants géré par l’association Baobab à Rome57 et la mise en examen du maire de Riace Mimmo Lucano58 –, les activistes de l’Ex-Canapificio se mobilisent et obtiennent un soutien massif des habitants de Caserte, des associations locales et du monde de la culture. Ainsi, une manifestation d’environ 5 000 participants est organisée à Caserte ; les scouts récoltent des fonds ; des supermarchés de la ville offrent des apéritifs aux manifestants ; des artistes, comme le chanteur Mannarino ou les acteurs Toni Servillo, Valerio Mastrandrea et Marco D’Amore, déclarent publiquement leur soutien au mouvement. Enfin, les activistes décident de poursuivre leurs activités dans les espaces publics. Ils organisent même un examen blanc pour un concours d’entrée dans l’administration publique sur les marches de l’hôtel de ville.

25La situation se détériore lorsque les activistes découvrent que du matériel appartenant à l’association a été volé dans un hangar de l’Ex-Canapificio, pourtant placé sous scellés, puis lorsque la municipalité refuse de reverser à l’association les fonds du SPRAR qu’elle a reçus, et la Région Campanie d’effectuer les travaux nécessaires pour rendre l’Ex-Canapificio de nouveau utilisable. Mais une campagne de récolte de fonds est lancée, soutenue par la Fondazione Con il Sud à hauteur de 50 000 euros. Une « tente de la solidarité » est montée dans le centre de Caserte le 9 août 2019 par les scouts, les structures catholiques et les associations locales. Le sujet est traité dans le télé-journal régional du 26 août 2019. Et, surtout, les manifestations s’enchaînent : le 9 novembre 2019 à Rome contre les décrets sécurité de Salvini, le 30 novembre 2019 à Caserte, ou encore le 27 décembre 2019, à Naples avec d’autres SPRAR solidaires de l’Ex-Canapificio.

  • 59 Parmi lesquelles les militants du Millepiani, « laboratoire social autogéré » de Caserte ouvert en (...)

26Grâce au soutien populaire, les activistes de l’Ex-Canapificio finissent par avoir gain de cause, après deux ans d’activités organisées dans la rue où dans des locaux de fortune. Une promesse de financement de 700 000 euros de la Région Campanie permet aux activistes d’arracher le 21 juin 2018 un accord visant à faire d’une ancienne clinique abandonnée de propriété communale, l’Ex-Omni, une « maison du social » hébergeant l’ensemble des associations et des collectifs de Caserte à visée sociale59. Ils restent toutefois confrontés à des difficultés – notamment financières –, car ils doivent louer un local pour héberger une partie de leur matériel et de leurs activités en attendant l’ouverture de l’Ex-Omni.

27Ainsi, le centre social réussit à survivre à la fermeture de l’Ex-Canapificio grâce au soutien populaire, à la pugnacité des activistes et à leur capacité à repositionner leurs activités dans d’autres espaces ouverts de la ville.

L’Ex-Canapificio comme instrument de lutte pour l’environnement, le revenu des classes populaires et l’accès à la citoyenneté

28L’objectif de cette partie est de montrer comment l’occupation des espaces ouverts de la ville a permis aux activistes de l’Ex-Canapificio de mener plusieurs batailles en faveur des classes populaires de la ville de Caserte.

Protéger les espaces verts de la spéculation urbaine : la bataille du Ma.Cri.Co

29Les activistes de l’Ex-Canapificio luttent contre les pratiques de spéculation foncière et immobilière au-delà de leur recherche d’un lieu pour leurs activités propres. Ils se sont ainsi intéressés à un autre espace convoité par les entrepreneurs du bâtiment : le Ma.Cri.Co, ou Magazzino centrale ricambi mezzi corazzati (« Magasin central de pièces détachées pour véhicules blindés »).

  • 60 Kocci 2007.

30Le Ma.Cri.Co est un espace vert de 33 hectares situé en plein centre-ville de Caserte, inaccessible aux habitants de la ville en raison d’un long mur d’enceinte. Cet ancien terrain de manœuvre de l’armée est cédé à l’Institut diocésain pour la subsistance du clergé en 1994. Les habitants espèrent alors pouvoir bénéficier d’un parc urbain au sein d’une agglomération qui en manque. Mais lorsque les militaires abandonnent le lieu en 2000, un accord entre le diocèse et le maire Luigi Falco prévoit la vente du Ma.Cri.Co et la possibilité d’y construire « des infrastructures primaires à planifier ultérieurement60 ».

31Plusieurs voix s’élèvent contre les risques de bétonisation et de spéculation. L’une des premières est celle de l’évêque Raffaele Nogaro. Lors du Te Deum du 31 décembre 2000, il menace de quitter ses fonctions si le Ma.Cri.Co ne devient pas un espace commun accessible à tous. Après ce discours, un comité est constitué pour obtenir la transformation de l’ancien terrain militaire en jardin public non constructible – correspondant à la classification F2 sur le plan local d’urbanisme de la ville.

  • 61 Caserta – Lo Presti 2007.

32Rapidement, les activistes de l’Ex-Canapificio acquièrent un rôle moteur dans la bataille visant à faire du Ma.Cri.Co un commun – terme que l’on retrouve sur les nombreux tags du mur d’enceinte (fig. 3). Ils proposent d’héberger les réunions du comité Ma.Cri.Co Verde ; ils participent à l’organisation des manifestations, parmi lesquelles une ouverture historique du site en 2006, permettant à plus de 3 000 personnes d’en découvrir l’intérieur, et ils produisent même un documentaire afin de sensibiliser la population sur les dégâts causés par la bétonisation de la province61.

Fig. 3. Tags situés sur le mur d’enceinte du Ma.Cri.Co. On peut lire les inscriptions Omnia sunt communia (« Tout est commun ») ou encore « Non pregare, lotta » (« Ne prie pas, lutte ») (source : auteur, 21 décembre 2022).

Fig. 3. Tags situés sur le mur d’enceinte du Ma.Cri.Co. On peut lire les inscriptions Omnia sunt communia (« Tout est commun ») ou encore « Non pregare, lotta » (« Ne prie pas, lutte ») (source : auteur, 21 décembre 2022).

33Cette campagne de promotion d’un Ma.Cri.Co verde bloque toute tentative de projet immobilier, sans pour autant obtenir l’ouverture du lieu jusqu’à récemment. Le 31 décembre 2021, 21 ans après son prédécesseur, le nouvel évêque de Caserte Pietro Lagnese déclare lors du Te Deum vouloir tout mettre en œuvre pour que l’ancien terrain militaire – désormais empli de végétation – retourne entre les mains de la collectivité.

  • 62 Mudu 2004, p. 936.

34Depuis, un processus d’ouverture a démarré. En 2022, le site a été ouvert au public deux journées. Les activistes du Centro sociale ont géré les entrées et sont membres de la fondation chargée du suivi de la transformation du Ma.Cri.Co. Ainsi, ils continuent de prouver que l’une des plus grandes réussites du mouvement des centri sociali réside dans « sa contribution à la rénovation des espaces vacants, publics ou privés, comme alternative à la spéculation foncière62 ».

Fig. 4. Un activiste migrant de l’Ex-Canapificio lors de l’ouverture du Ma.Cri.Co, tenant une pancarte « Ma.Cri.Co Vert : faisons-le ensemble » (source : auteur 2 octobre 2022).

Fig. 4. Un activiste migrant de l’Ex-Canapificio lors de l’ouverture du Ma.Cri.Co, tenant une pancarte « Ma.Cri.Co Vert : faisons-le ensemble » (source : auteur 2 octobre 2022).

Promouvoir la solidarité, l’accès au revenu et l’action collective dans les quartiers populaires : le Comitato Città Viva

35Dès l’occupation des anciens abattoirs en 1995, l’idée d’agir en faveur des habitants des quartiers populaires de Caserte est au cœur des préoccupations des activistes du Centro sociale. Ainsi, dès les premières semaines, ils mettent en place des activités sociales et culturelles à destination des enfants et des jeunes adultes, des migrants, des toxico-dépendants et, de façon plus générale, des habitants les plus vulnérables de la ville. Après plusieurs années d’expérimentation, ces activités s’autonomisent au sein de deux structures : le Movimento dei migranti e rifugiati di Caserta (Mouvement des migrants et réfugiés de Caserte, MMRC) et le Comitato Città Viva (Comité Ville vivante).

36Avec pour logo les mots « Reddito – Giustizia – Ambiente » (« Revenus – Justice – Environnement »), le Comitato Città Viva est créé en 2007 comme réponse solidaire et inclusive à la rhétorique de la « dégradation des quartiers » portée par la droite italienne, en particulier la Lega. Pour combattre sur le terrain les propositions sécuritaires et racistes du parti de Matteo Salvini, il s’installe au cœur du quartier Acquaviva. Avec plus de 20 000 habitants, ce quartier est l’un des plus populaires de Caserte et il concentre différents phénomènes associés à l’idée de dégradation : décharges illégales, absence d’espaces verts, concentration du trafic routier et mauvais état des infrastructures publiques.

  • 63 Site web de l’Ex-Canapificio 2023.

37Avec l’aide des habitants du quartier et d’autres associations locales, le Comitato Città Viva a suivi trois directions pour « rendre les citoyens acteurs de la résolution des problèmes, de la conquête de l’accès aux services, voire de leur mise en œuvre63 ». Il a d’abord créé une permanence hebdomadaire : le « portail de soutien au revenu des citoyens », afin de faire connaître les différentes prestations sociales auxquelles les habitants de la ville peuvent avoir accès. Le comité accompagne via ce portail plus de 400 familles. Il les aide à remplir les procédures d’accès au revenu de citoyenneté, aux aides publiques sur le paiement des factures de gaz et d’électricité, ou encore aux bons d’achat permettant l’acquisition de matériel scolaire.

  • 64 Mager – Ranocchiari 2019.

38Afin de répondre au manque d’espaces verts et à la dégradation du quartier, les activistes de l’Ex-Canapificio et du Comitato Città Viva se sont également lancés dans la réappropriation de certains espaces verts fermés au public. Ils se sont pour cela appuyés sur un règlement sur les biens communs inspiré du modèle Labsus64 adopté par la municipalité en 2017 et prévoyant la possibilité que les habitants de la ville participent à la gestion de certains espaces publics. Après avoir adhéré à la « Plateforme locale pour les biens communs », ils ont obtenu la réouverture et la gestion de plusieurs espaces verts jusque-là fermés au public : la Villa Giaquinto, la Villetta di Parco degli Aranci ou encore la Villetta di Via Arno. Ils ont ramassé les détritus et amélioré le mobilier urbain en collaboration avec les écoles du quartier, puis ont restitué aux habitants des espaces verts permettant des activités sociales et culturelles variées : basket, cinéma en plein air, expositions photographiques, tournois de cartes, jeu de rôle sur les expériences vécues par les migrants. En promouvant une gestion collective de ces espaces, à travers la mise en place de comités et l’organisation d’assemblées générales et de débats sur le thème des « biens communs », les activistes de l’Ex-Canapificio ont encouragé les habitants à se réapproprier, très concrètement, les quartiers dans lesquels ils et elles vivent.

39Enfin, les membres du Comité ont mis en place depuis 2007 un pédibus pour accompagner les enfants à l’école, favorisant une mobilité durable, une décongestion du trafic routier et une sécurité accrue pour les enfants du quartier. Ce pédibus repose sur un ensemble d’adultes et adolescents bénévoles accompagnant, chaque jour, les enfants sur différentes « lignes » traversant les rues du quartier, sur le modèle des transports urbains classiques. Ce ramassage scolaire s’est révélé être un précieux facteur de sociabilité pour certaines personnes comme les personnes âgées ou les migrants hébergés dans les structures d’accueil de la ville.

Défendre les droits des migrants de Caserte et de son arrière-pays : le Movimento dei migranti e rifugiati di Caserta

  • 65 Entretien 2, membre ghanéen du mouvement depuis 2009, Caserte, 13 novembre 2013.

40Fruit de la rencontre entre les activistes du centre social et les migrants de Caserte et sa province, le MMRC est l’une des plus grandes réussites de l’Ex-Canapificio. Le MMRC est reconnu à tous les échelons administratifs et est un interlocuteur direct du gouvernement. Un activiste ghanéen ajoute : « tu sais, dans mon pays, le centre social est encore plus célèbre qu’ici65 ! »

  • 66 Entretien 1, membre italienne du mouvement depuis 1995, Caserte, 21 novembre 2013.

41L’afflux de populations migrantes à Caserte s’explique par sa centralité administrative et sa situation de carrefour régional pour les transports publics. Dès 1995, les activistes de l’Ex-Canapificio constatent l’absence de tout service administratif dédié à l’immigration en voyant d’interminables files d’attente se former chaque matin devant le commissariat de police. Avec l’Association des Sénégalais de Caserte, ils réclament et obtiennent des créneaux horaires réservés aux demandes de séjour. Ils ouvrent après cette première victoire un « Portail immigration » visant à soutenir les migrants dans leur procédure d’accès au droit d’asile66.

  • 67 Entretien 4, membre italien du mouvement depuis 1995, Caserte, 28 novembre 2013.
  • 68 Entretien 1, membre italienne du mouvement depuis 1995, Caserte, 21 novembre 2013.

42Le Mouvement des migrants et réfugiés de Caserte est officiellement créé en 2002 après l’adoption de la loi Bossi Fini par le Parlement italien. Cette loi ouvrait une procédure de régularisation pour les étrangers présents de longue date en Italie. Même si cette loi est très restrictive, des migrants de toute la province affluent à Caserte pour déposer leur demande de séjour. Ils demandent de l’aide au « Portail immigration »67. Toutefois, les activistes du centre social se rendent compte que les conditions d’accès sont trop difficiles à remplir et les demandes trop nombreuses par rapport aux capacités de l’administration locale. Après plusieurs assemblées, activistes et migrants organisent une manifestation qui aboutit à l’occupation de la principale église de Caserte et à la naissance officielle du mouvement MMRC68.

  • 69 Entretien 3, membre italienne du mouvement depuis 1995, Caserte, 19 décembre 2022.
  • 70 Entretien 5, membre ivoirien du mouvement depuis 2009, Caserte, 19 décembre 2022.

43En vingt ans, le MMRC a obtenu plusieurs avancées, contribuant à l’obtention de plus de dix mille permis de séjour, notamment grâce à deux procédures spéciales ouvertes après des manifestations organisées par le Mouvement69. En 2004, d’abord, une commission du droit d’asile spécifique à la province de Caserte est créée. À deux reprises ensuite, de 2011 à 2013 puis de 2014 à 2017, une procédure de régularisation spécifique est ouverte pour les migrants vivant sans papiers depuis plusieurs années : le plan SVI (« Soggetti vulnerabili e irrimpatriabili », Individus vulnérables et irrapatriables). Elle aboutit à la régularisation de 3 000 personnes70.

  • 71 Entretien 4, membre italien du mouvement depuis 1995, Caserte, 28 novembre 2013.
  • 72 Entretien 3, membre italienne du mouvement depuis 1995, Caserte, 19 décembre 2022.

44Les activistes du MMRC dénoncent également devant les tribunaux les abus dont sont victimes les migrants. Ils réussissent même à faire évoluer les lois en obtenant, le 3 décembre 2013, un permis de séjour lié à la reconnaissance d’un fait d’« exploitation au travail » pour un travailleur agricole ghanéen qui attaquait son employeur pour non-versement de salaire et violences physiques71. Ils ont aussi fait invalider une directive de Matteo Salvini qui empêchait les migrants titulaires de certains titres de séjour de courte durée de s’inscrire sur les registres communaux – les privant par conséquent de la possibilité d’obtenir une carte d’identité72.

45Enfin, l’ensemble des activités organisées favorisent l’inclusion sociale des migrants, que ce soit celles menées au Centro sociale, comme l’ouverture du Ma.Cri.Co, le pédibus, ou la gestion des parcs du quartier Acquaviva, ou celles à l’initiative des activistes du MMRC, comme la constitution d’une équipe de basket constituée de demandeurs d’asile (la « Stella del Sud »), l’organisation de repas avec les habitants du quartier, l’intervention de migrants dans les écoles pour expliquer un phénomène que les enfants ne connaissent souvent qu’à travers les préjugés de leurs parents, ou encore l’aide apportée aux migrants pour accéder à des formations professionnelles et des stages rémunérés.

46L’occupation de l’Ex-Canapificio a joué un rôle moteur dans la constitution et le succès de ce mouvement dédié à la défense d’une citoyenneté commune pour toutes et tous, à Caserte comme ailleurs, en accueillant les assemblées du mouvement, ses portails juridiques, des cours de langue italienne ou encore des visites médicales gratuites. L’ensemble de ces actions a permis au MMRC de s’affirmer en tant qu’acteur collectif vecteur de cohésion sociale aussi bien au niveau local que national.

Entre implantation locale forte et capacité à exporter les luttes, un mouvement qui sait manier les échelles

47L’habilité des activistes de l’Ex-Canapificio à manier les différentes échelles – du local au national – apparaît au fondement des différents succès obtenus au cours des trois dernières décennies.

Construire un réseau d’alliances local

  • 73 Mudu 2012b.
  • 74 Entretien 1, membre italienne du mouvement depuis 1995, Caserte, 21 novembre 2013.

48Les membres de l’Ex-Canapificio ont rapidement été confrontés au manque d’activistes locaux. Contrairement à la plupart des centri sociali italiens, l’Ex-Canapificio n’est pas situé dans un espace métropolitain ni un centre universitaire important, alors que le mouvement des centri sociali s’est historiquement appuyé sur les mouvements étudiants73. Caserte n’accueille que quatre antennes des dix-neuf départements de la Seconde Université de Naples. Une activiste expliquait ainsi en 2013 que « le combat pour le Ma.Cri.Co [était] momentanément suspendu car nous n’[avions] pas assez d’énergie pour le mener… Nous manquons d’étudiants pour mener le combat74 ».

49Afin d’augmenter leurs capacités d’action, les activistes de l’Ex-Canapificio ont donc construit un réseau d’alliances local étendu, composé des différents mouvements ou associations de gauche de Caserte (comme le Laboratorio sociale Millepiani, l’ARCI Caserta ou l’association Nero Non Solo), de centri sociali de Naples et des environs, d’associations environnementalistes (Legambiente), apolitiques (sportives par exemple), mais aussi d’associations issues du monde catholique (comme la Caritas, l’AGESCI – l’association des guides et scouts catholiques italiens – ou Casa Ruth, un centre d’accueil destiné aux migrantes victimes d’exploitation et géré par les sœurs ursulines). Si certaines alliances apparaissent logiques, étant données les valeurs défendues par les activistes du centre social, les liens forts avec des acteurs issus du monde catholique sont une des spécificités de l’Ex-Canapificio. Ils s’expliquent par l’importance du catholicisme en Italie du Sud, par la place de l’Église italienne dans les questions migratoires et son statut de propriétaire foncier d’envergure. Il s’agit d’alliés de poids tant du Comitato Città Viva que du MMRC et du comité Ma.Cri.Co Verde.

50Ces alliances ont pu engendrer des incompréhensions avec certains mouvements de gauche, mais les activistes de l’Ex-Canapificio se disent pragmatiques. Ils expliquent que des alliances larges sont nécessaires pour peser sur les décisions politiques locales. Ainsi, une activiste ne partage pas les critiques émises par d’autres activistes à l’encontre d’un prêtre participant à une manifestation contre les pratiques d’enfouissement illégal de déchets toxiques menées par la Camorra :

  • 75 Entretien 1, membre italienne du mouvement depuis 1995, Caserte, 21 novembre 2013.

Tu dois bien faire campagne pour les combats que tu mènes ! Je veux dire, ils le critiquent, mais don Antonello a fait descendre 10 000 personnes dans la rue, parce qu’il représente l’Église, et toi, qu’est-ce que tu fais ? Tu n’essaies pas d’influencer ? Bien sûr qu’il faut y aller. Tu y vas, et tu fais tout ce que tu peux pour mener ces personnes dans la bonne direction, afin de les pousser à exiger des choses. Si nous n’étions pas allés là-bas, il n’y aurait eu ni plateforme de revendications, ni rencontre avec la municipalité, et aucune initiative pour fermer les carrières de la Camorra75.

51L’obtention d’un consensus local le plus ample possible est ainsi au cœur de la stratégie d’action des activistes de l’Ex-Canapificio, parce que le nombre de personnes impliquées dans la lutte – visible lors des actions organisées dans l’espace public – influence la disposition des autorités à accepter le dialogue. L’inscription des activistes dans des réseaux associatifs locaux diversifiés a ainsi contribué aux succès obtenus au niveau local. Mais qu’en est-il lorsque le pouvoir n’est pas entre les mains des autorités locales ?

Du local au national, lutter avec les échelles

52Au-delà de l’échelle municipale ou provinciale, certaines batailles menées par les activistes de l’Ex-Canapificio impliquent l’intervention de la Région ou de l’État, des d’entités administratives distantes de leur espace de référence. Pour obtenir gain de cause et exporter leurs luttes à l’échelle régionale et à l’échelle nationale, les activistes se sont appuyés sur trois leviers : leur reconnaissance en tant qu’acteur représentatif à l’échelle locale, une série d’alliances en dehors de Caserte et des campagnes d’information dans les médias.

53Les succès du Mouvement des migrants et réfugiés de Caserte ont ainsi eu un retentissement national, influençant la façon dont sont appréhendés localement les migrants. Par exemple, pour obtenir une commission locale d’examen du droit d’asile, les activistes du MMRC ont organisé une manifestation à Rome, le 31 janvier 2004. Ils ont invité l’ensemble des associations en lien avec les questions migratoires – et en particulier le mouvement Action, un mouvement romain d’occupation d’immeubles vacants principalement au bénéfice de migrants. Un départ collectif a été organisé à Caserte, avec plusieurs centaines de migrants sans papiers montant dans des trains et des autobus. Après trois jours d’occupation de la place attenante à la commission nationale du droit d’asile, les activistes de l’Ex-Canapificio ont obtenu la création d’une commission du droit d’asile spécifique à la province de Caserte. Celle-ci accepte d’abord 73 % des requêtes, et, après une seconde manifestation à Rome (le 4 décembre 2004), une deuxième commission accepte 83 % des demandes d’asile.

54Au-delà de ces gains concrets, les deux manifestations organisées à Rome ont permis aux activistes de créer un lien direct avec le Département de l’immigration et des libertés civiles du ministère de l’Intérieur. Ils ont ainsi pu faire remonter plusieurs propositions de réforme de la procédure du droit d’asile au niveau national. Par exemple, le 26 juin 2008, les activistes du MMRC – Italiens et migrants réunis – ont été reçus par la Commission des affaires constitutionnelles du Parlement italien pour modifier le décret administrant la reconnaissance et la révocation du statut de réfugié, et ils ont été entendus le 21 octobre 2010 par la Commission des droits de l’homme du Sénat.

  • 76 Il Mattino 2009.
  • 77 Sardo 2022.

55Cette capacité des activistes à mener des actions politiques à différentes échelles s’est aussi illustrée par les mobilisations organisées dans différents espaces contre la mise sous scellés de l’Ex-Canapificio et contre les lois et pratiques discriminatoires mises en place sous l’égide de Matteo Salvini. La mobilisation s’est déroulée sur place, mais aussi dans les lieux de pouvoir (ici Rome et Naples), grâce au soutien d’artistes de renommée nationale, à des interviews dans les médias régionaux et nationaux, et à la rencontre d’acteurs politiques de premier plan – comme le Premier ministre Giuseppe Conte76 ou encore le pape François77. Les activistes ont ainsi montré l’importance de l’espace dans le succès des mobilisations sociales.

56La capacité des membres de l’Ex-Canapificio à dialoguer avec les différentes administrations apparaît finalement déterminante dans les succès obtenus. Elle pose la question de l’institutionnalisation du centre social.

L’institutionnalisation du Centro sociale comme stratégie de lutte

57Plusieurs signes montrent l’institutionnalisation du Centro sociale. L’Ex-Canapificio est légalement enregistré dès 1995 sous le nom de Comitato per il Centro sociale di Caserta. L’évolution de son statut juridique illustre le changement d’échelle du mouvement : d’abord « association de bénévoles », puis « association régionale de bénévoles » (2001), « association ou organisme régional opérant pour la paix et les droits de l’homme » (après un décret du président de la Région Campanie en 2003), il est depuis 2010 reconnu comme une « association ou entité nationale exerçant des activités au service des migrants ».

  • 78 Castells 1983, p. 328.
  • 79 Kriesi et al. 1995.

58Autre signe d’institutionnalisation, les activistes ont fait le choix d’adhérer en 2006 au SPRAR (Système de protection pour les demandeurs d’asile et réfugiés). Le SPRAR est un « accueil secondaire » visant l’insertion sociale des demandeurs d’asile et des titulaires d’une protection internationale. Il a été institué en 2002 par le Département des libertés civiles et de l’immigration du ministère de l’Intérieur. Il est financé par le Fonds national pour les politiques et les services de l’asile et géré par l’Association nationale des communes italiennes. On peut se demander dans quelle mesure les activistes de l’Ex-Canapificio ont emprunté, en acceptant de recevoir et de gérer des fonds publics, le chemin d’une institutionnalisation décrite par certains auteurs comme la canalisation d’un mouvement au sein d’une « configuration stable fondée sur des règles et des lois, forcément accompagnée d’une perte d’identité78 » et d’une disparition progressive des méthodes de lutte les plus subversives remplacées par des méthodes plus conventionnelles79.

  • 80 Tarrow 1994, p.114.

59Si les dynamiques d’institutionnalisation du Centro sociale sont indéniables, les résultats de cette recherche mettent en lumière la diversité du répertoire d’action des activistes, qui mobilisent, selon le contexte, des méthodes radicales ou plus conventionnelles – ces dernières permettant l’adhésion du plus grand nombre80. De plus, l’institutionnalisation du mouvement apparaît comme une solution pour obtenir des gains concrets malgré de faibles ressources militantes disponibles. Le SPRAR et d’autres fonds publics ou privés ont permis le financement et la pérennité d’une lutte, reposant encore largement sur du bénévolat. En effet, le nombre de batailles engagées a fini par empêcher une grande partie des activistes de l’Ex-Canapificio d’avoir un emploi stable. Beaucoup d’entre eux, originaires d’un milieu social modeste, ont dû choisir soit de se mettre en retrait pour obtenir un emploi, privant le mouvement de compétences devenues précieuses, soit de continuer à s’investir en acceptant des difficultés financières personnelles. Face à ce dilemme, les activistes se sont accordés pour trouver des fonds permettant à la fois de valoriser des compétences acquises durant leurs luttes, et de maintenir certaines activités gratuites, comme le « Portail immigration » ou le « Portail de soutien au revenu des citoyens ». Un membre fondateur souligne toutefois la conflictualité inhérente à la nature du Centro sociale :

  • 81 Entretien 4, membre italien du mouvement depuis 1995, Caserte, 28 novembre 2013.

Faire partie du SPRAR, obtenir des fonds publics, toutes ces choses permettent aux luttes que nous menons de grossir. S’il n’y avait aucune lutte derrière, faire tout cela n’aurait aucun sens. Nous nous le sommes répété de nombreuses fois entre nous. Ces outils ont été utiles à la croissance du mouvement, pas le contraire. Sans mouvement, les outils sont inutiles81.

  • 82 Membretti 2007, p. 258.
  • 83 Pruijt 2003, p. 136.
  • 84 Della Porta – Diani 2006 ; Vitale 2007.

60Comme de nombreux centri sociali, l’Ex-Canapificio demeure ainsi dans une « tension permanente entre le besoin de structure et le besoin de flexibilité82 ». Son institutionnalisation partielle, « flexible », où « les tactiques conventionnelles complètent les tactiques disruptives83 », apparaît ainsi comme une réponse à la principale faiblesse des mouvements sociaux : leur difficulté à mobiliser des ressources sur le long terme84.

Conclusion

61L’expérience menée depuis près de trois décennies par les activistes du Centro sociale autogestito Ex-Canapificio de Caserte illustre de quelle manière l’occupation des espaces vacants et des espaces ouverts urbains peut être une stratégie de conquête efficace du « droit à la ville », encourageant la production « par le bas » d’une ville plus juste et solidaire.

62En occupant, illégalement si nécessaire, plusieurs types d’espaces abandonnés – friches industrielles, parcs ou espaces verts résiduels – et en s’opposant à leur privatisation, les activistes de l’Ex-Canapificio n’ont pas seulement permis d’améliorer l’accès aux services et aux espaces verts des habitants de Caserte. Ils ont restitué à la communauté des espaces où se réunir, où « faire ensemble » et où promouvoir l’action commune. Ils ont ainsi été les vecteurs d’une lutte plus générale en faveur de la mise en commun de l’espace urbain.

63En outre, alors que la question du respect des lois est souvent évoquée pour décrédibiliser les mouvements d’occupation, les activistes de l’Ex-Canapificio ne se sont pas contentés d’opposer par les faits le droit d’usage au droit de propriété. Ils ont également mis en lumière la manière dont les administrations locales font usage de la loi au détriment du bien commun. Ils l’ont fait savoir par différentes campagnes d’information sur les règles d’urbanisme ou sur l’usage des financements publics obtenus par les communes, par exemple.

  • 85 Sardo 2020.

64Enfin, en refusant d’expulser plusieurs migrants qui devaient perdre l’accès au SPRAR de Caserte après des modifications du système d’accueil voulues par Matteo Salvini85, les activistes de l’Ex-Canapificio ont démontré, vingt-trois ans après la naissance du Centro sociale, que l’institutionnalisation partielle d’un mouvement social – parfois nécessaire à sa survie – n’allait pas forcément de pair avec une perte de valeurs et de capacité à élever la voix contre les injustices.

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Bibliographie

Sources

Appel à don lancé par les activistes de l’Ex-Canapificio, en ligne : https://www.produzionidalbasso.com/project/mettiamo-in-sicurezza-e-riapriamo-il-centro-sociale-ex-canapificio-di-caserta/.

Bonchi 2021 = K. Bronchi, G8 di Genova 20 anni dopo, le violenze furono torture, dans Ansa.it, 2021, en ligne : https://www.ansa.it/sito/notizie/cronaca/2021/07/10/g8-di-genova-20-anni-dopo-le-violenze-furono-torture_a8508e6a-33d6-4227-8a25-b20d2d35fe97.html.

Casella 2009 = R. Casella, Ex-Canapificio, la Regione progetta un centro per immigrati, dans Corriere di Caserta, 2009, en ligne : http://www.giovani.regione.campania.it/assets/Allegati/corrierecas260809.pdf.

Caserta – Lo Presti 2007 = G. Caserta, R. Lo Presti, I have a green. Documentario su Macrico, 2007, en ligne : https://www.youtube.com/watch ?v =HbDE8s0X6Vo.

Corriere del Mezzogiorno 2013 = Appalti ospedalieri truccati : arrestato il consigliere regionale Polverino (Pdl), dans Corriere del Mezzogiorno, 7 novembre 2013, en ligne : https://corrieredelmezzogiorno.corriere.it/caserta/notizie/cronaca/2013/7-novembre-2013/irregolarita-appalti-ospedalieriarrestato-consigliere-polverino--2223604870587.shtml.

Di Niro 2019 = Di Niro, Comuni sciolti per camorra, record casertano: ‘tripletta’ per 4 città, dans Caserta News, 7 juillet 2019, en ligne : https://www.casertanews.it/cronaca/comuni-sciolti-camorra-provincia-caserta-1991-2019.html.

Ferraro 2013 = A. Ferraro, Confindustria Caserta, assemblea nazionale con il presidente nazionale Squinzi, dans Il Mattino, 8 juin 2013, en ligne : http://www.ilmattino.it/CASERTA/confindustria_caserta_assemblea_pubblica_con_il_presidente_nazionale_squinzi/notizie/289744.shtml.

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Interno18 2009 = Confesercenti: “Realizziamo un Polo Fieristico nell’ex Canapificio”, dans Interno18, 2009, en ligne : http://interno18.it/attualita/9931/confesercenti-%E2%80%9Crealizziamo-unpolo-fieristico-nell%E2%80%99ex-canapificio%E2%80%9D.

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La Repubblica 2019 = Caserta, ex canapificio sequestrato. Salvini: “La pacchia è finita”, dans La Repubblica, 12 mars 2019, en ligne : https://napoli.repubblica.it/cronaca/2019/03/12/news/caserta_ex_canapificio_sequestrato_salvini_la_pacchia_e_finita_-221362878/.

Le Monde 2021 = L’ex-maire calabrais qui avait accueilli des migrants dans sa ville à Paris en attendant son procès en appel, dans Le Monde, 19 novembre 2021, en ligne : https://www.lemonde.fr/international/article/2021/11/19/l-ex-maire-calabrais-qui-avait-accueilli-des-migrants-dans-sa-ville-a-paris-en-attendant-son-proces-en-appel_6102771_3210.html.

Page Instagram de l’Ex-Canapificio, en ligne : https://www.instagram.com/centrosociale_excanapificio/.

Page Facebook de l’Ex-Canapificio, en ligne : https://www.facebook.com/csaexcanapificio.caserta.

Page Facebook du Comitato Città Viva, en ligne : https://www.facebook.com/ComitatoCittaViva.

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Notes

1 Pinson 2020.

2 Baraud-Serfaty 2022.

3 Dardot – Laval 2009, p. 5 ; cité par Metzger 2010.

4 Le terme de « centre social » renvoie, dans le contexte italien, à un mouvement d’occupation d’édifices vacants initié dans les années 1970 visant à promouvoir diverses activités politiques, culturelles et sociales (Ruggiero 2000).

5 Lefebvre 1968.

6 Les premiers résultats de cette enquête ont été publiés dans la revue Antipode (Filhol 2018) et dans Mudu – Chattopadhyay 2016. Je remercie l’ensemble des militantes et militants de l’Ex-Canapificio pour leur disponibilité durant la récolte du matériel empirique sur lequel repose cet article, l’ensemble des relecteurs et relectrices pour la pertinence de leurs commentaires, Coline Perrin pour ses conseils avisés et sa confiance et enfin Vasiliki Markou pour son soutien durant la rédaction.

7 Pusey 2010.

8 Miot – Arab 2020.

9 Poulot 2020, p. 2.

10 Ibid.

11 Raffin 2007 ; Andres – Grésillon 2011.

12 Ibid.

13 Péchu 2010 ; Aguilera 2012.

14 Giroud 2011 ; Scaillerez – Tremblay 2017 ; Liefooghe 2018.

15 Adisson 2017 ; Mallet – Mège 2022.

16 Dardot – Laval 2014, p. 23.

17 Sauvêtre 2014, p. 4.

18 Mager – Ranocchiari 2019, p. 12 ; voir aussi Sauvêtre 2016.

19 Casillo – Capone 2022, p. 51.

20 Mager – Ranocchiari 2019, p. 14.

21 Ruggiero 2000.

22 Balestrini – Moroni 1997.

23 Membretti 2007.

24 Wright 2017.

25 Membretti – Mudu 2013.

26 Dazieri 1996 ; Moroni et al. 1995 ; Mudu 2004.

27 Dines 1999 ; Mudu 2004.

28 Dazieri 1996.

29 Pecorelli 2015.

30 Bonchi 2021.

31 Membretti – Mudu 2013.

32 Recano – Vattimo 2019.

33 Casillo – Capone 2022.

34 Mudu 2012.

35 Ranocchiari 2022.

36 Membretti – Mudu 2013.

37 Défini comme « solution politique alternative pour l’organisation et la production de biens et de services collectifs » (Vercellone 2012).

38 Recano – Vattimo 2019.

39 Pecorelli 2015, p. 288.

40 Cesoni 1991.

41 Anselmo 2009 ; Di Lorenzo 2012.

42 Cesoni 1991, p. 7.

43 Corona – Sciarrone 2012 ; Mattina 2012.

44 Di Niro 2019.

45 Armiero – D’Alisa 2012.

46 L’article 633 du code pénal contre les occupations abusives déclare : « Quiconque envahit arbitrairement des terrains ou des bâtiments, publics ou privés, dans le but de les occuper ou d’en tirer un quelconque profit, est puni, sur plainte de la victime, d’une peine de réclusion d’un à trois ans ainsi que d’une amende de 103 à 1 032 euros. »

47 Entretien 1, membre italienne du mouvement depuis 1995, Caserte, 21 novembre 2013.

48 Ibid.

49 Il Mattino 2009.

50 Ferraro 2013 ; Interno18 2008, 2009.

51 Casella 2009.

52 Entretien 1, membre italienne du mouvement depuis 1995, Caserte, 21 novembre 2013.

53 Corriere del Mezzogiorno 2013.

54 Spadafora 2009.

55 La Repubblica 2019.

56 Senato della Repubblica 2019.

57 L’Express 2018.

58 Le Monde 2021.

59 Parmi lesquelles les militants du Millepiani, « laboratoire social autogéré » de Caserte ouvert en 2003 dans un bâtiment communal abandonné, et lui aussi contraint à la fermeture en 2018 par les autorités publiques.

60 Kocci 2007.

61 Caserta – Lo Presti 2007.

62 Mudu 2004, p. 936.

63 Site web de l’Ex-Canapificio 2023.

64 Mager – Ranocchiari 2019.

65 Entretien 2, membre ghanéen du mouvement depuis 2009, Caserte, 13 novembre 2013.

66 Entretien 1, membre italienne du mouvement depuis 1995, Caserte, 21 novembre 2013.

67 Entretien 4, membre italien du mouvement depuis 1995, Caserte, 28 novembre 2013.

68 Entretien 1, membre italienne du mouvement depuis 1995, Caserte, 21 novembre 2013.

69 Entretien 3, membre italienne du mouvement depuis 1995, Caserte, 19 décembre 2022.

70 Entretien 5, membre ivoirien du mouvement depuis 2009, Caserte, 19 décembre 2022.

71 Entretien 4, membre italien du mouvement depuis 1995, Caserte, 28 novembre 2013.

72 Entretien 3, membre italienne du mouvement depuis 1995, Caserte, 19 décembre 2022.

73 Mudu 2012b.

74 Entretien 1, membre italienne du mouvement depuis 1995, Caserte, 21 novembre 2013.

75 Entretien 1, membre italienne du mouvement depuis 1995, Caserte, 21 novembre 2013.

76 Il Mattino 2009.

77 Sardo 2022.

78 Castells 1983, p. 328.

79 Kriesi et al. 1995.

80 Tarrow 1994, p.114.

81 Entretien 4, membre italien du mouvement depuis 1995, Caserte, 28 novembre 2013.

82 Membretti 2007, p. 258.

83 Pruijt 2003, p. 136.

84 Della Porta – Diani 2006 ; Vitale 2007.

85 Sardo 2020.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. L’entrée de l’Ex-Canapificio (source : auteur, 21 décembre 2022).
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Titre Fig. 2. Les hangars composant l’Ex-Canapificio et l’inscription « Consorzio Nazionale Produttori Canapa » (Consortium national des producteurs de chanvre) (source : auteur, 21 décembre 2022).
URL http://journals.openedition.org/mefrim/docannexe/image/14373/img-2.jpg
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Titre Fig. 3. Tags situés sur le mur d’enceinte du Ma.Cri.Co. On peut lire les inscriptions Omnia sunt communia (« Tout est commun ») ou encore « Non pregare, lotta » (« Ne prie pas, lutte ») (source : auteur, 21 décembre 2022).
URL http://journals.openedition.org/mefrim/docannexe/image/14373/img-3.jpg
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Titre Fig. 4. Un activiste migrant de l’Ex-Canapificio lors de l’ouverture du Ma.Cri.Co, tenant une pancarte « Ma.Cri.Co Vert : faisons-le ensemble » (source : auteur 2 octobre 2022).
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Pour citer cet article

Référence papier

Romain Filhol, « Occuper et mettre en commun pour conquérir le droit à la ville », Mélanges de l’École française de Rome - Italie et Méditerranée modernes et contemporaines, 135-2 | 2023, 349-364.

Référence électronique

Romain Filhol, « Occuper et mettre en commun pour conquérir le droit à la ville », Mélanges de l’École française de Rome - Italie et Méditerranée modernes et contemporaines [En ligne], 135-2 | 2023, mis en ligne le , consulté le 16 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/mefrim/14373 ; DOI : https://doi.org/10.4000/11r7z

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Romain Filhol

URMIS (Université Côte d’Azur) – filhol.romain@gmail.com

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