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Les terriers de l’abbaye de l’Île-Barbe du XIVe au XVIIe siècle

Évolution et composition du cens dans les terriers de l’Île-Barbe (XIVe-XVIIe s.)

Alexandre Beaudet

Entrées d’index

Géographique :

France

Index chronologique :

Moyen Âge, Époque Moderne
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Texte intégral

Introduction

  • 1 L. Feller, « Les conversions de redevances : Pour une problématique des revenus seigneuriaux », Cal (...)
  • 2 J. Demade, « Le paiement par conversion des redevances seigneuriales dans un village franconien au (...)
  • 3 B. Rabot, « Pour une nouvelle approche », loc. cit., 2016, p. 85-‑112 ; J. Demade, « Propos introdu (...)
  • 4 Par exemple : Edme de la Poix de Freminville, La pratique universelle pour la rénovation des terrie (...)

1La riche documentation issue du monastère de l’Île-Barbe constitue un terrain d’analyse de premier ordre pour mieux comprendre les rôles des prélèvements seigneuriaux dans les pratiques de gestion et de domination seigneuriales. De fait, les terriers, lièves et expéditions décrivent des listes de biens dépendants du monastère de l’Île-Barbe, ainsi que les cens dus par les tenanciers pour ces biens. Ces dernières années plusieurs travaux ont porté sur les prélèvements seigneuriaux du Moyen Âge et l’image qui en ressort montre une réalité complexe où rationalité économique, relations de domination et agentivité des tenanciers se côtoient1. On voit un réel décalage entre les redevances exigées et le paiement effectif, de même qu’un usage des coutumes et des traditions par les tenanciers pour se protéger des abus seigneuriaux2. En effet, du point de vue des tenanciers, le cens n’était pas le prélèvement le plus lourd, contrairement aux droits de mutation (lods en cas de vente, mi-lods en cas d’héritage) ou aux dîmes qui constituaient de véritables fardeaux pour ces derniers. Par contre, du point de vue du seigneur, la somme de ces prélèvements pouvait constituer un revenu très intéressant, puisque stable et prévisible, si le seigneur avait la capacité de les revendiquer. Théoriquement, le cens était payé annuellement sur un ensemble de biens, et ce, que ces biens fussent activement exploités, en friche ou en jachère. Ce prélèvement revêtait donc à la fois un caractère économique, puisqu’il contribuait aux revenus, mais plusieurs historiens lui attribuent aussi un caractère symbolique, puisqu’il agissait comme rappel de la propriété effective et du rapport de domination3. Toutefois, on sait par les ouvrages des feudistes que le cens, comme tout prélèvement, faisait l’objet de stratégies d’évitement et d’arrérages, ce qui a nécessité d’établir des modalités pour les recouvrements4.

  • 5 M.-T. Lorcin, Les campagnes de la région lyonnaise aux XIVe et XVe siècles, Lyon, Imp. Bosc Frères, (...)
  • 6 J. Demade, « Propos introductifs », op. cit. n. 3, p. 313-‑320.
  • 7 J.-P. Devroey, Puissants et misérables : système social et monde paysan dans l’Europe des Francs (V (...)
  • 8 P. Charbonnier, « La seigneurie auvergnate au miroir des terriers », Terriers et plans-terriers du (...)
  • 9 J.‐P. Devroey, « Huile et vin : Consommation domestique, prélèvement seigneurial et spécialisation (...)

2Au sujet du Lyonnais, Marie-Thérèse Lorcin affirme que cette redevance ne serait pas proportionnelle au rendement, mais elle n’explique pas les importantes variations observables pour les cens dus aux seigneurs5. De fait, le cens est un prélèvement fixe et non à parts de fruits, comme la dîme6. Toutefois, cela n’implique pas l’absence d’adaptation aux capacités productrices du bien. C’était d’ailleurs déjà le cas durant le haut Moyen Âge, lorsque se diffusa la pratique des redevances fixes dans les grands domaines. Jean-Pierre Devroey fait remarquer que, dans certaines villae de Saint-Germain-des-Prés au IXe siècle, les cens étaient proportionnels à la capacité de production des manses7. Ainsi, même en tant que redevance fixe, le cens pouvait être adapté à la productivité des terres. Pierre Charbonnier l’a par ailleurs démontré dans son analyse de la seigneurie auvergnate au XVe siècle ; pour les zones montagneuses, il a calculé un cens moyen de 5 sous à l’hectare alors qu’il était de 15 sous à l’hectare dans les zones de plaine, beaucoup plus productives8. De plus, d’autres logiques encadraient la formation de ces redevances, notamment les objectifs des seigneurs, qui ont parfois cherché à maximiser les redevances selon les spécialisations locales des terroirs9. On peut donc se demander ce que nous apprend la documentation de l’Île-Barbe à propos des variables qui influençaient les exigences des prélèvements seigneuriaux et leurs évolutions, particulièrement le cens.

  • 10 Pour les cotes aux ADR et les titres détaillés, voir la contribution de Didier Méhu dans ce volume.

3Aux fins de l’exercice, nous avons centré notre enquête sur les terriers, lièves et expéditions relevant de la mense (ou table) abbatiale ; la documentation en lien avec la mense du cellérier ou de l’archidiacre occupe une place secondaire. Cette approche nous permet d’établir des comparaisons fiables. En effet, les cens pour l’abbé sont majoritairement formés de paiements en céréales, surtout du froment d’ailleurs. On y trouve très peu de numéraire, d’huile, de gélines ou de vin. Nous retenons donc pour la présente analyse les terriers Coquet (1356), Chambonnet (1494), Lovat (1552-1561) et Michel (1687-1692). Notons que le terrier Lovat n’a pas été transcrit au complet, les folios sélectionnés (fol. 53r-112r) relèvent surtout de la paroisse de Saint-Rambert, alors que le volume II du terrier Michel – le volume I étant perdu – décrit des biens qui relèvent autant de la paroisse de Saint-Rambert que de Collonges. Les documents de la mense du cellérier, qui devient celle de l’archidiaconé après 1551, seront aussi considérés à des fins de comparaison, notamment la liève Turrin (1677-1685), les terriers Cayet (1407-1410), Ruyer (1542-1546) et Le Riche (1561)10.

4La présente recherche considère donc les différentes variables susceptibles d’influencer le cens et son évolution. Dans un premier temps, nous comparons la nature des redevances exigées par les différentes menses. Dans un second temps, nous considérons le lien entre la redevance, d’une part, et la superficie et la nature du bien, de l’autre, ainsi que le terroir qu’il occupe. Nous ouvrons finalement une réflexion sur les modalités d’évolutions et de remaniements du cens.

1. La nature des prélèvements par les menses

  • 11 Voir lexique.

5Les terriers de l’Île-Barbe concernent plusieurs menses (ou tables)11, toutefois les transcriptions de notre équipe se sont concentrées sur celles de l’abbé (trois terriers transcrits) et du cellérier (cinq terriers transcrits), qui devient celle de l’archidiaconé entre le XVe et le XVIe siècle. Ces deux menses se partagent le cens prélevé sur les biens d’un espace commun et bien souvent elles se chevauchent, tissant un maillage complexe de terres, de vignes et de tènements dont les uns rendent le cens à l’abbé, les autres au cellérier ou à d’autres rentes nobles de laïcs. Cette complexité des dus s’exprime dans un même lieu, comme en témoigne ce passage du terrier, Michel, relatif à la mense abbatiale :

  • 12 Terrier Michel, fol. 29v-30r.

Premièrement un jardin scitué audit bourg de Sainct Rambert [...] jouxte la maison et jardin de Jean Deblot, mouvant de la rente noble de l’archidiaconé de matin, le prayon et sauzay du Sieur Legentil, divisé, de vent, la vigne et chenevier de Catherine, veuve de Noel Fontbonne, dit Farine, aussy divisé, de soir, et le jardin d’Estienne Rolachon et sa femme, relaissée de Gregoire Mosnier, que fut de Jeanne veuve de Jean Carlet, mouvant de la rente dudit archidiaconé, de bize12.

  • 13 S. Olivier, « La seigneurie et l’agriculture en Lodévois d’après deux plans-terriers du XVIIIe sièc (...)

6On voit dans ce passage qu’un bien dépendant (mouvant) de la mense abbatiale est bordé à l’est (matin) et à l’ouest (soir) par des biens relevant de la mense de l’archidiaconé ; au nord (bize) et au sud (vent) par des terres relevant de la mense abbatiale. Dans le terrier Michel, on voit d’ailleurs que plusieurs autres menses la jouxtent, notamment celles des rentes nobles de Saint-Cyr (fol. 54r), de Collonges (fol. 217v) et de Jondard (fol. 151r). De telles divisions des censives entre différentes menses et seigneuries n’ont rien d’exceptionnel ; elles renvoient à des situations bien documentées pour la France médiévale et moderne13. Ce maillage complexe du cadre seigneurial implique toutefois que chaque mense pouvait établir sa propre stratégie de prélèvement. On peut alors s’interroger sur les différences dans la nature des cens entre la mense de l’abbé et celle de l’archidiaconé. On remarque dans le terrier Coquet (mense abbatiale, 1356) que les prélèvements sont majoritairement dus en céréales, surtout du froment ; les gélines, le numéraire, le vin et l’huile y occupent une place très secondaire. Le tableau suivant montre la répartition des types de redevances selon les paroisses concernées par le terrier Coquet :

  • 14 Le total des biens pour chaque paroisse ne correspond pas à la somme des biens de chaque catégorie, (...)

Tableau 1. Nature des redevances selon les paroisses dans le terrier Coquet (1356)14

Nature de la redevance

Collonges

(191 biens)

Bourg de l’Île-Barbe (153 biens)

Saint-Cyr

(71 biens)

Céréales

84 % (160 biens)

80 % (122 biens)

80 % (57 biens)

Céréales et numéraire

15 % (28 biens)

5 % (7 biens)

13 % (9 biens)

Céréales et gélines

17 % (33 biens)

12 % (19 biens)

14 % (10 biens)

Numéraire uniquement

16 % (31 biens)

17 % (26 biens)

20 % (14 biens)

Huile

<1 % (1 bien)

3 % (5 biens)

aucun

Vin

aucun

3 % (4 biens)

≈1 % (1 bien)

7Ce portrait est à peu près le même pour les trois autres terriers retenus ici. Dans le terrier Chambonnet (1494), pour lequel nous avons consulté les entrées qui concernent les paroisses du bourg et de Collonges, la part des biens qui doivent des céréales est de 88 %, tandis que la part de redevances uniquement en numéraire s’élève à 10 %. Le prélèvement en céréales accompagné de numéraire se situe à 15 %. La proportion est similaire pour les prélèvements incluant des gélines (16 %), alors que pour l’huile et le vin elle est négligeable, à la hauteur de 3 % et de 2 % respectivement. Dans le terrier Lovat (1552-1561), pour lequel nous avons les données uniquement pour la paroisse du bourg de Saint-Rambert, la part des biens qui doivent des céréales est de 87 %, tandis que la part de redevances uniquement en numéraire s’élève à 13 %. Le prélèvement en céréales accompagné de numéraire se situe à 8 %. Il en va de même pour les gélines (8 %), alors que pour l’huile cette proportion est de 6 %.

  • 15 Ce terroir se situe au nord-ouest du Port de Collonges, près de la Fontaine de Cruis.

8Dans le terrier Michel (1687-1692), la proportion de biens qui doivent des céréales est encore plus importante, soit 92,3 % ; seulement 21 biens recensés dans ce terrier, soit 7,7 % du total, ne font mention d’aucune céréale. Parmi ce nombre, on trouve les sept biens du terroir de la Philipponière15, dont les prélèvements sont uniquement en numéraire. Cela suggère que ces cas relevaient de situations particulières, voire locales. De fait, les biens sur lesquels on prélève uniquement du numéraire sont généralement de types peu communs ; ce sont surtout des prés et des maisons, mais on trouve aussi un tinailler (c’est-à-dire un édifice destiné à la vinification), un port et un ancien four. Néanmoins, pour une terre et une vigne de deux bicherées, chacune située à Montpellas près de Saint-Cyr, les tenanciers doivent aussi un cens uniquement constitué de monnaies, soit quatre deniers. Dans le terrier Michel toujours, le prélèvement en céréales n’est accompagné de numéraire que dans 11 % des cas et de gélines dans 21 %. Pour ces deux cas, notons que les valeurs sont très petites ; la moyenne des prélèvements en volaille n’excède pas un quart de géline et ceux en monnaie sont de l’ordre d’un ou de deux deniers, voire de fractions de deniers.

  • 16 Contra Julien Demade qui y voit plutôt la survivance d’une forme de redevance récognitive, c’est-à- (...)

9La nature de ces redevances semble alors figée dans le temps. Les exigences en gélines et en numéraire sont devenues au fil des divisions du parcellaire de véritables reliquats qui témoignent à notre avis d’une détérioration du prélèvement seigneurial du cens comme mode de domination16. De fait, à partir du XVIIe siècle, les fractions de gélines sont si petites qu’on doit obligatoirement envisager leur conversion en numéraire pour leur prélèvement effectif, ce qui amène à revoir sérieusement à la baisse la force symbolique d’une telle redevance. Le nombre total de gélines prélevé semble d’ailleurs s’effondrer de manière significative dès la fin du XVe siècle, démontrant qu’il y a eu un abandon de ce mode de redevance :

Tableau 2. Total de gélines exigé pour le cens selon les paroisses

Collonges

Bourg de l’Île-Barbe

Saint-Cyr

Total

Terrier Coquet (1356)

42,67

32

13,16

86,83

Terrier Chambonnet (1494)

21,52

1,64

2,38

25,54

  • 17 J. Demade, « Du prélèvement à la ponction : Temps du prélèvement et marché des denrées », Pour une (...)

10La détérioration du prélèvement seigneurial ne doit pas occulter le rôle économique que pouvait toujours avoir le cens. On le voit par l’accent mis sur le froment, et ce, peu importe le type de bien. Cela suggère que l’office de l’abbé avait le contrôle de greniers capables de recevoir et d’entreposer les grains. Comme la date prévue de remise du cens était fixée à la Saint-Martin, le 11 novembre, donc à la fin des récoltes, on peut supposer que l’objectif de la mense abbatiale était de se faire payer les céréales en nature, pour ensuite les écouler à prix fort au printemps suivant. Cette forme de spéculation est bien documentée pour le Moyen Âge et elle témoigne à la fois d’une recherche de profit et d’une réduction du risque par le seigneur17.

  • 18 Terrier Cayet, fol. 86v.
  • 19 Terrier Cayet, fol. 80 v. et 84v.
  • 20 Ancienne mesure de volume désignant le double de la pinte, c’est-à-dire environ deux litres.

11Le constat est tout autre en ce qui concerne les terriers produits pour la mense du cellérier, où les redevances en monnaie, en géline, en vin et en huile sont très fréquentes, voire omniprésentes. En fait, la situation est complètement inversée. Dans le terrier Cayet (1407-1417), 70 % des redevances sont exprimées uniquement en numéraire. Seuls quatre biens déclarés (5 %) doivent des céréales, dont un les doit en réalité à l’abbé18. Par ailleurs, sur deux « terre et bois » (terra et nemus) de Caluire, on exige sur chacun d’eux une géline, et rien d’autre, ce qui n’apparaît dans aucun terrier pour l’abbé19. Il en va de même dans le terrier Ruyer (1543-1546), dont seulement deux redevances sur soixante-neuf (à peine 3 %) sont dues en céréales. Quant au terrier Le Riche (1557-61), il mentionne cinq redevances sur cent vingt-cinq biens (4 %) concernant des céréales, le reste étant composé en très grande majorité de numéraire, de petites fractions de gélines et de quelques quartes d’huile20. Pour ces deux derniers terriers, nos données ne concernent que la paroisse du bourg. De plus, au sein des 68 premiers folios de la liève Turrin (1677-1679), qui relèvent aussi du bourg de Saint-Rambert, un seul bien sur cent cinquante-six (donc moins de 1 %) concerne une redevance en céréales. Le reste de la liève Turrin, qui relève d’autres paroisses, nuance un peu cet état de fait, puisque les redevances en froment et en avoine sont un peu plus fréquentes qu’au bourg, mais la proportion est loin d’atteindre celle de la mense abbatiale. En outre, ces redevances sont rarement formulées uniquement en céréales ; elles sont accompagnées dans la majorité des cas de numéraire, de vin, d’huile et de fractions de gélines. Ainsi, il semble que la mense du cellérier exigeait surtout du numéraire sur le bourg, ailleurs les prélèvements en céréales étaient plus fréquents, néanmoins la stratégie de prélèvement ne semble pas être la même que celle de l’abbé.

  • 21 Liève Turrin, vol III, fol. 407r-408r.
  • 22 Odette Chapelot et Jean Chapelot, « L’artisanat de la poterie et de la terre cuite architecturale : (...)

12On peut alors s’interroger sur la relation entre la nature du cens et l’office à qui il est destiné, sans oublier de prendre en considération le lieu concerné. Pour nos remarques conclusives, nous nous centrerons sur le bourg, pour lequel nos données sont plus complètes. On notera d’emblée que la nature du cens ne semble pas évoluer significativement, même sur la période d’environ trois siècles (1356-1692) ici considérée. Tant pour la mense de l’abbé que pour celle du cellérier, on ne note pas de changement drastique dans la nature des redevances, par exemple un passage brusque vers le numéraire. De fait, les cens dus à la mense du cellérier sont majoritairement exprimés en numéraire, les céréales n’occupant qu’une place marginale. À l’inverse, les cens dus à la mense de l’abbé sont presque exclusivement exprimés en céréales. La comparaison avec les terriers Lovat et la section du bourg du terrier Coquet est frappante, puisque pour la même zone concernée, les cens demandés par la mense de l’abbé sont en céréales à hauteur d’environ 80 %, et ceux dus à la mense du cellérier sont plutôt monétaires ; les céréales ne concernent que 4 % des redevances. Notons aussi que la nature des cens dus à l’office du cellérier est plus variée, ce qui doit probablement être mis en relation avec son rôle de pourvoyeur pour les besoins du monastère, pour lequel il avait le contrôle des différents édifices de stockage adéquats, notamment pour le vin et l’huile. Du reste, on y trouve quelques redevances plus variées, mais hors du bourg, notamment, deux cens en tuiles, convertis en deniers au temps de la liève Turrin21. Le petit nombre de tuiles, quarante-huit en tout, et leur conversion en numéraires nous indiquent que ce sont probablement des reliquats, à l’instar des gélines. En effet, les quantités de tuiles nécessaires à l’entretien d’un complexe abbatial comme celui de l’Île-Barbe sont beaucoup plus importantes. Il est très probable d’ailleurs que les moines de l’Île-Barbe ait trouvé plus commode de s’approvisionner en tuiles sur les marchés, étant donné la vivacité de la production et des échanges de terres cuites architecturales à partir du XIIIe siècle dans la région lyonnaise22.

  • 23 B. Rabot, « Pour une nouvelle approche », loc. cit. n. 3, p. 94. Aussi M.-T. Lorcin, Les campagnes (...)
  • 24 L. Feller, « Les conversions de redevances », loc. cit. n. 1, p. 242-243.
  • 25 Article de D. Méhu dans le présent volume.

13D’emblée, on peut dire que la coutume semble jouer un rôle fondamentalement conservateur dans la nature du cens, c’est-à-dire que le type des redevances (céréale, géline, monnaie, huile) change peu. De fait, une fois établi, ce prélèvement seigneurial était difficilement modifiable, particulièrement dans les cas de mutations héréditaires23. En revanche, notons que le rachat ponctuel ou permanent des cens en nature était relativement fréquent au Moyen Âge, et que cela montre sa relative mutabilité24. Dans le cas qui nous occupe, l’impressionnante stabilité de la nature des cens pendant trois siècles nous incite à penser que les différences entre les rentes de l’abbé et celles du cellérier ne représentent pas des stratégies de gestion actives, mais qu’elles découlent probablement d’un état antérieur au XIVe siècle. Rappelons que les menses sont formées au milieu du XIIIe siècle pour être entérinées lors du renouvellement des statuts du monastère de 128425. À cette période, les revenus tirés des cens auraient été partagés selon différentes traditions et coutumes de prélèvement en rapport avec les stratégies de gestion du moment qui, pour la mense de l’abbé, s’appuyaient sur la spéculation céréalière. Notons que ce partage des revenus entre les menses n’implique pas que les cens aient été établis à cette époque, ils peuvent découler d’un état plus ancien. Des ajustements mineurs ont pu être faits au fil des mutations, lors desquelles certains cens ont pu être renégociés pour se débarrasser de reliquats, comme les fractions de gélines, elles-mêmes issues des divisions parcellaires, ou encore pour favoriser le numéraire, comme à la Philiponnière. Toutefois, force est de constater que ces changements n’ont pas influencé les tendances principales. La nature du cens serait donc tributaire d’un état ancien de l’office qui le prélève.

2. Terroirs, surfaces et types de bien : le cens et la capacité productrice du bien

  • 26 S. Clavaud et É. Delarbre, « Les terriers de Gelles (Puy-de-Dôme) du XVe au XVIIIe siècle, traiteme (...)
  • 27 P. Charbonnier, « La seigneurie auvergnate au miroir des terriers », loc. cit. n. 8, p. 168.

14Aux yeux du chercheur contemporain, le terrier se prête bien à un traitement quantitatif. Au sein d’un même document ou d’une même famille de documents, la redondance des catégories d’informations (dépendants, lieux, mutations, redevances, etc.) permet l’élaboration de tableaux complets, dont le traitement quantitatif est facilité par l’uniformité des unités de mesure (bicherées, bichets, lampes, quartes)26. On peut ainsi analyser la superficie moyenne des parcelles, comparer les prélèvements et ainsi calculer des cens moyens à plusieurs échelles. Dans les zones montagneuses de l’Auvergne au XVe siècle, Pierre Charbonnier a calculé un cens moyen de 5 sous à l’hectare alors qu’il était de 15 sous à l’hectare dans les zones de plaines, beaucoup plus productives, ce qui lui a permis de suggérer un lien entre la productivité du terroir et le poids de la redevance27. Par l’analyse qui suit, nous cherchons à éprouver cette hypothèse pour la situation autour de l’Île-Barbe en nous appuyant sur les données extraites des terriers Chambonnet (1494), Lovat (1552-1561) et Michel (1687-1692).

  • 28 Rappelons que les terroirs ne suivent pas les mêmes logiques de découpage territorial que les paroi (...)

15Notons d’emblée quelques remarques et limites méthodologiques. La première est que les terroirs concernés par notre documentation ne concernent pas tous le même éventail de paroisses. En effet, pour le terrier Lovat notre équipe a transcrit uniquement les folios qui se trouvent sous la rubrique « Le bourg de l’Isle-Barbe » ; les biens concernés sont donc situés dans la paroisse de l’Île-Barbe. Pour le terrier Michel, la transcription complète du volume II restitue les biens des paroisses de l’Île-Barbe et de Collonges ; pour le terrier Chambonnet, nous avons consulté les biens se rapportant aux paroisses de l’Île-Barbe, de Collonges et de Saint-Cyr. Notons que plusieurs biens situés dans les mêmes terroirs reviennent dans ces paroisses, notamment ceux des Rivières, de Plantier, de Montpellas et de Charlieu28. Il n’est toutefois pas certain que cette différence d’échantillonnage soit particulièrement significative. En effet, si l’on se fie au terrier Coquet, les proportions entre les types de redevances sont à peu près les mêmes pour l’ensemble des paroisses.

  • 29 Edme de la Poix de Freminville, La pratique universelle pour la rénovation des terriers, op. cit. n (...)
  • 30 Ibid, p. 408-410 : « une juste distinction des cens, de la restitution des fruits, ce qui prouve qu (...)
  • 31 L. Feller, « Pauvreté et famines au Moyen Âge », Raison présente, 213, 2020, p. 31-‑41 ; A. Guerrea (...)

16La deuxième limite concerne le fait que les redevances de nos terriers sont presque exclusivement exprimées en céréales. Cette particularité nous a menés à privilégier un calcul appuyé sur le ratio entre les mesures de surface des parcelles et le volume de céréales exigé comme redevance. Certains chercheurs ont préféré convertir l’ensemble des redevances en numéraire, mais une telle méthode pose le problème du prix du froment et de l’avoine, qui variait de manière importante d’une saison à l’autre, entre l’automne et le printemps surtout. Le feudiste Édmé de la Poix de Freminville (1683-1773) l’avait d’ailleurs noté dans son ouvrage destiné à la rénovation des terriers, écrit en 1746 : « il faut cependant distinguer la différence des saisons [pour la date de requête du blé payé en argent], et des prix des grains qui varient considérablement dans le cours d’une année »29. De fait, le blé dû pour le cens n’est jamais converti selon un prix coutumier, mais bien au prix du marché le plus proche pour la date de remise du cens. À l’inverse, la conversion des redevances à parts de fruits, comme la dîme, pouvait se faire selon le prix coutumier, c’est-à-dire la moyenne des prix d’une année30. À cela, ajoutons que les variations interannuelles et régionales (voire locales) des prix sous l’Ancien régime pouvaient prendre des proportions significatives31. Considérant que notre question de recherche porte sur les variables qui influencent les exigences du cens, il est plus prudent de ne pas introduire une autre variable (le prix au marché). Ainsi, dans l’état de la documentation, il serait bien maladroit de convertir ces volumes de blé à partir de prix liés aux variations des marchés locaux, d’autant plus qu’il faudrait se fixer arbitrairement à une année. Nous préférons donc travailler à partir des volumes de céréales.

  • 32 Les mesures d’avoine représentent un plus gros volume que celles en blé, car l’avoine est mesurée c (...)
  • 33 Terrier Michel, fol. 8r : « trois coupons et un tiers bled froment mesure grenier du seigneur abbé, (...)
  • 34 P. Charbonnier, « Rhône », loc. cit. n. 30, p. 231 ; aussi, M.-T. Lorcin, Les campagnes, op. cit. n (...)
  • 35 O. Reguin, Anciennes mesures de longueur et de superficie agraires. Mutations et continuité de l’An (...)
  • 36 M.-T. Lorcin, Les campagnes, op. cit. n. 5, p. 45.
  • 37 Pour ce calcul, la fonction CORREL a été utilisée dans le logiciel Libre Office Calc.

17Pour ce faire, nous avons rassemblé indifféremment le blé et l’avoine, et nous avons converti toutes les mesures de capacité en coupons, puisque c’est la mesure la plus commune et la plus petite du terrier, ce qui en fait un dénominateur commun de choix32. Les autres mesures utilisées dans le terrier sont le bichet et la coupe, dont les équivalents sont les suivants : 1 bichet = 4 coupes ; 1 coupe = 3 coupons ; et donc 1 bichet = 12 coupons, cette dernière équivalence étant d’ailleurs spécifiée dans le terrier Michel33. En ce qui concerne les surfaces, ce terrier utilise surtout la bicherée et dans une moindre mesure la fessorée et la couperée, toutes deux bien documentées pour le Lyonnais. De fait, la bicherée lyonnaise correspond à la surface ensemencée par un bichet et la fessorée à la surface travaillée en une journée dans une vigne34. Toutefois, ces équivalences proviennent de pratiques très anciennes devenues des mesures de surfaces concrètes dès le haut Moyen Âge. Les variations locales de ces mesures correspondent aux variations des mesures de longueur, comme le pied. Ainsi la bicherée de Lyon est une mesure de surface dérivée de la jugère carolingienne35. La bicherée équivaut donc à 12,93 ares (ou environ 1300 m2), la couperée au quart (donc environ 325 m2) et la fessorée au tiers (donc environ 430 m2)36. Ces équivalences servent surtout à donner une idée de la superficie réelle de biens – qui apparaissent alors comme très petits et très fractionnés même hors du bourg – puisque pour nos calculs nous conserverons la bicherée comme unité de base. En effet, la couperée étant le quart de la bicherée et la fessorée étant le tiers, les calculs en sont rendus beaucoup plus simples. Notre analyse sera donc basée sur le ratio de coupons par bicherée (dès lors c/b). Pour ce même ratio, nous calculerons le coefficient de corrélation (dès lors R). Ce coefficient mesure le degré de corrélation entre deux variables. En d’autres termes, il permet de montrer si deux variables sont interreliées, sans toutefois permettre en soi de conclure à un lien de causalité37. La valeur obtenue se situe entre -1 et 1 : 0 est une corrélation nulle, 1 une corrélation parfaite ; une valeur négative signifie que la covariance est inversée. Notre base de données provenant du terrier Michel contient 220 entrées pour lesquelles nous avons les données de superficie et le volume en céréales. Cet échantillon est de qualité supérieure à ceux que nous avons tirés des terriers Lovat et Chambonet, avec seulement 107 et 134 données utilisables, respectivement. De ce fait, il convient de commencer notre analyse avec le terrier Michel.

18Pour l’ensemble des biens du terrier Michel, le R est de 0,59. Cette valeur montre une corrélation moyenne entre le nombre de coupons et la superficie en bicherées, ce que confirme un examen visuel des données organisées dans le graphique 1. Cette corrélation moyenne est notamment le résultat d’une tendance à la covariance entre les deux variables, mais une covariance imparfaite. On remarque d’ailleurs sur le graphique 1 que certains biens ayant de très grandes superficies ne doivent que peu de coupons, ce qui affecte la corrélation. Or, un bon nombre de ces biens sont ceux qui incluent des maisons (soit 16 déclarations) ; nous les avons donc retirés du calcul. En affinant notre échantillon de cette manière, les résultats se clarifient et le R augmente à 0,71, ce qui atteste une meilleure corrélation, comme le montre le graphique 2.

Graphique 1. Rapports coupons et bicherées calculés à partir de tous les biens du terrier Michel

Graphique 1. Rapports coupons et bicherées calculés à partir de tous les biens du terrier Michel

Graphique 2. Rapports coupons et bicherées calculés à partir de tous les biens du terrier Michel excepté les maisons

Graphique 2. Rapports coupons et bicherées calculés à partir de tous les biens du terrier Michel excepté les maisons

19Plus encore, le R des seules vignes est de 0,82, celui des seules terres cultivées de 0,75. Ces calculs reposent sur l’ensemble des biens déclarés dans le terrier conservé. Ils peuvent être affinés davantage par une étude distincte des localités. Sept des 22 terroirs mentionnés dans le terrier rassemblent assez de biens (au moins dix) pour être étudiés indépendamment. Le tableau suivant présente les valeurs R de chacun d’eux dans le terrier Michel.

Tableau 3. Ratios coupons par bicherée et coefficients de corrélation selon le volume II du terrier Michel (1687-1692).

Terroir ou biens considérés

Coefficient de corrélation (R)

Ratio coupons par bicherée (c/b)

Tous lieux confondus

Ensemble des biens

0,59

3,36

Ensemble des biens sans les maisons

0,71

4,03

Vignes seules

0,82

3,31

Terres seules

0,75

4,56

Par localité

Les Rivières

0,90

4,87

Montpellas

0,82

1,9

Le Plantier

0,93

2,03

Charlieu

0,99

6,25

Champillion

0,94

8,59

Bourg (incluant les biens situés « derrière l’église »)

0,57

2,98

Grandes Rivières

0,46

3,74

Grandes Rivières (vignes uniquement)

0,93

3,78

20De manière générale, le poids de la redevance semble corrélé à la surface du bien sur lequel elle repose, et ce, sur tous les terroirs sauf ceux du Bourg et des Grandes Rivières, où le coefficient de corrélation est proche de 0,5. Partout ailleurs, les R oscillent entre 0,80 et 0,99, signe d’une corrélation très forte, ce dont témoigne aussi l’analyse visuelle des graphiques résultants de ces données (voir le graphique 3 pour un exemple).

Graphique 3. Rapports coupons et bicherées calculés à partir du terroir de Plantier

Graphique 3. Rapports coupons et bicherées calculés à partir du terroir de Plantier
  • 38 M.-T. Lorcin, Les campagnes, op. cit. n. 5, p. 17.

21Pour bien apprécier les données, il convient néanmoins d’envisager d’autres variables. Le R plutôt faible des Grandes Rivières en est un bon exemple. Le coefficient de corrélation global pour ce lieu est moyen (0,46), mais pour les seules vignes (15 déclarations) il est de 0,93, c’est-à-dire une corrélation extrêmement forte. On peut donc supposer que la redevance est en bonne partie corrélée au type de bien, à sa localisation, mais aussi à sa superficie, et donc à sa productivité. En effet, pour la même surface, les terres très productives des terroirs de Champillion (8,59 c/b), Charlieu (6,25 c/b) ou des Rivières (4,87 c/b) doivent des redevances plus élevées que la moyenne (3,36 c/b). Ces terroirs sont tous situés sur les sols alluviaux de la vallée, ce qui en fait des terres plus productives pour la céréaliculture que les sols siliceux et calcaires des plateaux. À l’inverse, les terroirs situés en pente, et donc sur les pires sols pour la céréaliculture, puisque lavés par les pluies, ont les ratios c/b les plus bas : le Plantier (2,03 c/b), Montpellas (1,9 c/b)38. Notons néanmoins que ces terroirs sont tout indiqués pour la culture de la vigne. Ainsi, il est possible que ce lien entre cens et productivité ne s’applique qu’aux rendements céréaliers, ce qui expliquerait les redevances plus basses prélevées sur les vignes ou les terroirs plus favorables à cette culture.

  • 39 Nous avons considéré la couperée comme le quart d’une bicherée et la journée d’homme comme le tiers (...)
  • 40 Terrier Lovat fol. 110v., voir aussi fol. 75v. et fol. 87r.

22Ces données sont en partie corroborées par notre analyse du terrier Lovat, pour lequel certains terroirs permettent un traitement quantitatif. En appliquant la même méthode de traitement des données que pour le terrier Michel, on obtient des valeurs assez similaires, quoique les corrélations semblent moins claires. Cela est peut-être dû à des imprécisions dans les conversions des superficies, qui étaient exprimées de manière plus variée. En effet, la bicherée reste une référence commune dans ce terrier, mais la couperée et la journée d’homme y occupent une place plus importante que dans le terrier Michel39. De plus, les estimations des mesures en 1550 n’ont pas la précision qu’elles ont acquise en 1700, comme en témoignent trois mesures très approximatives : « Une vigne size au territoyre de Berchet de dix a douze hommes de vigne »40. Aussi, le petit échantillon de 107 données utilisables laisse une marge d’erreur plus grande. C’est peut-être ce qui explique le R négatif très près de zéro calculé pour les terres cultivées. Puisque le reste de nos calculs témoigne plutôt de corrélations moyennes à fortes, ce R négatif serait une erreur statistique. Les données présentées dans le tableau suivant tendent néanmoins à signaler que plusieurs tendances observées pour le XVIIe siècle émanent d’un état plus ancien.

Tableau 4. Ratios coupons par bicherée et coefficients de corrélation selon le terrier Lovat (1552-1561).

Terroir ou biens considérés

Coefficient de corrélation (R)

Ratio coupons par bicherée (c/b)

Tous lieux confondus

Ensemble des biens

0,56

5,31

Ensemble des biens sans les maisons

0,57

5,13

Vignes seules

0,73

5

Terres seules

- 0,12

5,92

Par localité

Les Rivières

0,81

5,51

Montpellas

0,80

4,39

Le Plantier

0,83

4,64

Charlieu

0,62

10,39

Bourg (incluant les biens situés « derrière l’église »)

0,33

6,12

23D’emblée, on remarque que toutes les valeurs R sont plus basses que dans le terrier Michel. On notera toutefois que pour l’ensemble des biens (0,56), et pour l’ensemble des vignes (0,73), la tendance semble similaire au cas précédent. De la même manière, on note des valeurs plus hautes une fois l’échantillon affiné par terroirs, autour de 0,80 pour Montpellas, le Plantier et les Rivières. Ces derniers étaient d’ailleurs marqués par des valeurs R très élevées pour le terrier Michel. En revanche, le R est significativement plus bas pour Charlieu, et pour le Bourg. Du reste, la relation que nous avions établie entre c/b élevé et terres alluvionnaires ou c/b bas et terroirs en pente semble aussi vraie pour le terrier Lovat.

24L’analyse des données tirées du terrier Chambonnet (1494) permet de confirmer certaines tendances et d’approfondir notre réflexion. Avant tout, mentionnons que ce document n’a pas été transcrit par notre équipe ; nous avons colligé les données pertinentes directement à partir de la liève prise sur le terrier Chambonnet (1494). Cette liève a été rédigée en 1689 en français à partir du terrier original, qui était en latin. On note d’ailleurs un certain nombre de ratures sur les superficies, les lieux et la nature des biens. Ces éléments ont nécessairement été la source de quelques erreurs dont l’incidence statistique sur un échantillon de 134 données est probablement faible. Les données présentées dans le tableau suivant ne présentent d’ailleurs aucune anomalie particulière, contrairement à celles tirées du terrier Lovat.

Tableau 5. Ratios coupons par bicherée et coefficients de corrélation selon le terrier Chambonnet (1497).

Terroir ou biens considérés

Coefficient de corrélation (R)

Ratio coupons par bicherée (c/b)

Tous lieux confondus

Ensemble des biens

0,51

6,84

Ensemble des biens sans les maisons

0,52

5,80

Vignes seules

0,48

10,66

Terres seules

0,30

6

Par localité

Les Rivières

0,60

13,5

Montpellas

0,39

2,47

Champillon

0,91

11,88

Le Plantier

0,86

4,08

25Les coefficients de corrélation sont généralement plus bas que pour les derniers terriers. Ils témoignent donc d’une covariance plus faible, mais non négligeable. De plus, on ne note pas d’augmentation de la valeur R en isolant certains types de biens. En fait, le R calculé pour les vignes seules (R 0,48) reste proche de la valeur moyenne (R 0,51), mais celui calculé pour les terres seules montre peu ou pas de covariance (R 0,30). Toutefois, cette valeur semble augmenter lorsqu’on isole les terroirs ; deux d’entre eux, Champillon et le Plantier, montrent les signes d’une très forte corrélation (R 0,91 et R 0,84 respectivement) entre la superficie des biens et le volume de céréale exigé par le cens. La valeur la plus significative est probablement le coefficient de corrélation calculé pour l’ensemble des biens (R 0,51) qui est très similaire aux deux autres R ainsi calculés (Lovat : R 0,56 ; Michel : R 0,59). Cela suggère une corrélation moyenne entre nos deux variables ; de plus, celle-ci tend à augmenter. En revanche, les opérations qui ont permis de montrer une covariance plus élevée pour le terrier Michel selon les types de biens ne semblent pas avoir une incidence aussi forte pour les deux terriers précédents ; pour le terrier Chambonnet, l’impact est nul. Il convient donc de proposer des explications pour ces constats. On peut évidemment se rapporter à l’imprécision des techniques d’enquête, de mesure et d’arpentage que nous avons déjà soulevée dans notre analyse des données du terrier Lovat. Dans le terrier Chambonnet on trouve par exemple très peu de fractions pour les unités de mesure de superficie, alors que cela est commun dans les terriers plus récents. Mais l’idée d’une imprécision des mesures ne suffit pas. Il faut aussi se rapporter à la forme même des biens déclarés qui semble évoluer entre le XVe et le XVIIe siècle. Au terrier Chambonnet, les biens déclarés sont généralement plus grands, en moyenne 2,3 bicherées, alors que la moyenne n’est que de 1,36 bicherée au terrier Michel. Ce phénomène de division des biens est d’ailleurs admirablement illustré par la schématisation d’une analyse régressive (fig. 1).

  • 41 Cette carte nous a été gentiment founie par Philippe Lambert, qui l’a réalisée dans le cadre de ses (...)

Figure 1. Subdivision de la troisième déclaration de Jeannette, fille de feu Barbier, du terrier Cayet (1407) à la liève Turrin (1677-1679)41.

26En suivant les subdivisions des parcelles entre les différents terriers, on voit qu’un bien déclaré au XVe siècle pouvait inclure plusieurs espaces de nature différente, certains étant dévolus au logement, d’autres au jardin ou à l’agriculture. Au fil des mutations, plusieurs parcelles ont été subdivisées, et il est possible que ces divisions aient suivi une logique fonctionnelle (la maison pour l’un, la terre pour l’autre, etc.). Si le cens suit la productivité des parcelles, ces divisions ont peut-être favorisé un lien plus fort entre le fardeau du cens et la superficie des biens. Cela reste néanmoins de l’ordre de l’hypothèse, que seule une analyse régressive portant sur un nombre significatif de biens pourrait infirmer ou confirmer.

27Notons finalement que les ratios c/b subissent une baisse tendancielle claire entre 1494, 1552 et 1687. De l’état décrit au terrier Chambonnet (6,84 c/b) à celui décrit au terrier Lovat (5,31 c/b), la baisse est de 22 % pour l’ensemble des biens. Entre le terrier Lovat et le terrier Michel (3,36 c/b), la baisse du ratio est de 37 %. On remarque donc une nette diminution des volumes de céréale exigés par le cens, et ce, malgré l’impressionnant maintien de la nature des cens pour la table abbatiale évoqué précédemment. Un tel résultat témoigne d’un remaniement quantitatif des cens, et il semble que ce dernier a favorisé une relation plus forte entre le volume de céréale exigé et la superficie des terres, suivant la division des parcelles en de plus petites unités. Ce processus de division, accompagné du remaniement des cens expliquerait peut-être la covariance plus forte entre le volume de céréale exigé et la superficie des biens au terrier Michel. Les valeurs R calculées pour ce terrier témoignent en effet d’une corrélation extrêmement forte pour les terroirs des Rivières, de Montpellas, du Plantier, de Charlieu et de Champillion. Nous tenterons de mieux expliquer ce phénomène dans la prochaine section.

  • 42 J.-P. Devroey, Puissants et misérables, op. cit. n. 7, p. 410-412.

28En somme, l’analyse de nos documents permet d’établir qu’il y avait un lien plutôt fort entre le volume de céréale exigée, la superficie et la localisation du bien. Ce lien s’est renforcé avec le temps, peut-être parce que les divisions des biens déclarés ont suivi un découpage fonctionnel. La covariance entre ces variables soutient alors notre hypothèse selon laquelle le volume de céréale exigé, qui dans notre cas constitue l’essentiel du cens, était partiellement corrélé à la productivité d’un terroir. L’origine de ce lien reste à déterminer et elle nécessiterait une analyse plus approfondie de la documentation ancienne. Il est possible que cet apparent lien entre la capacité céréalière des terres et le cens représente un reliquat de la fixation des redevances céréalières autrefois à parts de fruits, comme l’agrarium, la tasqua ou l’annona, un phénomène que Jean-Pierre Devroey situe entre le VIIIe siècle et le Xe siècle42. Si cela est avéré, le maintien de ce rapport à travers le temps serait surprenant et significatif d’une connaissance extrêmement fine des terroirs et de leurs capacités productrices. Quelques indices, notamment les valeurs moins probantes des terriers Lovat et Chambonnet, nous permettent néanmoins de penser que la productivité n’était pas la seule à avoir une influence sur le cens et que d’autres éléments entraient en ligne de compte dans les processus d’évolution de ce dernier.

3. Quels facteurs d’évolution pour le cens ?

  • 43 M.-T. Lorcin, Les campagnes, op. cit. n. 5, p. 268-297.

29Pour la table abbatiale, la nature du cens ne semble pas avoir changé radicalement depuis le terrier Coquet (1356) ; les céréales, particulièrement le froment, forment plus de 80 % des cens exigés. En revanche, le volume de céréale exigé diminue fortement entre la fin du XVe siècle et la fin du XVIIe. En effet, le rapport entre le volume de céréale et la superficie des biens baisse de 22 %, puis de 37 % entre les états des terriers pour lesquels nous avons pu étudier ces valeurs. Nous avons aussi montré que le prélèvement total en gélines a diminué de manière importante depuis le XIVe siècle. Ces constats confirment les travaux de Marie-Thérèse Lorcin qui démontrent une diminution généralisée des prélèvements seigneuriaux pour le Lyonnais depuis le XIVe siècle43. Pour le cas qui nous occupe, cette diminution tendancielle sur plusieurs siècles nous amène à réfléchir sur la manière dont s’est transformé le cens. De fait, les facteurs qui ont provoqué et influencé ces changements constituent nécessairement des variables fondamentales pour expliquer le cens et la manière dont il se forme. Dans cette section, nous cherchons donc à comprendre la manière dont se sont transformés les cens entre les différents états des terriers, et donc au fil des mutations. Pour ce faire, nous nous appuierons sur une étude de cas et sur une étude en série, le tout selon une approche régressive.

30L’exemple choisi montre un cas où les mutations successives d’un même bien pouvaient donner lieu à des recompositions complexes du cens, mais aussi à un maintien de ce dernier. L’historique d’une parcelle située à Montpellas, déclarée par Claude Prost au terrier Chambonnet (1494) peut être assez bien suivi dans nos trois terriers. La parcelle originale est estimée à cinq bicherées et l’on peut suivre une partie de trois bicherées de ce bien jusqu’au terrier Michel :

  • 44 « Territoire » est utilisé dans les terriers au sens moderne de terroir, ce qui constitue un région (...)

Claude Prost dit Faurain du lieu et paroisse de St Cire au Montdor, tient et possede de ladicte directe du sr. Abbé doyen de l’ilse Barbe, des biens recogneuz autrefois (60r) par Pierre de la Croix dit Faurain par devant Me Phelippe Bonnet notaire, assavoir aulcune terre estant autrefois en deux parcelles, contenant environ cinq bicheree de terre, scize au territoire44 de Montpellas, jouxte la terre d’André Riche de matin [vent suscrit], la terre des herettiers Leonnard et Clause dit Napollier, et la terre dudit confesssant sus confinée de vent [matin suscrit], la terre de Jehan et Anthoine de Calce de soir, et la terre de Claude Boucharlat dit Bonnet et ses freres de bize. Soubz le servis pour les susdictes deux parcelles a present en une, assavoir de

Froment 3 coppes

  • 45 Terrier Chambonnet, fol. 59v-60r.

Avoyne 3 coppes45.

31Dans le terrier Lovat (1552), une partie de trois bicherées est déclarée par Nycolas Saulzez, étonnamment pour le même cens de 3 coupes de blé et 3 coupes d’avoine :

  • 46 Rature dans le manuscrit.
  • 47 Terrier Lovat, fol. 69v-70r.

Item des biens recogneuz par Claude Proz, dict Faureyn, pardevant de Chamboneto au premier article de sa responce. Aulcune vigne et terre joinctz ensenble situez au territoyre de Montpellas, appelé Chanterigard, contenant troys bicherees lyon[naises] de terre ou envyron, jouxte la terre de Jehan Saulzey, dict Napolier, de matin, la terre de Pierre Ravet et Estiene Bourrat de matin, et la terre de Hymbert Bocharlat de matin, la terre46 vigne de Claude Rinochon de Sainct Cire de vent, les terre et vigne de Guillaume Bocharlat, dict Bonnet, de bize et la terre de Jehan Rolachon, dict Janot, de soir. Soubz le cens et servis annuel et perpetuel de troys couppes de froment et troys couppes d’avoyne a ladicte mesure47.

32À une date inconnue située entre 1552 et 1687, la parcelle a été encore subdivisée, mais cette fois on semble avoir conservé la trace intégrale du bien déclaré au terrier Lovat : en témoignent les deux déclarations du terrier Michel (1687) qui se réfèrent sans ambiguïté à cette ancienne parcelle :

  • 48 Terrier Michel, fol. 87r-v.

Assavoir une terre [situez a]u bourg et paroisse de Sainct-Rambert territoire Montpellas contenant demy bicherée ou environ faisant partie de la reponce de Claude Prost dit Faurayn article premier au terrier Chamboneto, que jouxte la terre du sieur Regeoly de ce service de matin, la terre de Claude Gayet de Sainct Cyre divisée de vent, la vigne de Baltazard Desanges que fut du premier article dudit Claude Faurain, un centier entredeux de soir et la vigne des heritier de François Desanges divisée de bize. Soubz le cens et service annuel et perpetuel egalation faite d’un quart de coupon bled froment et un quart de coupon avoyne les douzes faisant le bichet mesure [...] dudit seigneur qui est la mesme que celle de Lyon48.

Item, une vigne scituée audit lieu et territoire que dessus contenant deux bicherée et demy ou environ faisant partie du premier article de la reponce de Claude Prost dit Faureyn au terrier Chamboneto, que jouxte la vigne du sieur Ballayer divisée de vent autre vigne dudit Balocier que fut de Nicolas Sauzay de soir accoulant peu vent, la terre de Jacques Paillet, Claude Gayet de Sainct Cyre de Jean et Benoist Rolachon et Caterine Simon dit Tassio dudit service, certain centier entre deux de matin accoulant bize et jouxte la vigne et verchere des heritiers Francois Desanges divisée de bize accoulant peu matin. Soubs le cens et service annuel et perpetuel egalation faicte de trois coupons et demy d’avoyne mesure susdite.

  • 49 Terrier Michel, fol. 89r-90r.

Item, une petite [fol. 90] maison scituée audit lieu et territoire que dessu faisant partie dudit premier article de la reponce dudit Claude Prost dit Faureyn au terrier Chamboneto, que jouxte la maison et celles des heritiers François Desanges divisée de soir, le jardin desdit heritier François Desanges divisée de vent et la maison du sieur Fratter de ce service de bize et ledit centier de matin. Soubs le cens et service annuel et perpetuel compris en l’article sus immédiattement confiné49.

33Si la subdivision de la terre apparaît clairement entre les terriers Lovat et Michel (trois bicherées deviennent une demie et deux bicherées et demie), le cens pour chacune des parties a connu une involution notable, et ce, malgré l’ajout d’une maison. En revanche, entre les terriers Chambonnet et Lovat, il semble que deux bicherées aient été séparées de la terre de Claude Prost, mais que cela n’ait pas changé le montant de la redevance. Le tableau suivant récapitule les évolutions entre les trois terriers :

Tableau 6. Évolution de la terre déclarée par Claude Prost au terrier Chambonnet.

Terriers

Biens et déclarants

Surface

(en bicherées)

Cens (en coupons)

Ratio c/b

Terrier Chambonnet

Terre : Claude Prost (fol. 59v-60r.)

5 b.

9 c. blé ;

9 c. avoine

3,6 c/b

Terrier Lovat

Vigne et terre : Nicolas Saulzez, (fol. 69r-70r)

3 b.

9 c. blé ;

9 c. avoine

6 c/b

Terrier Michel

Terre : Jacques Laillet (fol. 87r)

0,5 b.

0,25 c. blé ;

0,25 c. avoine

1 c/b

Vigne et une petite maison : Baltazard Desanges (fol. 89v-90r)

2,5 b.

3,5 c. avoine

1,4 c/b

34Entre l’état décrit au terrier Chambonnet et celui décrit au terrier Lovat, on observe que le cens demeure inchangé, et ce, malgré une apparente division du bien. Conséquemment, le ratio de prélèvement augmente de 40 % : ainsi Nicolas Saulzez rend le même cens que Claude Prost, mais pour un bien sensiblement plus petit. Les raisons exactes de cette augmentation du ratio c/b nous sont évidemment inconnues ; il est possible que la conversion partielle du bien en vigne y ait joué un rôle. Nonobstant, il témoigne de la capacité du seigneur à augmenter le ratio de prélèvement, sans augmenter directement le cens, mais en maintenant simplement ce dernier au niveau fixé par la coutume lors d’une division. La portée de ce cas semble toutefois plutôt limitée. En effet, notre analyse statistique montre que la tendance générale était plutôt à la diminution de ce rapport.

  • 50 Je souhaite remercier Didier Méhu pour cette analyse qu’il a rédigée et pour laquelle j’ai effectué (...)

35On observe qu’entre l’état décrit au terrier Lovat et celui décrit au terrier Michel, le cens pour la même parcelle, maintenant divisée en deux, a considérablement diminué. Si la partie qualifiée de « terre » constitue 16 % de l’ensemble de la parcelle lorsqu’elle était unifiée (0,5 bicherée sur 3), le cens qui y est prélevé équivaut à seulement 2,7 % de ce qu’il était auparavant (0,5 coupon au lieu de 18) ; le différentiel est conséquent ! La vigne représente quant à elle un peu plus de 83 % de l’ancienne parcelle (2,5 bicherées sur 3), mais elle n’en rapporte désormais qu’un peu moins de 40 % (3,5 coupons sur 18). Le différentiel est moindre, mais il demeure très significatif. En l’absence de précision sur ce qui était jadis prélevé respectivement sur la partie « terre » et sur la partie « vigne », il est impossible de dire si, déjà, l’essentiel des revenus provenait de la vigne, et donc d’évaluer concrètement la perte de revenus sur chaque type de terre. Quoi qu’il en soit, on ne peut qu’observer une diminution drastique, et inégale, du prélèvement, qu’il est peu probable d’associer à un effondrement du rendement. Ce cas suggère donc qu’il y a eu une renégociation à la baisse du prélèvement, jusqu’à le rendre essentiellement symbolique au XVIIe siècle, ce qui semble cohérent avec la baisse du ratio c/b que nous avions remarquée plus haut. Le fardeau du cens n’était donc pas immuable et il a pu changer dans le temps, selon des processus complexes de mutations, notamment par la négociation et les rapports de force avec les seigneurs50.

36Cet exemple montre que malgré une tendance forte à la diminution du cens, ces transformations n’ont probablement pas suivi une trajectoire unique pour chacun des biens déclarés. Le maintien du cens depuis le terrier Chambonnet et le terrier Lovat est à ce titre plutôt évocateur. Pour vérifier cette hypothèse, nous proposons d’étudier plus en détail l’évolution du rapport c/b entre quatorze déclarations, que nous avons pu suivre par approche régressive entre les terriers Lovat et Michel. Pour ce faire, nous avons croisé les références aux anciennes déclarations du terrier Michel, vers le terrier Lovat. Le tableau suivant présente sur chaque ligne le rapport c/b calculé pour les déclarations correspondantes :

Tableau 7. Évolution des rapports c/b entre des parcelles du terrier Michel reconnues anciennement au terrier Lovat.

Cas

Terrier Lovat

(1552-1561)

Ratio c/b au terrier Lovat

Terrier Michel

(1687-1692)

Ratio c/b au terrier Michel

Rapport de transformation

(en pourcentage)

A

fol. 75r-v

15,79

fol. 8v-9r

15,79

0 %

B

fol. 94v-95

15

fol. 9r-v

8,13

-46 %

C

fol. 82r-v

24

fol. 11r-12r

13,27

-45 %

D

fol. 76v.

3,39

fol. 12r-v

2,26

-33 %

E

fol. 75r-v

16

fol. 12v-13v

2,28

-86 %

F

fol. 77v-78

5,68

fol. 18v-19r

3,05

-46 %

G

fol. 78v-79r

3,38

fol. 23v-24r

1,52

-55 %

H

fol. 91v-92r

5,6

fol. 35v-36r

1,76

-69 %

I

fol. 64v-65r

0,5

fol. 71r-72r

0,35

-29 %

J

fol. 5r

4

fol. 117v-118r

6

+50 %

K

fol. 61r

3

fol. 127v-128r

2

-33 %

L

fol. 64v-65r

0,5

fol. 135v-136

0,41

-19 %

M

fol. 96r-v

26

fol. 139r-v

5,92

-77 %

N

fol. 96v

3,5

fol. 170v-171r

0,88

-74 %

37Hormis deux exceptions (A et J), le rapport entre le volume de céréale exigé et la superficie des terres (c/b) est systématiquement plus bas, de manière généralement très significative. Notons que cette diminution ne suit pas un ratio régulier. Entre les états décrits par ces deux terriers, le rapport c/b du cens a diminué de manière très inégale, la plus petite diminution est de 19 %, la plus importante de 86 %. La moyenne de ces diminutions du rapport c/b correspond à une baisse de 40 %, ce qui est plutôt proche de la baisse générale de 37 % constatée lors de notre analyse précédente. La présence d’exceptions et l’absence de régularité dans le taux de la baisse renforcent notre hypothèse formulée précédemment ; ces changements se sont produits au cas par cas, fort probablement au gré des renégociations lors de mutations. De plus, la baisse n’est jamais compensée par l’ajout de redevances en numéraire ou en nature. Cela confirme notre hypothèse selon laquelle nous assistons à une diminution généralisée du cens exigé par la mense abbatiale de l’Île-Barbe, entre le milieu du XVIe et la fin du XVIIe siècle.

  • 51 G. D. Guyon, « L’abbaye bénédictine Sainte-Croix de Bordeaux et la crise du domaine seigneurial aux (...)
  • 52 Par exemple, noble Jean François Philibert, ex-consul de Lyon, possède « une maison, granges, établ (...)
  • 53 Pour l’appropriation rurale des terres par les bourgeois lyonnais nous renvoyons à M.-T. Lorcin, «  (...)
  • 54 Sur la pratique locative des maisons à Lyon : O. Zeller, « Un mode d’habiter à Lyon au XVIIIe siècl (...)
  • 55 B. Faure-Jarroson, « L’enquête de 1551 sur la sécularisation de l’abbaye de l’Île-Barbe », Le monas (...)

38Un tel phénomène signale très probablement de sérieuses difficultés des seigneurs de l’Île-Barbe à prélever le cens. À titre comparatif, on rappellera qu’à l’abbaye bénédictine Sainte-Croix de Bordeaux, les arrérages étaient si importants à la fin du XVIe siècle que les seigneurs ont volontairement diminué les cens exigés51. Il ne serait pas étonnant qu’on assiste à un phénomène similaire à l’Île-Barbe. Cela indiquerait que les cens étaient appelés à varier selon les rapports de force en présence entre tenanciers et seigneurs. À ce titre, la composition des « dépendants » de la seigneurie de l’Île-Barbe offre peut-être une piste de réponse. Dans le terrier Michel, on dénombre 125 déclarants, dont 35 sont des bourgeois lyonnais ou des membres d’une petite élite, la plupart portant des titres indicatifs d’un statut élevé (sieur, messire, noble, maître). Parmi les bourgeois de Lyon, certains possèdent de riches demeures, qui pourraient être des maisons secondaires, signe distinctif d’une élite urbaine qui tente d’imiter le style de vie fastueux de la noblesse52. Toutefois, la présence de ces individus, particulièrement les marchands, si près du monastère, pourrait aussi indiquer qu’ils agissaient comme agents du monastère. Pour d’autres, la nature des biens suggère plutôt un investissement dans la propriété foncière53. Pierre Escoffier, marchand pelletier et bourgeois de Lyon, possède par exemple trois maisons, qui sont probablement louées54, trois terres, deux vignes, un verger, en plus du moulin dans la mense de l’archidiaconé (liève Turrin, fol. 64r-67r). Dans la mense de l’abbé, ce même Pierre Escoffier possède une autre maison, un autre moulin, quatre terres, une vigne, un tènement de terres et de vignes, de même qu’un jardin situé derrière l’église de Saint-Rambert (terrier Michel, fol. 103v-108r). Cette situation illustre un changement plutôt important par rapport à l’état des déclarants un siècle plus tôt ; au terrier Lovat, on ne dénombre aucun déclarant habitant à Lyon et les seuls titres suggérant un statut élevé des déclarants renvoient à l’élite locale (prévôt, tisserand, tavernier). Par ailleurs, selon l’enquête effectuée à l’occasion de la sécularisation de l’abbaye de l’Île-Barbe en 1551, l’afflux de bourgeois lyonnais, de marchands et d’invités de marque, ainsi que l’essor du pèlerinage à la Vierge constituent des raisons expliquant les demandes des moines de l’Île-Barbe pour que le monastère soit sécularisé55.

  • 56 C. Wickham, « How did the Feudal Economy Work? the Economic Logic of Medieval Societies », Past and (...)

39Ainsi, l’appropriation rurale des terres par les bourgeois lyonnais a certainement bouleversé le rapport de force entre les seigneurs et les tenanciers. De fait, plusieurs tenanciers étaient maintenant lettrés, financièrement aisés et pouvaient appuyer leurs revendications sur un puissant réseau de relations de notables et de hauts fonctionnaires. Or, ce rapport de force est intimement lié à la capacité des seigneurs à effectuer des ponctions sur la terre56. La baisse tendancielle du cens semble donc s’inscrire dans un contexte où l’arrivée d’un nouveau groupe social de tenanciers entre en contradiction avec le rapport de domination seigneurial.

4. Conclusion

40Notre objectif consistait à identifier les variables qui pouvaient exercer une influence sur le prélèvement seigneurial du cens à partir de la documentation de l’Île-Barbe. Nous avons tout d’abord remarqué que dans la paroisse du Bourg, le cens dû à la mense abbatiale était différent de celui dû à la mense du cellérier. Cette dernière privilégie les redevances en monnaie, en gélines, en vin et en huile, au détriment des céréales qui occupent une part tout à fait négligeable, de l’ordre d’environ 4 % des déclarations. À l’inverse, les redevances prélevées pour la mense abbatiale s’appuient grandement sur les céréales : plus de 85 % des déclarations doivent soit du froment, soit de l’avoine. On comprend donc que la nature des exigences est liée à la mense qui les prélève. Plus encore, il semble que cet accent mis sur les céréales témoigne d’une éventuelle stratégie de spéculation frumentaire par la mense abbatiale.

41Par une analyse statistique des terriers Chambonnet, Lovat et Michel, nous avons également pu établir une relative corrélation entre le volume de céréale prélevé par le cens et la superficie des terres, et ce, particulièrement au sein d’un même terroir. Ce lien est d’ailleurs particulièrement net dans le terrier Michel, peut-être à la suite d’un découpage plus fin des parcelles. Cela nous conduit à supposer qu’avant sa fixation, le cens avait été établi selon les rendements céréaliers des terres. De plus, nous avons remarqué une baisse du ratio entre le volume de céréale exigé et la superficie des terres (c/b) entre les terriers Chambonnet (1494), Lovat (1552-1561) et Michel (1687-1692). Cette tendance s’est d’ailleurs confirmée lors d’une analyse diachronique de l’évolution des cens pour les mêmes parcelles. L’étude de cas pour la première déclaration de Claude Prost au terrier Chambonnet couplée à l’analyse en série de quatorze biens repérables dans les deux terriers permet d’affirmer qu’il y a eu une baisse généralisée du cens entre la confection des terriers Chambonnet, Lovat et Michel. Mais cette baisse n’est ni unilatérale, ni de même ordre pour chacun des biens déclarés. Elle semble être le produit d’une négociation au cas par cas, probablement lors des mutations. Elle semble aussi s’inscrire dans un contexte de transformation du groupe des tenanciers, qui se voit investi massivement par un groupe social privilégié de bourgeois lyonnais. L’arrivée de ces derniers a peut-être bouleversé les rapports de forces entre seigneurs et tenanciers.

42Les limites actuelles de cette étude reposent en bonne partie sur l’aspect lacunaire de nos transcriptions. En effet, l’ajout des folios relatifs à Collonges pour le terrier Lovat permettrait certainement d’améliorer notre échantillon pour l’analyse statistique et de faciliter nos études de cas à partir du terrier Michel. Il en va de même pour la prise en compte complète de la liève prise sur le terrier Chambonnet (1494) pour la rente abbatiale (10 G 3183). L’ajout de cette documentation permettrait d’aborder la question sous l’angle d’une analyse régressive massive et permettrait de mieux comprendre les processus d’évolution du cens.

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Notes

1 L. Feller, « Les conversions de redevances : Pour une problématique des revenus seigneuriaux », Calculs et rationalités dans la seigneurie médiévale : Les conversions de redevances entre XIe et XVe siècles, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2009, p. 5-‑25 ; V. Corriol, « Redevances symboliques et résistance paysanne au Moyen Âge. À propos du procès de Berthet de Lessart (1423) », Histoire & Sociétés Rurales, 37, 2012, p. 15-42 ; B. Rabot, « Pour une nouvelle approche du prélèvement seigneurial », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest. Anjou. Maine. Poitou-Charentes. Touraine, 123, 2016, p. 85-112 ; Pour une anthropologie du prélèvement seigneurial dans les campagnes médiévales (XIe-XIVe siècles) : les mots, les temps, les lieux, éd. M. Bourin et P. Martinez Sopena, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2007, 571 p. ; Pour une anthropologie du prélèvement seigneurial dans les campagnes médiévales (XIe-XIVe siècles) : réalités et représentations paysannes, éd. M. Bourin et P. Martinez Sopena, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2004, 700 p.

2 J. Demade, « Le paiement par conversion des redevances seigneuriales dans un village franconien au XVe siècle », L. Feller, éd., Calculs et rationalités dans la seigneurie médiévale : les conversions de redevances entre XIe et XVe siècles, Paris, Publications de la Sorbonne, 2009, p. 27-‑54 ; R. Verdier, « Les terriers en Dauphiné, instruments de la résistance seigneuriale », Terriers et plans-terriers du XIIIe au XVIIIe siècle. Actes du colloque de Paris, 23-25 septembre 1998, éd. G. Brunel et al., Paris, École nationale des chartes, 2002, p. 209-‑212.

3 B. Rabot, « Pour une nouvelle approche », loc. cit., 2016, p. 85-‑112 ; J. Demade, « Propos introductifs », Pour une anthropologie du prélèvement seigneurial dans les campagnes médiévales (XIe-XIVe siècles) : les mots, les temps, les lieux, éd. M. Bourin et P. Martinez Sopena, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2007, p. 313-‑320.

4 Par exemple : Edme de la Poix de Freminville, La pratique universelle pour la rénovation des terriers et des droits seigneuriaux, Paris, Morel, 1746, p. 402-422.

5 M.-T. Lorcin, Les campagnes de la région lyonnaise aux XIVe et XVe siècles, Lyon, Imp. Bosc Frères, 1974, p. 42 et 96.

6 J. Demade, « Propos introductifs », op. cit. n. 3, p. 313-‑320.

7 J.-P. Devroey, Puissants et misérables : système social et monde paysan dans l’Europe des Francs (VIe-IXe siècles), Bruxelles, Académie Royale de Belgique, 2006, p. 435.

8 P. Charbonnier, « La seigneurie auvergnate au miroir des terriers », Terriers et plans-terriers du XIIIe au XVIIIe siècle, op. cit. n. 2, p. 168.

9 J.‐P. Devroey, « Huile et vin : Consommation domestique, prélèvement seigneurial et spécialisation pour le marché », Olio e vino nell’alto Medioevo, Spolète, Presso la Sede della fondazione, 2007, p. 447-‑495.

10 Pour les cotes aux ADR et les titres détaillés, voir la contribution de Didier Méhu dans ce volume.

11 Voir lexique.

12 Terrier Michel, fol. 29v-30r.

13 S. Olivier, « La seigneurie et l’agriculture en Lodévois d’après deux plans-terriers du XVIIIe siècle », Terriers et plans-terriers du XIIIe au XVIIIe siècle, op. cit. n. 2, p. 404-‑407 ; B. Bodinier, « Seigneurs et propriétaires dans la France moderne. L’exemple des campagnes de l’Eure », ibid., p. 302.

14 Le total des biens pour chaque paroisse ne correspond pas à la somme des biens de chaque catégorie, puisque celles-ci ne sont pas mutuellement exclusives.

15 Ce terroir se situe au nord-ouest du Port de Collonges, près de la Fontaine de Cruis.

16 Contra Julien Demade qui y voit plutôt la survivance d’une forme de redevance récognitive, c’est-à-dire symbolique du rapport de domination : J. Demade, op. cit., n. 2, p. 27-‑54.

17 J. Demade, « Du prélèvement à la ponction : Temps du prélèvement et marché des denrées », Pour une anthropologie du prélèvement seigneurial, op. cit. n. 3, p. 321-‑342 ; B. Rabot, « Pour une nouvelle approche », loc. cit., n. 3, p. 94-‑95 ; L. Feller, Richesse, terre et valeur dans l’Occident médiéval : économie politique et économie chrétienne, Turnhout, Brepols, 2021, p. 229-246 (p. 242-243).

18 Terrier Cayet, fol. 86v.

19 Terrier Cayet, fol. 80 v. et 84v.

20 Ancienne mesure de volume désignant le double de la pinte, c’est-à-dire environ deux litres.

21 Liève Turrin, vol III, fol. 407r-408r.

22 Odette Chapelot et Jean Chapelot, « L’artisanat de la poterie et de la terre cuite architecturale : un moyen de connaissance des sociétés rurales du Moyen Âge », Mireille Mousnier, éd., L’artisan au village : Dans l’Europe médiévale et moderne, Toulouse, Presses universitaires du Midi, 2020, p. 87-‑147.

23 B. Rabot, « Pour une nouvelle approche », loc. cit. n. 3, p. 94. Aussi M.-T. Lorcin, Les campagnes de la région lyonnaise, op. cit. n. 5, p. 96.

24 L. Feller, « Les conversions de redevances », loc. cit. n. 1, p. 242-243.

25 Article de D. Méhu dans le présent volume.

26 S. Clavaud et É. Delarbre, « Les terriers de Gelles (Puy-de-Dôme) du XVe au XVIIIe siècle, traitement informatique et exploitation des représentations », Terriers et plans-terriers du XIIIe au XVIIIe siècle, op. cit. n. 2, p. 181-‑186.

27 P. Charbonnier, « La seigneurie auvergnate au miroir des terriers », loc. cit. n. 8, p. 168.

28 Rappelons que les terroirs ne suivent pas les mêmes logiques de découpage territorial que les paroisses, ce qui implique qu’un terroir pouvait se trouver dans plusieurs paroisses. À ce titre, nous renvoyons aux travaux suivants : F. Hautefeuille, « Limites, paroisses, mandements et autres territoires », Cahiers de Fanjeaux, 40, 2005, p. 77-‑82 ; D. Pichot, « Paroisse, limites et territoire villageois de l’Ouest (xie-xiiie siècle) », Écritures de l’espace social : Mélanges d’histoire médiévale offerts à Monique Bourin, éd. D. Boisseuil et al., Paris, Éditions de la Sorbonne, 2019, p. 219-‑235.

29 Edme de la Poix de Freminville, La pratique universelle pour la rénovation des terriers, op. cit. n. 4, p. 416.

30 Ibid, p. 408-410 : « une juste distinction des cens, de la restitution des fruits, ce qui prouve que l’on doit faire la liquidation des grains, pour cens, sur le prix du plus prochain marché des lieux au jour de l’échéance ; du plus beau grain, conformément aux Arrêts & Réglemens, & non sur le commun prix ».

31 L. Feller, « Pauvreté et famines au Moyen Âge », Raison présente, 213, 2020, p. 31-‑41 ; A. Guerreau, « Avant le marché, les marchés : en Europe, XIIIe-XVIIIe siècle (note critique) », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 56-6, 2001, p. 1129-‑1175.

32 Les mesures d’avoine représentent un plus gros volume que celles en blé, car l’avoine est mesurée comble, mais pour le bien de l’exercice, nous considérons cette différence comme négligeable. Le système de mesure pour les céréales demeure complexe et les équivalences ne sont peut-être pas aussi simples que nous les présentons ici. Voir P. Charbonnier, « Rhône », Les anciennes mesures locales du Centre-Est d’après les tables de conversion, Clermont-Ferrand, Presses de l’Université Blaise Pascal, 2006, p. 228-250.

33 Terrier Michel, fol. 8r : « trois coupons et un tiers bled froment mesure grenier du seigneur abbé, les douze faisant le bichet. ». Alain Guerreau note d’ailleurs la stabilité dans le temps du volume de la coupe qui, à Mâcon, équivalait à environ 12,7 l de blé, une mesure similaire à celle de Lyon : A. Guerreau, « Mesures du blé et du pain à Mâcon (XIVe-XVIIIe siècles) », Histoire & Mesure, 3, 1988, p. 163-‑219.

34 P. Charbonnier, « Rhône », loc. cit. n. 30, p. 231 ; aussi, M.-T. Lorcin, Les campagnes, op. cit. n. 5, p. 45.

35 O. Reguin, Anciennes mesures de longueur et de superficie agraires. Mutations et continuité de l’Antiquité romaine au XIXe siècle. Essai de métrologie historique, Thèse de doctorat en histoire, Montréal, UQAM, 2021, p. 242.

36 M.-T. Lorcin, Les campagnes, op. cit. n. 5, p. 45.

37 Pour ce calcul, la fonction CORREL a été utilisée dans le logiciel Libre Office Calc.

38 M.-T. Lorcin, Les campagnes, op. cit. n. 5, p. 17.

39 Nous avons considéré la couperée comme le quart d’une bicherée et la journée d’homme comme le tiers : P. Charbonnier, « Rhône », loc. cit. n. 30, p. 231 ; aussi, M.-T. Lorcin, Les campagnes, op. cit. n. 5, p. 45.

40 Terrier Lovat fol. 110v., voir aussi fol. 75v. et fol. 87r.

41 Cette carte nous a été gentiment founie par Philippe Lambert, qui l’a réalisée dans le cadre de ses recherches.

42 J.-P. Devroey, Puissants et misérables, op. cit. n. 7, p. 410-412.

43 M.-T. Lorcin, Les campagnes, op. cit. n. 5, p. 268-297.

44 « Territoire » est utilisé dans les terriers au sens moderne de terroir, ce qui constitue un régionalisme lyonnais.

45 Terrier Chambonnet, fol. 59v-60r.

46 Rature dans le manuscrit.

47 Terrier Lovat, fol. 69v-70r.

48 Terrier Michel, fol. 87r-v.

49 Terrier Michel, fol. 89r-90r.

50 Je souhaite remercier Didier Méhu pour cette analyse qu’il a rédigée et pour laquelle j’ai effectué assez peu de modifications. J’en profite pour signaler ma gratitude pour ses commentaires et son soutien, sans quoi la rédaction de cet article n’aurait pas été aussi fructueuse ; il en va de même pour mes collègues Maude Trudel, Philippe Lambert et Raphaël Mainguy-Thériault.

51 G. D. Guyon, « L’abbaye bénédictine Sainte-Croix de Bordeaux et la crise du domaine seigneurial aux XVe et XVIe siècles », Revue Mabillon, nouv. sér., 9, 1998, p. 163.

52 Par exemple, noble Jean François Philibert, ex-consul de Lyon, possède « une maison, granges, étables, loge, appartenances, dépendances, jardin, verger, allées, terre, verchere, vigne » (LièveTurrin, fol. 52r-53v). À titre comparatif, on peut observer le même phénomène en Angleterre : S. Halimi, « La maison de campagne, apanage des élites foncières en Angleterre au XVIIIe siècle », Revue de la Société d’études anglo-américaines des XVIIe et XVIIIe siècles, 39-1, 1994, p. 7‑20.

53 Pour l’appropriation rurale des terres par les bourgeois lyonnais nous renvoyons à M.-T. Lorcin, « D’abord il dit et ordonna » : testaments et société en Lyonnais et Forez à la fin du Moyen Âge, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2007 ; Ead., Les campagnes, op. cit. n. 5.

54 Sur la pratique locative des maisons à Lyon : O. Zeller, « Un mode d’habiter à Lyon au XVIIIe siècle : la pratique de la location principale », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 35-1, 1988, p. 36-‑60. Reste à savoir si ces maisons étaient louées « entières » ou si elles étaient subdivisées, comme c’était souvent le cas à Lyon.

55 B. Faure-Jarroson, « L’enquête de 1551 sur la sécularisation de l’abbaye de l’Île-Barbe », Le monastère de l’Île-Barbe et son territoire, rapport du PCR 2017, dir. C. Gaillard, 2017, p. 43-54.

56 C. Wickham, « How did the Feudal Economy Work? the Economic Logic of Medieval Societies », Past and Present, 250, 2021, p. 3‑40.

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Table des illustrations

Titre Graphique 1. Rapports coupons et bicherées calculés à partir de tous les biens du terrier Michel
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Titre Graphique 2. Rapports coupons et bicherées calculés à partir de tous les biens du terrier Michel excepté les maisons
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Fichier image/png, 9,9k
Titre Graphique 3. Rapports coupons et bicherées calculés à partir du terroir de Plantier
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Fichier image/png, 8,4k
Légende Figure 1. Subdivision de la troisième déclaration de Jeannette, fille de feu Barbier, du terrier Cayet (1407) à la liève Turrin (1677-1679)41.
URL http://journals.openedition.org/memini/docannexe/image/2446/img-4.jpg
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Pour citer cet article

Référence électronique

Alexandre Beaudet, « Évolution et composition du cens dans les terriers de l’Île-Barbe (XIVe-XVIIe s.) »Memini [En ligne], 29 | 2023, mis en ligne le 19 décembre 2023, consulté le 17 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/memini/2446 ; DOI : https://doi.org/10.4000/memini.2446

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Auteur

Alexandre Beaudet

Doctorant à l’Université Laval, département des sciences historiques

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Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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