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Dossier

Islamiser la rue : odonymie et idéologie religieuse au Maroc

Islamising the street: odonymy and religious ideology in Morocco
Badr Karkbi

Résumés

Les interactions entre le religieux et l’espace ont alimenté les recherches en sociologie religieuse. En pensant le spirituel à partir du territoire, ce tournant spatial vise à saisir le retour du religieux ou son dépérissement (sécularisation) en le localisant. En déplaçant le curseur vers la ville de Témara au Maroc, cette étude s’intéresse à la nomination des rues et à ses imbrications avec le volet religieux. Dans cette ville satellite de la capitale, plusieurs rues ont été rebaptisées avec des noms qui font référence à des personnalités religieuses importées du Moyen-Orient. Cette odonymie qui véhicule une idéologie religieuse conservatrice produit des effets sur l’espace urbain et lui assigne une symbolique identitaire. À partir d’un dépouillement de la presse écrite et d’une analyse des réseaux sociaux, nous privilégierons une perspective interactionniste qui met en relation la dynamique du conseil communal (2003-2009) et la réaction des habitants du quartier à la nouvelle odonymie. Cet angle permet de penser la rue comme un support de l’hégémonie religieuse et un levier de mobilisation citoyenne.

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Texte intégral

Introduction

1Pièce maîtresse du paysage urbain, la rue joue un rôle fondamental dans notre quotidien et constitue un espace spatial et social élémentaire. À l’intersection des bâtiments, bordée par les propriétés, la rue est un lieu multidimensionnel indispensable pour la circulation. Son ancrage au cœur de la ville fait d’elle un pilier de la vie citadine collective et un point vital dans la mobilité, l’identification et l’accès aux nombreux espaces économiques et sociaux.

2Compte tenu de sa centralité dans l’architecture territoriale, la rue occupe une place non négligeable dans les travaux scientifiques. Dans un travail pionnier, à la suite de la rénovation urbaine des années 1960, la chercheuse américaine Jane Jacobs (1961) accorde une place importante à la rue en tant que composante vitale de l’écosystème urbain. Fonctionnant en synergie avec les autres aspects de la ville – trottoir, bâtiments, quartiers –, la rue retrouve avec Jacobs un dynamisme qui l’extrait de sa stricte fonction informative et postale. Cette conception réductrice de la rue s’est reflétée dans une littérature strictement géographique qui appréhende cet espace à travers ses propriétés physiques où se côtoient les personnes et s’opèrent des rencontres fugaces. Rattrapée par l’économie, la rue est ensuite analysée comme étant un lieu d’activités commerciales renforcé par la floraison de l’économie informelle, ce qui en fait un lieu de proximité attractif pour les passants et les marchands (Garden, 2006).

3Ce regain d’intérêt pour la rue s’inscrit plus largement dans des travaux critiques de l’approche moderniste qui s’intéresse aux formes modernes de l’urbanisme aux antipodes de la vitalité des lieux traditionnels (Jacobs, 1961). Cette séparation entre « le mouvement et le lieu » (Marshall, 2004) a favorisé une contre-réaction académique s’intéressant à la dynamique sociale et politique de la rue qui concentre des dimensions émotionnelles, des aspects nostalgiques et des politiques mémorielles. Ce tournant spatial, renforcé par la consolidation des régimes autoritaires et totalitaires, vise à saisir la rue comme un espace « politique » dans lequel s’opère la lutte pour le pouvoir et se façonnent l’identité et la mémoire nationale. Dans cette perspective, les analyses se sont focalisées principalement sur les noms des rues. Car la rue n’acquiert de sens que grâce au nom qui lui est attribué. L’odonyme est donc un enjeu politique majeur qui mobilise des éléments sémiotiques ancrés dans un espace territorial. Traditionnellement, les noms des rues étaient vernaculaires et renvoyaient soit à l’orientation géographique, soit aux particularismes associés à la topographie de l’histoire locale. La modernisation du régime de dénomination s’est opérée en 1779 après la construction de la place de l’Odéon à Paris (Milo, 1986, p. 287). Cette date est cruciale dans la rupture du lien entre la topographie et l’histoire locale de la rue. Les noms sont de plus en plus universalisés et s’insèrent dans des considérations politiques et symboliques. Cette énonciation sémiotique participe à la production sociale de l’espace à travers les dénominations accolées sur ses plaques. La rue est ainsi un « cadre de relations inter-conscientielles, le lieu d’une activité qui consomme des systèmes de signe » (Choay, 1965, p. 78).

  • 1 Mis à part quelques exceptions notables en France qu’incarnent les travaux de Daniel Milo (1986) et (...)

4Cette conception dynamique de la rue en tant que vecteur idéologique s’est intensifiée dans les années 1990 avec les politiques de « décommunisation » qui ont suivi la chute du mur de Berlin. Rompant avec l’approche conventionnelle de la toponymie urbaine qui réduit la rue à la somme des dénominations qui définissent une ville, une première série de travaux a mis l’accent sur la textualité du paysage urbain en tant que « système signifiant » (Duncan, 1990, p. 17). Dans la lignée de ces travaux, des approches toponymiques critiques inscrivent désormais la dénomination des rues dans le cadre de la justice sociale et de la lutte pour la reconnaissance. Ces travaux tendent à réexaminer les fondements discursifs et idéologiques de l’odonymie et appréhendent la rue comme un marqueur culturel qui diffuse des messages symboliques1.

  • 2 L’étude de Rusu (2021) est une revue de littérature exhaustive de la toponymie urbaine. Le matériel (...)

5Dans cette veine, la rue est ensuite analysée comme le lieu de l’injustice sociale et de la discrimination urbaine, dans lequel se déploient des demandes de visibilité émanant des groupes subalternes. Perçue comme une arène culturelle (Alderman, 2002), la rue est désormais politisée et suscite une littérature qui dépasse le cadre des études urbaines. Les travaux pionniers de Moa Azaryahu (1986) sur la ville de Berlin rendent compte de cette dimension politique intrinsèque aux dénominations et montrent que les changements toponymiques, qui ont servi à inscrire des récits historiques dans l’espace urbain, étaient révélateurs de réorientations idéologiques plus larges au sein de la société. Cette tendance académique s’est accélérée après la « troisième vague de démocratisation » à la suite des changements majeurs survenus dans les anciens États socialistes d’Europe centrale et orientale. Elle coïncide avec le « tournant culturel » observé dans l’ensemble des sciences sociales et humaines (Jameson, 1998). Sous l’impulsion des théories sociales formulées par des intellectuels français tels que Michel Foucault, Jacques Derrida, Michel de Certeau et Pierre Bourdieu, les spécialistes des noms de lieux ont accordé un intérêt croissant à l’enchevêtrement de la dénomination, de l’espace, de l’identité et de la culture (Berg et Vuolteenaho, 2009). Ce renouveau théorique a toutefois marginalisé l’élément religieux dans la construction identitaire de la ville. Dans cet âge séculier où la ville devient le syndrome de l’effacement du sacré (Taylor, 2007), le religieux, chassé et délégitimé, recule sur le plan académique. Si les travaux sur l’urbanisme et le christianisme dans l’espace occidental semblent marquer une avancée académique majeure, Mihai Rusu (2001) observe que l’islamisme demeure l’impensé de la toponymie urbaine. Sur les 121 articles qu’il a analysés2, une seule contribution traite de l’islamisme loin derrière les toponymies en contexte totalitaire (38,2 %), la gestion de la toponymie communiste dans les pays de l’Est 18,26 % et les thématiques impérialistes et décoloniales 17,39 %.

6Cette contribution entend enrichir cet axe de recherche en analysant les interactions entre l’espace et le religieux en contexte marocain. Si plusieurs travaux se sont intéressés à cette dynamique spatio-religieuse au Maroc (Petonnet, 1972 ; Rachik et Tozy, 2007 ; Bellal, 2011 ; Rachik, 2016), l’odonyme demeure un impensé scientifique. Pour mieux saisir cette « territorialisation communautaire » (Saint-Blancat, 2019, p. 8), nous nous intéresserons à la ville de Témara. Cité satellite principale de Rabat, Témara s’est imposée comme une ville intermédiaire et attractive. Bordée au nord-ouest par le littoral atlantique, elle est née dans un milieu rural à vocation agropastorale pour absorber l’urbanisation rapide et vertigineuse de Rabat. Durant le protectorat, les colons y envoient l’excédent de la population et installent des activités industrielles profitant de sa superficie de 270 km2. Initialement promise à une agriculture vivrière, Témara bénéficie aujourd’hui d’une position stratégique qui a attiré plusieurs investisseurs et promoteurs de l’immobilier.

Tableau 1. Évolution de la population de Témara selon le HCP (1960-2014)

Année Nombre d’habitants
1960 13 734
1971 22 233
1982 78 727
1994 130 793
2004 225 497
2014 313 510
  • 3 Du nom du 6e sultan marocain de la dynastie des Saadiens ayant régné ente 1578 et 1603.

7En 2006, plusieurs rues du quartier El Manssour Edehbi3 à Témara ont pris les noms de figures religieuses importés des pays du Golfe. Tout commence après les élections communales du 12 septembre 2003 qui ont porté au pouvoir le Parti de la justice et du développement (PJD) pour un mandat de six ans (2003-2009). Le quartier fait partie de « Témara Sud ». La superficie de ce secteur est de 383 hectares, l’habitat représentant à lui seul 125 hectares. Il comprend également la plus grande partie des industries de la ville qui sont liées aux BTP et se situent entre la voie ferrée et la route nationale (Idlhaj, 2019). Ce secteur inclut toutefois plusieurs terrains libres et des terrains agricoles constituant une zone d’extension importante.

8Cette étude s’appuie principalement sur l’analyse du contenu de plusieurs documents. Nous avons consulté le procès-verbal (PV) de la session ordinaire du conseil communal de 2006 ainsi que le Plan d’aménagement (PA) de la ville de Témara, et des documents émanant d’agences officielles concernant les statistiques sur la ville de Témara (Haut-Commissariat au plan [HCP], Agence urbaine de Skhirat-Témara). Ensuite, nous avons effectué un dépouillement de la presse écrite, en sélectionnant ainsi plusieurs articles écrits en arabe et en français, qui ont relayé les arguments des différents acteurs (membres du conseil communal, acteurs associatifs, habitants). Enfin, nous avons analysé le contenu diffusé sur les réseaux sociaux. Les entretiens informels, les échanges et les témoignages se sont aussi avérés utiles pour la construction de notre étude. Nous avons également effectué plusieurs visites sur notre site d’observation où nous avons fait un inventaire des différentes personnalités qui figurent dans les rues du quartier Mansour Eddahbi et conduit des échanges avec des habitants et un acteur associatif.

9L’article se décline en deux parties. La première s’intéresse au conflit autour de l’espace et des noms de rues dans une perspective historique, juridique et politique. La seconde partie saisit les effets de cette conflictualité symbolique et ses conséquences sur l’engagement citoyen. Loin de rester une question spatiale, l’odonymie contribue à structurer des formes de résistance des habitants qui entendent défendre le quartier.

1. Ordre spatial, ordre moral : le religieux à l’assaut de l’urbain

10L’identité collective est construite et vécue à travers des symboles et des représentations partagées. Cette sociabilité participe de la fabrique d’une mémoire nationale que le pouvoir politique s’approprie et réactualise selon les conjonctures. Or, le monopole du récit officiel est un champ concurrentiel dans sa finalité et sa mise en place. En ce sens, la rue marocaine semble jouer un rôle notable dans la lutte pour l’hégémonie et l’occupation symbolique de l’espace. Par ailleurs, dans un pays où la religion demeure le ciment de la reconnaissance collective, l’inscription du sacré dans le tissu urbain passe également par le nom des rues.

1.1. La rue marocaine et la lutte pour le pouvoir

  • 4 Le parti Al-Istiqlal et l’Union socialiste des forces populaires sont les cas les plus significatif (...)

11La rue marocaine est un support privilégié pour analyser les rapports de force et la lutte pour le pouvoir. Après avoir étendu son influence militaire, le protectorat français installé au Maroc en 1912 a marqué sa domination culturelle par des noms de rues incarnant les traits de la civilisation française (Stendhal, Racine, Saint-Exupéry, etc.). Cette stratégie du maréchal Lyautey a été progressivement remise en cause. Dans les années 1930, des contestations éclatent contre l’usage de la langue française dans les dénominations des rues de Casablanca et réclament la mise en place d’une odonymie en langue arabe pour faciliter le repérage et la mobilité des Marocains (Chakir, 2016). Il a fallu attendre l’indépendance du pays en 1956 pour que ces doléances se traduisent par une nationalisation à la fois physique et sémantique des rues marocaines. Loin de s’apaiser, la controverse autour de l’odonyme s’est accentuée dans la lutte opposant le palais au mouvement national. Alors que le pouvoir en place cherche à légitimer l’État naissant en l’intégrant à l’expérience urbaine, les partis politiques tentent à leur tour d’inscrire leurs figures héroïques au cœur de la ville4. C’est dans ce contexte qu’on peut replacer le discours de feu Mohammed V en 1956 appelant à rebaptiser les rues du Royaume par les noms de martyrs tels qu’Allal Ben Abdallah, Mohamed Zarkatouni, Abdullah Al-Shafchaouni…

  • 5 Polysémique, l’islamisme est un concept à mi-chemin entre l’idéologie et la pratique politique. Dan (...)

12Si cette concurrence symbolique autour de la territorialisation de l’espace était largement séculière, la nouveauté réside dans l’émergence d’un troisième pôle dont l’idéologie revendique le monopole du paysage urbain. Dans un contexte dominé par l’écho de la révolution iranienne, la répression de la gauche marxiste et la crise économique, l’islamisme5 marocain trouve un terreau favorable pour se structurer à la fin des années 1970. Imprégné des idéaux des Frères musulmans et des principes organisationnels légués par Hassan El Banna, ce mouvement social mise sur l’islamisation de l’intégralité des sphères sociales comme assise de l’hégémonie culturelle (Gramsci, 1971). En diffusant horizontalement son idéologie, l’islamisme conçoit une stratégie globale pour l’occupation de l’espace axée sur la « moralisation » de la ville (Al-Anani, 2016, p. 115). En effet, le rapport de l’islamisme à l’espace est très particulier. Étant le lieu où se déploient le plaisir et l’attraction notamment sexuelle, la ville exclut implicitement une portion de la population qui ne dispose pas des moyens pour la jouissance de cette offre urbaine (Dialmy, 1995). Cette exclusion nourrit l’idéologie islamiste qui fournit un modèle d’action collective et « offre une réponse à ceux qui sont atteints par le chômage, ne croient plus à l’éducation moderne […] comme moyen infaillible d’ascension sociale, sont contestés dans leur famille […] ou humiliés » (Leveau, 1979, p. 206).

13Pour reconquérir un espace qui échappe à toute sanction morale, l’inscription du sacré dans le tissu urbain vise à insuffler une authenticité islamique à la ville capitaliste. Dans le cas de Témara, ce processus est plus visible. Cet espace rural s’urbanise progressivement à partir de l’année 1983, quand elle devient une municipalité. Cette promotion urbaine attire plusieurs investisseurs qui bâtissent plusieurs projets. Deux ans après, Témara se dote d’un plan d’aménagement qui reste non homologué par le ministère de l’Intérieur. Ce fonctionnement informel débouche sur une évolution désordonnée et mal maîtrisée. L’absence de cahiers des charges et d’engagements formels interdisant la revente ou la mutation facilite la revente de plusieurs lotissements par les bénéficiaires de reclassements de bidonvilles, ce qui ouvre la voie à la spéculation. Cette dernière permet à l’État d’amortir les tensions sociales et de renforcer les réseaux de notabilité locale en accordant des autorisations de lotissements privés en contrepartie de l’édification des mosquées (Cattedra et Idrissi, 2003). Dans cette équation, les islamistes se sont lancés dans ce processus d’islamisation urbaine en tirant profit de l’existence d’une forte tradition de prise en charge de la mosquée par la communauté (Tozy, 1980) et d’un contexte marqué par l’austérité générée par le Plan d’ajustement structurel, adopté en 1983 sous la pression des instances financières internationales, qui a favorisé la multiplication des actions caritatives.

14La présence des mosquées dans la ville de Témara s’inscrit dans la politique religieuse menée par l’État marocain à partir de 1984. Après les émeutes des années 1980, l’État marocain a utilisé l’espace comme un outil de contrôle et de gestion des contestations sociales. Casablanca devient rapidement le terrain d’affrontement entre les couches populaires et le pouvoir après la hausse des prix des produits essentiels. L’appel à une grève générale lancé par les deux syndicats UMT et CDT dégénère et révèle la nécessité d’une maîtrise musclée de l’espace et de la périphérie. L’appareil sécuritaire agit « dans l’urgence » et décline une conception spatio-militaire qui se traduit par la généralisation des documents d’urbanisme avec l’instauration d’agences urbaines et un découpage administratif marqué par la multiplication d’arrondissements et de commissariats de police. Le monopole exclusif de l’urbanisme par le ministère de l’Intérieur va de pair avec une certaine alliance de contingence vis-à-vis de l’islamisme et la mise en place d’un « fondamentalisme d’État » qui revitalise les symboles de l’islam dans l’espace public. L’efficacité de cette politique est perceptible dans la construction de la grande mosquée Hassan II de Casablanca en 1986. Ce projet titanesque, financé par souscription obligatoire de l’ensemble de la population marocaine (Bras, 1989), montre le succès de la mobilisation autour d’un symbole qui tend à consacrer la légitimité religieuse du monarque en édifiant un haut lieu de piété.

15Cette conjoncture fluide (Dobry, 1992), qui correspond à des transformations des systèmes complexes lorsqu’ils sont soumis à des mobilisations multisectorielles (montée en puissance de la gauche marocaine, crise économique, révolution iranienne), a permis aux islamistes de renégocier l’agencement de l’espace urbain. Ces acteurs privés deviennent des entrepreneurs spatiaux et investissent l’espace de la morale. Chemin faisant, l’islamisme tisse un rapport mythifié avec le temps. Pour faire revivre « l’âge d’or islamique », l’espace physique est perçu par les islamistes comme un support qui revitalise l’histoire et l’inscrit dans le présent de la ville.

1.2. De la légalité juridique à la légitimité politique

16L’odonymie est un acte administratif et politique qui manifeste l’appropriation du domaine public par des organisations qui poursuivent des agendas spécifiques. Strictement encadrée par la loi, la dénomination des rues au Maroc relève du ressort du conseil communal conformément à l’article 92 de la loi organique 113.14 relative aux communes. Après délibérations du conseil communal, les odonymes évoquant un fait historique ou rendant un hommage public doivent obligatoirement être soumis à l’autorisation du gouverneur de la préfecture ou de la province concernées, ou son délégué. Autrement dit, ces délibérations ne sont exécutoires qu’après visa des autorités, dans un délai de vingt jours à compter de la date de leur réception de la part du président du conseil.

17Malgré ce cadrage juridique, l’expérience communale témoigne d’un usage abusif de l’odonyme, qui devient un instrument de commémoration des dirigeants politiques selon des considérations partisanes. Cela explique la fréquence élevée des circulaires émanant du ministère de l’Intérieur pour exhorter les conseils communaux à respecter scrupuleusement la loi en la matière. En 2017, un décret du ministère de l’Intérieur fixe le contenu du système d’adressage communal en distinguant deux catégories. La première est liée aux appellations qui rendent hommage au roi Mohammed VI et aux membres de la famille royale. Les gouverneurs de préfecture ou de province doivent transmettre la demande au ministère de l’Intérieur avant l’attribution de leur autorisation. Pour être recevable, la requête doit être munie d’une copie de l’arrêté communal, d’une note de présentation signée par le président de la commune concernée et accompagnée par les motifs de ce choix, de la carte technique de l’emplacement public et d’un schéma descriptif du lieu accompagné de photographies récentes de l’emplacement. La seconde catégorie est plus extensive et concerne les dénominations qui évoquent un fait historique ou des personnalités jouissant d’une notoriété historique, culturelle et scientifique. Dans ce cas, le président du conseil communal doit faire parvenir au gouverneur de la préfecture ou de la province (après délibérations) un dossier contenant une copie de l’arrêté communal proposant l’hommage public concerné, une note de présentation signée et préparée par le président du conseil communal déterminant le motif du choix de cette attribution, un aperçu historique de la personnalité publique visée par cet hommage, ou de l’événement historique en question. À ce document doivent être joints un schéma détaillé et des photographies de la voie publique ou de l’espace en projet de dénomination.

  • 6 Il a été décidé de baptiser le quartier Massira par des noms de personnalités arabes et mondiales, (...)
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18À Témara, le conseil municipal présidé par le PJD s’est réuni dans sa session ordinaire de 2006 afin d’acter le découpage territorial de la ville en 22 quartiers. Composé de 35 membres, le conseil communal a également décidé la nomination de cinq quartiers de la ville. À la lecture du PV de cette session, voté à l’unanimité par quinze élus, le quartier Mansour Eddahbi se dote d’une dénomination en lien avec « les compagnons du Prophète »6. Deux observations s’imposent à la lecture du PV du conseil. Premièrement, parmi les quinze membres ayant voté cette décision, on constate une forte domination des membres du PJD avec neuf élus. Les six autres membres appartiennent respectivement au Rassemblement national des indépendants7 (RNI : deux membres), au Parti d’indépendance8 (un membre), au Mouvement populaire9 (MP : un membre), au Parti socialiste10 (PS : un membre) et au Parti démocrate national (PND : un membre)11. Deuxièmement, sur les vingt-neuf élus présents lors de la session ordinaire, quatorze membres n’ont pas voté, car « ils se retrouvaient en dehors de la salle au moment du vote ». Ces membres appartiennent à diverses familles politiques qui forment la majorité du conseil. Si la décision votée ne contredit nullement les dispositions en vigueur, le problème s’est posé dans la mise en œuvre des nouvelles dénominations. Alors que les plaques des rues devraient afficher une composante majeure dans l’histoire de l’islam (les compagnons du Prophète), elles deviennent le vecteur de plusieurs figures religieuses controversées venues d’ailleurs.

Figure 1. Odonymie islamo-conservatrice dans les rues de Témara

Figure 1. Odonymie islamo-conservatrice dans les rues de Témara

Photographie de Badr Karkbi.

Tableau 2. Figures religieuses de l’odonymie de Témara en 2006

Pays Figure Vocation
Arabie saoudite Khalid Saoud Lhalibi Professeur de littérature contemporaine à la faculté théologique d’Al-Ahssae
Hussein Ben Mohamed Echammer Chef du département chargé de la direction des mosquées et des projets caritatifs
Hamad Adahlouss Prêcheur et imam de mosquée
Khalaf Al-Anzzi Prêcheur et imam de mosquée
Khalid Al-Jabir Prêcheur et chirurgien
Khaled Hammoudi Prêcheur
Mahir Al Muaiqly Prêcheur et récitateur du Coran
Égypte Ahmed Annakib Professeur de théologie à l’université Manssoura
Ahmed Farouk Prêcheur et imam de mosquée
Ahmed Ibnou Saydeh Prêcheur
Hamed Abdelhamid Prêcheur
Koweït Khaled Al-Sultan Prêcheur
Bechr Albichr Prêcheur
  • 12 Né le 9 octobre 1906 dans le village de Müsha à Assiout en Haute-Égypte, Sayed Qutb a grandi dans u (...)

19L’analyse de cet inventaire montre la prédominance de deux pays : l’Arabie saoudite et l’Égypte. Ce positionnement géographique s’explique par les idéologies connexes à l’islamisme que véhiculent ces deux pays, à savoir le wahabisme et le frérisme. Composé dans ses débuts de nouveaux entrants ne jouissant d’aucune expérience réelle, l’islamisme marocain s’est rapidement tourné vers les idéaux de Sayed Qutb12 et le wahhabisme afin de pallier l’absence d’une production intellectuelle marocaine et de contrecarrer l’opposition traditionnelle de l’époque de type marxiste-léniniste. Le marxisme, très présent sur les campus des universités, a fortement contribué à la formation des militants politiques en introduisant une prise de conscience parmi les couches populaires des injustices structurelles et de la nécessité de l’option révolutionnaire.

20Bien que la présence du wahhabisme soit ancienne au Maroc, elle se manifeste particulièrement après la révolution iranienne de 1979. La fascination idéologique du chiisme, l’accueil par Hassan II du chah d’Iran et la position iranienne vis-à-vis de la cause du Sahara occidental alimentent la rivalité entre les deux pays. Ainsi, l’État marocain trouve dans le wahhabisme un allié stratégique. Au Maroc, l’idéologie wahhabite profite désormais des canaux officiels et d’une circulation massive pour s’implanter. Le centre culturel saoudien basé à Rabat a joué un rôle moteur en distribuant gratuitement les livres et les cassettes des prêcheurs radicaux et le recueil d’Ibn Taymiya composé de 34 tomes. Dans les années 1980, c’est Abdelkarim Khatib qui préside l’Association pour la promotion du jihad afghan (Hmimnat, 2018, p. 340). Cette figure n’est pas anodine puisqu’il va parrainer la fusion du PJD avec son parti, le Mouvement populaire démocratique et constitutionnel (MPDC), facilitant la normalisation des islamistes dans le jeu politique.

  • 13 La Chabiba (association de la jeunesse) est créée en 1969 par Motii et Ibrahim Kamal. Le mouvement (...)

21À la faveur d’un mouvement social13, le PJD se renforce après les élections législatives de 1997 et la tonalité radicale est de plus en plus explicite dans son discours. Dans les travaux de son groupe parlementaire, le parti avait déclaré qu’après deux ans de soutien (1998-2000), le conseil national du PJD décidait d’assister le gouvernement par des avis et de le soutenir dans les limites des « principes islamiques ». À partir des années 2000, le PJD passe à l’opposition, qu’il qualifie de « pieuse ». Le parti considère que l’action du gouvernement est défaillante, et ne respecte pas la charia islamique (PJD, 2001, p. 2, cité dans Himeur, 2009, p. 179). Or, les attentats de Casablanca changent la donne. L’enjeu sécuritaire mêlé aux considérations touristiques (le tourisme représentant 7 % du PIB national selon les données du HCP) va resserrer l’étau autour du parti qui est pointé du doigt pour ses possibles implications dans les actions terroristes. À défaut de diffuser un discours officiel conservateur, désormais considéré comme « terroriste », la moralisation de l’espace public privilégie d’autres vecteurs. Dans ce sens, la rue apparaît comme un moyen de promouvoir des prédicateurs a priori « pieux et vertueux » en les intégrant dans l’histoire de l’islam :

  • 14 Déclaration de Moh Redjali, président du conseil communal de Témara et membre du PJD. En ligne : <h (...)

La décision a été prise par l’ensemble des partis politiques formant le conseil, y compris ceux de l’opposition. Tout le monde était d’accord sur ces noms et aucun problème ne s’est posé lors de la session ordinaire. Dans notre histoire, le salafisme n’a pas toujours été violent. On a des personnalités scientifiques qui ont fait le rayonnement de notre civilisation.14

  • 15 Déclaration de Kamal Karim Eddine, membre du Parti du progrès et du socialisme (PPS). En ligne : <h (...)
  • 16 En ligne : <https://adare.ma/?p=13302> (consulté le 23 mars 2026).

22Le rappel de la collégialité dans la prise de décision permet au président du conseil de légitimer la nouvelle odonymie, afin qu’elle soit socialement acceptée par tous les groupes sociaux et toutes les sensibilités politiques. L’ampleur de la polémique révèle les divisions au sein du conseil à ce sujet. L’opposition dénonce une instrumentalisation des noms des compagnons du Prophète au profit des prêcheurs étrangers15. Afin de normaliser ces dénominations, le président du conseil communal nuance son ampleur en évoquant des « erreurs »16 dans la mise en place des noms des rues par l’agence chargée de ce travail. Dans une autre déclaration, le président du conseil communal reconnaît avoir agi dans l’urgence vu le manque d’odonymes dans le quartier, ce qui a nécessité l’ajout de « noms facultatifs ». Les propos du président du conseil visent à dépolitiser les dénominations des rues en les situant dans un registre « neutre » et « technique ». Or, comme l’observe Michel de Certeau (1985), « nommer les rues en se référant aux personnages réels signifie que les noms cessent d’être propres. Ils deviennent des choses distinctes des lieux qu’ils étaient censés définir et se transforment en lieux de rencontres imaginaires » (p. 140). Inscrites sur les plaques de la rue de Témara, ces figures religieuses participent à la création d’un sens urbain en devenant des « coacteurs » de l’espace. En effet, ces prêcheurs venus d’autres horizons géographiques se canonisent dans un processus à la fois spatial et politique. Partant, ils s’autonomisent du cadre géographique dans lequel ils s’identifient et s’exportent dans le discours social local. Les noms se détachent de leur milieu d’origine et revêtent un autre sens qui s’insère dans l’espace et devient une référence culturelle. Ce déplacement sémantique des noms locaux et des personnalités nationales vers le Moyen-Orient bouleverse le cadre référentiel des habitants. L’onomastique cache ainsi une structure d’autorité et étaye l’ordre socio-politique en associant la mémoire nationale à la géographie urbaine.

23L’écriture urbaine de l’histoire va de pair avec la canonisation civique d’une certaine vision du temps que les rues vont porter pour une longue durée. Ce type de dénomination commémorative tend ainsi à transformer l’histoire en géographie localisée et rend le passé « tangible et intimement familier » (Azaryahu, 1996, p. 321). Ce processus de remodelage du paysage urbain délimite également les frontières entre un passé choisi et un futur souhaité et érige des frontières « sémiotiques » dans le paysage urbain visant à produire un sens religieux de la ville (Paasi, 1998). Sélectif, le présent s’inscrit désormais dans les rues du quartier qui fonctionnent comme un texte officiel qui commande le futur et oriente le devenir de la ville. D’un point de vue sémiotique, chaque signifiant (nom de rue) sert à représenter un référent particulier (la rue) dans un système de signification (le texte de la ville). Vu sous cet angle, le texte de la ville fonctionne comme un système d’orientation spatiale dans lequel chaque nom de rue acquiert une double signification à la fois intertextuelle et relationnelle. À travers l’odonyme, la production de la ville en tant que texte réorganise le paysage urbain en le dotant d’une forte charge sémiotique. Cette reconfiguration du quartier par des rues qui honorent la mémoire de prêcheurs étrangers facilite l’ancrage des récits historiques dans les espaces de la vie quotidienne et standardise ce qui doit être rappelé aux passants comme aux habitants (Ferguson, 1988).

24Cet aspect normatif que consolide le régime de dénomination produit également des effets à long terme dans la mesure où la rue devient un vecteur de socialisation. La fonction circulatoire de la rue contribue à relayer ces noms dans l’espace extensif de la ville plus large et légitime leur présence au quotidien et leurs inscriptions au cœur de l’urbanité. L’adresse postale, constitutive de la modernité urbaine, agit comme un support identitaire qui accompagne le résident tout au long de sa vie. Ainsi, le régime de dénomination spatial ambitionne de façonner une nouvelle identité pour les habitants. La « quotidiennisation » de ces personnalités au sens wébérien du terme et leurs banalisations dans l’espace consolident un statut d’autorité pour des personnalités a priori ordinaires mais dont l’usage répété et routinier crée un territoire familier qui se démarque du territoire national. Cette « puissance émolliente » du quotidien (Bégout, 2005) intègre ces figures dans l’espace rhétorique du paysage urbain et reproduit un éthos religieux ancré dans l’espace (Palonen, 2018). Incorporées et réitérées dans les pratiques linguistiques populaires, elles deviennent une composante identitaire du quartier qui se transforme en espace commémoratif construit sémiotiquement.

2. Se réapproprier l’espace : défense du quartier et mobilisation citoyenne

25La toponymie n’est pas réductible aux seuls processus de dénominations officielles. Dans cette partie, il s’agit de mettre l’accent sur la réception des noms de la rue par les habitants ainsi que les formes de résistance manifestes et latentes à l’œuvre dans la ville de Témara. Ces dénominations religieuses, constitutives d’une stratégie plus vaste visant à islamiser l’espace citadin, ont suscité une vive opposition dans le quartier Mansour Eddahbi, ce qui témoigne parallèlement des effets des transformations urbaines dans la mise en place d’une nouvelle conscience citoyenne.

2.1. Peur de « l’anonymat » et affirmation identitaire

26La prise de parole des habitants du quartier en 2020 témoigne de la transformation du paysage urbain de la ville. De première cité satellite de Rabat, Témara est devenue une ville intermédiaire qui attire de nouveaux ménages et abrite une nouvelle classe moyenne composée majoritairement de fonctionnaires et de professions libérales.

Figure 2. Catégories sociales des ménages à Témara en 2014

Figure 2. Catégories sociales des ménages à Témara en 2014

Pour la définition de la classe moyenne en contexte marocain, nous nous appuyons sur les données du HCP. La classe moyenne supérieure détient un revenu dépassant la moyenne nationale (5 308 dirhams / 538 euros). La classe moyenne inférieure détient un revenu inférieur à la médiane nationale (3 500 dirhams / 350 euros). Ces revenus mensuels restent toutefois au-dessous du coût de vie réel dans l’agglomération de Rabat.

Source : BET diagnostic d’établissement PA de la commune de Témara de 2014.

27Ce réaménagement urbain, faisant du quartier un point stratégique de la ville et un espace hautement convoité sur le plan de l’immobilier, produit également une identité sectorielle qui se traduit par l’expression d’une certaine « fierté d’habiter ce quartier ».

J’ai honte que mon quartier [Mansour Eddahbi] soit nommé de cette manière. Nous voulons des noms plus appropriés qui font référence à notre histoire marocaine. On est à Témara quand même. (Entretien du 17 juillet 2020 avec une résidente du quartier Manssour Dahbi)

28En effet, longtemps perçue comme une « annexe » de Rabat, un dortoir pour les fonctionnaires de la capitale, Témara s’affirme désormais comme une ville à part entière. L’autonomisation symbolique vis-à-vis de la capitale se reflète dans l’espace physique du quartier qui cherche à son tour à protéger une certaine identité nationale :

On nous a mis des noms carrément étrangers dont on n’a jamais entendu parler. J’aurais aimé voir dans ce beau quartier des noms marocains qui ont fait et donné des choses pour notre nation. Des noms qu’on connaît et qu’on aime et qui sont plusieurs. (Entretien du 10 août 2020 avec une résidente du quartier)

29Ce témoignage est révélateur de l’importance qu’accorde la classe aisée à l’aspect « esthétique ». Les noms des rues sont jugés selon des critères normatifs (beauté/laideur). Pour cette nouvelle classe sociale sensible aux apparences, les rues sont aussi le lieu de l’embellissement et le reflet de l’augmentation du capital social. La revendication de noms marocains historiques, bien qu’elle confirme un sens patriotique de cette catégorie sociale, contribue aussi à adosser une dimension intellectuelle constitutive du capital social (Bourdieu, 1979). Ces goûts individuels se sont mus en « habitus collectif » lors de la crise sanitaire du Covid-19. Les mesures strictes du confinement décidées par les autorités locales ont contraint les résidents à se tourner vers les livraisons et les commandes en ligne. C’est à ce moment que beaucoup d’entre eux découvrent la sémiotique des rues de leur quartier. D’abord intrigués par les noms, les habitants cherchent les figures précitées sur Internet. Les conversations se poursuivent sur les réseaux sociaux où les résidents constatent de plus en plus l’étrangéité de ces personnalités dépourvues de « passé héroïque » :

Les rues sont faites pour commémorer les grands noms qui ont fait des choses pour la nation et qui sont connus. Nos enfants peuvent nous demander de leur parler d’un nom qui figure dans la rue à côté de nous mais on ignore complétement qui il était. (Entretien du 10 août 2020 avec une résidente du quartier)

30Cette démarche caractéristique d’une classe sociale instruite est centrale dans la mobilisation citoyenne. Les débats autour d’un sujet banal participent de la mise en place d’une solidarité résidentielle et d’un nous collectif. Loin d’être un cadre passif réduit à un ensemble d’espaces et de flux abstraits, la rue est aussi le canal d’une émotion, d’une mémoire et d’un sentiment d’appartenance (Caliendo, 2011). De plus, n’ayant pas été consultés lors du choix des noms de leurs rues, les habitants dénoncent le caractère autoritaire et exorbitant de la décision. Cet aspect observable dans plusieurs contextes internationaux (Olaniyi, 2024) est un point intéressant dans les politiques onomastiques. En effet, l’habitant ne choisit pas le nom de la rue dans laquelle il va vivre. C’est au gré d’un processus d’accommodement qu’il doit s’adapter et intérioriser la charge sémantique de sa rue. Or, selon ces nouveaux résidents, une consultation par le conseil communal était nécessaire pour connaître leurs avis sur ces dénominations controversées.

31Ce droit à la visibilité s’inscrit également dans le sillage de la « démocratie participative » promue par le nouveau texte constitutionnel de 2011. Bien que l’expérience des motions et des pétitions soit encore timide au niveau national17, plus de 160 personnes ont signé une pétition sur le site Avaaz pour « retirer ces noms et les remplacer par ceux se référant à la mémoire historique nationale et locale et présenter un ensemble de suggestions de personnalités et de symboles de la pensée, de l’art, du sport ainsi que des hommes de la résistance marocaine ». Pour les pétitionnaires, « la décision du conseil communal de Témara de donner des noms étrangers à un certain nombre de rues et de ruelles de la ville a contrarié plusieurs acteurs et citoyens. Les noms de ces personnalités n’ont aucun lien ni avec la patrie, ni avec l’histoire locale de la ville et son patrimoine historique »18. Les figures étrangères à l’identité nationale importées dans le quartier contribuent à accentuer le sentiment de rejet chez les habitants. Ce faisant, un régime spatial inclusif est perçu par cette catégorie sociale comme un moyen de reconnaissance symbolique qui leur permet de retrouver un moi auxiliaire et une image positive de soi que ne sauraient ébranler leurs vulnérabilités et leurs misères économiques. La vitalité de la rue se matérialise également dans ses fonctions pragmatiques de repérage. En effet, les noms des rues rendent la ville géographiquement intelligible. Le problème posé dans le quartier Mansour Eddahbi est que les nouveaux odonymes contredisent les dénominations inscrites dans les documents officiels. Cette contrainte administrative s’exprime particulièrement dans l’obtention des attestations de résidence. Cette dualité toponymique pose également des problèmes de transport au quotidien. Les nouveaux noms des rues sont très déroutants, en particulier pour les chauffeurs de taxi, qui ont du mal à s’y retrouver après l’enlèvement des plaques des rues du quartier (entretien du 14 mai 2024 avec un chauffeur de taxi à Témara)19.

Figure 3. Enlèvement des plaques dans les rues du quartier Mansour Eddahbi

Figure 3. Enlèvement des plaques dans les rues du quartier Mansour Eddahbi

Photographie de Badr Karkbi.

2.2. La rue comme catalyseur de la discrimination urbaine

32La politique des dénominations des rues produit des effets sur toute l’architecture urbaine et façonne son identité. Cette stratégie n’est pas toujours appréciée. Outre la résistance des résidents, l’odonyme religieux a mobilisé une sphère plus large de la société allant des associations civiques à l’échelle locale aux intellectuels et aux défenseurs des droits humains au niveau national. L’expansion de cette opposition à l’échelle de tout le territoire s’explique dans un premier temps par le poids des réseaux sociaux qui relayent en masse les images des rues « islamisées » et participent à l’objectivation d’un fait divers et à sa construction en tant que « problème public » (Hassenteufel, 2011)20.

  • 21 La première vague du féminisme au Maroc date des années 1940. Lorsque cette expérience féministe li (...)

33Cette mise en visibilité d’une controverse locale contribue à politiser cette « affaire » en impliquant des acteurs tiers comme les médias, les associations des droits de l’homme et les mouvements progressistes. Ces derniers, en s’indignant contre le prisme théologique des rues, s’attachent à asseoir un espace séculier et décommunautarisé du vivre-ensemble. Dans le sillage de cette « contre-hégémonie », la mobilisation s’est articulée autour de deux registres : le genre et la langue. Le premier concerne la place des femmes dans l’espace public. Les dénominations des rues établies par le conseil communal comportent une forte dimension patriarcale. L’absence des femmes de la nouvelle odonymie, observable dans d’autres contextes européens (Rusu, 2022), renforce leur discrimination dans la ville. Partant, la rue devient le support d’une masculinité triomphante qui exclut les femmes et légitime la domination patriarcale. Ce processus d’invisibilisation des femmes dans les diverses intersections de l’espace matériel du quartier est aux antipodes de la politique égalitaire que consacre la nouvelle constitution de 2011 et l’ampleur du féminisme qui pénètre les différentes sphères de la société21.

34C’est dans cette perspective qu’il convient de situer les revendications de plus en plus plébiscitées d’une « odonymie féministe » qui redonne à la femme sa place légitime dans l’espace public. En témoigne l’action symbolique du collectif Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI) qui a rebaptisé les rues de la capitale des noms de grandes dames de l’histoire du Maroc et de l’humanité. L’inscription de ces figures féminines au cœur des rues de Rabat entérine cette contre-hégémonie civile qui vise à se réapproprier l’espace physique dont la rue constitue le centre de vie et l’élément culturel majeur. Les arguments convoqués inscrivent la lutte identitaire au cœur de la construction urbaine. Dans son communiqué, le collectif MALI estime que « les femmes ont de tout temps été exclues de l’espace public pour être confinées dans un espace domestique, encouragées à l’effacement […]. Il s’agit de rétablir un équilibre là où on constate une injustice, les femmes ne bénéficiant pas du même accès aux espaces publics »22.

35Le second registre se rapporte à la question linguistique. Plusieurs travaux ont montré l’acuité de cet aspect dans les nations polarisées et multilinguistiques (Jones et Merriman, 2009 ; Bigon et Dahamshe, 2014). La dénomination des rues du quartier Mansour Eddahbi en langue arabe et française a suscité la colère des activistes amazighs qui dénoncent une exclusion explicite d’une composante identitaire forte du Royaume. Pour Ahmed Assid, activiste amazigh et défenseur des libertés individuelles :

Cette onomastique contredit les dispositions constitutionnelles qui reconnaissent la langue arabe et amazighe comme les deux langues officielles du pays. Mais ceci se comprend par l’éthos conservateur de ces personnes qui étaient contre la reconnaissance de la langue amazighe et l’usage du tifinagh dans les documents officiels. (Entretien avec Ahmed Assid)

36La marginalisation de l’identité amazighe dans l’onomastique urbaine n’est pas nouvelle. Elle prolonge une dynamique postcoloniale qui a fait de la référence à l’arabité la seule formule légitimée et acceptée par le pouvoir et manifeste « son ancrage dans la sphère arabo-musulmane » (Boujrouf et Hassani, 2008). Ce n’est qu’à partir des années 1990, après la réforme territoriale, que la toponymie amazighe est réhabilitée sur fond d’ouverture politique et de réponses positives aux doléances de l’opposition. Cette lutte symbolique pour la reconnaissance trouve son paroxysme dans la controverse opposant la mouvance amazighe au conseil municipal dirigé par le PJD à Agadir. Dans cette ville balnéaire, une quarantaine des rues ont été dénommées par des noms de villes palestiniennes dans le quartier Al-Quds (Gaza, Bethléem, Rafah, Naplouse ou encore Haïfa). Ces dénominations ont alimenté des tensions quant à leur caractère doublement discriminatoire. D’abord, l’arabisation des rues d’Agadir participe de la hiérarchisation symbolique des langues et réactive la cause panarabiste dans une ville considérée comme le haut lieu de la culture amazighe. Ensuite, ces dénominations font du quartier le vecteur d’une cause étrangère au détriment de l’histoire locale et nationale.

Conclusion

37En définitive, l’odonymie de la ville de Témara s’est avérée un terrain fertile pour saisir les interactions entre les dynamiques spatiales et religieuses. Si l’islamisme en tant que phénomène urbain a suscité une littérature considérable, la rue demeure un espace marginalisé dans les travaux académiques. À partir du cas paradigmatique du quartier Mansour Eddahbi, nous avons tenté de saisir les dimensions idéologiques et politiques de l’odonymie. Cet acte administratif qui relève des compétences du conseil communal présidé par le PJD (2003-2009) s’est traduit par la mise en place de noms de figures religieuses connues pour leurs positions radicales. Cette décision a suscité une vive controverse entre les membres du conseil qui dénoncent une falsification du PV consistant à commémorer les noms des compagnons du Prophète. Au-delà du niveau administratif, l’analyse de cette affaire révèle également une dimension symbolique forte. Cette odonymie à tonalité religieuse tend à sacraliser le quartier et participe à la création de frontières physiques et temporelles au sein de ses rues. Ce glissement significatif de l’espace matériel vers l’espace sémiotique renouvelle la conception passive de la rue comme moteur de la construction identitaire urbaine. Ce processus se heurte néanmoins aux effets de réception qui ne sont pas toujours positifs. La résistance observée dans le quartier Mansour Eddahbi témoigne des effets de la transformation urbaine et sociale sur la configuration du paysage urbain. Cette résistance citoyenne a contraint les autorités à faire retirer les plaques. L’intervention du ministère de l’Intérieur redéfinit ainsi « les frontières du tolérable concernant les usages de la rue » (Albert-Blanco, 2022) et tente de se réapproprier par le droit l’espace communautarisé. À la légitimité religieuse, l’État entend opposer la légalité juridique et garantir l’ordre public.

38Si cette affaire remonte à 2006, on peut observer une certaine continuité de ces pratiques après le triomphe électoral à l’échelle nationale du parti post-printemps arabe. Bien que le ministère de l’Intérieur ait cadré strictement les dénominations des rues, les conseils communaux tentent toujours de monopoliser la rue comme un espace hégémonique. En témoigne la dénomination de quatre rues stratégiques dans la ville de Casablanca par le nom d’Abdellah Baha, membre du parti et mort dans des circonstances tragiques en 2014. À Salé, autre ville satellite de la capitale et fief de l’islamisme marocain, une rue porte le nom d’Abdelkrim Khatib. À Tanger, Sayed Qutb figure dans une rue principale. Ces dénominations ont eu lieu pendant le mandat politique (2015-2021) où le PJD a présidé les communes de plusieurs grandes villes dont Casablanca et Tanger. Elles réactivent un imaginaire théologique de façon permanente et multiscalaire.

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Annexe

Liste des abréviations

BET : Bureau d’étude technique

BTP : Bâtiment et travaux publics

CDT : Confédération démocratique du travail

HCP : Haut-Commissariat au plan

MALI : Mouvement alternatif pour les libertés individuelles

MP : Mouvement populaire

MPDC : Mouvement populaire démocratique et constitutionnel

PA : Plan d’aménagement

PI : Parti d’indépendance

PJD : Parti de la justice et du développement

PND : Parti démocrate national

PS : Parti socialiste

PV : Procès-verbal

RNI : Rassemblement national des indépendants

UMT : Union marocaine du travail

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Notes

1 Mis à part quelques exceptions notables en France qu’incarnent les travaux de Daniel Milo (1986) et Pierre Nora (1995), l’emprise de la langue anglaise sur le milieu académique a conduit au déclassement des travaux rédigés dans des langues étrangères et relevant d’autres aires géographiques que l’Europe.

2 L’étude de Rusu (2021) est une revue de littérature exhaustive de la toponymie urbaine. Le matériel empirique est composé d’articles scientifiques exclusivement anglophones, évalués par des pairs et publiés dans des revues universitaires appartenant au domaine des sciences sociales et humaines et inscrites dans la base de données Scopus.

3 Du nom du 6e sultan marocain de la dynastie des Saadiens ayant régné ente 1578 et 1603.

4 Le parti Al-Istiqlal et l’Union socialiste des forces populaires sont les cas les plus significatifs dans cette entreprise de commémoration sémantique en exaltant des figures telles que Hashemi Filali, Omar Benjelloun et Mehdi Ben Barka.

5 Polysémique, l’islamisme est un concept à mi-chemin entre l’idéologie et la pratique politique. Dans cet article, nous l’appréhendons comme une expression identitaire qui systématise le recours à un islam méta-social, hyper-normatif et conservateur, en le naturalisant, c’est-à-dire en le banalisant dans la conscience musulmane (Seniguer, 2014, p. 8).

6 Il a été décidé de baptiser le quartier Massira par des noms de personnalités arabes et mondiales, le quartier Wifak par des noms en référence à l’éthique, le quartier Ennahda par des noms des personnalités marocaines et le quartier Averroès par des noms de personnalités féminines.

7 Parti politique centriste créé en 1978 par Ahmed Osman, Premier ministre entre 1972 et 1979 et ex-président de la Chambre des représentants entre 1984 et 1992. En juin 1977, lors des élections législatives de 1977, les candidats indépendants ont obtenu la première place avec plus de 141 parlementaires. Les indépendants se sont alors regroupés dans un parti politique : le RNI.

8 Parti créé en 1943 par un groupe de jeunes nationalistes menés par Allal El Fassi. D’obédience conservatrice, il est l’héritier du Comité d’action marocaine et du Parti national. Il s’agit du principal parti du Mouvement national qui a œuvré pour l’indépendance du Maroc.

9 Parti de sensibilité amazighe et à fort ancrage rural créé en 1957 par Mahjoubi Ahderdane, Dr Abdelkrim El Khatib, Benabdallah Waggouti. Son programme était articulé autour de deux axes : la défense de la monarchie et la lutte contre « l’hégémonie » du Parti de l’Istiqlal (PI).

10 Parti de gauche créé en 2006 par Abdelmajid Bouzoubaâ, ancien secrétaire général du parti du Congrès national Ittihadi (CNI). Il est né d’une scission de l’Union socialiste des forces populaires (USFP). En 2013, il fusionne avec ce parti.

11 Parti créé en 1981 par Arsalane Aljadidi, ancien responsable du syndicat des phosphatiers et plusieurs fois ministres. Cofondateur du RNI, il ne supporte pas la « suprématie » des citadins dans la direction du parti. Il forme un groupe parlementaire avant de faire scission et de créer son propre parti. Il est rangé du côté des « partis administratifs ». Pour un aperçu global de la scène partisane au Maroc, voir le Dictionnaire historique des partis politiques marocains de la Fondation Konrad Adenaeur paru en 2022.

12 Né le 9 octobre 1906 dans le village de Müsha à Assiout en Haute-Égypte, Sayed Qutb a grandi dans un environnement traditionnel et conservateur. Après avoir terminé ses études secondaires en 1929, il a fréquenté l’institution de formation des enseignants Dar al-Ulum, une institution concurrente d’Al-Azhar. Une fois diplômé en 1933, il enseigne pendant six ans avant d’occuper divers postes au ministère de l’Éducation, où il est resté jusqu’en 1952, peu après le renversement de la monarchie par Nasser. Après une mission aux États-Unis en 1948 pour enquêter sur le système éducatif et se familiariser avec les pratiques américaines de l’enseignement, il retourne en Égypte et devient le théoricien des frères musulmans après la mort de Hassan El Banna. Il publie Jalons sur la route, un pamphlet dans lequel il théorise des concepts de la guerre sainte.

13 La Chabiba (association de la jeunesse) est créée en 1969 par Motii et Ibrahim Kamal. Le mouvement se caractérise par une double structure, un groupe clandestin constitué en 1969, et une association légale autonome en 1972. Après l’assassinat de la figure du socialisme marocain Omar Benjelloun en 1975, la Chabiba s’est dispersée en plusieurs organisations qui divergent quant aux modalités d’actions. Al Moujahidoun par exemple, installé à l’étranger, adopte la violence comme moyen de militantisme (attentat à l’hôtel Asni à Marrakech en 1994). La Jama’a islamiya ou l’Alternatif civilisationnel (al-Badil al-Hadari), plus modérés, regroupent les leaders historiques de la Chabiba comme Ibrahim Kamal et Mostapha Moatassim, de tendance plus légaliste. La Jama’a islamiya abrite également des doctrinaires connus par des écrits modérés, à l’instar de Mohamed Yatim et Saad Eddine el Othmani.

14 Déclaration de Moh Redjali, président du conseil communal de Témara et membre du PJD. En ligne : <https://www.leconomiste.com/flash-infos/temara-chasse-les-noms-des-salafistes-de-ses-quartiers> (consulté le 23 mars 2026).

15 Déclaration de Kamal Karim Eddine, membre du Parti du progrès et du socialisme (PPS). En ligne : <https://fr.le360.ma/societe/video-scandale-des-rues-aux-noms-de-salafistes-radicaux-temara-fustige-le-comportement-du-depute-215595/> (consulté le 23 mars 2026).

16 En ligne : <https://adare.ma/?p=13302> (consulté le 23 mars 2026).

17 Sur ce point, voir Colin, F. (2023), « Institutional Petitions in Morocco: Opportunities and Challenges of Claiming Rights in Participatory Arenas », British Journal of Middle Eastern Studies, 50, 2, p. 486-500.

18 En ligne : <https://fr.al3omk.com/10758.html> (consulté le 23 mars 2026).

19 En ligne : <https://h24info.ma/maroc/apres-polemique-les-rues-de-temara-ne-portent-plus-les-noms-de-cheikhs-salafistes/> (consulté le 23 mars 2026).

20 Voir ici les réactions des habitants sur Facebook : <https://web.facebook.com/Le360.ma/posts/les-habitants-de-lolm-souissi-d%C3%A9noncent-cet-acte-scandaleux-/2012436912243428/?_rdc=1&_rdr#> (consulté le 23 mars 2026).

21 La première vague du féminisme au Maroc date des années 1940. Lorsque cette expérience féministe liée aux partis politiques s’est essoufflée, les femmes syndicalistes ont pris en charge la lutte avec la création, en 1960, de la première organisation indépendante de femmes : l’Union progressiste des femmes marocaines. Cette instance est affiliée à la première centrale syndicale marocaine, l’Union marocaine du travail (UMT). Ce n’est qu’au milieu des années 1980 que la deuxième génération des féministes s’est constituée. Cette période correspond à l’avènement du féminisme séculier composé essentiellement par des militantes de partis de gauche, pour la plupart des femmes marxistes. Dix ans plus tard apparaît le féminisme islamique comme une réalité nouvelle qui a émergé dans le feu de la crise idéologique des années 1990 sur la question de la femme. Représenté d’abord par des organisations d’obédiences islamiques (Justice et bienfaisance et le PJD), ce « jihad genré » selon l’expression d’Amina Wadud est porté par la suite par des universitaires.

22 En ligne : <https://fr.hespress.com/55483-m-a-l-i-rebaptise-des-rues-du-quartier-hassan-des-noms-de-figures-feminines-marocaines.html> (consulté le 23 mars 2026).

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Odonymie islamo-conservatrice dans les rues de Témara
Crédits Photographie de Badr Karkbi.
URL http://journals.openedition.org/metropoles/docannexe/image/13291/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 503k
Titre Figure 2. Catégories sociales des ménages à Témara en 2014
Légende Pour la définition de la classe moyenne en contexte marocain, nous nous appuyons sur les données du HCP. La classe moyenne supérieure détient un revenu dépassant la moyenne nationale (5 308 dirhams / 538 euros). La classe moyenne inférieure détient un revenu inférieur à la médiane nationale (3 500 dirhams / 350 euros). Ces revenus mensuels restent toutefois au-dessous du coût de vie réel dans l’agglomération de Rabat.
Crédits Source : BET diagnostic d’établissement PA de la commune de Témara de 2014.
URL http://journals.openedition.org/metropoles/docannexe/image/13291/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 149k
Titre Figure 3. Enlèvement des plaques dans les rues du quartier Mansour Eddahbi
Crédits Photographie de Badr Karkbi.
URL http://journals.openedition.org/metropoles/docannexe/image/13291/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 550k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Badr Karkbi, « Islamiser la rue : odonymie et idéologie religieuse au Maroc », Métropoles [En ligne], 37 | 2025, mis en ligne le 23 juillet 2026, consulté le 13 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/metropoles/13291 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16m14

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Auteur

Badr Karkbi

Université Moulay Ismail de Meknès (Maroc), chercheur associé à l’Institut de recherche Montesquieu (IRM)

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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