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Dossier

Emprises foncières et stratégies d’implantation des édifices religieux dans la ville de Ouagadougou

Land holdings and strategies for siting religious buildings in the city of Ouagadougou
Issouf Bonsa, Aude Nikièma et Alice Degorce

Résumés

Cet article explore les dynamiques religieuses qui entourent les enjeux fonciers et l’implantation des lieux de culte dans la capitale du Burkina Faso. L’analyse s’appuie sur des observations directes de terrain et des entretiens semi-directifs menés auprès des responsables religieux dans la ville. Il apparaît que la construction des lieux de culte dans la ville de Ouagadougou répond à la fois à des logiques foncières, pragmatiques et territoriales, articulées autour de stratégies individuelles et/ou collectives.

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Texte intégral

Introduction

1La question foncière est au centre des dynamiques urbaines en Afrique. À la fois enjeu et source de tensions, l’étude du foncier est aujourd’hui incontournable pour comprendre les dynamiques et les transformations des villes en Afrique (Choplin, 2006). Dans l’ensemble des grandes villes, « on observe de plus en plus un continuum des systèmes fonciers et des régimes d’occupation, des plus informels (occupation sans titre) aux plus formels (propriété garantie par un titre ou acte dûment enregistré) » (Durand-Lasserve et Le Roy, 2012, p. 8). À ce titre, de nombreux travaux ont montré comment les espaces urbains en Afrique pourraient se comprendre par la notion d’informalité et comment celle-ci participe à la production urbaine (Cissé, 2018). Ces travaux s’inscrivent dans la lignée des recherches urbaines qui s’affranchissent des approches occidentalo-centrées, à la base des cadres théoriques et des outils d’aménagement, pour se nourrir des logiques d’urbanisation différenciées observées dans ces pays (Simonneau, 2017). La construction des villes des pays du Sud n’est plus, alors, étudiée par le seul prisme des défis à relever, mais est considérée du point de vue des changements sociaux et spatiaux induits (Fauveaud, 2017). De ce fait, les lieux de culte constituent un point d’observation rarement pris en compte dans les études urbaines, sans doute parce qu’ils ne s’inscrivent pas de façon implicite dans l’expérience occidentale à laquelle est comparé, de façon assez systématique, le développement des villes du Sud. Pourtant, analyser leurs pratiques d’implantation permet de comprendre les logiques de régulation foncière locales et spécifiques du pays. En effet, par leur nombre, très important, et leur proximité quotidienne avec la population (par la prière notamment), ils peuvent éclairer les dynamiques à l’œuvre dans la construction de la ville et leur participation à l’étalement urbain, caractéristique de nombreuses villes du Sud.

2À Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, la croissance démographique très rapide de la ville a entraîné une pression spatiale. Depuis le début des années 1980, les autorités politiques tentent de maintenir une maîtrise de la gestion urbaine à travers un ensemble de lois. Toutefois, les populations s’affranchissent de ces lois. Ici comme ailleurs, au-delà des schémas directeurs d’aménagement, les habitants s’improvisent tantôt promoteurs, tantôt entrepreneurs (Choplin, 2006).

3Au Burkina Faso, les études sur le foncier urbain sont nombreuses, mais l’analyse du rôle des acteurs religieux dans leurs rapports au foncier reste négligée. Or la problématique d’accès à celui-ci se présente comme une entrée fondamentale pour comprendre les stratégies d’implantation des édifices religieux. Il s’agit par cette entrée de relativiser le caractère global du processus d’urbanisation. Par ailleurs, la diversité des formes d’expression religieuses, observée au Burkina Faso, témoigne de pratiques citadines spécifiques qui s’éloignent du principe d’homogénéisation urbaine mis en avant pendant de nombreuses années dans les études sur les villes (Fauveaud, 2017). Dès lors, les stratégies d’implantation des lieux de culte face au modèle urbain interrogent les effets réciproques des expressions religieuses sur les transformations vécues.

4Cet article se veut une contribution à la réflexion sur le processus de fabrication de la ville à travers les pratiques des acteurs religieux. Il se fixe pour objectif d’analyser les modes d’accès au foncier par ces acteurs. Pour atteindre cet objectif, il s’interroge sur les stratégies, les concurrences ou encore les conflits qui entourent l’implantation des lieux de culte dans la capitale burkinabè.

5Cinq parties construisent l’argumentation. Après une présentation générale de l’enquête et de son contexte, la deuxième partie s’intéresse à la réglementation qui entoure la construction des édifices religieux, en insistant sur l’usage des normes et leurs applications. Les deux suivantes donnent un aperçu des différentes formes d’occupation de l’espace dans les zones loties et non loties de la ville. Enfin, la dernière analyse le pouvoir du religieux et sa capacité à influencer les grandes orientations de la planification urbaine.

1. Étudier le religieux à Ouagadougou

6À Ouagadougou, les lieux de culte (mosquées, églises, temples) occupent une place importante dans le processus de construction urbaine. Par le jeu du marché privé du foncier et de l’immobilier, ils abondent dans la ville et s’approprient, de façon durable ou temporaire, des portions d’espace public. Les multiples expressions confessionnelles façonnent ainsi le paysage urbain.

  • 1 Les religions traditionnelles correspondent ici à la modalité de réponse « animiste » des recenseme (...)
  • 2 L’Ahmadiyya est une communauté religieuse qui, bien qu’elle se définisse comme musulmane, n’est pas (...)

7Le dernier recensement général de la population et de l’habitation (RGPH) de 2019 dénombrait à l’échelle de la ville de Ouagadougou 62,1 % de musulmans, 30,4 % de catholiques et 6,9 % de protestants. Les fidèles des religions traditionnelles1 et les « sans religions » étaient faiblement représentés, avec une proportion de 0,6 % (INSD, 2022). Contrairement à l’Église catholique, les musulmans et les protestants sont organisés en associations qui se répartissent entre deux principales faîtières : la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) et la Fédération des Églises et missions évangéliques (FEME). Néanmoins, pour des raisons doctrinales, plusieurs associations religieuses se trouvent exclues de ces différentes faîtières (l’Ahmadiyya2 par exemple, dans le champ islamique).

8Depuis le début des années 1980, la ville de Ouagadougou ne cesse de s’étendre d’un point de vue spatial et démographique (Prat, 1996). Sa population qui était de 445 000 habitants en 1983 (Fournet, Meunier-Nikiema et Salem, 2008) est passée à 1 915 102 habitants en 2012 selon les données de l’Énumération de la population de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso (EPOB). En 2019, elle était de 2 415 266 habitants (INSD, 2022). Elle fait écho à une forte croissance spatiale. En effet, le territoire urbain est passé d’une superficie de 86 km² en 1983 (Compaoré et Nébié, 2003) à 268,3 km² en 2008 (Boyer et Delaunay, 2009). En 2021, elle était estimée à 600 km² (Commune de Ouagadougou, 2021).

  • 3 L’année 1983 marque l’avènement du Conseil national de la révolution (CNR) avec à sa tête le capita (...)

9La physionomie actuelle de la ville résulte des politiques urbaines menées par les différents pouvoirs depuis la période coloniale. Les changements intervenus au cours de ces différentes étapes d’urbanisation ont créé des quartiers dont les caractéristiques diffèrent et donnent à voir une ville contrastée. Le centre-ville par exemple, dont les habitations étaient construites en matériaux traditionnels, a fait l’objet d’aménagements au coup par coup. Il a notamment été restructuré pendant la période de la révolution3 (Fournet, Meunier-Nikiema et Salem, 2008). La construction de cités et le lotissement des quartiers spontanés de la capitale visaient également à permettre à toute la population d’accéder à un logement décent selon le principe « un ménage, une parcelle, un toit » voulu par le Conseil national de la révolution (Prat, 1996). Au cœur du centre-ville, la première phase du projet Zone d’activités commerciales et administratives (ZACA) remonte à cette époque avec le réaménagement du marché central et de l’avenue Kwamé N’Krumah. Elle s’est poursuivie en 2001 avec le projet d’extension de la ZACA, destiné à mettre les quartiers centraux au service d’activités économiques modernes, contribuant à la destruction des habitations et des édifices religieux (principalement des mosquées – Audet Gosselin, 2008). Leurs habitants ont été relocalisés dans deux trames d’accueil à la périphérie sud-est de la ville (Bertoncello, 2010), malgré de nombreuses résistances (Lefebvre, 2019).

10En parallèle du système officiel, le maintien d’un pouvoir coutumier accordant aux personnes en quête de sol un droit de jouissance (Prat, 1996) a eu pour corollaire le maintien d’une périphérie non lotie. « Les opérations de déguerpissement érigées en mode de régulation de l’espace urbain » (Khouma, 2017, p. 3) par les autorités publiques n’ont pas limité le problème d’extension de l’habitat spontané. Ainsi, l’informel concourt également à produire la ville. L’informalité apparaît comme un mode de fonctionnement, une stratégie adoptée par les individus face aux difficultés d’accès à la propriété foncière rencontrées avec les institutions formelles (Clerc, 2010 ; Choplin, 2006). Nombreux sont ceux qui achètent un terrain dans les zones non cadastrées, les quartiers « non lotis », et y vivent en attendant l’attribution d’une parcelle enregistrée au cadastre.

11Le centre-ville ainsi que les couronnes périphériques sont donc issus des grandes opérations de lotissement mises en œuvre à travers les politiques d’urbanisation et bénéficient de nombreuses infrastructures publiques. Ils s’opposent en cela aux quartiers non lotis, présents sur les marges urbaines, construits sans plan et rarement dotés d’équipements publics.

Carte 1. Présentation de la zone et des quartiers d’enquêtes

Carte 1. Présentation de la zone et des quartiers d’enquêtes

Source : IGB, PIGéo, BNDT. Réalisation : Bona Issouf, décembre 2023.

12Le choix des quartiers d’enquête (carte 1) s’est fondé sur plusieurs critères de manière à assurer la représentativité et la diversité spatiale des profils de populations. La situation géographique (centre, périphérie lotie, périphérie non lotie) et la période de création sont les critères de sélection des différents quartiers retenus pour mener cette recherche.

  • 4 Le projet ANR « L’insertion des migrants par le religieux au Burkina Faso » (Relinsert, 2018-2022).

13Les enquêtes de terrain se sont déroulées en deux phases. La première a concerné le volet quantitatif. Une fiche d’informations implémentée sur des smartphones à partir de la plateforme Kobocollect a servi de support à la géolocalisation exhaustive et à la collecte des données descriptives des lieux de culte. L’identification des édifices religieux a été possible grâce à des premières enquêtes menées en 2018 dans le cadre d’un projet financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR)4. En 2022, de nouvelles enquêtes ont permis d’actualiser les données relatives aux quartiers retenus. Au total, 123 personnes – des imams, des curés, des catéchistes, des pasteurs et des responsables de communautés chrétiennes de base (CCB) – ont été interrogées. Les questions fermées ont été privilégiées pour faciliter les statistiques sur les types de lieux de culte, les modalités d’acquisition foncière, le statut d’occupation.

14Au cours de la seconde phase intégrant un volet qualitatif, 42 entretiens semi-directifs ont été réalisés avec, notamment, les responsables religieux (prêtres, pasteurs, imams), les agents de la municipalité, de l’urbanisme, du guichet unique du foncier, des représentants des ONG confessionnelles et des associations religieuses en complément des données quantitatives. Enfin, un examen de documents, tels que la grille des équipements et les guides politiques, a complété l’analyse.

15Le contexte de cette étude a été influencé par la crise sécuritaire qui touche le pays depuis 2015. Elle a placé le religieux au centre des débats publics, entraînant du même coup un sentiment de méfiance chez certains interlocuteurs. En effet, la montée au Sahel d’une violence perpétrée par des groupes se revendiquant du djihad armé a créé un contexte sous-régional nouveau : la radicalisation de certains discours religieux et la montée d’un extrémisme violent (International Crisis Group, 2016 ; Kibora, 2019).

2. Urbanisme et religion : des normes aux relations clientélistes

16Des travaux menés en France et au Canada ont montré l’intervention croissante de l’État en matière de religion. Qu’il s’agisse du contrôle de l’implantation des lieux de culte et de leur source de financement (Gagnon et Germain, 2002 ; Dejean, 2016), du port de symboles et de vêtements religieux dans l’espace public (Mastor, 2012), de la réglementation des conditions d’usages des espaces publics pour les fêtes et cérémonies religieuses (Albert-Blanco, Astor et Martínez-Cuadros, 2024), les acteurs administratifs sont activement engagés dans la gouvernance de la diversité religieuse. Celle-ci va des documents réglementaires et des plans d’urbanisme à des mesures moins contraignantes visant à changer les comportements des groupes religieux (Martinez-Ariño et Griera, 2020).

17Ces formes d’intervention observées dans le contexte des villes du Nord ne s’inscrivent pas de la même façon dans les villes du Sud, comme le montre le cas du Burkina Faso. Sur le plan spatial, on assiste à une forte compétition locale entre acteurs religieux pour l’occupation de l’espace public (Samson, 2017). Cette concurrence interreligieuse a pris de l’ampleur au cours de la période révolutionnaire (1983-1987 – Kouanda, 1996), époque au cours de laquelle les lieux de culte ont été inclus dans les plans d’aménagement. Ainsi, les édifices religieux ont été considérés par les autorités administratives en tant qu’infrastructures urbaines au même titre que les écoles, les centres de santé, les aires de jeux et les espaces verts. Trois espaces dédiés aux édifices religieux sont prévus par secteur administratif au regard des trois grandes tendances religieuses (l’islam, le protestantisme et le catholicisme). Toutefois, le nombre d’espaces réservés ne tient pas compte de la diversité des courants religieux, particulièrement au sein de l’islam et du protestantisme. De même, au côté de ces trois grands courants, des cultes minoritaires sont établis dans la ville (le bouddhisme par exemple).

  • 5 Selon les recherches effectuées dans le cadre du projet ANR Relinsert en 2018.

18Dans un contexte de renforcement des outils de planification urbaine, la grille des équipements élaborée en 1982 par le ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat (MUH) s’impose aujourd’hui comme le référentiel pour l’implantation des lieux de culte. Celle-ci a connu des révisions successives, notamment en 2006 et 2015, de manière à prendre en compte les besoins nouveaux des différents acteurs. En 2006, la grille prévoyait trois espaces d’une surface minimum de 5 000 m² chacun, pour une superficie totale de 100 à 160 hectares à lotir. En 2015, la grille, en attente de validation, prévoit quatre espaces. Toutefois, la superficie minimale de chaque site est passée de 5 000 m² à 2 500 m². Ainsi, si l’on se réfère au contenu de la grille des équipements, la ville de Ouagadougou disposerait de 220 édifices religieux, à raison de 4 par secteur administratif (au nombre de 55). Dans la réalité, la base de données5 sur les lieux de culte de 2018 recense 1 705 lieux de culte, soit en moyenne, 31 par secteur. Dans d’autres registres, une recherche réalisée la même année sur l’offre éducative post-primaire et secondaire recensait 448 établissements d’enseignement (Ouedraogo, 2018), à raison de 8 par secteur. De même, en 2014, l’offre sanitaire ouagalaise était évaluée à 447 structures de soins (Nikiema, Ouedraogo et Kyelem, 2018). Au regard de ces équipements sociaux de base, le nombre de lieux de culte semble très élevé. Mais cette présence marquée des édifices religieux n’est pas propre à la capitale burkinabè. En 2006, Maud Lasseur (2016, section 2.1) avait dénombré, à l’échelle de la ville de Yaoundé, 376 lieux de culte non musulmans.

19Selon le cadre défini pour les plans d’aménagement, la réalisation d’édifices religieux sur les sites non destinés à l’origine à un lieu de culte devrait au préalable faire l’objet d’une demande de changement de destination de la parcelle d’accueil. Toutefois, dans la pratique, ces règles sont ignorées par les acteurs religieux. Les espaces sont ainsi détournés de leurs fonctions initiales et les aires inconstructibles, comme les zones inondables, sont investies. Ces différentes pratiques interrogent sur le contenu de la grille des équipements et sa capacité à contrôler la mise en valeur de l’espace, selon la règlementation en vigueur.

20Par ailleurs, dans le processus d’élaboration de la grille des équipements, l’État affirme sa laïcité. L’indéfinition de la nature du culte sur les plans de lotissement vient l’attester. En effet, les mots « mosquée », « église », « temple » sont absents des documents d’urbanisme. Les documents de planification font mention de « culte » sans en préciser la nature (Ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme, 2006).

21Dans les documents de planification urbaine, les questions relatives à la religion sont donc peu visibles. Mais dans le paysage urbain, elles sont perceptibles par des implantations qui ne respectent pas toujours la réglementation en vigueur. L’insuffisance de régulation de l’urbanisme cultuel a pour corollaire la présence de lieux de culte dans maints interstices du milieu urbain. Les plans de lotissement n’ayant pas toujours prévu des espaces réservés à ces équipements, les autorités administratives ont favorisé leur développement incontrôlé (Kouanda, 1996) par la complexité de la procédure à suivre.

  • 6 L’attribution d’un terrain destiné à un lieu de culte par les autorités communales nécessite la con (...)

22Les terrains à usage cultuel tels que définis par les documents d’urbanisme sont accessibles à toutes les personnes physiques et morales6. Toutefois, celles-ci doivent être affiliées à une association religieuse régulièrement reconnue par le ministère de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité (MATDS). Au Burkina Faso, la législation requiert que toutes les organisations religieuses soient enregistrées auprès de ce ministère, sous le statut associatif. Ainsi, contrairement aux terrains à usage cultuel acquis avant la période de la révolution, sur les documents d’attribution et de propriété du terrain figure non plus le nom de la personne qui a formulé la demande, mais celui d’une association religieuse. En effet, les terrains à usage cultuel étaient auparavant accordés au responsable religieux ayant formulé la demande (Kouanda, 1996), à l’exception de l’Église catholique caractérisée par une autorité centralisée. Cette habitude a renforcé la mainmise de quelques individus dans la gestion des édifices religieux, principalement des mosquées.

23Les procédures qui encadrent l’aménagement du territoire urbain montrent leurs limites à répondre aux attentes des acteurs du domaine religieux, principalement en raison de la multiplicité des services impliqués dans le processus d’attribution. Cela allonge considérablement les délais d’attente et entraîne des oppositions en termes d’intérêt. « Ce sont les premiers à occuper le terrain, les plus forts, et les plus influents qui accaparent les espaces réservés aux lieux de culte » (entretien avec un leader religieux, Ouagadougou, septembre 2022). Un autre interlocuteur soutient : « ceux qui veulent respecter les différentes règles administratives sont les plus perdants » (entretien avec un leader religieux, Ouagadougou, septembre 2022). Occuper l’espace en attendant d’avoir les documents est la façon la plus sûre d’obtenir le terrain. Il n’est pas rare qu’un terrain régulièrement attribué à une confession religieuse soit occupé par une autre. Cela s’explique par le fait que les membres de certaines communautés religieuses, anciennement implantées dans le quartier, ne s’empressent pas d’engager la procédure administrative d’acquisition du terrain, estimant que le domaine leur revient de droit (Kouanda, 1996).

24Les règles instituées par les documents d’urbanisme et la procédure officielle pour l’acquisition des espaces réservés aux lieux de culte sont perturbées par les relations clientélistes. Elles se sont renforcées à travers le temps et avec la décentralisation qui, dès les années 1990, favorise le processus de « territorialisation de l’action publique » (Douillet, 2003). Mise en place dans un contexte de réduction des ressources de l’État, la décentralisation préconise, entre autres, de transférer le pouvoir vers les municipalités, de redistribuer les fonctions et les ressources entre les échelons locaux et nationaux et de doter les collectivités locales de pouvoirs, administratif et financier, nécessaires à la satisfaction des besoins essentiels des populations. En 2004, la loi portant Code général des collectivités territoriales (CGCT) définit les nouveaux domaines de compétence des communes. Les collectivités territoriales constituent les nouveaux acteurs publics de la gestion foncière urbaine. Elles ont désormais la charge des aménagements, des lotissements et de la gestion des parcelles. Le capital foncier urbain devient pour les élus municipaux et les services déconcentrés concernés par le lotissement leur principale ressource (Bouju, 2009). Ceux-ci font des parcelles leur « fonds de commerce » (Sory et Soura, 2017). Plusieurs élus ont ainsi été accusés de détournements7 de parcelles, surtout ceux des arrondissements regroupant les secteurs périphériques caractérisés par des lotissements récents.

25Les infractions des élus locaux sont également visibles dans leur rapport avec certains responsables religieux. En effet, conscientes du potentiel électoral que constituent les communautés religieuses, les municipalités se montrent plus enclines à satisfaire leur demande de terrain, souvent au détriment des documents d’urbanisme. Des réserves foncières et administratives, des espaces verts, des aires de jeux ont ainsi été verbalement attribués par certains responsables des mairies d’arrondissement aux mouvements religieux. Les propos de cet enquêté sont illustratifs :

On priait sur la parcelle d’un frère, et après son décès, ses enfants nous ont demandé de quitter le terrain […]. Comme la réserve est là et depuis il n’y a rien dessus, nous sommes allés voir la mairie pour qu’elle nous permette de nous installer sur l’espace. Et le maire de l’époque nous a donné son accord, mais il nous a dit de ne pas nous installer au milieu du terrain, mais qu’on pouvait occuper l’angle du terrain. (Entretien avec un leader religieux, Ouagadougou, septembre 2022)

26De même, nos entretiens de terrain révèlent que des maires d’arrondissement ont appuyé ou parrainé l’ouverture de lieux de culte implantés sur des terrains illégalement occupés.

27Ces relations clientélistes sont aussi observables dans la chaîne de traitement des dossiers d’attribution de terrains à usage de culte. Le service de l’urbanisme, qui constitue l’un des maillons de la chaîne d’attribution, émet son avis (favorable ou non) à toutes les demandes conformément aux prescriptions des plans d’urbanisme :

Si le dossier vient à l’urbanisme ici, nous on regarde l’extrait cadastral, on regarde sur le plan pour voir est-ce que ces références correspondent vraiment à un lieu de culte ? Et nous on donne notre avis par rapport à ça. Et le dossier repart au niveau du domaine. La dernière décision c’est au niveau du service des domaines […]. On peut avoir quatre, cinq ou six dossiers pour un même terrain. (Entretien avec un agent du guichet unique du foncier, Ouagadougou, décembre 2022)

28Dans ces conditions, plusieurs responsables religieux s’interrogent sur les critères d’attribution de terrains. Certains mentionnent du favoritisme dans le traitement des dossiers. En effet, la faible transparence dans les procédures d’attribution de parcelles pour des usages cultuels alimente les soupçons de clientélisme et fait planer un fréquent sentiment d’injustice. Un agent du guichet unique du foncier souligne :

L’administration est telle qu’elle est. Les gens déposent leurs demandes et ils poursuivent de gauche à droite, peut-être qu’ils avaient fait du bien à quelqu’un dans l’administration ou bien celui qui est à la tête de la structure est une connaissance [...]. Si toutes les structures émettent des avis favorables, le ministre n’aura pas d’autres choix que de signer le document d’attribution. (Entretien avec un agent du guichet unique du foncier, Ouagadougou, septembre 2022)

29Un autre enquêté indique :

C’est les premiers à occuper l’espace et les plus influents de par leur position au sein de l’administration qui arrivent à avoir les terrains destinés aux lieux de culte au détriment des autres communautés. Ce qui fait que le plus souvent les autres se débrouillent dans des quartiers à travers les parcelles d’habitation et des espaces qu’ils occupent anarchiquement pour ériger leur lieu de culte. (Entretien avec un leader religieux, Ouagadougou, octobre 2023)

30« L’une des caractéristiques de l’administration publique burkinabè est qu’elle est traversée par des maux comme la lenteur administrative, le laxisme, le favoritisme » (entretien avec un agent du guichet unique du foncier, Ouagadougou, septembre 2022). Le corollaire est la lenteur dans le traitement des dossiers requis pour l’acquisition d’un terrain. « Souvent tu déposes ta demande et tu suis son évolution. Quelque temps après tu constates que la demande n’est plus dans le circuit. Le dossier est introuvable » (entretien avec un leader religieux, Ouagadougou, août 2022). Certains interlocuteurs expliquent cette iniquité dans le traitement et l’attribution des terrains réservés au culte par la faible représentativité des membres de leur communauté à des postes de responsabilité dans l’administration publique. Ainsi, les acteurs religieux jouent sur le registre de relations clientélistes pour accéder au foncier.

31L’occupation des espaces non destinés à l’origine aux lieux de culte comme les parcelles à usage d’habitation et les espaces vacants dans les zones loties de ville constituent d’autres moyens d’accès au foncier urbain. Le domaine foncier en ville est soumis à une législation calquée sur les modèles importés, conséquence de « l’imposition de la rationalité occidentale dans l’urbanisme et l’aménagement » (Fauveaud, 2017, p. 34). Cette situation n’est pas propre au Burkina Faso, elle s’observe également dans d’autres pays d’Afrique qui souffrent d’une procédure et d’un cadre juridique d’accès au foncier complexes, lents et laborieux (Choplin, 2006). Cela conduit à des occupations illégales. Ces dernières s’accompagnent, dans le cas des lieux de culte, du détournement de la destination de l’occupation des parcelles, souvent prévues, à l’origine dans les documents d’urbanisme, pour accueillir d’autres équipements urbains. Les espaces non occupés ou les parcelles destinées à la construction de maisons pour des particuliers peuvent aussi être détournées de la sorte.

3. Le marché des espaces vacants et des parcelles à usage d’habitation

32La construction des lieux de culte dans la ville de Ouagadougou découle d’initiatives qui peuvent être individuelles ou portées par la communauté religieuse. D’une obédience à l’autre, les acteurs intervenant dans l’édification de lieux de culte sont multiples et variables. Aucune des confessions religieuses établies dans la ville n’hésite à détourner la fonction première des terrains urbains pour l’implantation de lieux de culte. En effet, la ville est caractérisée par une abondance de réserves foncières vacantes dans les nouvelles aires de lotissement, du fait du faible taux de réalisation des équipements prévus par les documents d’urbanisme. Il arrive que les populations riveraines, connaissant la destination initiale de l’espace, s’opposent à ces occupations informelles. Cette opposition est d’autant plus forte lorsque la communauté religieuse est minoritaire dans le quartier concerné. À titre d’exemple, la croix d’une communauté chrétienne de base (CCB) utilisée pour marquer l’appropriation d’une réserve foncière dans le quartier de Pissy a été retirée la nuit à plusieurs reprises. Selon le responsable de la CCB, il s’agit des habitants du quartier qui, pour la plupart, sont des musulmans.

  • 8 Projet mis en place dans les années 1980, la création de la ceinture verte de reboisement autour de (...)

33Le plus souvent, l’occupation des espaces vacants résulte de stratégies d’implantation collectives. Il s’agit d’initiatives des membres d’une communauté religieuse à l’échelle d’un quartier qui décident de construire un lieu de culte. Cette démarche est fréquente chez les musulmans et les catholiques, et explique l’importance de mosquées et de CCB sur les espaces vacants. À l’opposé, l’implantation d’un temple évangélique est généralement l’œuvre d’un individu : le pasteur. Cela complexifie d’autant plus l’occupation de terrains vacants dans certains quartiers du fait de l’opposition du voisinage. Pour contourner cette opposition, ils occupent des espaces qui, en théorie, ne sont pas valorisables d’un point de vue de l’aménagement. Ainsi, les temples protestants investissent fréquemment les zones inondables et la ceinture verte8 (photographie 1).

Photographie 1. Temple des Assemblées de Dieu construit dans la ceinture verte

Photographie 1. Temple des Assemblées de Dieu construit dans la ceinture verte

Cliché : Bonsa Issouf, quartier Tanghin, Ouagadougou, août 2022.

34Sur la photographie 1, les agents des eaux et forêts, chargés du contrôle des ressources forestières, interpellent la communauté sur le fait que cette zone n’a pas pour vocation d’accueillir des équipements urbains, de même que des habitations.

35Une autre pratique est celle de la construction de lieux de culte sur les parcelles d’habitation non encore aménagées. La transformation de l’usage de parcelles destinées à l’habitation en lieux de culte s’est multipliée au cours des dernières décennies. Elle est la conséquence du nombre limité d’espaces prévus dans la grille des équipements pour les lieux de culte au regard de la pluralité religieuse de la capitale. Ainsi, les acteurs religieux achètent (ou cèdent pour ceux qui en possèdent plusieurs) des parcelles à usages d’habitation, sur lesquelles ils édifient des lieux de culte. L’implantation est basée sur des stratégies individuelles prisées pour les mosquées (érigées par des donateurs) et les temples protestants. Les lieux de culte catholiques utilisent rarement cette méthode (7 % des sites enquêtés), et dans ce cas, il s’agit spécifiquement de chapelles construites par les CCB qui œuvrent à l’échelle des quartiers. Mises en place au Burkina Faso au début de l’africanisation du clergé catholique, en 1971 (Boillot, 1990), celles-ci organisaient leurs rencontres de façon alternée au sein des familles catholiques. Avec la croissance spatiale de la ville, le besoin de s’étendre a convaincu les CCB de mener des actions foncières pour se procurer des espaces de rencontres sur des portions du territoire non mis en valeur.

36Les mosquées implantées sur les parcelles à usage d’habitation représentent 65 % des sites enquêtés (figure 1). Cela s’explique par le fait que les fidèles musulmans nantis n’hésitent pas à acheter des parcelles sur lesquelles ils érigent des mosquées au profit de la communauté.

Figure 1. Proportion des lieux de culte implantés sur des parcelles à usage d’habitation

Figure 1. Proportion des lieux de culte implantés sur des parcelles à usage d’habitation

Source : Enquête de terrain, 2022 (projet ANR Relinsert).

37Il n’est pas rare d’observer la coexistence de lieux de culte avec des habitations sur un même terrain (photographie 2). Nombre de personnes n’hésitent pas à concéder une partie de leur parcelle pour l’édification des lieux de culte. Cette coexistence est fréquemment observée dans les quartiers centraux et concerne les lieux de culte musulmans et protestants. La grande taille des parcelles dans cette partie de la ville favorise la coexistence. Si les expressions « mosquées de devanture » (Dejean, 2016) et « églises portatives » (Lasseur, 2016) sont connues, nous pourrions parler à Ouagadougou d’« églises-maisons » et de « mosquées de cour » ou « mosquées domiciliaires ». Dans le cas des lieux de culte protestants, la tendance est plutôt à la transformation des villas résidentielles en temples.

Photographie 2. Coexistence d’une mosquée et d’une habitation sur la même parcelle

Photographie 2. Coexistence d’une mosquée et d’une habitation sur la même parcelle

Cliché : Bonsa Issouf, quartier Gounghin, Ouagadougou, juillet 2022.

38Sur la photographie 2, la porte pour accéder à la mosquée est dissociée de celle de l’habitation, à droite de l’image. Elle illustre le fait que ce type de mosquée, bien que familial, est ouvert aux membres de la communauté. Leur répartition dans la ville forme non pas un continuum spatial, mais une implantation ponctuelle et structurante.

39Ces constructions sur les parcelles à usage d’habitation sont souvent source de nuisances sonores pour les voisins, du fait de l’utilisation de haut-parleurs. Ainsi, on observe fréquemment des déménagements de lieux de culte, liés aux conflits avec le voisinage (le plus souvent chez les protestants). L’occupation de bâtiments déjà construits, par exemple des maisons, pour en faire un lieu de culte pourrait expliquer la récurrence des changements de lieux. Ces bâtis n’apparaissent, en effet, pas chargés de la même sacralité que les édifices dans lesquels les fidèles ont investi pour la construction, au-delà de l’importance représentée par cet investissement.

40En revanche, les mosquées implantées sur les parcelles d’habitation sont rarement contestées par les populations avoisinantes. La forte proportion des musulmans au sein de la population ouagalaise pourrait l’expliquer. Le seul cas constaté lors de notre terrain a conduit le riverain contestataire, présenté par les responsables de la mosquée comme un « chrétien », à changer de quartier.

41Le foncier constitue un véritable enjeu et ses modalités d’accès se révèlent diverses. Une évidence est observée : la majorité des lieux de culte s’affranchissent des documents d’urbanisme, ce qui les conduit à accéder à des parcelles, voire des habitations, non dédiées au domaine. L’implantation dépend de la disponibilité de l’espace et se fait de façon informelle. La pratique favorise leur multiplication dans l’espace urbain puisqu’aucune règle ne contrôle leur expansion. Cela se traduit par un éparpillement spatial entre terrains dédiés, réserves foncières occupées illégalement et construction sur des parcelles à usage d’habitation, mais cela n’est pas spécifique du religieux. L’offre éducative ou sanitaire privée investit également des parcelles et des habitations, dont l’aménagement n’est pas toujours adapté à la fonction. Cela contribue à renforcer les inégalités spatiales, en privant parfois certains quartiers d’espaces d’accueil pour les services sociaux de base. En outre, les lieux de culte suivent le front d’urbanisation pour se rapprocher des populations et fidéliser davantage. Globalement, les différentes formes d’appropriation du foncier urbain observées contribuent à construire de nouveaux espaces du religieux, là où les communautés se côtoient, s’entremêlent et font la ville. Les lieux de culte participent ainsi à l’étalement urbain, caractéristique des villes ouest-africaines.

4. Occupation des terrains en zones non loties : anticiper la ville lotie

42Dans la ville de Ouagadougou, les espaces situés dans les marges urbaines et construits hors des plans de lotissement dépendent encore, d’un point de vue foncier, du pouvoir coutumier traditionnel. Dans ces espaces non lotis, les chefs coutumiers exercent un rôle influent sur l’accès et la gestion des terres. À la faveur de l’exode rural et de la pression démographique, un système de spéculation foncière dans lequel le chef occupe une place importante s’est progressivement mis en place. Si jusqu’aux années 1970-1980, les transactions foncières se faisaient gratuitement ou moyennant des contreparties symboliques et en nature (coq, cola, chèvre, etc. – Guigma, 2017 ; Yameogo, 2021), elles ont peu à peu été remplacées par des transactions financières, variables selon les zones et les acteurs en présence. Ainsi, l’accès à un terrain dans les zones non loties à usage d’habitation ou pour l’édification d’un lieu de culte s’inscrit dans cette pratique. L’occupation du terrain ne nécessite pas de reconnaissance formelle de la part des autorités urbaines. La reconnaissance par les autorités coutumières constitue déjà une garantie pour les édifices religieux de ne pas être détruits lors des opérations de lotissements.

43Pour les acteurs religieux, les zones non loties présentent un double avantage : l’accès au foncier à moindre coût et l’assurance de disposer d’un terrain pendant le lotissement.

S’il y a un lieu de culte qui a précédé le lotissement, l’aménageur va tout faire pour le confirmer comme lieu de culte pour la paix sociale. Donc la stratégie est de faire les lieux de culte y compris dans la ceinture verte en vue d’une appropriation foncière. (Entretien au service de la viabilisation et des aménagements urbains, Ouagadougou, février 2022)

44Un autre acteur abonde dans le même sens :

Lorsqu’il existe une mosquée ou une église ou un temple, quand l’aménageur va venir, il aura plus de facilité à détruire une maison qui est en dur même, mais il aura plus de mal à détruire le lieu de culte qu’il va tendre à préserver, tout comme le lieu sacré. (Entretien avec un agent du bureau d’étude Agence Perspective, Ouagadougou, octobre 2022)

45Cela s’applique à l’ensemble des religions, y compris les religions dites traditionnelles. « Quand on nous dit que c’est un lieu sacré, on ne cherche pas à savoir quel est le degré de sacralité. On délimite cet espace et on marque “lieu sacré” dans le plan. Et cet espace n’est pas affecté à quelqu’un » (entretien avec un agent du bureau d’étude Agence Perspective, Ouagadougou, octobre 2022). Ces lieux de culte sont représentés, non pas par un édifice, mais par des éléments naturels (baobabs, bois sacré, termitières, grottes). Mais ce caractère naturel souffre particulièrement des effets de la croissance urbaine. En effet, les bois ou forêts sacrés, « espaces boisés destinés à l’initiation ou à la conservation des fétiches, ou encore des endroits pour rendre des cultes aux ancêtres », font face à une pression foncière combinée à l’évolution des pratiques culturelles (Yameogo, 2015, p. 72).

46S’implanter en zone non lotie s’impose donc comme une stratégie. Les acteurs religieux anticipent sur les lotissements pour acquérir ensuite un terrain. Ainsi, on assiste à une véritable course à la parcelle avec des pratiques diverses, allant de l’occupation de petites superficies à la délimitation de vastes domaines, en attendant la régularisation foncière. Pour les acteurs confessionnels, l’implantation des lieux de culte dans les quartiers non lotis apparaît comme la plus sûre et la moins coûteuse manière d’acquérir une parcelle dans la ville. Projection matérielle de la revendication foncière (photographie 3), les lieux de culte se multiplient à des rythmes très élevés dans ces espaces. Par endroits, on observe même la présence de lieux de culte dans des zones où le bâti reste encore très lâche ou inexistant.

Photographie 3. Appropriation de l’espace en zone non lotie

Photographie 3. Appropriation de l’espace en zone non lotie

Cliché : Bonsa Issouf, quartier de Zongo, Ouagadougou, mai 2021.

47Cette pratique n’est pas nouvelle. Des lieux de culte présents dans les quartiers lotis se sont majoritairement installés avant les opérations de lotissement et ont bénéficié de ce fait d’une parcelle légale lors de l’aménagement. La grande mosquée du quartier de Tanghin qui était construite en banco sur un espace contigu s’est vue attribuer un vaste domaine au cours des lotissements opérés pendant la période de la révolution. La grande mosquée du quartier de Gounghin et la CCB Saint-Ambroise de Pissy ont obtenu des terrains dans les mêmes conditions.

48Les marges non loties ne sont donc pas des repoussoirs mais bien des espaces à investir au nom d’un futur urbain. La dynamique démographique et spatiale de la capitale a longtemps contraint les autorités à régulariser ces espaces, perçus comme la promesse d’un accès à la propriété pour de nombreux jeunes ménages incapables d’assumer financièrement leur accès à la ville lotie. Et si les lieux de culte n’anticipent pas le phénomène, ils sont les premiers, en tant qu’équipements urbains, à l’accompagner par une présence soutenue. Dans ce schéma, la communauté catholique présente un profil particulier. En effet, alors que les autorités se soumettent à la procédure légale d’accès au foncier, par une démarche « par le haut » appliquée aux espaces lotis, de nouvelles pratiques investies « par le bas » se font jour. Les chapelles des CCB, issues de la population, s’implantent ainsi dans les quartiers non lotis et participent, de fait, à l’aménagement de ces espaces de l’entre-deux, à la charnière entre l’urbain et le rural et absents des documents règlementaires. Cela repose sur une propriété foncière attachée à un droit coutumier reconnu et qui participe à la spéculation foncière, et donc à l’étalement urbain.

5. L’édifice religieux : un équipement urbain révélateur des difficultés à appliquer les normes urbaines ?

49Les documents d’urbanisme imposent de suivre la procédure d’accès au foncier afin de construire la ville à l’image de la vision des autorités. Mais le rythme de croissance du nombre d’habitants et l’appropriation de l’espace contribuent à construire une relation au foncier différente de cette vision. Les lieux de culte renforcent l’« entorse » aux règles d’appropriation du foncier en donnant une dimension sacrée au terrain pourtant occupé illégalement. Et « il est difficile dans notre contexte social de démolir un lieu de culte » (entretien avec un agent du bureau d’étude Agence Perspective, Ouagadougou, octobre 2022). Un autre enquêté précise : « quand vous occupez un terrain sans titre de propriété, la première sanction est le déguerpissement. Mais nous sommes dans un pays laïc, où les questions de religion sont très sensibles » (entretien avec un agent du secrétariat permanent de la politique nationale du logement, Ouagadougou, juin 2023).

50Il est rare qu’après plusieurs négociations, les acteurs concernés acceptent de concéder l’espace occupé. Dans la plupart des cas, ils exigent que le lieu de culte soit intégré dans le projet de mise en valeur du domaine illégalement occupé (photographie 4). Dans d’autres cas, l’administration se résout à concéder l’espace ou à attribuer un autre terrain. À titre d’exemple, dans le quartier Tampouy, une mosquée et une CCB cohabitaient sur un terrain destiné initialement à la construction d’un complexe sportif. Lors de la mise en œuvre du projet, la CCB a été délocalisée sur un autre domaine proposé par les autorités communales tandis que la mosquée a été maintenue du fait des moyens financiers déployés pour sa construction.

Photographie 4. Mosquée intégrée dans le projet de rénovation de la gare routière

Photographie 4. Mosquée intégrée dans le projet de rénovation de la gare routière

Cliché : Bonsa Issouf, quartier Patte d’Oie, Ouagadougou, mars 2022.

51Ainsi, les agents des services municipaux impliqués dans la réalisation des projets urbains et dans l’aménagement de la ville sont toujours à la recherche d’alternatives. Plusieurs projets de la ville n’ont pu être réalisés du fait de ce phénomène :

Je te montre une image où nous avons voulu construire un complexe scolaire. À côté se trouve un marché qui déborde sur le site. Ça c’est une petite chapelle, une CCB. Là c’est une grande mosquée de 30 mètres sur 15 mètres entièrement construit [...]. Là c’est des boutiques qu’on peut libérer en un clin d’œil. Il suffit seulement de le notifier. Mais tu vois la mosquée, les responsables sont venus trois fois nous voir pour dire qu’ils sont sans papiers, mais qu’ils sont là pour négocier parce que ce n’est pas moins de 100 millions qu’ils ont investis dans la construction […]. Finalement, on était obligés de trouver un autre site. (Entretien avec un agent du service social de l’agence municipale des grands travaux, Ouagadougou, juin 2022)

52Pourtant, les textes sont clairs. Toute construction nécessite au préalable une autorisation, et doit respecter le plan d’occupation du sol. Par conséquent, ces occupations illégales imposent des démolitions. Or, même si des décisions d’arrêts des travaux de construction ou de démolition sont souvent prises, elles ne sont pas toujours exécutées. La sensibilité de la question fait que lorsqu’un lieu de culte est démoli, toute une communauté religieuse se sent visée. Préoccupées par le maintien de la paix sociale, les autorités politiques essaient de satisfaire les communautés religieuses au détriment du respect des plans d’aménagement urbains. Ainsi, l’État suit l’évolution spatiale des lieux de culte et se contente d’entériner les faits accomplis, comme pour montrer son impuissance face à ce que les agents publics qualifient de faits sensibles.

53En outre, les acteurs religieux sont convaincus qu’aucun croyant n’oserait entraver la construction d’un lieu de culte ou faciliter sa démolition :

Vers Tampouy nous avons repéré un espace, et c’est comme je vous ai dit, il faut rassurer le bailleur que le terrain est bon, il n’y a pas de problème. On est allés trouver un de nos frères qui a déposé une mosquée et lui-même il nous a dit de rentrer dans la mosquée, de la regarder, et si on trouve qu’il ne doit pas occuper l’espace, on n’a qu’à la casser. Qui a ce courage-là de le faire ? Maintenant, il faut redire au bailleur que le site qui avait été prévu pour accueillir l’équipement n’est plus disponible. (Entretien avec un agent du service social de l’agence municipale des grands travaux, Ouagadougou, juin 2022)

54Par de tels propos, les leaders religieux mettent les agents de l’administration face à une conscience religieuse qui se place au-dessus des pratiques réglementaires en vigueur :

Parce que quand tu sors de ton bureau, tu dis que tu es un croyant et puis c’est toi qui as empêché les gens d’aménager un lieu de culte, c’est difficile encore de se retrouver dans cette communauté. Donc la sensibilité de la question fait que les gens même préfèrent rester silencieux. C’est quand le problème se pose, qu’on essaie maintenant de colmater les brèches. (Entretien avec un agent du service environnemental de l’agence municipale des grands travaux, Ouagadougou, octobre 2022)

55Toutefois, des cas de fermetures de lieux de culte pour troubles à l’ordre public ont été observés dans la ville. C’est le cas notamment de la grande mosquée du Mouvement sunnite, localisée au centre-ville (Koné-Dao, 2005 ; Saint-Lary, 2012). Mais globalement, les revendications ayant trait au religieux sont rarement contrariées par les autorités publiques (Kouanda, 1996 ; Gomez-Pérez, 2009).

56Cet accaparement des réserves foncières et administratives et des espaces verts par les différentes communautés n’est pas sans conséquence du point de vue de l’aménagement. Ainsi, il prive les enfants de lieux de divertissement, et les oblige à jouer dans la rue, sur la voie publique dans des conditions d’insécurité (Ouedraogo, 2019).

57Par ailleurs, si toutes les confessions religieuses occupent sans condition les espaces urbains informels (zones non loties) et détournent les fonctions des espaces vacants, les catholiques se distinguent par l’utilisation de matériaux précaires pour les constructions. Conscients du caractère informel de leurs occupations, ils évitent les matériaux durables (photographies 5 et 6) :

L’Église ne fait jamais les choses sans papiers. Et l’administration aussi est lente. On a déposé les dossiers pour avoir le terrain ça fait plus de trente ans […]. Vous pouvez construire, mais lorsqu’il s’agit d’un grand investissement, l’Église n’est pas d’accord. Mais si vous arrivez à avoir les papiers, l’Église vous accompagne dans la construction. (Entretien avec une responsable de CCB, Ouagadougou, juin 2022)

58Un autre responsable de CCB explique :

Tu vois, les gens déposent tout sur notre terrain. Des fois les mécaniciens viennent nous engloutir. Pour avoir l’espace pour prier, c’est tout un problème […]. Mais tout cela c’est aussi la lenteur de nos premiers responsables disant toujours qu’il faut les papiers avant de construire. S’ils avaient laissé qu’on fasse la clôture tout en poursuivant nos documents, on ne serait pas dans ces problèmes. (Entretien avec un responsable de CCB, Ouagadougou, août 2022)

59Ces propos témoignent de la volonté des responsables catholiques d’être en règle vis-à-vis de l’administration avant tout investissement sur l’espace occupé illégalement. « C’est parce que nous voulons suivre la logique, sinon on pouvait faire comme les autres communautés. On se lève, on construit et puis on est là, on attend d’avoir les documents » (entretien avec une responsable de CCB, Ouagadougou, juin 2022). Ainsi, c’est après l’attribution du terrain que ceux-ci construisent le lieu de culte avec des matériaux durables. Cette attitude montre que les acteurs en présence ont connaissance des règles de construction en vigueur et traduit aussi l’importance de la structuration et de la hiérarchisation dans l’Église catholique. Toute action de construction menée par la communauté des fidèles nécessite au préalable l’autorisation de la hiérarchie : « On ne fait rien sans demander l’autorisation au premier responsable de la paroisse » (entretien avec un responsable de CCB, Ouagadougou, février 2023).

Photographie 5. CCB implantée sur un espace vacant

Photographie 5. CCB implantée sur un espace vacant

Cliché : Bonsa Issouf, quartier Tanghin, mars 2022.

Photographie 6. CCB implantée sur un espace vacant

Photographie 6. CCB implantée sur un espace vacant

Cliché : Bourgou Désiré, quartier Dassasgho, octobre 2023.

60En revanche, la plupart des mosquées concernées par les occupations illégales sont édifiées en matériaux définitifs (photographies 7 et 8). Lorsque les matériaux sont provisoires, cela traduit surtout les faibles moyens financiers de la communauté. La méconnaissance des législations foncières par certains musulmans pourrait en partie expliquer cette situation. En effet, une des caractéristiques des mosquées implantées sur ces espaces non destinés à l’origine aux édifices religieux est qu’elles sont construites par des personnes âgées qui n’ont aucun niveau d’instruction. En outre, contrairement aux catholiques, toute personne peut ériger un lieu de culte sans forcément se référer à la hiérarchie musulmane.

Photographie 7. Mosquée implantée sur un espace vacant

Photographie 7. Mosquée implantée sur un espace vacant

Cliché : Bonsa Issouf, quartier Rimkiéta, janvier 2023.

Photographie 8. Mosquée implantée sur un espace vacant

Photographie 8. Mosquée implantée sur un espace vacant

Cliché : Bonsa Issouf, quartier Tanghin, septembre 2022.

61Enfin, depuis quelques années, de plus en plus d’ONG et d’associations confessionnelles interviennent dans la construction des lieux de culte au profit de la communauté. Ce phénomène est fréquemment observé chez les musulmans. Mais les bailleurs exigent que le terrain devant accueillir l’édifice soit en règle vis-à-vis de l’administration. De façon précise, il s’agit de disposer des documents relatifs à la propriété du terrain et d’avoir une autorisation de construction fournie par les autorités compétentes. Cette exigence fait suite aux nombreux conflits fonciers liés à la construction des lieux de culte. Le cas le plus médiatisé est celui qui a opposé la communauté musulmane à un particulier dans le quartier de Pazani, situé à la périphérie nord de la ville. Il s’agit d’un conflit né de la destruction de la mosquée en présence d’un huissier, à la suite d’une décision de justice. Toutefois, le gouvernement par le biais du ministère de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité a, dans un communiqué, désapprouvé cette destruction. Finalement, le terrain litigieux a été attribué à la Fédération des associations islamiques du Burkina Faso (FAIB) et une autre parcelle a été cédée, en guise de compensation, à l’attributaire légal du terrain litigieux.

62À Ouagadougou, les mécanismes d’appropriation foncière par les acteurs religieux semblent donc s’éloigner du modèle urbain importé sur lequel s’appuient les autorités. Le jeu des acteurs met en évidence les multiples modes d’accès au foncier, qui s’affranchissent de la légalité, confiant dans le fait que le caractère sacré de l’équipement favorisera sa pérennisation sur le territoire urbain. Il s’agit d’une forme de pouvoir qui fait la spécificité des villes du Sud où le religieux ne s’inscrit pas comme objet patrimonial mais appartient au quotidien.

Conclusion

63L’implantation des lieux de culte dans la ville de Ouagadougou est au cœur des stratégies d’occupation de l’espace et implique toutes les confessions religieuses. Elle témoigne des dynamiques du prosélytisme et de la compétition interreligieuse. En effet, les stratégies des acteurs confessionnels développées en vue de créer de nouveaux espaces du religieux font écho à leur déploiement concurrentiel.

64L’analyse des documents de planification urbaine montre que leur implantation ne répond pas aux normes d’emplacement des équipements. La plupart des édifices religieux sont construits sur des sites affectés à d’autres fonctions, traduisant ainsi une politique de la ville contournée par ses habitants qui n’hésitent pas à détourner de façon pragmatique la fonction des lieux. En donnant une dimension sacrée à ces espaces occupés illégalement, les édifices religieux concernés par ces occupations ne sont pas soumis aux contraintes de déguerpissement ou de démolition. Ainsi, la légitimité du fait religieux s’impose à la légitimité politique de l’acte de construire, car les différentes décisions prises à l’encontre des leaders religieux ne sont pas exécutées. La construction des lieux de culte est donc révélatrice des difficultés de mise en œuvre des documents d’urbanisme issus des modèles d’aménagement externes aux pratiques locales.

65Par ailleurs, dans les pratiques de détournement de l’usage des espaces à des fins cultuelles, des distinctions ont été observées entre les religions organisées autour d’une hiérarchie et celles dont l’érection d’un lieu de culte ne nécessite pas forcément l’aval de l’association ou de la faîtière à laquelle elles s’identifient. Cette différence s’observe dans l’utilisation des matériaux de construction. Les religions organisées autour d’une hiérarchie privilégient les matériaux provisoires, en attendant de disposer des documents légaux du terrain occupé. Dans les autres communautés, l’usage des matériaux définitifs est privilégié, les matériaux de fortune traduisant la faiblesse des moyens financiers de la communauté. Plus globalement, la construction des lieux de culte dans la ville de Ouagadougou fait apparaître des formes de changement des pratiques des acteurs religieux en lien avec la croissance de la ville et les règles de planification urbaine.

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Notes

1 Les religions traditionnelles correspondent ici à la modalité de réponse « animiste » des recensements (pour aller plus loin, voir Degorce et al., 2026 ; Degorce et Langewiesche, 2026).

2 L’Ahmadiyya est une communauté religieuse qui, bien qu’elle se définisse comme musulmane, n’est pas reconnue en tant que telle par l’Oumma (Nikiema, Diallo et Langewiesche, 2021 ; Langewiesche, 2020).

3 L’année 1983 marque l’avènement du Conseil national de la révolution (CNR) avec à sa tête le capitaine Thomas Sankara. Le nom du pays change pour devenir le Burkina Faso, littéralement « le pays des hommes intègres ». La période révolutionnaire s’achève en octobre 1984 avec un coup d’État mené par Blaise Compaoré, au cours duquel Thomas Sankara est assassiné.

4 Le projet ANR « L’insertion des migrants par le religieux au Burkina Faso » (Relinsert, 2018-2022).

5 Selon les recherches effectuées dans le cadre du projet ANR Relinsert en 2018.

6 L’attribution d’un terrain destiné à un lieu de culte par les autorités communales nécessite la constitution d’un dossier composé de plusieurs pièces administratives dont les principales sont les suivantes : une demande d’attribution de terrain, un extrait cadastral, un devis estimatif et descriptif, un plan d’implantation du lieu de culte, les statuts et le règlement intérieur de ladite association. Constitué en quatre exemplaires, le dossier est déposé au guichet unique du foncier qui est chargé de transmettre un exemplaire aux services techniques du ministère en charge de l’urbanisme, puis du cadastre, puis de la mairie d’arrondissement pour recueillir l’avis des services techniques compétents. Toutefois, la décision d’attribution du terrain est du ressort du ministère de l’Économie et des Finances (MEF) qui est le garant du domaine foncier national. L’association qui acquiert le terrain se voit délivrer une autorisation d’occupation, et s’engage alors dans un délai de deux ans à réaliser les constructions conformément aux prescriptions des plans et règlements d’urbanisme.

7 En ligne : <https://lepays.bf/probleme-de-lotissement-a-nagrin-les-populations-denoncent-des-cas-de-malversations/> (consulté le 23 mars 2026).

8 Projet mis en place dans les années 1980, la création de la ceinture verte de reboisement autour de la ville dont certaines zones étaient réservées à l’agriculture avait pour objectifs de faire face aux enjeux climatiques et environnementaux et surtout de contenir le développement spatial de la ville.

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Table des illustrations

Titre Carte 1. Présentation de la zone et des quartiers d’enquêtes
Crédits Source : IGB, PIGéo, BNDT. Réalisation : Bona Issouf, décembre 2023.
URL http://journals.openedition.org/metropoles/docannexe/image/13450/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 745k
Titre Photographie 1. Temple des Assemblées de Dieu construit dans la ceinture verte
Crédits Cliché : Bonsa Issouf, quartier Tanghin, Ouagadougou, août 2022.
URL http://journals.openedition.org/metropoles/docannexe/image/13450/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 166k
Titre Figure 1. Proportion des lieux de culte implantés sur des parcelles à usage d’habitation
Crédits Source : Enquête de terrain, 2022 (projet ANR Relinsert).
URL http://journals.openedition.org/metropoles/docannexe/image/13450/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 86k
Titre Photographie 2. Coexistence d’une mosquée et d’une habitation sur la même parcelle
Crédits Cliché : Bonsa Issouf, quartier Gounghin, Ouagadougou, juillet 2022.
URL http://journals.openedition.org/metropoles/docannexe/image/13450/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 97k
Titre Photographie 3. Appropriation de l’espace en zone non lotie
Crédits Cliché : Bonsa Issouf, quartier de Zongo, Ouagadougou, mai 2021.
URL http://journals.openedition.org/metropoles/docannexe/image/13450/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 182k
Titre Photographie 4. Mosquée intégrée dans le projet de rénovation de la gare routière
Crédits Cliché : Bonsa Issouf, quartier Patte d’Oie, Ouagadougou, mars 2022.
URL http://journals.openedition.org/metropoles/docannexe/image/13450/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 95k
Titre Photographie 5. CCB implantée sur un espace vacant
Crédits Cliché : Bonsa Issouf, quartier Tanghin, mars 2022.
URL http://journals.openedition.org/metropoles/docannexe/image/13450/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 242k
Titre Photographie 6. CCB implantée sur un espace vacant
Crédits Cliché : Bourgou Désiré, quartier Dassasgho, octobre 2023.
URL http://journals.openedition.org/metropoles/docannexe/image/13450/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 179k
Titre Photographie 7. Mosquée implantée sur un espace vacant
Crédits Cliché : Bonsa Issouf, quartier Rimkiéta, janvier 2023.
URL http://journals.openedition.org/metropoles/docannexe/image/13450/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 72k
Titre Photographie 8. Mosquée implantée sur un espace vacant
Crédits Cliché : Bonsa Issouf, quartier Tanghin, septembre 2022.
URL http://journals.openedition.org/metropoles/docannexe/image/13450/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 209k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Issouf Bonsa, Aude Nikièma et Alice Degorce, « Emprises foncières et stratégies d’implantation des édifices religieux dans la ville de Ouagadougou », Métropoles [En ligne], 37 | 2025, mis en ligne le 23 juillet 2026, consulté le 16 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/metropoles/13450 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16m15

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Auteurs

Issouf Bonsa

Docteur en géographie, Université Joseph Ki-Zerbo, Laboratoire d’études et de recherche sur les milieux et territoires (LERMIT), Burkina Faso

Aude Nikièma

Maître de recherche, Institut des sciences des sociétés (INSS/CNRST), Burkina Faso

Alice Degorce

Chargée de recherche, Institut de recherche pour le développement (IRD), Institut des mondes africains (IMAF, UMR 8171 CNRS 243 IRD AMU EHESS EPHE Université Paris 1)

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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