L’Évangile arabe selon Matthieu, Marc, Luc et Jean
Arbache, Samir, L’Évangile arabe selon Matthieu, Marc, Luc et Jean, vol. 1, Texte du Sinaï Arabe 72, traduit du grec au viiie siècle, 2 vol., Bruxelles, Éditions Safran, 2023, 440/936 p.
Texte intégral
1Le travail du professeur Samir Arbache est d’une qualité scientifique exceptionnelle. Recourant à une méthode descriptive, mobilisant l’outil informatique, il propose une publication où il poursuit sa recherche sur les premiers textes arabes des Évangiles et notamment sur le manuscrit Sinaï Arabe 72 daté de 897, premier manuscrit daté et le plus complet des évangiles, copié au monastère Saint-Chariton, près de Jérusalem, et signé par Etienne de Ramla. Le professeur Samir Arbache met en lumière les bouleversements culturels et linguistiques qui s’opèrent à partir des conquêtes arabes. Son étude des premières versions arabes des évangiles est le signe de ces transformations culturelles. Dans la première partie, l’A. présente le contexte historique du manuscrit et consacre une étude linguistique mettant en relation le lexique arabe avec son substrat grec. Il relève les particularités phonologiques et orthographiques du manuscrit, la diversité morphologique du texte, ce qui lui permet de « mettre en valeur les efforts de style et de créativité, alors même qu’il s’agit d’un texte sacré où menace toujours le risque d’un rapport servile au texte source » (p. 101) mais surtout de dater au milieu du viiie siècle la version originelle du manuscrit. La seconde partie présente l’édition et la traduction en français où il met en lumière les singularités syntaxiques du texte. On y trouve des rubriques liturgiques qui renvoient aux usages de l’Église de Jérusalem. La troisième partie rassemble les lexiques arabe-grec et grec-arabe du manuscrit. Enfin, la quatrième partie est une concordance arabe-grecque des quatre évangiles de l’édition de Nestle-Aland de 1979. Si le texte grec est le résultat d’une édition critique, l’étude de l’A. permet de montrer que le texte arabe apparaît comme la traduction d’un texte grec dont nous ignorons pour l’heure l’identité. Les lexiques reflètent les écarts diachroniques et ouvrent des hypothèses pour la recherche dans l’identification des liens du texte arabe avec des écoles telles l’alexandrine, la césarienne ou encore la byzantine. Ce travail remarquable relève l’extrême fécondité d’une époque et d’une région qui voit l’émergence d’une civilisation nouvelle tout en puisant dans les richesses multireligieuses, multilinguistiques, et multiculturelles qui ont donné naissance aux sciences humaines et aux sciences exactes.
Pour citer cet article
Référence électronique
Emmanuel Pisani, « L’Évangile arabe selon Matthieu, Marc, Luc et Jean », MIDÉO [En ligne], 40 | 2025, mis en ligne le 29 janvier 2025, consulté le 10 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/mideo/10573
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